‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 114 sur 165 · V. Hooper, p · texte numérisé non relu

V. Hooper, p

456 DES POIDS, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS, &c.

par le talent Attique, la monnoie reçue dans la ville qui méritoit à tant d’égards le nom de capitale de la Grèce, et de fondatrice de ses plus belles colonies? 3. Darius permettoit aux tributaires le choix de Por ou‘dt l’argent. “Il exigeoit le talent d'argent Babylonien, mais il se.

contentoit du talent d’or Euboïque qui pesôit un septième de moins.

Cet avantage accordé à l’or produisit la proportion assez singulière de 1 à 18, suivant laquelle Hérodote calcule à 4680 talens Euboiques d’argent les $60 talens Euboïques d'or que les Indiens payoient au roi. Mais elle est purement hypothétique. En supposant celle de 1141 les Indiens auroient dû payer 3960 talens d’argent, mais des talens Babyloniens égaux à 4620 talens Euboïques. Ce fleuve d’or, qui couloit sans cesse de l’orient en occident, avoit déjà établi la proportion décuple du tems de la bataille de Cunaxe. 4. Si nous réduisons en talens Euboïques les 7740 talens Babyloniens, nous en aurons 9030 de ceux-là. Hérodote a calculé ce total à 9540 talens, mais il nous avertit lui-même qu’il-a passé sous silence plusieurs petits articles. Cette explication, qui justifie à la fois ses détails et son arithmétique, me persuade qu’il a eu sous les yeux un tableau des revenus Persans bien plus étendu que celui qu’il nous a laissé. Mais lorsqu'il nous donne 14,560 talens d'argent Euboïques pour le grand total, au lieu de 14,220, on ne sauroit excuser la faute de l’historien ou de son copiste. 5. Ces 14,220 talens Euboiques, le véritable résultat du calcul, nous donnoit 3,246,859/, s. Un pareil revenu paroît mal assorti avec la magnificence des rois de Perse, et avec la grandeur d’un empire qui s’étendoit de l’Hellespont jusqu’au fond des Indes, et du Mont

Caucase aux frontières de l’Ethiopie. Cependant tout modique qui

étoit, les Perses regrettoient encore les règnes heureux de Cyrus et de Cambyse qui ne soutenoient leur grandeur que par les dons gratuits de leurs sujets. Mais se persuadera-t-on qu’un grand prince, qu’un legislateur, qu’un Cyrus n’ait pas compris, que les besoins d’un grand

royaume demandoient des secours généraux, et que toutes les nations

étoient accoutumées à remplir ce devoir légitime envers l’autorité qui les protégeoit? Veut-on qu’il ait réalisé une idée qui n’éblouit qu’un Néron dans l’accès passager d’une folle bonté? Ces difficultés redoublent notre embarras, mais elles pourroient l’éclaircir. Xénophon, qui dans son roman philosophique a conservé beaucoup de mœurs vraies et de

DES POIDS, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS, &c. 457

de faits curieux, pourroit adoucir la rigueur de cette expression d’Hérodote. Cyrus se contentoit d’exiger les tributs nécessaires pour soutenir les charges publiques. Bien loin d’amasser des trésors, il pro- oped Lwin’ diguoit à ses soldats ceux de Sardis et de Babylone; et lorsqu’un 49. 635—642. besoin imprévu demandoit des secours extraordinaires, Crésus apprit de Ini que la bourse de nos amis est le coffre fort le plus assuré, Darius changea de métliode. Il eut peut-être raison. Cette indulgence de Cyrus devenoit un nouveau moyen d’oppression dans un état despotique trop accoutumé déjà à ne voir que des volontés particulières à la place des loix générales. Ce revenu d’Hérodote n’est que l’excédent de la dépense publique, une somme destinée à former le trésor ° royal qui ne s’ouvroit que pour les besoins extraordinaires de la monarchie. Avant que de l'envoyer à Suse les satrapes avoient déjà pourvu aux appointemens des officiers, a l’entretien des troupes, et à tous les travaux publics. 6. Un dutre endroit de notre historien m’a Pr i permis de conjecturer à combien la masse entière des revenus pouvoit se monter. Jl s’étend avec complaisance sur les richesses du grand gouvernement de Babylone qui rendoit chaque jour à son satrape une artabe d'argent. Ils’explique. Une artabe étoit une mesure creuse de ce pays-la égale au medimnus Athénien et à trois chenices ++ du medimnus. Nous savons que le medimnus contenoit 72 grosses mines. L’artabe contenoit 763 grosses mines égales à 91,8 mines de Solon. Dans la construction du poids on n’a rempli cette mesure que d’eau pure. L’argent pése dix fois et demie autant que le méme volume d’eau. L’artabe de Babylone remplie d’argent valoit 16 talens 3 mines et 90 drachmes. Si nous multiplions ce revenu journalier par 360, nous aurons un résultat de 5783 talens Attiques, = 4957 talens Baby. loniens, par an. Tel étoit le tribut que la province de Babylone payoit à son satrape; mais le roi n’en retiroit que 1000 talens, c’est à dire la cinquiéme partie. Si nous établissons cette proportion dans tout Vempire nous lui donnerons un revenu de plus de seize millions de .livres sterling. Je crois que Babylone nous offre un terme moyen assez heureux. Au centre de l’empire, mais habité par un peuple toujours porté à la révolte, les dépenses publiques y auront été bien supérieure à celles de quelques cantons riches et pacifiques, mais très inférieures à l'entretien de ces armées nombreuses qui défendoient les

