Arbianes régna vingt-deux ans. me
Je n'ai point d’événemens pour remplir ces cing règnes des premiers rois des Médes et de l'Asie. Ctesias n’avoit rien trouvé dans les annales, ou Diodore s’est peu soucié de conserver ses détails. Je vois trés clairement que ce copiste a négligé plusieurs faits des plus intéressans, que nous trouvons ailleurs. Sa liste des rois est défectueuse, peut-être. même remplie de fautes. Je lui trouve dans cette partie de sa bibliothèque une sorte d'impatience. Il s'étoit fort étendu sur le règne de Sémiramis, les merveilles de Babylone et la science des Chaldéens ; ce grand morceau avoit déjà passé les bornes que la proportion générale de son ouvrage lui prescrivoit: il se dédommage aux dépens de la monarchie des Mèdes.
On n'est pas en droit d'exiger que je remplisse ce vuide : ily ena tant dans ces siècles reculés. Mais je sens que le système que je propose deviendra bien plus vraisemblable et plus lumineux si je réussis à découvrir quelques traces de cette monarchie et de ses premiers rois, dans les traditions des compatriotes et des contemporains, je veux dire dans celles des Perses modernes et des anciens Grecs.
Je ne connois l’histoire Persanne que par les extraits que nos savans nous en ont donnés, et particulièrement par la Bibliothèque Orientale de M. d’Herbelot.t Cette ignorance me donne une sorte de mérite; c'est celui de l'impartialité Mon amour-propre .n’est point intéressé à justifier une science dont l'acquisition ne m'a rien coûté. Voici en peu de mots l'idée que je me suis fait de l'authenticité de cette histoire. .
Dans ce long intervalle de cinq siècles qui s’écoula depuis la destruction de la première monarchie des Perses jusqu’à l'établissement de la seconde, la Haute Asie étoit retombée dans la barbarie. Les Parthes, ses maîtres, conservèrent toujours la férocité de leurs ayeux Scythes.
* Diodore a donc compté 282 ans au lieu des 282 de Jules Africain cité par les chronologistes Chrétiens. J'ai suivi l'exemple de M. de Bougainville ; mais je crains qu'un certain petit intérêt de système n'ait contribué à cette préférence que nous lui donnons. Artée, le sixième roi de la dynastie, devoit régner avant l'ère de Nabonassar. |
‘ + Sur toute cette histoire, v. Biblioth. Orient. aux mots Pischadiens et Caïanides, et à ceux de chaque roi en particulier.—Universal Higt, Edd. Fol. tom. ii. p. 172—240.
Le luxe corrompit leurs mœurs sans les adoucir. Ils opprimoient les Agathias, Hit, ”
li. Ce X. Xi.
Persans et se rendoient odieux à tous les vrais Mages par mille super- Hist. da Mani stitions étrangères qu'ils avoient introduites dans le culte de Zoroastre. de je Beawsobre,. Les malheureux n’ont d'asile que l'avenir et le passé. Les prédictions fom. pe 166 et les fables les consolent de leur misère actuelle. Lorsqu’Ardshir Bahaman rendit l'empire aux Pérses, les poëmes historiques qui sembloient renfermer les origines de la nation furent reçus sans critique et sans contradiction. Ecrits d’ailleurs d’une manière intéressante, ils franchirent bientôt les bornes de l'empire. On les écoutoit avec autant d’avidité à la Mecque qu'à Madyan. Enfin les Arabes parurent et subjuguèrent Bibioth. Orient. la Perse. L'ignorance et le fanatisme marchèrent devant eux: ils dé- 664 truisirent par-tout les monumens d’un culte étranger. Au bout de trois & Aap gag. Fo siècles les arts avoient civilisé ces barbares; et ils ne cherchérent plus ™ pti qu'à réparer les ravages de leurs ancêtres. Ferdoussi, fameux poëte Biblioth.Orient. Persan, composa un poéme historique de 30,000 vers sur les débris des s, PAT vieux romans qu'il avoit recueillis. Mais Ferdoussi étoit poëte et Musulman. On peut croire que dans cette première qualité il préféroit toujours le merveilleux au vraisemblable, et que c’est à la dernière que nous devons Abraham, Salomon, ét tous les prophètes Juifs. Ferdoussi est cependant la source où la plüpart des historiens et des poëtes ont puisé. Mirkhond et Khondemir, deux historiens Persans de la fin du quinzième siècle, sont, pour ainsi dire, les seuls originaux que nos savans sont ac- . voutumés citer.
Je passe aux caractères internes de cette histoire. Je n'y vois rien de plus vraisemblable. (C’est un assemblage de fictions grossières. Nulle géographie, nulle chronologie, des paladins, des génies, des fées et des monstres. Nous avons surtout un excellent moyen de comparaison dans les deux siècles depuis Cyrus jusqu’à Darius. Les Grecs contemporains, sujets ou ennemis du grand roi, ont pu prendre de fausses idées sur les révolutions intérieures et sur les caractères de ces princes, mais ils connoissoient sans doute leurs noms, la durée de leurs règnes, leurs successions, et les grands événemens qui les regardoient eux-mêmes. Les relations d’Hérodote, de Xenophon et de Ctesias, n'ont avec celles de Mirkhond que ce rapport qui suffit pour nous convaincre combien les idées de ce dernier étoient confuses et défectueuses.
De cet amas de traditions, tout imparfait qu'il est, nous pouvons
| | néanmoins
- Chronology, &c.
néanmoins extraire quelques vérités utiles: Les événemens généraux se gravent dans le souvenir des hommes, l’idée des grands établissemens passe à la postérité, et l'imagination bornée et stérile ‘de cette ctéature singulière, qui ne peut. souffrir ni la vérité ni le mensonge, altère plus de faits qu’elle n’en invente. Je tacherai de choisir quelques-uns de ces traits saillans. Dès que je n’entreprends point de justifier tout l’enchaînement des petits faits, la bonne-critique-me-défend d’en tiref avani tage dans les occasions où ils me seroient-favorables. Je n'arrêterai à trois chefs principaux. 1. L'idée générale de chaque dynastie. 2. Les monumens de Persépolis. 3. La réformation du calendrier.
