L. Desaivre
(i) L'éteuf à Champdeniers n*est pas sans quelque analogie avec la soûle.
(2) Henri Gelin, Fête» populaires en Poitou, Journal Le Mémorial des Deux-SèvreSy n»» du 2d décembre 1888, 22 et 26 janvier 1889. Voir aussi le fonds Joly de Fleury, à la Bibliothèque Nationale.
(3) Jousserand. Boissonnade en trouve 22 à Poitiers au xvii© siècle, 6 en 1740, 4 en 1755. 1 seul en 1780. Essai sur Vorgonisatioa du travail en Poitou, 1898. (Mémoires de la Société des Antiquaires de rOuest, 2e série, xxi).
(4) Le sieur Oré (de Paris) avait été autorisé à établir à Poitiers un jeu de billard sur tapis, en 1659. Boissonnade 1. c. 416.
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NIORT
12, rue J.-J. Rousseau
VERVEDÉS MORTAISES
A. Les foires, grands biens, marchés et Roy-bœufs, foire grasse de Magnac-Laval.
Si soit li tornoiz, commenciez Li lundi enprès les foiriez (Partonop).
Jean Drouhet a célébré en vers patois les Vervedis de ses Mairies (i), plus modeste nous dirons celles de nos foires, en humble prose.
Faute d'avoir consulté le Dictionnain de Minage, d'aucuns se sont beaucoup tourmentés pour trouver le véritable sens de Vervedé. On y voit (a) que ce mot vient de Verbum Dei, Nous voilà revenus à la solennelle Farvadieu, récit de la migra* tion des âmes après la mon et du Jugement dernier (3).
Il est facile de reconnaître que pour Drouhet l'antique prière à tournure épique, n'est plus qu'une farce dont le titre convient aux traditions grotesques des moines Poitevines (4).
(i) Cfr. Alfred Richard. Œuvres de Jean Drouhet, apothicaire à Saint- Maixent. Poitiers Druinaud 1872.
(2) Verb. Verve.
X^) Cfr. Léo Desaivre. La varvadieu. Bull. soc. de statistique des Deux- Sèvres. V. 179. 320. Cfr. ibid. 635.
(4) La moine de Sen Moixont o les vervedez de tretoutes les autres.
Nous ne croyons pas commettre un grand crime en l'appliquant à notre tour, aux dits des foires de Niort et à quelques brocards décochés à cette ville.
Avant 1789, Niort ne comptait que 3 foires tombant le 6 février, le 6 mai (i) et le 30 novembre.
Dans TEst, notamment en Champagne, on divisait les foires en foires chaudes^ ou du beau temps, et en foires froides, ou de l'arrière saison, ce qui aidait à en retrouver l'époque, on ne voit point de trace de ces catégories dans nos régions de l'ouest. Pour cette raison peut-être, des dits avaient été trouvés pour en rappeler la date.
Celui de la foire du 6 février — ou de la Sainte-Agathe — indique sa venue au moment de l'interdiction de la vaine pâture :
a A la Sainte-Agathe , a Si je te trouve dans mon pré, je te donne une tape. »
Rime peu riche^ venue de loin mais nécessaire pour Tadage, à laquelle on ne trouvait par suite rien d'anormal. Disons encore qu'on n'hésitait même pas alors à forger un mot pour la rime.
On le voit par cet autre proverbe :
« Pas de Pâques, ni Paquets, Sans marloieis.
revenant à dire qu'il y a toujours de petits merles à Pâques. Pour trouver une rime à marlotéts, il a fallu inventer Paquets, redondancede Pâques et véritable barbarisme mort-né du patois local.
De même, le mot braconnau que nous rencontrons dans le / dit de la foire du 30 novembre — ou de la Saint- André — ne se voit nulle part ailleurs et a été évidemment produit pour donner une rime à Nm (Noël), fête qui détermine le jour où tombe cette foire :
« La Saint- André hraconnauj Trois semaines et trois jours avant Nau. v
(i) Aujourd. portée au 7 dans les almanachs.