VOL, III. 3N provinceg

provinces frontières. 7. Tel étoit le revenu que ces monarques rece. voient en argent, mais ils jouissoient encore de plusieurs droits très

’ Jucratifs. Chaque province étoit obligée de leur envoyer tous les ans ce. qu’elle produisoit de plus précieux. . Leur maison nombreuse, femmes, eunuques, et gardes, vivoient aux frais du pays où ils faisoient leur résidence. La satrapie de Babylone avoit l’honneur d’entretenir Je roi pendant quatre mois de J’année, et de lui nourrir un haras de huit cens chevaux, de seize mille jumens, aussi bien qu'un très grand nombre de ses chiens Indiens. Quatre villages n'étoient chargés que .de leur entretien,

Section III.

La province de Babylone donnoit aussi 500 beaux eunuques tous

Herodot. Lil Jes ans. La Cilicie lui envoyoit 360 chevaux blancs. Les Ethiopiens pen re apportoient à ses pieds de l’or, de l'ivoire et de l’ébène : les Arabes lui envoyoient de Fencens. Le tribut de ceux de Colchos consistoit en

100 garçons et 100 filles qu’ils amenoient tous les cinq ans au sérail du

grand roi. Les beautés Circassiennes ont toujours été renommées -dans

Porient. Je passe sous silence toutes les corvées des peuples, le ser.

vice militaire, les chevaux, les vaisseaux, &c. qu’ils devoient au roi.

Jdgm. 1. V. 8, Les Perses eux-mêmes n’étoient point tributaires. Il semble que

Xenoph. Cyro- ° .

ped.l.i.p.7— Cyrus avoit employé les armes d’une nation libre pour subjuguer

18. edit. Hut- . ° ° oe chi Oxon. l'Asie ; mais qu’il n’osa jamais confondre les vaincus avec les vain. queurs. Ce phénomène, si rare dans l’orient, s’accorde très bien avec cette république Persanne que Xénophon nous a décrite. 9, Les Herodot. L i Egyptiens donnoient pour l’entretien des 120,000 Persans qui étoient ° 9. en garnison à Memphis, 700 talens de bled. J’ignore pourquoi on a voulu apprécier le bled plutôt que le mesurer. Mais assurément c’étoit le prix commun. Si nous donnons à chaque soldat un quartier et demi par an,* nous aurons 180,000 quartiers de bled et 180,350 livres sterling. Le quartier étoit au prix d’une livre sterling. C’est la moitié. du prix actuel.