1. Réduisons histoire ancienne de la Perse à cette proposition eine rale et simple, ‘ Que quatre dynasties différentes y ont régné -dans ces siècles qui ont précédé la conquête des Arabes ; c’est à dire-les-Pischadiens, la Caïanides, les Aschkhaniens, et les Sassanides, et que la-tradition. à conservé’ les noms, l'origine, la ruine, ef le caractère des trois premières races."* Je respecte peu la foi de la tradition, mais je ne crois pas l'avoir chargé d'un dépôt au-dessus dé ses forces - Nous connoisons. les Sassanides. Les Parthes sont désignés assez clairement. seus: le nom. d’Aschkhaniens. arab, le dernier des Caïänides, fut vaincu par Iskender le-fils de Filikous: ce sont: les noms sous: lesquel? les Orientaux connoïisseñt Darius Codaman, Alexandre, et son père Philippe. La dynastie des prédééesseurs de Darab remonte: au-delà du règne de Cyrus, et semble comprendre les Mèdes d’Hérodote. Il ne. reste qu’à chercher la place de la dynastie des Pischadiens, la plus ancienne, et peut-être la plus illustre, de celles qui-ont gouverné la Perse. Le Chevalier Newton y a cru reconnoître les Assyriens. Mais ce grand homme avoit peu réfléchi sur-le génie de l’histoire Persanne. Les Mages étoient les. seuls dépositaires de la vérité et des fables. Ils ne comnoïssoient de souverains’ légitimes de la Perse que ceux qui en avoient pro: fessé.la religion. Une identité, ou du moins une ressemblance de culte; soutenoit la chaîne de la succession. Tous les idolâtres n’étoient à leurs yeux. que des usurpateurs dignes d’un oubli-éternel ; les hérétiques (tels
* Je dis des trois premières. L’authenticité de l’histoire des Sassanides n'a besoin de preuves. Un habile homme, qui nous donneroit une bonne histoire de cette race, fondée — sur la combinaison des écrivains Persans et Arabes avec les historiens de l'é église et du bas empire, enrithiroit la littérature sacrée et profane d’un ouvrage très intéressant.
que
que les Aschkhaniens) passoient à la postérité sans éloge et sans détail.*
Nous connoissons la religion des Assyriens: c'étoit le sabisme, le culte
le. plus ennemi de celui des Mages, l’adoration des astres, des images,
et peut-être enfin l’apothéose des héros. Mais, si l'amour d’un système
(qui n’est pas le mien) ne m’éblouit point, tous les grands caractères de
cette dynastie conviennent. avec tout autant de justesse aux Mèdes de
Ctesias qu'ils seroient déplacés à l'égard des Assyriens de Ninéve ou de
Babylone. Les Pischadiens étoient Mèdes d’ origine ; ’ Souster et Istek- Biblioth.Orient. har (Suse et Persépolis) étoient leur. derheure ordinaire. Ils se distin- fin. p. rt guoient par la magnificence de leur cour et par l'étendue de leur empire; TA mA7E OS. mais c’est encore plus à la sagesse de leurs loix, à une conduite modérée Priesuy’s Conet populaire qu'ils ont dû leur grande réputation. Ils ont soutenu de P 167—*9?longues guerres contre les Scythes jusqu’à ce qu'enfin ces barbares, in- | ondant l'Asie, ont détruit cette dynastie dont les malheurs ont été vengés,
et l'empire rétabli, par-les princes du nom de Cai, ou Cy, qui descen-
dirent des montagnes de la Médie pour chasser les barbares. Je n’entre-
prends point d’expliquer les expéditions de Thamurath dans le Ginnistan,
et.les guerres de Huschenk contre les peuples de Mahiser, qui avoient
des têtes de poisson, et qui n'étoient peut-être que des ictyophages. M. d'Herbelot ne cite ici queles- romans modernes, dont le goût et le prin-
cipe sont toujours très différens de ceux des anciens poëmes, qui tenoient
lieu d'annales. On peut remarquer que les Persans ont placé sous ses
premiers rois l'invention des arts les plus nécessaires. Vanité insensée !
mais commune à tous les peuples; qui ont voulu confondre l’origine -de
leur nation, ou de leur secte, avec celle du genre humain.
2.. Tous les voyageurs ont décrit les fameux restes de la grandeur de Y. Usiversat Persépolis, et M. le Comte de Caylus, dont l'œil attentif et pénétrant "ei suit par-tout le progrès des arts, leur naissance et leur perfection, a ras. dor pele, tate semblé dans un excellent, mémoire le précis de nos connoissances sur °™2"* P4118 une matière aussi intéressante. Accoutumé depuis longtems à tous les prodiges de l'architecture, il ne pense qu’avee étannement à cette vaste esplanade taillé dans un roc de marbre, aux camaux qu'on y avoit creusés,
* L'application de ce principe jetteroit beaucoup de lumière sur les endroits les plus ob- Herodot. I. à scurs. Elle rendroit une sorte de raison du silence étonnant qu'ils ont gardé à égard de c. 120 Cyrus. J'ai de bonnes raisons pour croire qu’il n’étoit pas Mage. Je ne citerai que le t&moignage formel d’Hérodote. |
à la
- à la hardiesse du dessein, à la grandeur des masses, et à l'extrême per: fection. de toutes ses parties. Il rend justice aux beautés réelles de l'ouvrage tout éloignées qu’elles sont des règles des Grecs. Tout. s'y ressentit (à son avis) du goût Egyptien qui a passé au fond de l’orient et sur les côtes de l’Etrurie dans le tems que la Gzrècè n’était remplie que de cabanes. M. de‘ Caylus voit par-tout dans ces débris l’empreimte de l'architecte, mais il n'en voit aucune du fondateur. Il fait sentir même qu'on rencontre des difficultés insurmontables lorsqu'on veut les attribuer aux dynasties qui ont régné sur la Perse dans ces siècles que nous nommons historiques. Ils subsistoient sans doute avant les Sassanides. La tribu connue sous le nom de Parthes, détruisoit les villes mais n’en bâtissoit pas. Le règne de la barbarie n’a
Xenoph. Cyrop. rien de commun avec eelui des arts. Les Acheménides n'ont jamais
À. vii. p.
este établi leur séjour à Persépolis. Ils partageoient l'année entre Suse, BaéditeurHutchin. bylone, et Agbatane. Les temples, les palais, et les tombeaux de Per- ‘on sépolis supposent la résidence ordinaire d’un grand roi. M. de Caylus
. expose ses difficultés, et en laisse la solution à quelqu'un plus habile ou
D'Herbelot plus heureux que lui. Peut-être serois-je plus heureux. Je vois que Bibiot. QG Great les Persans attribuent la construction de Persépolis à la dynastie des STE Pischadiens. Un fait aussi simple a pu se conserver. Le souvenir du fondateur sembloit lié avec celui d’un monument éternel. Je pardonne
sans peine à quelques ornemens que la tradition a acquis en vieillissant,
V. d'Anville et même à l'enceinte de douze parasanges (trente-six milles Romains) que Itinéraires. | Giamschid donna à sa capitale. Je ne sais même si elle a besoin de pardon, puisqu'elle renfermoit des maisons de plaisance, des champs,
des bois et des villages entiers. Je suis encore très content, que les
génies n’y soient entrés pour rien dans ces grands ouvrages.* Si l’on
me permet de lier l’histoire orientale avec celle des Grecs, et de sup-
poser que les Pischadiens n’étoient pas différens des Arbacides, nous
aurons trouvé les vrais fondateurs de Persépolis. Je ne vois rien qui
ne s'accorde avec cette idée. Le siècle d’Arbace est celui de la grandeur
et du goût Egyptien. Leurs architectes venoient d'achever les pyra-
* Ceux qui lisent avec quelque attention l'histoire Persanne peuvent remarquer que les génies et les prodiges ne sont point dans le tableau, et qu’ils en ornent seulement le cadre. On doit sentir le poids de cette distinction.
mides.
mides.* La monarchie des Mèdes, qui s'étendoit d’abord sur l’Asie de iTnde à l'Euphrate, n’étoit point au-dessous de cette entreprise, et sa splendeur a assez duré pour trouver à toute rigueur les deux cens ans que M. de Caylus exige pour l’achever.
