‹ Miscellaneous pamphlets on NirotChapitre 17 sur 22 · PUISSANCE DE MARIE · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE MARIE

L'auteur d*Eve et Marie serait heureux s'il pouvait inspirer aux femmes la pensée d'une bonne et sainte action, semblable à celle qu'il va raconter.

Dans la dernière insurrection de la Vendée (2), un jeune Corse, nommé Segondi, soldat licencié de la garde royale (3), vint se joindre à ceux qui combattaient pour la cause des princes exilés, et se signala par le courage naturel aux hommes de son pays. Malheureusement, il se laissa emporter à des actes de violence qu^aucune conviction politique ne saurait excuser et qui flétriraient la meilleure des causes. Grièvement blessé dans une rencontre avec les troupes du nouveau gouvernement, il (ut fait prisonnier et traduit peu de temps après devant les assises (4). La ville de Niort où il fut conduit pour être jugé, n'avait pas alors un Palais de Justice : les assises furent tenues dans l'ancien Oratoire qui est maintenant le Collège. Cette circonstance devait ménager à l'accusé des consolations inattendues. Dans une chambre

(1) G. Lassus, Eve et Marie, p. 255, 262.

(2) Chouannerie de 1832.

(3) Personne n'a contesté que Second! fût déserteur. Voy. le Vendéen^ journal légiti . iste, du 4 septembre 1332, n« 37-38. Nous relèverons d'autres inexactitudes.

(4) Le combat de La Mounaire où Second! fut blessé est du 20 avril 1832, et les assises n'ouvrirent que le 31 août, c'est-à-dire après plus de qufttre mois. Voy. le Vendéen du 4 septembre 1832.

voisine de la salle des séances, habitait depuis quelques mois (1), une de ces femmes dont la puissante sympathie s'attache à toutes les infortunes. Elle fut pour Segondi comme un bon ange envoyé par la Providence pour adoucir Tamertume de ses derniers momens. Mais laissons la raconter elle-même avec une touchante simplicité ce qu'elle fit, et ce que d'autres pourront faire comme elle en se pénétrant de l'esprit de Marie (2).

(( Les journaux ont fait connaître le nom de Segondi et la condamnation de ce malheureux jeune homme ; mais ce qu'ils n'ont pas fait connaître, ce sont ses sentiments secrets et tout ce qui les a manifestés. Et cependant n'y aurait-il pas justice réelle à observer et à signaler ce qui pourrait réhabiliter le coupable dans l'esprit de ses juges? Ne serait-ce pas un bien de montrer que l'homme est moins méchant qu'il ne paraît ? Et peut-on croire qu'on le rendra meilleur en lui refusant de la sympathie lorsqu'il est accusé ; des égards lorsqu'il est condamné ? Sans doute, le prêtre sait bien entretenir celui que la loi condamne, de cette autre vie que nous attendons tous : il fait naître en lui le repentir, ce sentiment qui élève et grandit l'homme, et il le prépare à subir avec résignation une peine qu'il lui remettrait bien souvent, si cela était en son pouvoir. Mais tous les hommes ne doivent-ils pas enfin être animés des mêmes sentiments que le prêtre, afin que la justice humaine devienne plus semblable à la justice divine.

« Segondi, jeté dans un cachot, fut abandonné de tous et presque oublié même de ceux auxquels il s'était

(1) Autre erreur, M. Ubertin avait été nommé principal du collège dès le 29 septembre 1831.