"+ Les Grecs ne donnoient qu’an cheenix.par jour; lés Romains quatre modii par mois. | Dans

DES POIDS, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS, &c. 459

Dans le commencement les Romains tailloient 40 pièces d’or à la Greaves, tom. i. livre. Comme il ne nous en reste aucune qui approche de ce poids,. Pin. Flin, Hist. Nat j'approuverois assez la conjecture de Snellius et d’ Agricola qui lisent 42 au lieu de quarante: peu a peu les princes en diminuaient le poids jusqu’à 48 à la livre. Telle est la leçon d’un excellent MS. du Collège: de Baliol, au lieu de 48. Les Romains avoient adopté la proportion. élégante des Grecs. L’aureus pesoit.2 drachmes, et flottoit entre 42: et 48, comme la drachme ou denier flottoit entre 84 et 96. Il nous Greaves, tom.i reste effectivement des aurei de Jules César de 1243 grains, et d’autres !” $80, 33h. de Néron de 108: grains. Dans le siècle suivant le denier prit yn état plus assuré de 8 à l’once, mais l’aureus se soutenoit un peu mieux et ° différoit peu de celui des premiers empereurs. Galliène et les tyrans 14. p. 339, 330. ses contemporains le réduisirent à 75 grains. Il ne s’en ést jamais relevé. Il semble qu’on a toujours compté 25 deniers à la didrachme - d’or.. La proportion de l’or à l'argent étoit de 124 à 1.. On ne risque: pas beaucoup. en appréciant cet aureus du Haut Empire à 0,9 d’une. ° livre sterling, c’est à dire 18 chelins. |

. Constantin voulut fonder un nouvel empire. . Partout il changea les choses et jusqu'aux noms. An mois de Juillet de Pan 325, il établit: V. les Mém. de

Dupuis dans wn nouveau système dans les monnoies. On tailloit 72 aurei à la livre le xxviiimetome d’or, 60 milliaresions à la livre d'argent, et douze folds à la livre de Pa Bale cuivre. L’aureus ou solidus valoit douze milliaresions, et le milliare- haetres. sion 24 follis. Lor étoit par conséquent à l’argent comme 1 à 141, et argent au cuivre comme .1 à 120. Le follis de cuivre se partageoit en quatre petites pièces, nommées assarion, lepton, et quadrans ; c'étoit le fameux as qui ne valoit plus que le quart de l’once de cuivre,

73 grains = 055487 = 11 1

88 grains — 00466 = 0 1L 438 grains = 000193 = O oO!

109} grains = 000038 = O Où

L’aureus, ou sous d’or Le milliaresion d’argent Le follis de cuivre L’assarion de cuivre

La livre d’or étoit une monnoie de compte fort usitée sous les suc. cesseurs de Constantin: on peut l’apprécier à 40 liv. sterling. Le période qui s’est écoulé depuis les Gordiens jusqu’a Constantin est, V. Hooper, p.

romp de difficultés, Orrvoit en général que le denier, qui remonta 1a. Dope er | au VO. ÆL Lan.

460 DES POIDS, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS, &c.

pid. in Alex. au poids de l’ancienne drachme Attique (68 grains), avoit reçu le nom

Fi Vorisc-in de lepton ou de minutus, par contradistinction avec le denier encore

py ean plus pesant qu’on donnoit aux soldats, et qui pesoit les { du milliare-

Salmasl sion de Constantin, c’est à dire 77 grains. On:s'est beaucoup disputé sur les leptons de cuivre. Je pense que depuis le commencement du huitième siècle ce nom général a toujours désigné l’as ou assarion. Je ne fais qu'indiquer deux autres sens du mot follis. i désignoit, 1. Un poids de 250 deniers, c'est à dire la nouvelle libre sesterce où deux argyres et demi. 2. Une bourse de 125 milliaresions ; c’étoit la dona. tive ordinaire des soldats. Il a même un troisième sens; 3. ce qu'on nommoit aussi gleba senatoria ; la capitation de chaque sénateur. Les plus riches payoient huit livres d'or par an (320 L. s.), les moins aisés quatre (160 7. s.), et les plus pauvres deux (80 Z s.}

L’établissement de Constantin se soutint (du moins de l’Orient) pendant plus de six siècles et demi: et lorsque Nicéphore Phocas monta sur le trône, l’aureus pesoit encore une sextule ou la sixième partie de l’once. Ce prince avare fit frapper des reragrypar, quartarii, d'un poids plus léger et dont il se servoit pour payer ses troupes, &c. pendant que dans les tributs il exigeoit toujours aureus de Constantin. Ce.récit de Zonare est un peu obscur. On a pris le mot de ceragryger en trois sens différens: 1. Que Nicéphore ne changea rien au poids, mais que ces quatre aurei en valoient autant que six, c’est à dire d’une once d’or. 2 Que l’aureus de Nicéphore ne pesoit que le quart de celui de Constantin, 18; grains. 3. Que Nicéphore ne diminua que d'un quart |