Mais a-t-il droit de l'exiger? Je respecte infiniment l'autorité de cet habile académicien, mais je ne sais s'il a assez réfléchi sur la combinaison de la puissance despotique avec la grandeur, les trésors, et la résolution de triompher de tous les obstacles. J'ai encore devant les yeux, les restes augustes de l'amphithéâtre de Vespasien, deg bains de Titus, de Y, Merdini Ro la colonne Trajane, des arcs de triomphe de Titus et de Trajan, du whom temple de paix, et de cent autres ouvrages qui luttent encore contre le ce *tidos tems et la barbarie. Trouveroit-il ces ouvrages indignes d’être comparés avec les monumens de Persépolis? Prononceroit-il qu'il a fallu deux siècles entiers pour les élever? Personne ne sait mieux que lui que leur construction n’a pas coûté une cinquantaine d’années.
8. L’ère de Yezdegerd est aussi fameuse en Perse que celle des Séleuaides l'a été parmi les Grecs, où Phégire parmi les Musulmans. Cellé-ci, Chère aux Musulmans, et répandue dans la vaste étendue de leurs conquêtes, n'a point aboli l'usage de la première dans ces provinces qui ont conservé la langue Persanne. L'époque radidale de l'ère de Yezdegerd ‘tious est connue avec la plus grande précision. Tous Îles astronomes de l'érient la fixent au 16 Juin, Pan de J. C. 652; c'est aussi la première année du règnè de ce prince qui lui a donné son nom. Mais quelle est Torigine de ce période, ‘est-il civil ou astronomique? En faut-il chercher a source dans les cieux ou sur la terre? Je crois qu’il faut la chercher ‘dans les ciéux. Je ne puis y voir aucun des caractères d’un période civil et historique. Toutes ces ères ont commencé par quelque grand événement intéressant et flatteur pour la société qui les a établi; des événemens qui sembloient annoncer un nouvel ordre de choses. La durée du période se mesure sur célle du peuple, et si la première survit au dernier, ce n'est que lorsqu'un long usage lui a fait prendre des racines fortes et inébraniables.
* Diodore de Sicile, qui vécut un peu avant la naissance de J.C. place la fondation des pyramides 1000 ans auparavant.—Voyez Diodor. Sic. lib. i. p. 72. Greaves, Pyramidographie, dans ses ouvr. tom. i. p. 23, &c. Voss. de Histor. Græc. 1. ii. c. 2.
VOL. III. D Lorsqu'une
V.@'Herbelot . Lorsqu'une conjuration des grands du royaume mit Yezdegerd sur le mot Yezdegerd, trône, la Perse, déchue de son ancienne splendeur depuis la mort de
Ockley’s Hist. Khosroes et déchirée par ses discordes civiles, alloit succomber sous la of the Saracens,
vol. i. p. 197 & fortune des Arabes. Cette nation avoit déjà remporté une grande. vic- Abulpheng. toire sur l'élite de l’armée Persanne. Elle franchissoit sans peine toutes
hed er 12, es barrières qu’on lui opposoit. L’avénement de Yezdegerd ne ramena $: point la victoire aux drapeaux Sassanides ; ses premières années ne se comptojent que par ses revers. En 637. les Arabes s’emparérent de sa . Capitale et de son palais. Il se cantonna ‘dans les montagnes de la Sogdiane, où il se soutint jusqu'en 651. Avec lui on vit périr pour jamais la gloire et l'empire des Perses. Les rochers du Mazanderan et les sables du Kerman furent les seuls asiles que les vainqueurs laissèrent aux sectateurs de Zoroastre. Sur ces principes je me crois en droit de conclure que l’ère de Yezdegerd n’est point une époque arbitraire que les hommes ont imaginé, mais un période astronomique, que l’ordre naturel du tems -Tamenoit au point de sa première institution: - | Y.le Mémoire | C’est au savant Docteur Hyde que nous devons la connoissance pré dans les Mém. Cise de ce période, ou du grand cycle de 1440 ans employé par les Perses
. de Littérature,
tom. xvi. p.239. Hour ramener leur année vague à la vräie année solaire.” L’année Per-
Hirde, Gass sanne étoit compasée de 365 jours, c’est à dire de 12 mois, chacun de 30 jours, avec cinq jours épagomènes ou surnuméraires. Mais leurs astronomes.étoient encore parvenus à savoir que cette année avoit un quart de jour de moins, que l’année solaire. Ils négligeoient ces quarts de -jours pendant 120 ans pour les rassembler alors, et pour en faire-un mois de 80 jours, quidevengit aiusj le troisième mois de la 120me année. Le grand cycle étoit composé de douze de ces petits cycles, le mois intercalaire changeoit de place, et avancoit toujours un. mois dans le calendrier.#
Mém. de Litt. | # M. Freret se fonde sur quelques détails obscurs et peu décisifs des règles de cette interca- Vases l'orage ation, pour croire que du tems de Yezdegerd il ne s’étoit écoulé qu'une portion du grand
se geen enr ‘cycle de 960 ans. Ce cycle a done commencé en 529 A. €. avee le règne d'Alexandre sur
loix, des arts, et la Perse, et le cycle précédent remonte jusqu’en 1769 avant J.C. dans un tems qu les notions
En he. astronomiques étoient bien éloignées de la justesse d’une année Julienne. Je voyois la raison
tom xix. et M. Hyde d’un côté, Freret seul de l'autre. Cependant je balançois encore. L’autarité de Freret m’embarrassoit, jusqu’au moment que je lai vu changer d'opinion et embrasser luimême lesystème de mon compatriote.
‘Tl lui falloit une durée dé 1440 ans pour parcourir l’année entière et pour achever la grande révolution. . Puisque l’ère de Yezdegerd a commencé ‘une de ces révolutions, elle fait remonter le période précédent à l'an 809 ‘avant J.C. C'est aussi l’époque radicale que M. Hyde lui a donnée. : Dans le système de Ctesias, Attycas, quatrième roi des Mèdes, régnoit ‘alors sur l’Asie. Les Persans, qui ont connu l'établissement de ce grand ‘cycle, le placent sous le règne de Gianischid, quatrième roi de la dynästie piblict. Orient. des Pischadiens. Ce synchronisme trouvé sans effort me flatte beaucoup. “hide p 398. J'y vois l'identité des Mèdes de Ctesias avec les Pischadiens, prouvée par
les faits. Je reconnois dans cette réformation du calendrier une nation
‘policée et éclairée; et dans toutes les cérémonies qui l’accompagnoient
je retrouve. jusqu’à la bonté populaire des Arbacides. Pendant les six Hyde de Reli- | jours. du Neurouz* le monarque se livroit à ses sujets. : Il leur rendoit E's pee justice, mangeoit avec eux, les bénissoit, et recevoit d’eux des présens de
fruits et de grains, le gage et les prémices de l'abondance. A ce spectacle
intéressant on eût cru voir un père cultivateur au milieu de sa famille.
