III. Note sur Joseph PHotti
On aime assez à savoir, lorsqu'un homme célèbre a occupé un poste dans lequel il exerçait une influence plus ou moins marquée, s'il a été convenablement remplacé. Il convenait donc de placer ici un mot sur le successeur de Mattei, dans ses deux emplois de professeur au Lycée communal de musique et de maître de chapelle de Saint- Pétronne.
Joseph Pilotti, était né à Bologne, en 178i; il était lils de Joachim Pilotli, fabricant d'orgues et organiste de quclfjuc me-
rite. Il reçut de son père des leçons de chant, de clavecin et d'harmonie jusqu'à ce qu'il fut assez avancé pour être admis aux leçons du père Mattei, sous lequel il commença l'étude du contrepoint à l'âge de quinze ans. Un an plus tard il eut le malheur de perdre son père et dut avec sa mère prendre la direction de sa maison ; courageux et dévoué, il travaillait lui-même et ne quittait ses ouvriers que pour aller dans diverses églises des environs de Bologne toucher l'orgue aux jours de fêtes, car il avait acquis de bonne heure un talent remarquable sur cet instrument : n'osant refuser l'occasion de gains bien légers, mais qui venaient en aide à sa famille, il se rendait souvent à pied à des distances considérables, malgré la faiblesse de sa complexion, A l'âge de vingt ans, il fit exécuter divers morceaux de musique et il paraissait vouloir suivre la carrière du théâtre ; mais attaqué tout à coup d'une hémoptysie qui se déclara de la manière la plus violente, il résolut de s'adonner entièrement au genre d'église et à l'enseignement. Il succéda en 1826 à Mattei comme maître de la collégiale de Saint- Pétronne; il ne fut nommé que trois ans plus tard professeur de contre-point au Lycée et devint quelque temps après directeur de la musique du théâtre communal. Malgré l'état déplorable de sa santé, il remplit ses fonctions avec zèle et exactitude , souffrant ses maux patiemment, mais offrant le lamentable spectacle d'un homme de talent qui marche à grands pas vers une mort prochaine. Il traîna cependant sa maladive existence jusqu'à la fin de mai 1838 et expira entre les bras de sa femme et de ses enfants. Son éloge fut prononcé par M. Bonetti, à l'occasion du service funèbre célébré pour le repos de son âme, le 29 novembre suivant , et publié avec diverses pièces de vers en rhonneur du défunt. Pilotti a publié des Solfèges et un Traité sur la manière d'écrire pour les instruments d'orchestre; mais ses compositions manuscrites offrent probablement des parties d'un bien plus grand intérêt : on cite particulièrement de lui une Messe de requiem et un Miserere à huit voix. J'ai eu sous les yeux
des fugues de sa composition, écrites avec une force, une chaleur et une facilité des plus remarquables, et je crois en effet que c'est dans ce genre que Pilotti réussissait le mieux.
IV. Articîe inédit, écrit en 1839, pour un journal de Bologne.
Tout le monde sait qu'en plusieurs pays, et notamment dans toute l'Italie, aucun écrit ne peut être imprimé et publié sans une autorisation spéciale. Je n'ai pas à m'expliquer ici sur ce régime qui en thèse générale n'a jamais été du goût des auteurs ; je veux me borner à prouver que dans certaines circonstances l'art musicale lui-même n'est pas à l'abri de ses atteintes, lui qui par sa nature semblerait n'avoir rien à démêler avec une semblable juridiction. Quelquefois la chose vient uniquement de ce que le censeur ou réviseur a mal compris ou n'a pas compris du tout la pensée de l'écrivain. Croirait-on, par exemple, qu'àNaples on a défendu la vente et la reproduction d'une romance qui a eu du succès en France, il y a quelques années, VAve Maria de M"« Puget? Ou trouver à cela une raison? Était-ce la même qui empêcha la représention du Poliutto de Donizetti, et causa la fin tragique du pauvre Nourrit? je l'ignore. Quel pouvait être encore le motif du réviseur qui se refusait à laisser subsister dans la traduction de la notice que l'on vient de lire ce que je dis de Rossini, à tel point que le plus grand musicien de l'époque prit la peine de déclarer par écrit qu'il me connaissait incapable de rien dire ([ui pût le blesser, et qu'on pouvait d'ailleurs sans risque laisser à chacun la liberté de dire de lui ce qu'il voudrait.