(2) Ce récit est entre guillemets, cependant il n'est pas probable quHl eut été publié antérieurement. Si Lassus a voulu laisser croire qu'il a simplement reproduit une narration à lui faite par Anne Ck)n8tance, 11 faut dire que rien ne ressemble moins à une improvisation.

dévoué (1) jusqu'au moment où, en comparaissant devant la justice du pays, il vint ranimer une curiosité que l'on ne sait comment qualifier. Il avait, pendant huit longues journées, soutenu la lutte la plus accablante (2) et contre le peuple dont les imprécations furieuses étaient souvent accompagnées de mauvais traitemens, et contre le jury qui laissait voir des préventions, et contre le ministère public qui lui montrait de loin l'échafaud (3), sans que l'énergie de sa défense eut faibli un seul instant. Ce fut à l'heure de la condamnation qu'il se montra sous un jour nouveau. Jusqu'alors ses manières, son langage avaient été en rapport avec son caractère connu ; mais lors(|u'il entendit lire la sentence, un évanouissement lent et douloureux vint révéler les diverses émotions qui se passaient en lui, et ceux qui le condamnaient commandèrent froidement qu'on secourut une vie qu'ils venaient de limiter. De ma chambre j'avais entendu, chaque matin, la foule se précipiter autour de Segondi, le menacer et le poursuivre avec des cris de mort jusqu'à la place où il était contraint de rester si longtemps pour se défendre, sans qu'un regard ami lui donnât un peu de force. Je ne pouvais rien pour lui, j'avais évité de le voir. Mais quand une rumeur plus sourde et plus tumultueuse vint m'apprendre qu'il n'y avait plus d'espoir pour le pauvre étranger, j'eus besoin de lui montrer qu'il n'était pas entièrement isolé, et je me rendis par un passage obscur dans l'escalier où on venait de le placer, afin de lui faire respirer l'air plus pur que réclamait son état de souffrance. Il ne m'est pas donné de bien dire ce qu'exprima cet homme, au moment où,

(1) Cependant Second! fût défendu par Pavocat Desèze, neveu de l'ancien président de la Oonr de cassation, mandé de Bordeaux- Nouçelle Sentinelle des Deux-Sèvres, 183i, n* 37.

(2) Nous avons vu que les assises ne durèrent que quatre jours.

(3) L'accusation fut soutenue par M. Gilbert Boucher, procureur général.

sortant d'un malaise si semblable à la mort, il vit près de lui une femme qui voulait avec tout ce qu'il y a de tendresse dans son àme, lui faire encore assez aimer la vie pour en bien attendre la fin et mourir avec une meilleure espérance. Son regard, si sa bouche eut été muette, m'eut fait sentir que mon souhait était exaucé. Seule avec lui et deux gardes qui, touchés de mes soins, s'éloignèrent un peu par discrétion, je lui fis entendre quelques bonnes paroles, car il pleura, et il dit avec exaltation : « mon Dieu ! suis-je dans le ciel ? un ange est près de moi, je ne souffre plus et suis heureux. » Craignant que cette bienfesante illusion ne lût trop tôt détruite, je lui demandai s'il aimait Marie, la douce consolatrice des malheureux abandonnés. A ce nom révéré, il s'appuya avec vivacité sur mon bras, et malgré la blessure qui Pavait privé de Tune de ses jambes, il s'agenouilla pour honorer et prier la Mère du sauveur. Alors je détachai une petite image de la Vierge, que je portais suspendue par un ruban, et la lui passai au cou ; il l'étreignit sur sa poitrine et voulut parler. Mais la pitié accordée au condamné souflrant, cessa avec le retour à la vie. Les gardes l'emmenèrent ; et cette fois, ce fut lui qui me donna des forces, en me disant avec un visage serein : « Le bonheur est en moi. » Ramené devant ses juges, il dut entendre une seconde fois l'arrêt de mort. On craignait qu'il ne l'eut pas entendu pendant son évanouissement. La loi avait prévu le cas, et la loi devait être satisfaite. Lorsque tout fut fini, Segondi passa de nouveau dans l'endroit où je venais de le voir et de lui parler : il tourna les yeux vers l'escalier, s'arrêta un moment comme pour attendre ; puis, lorsque les gardes lui eurent dit dune voix forte : « Allons, il soupira et continua sa marche. Je n'avais pas eu la force de descendre. »