:: Les Arbacides ne sont plus, mais lorient en a consèrvé la mémoire
-sous le nom de Pischadiens. Il est encore pléin des monumens de -teur
grandeur, de leur génie, et de leurs vertus. Je pense bien'que ces rois
ne se sont pas uniquement occupés des loix, des sciences, et des beaux-
‘arts.. L’humanité seroit trop heureuse si ses fastes n'étoienit remplis que
de pareils événemens. . S1 cette histoire s’étoit conservée, on y liroit,
. comme dans toutes les autres, les vices des grands, et les malheurs des
-peuples; on y verroit ce trionphe perpétuel de la violence et de l’in-
trigue sur la justice, qu'elles outragent en la violant, et qu’elles outragent
‘cent fois davantage en se servant impunément dé son nom sacré. Les
traditions Persannes ont effectivement conservé un grand nombre de ces
faits qui-ne sont que trop vraisemblables ; mais je ne sais par quel ait je
.pourrois les séparer de cet alliage grossier dont on les a chargé. Je ne demanderois grace que pour un seul fait. Giamschid, le fondateur de .v. d'Herbelot ‘Persépolis et le réformateur du calendrier, fut chassé enfin de son trône Giamechid, ‘par un usurpateur Arabe. Ce tyran lassa par ses cruautés la patience Dhoni, p. 948. d'un peuple soumis à ses maîtres. Il courut aux armes, un forgeron se *7™4”""?°*-
* La fête du nouvel an.
Dg mit
mit à la tête des séditieux, délivra sa patrie du joug des Arabes, et rendit le sceptre à son héritier légitime. Cette révolution mérita de passer à la postérité par une féte solemnelle qu'on célébroit tous les ans: et c’est . en sa faveur que j'ai démandé cette exception particulière. Je m'étonne toujours que, si le tablier du forgeron, enrichi de pierres précieuses, devint effectivement l'oriflamme de la Persie, il ne soit pas tombé entre les
Vu Lie mains d'Alexandre, etque tous les historiens, qui ont décrit l'aigle d'or
Fan ene qu'on portoit à la tête des armées, n’ayent jamais fait mention d’un dra-
Ni p-206. ‘peau aussi singulier que celui-ci. —
Je.passe aux Grecs. A travers les nuages répandus sur tout lorient, et qui ne se sont dissipés qu’au règne de Cyrus, les Grecs, plus anciens que ce prince, ont entrevu l'empire des successeurs d’Arbace. Mais ces siècles, féconds pour eux en poétes, étoient encore destitués d’historiens. Je ne puis espérer de découvair quelque vérité qu'en creusant la source des fables.
Masse TY «© Strabon étoit admirateur éclairé du génie et même des connoissances d'Homère, dont il préféroit souvent l'autorité à oelle des historiens les plus célèbres. Ce grand géographe remarque avec son bon sens ordinaire, que le poéte qui connoissoit les richesses de Thèbes, et le commerce des Phéniciens, n’avoit jamais entendu parler de la grandeur des Assyriens. 11 le prouve parcequ'il a parlé des uns, et qu'il n’a rien dit des autres. La force de cet argument négatif. échappera à ceux qui ne l'approfondissent pas. Homère parloit.à des peuples encore grossiers, qui ont toujours plus de curiosité que de goût, et qui écoutent avec avidité les actions merveilleuses de leurs héros, et les relations smgulières et éloignées. La construction de ses ouvrages lui donnoit une facilité extrême pour y faire entrer tout ce qu’il avoit recueilli dans ses voyages. Toutes les nations se sont assemblées sous Jes murs de Troye. Ulysse et Ménélas ont parcouru toutes les mers. Rempli de son objet,
Iliad. ir. v. 590. i] y sacrifie jusqu'aux règles de l’art, et celles de la nature. Dans quel
Vied.xx.v, moment ne suspend-t-il pas le courroux d'Achille pour lui faire décrire
*=* assez froidement les cent portes de Thèbes! Ce même Achille, qui ne rentre au combat que pour immoler tous les Troyens aux mânes de son ami, écoute avec une patience admirable la généalogie des rois d’Ilium depuis Dardanus jusqu’à Priam. L'homme de goût s'impatiente ;
l'homme
SUH LA MONARCHIE DES ‘MEDES. ‘41
l'homme curieux s'y instruit. Le philosophe jette un coup-d'œil sur les " contemporams d'Homère, et reconnoît que. la première loi d'un poste est celle de leur plaire.
Homére n’a conservé qu’un seul événement qui paroisse avoir trait | aux affaires de lorient: c’est l’histoire ou. fable de Memnon; qu'il n'a touchée même qu’en peu de mots. La voici dans sa pureté originale, telle que nous la trouvons en rapprochant plusieurs endroits détachés. “ Tithon étoit fils de Laomédon et frère de Priam. [1 fut aimé de la Ody déesse Aurore, dont il eut un fils nommé Memnon, qui se distingua à la 188. xiv. 581. guerre de Troye par sa beauté et sa valeur.” Cette histoire n’a rien que de vraisemblable, si l’on suppose que Tithon, cadet de la maison de Dardanus, passa dans l’orient pour y chercher fortune, qu'il y épousa une — princesse, et que leur fils Memnon coriduisit les forces de leurs nouveaux états au secours de son oncle. Le poëte n’a désigné ce pays que par le nom vague de l’Aurore, mais ce terme étoit permis à la licence de la poésie ; et lignorance des Grecs sur l'intérieur de l'Asie nous oblige v. Cleric. ed seulement à je reculer un peu au-delà de l’Asie Mineure et des côtes de la , OBS. Phénicie. Sous le nom d'Hemathion, qu'a donné Hésiode au frère de Memnon, M. le Clerc a cru voir la ville de Hemath en Syrie. La con- Jecture me paroît très naturelle. |
Cette histoire ou fable (je ne la garantis point) ne conserva pas long- Hesiod. Theo tems sa première simplicité. Cent vingt ans après Homère,* Hésiodez ” donné sa génération des Dieux, le premier système suivi de la mythologie Grecque. Il vouloit. indiquer le nom de la nation sur laquelle ce fils de Y Aurore avoit régné. Il nomma les Ethiopiens orientaux, peuple — 7 limitrophe de l’Inde, et situé aux bords de l'océan. Ces Ethiopiens —
n’étoisnt point inconnus à Homère. Il les coninoissoit avec une pré- Homer Ody.