Briquet père qui, sur ia demande du préfet Dupin, avait vainement cherché l'origine de deux proverbes relatifs à Niort, devait bien aussi, grâce à son long séjour dans cette ville, connaître le dit de la Saint-André, cependant il n'en souÉfle mot et après lui, nos nombreux patoisiers, nous ont laissé ignorer ce qu'il faut entendre par braconnau.
Pourtant si l'on traduit en Poitevin le mot braconnier, on retrouve braconnau. cela ne revient nullement à dire que l'on ait jamais songé à Éaire du Saint apôtre — qui ne fut d'ailleurs qu'un simple pêcheur avant sa mission — un braconnier ou le patron des braconniers.
Pas plus que nous ne voyons la moindre intciulju irrévérencieuse dans l'épithète singulière à lui attribuée à Saint- André Goule d'oie, commune du département de la Vendée. L'Oie, Saint-André Goule d'oie, les quatre chemins de l'Oie ect*. confinent et appartiennent à un petit pays appelé FOie, à l'entrée (ou gueule) duquel se trouve le dit Saint-André.
A Niort, ce n'est plus la contrée ambiante mais la saison où se tient la foire qui valut à Saint-André son surnom de braconnau,
Braconncrie lut synonyme de vénerie et si le mot de braconnier désigna tout d'abord le valet qui menait les chiens braques ou brachets, le titre de brac^nier-maître passa plus tard au grand veneur (i). Au XVIP siècle seulement, le mot commença à être pris en mauvaise part. Robert de Salnove, dans sa Vénerie royale, dit qu'il faut mener les chiens en bel ordre et non en braconniers*
En Italien, braccare signifie encore suivre à la piste.
On trouve enfin près d'Angoulême, une forêt chère aux veneurs, dite de la Braconne.
Ainsi tous les mots dont braconnau peut être rapproché, ont trait à la vénerie. Il sera facile d'en conclure qu'il s'applique
(i) Cfr. Le Maire de Belges. lîJustrations des Gaules etc. 1 509 et Glossaire de Godefroy.
chez nous à une foire au temps de la chasse à courre amenant sans doute à Niort veneurs ^/^îfo>r5(i).
Aujourd'hui encore, on parle sans y entendre malice, des boudins mangés à Sainte-Macrine^ le jour du pèlerinage (2). Jadis, il eut paru peu séant de fixer le cours du vin à la foire de la Foye-Monjault, le 25 octobre, sans sabler des huîtres. Il se pourrait bien qu'un léger parfum de venaison restât de même attaché aux vieux souvenirs de la Saint-André.
Aux foires de Niort, très suivies par les habitants du Poitou et de plusieurs autres provinces, venaient encore beaucoup d'Espagnols et dltaliens, pendant plusieurs jours, c'était une vérital le cohue. On les disait royales, c'est-à-dire fondées par ordonnances du roi, sans que la preuve en ait jamais été donnée. Elles remontaient, quoi qu'il en fut, fort loin dans le passé, témoin le proverbe : durer autant que les foires de Niort.
Plusieurs anciennes foires n'avaient eu d'autre origine que le concours des populations auquel donnait lieu la fête patronale, il semble qu'il en soit ainsi à Niort pour la Saint- André.
Les facéties se retrouvent souvent ailleurs. A Champdeniers, le 28 mai où Ton voyait beaucoup de beau monde, s'appelait la foire aux datnss et aux prêtres. On dit encore à Saint-AIaixent :
A la Saint-Simon, (28 octobre) Les belles filles y sont, A la Saint-Nicolas, (6 décembre) Elles n*y sont pas.
(i) Depuis un temps immémorial, des représentations scéniques diverses, d«s exhibitions d'animaux ou de phénomènes, retenaient les étrangers et le beau monde d'alentour. On trouve même à Blois un tournoi après la foire, dès le XIII* siècle. (Gloss. de Ducange).