« Ma pensée ne quitta plus celui que la Providence venait de me confier. Le soir même, une femme lui porta du fruit et un livre de prières ; il prit Tun etfautre avec une joie d'enfant, et puis il dit : « Que je la voie encore une fois ! » J'obtins un billet d'entrée, et le soir du lendemain, je vis s'ouvrir la porte du cachot ; en même temps une voix émue m'apprit que j'étais reconnue. C'est dans ce lieu d'angoisses qu'il me tut facile de reconnaître le lien divin qui unit la créature à son Dieu ; oui, l'àme seule se montrait dans cet homme. Pas un mot de haine contre ses juges ; pas une plainte pour de vives douleurs qu'augmentait l'insalubrité de la prison criminelle. Un regret, un seul sortait avec force de son cœur : « Ma mère, disait-il, pourquoi ne pouvez-vous m'entendre prier Dieu et lui crier grâce pour ce qu'il y a eu de mal en moi ? Pourquoi ne puis-je vous montrer la feqjme pleine de pitié qui a réveillé mon amour de fils ? Que ne la voyez-vous inclinée sur ce lit de misère, m'apportant de consolantes paroles, me fesant pressentir la divine miséricorde ? Oh ! ma mère ! Quand votre fils aura cessé de vivre par la volonté des hommes, ne murmurez |)as, mais souvenez-vous des jours où me tenant sur vos genoux, vous m'appreniez à prier la Vierge, et dites-vous que la même croyance est devenue par une autre femme la consolation de votre fils mourant ; ditesvous cela, et vos larmes seront moins amères, et vous bénirez celle qui se nomme Anne, et vous donnerez de la joie à votre fils qui vous attend dans cette autre vie où vous viendrez, elle avec vous... » Pendant qu'il parlait ainsi, je regardais avec attendrissement ce jeune corps mutilé, couché à demi sur la paille du proscrit, et cette physionomie déjà éclairée par le sentiment de la vie immortelle. Deux fois il me fut commandé de me retirer ; je ne pouvais me résoudre à m'éloigner de celui

qui pressait mes mains en me disant : « Restez encore, le bonheur, c'est vous. » Il fallut céder à la force, et il ne me resta qu'une minute pour appuyer mon front sur la tète du pauvre patient.

« Le jour suivant et les trois autres, il ne me fut point accordé de permission. Seulement la femme du geôlier donnait à Segondi le fruit dont il fit son unique nourriture. Le matin du cinquième jour, une rumeur affreuse parvint jusqu'à moi (1). il me fut défendu de sortir. La femme qui me sert courut à la porte de la prison. Segondi venait d'être placé dans la voiture qui devait le conduire à Parthenay (2j, lieu fixé pour le supplice ; son visage était pale, ses yeux cherchaient un regard qui le comprit, il ne le trouva pas. Mais il reconnut la femme qui venait pour moi ; alors il appuya la main sur son cœur. Le prêtre venait de s'asseoir à côté du condamné, élevant le Christ entre la foule et celui qui allait en être séparé pour toujours. Les gardes commandèrent le départ.

« Une afflluence extraordinaire de peuple attendait sur la place de Parthenay. Au premier cri de : le voilà, cette masse aveugle et sans pitié se rua jusque sous les roues de la voiture, et ne s'éloigUja que devant la (orce armée qui frayait le chemin de l'échafaud. A la première

(I) Tout cela est arrangé et a été évidemment écrit assez tardivement. La condamnation est du 3 septembre et Texécution du 3 octobre.

(î) En quittant Niort Secondi coucha à Saint-Maixent le même jour mardi 2 octobre 1832 et fut exécuté le lendemain à Parthenay à 1 heure de Paprèsmidi. « Secondi a subi sa peine avec un sang froid, un courage et des paroles de repentir qui ont rappelé sur lui la pitié dont ses crimes l'avaient rendu indigne : « Je me suis engagé à 17 ans, j'étais à ParU^ j'ai été successivement soldat, caporal-fourrier, puis j'ai déserté. Que la mort que je vais subir vous serve d'exemple, ne m'imitez pas. J'engage aussi ceux que j'ai suivi après ma désertion à se soumettre et à prévenir mon sort. » Nouvelle Sentinelle des Deux-Sèvres no 41, 1832, p. 1. Le Vendéen, 1832, n* 47-58 (9 ocl.), s'est contenté de paraphraser ces paroles en leur donnant une toute autre signilication Seul le prétendu récit de M-« libertin les a, pour une raison inconnue, passées sous silence.

