V. Prideaux’s Connection
v. i. pe 19.
Herodot. I. ii. e.
Chronology of Ancient Kingdoms, p. 266—
la Judée et l’Assyrie que les foibles prédécesseurs de Sardanapale n’essay-
oient jamais de briser. Sur les siècles antérieurs nous n'avons rien que le livre des Juges, abrégé fidèle mais imparfait; son témoignage est d’un grand poids, mais on ne peut rien conclure de son silence.
L'indépendance des rois de Ninève et de Babylone remonte jusqu’au règne d’Artée, sixième roi des Médes. Nous avons fixé l’époque, et deviné l’occasion de leur révolte. Il y eut sans doute plusieurs autres satrapes qui profitèrent des victoires de Parsondas. J'oserois nommer ceux de l'Arménie, du Pont et de la Cappadoce. Il semble que vers le même tems une nation Scythique très nombreuse, que les Persans ont nommé Saques, s’est établi en-deca de l'Oxus, et que la Perse a beaucoup souffert des ravages de ces barbares. J’ai promis de ne me point servir des détails qui se sont conservés de la dynastie des Pischadiens. Un critique plus hardi que moi feroit sentir que sous le règne de Manougeher; sixième roi de la première race, les provinces de l'occident et de
l'orient
Bfbliothèq, Orientale, au mot Manougeber, Pp- 550.
l'orient se sont révoltées, et que les successeurs de ce prince n'ont régné
que sur les pays placés entre ces deux extrémités. | A. C, 788. Le règne d’Artynes, successeur d’Artée, fut de vingt-deux aris. L’his-. toire n’en a point conservé les événemens, mais la chronologie y fixe l’époque de Déjocès ; et nous laisse entrevoir combien la dynastie des
Arbacides perdoit tous les jours de son ancienne grandeur.
A. C. 706. Astibaras, huitième successeur d’Arbace; occupa le trône de Suse qua- Diodor. Sical. ante ans. Son règne fut distingué par la révolte des Parthes, nation tp Lelliqueuse et inconstante, qui conservoit trop bien l'idée de sou origine Seythique pour ne pas préférer la domination des Saques à celle des Mèdes. Cette défection causa une guerre sanglante entre les deux empires, qui fit répandre très inutilement beaucoup de sang, et qui finit enfin par l'épuisement des deux partis. : Le traité de paix rendit les Parthes a leurs anciens maîtres, et les deux nations se jutérent une amitié éternelle. Cette guerre, qui ressemble à-tant d’autres, ne sert qu’à nous faire connoître les forces qui restoient encore au trône chancelant de Suse. Diodore de Sicile nous a conservé le caractère intéressant de la souveraine qui régnoit alors sur les Saques; elle s’appelloit Zarine.* Avant son règne sa nation étoit le mépris de ses voisins.- Elle en devint la terreur. Sa force et sa valeur étonnoient ces barbares; parmi qui une éducation rude, et des travaux perpétuels égalisoient les deux sexes. Mais des vertus inconnues dans ces climats les étonnèrent bien davantage. Elle adoucit les mœurs de ses sujets: des villes florissantes s’élevèrent sous ses auspices, et les Saques éprouvèrent pour la première fois les douceurs de la paix et des arts: la reconnoissance éternelle de son peuple, un tombeau superbe, et des honneurs divins furent la récompense de ces . bienfaits. Telle fut Zarine. Ce point de vue, sous lequel nous l’avons V. Nicol. Dam, Considéré, est grand sans être romanesque. Je rougis d’y mêler une Ven 6 intrigue amoureuse sur laquelle Ctesias s’est étendu avec la complaisance Vales, p.65. — d’un rhéteur Grec, et que M. Boivin l'aîné nous a donnée de nouveau Dresde. dans un style précieux et digne du grand Scuderi lui-même. Là voici p.680 cependant en peu de mots:—Stryangée, gendre d’Astibaras, commandoit les armées Mèdes dans la guerre contre les Saques Dans une bataille il sauva la vie à Zarine. Ils s’aimérent. Après la guerre il ils se virent à la
Voltaire Hist, * Les mots de Czar et de Czarine appartiennent aux Jangues Tartares. de Pierre I. ti,
p 63. capitale
capitale des Saques; mais le Mède amoureux exigea un prix de ses services que la princesse, aussi vertueuse qu'elle étoit belle, ne voulut jamais lui accorder. ‘ Stryangée se livra à son désespoir, lui écrivit ses derniers reproches, et se tua. Cet amour de romans, étranger aux mœurs de
lorient, a rarement décidé des événemens de’ la politique, et du destin
des grands hommes. La gloire, l'intérêt, la vertu quelquefois; voilà leurs tyrans. Le Dieu de l'amour se retire, en soupirant, à l’oisiveté d'une vie obscure et privée. .