Mais voici qui est plus singulier que tout le reste. Après la mort de Pilotti, un concours pour la place de profèssseur de contre-point fut annoncé et divers compositeurs se présentèrent pour y prendre part; le concours fut plusieurs fois ajourné et l'affaire traîna si bien, qu'aujourd'hui (30 juillet 1844), Pilotli
n'a pas encore de successeur. Comme on parlait beaucoup à Bologne , où je me trouvais alors , du concours et de la nomination qui devait le suivre, je rédigeai pour un journal de Bologne des Réflexions sur l'école musicale holognaise et sur l'importance du choix des professeurs du Lycée communal. Cet article passa par toutes les révisions possibles, car il faut savoir qu'on n'a pas affaire à un seul réviseur, mais à quatre ou davantage , je ne me le rappelle pas bien ; je me souviens seulement que l'un s'assure si l'ouvrage ne contient rien contre le gouvernement ou les gouvernements, un autre s'il ne renferme rien de contraire aux doctrines de l'Eglise catholique, un troisième en retranche ce qui serait susceptible d'offenser les personnes , un quatrième examine l'ouvrage sous le point de vue littéraire etc. : tous ces examinateurs se repassent le manuscrit , le lisent individuellement et donnent seul à seul leur approbation et, s'il y a lieu, l'indication des retranchements et changements exigés. Alors recommence une autre série de démarches à faire : le manuscrit revêtu des approbations ci- dessus énoncées est porté à la police qui autorise à imprimer; l'impression terminée, il y retourne pour être publié et rais en vente ; ici, comme en ce qui concerne la révision, j'oublie bien certainement quelques formalités, et, de fait, il y a de quoi s'y perdre. Eh bien! le manuscrit de l'article ci-dessous les avait toutes remplies ; c'était en effet l'article le plus innocent qui ait été écrit de mémoire d'homme. Il était donc imprimé et allait paraître. Malheureusement pour lui, le rédacteur en chef du journal, croyant faire h mieux du monde, eut la pensée, pendant l'opération du tirage d'allercn offrir un exemplaire à un membre du conseil communal : je ne sais si celui-ci le lut ou ne le lut pas ; mais ce ({ui est certain, c'est qu'un instant après, défense fut faite à l'imprimeur de le publier ; de là nécessité de relarder l'émission du journal, mise au pilon d'un grand nombre d'exemplaires, perte de la composition, désappointement général, etc. L'honnête rédacteur eu chef vint
me conter ce qu'il appelait mon malheur {vostra dîsgrazîa; il était aussi ému que je l'étais peu ; je m'efforçai de le rassurer et de le tranquilliser, mais je n'y pouvais réussir; il craignait surtout pourlui, pour moi, pour son journal, \e murmure {il hisbiglio] que cette affaire allait causer dans la ville. Je lui répondis que si nous ne murmurions ni l'un ni l'autre, personne n'aurait à nous faire écho. Il fut donc convenu qu'il ne serait rien dit de cette affaire. Jen'ai du reste jamais su et ne sais pas encore quel motif avait pu déterminer en ce cas l'autorité municipale ; qucl<jucs personnes à qui j'ai communiqué cet article, trouvé si effrayant par la commune de Bologne, n'ont pu ra'éclairer là-dessus. Je l'imprime aujourd'hui sans y changer une syllabe. On admirera sans doute avec moi non -seulement la sage circonspection de l'autorité, mais aussi sa perspicacité vraiment prodigieuse. Je n'ai pas cru nécessaire de donner une traduction française d'un morceau dont l'intérêt est surtout local et que je conserve pour prouver que souvent plus le pouvoir est absolu, plus il est susceptible ; c'est le contraire qui devrait arriver.
Riflessioni intorno la Scuola musicale di Bolognat e l'impôt^ ianza délia scella de' professori nel Liceo comunale.
Dali' epoca in cui la barbarie del mcdio evo, cessando d'inccppare nella vasta quanto trista rcte i popoli d'Europa, piti non fermo lo svilûppo dell' intelligenza e progresse dello spirilo umano, Bologna costantcmente ha lenuto uno de' prirai posti fra le città che ammirano, praticano e proteggono le lellcre, scienze e belle arti. La musica in ispecial modo mai v'èstata trascurata, anzi col proprio splendore ha sovente eclissato alcun arte rivale.