marche, des hommes prêtèrent leurs bras pour aider le condamné infirme à franchir l'espace qui le conduisait sous le fatal couteau. Segondi n'avait plus qu'à baisser la tète : il demanda le temps d'écrire quelques lignes ; il les écrivit sans trembler, et quand il voulut confier le papier au prêtre, des mains furieuses lui enlevèrent et le mirent en pièces. Cet acte de cruauté arracha des larmes à celui que l'aspect du supplice n'effrayait pas. Il murmura un nom qui lui était cher et, se tournant vers le confesseur, il reçut la dernière bénédiction et l'embrassement de celui qui aime au nom du Rédempteur mourant. Puis on vit l'image de Marie qu'il éleva audessus de sa tête et reporta sur ses lèvres avec amour... rame était devant Dieu. »

Segondi est en paix, et sa mémoire n'a plus besoin d'être rehabilitée parmi les hommes. Puisse seulement sa malheureuse mère apprendre qu'il n'est pas mort sans consolation.

Cette proposée finale n'est guère qu'un argument oratoire. Comme on l'a vu, les Gâtincaux se portèrent en masse à l'exécution, on y mena même les enfants. C'est ainsi que j'ai pu connaître des gens qui y furent conduits par leurs parents. Dans ma jeunesse, la mémoire de Secondi restait exécrée, peut-être sa qualité de Corse ne fut-elle pas étrangère à cette longue manifestation de haine. On lui reprochait même des méfaits dont je n'ai pu trouver la moindre preuve.

Et pourtant après Tamnistie définitive (avril 1840), d'anciens chefs débande vécurent paisiblement au milieu des populations jadis terrorisées.

Jean Diot (1) qui se qualifiait du titre de général, sans doute parce qu'il se montrait parfois à cheval, condamné à mort par contumace aux assises de Niort, le 12 avril 1832, réfugié en Suisse avec sa femme et ses enfants (2), revient à Boismé en 1840 et va mourir à 51 ans, le 20 mars 1841, d'un coup de corne de vache, à Poitiers, où il s'était rendu à l'occasion de la foire de la mi-carême.

Si les effusions de l'Ecole romantique ne s'élevèrent pas jusqu'à lui (3), la muse populaire lui dédia une gavote, assez pâle reflet de la valse de Robin des bois (4).

Le capitaine Robert, de Saint-Pardoux, n'avait tenu campagne qu'à la suite d'une petite amourette menée plus lard à sa conclusion légitime. Vers la fin de sa vie, il conduisait à travers la Gâtine une des premières machines à vapeur à battre le blé. Mon père qui dut à cette circonstance de le rencontrer, vers 1866, à sa ferme de Pressigny, près Mazières, souvent honorée jadis de la visite de sa compagnie, en parlait comme dun homme fort poli, ayant Pair d'un ancien domestique de bonne maison (5). Le vieux routier est mort « aimé, tranquille » dans sa maison à Saint-Pardoux. On y voyait

(1) De son vrai nom Guyot, domestique de ferme à la Prelandière, commune de Moncoutant, ayait pris une part fort active à l'insurrection royaliste pendant les cent jours. On le trouve, après le retour des Bourbons, valet de pied au service de la famille de La Roche Jaquelein, puis gendarme à cheval de 1817 à 1826 et décoré de la Légion d'Honneur. Il habitait Boismé avec Marie Gatard, sa femme, en janvier 1831.

(2) M. G. Puichaud.

(3) M. Fortuné, de Gholet, fit une ode sur la mort de Secondi (Nouvelle Sentinelle des Deux-Sèçres 1832, n» 45).

(4) Fortuné Parenteau. Inçentaire archéologique. Nantes, Vincent Forest, 1878, p. 08.