Astibaras laissa le trône des Mèdes à son fils Aspadas. Si nous en croyons Diodore, ce prince n’est pas différent d’ Astyage, l'ayeul du grand Cyrus. Mais il paroît que Diodore n'a cherché ici qu’à concilier deux auteurs, qu'il entendoit mal, et que cette identité prétendue n'est point appuyée sur l'autorité de Ctesias. Cet historien, qui suivoit une ortographe différente de celle des Grecs, à l'égard du nom d’Astyage, ne s’en écartoit cependant qu’en le nommant Astiagas. Dans notre système le règne d’Aspadas a précédé de 106 ans, celui de Cyrus. Il semble que l'historien n'a compté l'existence des états que par leur grandeur, et qu'il dédaignoit de continuer une suite de rois dont le lustre s’éclipsoit tous les jours devant la dynastie naissante d'Agbatane. Je vais y porter toute mon attention; sans perdre de vue ces rois d’Elam ou de Suse dans lesquels je retrouve toujours les successeurs d’Arbace.*
C’ést ici qu’Hérodote va nous tenir lieu de Ctesias. Une curiosité insatiable avoit conduit cet historien aux extrémités de l’Asie: il a interrogé toutes les nations sur leur origine et leur histoire; ses écrits sont
encore le dépôt précieux de leurs traditions, de leurs fables et de leurs
préjugés. Voici les idées qu'il nous a laissées de la formation de la
* Je dois une explication générale au lecteur. Tout ce système, je le regarde comme assez vraisemblable. Mais j’y distingue très clairement plusieurs degrés de vraisemblances, qui vont en diminuant. Les voici tels qu'ils se sont placés dans mon esprit. 1. Vers l'an 900, Arbace, général des Mèdes, fonda un empire très puissant dans la Haute Asie sur les débris de celui des Assyriens. Cet empire s’affoiblit vers l'an 750; cent ans après, il ne métitoit plus l'attention des historiens. 2. Cette dynastie Mède de Ctesias, est la race Pischadienne
" des Persans. 3. Suse étoit la capitale de cet empire, que les Grecs ont nommé Memnonien.
4. Il se réduisit enfin au royaume d’Elam ou de Suse; tributaire des Babyloniens selon l’Ecriture et Xénophon. Si l'on craint d’adopter ces dernières conséquences, on peut s'arrêter à la troisième, à la seconde, ou même à la première qui a prêté aux autres plus de forces qu’elles n'en reçoit. . ;
VOL. III, F monarchie
Diodor. Sicul. 1.
ii. p. 143.
Herodot, 1. i.
monarchie des Mèdes : “ Les Assyriens (dit-il) étoient maîtres de la Haute Asie, depuis cing cent vingt ans, lorsque les Mèdes donnèrent les premiers l'exemple de la révolte. Leur liberté fut le prix de plus d’une victoire, mais cette liberté ne fut pour eux qu’une licence effrénée, ou plutôt qu'une anarchie sans loix et sans magistrats; dans laquelle personne n’étoit indépendant, parceque chacun vouloit l'être. Par-tout la violence fouloit aux pieds la timide équité, et l’homme, rendu à sa première égalité, apprit qu’un maître est pour lui-même un frein nécessaire, Des talens extraordinaires attiroient seuls un hommage volontaire. La jeunesse obéissoit à ce chef, parcequ’il s’étoit déjà distingué à leur tête ; les particuliers soumettoient leurs différens à la décision de cet autre vieillard, dont ils révéroient Ia vertu et l'expérience. Déjoce se distinguoit parmi ces derniers. Sa voix sembloit être l'organe de la justice. Bientôt sa réputation franchit les limites du canton qu’il habitoit De tous côtés on voyoit accourir les Mèdes à son tribunal. Sans force, sans
Hicteurs, il étoit devenu l'unique juge de la nation. Cet homme habile,
qui cachoit sous une simplicité apparente une ambition extrême, sentit sans peine combien il étoit nécessaire à ses compatriotes. Pour leur faire connoître un bien par sa privation, il se dérobe tout d’un eoup aux importunités des plaideurs, qui l’accabloient (disoit-il) d’affaires qui lui étoient étrangères. La retraite d'un seul homme déchaîne de nouveau la licence et le crime. Une assemblée générale fut enfin convoquée, pour découvrir un remède efficace aux maux qu'on ne pouvoit plus endurer. Tout se disposoit à une révolution, et les amis de Déjoce paroissoient ceux de la nation, lorsqu'ils proposèrent l'élection d’un roi, dont le règne ne seroit que celui des loix. Ce conseil fut reçu avec l’acclamation générale de l’assemblée; et Déjoce consentit enfin à se charger du fardeau pesant de la royauté. Il fonda la ville d’Agbatane, défendue par sept enceintes, qui s’élevoient les unes au-dessus des autres. Ce fut dans la dernière que ce prince établit son séjour. Pendant un long règne de cinquante-trois ans, les Mèdes ne le voyoient plus; mais son esprit actif et éclairé sembloit être présent par-tout, et animoit toutes les parties de son gouvernement. Un pareil système de politique n’est pas celui d’un conquérant. Déjoce ne le fut point. - Il ne laissa à son
‘ fils Phraorte que des peuples que le respect et l'amour lui avoient soumis.