cision singulière, mais il ne les a peints que sous les traits de la piété Pinder. Fyn, envers les dieux, de la simplicité de mœurs, et d’un extréme éloigne- Oiymp. Of Od. 2. ment où le nom de Troye n’étoit jamais parvenu. La fable de Memnon Wem 04.6. réussit très bien; on lui trouva bientôt un trépas digne d’un tel héros. " 82. | Sa mort (dit-on) fut le plus beau des triomphes d'Achille. Ce combat ir" étoit représenté sur le fameux coffre des Cypsélides, monument très
* On est très peu d'accord sur Page d’Hésiode. J'ai suivi le calcul de Velléius qui paroft avoir suivi de très bons mémoires.
ancien
Commentaires ancien de la sculpture Grecque, et qui remonte jusqu’à la fin du hui-
ler Epitres tième siècle avant Jesus-Christ. L'imagination continua toujours à
. 290. ensèvelir la vérité, ou du moins la vraisemblance primitive, sous une foule Can.Chronic. d’ornemens étrangers. Enfin les antiquaires des Ptolémées déterrèrent Psautoritésqu'il en Egypte J je ne sais quelle torse miraculeuse, qu’ils trouvèrent à propos
a recueillies.
V. Cleric. de de nommer Memnon. Les écrivains postérieurs, qui semblent avoir sai cd perdu l'idée des Ethiopiens de l'Inde, adoptèrent avidement un prodige Vell Pater. Qui transportoit cette fable dans l'Ethiopie occidentale, peut-être dans l'Egypte même.—Mais je m'arrête ; je n’ai besoin ici que de connojtre les sentimens des premiers Grecs.
V.Manhan,- Dès que les colonies de l’Asie Mineure avoient pris quelque consis- P 546-354 tence dans leurs nouvelles demeures, l'humeur active et inquiète des Grecs les porta à se répandre sur toutes les côtes de la Méditerranée, et à fonder des villes depuis l’embouchure du Tanais jusqu’à celle du Nil. Le commerce, la curiosité, le service militaire, l'esclavage même auront souvent conduit des particuliers. de la nation dans les cours de la Haute Asie. Le caractère national les suivoit partout ; c’étoit un goût vif pour les ouvrages de leurs poëtes, et une vanité extrème qui rapportoit les antiquités de toutes les nations à leur mythologie. Par tout l’orient un vrai Grec ne cherchoit que les vestiges des Argonautes, de Bacchus et de Memnon. S'il a cru trouver le royaume de Memnon, je dirai qu'il a vu ur souverain puissant qui régnoit sur les Ethiopiens orientaux, et -dont l'empire s’étendoit jusqu’à l'océan, j'en conclurrai l'existence de ce V.Mosheim’s monarque, et l'erreur des Grecs m’assurera d’une vérité historique. Ecclesiastical : . . oe History, v.i. Lorsque les Portugais ont voulu faire du Negus d’Abyssinie, le Prêtre Fation d'Abye Jean si prôné par.les missionnaires Nestoriens, on dira tout ce qu'on veut sinie dans le ir vol, du-Recueil du Prêtre Jean, mais là méprise même des Portugais m’apprend que ES PET dans le quinzième siècle ils ont trouvé au fond de l'Afrique un empire puissant et Chrétien.
vee se: C'est à Suse que les Grecs ont fixé la demeure de Memnon longtems Fane Pen, 2Vant quelle est devenue la capitale des rois de Perse. Suse se nommoit déjà la Ville Memnonienne; c’étoit déjà la dénomination par laquelle les Grecs désignoient son palais, sa citadelle, et son enceinte. En un mot, pour résumer mon argument, je crois pouvoir conclure que dans le septième et le huitième siècle avant J. C. Suse étoit la capitale d'un empire qui s’étendoit jusqu’à l’océan et la frontière de l'Inde; et cet empire
empire n’a pu être: que celui des successeurs d’Arbace. Cet éclat de Suse, qui a précédé le règne de Cyrus, nous ‘explique parfaitement la raison pourquoi cette ville a partagé la résidence de ce prince avec Babylone et Agbatane. Ê ‘: En quittant pour quelques instans les Mèdes de Ctesias, ; j'ai essayé d’en prouver l'existence par des autorités étrangères, et de remplir en partie ce vuide de cent trente ans qui a dû être le moment le plus bril- ‘Jant de leur histoire. Je vais reprendre ce fil historique que Diodore nous en a laissé, mais qui seroit bien imparfait sans le secours de Nicolas de Damas. a |
. Artée fut lé sixième roi des Mèdes.* Je dois ici raconter un événe- Avant J.C. 768. ment, petit dans son origine, bizarre par ses effets, mais dont les conséquences ébranlèrent, et enfin renversèrent, le trône des Arbacides- Parsondas, qui sortoit d’une famille Persanne, se distinguoit parmi les favoris du roi. Un choix aussi judicieux faisoit également honneur au maître et au sujet; sous les traits d’un Adonis, Parsondas avoit l’âme d'un héros. Adroit dans tous ses exercices, infatigable à la chasse, in- | ‘trépide à la guerre, il sembloit formé pour la cour, le conseil, et le camp. Un séul vice ternissoit l'éclat de tant de vertus’: c’étoit Porgueil. Fier -dé son mérite et dé l'amitié du monarque, il se comparoit souvent avec le satrape de Babylone, Nanyÿbrus, dont la mollesse, qui surpassoit celle des femmes, le reridoit indigne de gouverner. la plus belle province de l'empire. Il la demanda au roi pour lui-même. Artée montra dans cette occasion une vertu d'autant plus respectable quelle est rare parmi les squverains Asiatiques. Il fit taire l'amitié pour n’écouter que les loix. Il respecta les institutions d’Arbace, et ces institutions assuroient Vétat des satrapes. Nanybrus n’étoit que méprisable. Il n’étoit point coupable. Etonné d’un refus auquel il ne s’attendoit pas, Parsondas ne se rebuta point, mais le roi opposa aux instances réitérées de son favori ‘une fermeté qui le réduisit enfin au silence. Ces intrigues de cour parvinrent facilement à -la connoissance de Nanybrus.. Il avoit tout a craindre des importunités de sonrival., Il ne lui restoit que la ressource dangereuse de prévenir les desseins de Parsondas en s’assurant de sa per-
# Cette histoire se trouve dans les fragmens de Nicolas de Damas tirés du Recueil de Constantin Porphyrogénète et publiés par M. de Valois, p. 426—437.
sonne.