V.Salms. l’ancien aureus qui pesoit 73 grains. Le sien n'en pesoit que 54: ou la Hist. Ant huitième partie de l’once Romaine. Ce dernier sentiment, qui est sv. celui de Saumaise, me paroit le seul vraisemblable. Il semble que l’aureus de Nicéphore (connu par les Latins sous le nom du bezant d'or, c’est à dire aureus Byzantinus) a subsisté sans beaucoup d’altéra- tion jusqu’à la chute de l'empire de Constantinople. Lips.deMagni. ZOnare nous apprend que l’empereur Basile (dans le neuvième siècle) 7 p63, Ed. avoit rassemblé un trésor immense, puis qu’on y comptoit 200,000 talens Prat. 1% Wor, sans compter des richesses incroyables en argent et en pierreries. Cet endroit est trop favorable à la grandeur Romaine pour ne pas plaire à Juste Lipse. Mais voyons de quoi il est question. A n’employer que le plus petit talent, et la proportion la moins forte, nous - trouverons

DES POIDS, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS, &c. 461

trouverons en or seulement, 352,000,000 Z. s Plutôt que de recuser l’autorité de Zonare, pensons que (par un purisme de rhéteur et qui rehaussoit encore son pays aux yeux des étrangers) il a employé le mot de talent, au lieu de ce terme à demi barbare de dra, livre d’or. Les 200,000 livres d’or sont égales à 8,000,000 Z s. Ce trésor est grand sans être incroyable.

Benjamin de TFudèle, qui visita Constantinople vers la fin du dou- Lips de Magic. zième siècle, parle avec étonnement des trésors qui la rendoient la ville 7. pe Oh Edit la plus riche de l’univers. Le seul revenu que le prince en tiroit se" * montait à 20,000 aurei par jour, environ 3,000,000 /. s. par an. Je méprise, comme je le dois, l’autorité de Benjamin, mais je croirois sans peine qu’il y a un grand fond de vérité dans ces exagérations.

Lorsque Julien parut dans les. Gaules en qualité de César il trouva Vie de Julien, cette grande province ruinée par les barbares et encore plus par les Hire Paris, traitans. La capitation se montoit à 5 aurei par tête, et quoiqu’elle 140. ” oe suffit pour tous les besoins de la guerre, les officiers de l’empereur vouloient encore l'augmenter. Ce dernrie coup, que Julien sut parer, eût accablé ce malheureux peuple. Julien, devenu empereur, réduisit.

. la capitation de 25 aurei par tête (15 Z s. 17s.) à sept aurei (S i. s. 17s. 74.)

Cet impôt, sur le pied même de la réduetion, nous paroît énorme. Il Annales Polin'y avoit que les chefs de familles qui le payassent. De ceux-ci il y en a se Pierre, tom. 4,000,000 dans la France moderne, beaucoup plus petite que la Gaule ie pe MY ancienne. Ce dénombrement nous donneroit une somme impossible (100,000,000 aurei, 55,400,000 J. s.). Mais lorsqu’on excluoit tous ceux qui en étoient exempts, et surtout cette nation d’esclaves bien plus nombreuse que celle des hommes libres, il ne restoit peut-être pas 500,000 contribuables. Je me sers de ce calcul de l’ Abbé du Bos. Il

ne peut pêcher que par sa foiblesse, et je me ménage volontiers une occasion de céder quelque chose sur la population peut-être excessive qu'on attribue à ce pays dans le quatrième siècle. L’impôt de Constance

nous donnera 12,500,000 aurei, près de 7,000,000 Z s. celui de Julien $,500,000 aurei, près de 2,000,000 J. s. Ajoutons à ce calcul quelques réflexions.

1. Depuis les conquêtes des Romains jusqu’au règne de Caracalla, V: Burman. de

Vectigal. Pop.

on distinguoit entre les citoyens Romains et les provinciaux. Ceux-ci, Romani. Leyd. qu'on nommoit tributaires, payoient la capitation. Le citoyen en étoit et Just Lips.

itud, exempt, Rom, nd a

1—7. Burman, c. x. xi. Dion Cass. Excer.

Burman. p. 174.

Philosophical Eesays.

Page 1