Ils étoient partagés en six tribus: les Buzæ, Paretaceni, Stuchates, Arizanti,
Arizanti, Budii et Magi.” Voilà l’abrégé du récit d’Hérodote, pur et sans mélange étranger. Avant que de prononcer sur le système d’un auteur il faut l’étudier en lui-même; maxime assez simple, mais qu'on 4 rarement suivie. Qu'il me. - soit permis à présent d'y joindre quelques es . Hérodote n’a point indiqué la durée de cet état d’anarchie parmi
ls Mèdes. Il doit avoir fini par l’élection de Déjoce l’an 710 avant J. C. mais nous n’avons rien qui nous aide à fixer le terme auquel il a commencé. Dans cet extrait infidèle, que Diodore nous a laissé du système Diod. Sicul. L d'Hérodote, il accorde à cette autonomie une durée de plusieurs généra- hub tions : les critiques modernes, aussi avares du tems que les anciens en étoient prodigues, l'ont extrêmement rétréci. Usserius réduit cet inter- Usserii Annales règne à trente-sept ans, et Prideaux lui assigne à peine une année entière. ma Le calcul de Diodore n’est fondé que sur un sort de convenance. Le Prideaus’s Conrécit d’Hérodote le remplit très bien et parott même l'exiger. Ceux.qui ? * cherchent à conciliér cet historien avec son rival Ctesias, doivent trouver ici leur point de réunion. II n’est pas difficile à le saisir. Cet Arbace, destructeur de l'empire de ‘Ninéve, aura suivi dans toutes ses agtions cet esprit de modération qui le distingue de tous les usurpateurs. Il aura accordé à ses compatriotes la liberté, digne prix de ce sang qu'ils avoient versé pour le placer sur le trône de l’Asie.*
2. Si nous joignons aux lumières de la critique, la connoissance dé l'homme, nous verrons sans peine qu’un vaste pays, tel que la Médie, n'a jamais pu rentrer dans l’état de la nature après avoir porté pendant plus de cinq siècles le joug des loix. Les révolutions changent le contrat politique, mais elles n’ont jamais brisé les liens du contrat social. Le premier n’est appuyé que sur la crainte ou le préjugé. L’habitude et l'intérêt de chacun assurent la durée éternelle du second. Dès qu'il est formé il fait partie de la constitution de l’homme, qui y tient également et par ses vices et par ses vertus. Pour rendre la vraisemblance au récit d'Hérodote, je dois supposer qu’il ne s’agit que de quelques tribus de
* Voici une circonstance qui fortifie notre conjecture. ‘Diodore nous assure qu’Arbace Diodor. Sic. |. ii, attira les Persans dans la révolte par l'espoir de la liberté. Selon ce même historien Parson- Kicol, Damas. das étoit Persan; Nicolas de Damas en fait un Mède. Si nous avions encore le texte de Ctes in Excerpt. Val.
sias, nous y verrions peut-être qu’Arbace affranchit ses compatriotes plutôt que les Persans.
FQ barbares, °
barbares, enfermées dans les forêts et les montagnes de la Medie, qui n’avoient jamais formé une société politique, et que ces sauvages belliqueux, excités par la voix d’Arbace, descendirent en foule dans la plame pour briser leurs fers, et ceux de l’Asieentière. Ils y rapportèrent, avec la gloire du succès, le principe des vices qui les forcèrent enfin à préférer la tyrannie à l'anarchie. Cette explication naturelle en elle-même n'a rien que de très analogue au tableau général de l'Asie. Le système de M. de Bougainville s’y prête très heureusement. Il y acquicrt même un air de franchise et d’aisance, dont il avoit besoin. Dès qu'on établit la distinction des Mèdes, on y voit le germe des deux dynasties collatérales ; les Mèdes des montagnes sont ceux d’Hérodote, pendant que les Mèdes de la plaine (c’est à dire de la partie la plus étendue de la province) ont passé sous les loix d’Arbace, et qu’ils ont donné leur nom à la dynastie de Ctesias dont ce prince est le fondateur. Ctesias est descendu de Ninus
à Aspadas, en suivant le fil de l’histoire ; Hérodote est remonté de Cyrus a: Déjoce, en suivant celui de la tradition. Ces deux lignes parallèles ne se sont jamais touché: et par une erreur assez naturelle, chacun des: écrivains a cru qu’il n’existoit rieri au-delà de ce qu'il voyoit.