24 SUK LA MONARCHIE DES MEDES.
sonne. Tous ses officiers, animés par l'espoir des récompenses, ne cherchoient qu’une occasion favorable, lorsque le hasard les servit mieux que toute leur industrie. Parsondas, qui suivoit le roi à la chasse, se laissa “emporter un jour à son ardeur, perdit de vue toute sa compagnie, et se trouva vers le déclin du jour auprès d'un endroit où les gens de Nanybrus dressoient les tentes de leur maître, et préparoient son souper. Dès qu’ils apperçurent leur proie, qui se jettoit ainsi dans leurs filets, ils lui offrirent, avec la politesse la plus empressée, tous les rafraichissemens, qui ne pouvoient étre qu agréables au chasseur fatigué et affamé. Parsondas se laissa bientôt vaincre par la douce violence des Babyloniens. I accepta même un repas exquis qu’on lui servit. Les vins les plus recherchés agirent bientôt sur un corps échauffé par un exercice aussi violent, et le Persan, qui vouloit toujours monter à cheval pour rejoindre le rot, fut enfin convaincu que la nuit étoit trop avancée, et qu’il feroit mieux d'attendre le retour du jour dans les tentes de Nanybrus. Les belles Babyloniennes qu’on lui présenta, ne contribuèrent pas peu à cette résolution. Parsondas s'endormit dans les bras de l'amour. Son réveil fut tertible. Ilse trouva chargé de fers. et au pouvoir dé son plus cruel ennemi. Conduit à Babyloné, il soutint avec fermeté les reproches du satrape. “ J'ai voulu t’enlever ton royaume, (lui dit-il fièrement,) parce- ‘qu’une femme n’est pas digne de régner sur les hommes, et que les récompenses. de la vertu ne sont pas faites pour les laches.” Nanybrus sentit vivement que son ennemi le braveroit encore au milieu des supplices. Par un raffinement de vengeance il préféra de le laisser vivre, mais de le dépouiller de sa superbe vertu, de l'avilir à ses propres yeux, ‘et de jouir de sa misère. Il le confia à l’eunuque chargé du soin des chanteuses de son sérail, avec un ordre d’habiller en fille ce jeune homme, et d’épuiser sur fui tous les arts de la mollesse Asiatique.* L'eunuque remplit les ordres et les intentions de son maître avec un succès éxtraordinaire. Parsondas fut forcé de s’y prêter. La fraîcheur de la plus belle jeunesse acquit un nouvel éclat; ses talens se développèrent; bientôt cette nouvelle Vénus auroit enlevé à toutes ses compagnes le prix du chant, de la musique, et même de la beauté. Artée
# Nicolas de Damas déerit ces arts. Je m'étonne que Nanybrus oublia une précaution, avilissante pour son captif, et nécessaire pour rassurer la jalousie. fut
fut étonné de ne plus revoir son favori. Les recherches les plus exactes furent inutiles. Le roi crut enfin qu'il avoit péri à la chasse ; il le pleura sept ans; et ce secret seroit mort dans les obscures profondeurs du sérail de Babylone sans l’infidélité d’un eunuque qui en étoit instruit. Outré d'une punition qu’il avoit reçue, cet esclave écouta facilement les séductions de Parsondas qui lui proposa de se sauver du palais, de se rendre à la capitale, et d’instruire le roi du triste sort de son ami. Ce prince en reçut la nouvelle avec une joie mêlée d’étonnement et de douleur. : Sur le champ il fit partir un ministre fidèle pour le tirer des mains de Nanybrus. On peut s’imaginer quelle étoit la surprise de ce rusé Babylonien. Il assura le ministre royal qu'il ignoroit avec le reste du public le sort de Parsondas depuis le jour qu'il avoit disparu. Cette ignorance prétendue ne trompa point le souverain. Il renvoya un second ministre d'un rang très supérieur au premier avec ordre de lui rétrouver son ami, ou de rappotter la tête du satrape de Babylone. ‘“ Plus de renvois, (lui dit-il,) plus d’excuses. S'il balance, prenez-le par la ceintute et conduisez-le sur le champ à la mort.” On reconnoft ici le style d’un despote, et le changement de la modération en fureur, si naturél à ceux dont on a méprisé la trop facilé bonté. Il fallut obéir; Nanybrus promit de reméttre son prisonnier à l’envoyé du roi, aux yeux de qui il n’étoit point embarrassé (disoit-il) à justifier-tout ce qu'il avoit fait. Le soir le satrape régala magnifiquement le ministre. Cent cinquante chanteuses et musiciennes égayèrent ce festin, lorsque Nanybrus, qui s appercevoit l’attention avec laquelle l'envoyé considéroit ce spectacle riant, lui demanda l’objet de son choix ; C’est celle-là; lui dit le ministre. Après avoir joui quelques instans d’un embarras qu'il se plaisoit à augmenter, Le voilà, lui dit-il, vous avez choisi ce Parsoridas que vous éherchez. Je ne décrirai point l’étonnement et la joie qui suivirent cétte reconnoissance. Parsondas fut ramené à Suse où lé roi faisoit sa demeure actuelle. Artée ne reconnut-pas d’abord cette chanteuse qu’on lui présenta à la place du guerrier qui s’étoit distingué à la tête de ses armées. Il s'étonnoit que ce guerrier n'eût pas préféré ‘la mort à tant d'infamie. “ Seigneur,” (lui répondit Te Persan,) ‘ deux idées consolantes m'ont toujours soutenu au milieu de mes malheurs ; l'espérance de te revoir et celle de me venger un jour de mon lâche persécuteur. Je jouis déjà de la première. La justice ne me trompera point sur l’accomplissement de la dernière.” * Le
VOL. IL E caractère
La
caractère d’Artée le ramenoit toujours à cet esprit de modération dont il ne s'étoit écarté qu'un instant. Il renvoya l'examen de cette affaire importante à la visite prochaine qu'il faisoit à Babylone. Le Persan atten. | doit avec impatience le moment de la vengeance, et, rempli de cet espoir, il reprit, avec les habits de son sexe, cet extérieur guerrier qu'il avoit perdu depuis longtems. . Le roi les fit enfin comparoitre devant son tribunal. Parsondas exagéra l’'énormité d'un attentat qui attaquoit sous les yeux du roi les fondemens de la sureté publique. Nanybrus fit valoir la clémence avec laquelle il avoit traité un ennemi qui cherchoit à le dépouiller » de ses états et de la vie, Cette clémence dans l'exercice d’un droit illégitime balancoit encore dans l'esprit d’Artée la justice et l'amitié. Il renvoya au dixième jour la décision finale de cette affaire. Le satrape de Babylone profita de cet intervalle pour faire agir les ressorts les plus efficaces dans toutes les cours. II s’addresse à l'eunuque Mitrapherne, un de ces favoris domestiques dont l'autorité ne l'emporte que trop souvent sur celle des premiers de l’état. Aux présens qu'il lui offroit, il joignoit des dons immenses pour le roi, si‘ ce prince daignoit lui conserver la vie et la province de Babylone.