(2) Les foires champêtres nous eussent entraîné un peu loin, citons cependant la feste de village , petit poème de Julien Collardeau^ Fontenay-le- Comte Petit- Jan 1637 (à la suite des Victoires de Louis XII F). Cfr. réédition par Du^ast Matifeux, Fontenay Robuchon 1869, — à propos du pèlerinage de Notre-Dame de Pitié (commune de la Cbapelle-Saint-Laurent) en 1637. Ce pèlerinage donnait lieu à un prévail champêtre. Cfr. Rev, des irad. pop. T. IV n« 6 juin I889 p. 330.
N'oublions pas surtout le 12 octobre à Fontenay-Ie-Comte, (Saint-Venant), peu fréquenté et connu sans doute pour cette raison, sous le nom de foire auxjemtnes enceintes (i).
Les marchés eux-mêmes, ont fourni leur contingent. Le samedi des Rogations à Champdeniers, est consacré à la vente des chèvres, or, ce marché, peut-être à cause de leurs barbes, s'appelle h pire aux moines.
Parthenay n'a pas de foires mais tous les mercredis se tiennent des marchés d'une importance exceptionnelle. Le mercredi de Parthenay, disent les anciens, n'est pas une foire, cest un grand bien (2), ce qui revient à dire beaucoup plus qu'un marché et un peu moins qu'une foire.
Il est plus intéressant de voir le nom d'une seule fête passer à toute une série de foires en différents lieux. Les étrangers qui viennent dans les Deux*Sèvres pour acheter des mules arrivent à la foire de La Mothe-Saint-Héraye, le 9 janvier, poursuivent leur itinéraire par Melle, le I2, Sainte-Néomaie, le 13, Champdeniers, le 15, Celles, le 17... Ce voyagé qui commence quelques jours après l'Epiphanie, a pris le nom de tourna des Rois.
Dirai-je encore que le Moyen âge a connu les concours de bœufs gras. On les appelait des roy-bœufs. Les vieilles auberges portant pour enseigne un bœuf couronné en gardent le souvenir. Le roy-bœuf de Champdeniers, se tenait le samedi d'avant Noël. Celui de Luçon la veille de cette fête. Il serait facile d'en citer plusieurs autres. On en trouve notamment à Fontenay-le-Comte le mardi gras et à Coulonges les royaux, presque tous sont à la fin du carême d'hiver.
A Magnac-Laval (Haute-Vienne), on remarque, avant l'ouverture des voies ierrées, une foire tous les lundis pour l'approvisionnement de Paris. Il y avait, en outre, la foire grasse, le lendemain de Noël (3). On vendait surtout des bœufs à Magnac- Laval. La foire grasse rappelle peut-être un gncien roy-bœuf.
(i) Serait-ce encore un calembour, y aurait-il une corrélation entre Saint- Venant et les femmes enceintes ?
(2) C'est Tancien bian féodal.
(3) 1396 Fonds Joly de Fleury. Bibl. nat. niss.
B. Proverbes relatifs à Niort
A beau mentir qui vient de loin.
Revenons à h demande du préfet Dupin. La réponse de Briquet père se trouve au tome 2 de son Histoire de Niort
Ctst la reine de Niort malheureuse en beauté, est un dicton fort ancien.. Cyrano de Bergerac Ta textuellement reproduit dans le Pédant joué, comédie dont la première édition paraît être de 1654, où il est mis, avec une foule d^autres, dans la bouche d*un rustre nommé Gareau, d'ailleurs sans aucun détail explicatif (acte 2 scène 2).