(5) Le futur capitaine était au commencement de la dernière chouannerie domestique chez M"* de Lauzon, au Couteau de Saint-Pardoux.

un petit souterrain par lui creusé, où il pénétrait en soulevant le seuil de sa porte quand il était trop vivement pressé.

Sa bande, comme tant d'autres, s'hébergeait dans les termes, même en plein jour. Pour que tout fut prêt à l'arrivée, elle osait même envoyer des émissaires à l'avance (1). Des enfants et des bergers en vedette, se rabattaient pour prévenir, à la première alerte. Souvent quand la troupe arrivait, ceux qu'elle cherchait, n'étaient pas bien loin.

Le capitaine à table, avait son tusil tout armé entre les jambes (2). Bien lui en prit un jour que la terme où ils mangeaient fut surprise par les bleus. Robert abattit d'un coup de feu un soldat déjà entré dans la chambre et toute la compagnie s'envola par la fenêtre (3).

On trouve le signalement de Robert dans la Nouvelle Sentinelle de 1832 (n^ 31, fin juillet) et à la suite, ce jugement : « Homme de tête et de courage, habile tireur, fénergie <^e son caractère et sa force physique le rendraient plus dangereux que Diot. >>

Tout cela pourrait bien n'être qu'une simple appréciation de journaliste, Diot avait fait ses preuves dès 1815 (4) et l'on savait si bien ce que l'on en devait attendre lors de la dernière chouannerie, qu'en sus d'une promesse d'amnistie, des offres fort avantageuses lui étaient transmises le 15 juin 1831, dans le vain espoir de le détacher du parti (5).

(1) Mon ami, le docteur Pouzet, maire de PAbsle, m'a montré une armoire tailladée à grand coups de sabre par le général Diot, un Jour qu'il trouvait la ménagère trop lente à le servir.

(2) De même encore, Diot, le 15 juin 1831, déjeûne debout, son fusil sous le braSf avec M. Ardouin, de Parthenay, qui lui fait des propositions d'amnistie.

(3) Louis Groleaux, de Saint-Pardoux. J'avais recueilli d'autres récits de la dernière chouannerie, mais leur fréquente inexactitude ne m'a pas permis de les utiliser.

(4) Diot, contumax, n'échappa aux poursuites que grâce à la chute de l'Empire.

(5) Bibl. de Niort, ms. 3,679. Information contre Diot, n* 78, p. 19-22.

On ne sait pour quelle raison Diot et Robert échappèrent aux poursuites, en 1835, sans doute n'avaient-ils pas pris part aux dernières affaires.

imp. A. Lcmcrcicr, 5, Rue Yver, Niort

LÉO DESAiy^^

Paille maille

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SAlNT-FliOHENT-UÈS-rilOHT

NIORT

IMPRIMERIE TH. MERCIKR t, i-ue Vver, 1

Le Paille Maille de Saint-Florent-I^s- Niort

e On voit dans différentes villes des promenades appelées mails, elles ont eu pour origine des allées d'arbres de 3 à 400 toises de long et larges de 4 à 5, bordées d'ais (1) attachés à des pieux à hauteur d'appui avec une aire de recoupés de pierres couvertes de ciment où l'on chassait des boules (2) avec un maillet de bois (3) à long manche (4). i>

Du maillet le jeu et l'allée prirent le nom de mails tout comme en Autriche le baWpiate de Vienne évoque l'antique existence d'un j6u de balle ou de paume.

Au mail, quand le nombre des partenaires dépassait trois, ils se partageaient en deux camps, le gagnant était celui qui le premier atteignait le but figuré par un bâton fiché en terre, une pierre, un arbre, un simple trou, etc., parfois il fallait faire traverser à la boule un petit archet de fer qu'on nommait la passe (5).

Il serait oiseux de relever tous les noms de lieux qui gardent encore le souvenir des anciens mails tant en France qu'à l'étranger, notamment en Angleterre et en Italie.