3. Dans le récit d’Hérodote tout est naturel et instructif : ‘ce pacte solemnel entre le prince et le peuple, que les philosophes supposent par: tout ailleurs, mais que l’historien ne trouve que dans l'élection de Déjoce ; l'anarchie qui se change tout d’un coup en despotisme par l’impétuosité d’un peuple barbare, qui ne sent jamais que le mal actuel, et qui ne sait pas se dépouiller d’une partie de sa puissance: enfin l’art raffiné du nouveau monarque qui cache aux regards profanes l’homme et ses foiblesses, pour ne leur montrer dans un lointain obscur et révéré que le juge et le SOUVE: din. | | SO
4. La chronologie de cette dynastie n’est pas cependant sans difficultés. : Si le-texte d'Hérodote n’est pas corrompu, cet historien se contredit en nous laissant deux calculs contradictoires. I] est certain que la somme collective des règnes de ses quatre rois ne monte qu’à 150 ans. Déjoce, le premier, en remplit 53; il en reste 97 pour le règne de Phraorte et de ses deux successeurs, c’est à dire pour la durée de l’empire
Heron Le ce des Mèdes-sur la Haute Asie, puisqu’Hérodote lui-même nous assure de trois façons différentes, que ce Phraorte fut le premier conquérant de la | dynastie.
dynastie. Cependant ce même Hérodote nous apprend, que lorsqu’ Herodo oe Co
Astyage fut détrôné par Cyrus, les Médes avoient régné sur la Haute Asie 128 ans. Il faut choisir. Je choisis sans peine le calcul général.* Mais il est permis d’embrasser l’hypothèse qui concilie les deux calculs avec la moindre erreur possible. C’est ainsi que j’adopte les quatre termes particuliers des quatre règnés de la dynastie, en supposant seulement que la mémoire d’Hérodote l’a trompé sur leur application. Selon ce principe de la saine critique, je vois clairement que Déjoce a régné vingt-deux ans au lieu de Phraorte. Il est effectivement assez peu naturel qu’un vieillard, dont la sagesse et l’équité ont préparé la grandeur, ait pu régner 53 ans. Il nous reste pour les trois autres régnes les 128 dont nous avons besoin. Tous les détails du règne de Cyaxare nous
convaincront, combien il a des droits aux années de Déjoce. On ne
peut que laisser à Astyage ses 35 ans de règne. Les 40 qui restent à Phraorte suffisent pour les conquêtes de ce prince guerrier. Je vais mettre devant les yeux, cette nouvelle chronologie de la dynastie, et l’on décidera sur la hardiesse et la nécessité de mes changemens.
Chronologie vulgaire. Ma Chronologie.
710 Déjoce - - 53 710 Déjoce - - 22 657 Phraorte - 22 688 Phraorte - 40 Empires des Médes 128 ans.
635 Cyaxare - 40 648 Cyaxare - 53 595 Astyage - 35 595 Astyage - 35 560 Cyrus.
5. Voila des difficultés qui ne sont que trop réelles ; mais il y ena d’imaginaires qui ont embarrassé les plus grands hommes de ce siècle.
Eschyle écrivit les Perses de la même main avec laquelle il avoit com-
battu aux rivages de Salamine. J’admire avec les hommes de génie la vérité énergique de cette tragédie, et j'oublie en sa faveur cette règle timide du goût qui défend de traiter les sujets contemporains, On y a cru voir je ne sais quel dénombrement des prédécesseurs de Cyrus, qui ne s’accorde pas avec la chronologie d’Hérodote. Eh bien, Eschyle, -poete et soldat, s’étoit trompé en recueillant sans attention les premiers
® Voici ma raison. Ce nombre unique peut être erroné; je le sais, mais des quatre membres du calcul particulier chacun peut l'être. J'ai trois degrés de vraisemblance contre un. | bruits
bruits de la renommée! Au lieu-de prendre un parti aussi naturel, le
Chronelogy ot Chevalier Néwton a supposé qu’Astyage étoit fils de Phraorte, et père doms, p. 307. du Cyaxare d’Hérodote. Le Chevalier Marsham s’y est pris avec bien Marsha, plus d’artifice. Il a créé deux Cyaxares, deux Astyages, et un royaume cus,p.604. des Médo-Perses inconnu à toute l'antiquité. I] seroit facile de ruiner
ces deux systèmes, mais il n’est pas nécessaire. Les édifices bâtis sur le sable s’écroulent par leur propre poids. | |