Pour être ainsi recueilli au milieu du XVII*" siècle par un auteur étranger au Poitou, il fallait qu'il eut déjà couru sur les lèvres pendant de longues années
B. Fillon a mentionné le premier et toutefois sans référence précise, la citation de Cyrano. (Poitou et Vendée, Fontenay p. 38). mais comme Dupin et Briquet avant lui, il n'a vu dans ce proverbe que l'écho d'une réputation de laideur faite au beau sexe de Niort (i). Toutefois, il plaide des circonstances atténuantes avec l'historien. Le Préfet paraît disposé à croire qu'il y avait encore de son temps chez nous, plus de bossus et de bancroches que dans les autres villes. Dupin, sans doute très favorisé de ce chef, trouvait aussi que les Niortais péchaient par le gras des jambes — il s'agit des mollets sans doute — ce qui serait, en effet, un grave inconvénient pour la plus belle moitié du genre humain (2).
(i) Les femmes laides des bords de la Sèvre et leurs ladres maris. B. Fillon. Poitou et Vendée. Fontenay p. 39.
(2) Statistique des Deux-Sèvres. Chap. i*^ Topographie g XVI maladies.
De tout quoi, il faut retenir que le lourd hennin des femmes de Niort les obligeait à baisser la tète et que le piquage des gants leur fit porter Tépaule droite en avant, légère difformité à laquelle le docteur J. J. D. Guillemeau, plus connu sous le nom de Guillemeau oncle, voulut sagement obvier par Tin* vention du tourne gant (i).
Théodore Amauldet a repris la question sans plus de succès dans ses Niartéides (2). B, Fillon lui-même n'est nullement informé.
Voilà donc une reine de Niort encore bien moins connue dans r histoire que le roi d'Yvetot.
Comment nVt-on jamais pensé qu'il s'agissait ;out si.nplement d'une reine de bachelerie ?
M. Henri Clouzot a trouvé un roi plaisant mentionné à Niort dès le XIII* siècle (3), il ne saurait être autre que le personnage qui présidait à un divertissement populaire, à une bachelerie, en un mot. A-t-on jamais vu un roi de bachelerie sans compagne ? Il sera arrivé une fois que cette' pauvre reine d'un jour n'aura pas été favorisée de tous les dons de la beauté. Ce simple fait, trop exceptionnel pour n'être pas remàr* que, a bien pu suffire pour donner naissance à un proverbe.
Là où il n'y avait pas de bacheleries, Dieu sait pourtant si elles étaient rares en Poitou, les brocards retombaient sur les humbles mariées de village. On disait raide comme la mariée de Benêt et l'on citait encore celle de Chambretaut qui était resta toute apprêta à attendre son galant (4). Cela a-t-il jamais pu
(i) Cfr. Journal agronomique des Deux-Sèvres, 1810 n» 34.
(2) Livre III, Niortéide VII. Pour lui la reine de Niort est la fille d'un sieur Jean Roi, ignoré de TEtat-civil.
(3) Cens et rentes dûs au comte de Poitou à Niort vers 1260. Mém, ifr la soc, des antiq, de VO, 1^4 et tir, à p,
(4) Ce n'a pas été sans étonnement que nous avons trouvé au fohd du. département de VAin, la similaire de la mtriée de Çhambreuut :
« Bile est comme la mariée de Mépillat, Qui resta tote appareilla ».
Henri Gaidoz et Paul Sébillot Blason populaire. Paris, Léopdd Cerf, 1884 p. 109.
signifier que tontes les mariées de ces paroisses fussent semblables à des piquets où attendrissent vainement leurs tuturs ? (i).
De même, on ne pourrait arguer de ce que notre reine se trouva laide certaine année, il en fut constamment ainsi, ni surtout que cette laideur fut anciennement le triste apanage de toutes les Niortaises.
Le proverbe ne saui^it donc être que le dernier écho d'une bachelerie disparue longtemps avant le XVIP. siècle, peut-être pendant la guerre de Cent ans où Ton avait autre chose à faire qu'à s'amuser. Il est fort probable qu'il s'agit toujours de celle du roi plaisant connue dès le XIIP siècle.
Un chemin qui ne mène pas à Rome.
Briquet n'a pas été heureux dans son interprétation du second proverbe : Prendre le chemin de Niort, c'est tout simplement Nier, ne pas avouer, mentir par allusion a n/, synonyme de non (2).