On sait qu'à Paris une rue porte encore ce nom qu'elle a pris du mail à travers lequel elle fut ouverte. La capitale

(1) Ces ais qui renvoyaient la boule à la façon des bandes de billard, permettaient en jouer en bricole, Cfr. H. R. d'Allemagne. Sports et jeux d*affres8e. (Le Jeu de MailJ, p. 200, fîg. d'après la gravure de N. Guérard.

(3) Au xvie siècle les boules faites à Naples passaient pour les meilleures, elles étaient en bois de meslier (néflier); Brantôme, capitainee franpais. Cité par Godefroy, Lexique, verbo paille maille» En France, on les faisait en buis.

(3) A Montpellier, on préférait les maillets de chêne vert.

(4) Mag. pitt. 1.309.

(5) Dict. de Furetière, mail ou pale maille.

en avait au moins un autre, dit de l'Arsenal, allée plantée d'arbres sur le bord de la Seine (4).

A Rennes, on trouve encore deux mails. Le mail d'Angers offre toujours son allée de médiocre largeur, celui de La Rochelle présente de plus vastes proportions.

Aux xvi« et au xvii« siècles, il n'est guère de ville, bourgade ou château qui n'ait son mail. Le grand roi qui dédaigne le ballon^ fait agrandir le mail des Tuileries (2). Avec la grande Mademoiselle, les dames les plus illustres et les élégantes raffolent de ce délassement. Madame de Sévigné a un mail aux Rochers où elle pousse la boule.

Les mails sont en plein air, le mail bien couvert que l'Etat de l'Election de Niort en 4716, indique au château de la Sauquetière, paroisse de Champeaux, est une exception.

On peut s'étonner que Rédet n'ait mentionné dans son Dictionnaire topographique de la Vienne que le seul mail de Mignaloux.

Nos alliés d'Ecosse adoptèrent de bonne heure ce sport et ses dérivés. Le mail n'apparut à Londres que vers 4660 (3). Les courtisans du temps de Charles II allaient indifféremment jouer au paille maille, soit au mail du parc Saint-James, soit à celui dont l'avenue de Pall Mail indique encore l'emplacement (4).

Ménage en son dictionnaire déclare qu'en 4 750, il n'était déjà plus de bel usage de dire paille maille et qu'on ne parlait plus que de mail, il est bon de savoir que tous les auteurs ont complètement identifié ces deux termes.

(1) Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 20 juin 1913, 810.

(2) Piganiol de la Force, dans sa Nouvelle cUscnption des châteaux et parcs de VersailleSy Paris, Hochereau, 4764, au Plan gém'ral, mentionne en bordure de la pièce d'eau des Suisses, à l'Ouest, le vieux mail détruit et le nouveau mail près de l'église Saint-Louis dans le Vieux Versailles.

'3) J.-J. Jusserand, Les sports et jeux d'exercice^ dans Vancienne France, Paris, Pion, 1901, 307. Cfr. Intermédiaire des Chercheurs et curieux, 20 sept. 1913, 358.

(4) Rev. Isaac Taylor, Words and places, 2e édition, Londres et Cambridge, Mac Millan and C», 1865, 288.

En italien, palla signîfle à la fois balle et boule. L'adjonction de oe mot définit très exactement le jeu où Ton frappe une boule avec un maillet et l'orthographe véritable devrait être palle mail.

Godefroy cependant ne cite pas moins de 9 variantes : pal mail, pal maille, pale mail, pale maille, palle mail, palle maille et même pille maille et parmaille, auxquels il faudrait encore ajouter le pall mail de Londres, etc.

Le mail de Tours est désigné sous le nom de Pal Mail dans une ordonnance de 1616 (Godefroy).

A Châlons-sur-Marne, le terrain au-delà des allées de la forêt, s'appelait autrefois le Pail Mail, c'est un lieu où on jouait au mail (id).

Il ne faut voir encore qu'un mail ordinaire dans le Paille Maille dont M. P. Sébillot signale la présence sous les murs de Dinan.

A Montpellier, les maîtres du mail étaient appelés Palemardiers, chez eux étaient déposés les statuts du jeu autorisé par sentence du sénéchal du 4 septembre 1688 et par arrêt du parlement de Toulouse du 28 novembre de la même année (1).