A. J.C. 688. Phraorte, successeur de Déjoce, ne se contenta point des états de son Hervdot. |, i. | . : .
e. 102. père. Les Persans furent sa première conquête; et cette nation belli-
quéuse se rangea sous ses drapeaux, et lui prépara de nouvelles victoires. Nous avons des preuves que dès l’an 670, l'Arménie, le Pont, et la Cappadoce reconnoissoient ses loix. Ce fut ainsi qu’il jetta les fondemens d'un empire qui s'étendoit du fleuve Halys, jusqu’aux déserts de la Parthie. On peut conjecturer que la vaine ombre qui restoit encore de la monarchie des Arbacides, s’obscurcissoit à la vue de ses progrès; mais il sembleroit que le roi d’Ecbatane épargna leurs débris, et qu'il préféra la gloire de porter les derniers coups à l’ancien empire de Ninève. Un revers affreux l'attendoit sous les murs de cette capitale. Les Assyriens ne comptoient plus tous les peuples de l'orient au nombre de leurs esclaves ; mais il leur restoit encore des forces et du courage. Ils marchèrent à la rencontre des Mèdes. Phraorte perdit, dans une seule bataille, le fruit de toutes ses victoires. Il y périt avec la plus grande partie de son armée.
Ant. C. 665. Un synchronisme aussi bien constaté qu’il est intéressant se présente D ad ae, ici, et nous sert à lier l’histoire de la Grèce avec celle de l'Asie. La Chabam, Can. liberté Messénienne luttoit depuis quatre-vingt ans contre la tyrannie
Chronicus,
ont’ Défense CES Spartiates. Aristoméne soutenoit seul la cause chancelante de sa
Ancien” patrie; mais ce grand homme se vit enfin réduit à sortir de cet asyle, la p- 174. citadelle d’Ira, qu'il avoit défendu pendant onze ans. Il laissa partir la jeunesse de Messène, sous la conduite de son fils, pour aller chercher un établissement sur les côtes de l'Italie. Pour lui il se retira à Rhodes, mais
non point y goûter les douceurs du repos. Il n’avoit survécu à sa patrie
que pour la venger, et pour susciter dans tout l'univers des ennemis aux Spartiates. II se préparoit à passer auprès d’Ardyes, roi de Lydie, et de
Phraorte, roi des Médes. Il espéroit d’intéresser ces princes à sa que-
relle; et d’armer tout lorient contre les destructeurs de Messène: la-
| mort
mort arrêta tous ses projets. Il seroit inutile de rechercher si cette expédition auroit eu un sort plus heureux que celle de Xerxes. Qu'il nous suffise ici de remarquer, que la réputation de Phraorte, sa puissance, et ses victoires, sont établies par la seule idée d’Aristoméne, qui détestoit trop les Spartiates pour leur préparer un triomphe facile. Nous n'avons rien de mieux constaté dans l'histoire ancienne que la seconde guerre de Messène, dont les détails sont appuyés du témoignage des contemporains. Elle finit 'an 668 avant J. C. et la mort d’Aristoméne la suivit de fort près.
La.nouvelle monarchie des Mèdes étoit perdue si,le fils de Phraorte ant. C. 648. n’avoit pas été un grand homme. Cyaxare vit bien qu'il étoit nécessaire st Mi d'ajouter la discipline à la valeur. Avant lui, les armées n’étoient qu'une foule de soldats, distingués seulement par nations, et par tribus.
Ce prince introduisit parmi ses troupes les loix d’une nouvelle tactique.
Chaque arme eut sa place marquée, et l’on vit, pour la première foïs, des
corps de cavalerie, d’archers, et de ceux qui se servoient du javelot.
Cette tactique étoit cependant bien grossière, et la manière de combattre
des Asiatiques annonçoit aussi peu d’art que de bravoure. La journée
se passoit à se tirer de loin, jusqu'à ce que le plus foible se retirât, sans
avoir jamais vu l'ennemi deprès. Cyaxare a dû employer, pour le moins,
quatre ans à tous ces travaux importans et préliminaires; à ranimer le
courage des Mèdes, à former sa nouvelle armée, à la discipliner, et à lui
inspirer une confiance, avant-coureur de la victoire. Sans perdre de vue ant. C. 644.
l'idée d'agrandir sa puissance, en vengeant la mort de son père, il voulut
commencer par essayer ses forces contre des ennemis moins redoutables
que les Assyriens. Il parcourut toutes les provinces de son empire, qu'il.
soumit aux loix qu’elles avoient méprisées depuis la mort de Phraorte.