La scuola Bologncse e la stima di cui sonos ricoperti i maestri da essa prodolti si puo dire cominci colla storia dclla musica moderna. L'università di Bologna fù una tra le prime che isti-
tuirono una cattedra dove s'inscgnasse quesl* aiie. Dal secolo decimo quinto vedonvisi gli scolari concorrere dalle diverse parti d'Italia per istudiare il canto, gli striimenti e la composizione. Dalla sua origine la sciiola Bolognese si rende subilo prcgevole riguardo alla saggia scverità de' suoi principj ed alla purezza dcile dottrine, di modo clic gli allievi i quali escono da taie scuola vcngono ovunqiie citati per nettezza di stile corne per bellezza c rcgolarilà di forme. Questc preziose qualità si trovano prcsso i canlanti, suonatori e spccialmcnte prcsso i compositori de' quali l'educazione musicale c dovuta ail' inclita Boloiina.
Oltre siffalti vantaggi comuni aile scuole di Roma et di Napoli, Bologna non cessa mai dicollivare la teoria et l'erudizione musicale, in che giustifica di merilare il nome di Botta che ad essa non viene contrastato in niuna dellc allre facoltà. Dopo molli altri uomini celebri in quel génère uno ne produce nel secolo passaloil quale onora la sua patria con sessenta anni di faticlie, virlù, gloria; l'Europa musicale aspclta i giudizj in falto di musica dal P. M. Martini come un oracolo di verilà ed al quale si obbedisce quindi senza altro e quasi senza riflessione.
Ncl medesimo tempo talc appare la celebrilà dell' Accademia de' Filarmonici che i più illustri compositori di ogni nazionc cercano Tonore di escervi noverali, sicuji di non trovare fra i col- Icghi uno che ad essi sia inferiore.
Si brillante situazione pare' si prolunghi senza termine allora che gli sconvolgimenli polilici, i quali caratterizano ed affliggono la fine del secolo passalo, improvisamente interrompono la splendente série di cosi bella succcssione di fatti. Nulladimeno alcuni macstri non iscorraggiandosi, tuttochè contristati ed awiliii per la cessala pace, per la supprcssione de' loro impicghi e per allre cause, manlengono la gloriadclla scuola dalla quale sono usciti: Gibelli, Zanotti, Tesei, Maltci sono scmpre annovcrati fra i piîi celebri contra ppu nlisti dcU' lia ia e del moudo. Dopo parecchi anni d'incerlezza le turbolenze mostrando di
quictarsi, l'amministrazione comnnale, volgcndo uno sguardo ai passali tcinpi dcUa scuola di mnsica cd ail' 'iinmcriso splcndorc de* suoi rac:gi, cnrando di arrcstarnc rimmincnîc cadula, fondô il cosi dctto Licco comunale, il qnalc sino a qiicsli ultimi tcmpi rcndcttc grandi cd inconlraslabili scivigj, fonservando inlallo il deposiio dcllc buonc doltrine e couscqucntcmcnle la gloria musicale dclla cilla.
Pcr vcro fn un bel momento quello in cui il nuovo slabilimento di musica apparvc. Tutli i profcssori mostravansi rivali di zclo, di csaltezza, di atlenzione ; pareva che dimcnticas3?io la propria fama per accrcsccrc quella délia scuola ; niuna divisione tra loro, cbe andavano uniti a concordi corne se avrsscio un salo corpo, un anima sola.ll pubblico applandiva con cn'usiasraoncgli espcrim3nli ciel Liceo la vihù nascente e ne aminirava con grande compiacimenlo il progressivo sviluppo. Da tulli poleva dii si cbe l'anlica scuola avcva sempre di fatio csistilo e cbe si conservava si intalta, si rispcttata corne par l'addielro. E qncsta opinione era foitemente appogi^iata dai fa ni tra i quali il solo cbe accenncremo, primeggia sopra gli altri cd è il tempo in cui studiava sollo la direzzione del dottoe vencrabile P. M. Matlci il più célèbre scrillore di musica cbe sia comparso dai principj del sccolo noslro GioAccnmo Rossiwi, il quale d'altronde con graa dan no dell' arte lascia da tanto tempo nel ozio la porlenlosa sua
miraaginazione.