Si, en un temps où le folk-lore était à naître, il ne put en rappro.her cet autre dit, de lui resté inconnu :
« A Niort qui veut aller
Faut qu*il soit sage à parler (3)
locution qui comme la précédente, pourrait bien n'avoir été admise, tout d'abord, que dans la langue verte des coupeurs
(i) On remarquera le peu d'importance de tous ces faits passés en proverbe.
(2) Cfr. Oudin Curiosités françaises, Paris 1640.
Duez. Dict, Italien et Français, Leyde Jean Elsevier 1659-1660. D*Assoucy Aventures burlesques, réédition d'Emile Colombey. Ad. Delahays 1858.
(3) Le Duc, Proverbes en rimes ou rimes en proverbes accomodés en disti' ques... Paris CLuinet 1665.
Leroux de Lincy. Le livre des proverbes français, 1.369 11. 581. Henri Gaidoz et Paul Sébillot. Blason populaire, 256-25?,
de bourses si nombreux encore en Poitou au XVII* siècle, on reconnaîtra que beaucoup de jeux de mots analogues, fort anciennement trouvés, couraient par toute la France.
C'est ainsi qu'on disait :
— Prendre le chemin de la ville d'Angoulême (ou du gosier, de engouler).
— Prendre le chemin de Versailles (de verser).
— Aller à Qevant (mourir).
— Aller à Gichan (se cacher) (i).
— Aller sur les rives du Tarn, prononcer tard (s'attarder).
— Aller au Faouet, petit bourg de la Basse-Bretagne (aller dans les rues mal famées) (P. Scbîllot). Cfr. ci-dessous aller à Niort pour voir le monde dans l'épitre anonyme du biau ^ys de Pary.
— Etes-vous allé à Paris ? Je suis allé à par ici (Paris-ci).
— Venir de Blayes (blaguer) (2).
— Tomber en Bavière, conduire en Bavière (de baver) (3).
— Tomber en Surie (de suer) (4).
— Tomber en Béthanie (en enfance).
— Passer le pont d'Ardin (c'est l'âge critique, locution difficile à expliquer).
(i) Leroux de Lincy. Livre des proverbes français.
(2) Leroux de L.
(3) Chanson nouvelle attribuée à Dorât. Tetit portefeuille, (recueil de poésies). Londres 1774. Il s*agit de la salivation mercurielle, considérée comme signe de la guérison. Ce calembour était fort connu dans la Grande armée.
(4) Proverbe fort ancien. On le trouve sous cette forme : passer par la chaudière, faire course jusqu'au Puy de Surie, allusion à un mode de traitement bien connu, dans la i^* édition du Triumphe de tris haulte et puissante
dame V royne du Puy d'amours nouvellement composé par V Inventeur des
plaisirs honnestes MDXXXIX. c On les vend à Lyon chez Francoys Juste devant Notre-Dame de Confort », dont il n'existe plus que deux exemplaires.
La seconde édition du Triumphe (un seul exemplaire connu) est de 1540. < Paris Alain Lotrian rue neuve Nostre-Dame à l'enseigne de l'cscu de France >.
Le Triumphe 2i été réédité par Anatole de Monuiglon au T. IV p. 223 du Recueil de poésies Françaises des XV* et XVP siècles. Paris P. Jannet 1856. (Bibliothèque Elzevirienne). Cfr. p. 229 de cette réédition.
— Faire du vin de Nazareth (s'engouer, de nez).
— Le carrosse de Béthune (bête une).
— Confrère au diocèse de Samt-Marry, prononciation Parisienne de Saint-Merry (i), (être dans la peine),
— Mal de Saint-Pris, être voué à Saint-Pris, (être en prison) (2).
De même on trouvera plus tard :
— L'abbaye de Saint-Sot (la prison).
— L'abbaye de monte à regret (réchaffaud).
— L'abbaye de Saint-Pierre, des cinq pierres où s'appuyaient les bois de justice devant la Roquette (la guillotine).