Enfin il osa attaquer les Assyriens, les vainquit dans un grand combat et
mit le siège devant Ninève. Cette ville fut sur le point de succomber,
lorsque Cyaxare fut rappellé à la défense de ses états par une irruption Herodotc.104.
des Scythes. Ces barbares enlevèrent l'empire de la Haute Asie aux Ant C. 610.
Mèdes, et pénétrèrent même jusqu'aux frontières de l'Egypte. Cyaxare Herodot.c105. -
souffrit avec impatience le joug de ce peuple féroce pendant vingt-huit
ans. I] attendit le moment de la vengeance. I] le trouva enfin dans un C- 106.
festin, qu’il prépara pour les chefs de la nation. Jls y furent massacrés,
et cette démarche hardie et bien soutenue rendit à Cyaxare cet empire Ant C. 612. qu'il
qu'il avoit perdu. Ii s’en servit pour reprendre ses projets contre les Assyriens, qu'il n’avoit jamais perdus de vue. Il se. fortifia par une alliance avec le roi de Babylone, et réunissant ses forces avec les siennes, Ant. C.608. ils formèrent de concert le siège de Ninéve. Ce fut alors que la monarchie et la ville de Ninus périrent pour ne se jamais rétablir ; après avoir subsisté 1360 ans depuis leur première fondation. Je me suis contenté d'indiquer ces faits. Je ne pourrois rien ajouter aux éclaircissemens de
V. Scaliger, . . ; ; Usserius plusieurs de nos savans; et je n’ai pas envie de les répéter. Par la même Prideaux,
Marsham, raison, je passerai sous silence la guerre des Médes contre Alyatte, roi de
onto Freret, Lydie. L’inquiétude et la jalousie y donnèrent lieu. On se battit six Ant. C. 608 ans de suite. La lassitude et la superstition disposèrent enfin les esprits ant C57. àlapaix. Cyaxare mourut bientôt après. Il laissa un empire affermi et Herodot, 107. yn nom illustre. Il le méritoit par la fermeté pleine d’habileté et de ressources avec laquelle il avoit soutenu et la prospérité et les revers.
Je ne m’arréte qu’un instant sur l’irruption des Scythes. C'est en vain qu'on a voulu refuser aux peuples du Nord cette force et ce courage physique, qui les a rendus tant de fois maîtres de la terre.* Dans les conquêtes des Romains ou des Arabes, je ne vois qu'un courage d'institution, et des vertus d'autant plus héroiques, qi'’elles sont l'ouvrage d’une législation sublime. Les Scythes ont rarement connu d’autres loix que
‘ celles des lions de leurs déserts; le sentiment de leur force, et la soif du carnage. Un conquérant s'élève sur les bords glacés des mers de la Corée; le tonnerre gronde, la terre s'ébranle, mille nations se précipitent les unes sur les autres, et les derniers des fuyards écrasent le midi, lorient et l'occident. Les hommes amollis par les arts, par le luxe, et par le climat, cherchent vainement une retraite contre la cavalerie rapide et les flèches inévitables des Scythes. La résistance et la fuite leur sont également fatales. (C’est ainsi que, précédés de la terreur, armés du glaive destructeur et suivis de la désolation, Tamerlan, Jénghiz, et avant eux le Madyes d’Hérodote, ont parcouru l’Asie étonnée. C'est ainsi
* Ecoutons Lucain.
Pharsal. }. viii. Omnis, in Arctois, populus, quicunque pruinis v. 363. Nascitur; indomitus bellis, et Martis amator. | Quidquid ad Eoos tractus, mundique leporem Labitur, emollit gentes clementia cœli.
qu'avec
qu'avec cet enthousiasme qui fait les poëtes et les prophètes, Jérémie les a décrit: “Des hommes féroces, dont le langage inconnu ressemble au V: Jéremies bruit des flots irrités, qui ne connoissent ni la crainte ni la pitié, et dont le carquois redoutable est un tombeau toujours ouvert pour les nations.”
Il me paroît que la mémoire de cette première expédition s’étoit con. servée dans les traditions Tartares, et que leur Oguz Khan n'est pas | différent du Madyes des Grecs. On y voit que ce conquérant, après His. Généal. des avoir soumis les Indes et le Turkistan, passa l'Oxus avec une armée slo nombreuse ; et se rendit maître de toutes les provinces jusqu’aux fron- TS titres de l Egypte. Il s'arrêta longtems dans la ville de Damas, où il désigna les successeurs de son vaste empire. Il mourut enfin accablé d’ans et de gloire. Ses enfans partagèrent les conquêtes du père, et il n'est plus fait mention de ces conquêtes. Toutes ces circonstances conviennent parfaitement avec l’histoire de Madyes, et ne conviennent qu'à lui.. Dans le dernier trait on apperçoit la cause de la chute de cet empire. Cyaxare avoit redouté les Scythes, réunis sous les drapeaux de Madyes ; divisés par ses foibles successeurs, il les détruit sans peine.
