INTRODUCTION A L’HISTOIRE GENERALE DE LA RÉ- PUBLIQUE DES SUISSES
on ttt CHAPITRE I.
Etat de l'Allemagne et de la Suisse—La Maison @ Autriche—La Noblesse—Le Clergé—Les Villes tibres—Les trois Cantons populaires — * Ambition d'Albert I.—Tyrannie de ses Gosoerneurs—Conjuration— Soulèvement des Suisses—~Mort- d'Albert I—Henri VFI.—Fréderic ' d'Autriche et Louis de Baovétre—Bataitle de Morgarten— Alliance | perpétuelle des trois Cantons-—Fondation du Corps Hebottique. |
- La Suisse est située au milieu de l'Europe, entre la France, Pitalie, et l'Allemagne. Sa-largeur, depuis Basle. jusqu'au mont St. Bernard, est d'environ quarante-deux -heues, et sa plus grunde. étendue de Genève. jusqu'au lac de Constance ne.surpasse point soixante-dix lieues. Toute la partie méridionale et orientale de cette province est couverte par la
masse énorme des Alpes, et compose le sommet de cette chaîne de montagnes qui s'étend de la mer Adriatique jusqu’à la Méditerranée. - C'est dans le sein de:ces montagnes.queles eaux du-ciel se sont creusées mille réservoirs inépwisables, dont les canaux vont-porter l'abondance jusques dans les extrémités de l'Europe... D'un eôté, le Rhin, qui sort du pied du mont St. Godard,-embrasse dans les replis de son cours tranquille une grande partie du contour de la Suisse qu'ilsépare aujourdhui de l’Allemagne. Sorti du lac de Constance il reçoit le tribut de l’Aar, de la Reuss, et du Limmat, qui se réumssent après avoir arrosé l'intérieur des terres. Ilse tourne enfin du côté du Nord, et se perd dans les sables de la Hollande. Au midi le Rhone se précipite avec fureur de la même montagne, et court, à travers le lac de Genève, joindre sous les murs de Lyon ses eaux rapides aux eaux lentes de la Saône. Les Alpes s’abaissant insensiblement forment des côteaux moins ingrats, fertilisés par des. mains libres et industrieuses. Ces montagnes se relèvent enfin de nouveau pour former cette chaîne qui s'étend sous le nom de Jura depuis le . Rhone-
Rhone jusqu’au Rhin, et qui sert de rempart à la Suisse contre la Bourgogne.
Vers la fin du treizième siècle, la Suisse étoit encore une province de l'empire d'Allemagne. Ce grand corps sortoit de l'anarchie, et sa constitution politique prenoit dès lors la forme singulière qu’elle a conservée jusqu’à nos jours. L'autorité impériale fut la victime d’une révolution que les événemens préparoient depuis longtems.. Fréderic IT. étoit digne d’un autre siècle et d’un sort plus heureux, mais il combattit avec -plus de constance que de bonheur contre l'ambition des grands, le fanatisme des peuples, et la politique de la cour de Rome. -Les villes Italiennes, devenues riches de leur commerce, et fières de leurs richesses, se rangeoient avec ardeur sous |’étendatd des pontifes qui étoit pour eux celui de la bberté. Pendant que l'empereur poursuivoit en Italie un fantôme de puissance qui lui échappoit toujours ; les princes d'Allemagne brisèrent lea foibles liens qui les attachoient encore à leur souverain, usurpèrent ses droits, ses domaines; et ses revenus ; et s'arrogèrent dans leurs provinces respectives ‘une autorité dépendante et héréditaire. La mort de Fré: deric mit le comble aux désordres publics; et l'empiré sembla rentrer dans cet état de nature, dans lequel chacun, libre du frein des loix, est Yennemi de son semblable.