Voilà tout cequi nous revient en mémoire mais il serait fiicile d*allonger cette liste de calembours par à peu près, déformation du mot propre assez facile à retrouver d'ordinaire, à laquelle chaque année apporte un nouveau contingent, où Briquet pouvait déjà trouver motif à rapprocher Niort de Nier par simple homonymie (3), ce qui lui eut livré la véritable signification du proverbe : prendre k chemin de Niort.
Cependant aller à Nyart paraît avoir une signification bien différente dans VEpistre du biau fys de Pary (par autre que Marot) (4).
a... J'ai eu le pry de Tarbalestre :
Je chante comme un paroquet,
Je ne voua jamais sans bouquet ;
J'ay plus de bonnets que de teste ;
J'ay mon biau pourpoint des grans feste,
Des jours ouvrié et des dimanches ;
Tous les moy deu chemise blanche.
Pour estre ni salle, ny ort ;
J'ay esté jusqucs à Nyort
Déjà deua fois pour vois U monde,.» »
(1-2) Cément Marot. Edition Eugène Voizard. Paris Gamier. Ltttrc à François I<r pour être remis en hberté p. 39 et Rondeau pArfiût à ses amis après sa délivrance, p. 311.
(3) Conmie Angouléme d'engouler, Versailles de verser, Cachan, de cacher, etc.
(4) Poésie anonyme tn édition de Cément Marot. Paris Jannet T. i, p. 265.
Le jeune Parisien, av*c ses chenxises de quinze jours, ne devait point être bien rente, les voyages répétés à Niort ne s'expliqueraient guère en telle occurence, surtout quand on y va uniquement pour voir le monde et qu'on habite Paris.
Ce Nyort du biau fys n aurait-il point quelque relent des lieux que fréquentait Mathurin Régnier ? (i)
On a assez parlé de la Badia de Niort et de son organisation quasi monastique (2) pour n'y plus revenir, . nous adoptons, s'il faut le dire, des conclusions défavorables à son existence comme Pio Rajna dans la Romania (3), cependant l'opinion contraire vient d'être détendue par M. Alfred Richard, dans son Histoire des comtes de Poitou (4) trois fois couronnée par l'Institut.
A n'en pas douter, pas mal de tapage s'était fait autour de la singulière abbaye soi-disant tondée par Guillaume le jeune comte de Poitou, c'est bien assez pour qu'une lointaine rumeur nous en parvienne sous cette autre forme parémiologique : Aller à Niort pour voir le monde.
Beaucoup ont pensé qu'au fond de tout ceci, il pourrait bien n'y avoir encore qu'une équivoque sur le nom d'abbesse, assez généralement attribué à la tenancière ou directrice de ces maisons aussi hospitalières que peu religieuses.
Duez, dans son Dictionnaire Italien et Français (5), écrit : Niort, le chemin de Niort, par allusion à ni ou non, nier, ne pas avouer, rapprochement assez torcé auquel la fin du mot reste étrangère (6). Avant de produire d'autres exemples de Niort en tant pur synonyme de dénégation, il nous faut dire
(i)Cfr. ci-dessus « aller au Faouet ».
(2) Hist. littéraire de la France XUl 45, d'après Guillaume de Malmesbury (moine bénédictin). T)e Gestis Henrici Anglorum régis, lib. V. Besly, Comtes du Poitou 121. Dreux du Radier Gwi7/flMm^/X. Thibaudeau. Hist, <^ P. T. 2, p. 15. L. Favre Hist, de TLiort 35.
(}) Vie année 1877, 249 article écrit en Italien.
(4) Paris, Alph. Picard 1903. T. 1% 496, n 5.497, n i.
($) Leyde Jean Elsevier, 1659-1660!