Je sens qu’à cette conjecture l'on se recriera l'ignorance des Tartares, et. l'incertitude de leur histoire jusqu’au règne de Jenghiz Khan. Je n’opposerai à ce préjugé qu'un fait unique dans son espèce, puisqu'il nous permet de considérer le même événement confié à la tradition d’un Joy. M. de peuple barbare, et raconté dans les annales contemporaines de ses ire dee Huns voisins ;. c'est le rétablissement de l'empire Turc ou Mogol dans le sep- fom th hr tième siècle; ces. barbares avoient fidèlement conservé. tous les: grands traits de cette révolution; la destruction de l'empire Mogol, l’asyle que: les débris de la nation trouvèrent dans les montagnes, le terme précis de 458 ans qu'ils y passèrent, et leur sortie qui arriva vingt générations, c'est à dire 700 ans avant la naissance de Jenghiz. L'histoire Chinoise et Grecque les justifie sur tous ces détails, et n’enléve qu'un vernis merveilleux, dont les Mogols avoient embelli une circonstance assez humiliante pour leurs ancêtres. Dans nos systèmes de critique ou de logique nous établissons trop aisément des règles générales, sur notre façon de | sentir. Nous ne concevons pas assez qu’une jeunesse passionnée pour la gloire militaire écoutoit avec transport les exploits de ses ayeux, qu’elle brûloit de surpasser ; et que ces récits se gravoient avec des traits de feu. dans ces âmes fortes, simples, et peu chargées d'idées étrangères.
VOL. III. G Il
¥.. d'Herbelot.
Bibl. Orient au mot A frasiab,
tam, p. 719.
Kai Kaus, p.
935, et la suite des rois Caianides jusqu’à Kischtasb.
Il-me parott que ce même Madyes, l’Oguz des Tartares, est aussi cet. Apherasiab si fameux dans les romans Persans: mais cet esprit de fiction, qui dédaigne la vérité historique, ne permet point de compter sur les détails de ses exploits, et feroit presque douter de son existence. Il semble pourtant que cet Apherasiab détruisit la première dynastie, et qu'après avoir ravagé impunément la Perse, il fut enfin détruit par Kai Kaus, dans les montagnes de la Médie. Si les Pischadiens s’identifient
avec les Arbacides, je vois ici un événement très naturel. L’irruption des Scythes ébranla tous les trônes de l’Asie ; la jeunesse vigoureuse de
ceux de Babylone et d’Agbatane, les soutint .au milieu de l'orage, mais
pérennes Ce xlix,
Pridecax’ 6 Connections, vol.i. p. 63.
la première dynastie des Mèdes, déjà foible et languissante, ne se releva Jamais de sa chute. La plûpart des romanciers Persans semblent avoir vécu dans les provinces orientales. L'empire y périt sans retour ; mais semblable à celui des successeurs de Constantin, il perdoit tous les jours une partie de son existence, jusqu’au terme fatal que les fauxbourgs. de sa capitale devenoient sa frontière. C'est ainsi que la dynastie d’Arbace se vit enfin renfermée dans la petite province de la Susiane ou d’Elymais, lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone, en fit la conquête. | Il se contenta cependant d’y établir un roi tributaire qui gouvernoit, soumis à son autorité, les tristes débris de ce vaste empire. Les prophètes Juifs, qui
Sir I, Newton's annOnÇèrent cette révolution, ont exalté la puissance et la réputation du
Chron, p. 314.
Euseb. Pre.
Evang. L 9.
royaume d'Elam ; sa gloire passée ne servoit qu'à rendre sa chute plus déplorable. Nous lisons dans Alexandre Polyhistor, que le grand Nabuchodonosor invita Astibares, roi des Mèdes, à l'accompagner dans sa guerre contre les Juifs. Dans ce nom d’Astibares, on ne peut pas méconnoître les Mèdes de Ctesias. Lorsque le roi de Babylone assembla ses forces, pour marcher contre la Palestine et la Phénicie, il étoit très naturel qu'il convoquât tous les princes, vassaux de son empire. Si l’on veut mettre Astibares de ce nombre, on auroit de la peine à lui trouver une situation aussi vraisemblable que celle de roi d’Elam, ou de Suse. Si l'amour d’un système ne me séduit point, je vois ici un enchaînement de faits qui unit la défaite de Sardanapale avec les conquêtes de Nabu- <hodonosor et de Cyrus.