Corne, percbè, è cessata una cosi felice siluazione? Quali sono le cause cbe sembranoda qualcbe tempo avère intorpidila l'allività de' profcssori ed assopito l'ardore dcgli scolari? Corne cbe da pareccbi anni il Liceo non dapiùesercizj diraenticando di cbiamarvi un collo pubblico, giudice compelente dei progrcssi de' giovani? Forse non sarcbbe mollo difficile di accennare la cagione di queslo maie, corne di trovarne la scusa al meno sino a un ccrlo punto ; ma talc argomento sarebbe poco gradevolc a traltarsi : meglio, lasciar da parle ci6 cbe il passato offre di difclloso, e
rainmentarc solamente quel buono clie ha presentato, pensando poi sopra ogni cosa airavvenire.
La partenza o la morte di varj professori ha messo il Licco comunale in taie situazione che più délia raetà dclle caltedre verranno fra pocoafiidate a professori novelli, di modo che il personale dello slabiliraento sarà nella raaggior parte rinovato. Circostanza si e questa la quale puo singolarmente favorire la prosperilà fulura del Liceo, cd in ragione délia scelta potrassi vaticinare presso che di certo la continuazione di superiorilà délia scuola Bolognese ovvero la sua imminente decadenza,
Cio che deve tranquillizare gli amici deH'arte musicale, i quali vorreberpur vedcre in prospero siato tuJti gli stabilimenti in cui s'insegna quest'arte, c particojarmente quclli che hanno conservato le buone anzi classiche doltrine , si deduce dalla cura che senza ombra di dubbio impiegheranno le autorità onde ottenere una eccellente scelta ; anzichè, far coprire tali caricheda uomini indegni ed incapaci d'alimeatare il sacro fuoco c quindi las^iarlo spegncre (vero dclitto musicale ! corne egli era fra le vergini Vestali delitto religioso) ma da persone oneste che consecreranno la "vita loro nel ravvivare a continuo splendore quel fuoco, comunîcandone le prcziose scintille ai giovani novizj, et trasmettendo alla postcrità il secreto di non lasciar mai mancare l'alimento ; per cui dover ricorrere a fuoco profano, che non ajuta, esalta e nobilita il genio.
Ora dunque se fosse lecito di emeltere un voto relativamente aile future nomine, voressimo che dopo essersi occupato del merito musicale, délia morale e dci costumi dei candidati, si avesse pure gran riguardo nel sapere di quai modo ciascuno di loro intendesse adempiere al ragguardevole impicgo d'insegnare la più nobile, la più deliziosa délie belle arti. Non si è sempre avulo ragione baslevolmente a certe qualità che oître la capacità ed i buoni costumi devon esigersi da ogni professore che intenda esercitare in unpubblicostabilimento. L'autorità ha tulto il dirittodi
pretendere dal professore quel attivo ed intelligente zelo col quale un maestro cooiunica la propria yita, la propria virtù alla scuola di cui egli è membro, se vuolesserne pienamente degno. La cat* ledra deye cssere per lui affare tutto d'onore, non mai di solo lucro, imperocchè egli non è un mercenario, ma sacerdole dell' arte; e l'utile Ifgillimo che gli produccono i suoi lavori non deve essere che di considerazione secondaria, E suoobbligo trasmetlere ai discepoli il dcposito di conoscenze ch' egli stesso s'ebbe da suoi maestri coH' aggiunta di tutto che dal suo particolare sentimento, dai suoi studj, dalla sua esperienza ha potuto acquistare : riguardo ail' arte, non deve aver segreti, atteso che quanto egli ècolpevole di tutto che i discepoli non sanno, altretanto tutto che sanno è sempre propriété di lui,
E la riunione di queste qualità preziose che costituisce la pro' bità artistica, e francamente diciamo che se questa esiste in sufficiente grado ne' futuri professori del Liceo, non solo la scuola Bolognese in générale e specialmente il Liceo comunale conserveranno il grado onorevole che hauno per l'addietro tenuto, ma che in Bologna la musica potrà muoversi a nuovi alti voli e fors' anche pervenire ad una elevazione alla quale non era peranche giunta.