(6) Niort, dans le patois actuel donne Niô, nier pourrait peut-être se traduire ainsi, n'avons-nous pas déjà vu hraconnau pour braconnier.
encore que ce vocable subît une autre interprétation fantaisiste, portant cette fois sur ses deux syllabes où l'on crut trouver nid pron. ni et bord, ord ou ort que l'auteur de Tépître du biau fys nous explique suffisamment en disant : ny salle, nyort.
Toujours nier I
On lit dznsV Etat de l'Election de Niort en 1J44 (i). « Les peuples du pays prétendent que ce nom a son origine dans ceux de nid d'or, mais d'autres soutiennent qu'il vient de Hord qui signifie sale : nid hord (on a inventé l'h aspirée pour expliquer la prononciation ni) un vilain endroit, malpropre — on dirait aujourd'hui un sale trou — et l'auteur, qtm" que Niortais sans doute, s'empresse d'ajouter : « la seconde opiiJcn convient parfaitement à l'état présent de cette ville. »
Le iait, fut-il vrai, on ne s'en affligera point si l'on pense que iutun (boue) a été donné comme racine à Lutéce, mais ilseiî.L'eri plus probable que ni-ord (aliàsort) n'est, en somme, qu'une ulic facétie inventée par les villes voisines. Aujourd'hui, cett- réputation de ville malpropre, non quelque raison, revient même à Poitiers qui nous la voua peut-être jadis pour détourner les yeux de sa propre fange.
ApoUin Briquet croit que les Niortais ont mis la main sur le nid d'or parce que ces mots pompeux flattaient leur vanité (2), ne serais-ce point plutôt pour faire oublier le ni-ord dont ils bénéficiaient déjà ?
Quoiqu'il en soit, gardons-nous bien cependant de prendre les choses au pied de la lettre. Il a été dit de Saint-Maixent, comme de beaucoup d'autres villes assez peu séantes : c'est un joli port de mer ; le docteur Giraudeau, de Saint-Gervais, n'en
(i) Mém. delà soc. de stat. des >5., 3« Si«. T. III, 1886. . (2) Mém. soc, de Uat,, i»« Si% T. VIII, 234.
demanda pas davantage pour placer Saint-Maixent sur le bord de la mer I (i).
Ne faisons point comme le savant spécialiste, qu'une simple focétie ne nous serve point d'argument.
Ni-ord, comme toutes les malices, devait avoir une longue fortune, feu Anatole de Montaiglon crut même le retrouver dans le mal de Nyort — il s'agit ici de la plus grave des maladies dites galantes au x,vii* s* — (2).
On gratifiait cependant Niort de deux autres maux, la lèpre et la teigne^ auxquelles l'hypothèse du savant professeur de l'Ecole des Chartes (3), ne saurait s'appliquer.
Ne paraîtra-t-il pas plus admissible que les trois affections rentraient dans la cat^orie des maladies qu'on dissimule avec soin, au'oN NIE en un mot, et que leur attribution peu gracieuse à notre pauvre ville n'était encore qu'une application nouvelle du jeu mot d'où le chemin de Niort était déjà sorti.
Nous comprendrions mieux ainsi comment La Fontenelle de Vaudoré, après vainement songé à retracer l'histoire des prétendus ladres de Niort, en arrivait à se demander « pourquoi en parlant au loin de cette population si active, si industrieuse, et si riche, on se servait souvent de cette expression les ladres de Niort » (4), comment Apollin Briquet après lui.
(i) Précis historique du Poitou. Paris Dussillon, s d. (vers 1840), p. 77.
(2) Cf. Tallemant des Réaux (Hist.)
(3) On trouve à la suite du 7 riumphe dans la seconde édition, Paris Adrian Lotrian x 540, une pièce en prose : Lt Pourpoint fermant à boutons, aussi reproduite au tome IV de la ^ibL Elxév.{jp. 270 et Seqq). Cette facétie of{re une longue synonymie du mal Napolitain. Le mal de Nyort y âgure (avec note d'A. de Montaiglon) à côté du mal du carrefourg de Poictiers, P 271.