Astyage, le fils de Cyaxare, remplit sans gloire un trône qu'il devoit aux vertus de ses pères. Il est mieux connu par sa qualité de prédécesseur de Cyrus; de ce Cyrus qui réunit sous ses loix les monarchies de
Médie,
Médie, de Lydie, et de Babylone, et qui laissa dans toute l’Asie un nom. qui a survécu à la ruine de son empire. On connoit les relations -contradictoires qu’Hérodote, Ctesias, et Xénophon nous ont transmis de ses exploits. Il y a peu de lectures aussi intéressantes et aussi utiles que la Cyropédie du dernier de ces écrivains. La philosophié s’y montre parée de la main des graces. Mais la muse de l’histoire a-t-elle présidé à ce travail? N’y doit-on chercher que la morale, à laquelle son auteur a prêté les attraits d’une fiction ingénieuse? C’est une question qui a toujours partagé les esprits; mais à laquelle on ne peut répondre, qu'après un examen réfléchi de l'ouvrage et des vues de l'écrivain. Je m'en occuperai quelques instans; mon sujet principal m’y conduit; et nous rapporterons, de cette recherche, quelques idées de goût et de philosophie, propies à nous dédommager de ces détails chronologiques QUX= quels il a fallu se livrer.
Retiré depuis longtems du bruit des armes, Xénophon cultivoit en paix les lettres. Sa première étude étoit celle de l’homme. L'histoire, l'expérience, et la réflexion l’éclairoient dans cette science; qui est d'autant plus difficile qu'elle paroît aisée aux observateurs superficiels. Témoin de tous les malheurs de la Grèce, il réfléchissoit combien il Xenophon. Cy~
ropæd. |, i. p.1,
avoit vu de gouvernemens populaires, que les intrigues ‘des grands 2. Ed. Hatch. avoient asservis: combien d/aristoctaties renversées par la fureur des peuples; et que parmi les tyrans, le petit nombre de ceux qui conser-
vèrent leur puissance usurpée, passoient pour les plus heureux et les plus sages déshomnies. II ne rémarquoit point cet esprit indocile, parmi les troupeaux tranquilles, qui paissoient dans les campagnes de Séillus. De tous les animaux (s'écrioit-il) l’homme est le plus difficile à conduire. | Mais lorsqu'il se rappelloit exemple de Cyrüs qui inspiroit l'amour et la Cyropæd. ii. terreur à cent nations obéissantes et heureuses ; Ah! qu'il est aisé (se P disoit-il) de gouverner les hommes lorsque la prudence tient les rênes de l'empire. La conclusion étoit peut-être un peu précipitée. Cyrus régnoit sur des peuples accoutumés à porter le joug de: la servitude, qui trembloient devant un maître sévère, et qui versoient des larmes de-reconnoissance sur la main qui les protégeoit. Cette fierté d’âme qu’inspire la liberté, n’est que trop souvent capricieuse, cruelle et inconstante. L’admiration de Xénophon lui fit naître une curiosité naturelle. d’examiner l’histoire de Cyrus, et les institutions par lesquelles il avoit formé
ax ' un
Cyroped, Je i.
Cyropæd. I. viii.
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un:empire, déchu, à la vérité, dépuis sa mort, mais qui étoit encore la puissance la plus formidable, qui eut jamais régné sur la terre. La: Cyropédie est le fruit de ces recherches, et de ces réflexions. “Nous rapporterons les choses que nous avons apprises et celles qu'il nous semble appercevoir.” Ces paroles importantes méritent un plus grand développement. Essayons de le leur donner.
Si nous considérons la Cyropédie sous ce point de vue, qui. est celui de son auteur, nous sentirons d’abord qu'ün philosophe, qui cherche à rendre raison d’un phénomène historique, n’appuyeroit jamais cette explication sur la fable. Une lecture réfléchie de cet ouvrage, est seule capable de nous convaincre, que c’est par une histoire sérieuse, que Xénophon: à prétendu remplir cet objet, aussi intéressant pour ses compatriotes.* Dans cette fameuse expédition, dans laquelle notre historien s’immor-: talisa avec les dix mille Grecs, qu’il ramena victorieux au sein-de leur patrie, il avoit parcouru l'empire Persan les armes à la main. Il avoit étudié les loix, les mœurs, et l'histoire de cette nation célèbre ; qui ne conservoit de sa première puissance que le nom et l’orgueil. Nous lisons encore le résumé de ces connoissances dans le tableau énergique par lequel il achève la Cyropédie. Les mœurs de la cour d’Artaxerxes y sont par-tout contrastées avec la discipline vertueuse des compagnons de Cyrus, et la corruption qu’il décrit des meilleures institutions de ce
prince, suppose et prouve l'existence de ces institutions; qui sont liées