Montpellier est le seul lieu où le jeu soit encore pratiqué à rhcure actuelle (1913); à Paris le mail de l'Arsenal fut supprimé vers 1770 et le sport était tombé en désuétude dès 1779 (2).

Le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres signale la présence d'un seul paille maille près d'un étang de la commune d'Adilly. On ne sait pourquoi celui de Saint- Florent-lês-Niort, mentionné cependant au cadastre, a été complètement omis, il est non moins extraordinaire que nul n'ait parlé jusqu'ici de ce mail situé aux portes de la ville.

Il est figuré encore aujourd'hui par un tènement de près de 8 hectares, allongé du sud au nord, au sud du

(1) J.-J. Jusserand, 1. c. 310.

(2) Jusserand, 310, 436, 416.

petit chemin qui mène du vieux logis de la Parisière à la grande roule de Saint-Jean-d'Angély en passant près de l'église (1). A une faible distance de la porte Saint- Jean, il ne confine point cependant comme tant d'autres, à l'enceinte de là ville. II se trouve à l'ouest de la ligne de La Rochelle.

Il est impossible de savoir si ce tènement évoque le souvenir d'une allée aujourd'hui disparue ou simplement comme à Montpellier, c des chemins de traverse où on poussait la boule i> (2).

Le paille maille de Saint-Florent nous avait été révélé par un papier censaire du prieuré de Niort du commencement du xviiie siècle (3) à la Bibliothèque publique de Niort, dont il existe une copie moderne aux Archives départementales (4).

Il est regrettable qu'aucun document plus ancien ne vienne nous éclairer sur l'origine du paille maille de Saint-Florent qu'il serait mieux sans doute d'attribuer à la ville de Niort.

Le jeu ne parvint à une popularité universelle qu'au xvie siècle mais il était déjà pratiqué dès le xv^ siècle sous le nom de Touquon, de Chuque, etc. (5).

Nous ne savons sur quoi Du Gange se fonde pour ne voir dans la paume à cheval^ en grand honneur chez les Grecs du Bas Empire, qu'une simple importation française (6). Pour lui, le jeu « n'aurait été à l'origine qu'un sport encore en faveur au xvii^ siècle sous le nom de jeu de chicane dans le Languedoc et sous celui de mail dans d'autres provinces, sauf qu'en Languedoc le jeu se fait en pleine campagne et dans les grands chemins où on pousse

(i) Commune de Saint-Florent. Son a. 572-586.

(2) Jusserand, 310.

(3) Art. 693-694 du Censif.

(5) Jusserand, 340, n. i.

(6) Gloraire, t. vu. V1II« Dissertation sur l'histoire de Saint-Louis,

avec un petit maillet mis au bout d'un bâton, une boule en bois, tandis qu'ailleurs cela se fait dans de longues allées plantées exprès, garnies tout alentour de planches de bois. Ainsi ce que les nôtres font à pied les Grecs l'ont pratiqué sur des chevaux avec des raquettes ce qu était la forme de leur chicane ».

Au xvip siècle, ce nom de chicane était partout réservé au mail en pleins champs, hors de toute allée et même de terrain préparé à cet effet (4). Mais ce qu'il faut surtout constater, c'est que pour Du Gange, la chicane semble avoir été l'origine du mail et que ce modeste jeu de piétons dérive d'un sport de cavaliers, opinion fort contestable comme on le verra.

De même que les noms de mail et paille maille désignent encore les lieux jadis réservés pour l'exercice du jeu de mail, on ne saurait douter que quand ce sport prenait la désignation de chicane (2), ce terme devait aussi désigner les endroits qui lui étaient consacrés. Les chicanes ne sont pas très rares en Poitou. G'est le nom d'une maison rurale de la commune de Bournan, dans la Vienne. Dans les Deux-Sèvres, une ferme de la commune de Saint-Liguaire est ainsi appelée, enfin, à l'ouest du château Salbar, un clos au sud du vieux chemin de Ternanteuil à Saint-Maxire, par la Pierre qui vire, conserve encore cette désignation.