(4) Les Ladres de Niort in Revue de l'Ouest, Bourbon Vendée V* Alîut,
Quoiqu'en dise La Fontenelle, il n'y eut jamais qu*une maladrerie à Niort, devenue sans objet, elle fut réunie à Thôpital général en 1695.
Cest à Saint-Maixent qu'il faut aller pour en trouver deux, encore ce fait ne prouve-t-il pas une plus grande fréquence de la maladie, car Tune d'elles dépendait de l'abbaye, qui vraisemblablement y recueillait tous les mézeaux de sa vassalité très étendue.
On croit aujourd'hui qu'après la suppression de beaucoup de maladrerics
« ne pouvait comprendre d'où venait cette réputation de ladrerie » (i), et nous aurions encore l'explication de cette aud'e odieuse épithète de teigneux que Laurent Roux applique aux Niortais dans Tun de ses noëls (2) (1582).
Ladrerie, prise au figuré, est devenue synonyme (Tavarke.
La Fontenelle s'était demandé si telle n'était point la maladie reprochée aux Niortais, bien qu'il n'en put voir la raison. Pouilleux, voire teigneux, prennent aussi le sens d'avares (3), de sorte que des teigneux aux ladres de Niort, il y a peutêtre moins loin qu'on ne pense. Rien ne prouve, nous ne saurions trop le répéter, que ces tristes maladies aient été plus communes à Niort que dans les villes où l'on prit tant de peine pour machiner d'aflVeux calembours, détestable origine d'une réputation sinistre et imméritée.
Eloignons ces terribles images pour retourner aux joyeux devis.
désertes et inutiles^ on en conserva quelques-unes, où Ton envoya tous les ladres des environs, il est possible que Saint-Maixent dut à une concentration semblable d'avoir encore des lépreux, alors qu'on m voyait plus aUïeurs dans la contrée.
Toujours est-il qu'il y avait encore des ladres à Saint-Maixent en 1619, et roéme une dizaine d'années plus tard.
Tout ceci, il faut l'avouer, ne s'accorde nullement avec la triste réputation faite il Niort et conduit involontairement à en chercher quelqu'autre explication plausible.
(i) Mém, soc, destat, i" S«% VII, 164.
(2) Henri Clouzot, Trente noèls Poitevins. Niort et Paris, 1908, n© 34.
(3) Cfr. Intermédiaire des chercheurs et curieux du 20 décembre 1909,
Autres quolibets échangés entre Niort et les villes voisines
Glissez, n'appuyez pas.
A la Révolurion, on disait encore que les gens de Saint- Maixent étaient gainés — ce serait aujourd'hui avoir une mauvaise dégaine — .
Drouhet parle déjà de leurs grcs sabots et cite mèmt les Salebrmau de noutre sen Maixont. Ses compatriotes se revanchaient sur ceux de Niort en les accusant d'être toujours enroués à cause de l'humidité de leurs marais, surtout de celui de la Brèche,, sans doute (i).
n est peu probable cependant que ce mal chronique les ait contraints d'implorer le concours des puissantes gorges de leurs voisins toutes les fois que dans les fêtes publiques, il fallait crier Vive le roi^ comme le prétend le focétieux apothicaire dans sa moirie :
Fasant eil pas veni dos Jons de noutre ville Crier Vive le Ri pre quieuqui fort habille ?
Gir pre ziau, boune gens, sont trop enrouenché Et avons de tout tomps lou gouzé empesché.
A Fontenay, on parlait de la langue des femmes de Niort.
Pour Fontenay, en route savetiers, y seront vos en&nts nobles et glorieux comme barons et premiers échevins. Telle était la réplique des Niortais aux Fontenaisiens. En passant près des plus huppés de la ville de Fontenay, les Niortais se bouchaient le nez, crainte de l'odeur du cuir, qu'à la vérité, ils sentaient autant qu'eux (2).
(i) Jean Drouhet, Edo» Alfred Richard^ MoirUy p. 24, n i. (2) Poitou et Vendée, Fontenay, p. 38.
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