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LES ASSISES A LA BIBLIOTHÈQUE DE NIORT

Telle était la disposition des lieux lorsque la pauvre chapelle subissant un nouvel avatar, se transformait en Cour d'assises, la foule pouvait librement circuler grâce au nouvel escalier descendant directement à la rue, l'accusé entrait et sortait par l'autre porto.

En 1832, l'affaire du Corse, Marc-Marie Secondi, dit Boliconi (i), déserteur du 1®' Léger, devenu l'un des brigands les plus redoutés du Bocage, occupa les séances des 31 août, 1*% 2 et 3 septembre, et aboutit à une condamnation à mort.

Après la démolition de l'ancien collège, il y a lieu de rappeler que le Principal occupait un appartement placé au-dessus des classes, au fond de la première cour. La nomination de M. libertin, éminent universitaire dont l'administration a laissé le meilleur souvenir, titulaire de l'emploi en 1832, datait du 29 septembre de Tannée précédente.

(1) De la conunane d'Arbellana, avait déserté le 14 juillet 1831, pour se soustraire aux conséquences d*une plainte en vol. Cour roxale de Poitiers ^ arrêt qui renvoie à la Cour d'assises de Niort François Petit et 4i autres accuséSf 17 avril 1835. Poitiers, de l'imprimerie de A. Saurin, p. 69. Bibl. de Niort, 3,683 ; jurisprudence, 433. Le 3- bataillon du 1" Lég-er vint tenir garnison à Brcssuire à la fin de mai 1831. Journal le Véridique du 27 mai 1831 (n* 15). Le i** Léger fût remplacé par le 42* de ligne en janvier 1831.

A Touverture et à l'issue des quatre séances, le principal vil, avec sa famille, défiler sous ses fenêtres, l'accusé avec sa triste cohorte, et entendit à sa porte sur les marches de l'escalier le choc du pilon du jeune amputé (i).

On conçoit que ce sinistre spectacle ait ébranlé les nerfs d'une femme sensible. L'évanouissement de Secondi, après sa condamnation, accrut encore la poignante impression de M™® Ubertin ; elle vint à son secours et lui prodigua les tendres soins d'une mère.

Le jugement assignait Parthenay, centre du pays, victime des cruautés du Corse, comme lieu de l'exécution. II attendit à Niort le résultat du pourvoi, « son bon ange » put encore lui faire parvenir des secours et même le visiter une dernière fois dans son cachot (2). Une beauté merveilleuse rehaussait ces attentions délicates, le coupabiB fut ébloui.

Le dévouement de la consolatrice suprême jetait sur les derniers jours du condamné, un reflet plein de douceur et de poésie. Secondi mort, M"« Ubertin voulut encore, dit-on, rappeler en termes émus la fin édifiante d'une vie déplorale. Les crimes du bandit ne sont point dissimulés, mais en vraie chrétienne, elle demande qu'on lui pardonne et comme le prêtre et l'avocat, cette femme courageuse est fière d'avoir assisté à ses derniers moments, un homme abandonné de tous.

Nous ignorons si M™® Ubertin a laissé d'autres écrits, ses contemporains en parlèrent comme d'une femme vraiment supérieure ; la Puissance de Marie lui assignerait à tout le moins un talent littéraire indiscutable.

(1) Secondi, blessé à l'affaire de la Mounère (Vouhé), avait sabi l'amputation d'une jambe.

(2) L'ancien Palais, rue du Pont, servait toigours de prison criminelle.

II fallait tout le flair de notre obligeant bibliothécaire pour retrouver sous ce titre assez inattendu le touchant récit perdu dans un livre de critique religieuse.

Ce traité a pour titre Eve et Marie, philosophie du christianisme dans son rapport avec la femme, par Gabriel Lassus, professeur de philosophie dans TUniversité de France, in-8«». Paris, Desforges, 1837, imprimé à Niort par Robin.

L'auteur, alors professeur de philosophie au collège de Niort, a dédié son œuvre à Anne Constance « noble femme qui m'avez, dit-il, appris à être bon et dont les pensées pleines d'avenir se seraient perdues comme un parfum solitaire si je n'avais été amené auprès de vous pour les recueillir...

S'il est douteux qu'il s'agisse d'une collaboration effective, il serait difficile d'admettre, après la lecture de Puissance de Marie, que la destinataire soit autre que M»« Ubertin.

G. Lassus a encore publié en 1837 (1) un commentaire sur l'évangile de Saint-Jean. Dédicace, cette fois, est faite au père décédé d'Anne Constance, idée étrange si elle n'avait pour but d'évoquer un souvenir cher à son amie. On lit un peu plus loin (2) : « voilà ce que j'ai si bien compris en vous écoutant, vous à qui je me suis dévoué sans réserve et sans partage, femme tant aimée en qui survivent le cœur, l'âme, le génie tout entier d'Héloïse. Soyez donc bénie, Anne Constance, pour m'avoir fait sentir le christianisme de Saint-Jean. »

L'ancien Normalien (3) était toujours sous le charme.

Si les deux traités parurent réellement en 1837, il y eut pourtant entre les deux publications un délai appré-

(1) Même éditeur et imprimeur.

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