* La facilité naturelle d’Artée ne put résister aux vives instances de son favori; peut-être fut-il encore ‘ ébloui par Pappas séducteur des richesses. Mais en pardonnant la faute de Nanybrus il n’oublia point les intérêts de Parsondas. Il imposa au premier une amende de cent talens en faveur de l'offense. Cette légère satisfaction n'appaisa point le courroux du Persan, et les conseils de l'eunuque ne servirent qu’à l’irriter. Il refusa cet or qu'on lui apportoit. “ Périsse le premier (s’écria-t-il avec indignation) qui a trouvé ce funeste métail! C’est par lui que je deviens aujourdhui le jouet d'un vil Babylonien.” Il ne rouloit plus dans son esprit que des projets de vengeance. Il y réussit enfin ————. Mais nous ignorons de quelle façon il y réussit. L’Extrait de Nicolas de Damas, que nous avons suivi jusqu'ici, est tiré du livre des Vices et des Vertus du grand Recueil de Constantin
* Tl achetoit la faveur de l’eunuque avec dix talens d’or, cent talens d'argent ; dix gobelets d’or, deux cens d'argent; et beaucoup de vestes précieuses. 11 offroit au roi cent talens d'or, mille d'argent; cent gobelets d’or, trois cens d'argent, et une garderube prodigieuse. Le seu] argent monnoyé de ces présens (y compris le cent talens d'amende) se montoient à près de. six cens mille livres sterling; £592,689 selon les principes du savant Evéque Hooper. V: Inqufry into the State of Ancient Measures, &c. in 8vo. London, 1721. | + Porphyrogénète ;
Porphyrogénète ; mais le compilateur nous renvoie pour la suite de cette aventure au livre des Stratagémes, et ce livre n’est plus. M. de Valois a déterré fort heureusement une citation de Suidas qui nous permet de continuer le fil de l’histoire, mais ce lexicographe, qui par goût et par état préféroit les mots aux idées, n’a rapporté ici qu’un sens obscur et imparfait. Il y paroît cependant que Parsondas (qui.aura trompé ses ennemis par une réconciliation simulée) invita le satrape Nanybrus et ’eunuque - Mitrapherne à un. repas qu'il leur donna chez lui; qu’il enferma sans. bruit les portes sur leur suite ; et que, dans les excès d’une débauche à laquelle il encourageoit ses convives, Parsondas se ménagea toujours avec art, et ne buvoit qu'avec modération. C'est à nous à suppléer le reste ; mais le caractère de Parsondas et les conséquences de sa ven geance me persuadent qu'elle-fut sanglante, et que Nanybrus et Mitrapherne . en furent les victimes. | Diodore de Sicile ne s'étoit point arrêté sur la première partie de cette Diodon - histoire singulière, mais nous lui devons la connoissance de son dénoue- p. 146. ment. C’est lui seul que je suivrai désormais. Parsondas avoit satisfait à sa Juste fureur, mais il craignoit la sévérité des loix et la colère d’un maître Hrité. Il assembla promptement mille cavaliers et trois mille fantassins ; et se retira avec ce corps, tout dévoué à sa fortune, dans le pays des Carduches. Ces peuples habitoient les montagnes situées entre l’Assyrie et l'Arménie. Ce pays, fortifié par la nature, lui paroissoit un sûr asyle. Mais peu content d’être mis à couvert des poursuites d’Artée, il voulut encore punir ce foible prince, qui avoit préféré un eunuque à un ami tel que lui. Parsondas s'établit bientôt dans sa retraite par une alliance qu'il contracta avec la maison d’un des chefs des Carduches. Ses in- 1, i. p. 147. ‘trigues réunirent les tribus divisées, son indignation contre les Médes . passa dans tous les cœurs, et la nation entière, toujours ennemie du repos, ne craignit point de déclarer la guerre au Grand Roi. Le feu de la révolte se répandit peut-être dans toutes les montagnes de l Arménie et des provinces limitrophes. Je le soupçonne, sur le nombre de 200,000 hommes qui coururent aux drapeaux de Parsondas, et qui me paroit trop fort pour un pays stérile qui n’avoit que sept journées de largeur. Cette armée; toute nombreuse qu’elle étoit, paroissoit encore bien foible Xenophont centre une multitude de 800,000 hommes, qu’Artée rassembla dans l'éten- ; Live #4. due de son empire pour marcher à leur tête contre les rebelles ; mais la E 2 | nature
28 SUR LA MONARCHIB DES MEDES.
nature du pays, théâtre de la guerre, offroit à chaque instant des ressources que Parsondas ne négligea point. Les Carduches se trouvoient par-tout, dans les défilés, et sur les bords des précipices, dont ce pays, qu ils connoissoient parfaitement, étoit hérissé. De ces postes avantageux ils écrasoient leurs ennemis par les rochers énormes qu'ils leur rouloient sur la tête, ou ils les perçoient à travers leurs boucliers et cuirasses avec ces flèches longues de deux coudées qu'ils tiroient avec une force et ¢ une addresse inconcevable. A chaque pas il falloit recommencer un combat toujours inégal pour une armée accablée de ses propres forces et retardée par tout l’attirail du luxe Asiatique. Un général assez adroit pour surmonter tous ces obstacles ne voit plus d’ennemis. Les retraits souterrains des barbares lui sont inconnues. La nature accorde à peine à ces tristes contrées quelques fruits sauvages. S'il ose s'arrêter dans ces montagnes un hiver encore plus rigoureux dans un pays qui n’a point de bois, achève bientôt l'ouvrage de la faim. Une retraite paisible devient sa seule espérance. Heureux si elle lui est encore permise! YPloart. in Darius, Xénophon, et Artaxerxe éprouvérent ces difficultés qu’Artée berlin pags 2VOit éprouvées avant eux. Ilse retira avec la hante de sa défaite et la — 284. perte de 50,000 hommes de ses meilleures troupes. Parsondas profita de , sa victoire pour faire des, courses dans les provinces encore. sujettes à. lip l'empire. Le reste de sa vie ne fut rempli que des avantages journaliers qu’il remportoit sur les Mèdes. Ce guerrier mourut dans une vieillesse assez ‘avancée au milieu des regrets d’une nation qui le regardoit comme son libérateur. Il exhorta ses successeurs à suivre son -example, et à faire passer à la postérité son amour pour la liberté et sa haine des Médes, Jamais les dernières volontés d’un prince n’ont été plus religieusement observées, mais aussi jamais prince n’en donna de plus con-
formes au génie de sa nation.