Viollet-Le-Duc mentionne un jeu de billart (3) qui persista en Angleterre et en Ecosse et parait avoir été remplacé en France, par le mail, vers le xvii^ siècle.

Le billart consistait à chasser au ras du sol, des boules au moyen de crosses de bois (4). La crosse aurait donc

(i) Cf. Grande encyclopédie de Ladmirault et dictionnaire Larousse, verbo mail.

(2) Ce mot n'a pas été, comme on pourrait le croire, emprunté au barreau, c'est lui qui Ta emprunté au sport. Jusserand, 315.

(3) Alors un jeu en plein air, prototype du billard actuel, sur la table duquel Louis XIV poussait encore les billes avec une crosse en

(4) Dictionnaire du mobilier français, II, 473,

précédé le maillet et cette substitution est l'origine du nom de mail donné à un sport déjà ancien.

Toutefois le mail ne fit pas oublier le billart du soir au lendemain, ces jeux, d'ailleurs fort analogues, coexistèrent pendant des années. Belleforest rapporte qu'au milieu du xvf siècle, on jouait à la fois à la pelotte, au paille maille et à la bille et cette bille n'est autre chose que le billart mentionné par Viollet-Le-Duc (1).

De même pour M. Jusserand, le bâton crochu précéda la raquette et le maillet. Il y eut à Paris, dès le xiii© siècle, des crosseliers qui payaient la taille. On crossait dans les rues des villes aussi bien que sur les chemins des campagnes. La crosse est la mère gigogne d'où sortit toute la famille des mail, billart, gouret, croquet, hocket, golf, cricket... On choulait même à la crosse (2).

A ceux que la multiplicité de tous ces lieux dits où Ton semble avoir pratiqué le jeu de mail sous des noms différents, pourrait étonner, il est bon de faire remarquer combien la soûle fut répandue dans la province voisine de Bretagne. On ne la voit mentionner au xviiie siècle qu'une fois en Poitou, à Veuille (Vienne), à l'occasion d'un divertissement auquel le véritable jeu de soûle reste étranger (3), de même que les pelotes à Thouars, La Rochelle et Taillebourg n'offraient qu'un lointain souvenir de cet ancien sport. Il en est ainsi de quelques autres dont les bachelleries présentent parfois l'image bien effacée. D'autres encore, érigées en redevances féodales, tels que la quintaine, subsistent longtemps pour le seul amusement du seigneur.

(1) Charles IX s'efforçait trop à sauter et à plusieurs autres plaisants et violents exercices. Il jouait à la balle à emporter, ou au ballon, ou au paille maille qu'il avait fort bien en main. Brantôme. Grands Capitaines,

(3) Le véritable jeu de soûle était encore pratiqué comme en Bretagne, à Noirterre près Bressuire, en 1386. H. uelin. Les Nouveaux Mariés d'autrefois. Mémoires de la Société Historique et Scientifique des Deux-Sévres, 1906, 83. Archives des Deux-Sévres. E. 1667.

On continue à jeter IVfeu/'àChampdeniers et sans doute dans la paroisse voisine de Saint-Christophe-sur-Roc jusqu'au milieu du xviiie (1). Il est bien probable que des recherches sérieuses le feraient retrouver sur d'autres points de la province.

Les anciens sports se modifièrent de plus en plus avant de disparaître (2), seuls les jeux de paume persistent. On en comptait 252 de ces salles à Paris, en 1596 (3). M. Henri Clouzot en a relevé une demi-douzaine à Niort, j'en trouve moi-même deux à Champdeniers.

Au grand jeu de paume de Niort, on donnait à boire et un billard avec entrée particulière était annexé (4).

Les salles de jeux de paume, bien longtemps avant les tournées de la troupe de Molière, avaient servi pour des spectacles de toute sorte. On donnait encore des représentations scéniques au grand jeu de paume de Niort en 1733. Alors les sports en plein air n'étaient plus de mode, ainsi s'explique comment le paille maille de Saint-Florent fut oublié. .

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