Tout ce récit me montre assez clairement que l'empire des Arbacides conserva son premier éclat jusqu'à la révolte de Parsondas. Les armées nombreuses d’Artée, les richesses et la maguificence de ses vassaux, et l’autorité despotique qu’il exerçoit à leur égard; tout m’annonce dans sa personne un monarque souverain de l'Asie, Mais la révolte de’ Parsondas étoit propre à faire naître par-tout des señtimens d'indépendance, et les défaites honteuses et réitérées d’Artée avilissoient la majesté du trône, découvroient tous les vices du gouvernement, et divisoient les forces de
l’état.
l'état. N'est-il pas permis de croire que cette révolte brisa le joug que des satrapes puissans et éloignés supportoient à regret? et lorsque nous retrouvons des rois d’Assyrie et de Babylone sous le règne d’Artée, ne peut-on pas conjecturer qu’ils étoient du nombre de tes satrapes ambitieux ? | os | 1. Tous Jes savans ont considéré avec raison l'ère de Nabonassar Avant C. 747. comme une de ces époques précieuses qui lient l’histoire de la terre avec celle des cieux, et.qui en assurent par ce moyen la certitude. Elle nous est encore plus utile pour la chronologie orientale, puisqu'elle sert . de base au canon astronomique de Ptolémée, qui contient une suite exacte et non-interrompue des rois de Babylone, de Perse, d'Egypte, et des empereurs Romains, depuis le commencement du règne de Nabonassar le 26 Février avant J. C.747. Cette liste est aussi dénuée de faits, V.Scaliger. de . . Emendat. Temqu'elle est fournie de caractères chronologiques. Le Syncelle cependant por. |.v. p.391. nous apprend (je ne sais par quel droit) que Nabonassar fit brûler tous les anciens livres et qu’il tacha d’éteindre la mémoire de ses prédécesseurs. Ce fait n’est vraisemblable que du fondateur d’une dynastie nouvelle, et son ère, qui n'est certainement pas un période astronomique, confirmeroit assez cette idée. Elle a du moins assez d'apparence pour donner quelque avantage au système qui rend raison de ce nouveau royaume de Babylone. M. de Bougainville avoit prévu cet avantage. Je tâche de suivre les traces des idées, qu'il s’est contenté de montrer de loin, mais jé sens ici qu'il a vu quelque chose de plus que.moi, et que je voudrois voir aussi. Il n’auroit pas sûrement conjecturé que Nabonassar étoit fils de Nanybrus, qu'il ne pardonnoit point à Artée la mort de son père, et que ce prince subit le sort commun de ceux qui choisissent les partis mitoyens -—Non—M. de Bougainville n'écrivoit pas un roman. Un critique judicieux respecte toujours ces bornes qui séparent la conjecture permise de la supposition arbitraire; bornes sacrées, que des mains téméraires ont tant de fois arrachées. Les loix de la critique m’autorisent seulement à soupconner que Nabonassar, successeur de Nanybrus, mais d'un caractére bien différent, profita habilement de la confusion ou la révolte de Parsondas avoit jetté l’empire Mède, pour en démembrer la grande satrapie de Babylone, et pour y fonder un royaume indépendant qui ne fut détruit que par les conquêtes de Cyrus. Pendant longtems ce royaume languissoit dans l'oubli : dans le tems même que la nouvelle dynastie | | Assyrienne
Avant C.71ÿ. Assyrienne remplissoit l’Asie du brüit de ses exploits, celle de Babylone Tonic. xxxins n'opposoit à sa grandeur renaissante qu'une vaine jalousie et des négocinection, vol. i ations frivoles. Les discordes civiles et un tréne mal-assuré affoiblis- Ç soient peut-être les forces de la monarchie. J'en juge sur les deux interrègnes et-les pnze régnes qui remplissent les soixante-six premières années du Canon de Ptolémée. Dans une succession aussi rapide) jentre-
vois des trahisons, des conjurations, des massacres, ———— et infidos agitans Discordia fratres.
Mais enfin deux grands rois connurent les forces de Babylone et les
Avant C. 607. firent sentir à l’Asie.. Nabuchodonosor recula les bornes de ses états
jusqu’aux extrémités de l'Orient, et. par un sort-assez commun les suc-
cesseurs d’Arbace devinrent les vassaux de leurs esclaves révoltés. Dans
tout ce période, Babylone étoit le centre des sciences, des arts, du
commerceset du luxe. On y voyoit régner des mœurs douces et des
loix sages: J’invite ceux qui ont quelque goût pour la philosophie de:
Heredot.t-i.c. l'histoire à lire la description qu’Hérodote nous a laissée de Babylone, de
ses ouvrages, et de ses habitans. Au lieu de ce faiseur de contes qu'on
leur a si souvent annoncé, ils seront étonnés d’ y trouver un observateur
dont le coup-d’œil pénétrant et juste ne voit que les grands objets, qui Jes voit de sang-froid, et qui les peint avec chaleur.
2, Le Chrétien doit un respect aveugle aux livres saints qui renferment le dépôt de la foi. Le critique éclairé mais profane doit préférer leur témoignage des affaires d’orient à celui des premiers historiens de la Grèce. Les Juifs ont sur eux l'avantage de la proximité des tems et des” lieux, la conformité de langue, et la liaison intime qui subsiste entre l'esclave et le maître. L’envie extrème qu'ont eu la plûpart des chronologistes, de concilier Ctesias avec l’Ecriture, a produit mille hypothèses forcées et arbitraires, qui défigurent l’une et l'autre; en voulant les expliquer. Le Chevalier Newton, qui n’avoit que trop étudié les prophètes, a tiré de leurs écrits, aussi bien que des livres historiques, l’idée simple et
- naturelle de la monarchie Assyrienne telle que les Juifs l'ont connue sous Ant.C.830. Jes successeurs de David. Vers l’an 830 avant J. C. l'autorité du Roi de Ninéve ne s’étendoit qu’aux environs de sa capitale. Cette capitale
ne contenoit que 120,000 habitans, et la foiblesse de ce petit roygume ne
Ant.C.770. lui rendoit les menaces de Jonas que trop vraisemblables. Vers l’an 770, Pul, roi d’Assyrie, soumit les provinces voisines, et se montra le premier
. en-
SUR LA MONARCHIE DES MEDES. ù $1
en-deca de l'Euphrate. Le royaume de Damas tomba sous les armes de ant. c. 740. Tiglath-Pelassar ; celui de Samarie fut détruit par Salmaneser. Senna- Ant C.728.
cherib hérita des états et de l'ambition de ses pères. Fier de leurs succès
il attaqua Ayla fois la Judée et l'Egypte. Un revers terrible et subit fit ane C. 710.
échouer tous ses desseins. Les Egyptiens et les Juifs se disputent la
destruction de son armée au nom de leurs dieux respectifs. Cette histoire entre sans peine dans le sÿstème que j'adopte. Arbace, qui laisse subsister les dynastes’ de Ninéve, leur permet bientôt de rétablir leur ville. La puissance des Mèdes décline, celle de Ninève se renouvelle. Elle remet sous ses loix une partie de son ancien patrimoine. Ellé brille quelques instans. Mais les effets ruineux de cette splendeur passagère ne font que hâter sa destruction. Hérodote lui-même nous confirme un trait de cette histoire; c’est le règne et la défaite de Sennacherib. Lorsqu'il appelle ce monarque Roi des Assyriens et des Arabes, il nous indique une des principales causes de la grandeur nouvelle de Ninève. Ses princes surent réunir sous leurs drapeaux un grand nombre des tribus Arabes. En un mot mon système me permet d'adopter le troisième chapitre de Newton presqu’en son entier; s'il veut me permettre d’appeller renouvellement, ce qu'il regarde comme le premier établissement de l'empire Assyrien. Le silence de l’Ecriture ne me le défend point. Le royaume de Damas, fondé du tems de David, formoit une barrière entre