Après un interrègne de vingt-cmq ans, les électeurs" cédèrent avec ~ 1272. répugnance au cri de la nation quileur demandoit un chef. Ilss’assem: sir, Corpus blèrent enfin à Francfort, et ce fut Rodolphe, Comte de Habsbourg, qui: P Hist: German, réunit les suffrages d’une assemblée dont il méritoit l'estime et dont il 5 img. , n’excitoit point la jalousie. Ses vertus justifièrent leur choix. Son ad- nee ministration, à la fois douce et ferme, rendit bientôt la paix à l'empire, et la vigueur aux loix. Il ne se laissa jamais séduire par la vaine ambi. tion de faire valoir sur l'Italie les droits d'un empire Romain qui n’existoit plus. II respecta toujours les droits et même les usurpations des princes, et préféra sagement son repos et-celui de la patrie, aux prétentions ambitieuses d'une dignité, -qui alloit peut-être passer en des mains étrangères. : Il borna tous ses projets à l'établissement de sa maison;
* Les empereurs étoient anciennement choisis per le corps entier de la noblesse Allemande. Vers ce.toms-ci les. sept grands officiers de la maison impériale, qui avoient toujours eu une part distinguée dans les élections, commengoient à y prétendre un droit exclusif, La prétention leur réussit et fut-eniip stop bole d’or,
oO es
les empereurs Conservoient encore le droit de conférer de nouveau l'in vestiture des fiefs toutes les fois qu'ils étoient dévolus à l'empire: Les malheurs de ce siècle offrirent à Rodolplie les plus heuréusés occasions pour exercer ce droit en faveur de ses enfans. Lorsqu'il eut affermi son V.Struvi Syn- autorité par dix ans de victoire, il assembla tous les ordres de l'état dans mice, p.925, la diette d’Augsbourg ; sous les yeux de cette assemblée, Albert et Ronot 90 dolphe,* ses deux fils, reçurent de leur père les duchés d'Autriche et de Giannone, Hist. Suabe ; deux provinces qui n’avoient plus de maitre depuis la mort de Civile di Na- . . ; .
poli, tom. ii, Fréderic et de Conradin, que leur malheureux destin avoit conduits à p-597 Naples pour y périr sur un échafaud. Ces jeunes princes étoient les derniers rejetons des anciennes maisons de Suabe et d'Autriche. Ænee Sylvii, Le duché d'Autriche étoit un des plus beaux fiefs de l'empire. -Ses TIL ps, Re plaines fertiles étoient couvertes d’un peuple nombreux, accoutumé aux Bax. Boscleti. Armes par kes guerres continuelles qu’il avoit à soutenir contre les Honcon En mp. grois et les Bohémiens. La libéralité de Fréderic Barberousse avoit afp- 1 franchi les soûverains d’Autriche de tous les devoirs onéreux d'un membre de I’ empire ; pendant qu'ils € en conservoient les honneurs et tous les avantages.
Le duché de Suabe ou d'Allemannie étoit d'une grande étendue ; Gailliman. de puisqu'il comprenoit les pays dans lesquels les anciéns Allemans s’étoient Rebus Helve- ~ : . ‘ ticis, Li 8. établis, le cercle de Suabe, l'Alsace, èt la plus gratide partie dela Suisse. Ses ducs donnèrent souvent la couronne impériale, et la portérent eux- Struv. Syntag- memes pendant plus d'un siècle. L'Empereur Philippe de Suabe-acheta ma Hist. Germ.
p. 433. le premier la fidélité de ses vassaux du prix de ses droits et de ses do- | maines qu'il leur abandonnoit. Fréderic IJ. se vit attaqué par une foule . d’ennemis qui vouloient mériter le ciel en déchirant le patrimoine d’un tyran condamné par l’église. Le parti des pontifes se croyoit en droit de lui tout arracher ; ses amis se contentoient de lui tout de- Guilliman.de mander. L’interrègne annéantit les débris de l'autorité des ducs de
Di Shaler de Suabe ; et lorsque les fils de Rodolphe furent revêtus de ce vain. titre,
PL als ne reçurent qu’un domaine difficile à retrouver et une souveraineté qu’on ne reconnoissoit plus. Une seule circonstance rendoit cet éta-
” blissement d’un grand prix aux yeux des comtes de Habsbourg. Ils y V.Guillimanni Étoient situés au sem de leur patrie. Vers le concours de l’Aar et de la
Habsburgica. Reuss, s'élevoit un ancien château bâti sur les masures de Vindonisse
| # Le Duc Rodolphe mourut avant son père.
plus
LS
plus ancienne encore.* Par la foible lueur qui éclaire ces tems ténébreux, on peut y découvrir les ayeux de Rodolphe vers le commencement du onzième siècle, et suivre sans interruption les progrès d’une noblesse qui se démontre par les preuves ordinaires, par les croisades, les tournois, les brigandages, et les fondations pieuses. Au bien de ses pètes,* Rodolphe avoit ajouté le riche héritage de sa mère, fille unique du dernier des anciens comtes de Kybourg.' Un domaine qui s’étendoit Guilliman, sur la plus belle partie de la Suisse, l'éclat de la dignité impériale, et des 1. vi ra conjonctures heureuses lui permirent d’espérer qu'il pourroit un jour faire | reconnoître les loix de la maison d'Autriche depuis le lac de Constance — jusqu’a-celui de Genéve.{ Trente ans d’intrigues et de combats lui avoient développé cette variété confuse de mœurs, d'intérêts, et de préjugés, qu’on n’éprouve que parmi les peuples libres ; et lui avoient en- seigné l’art de les ramener toujours à un seul point qu’il ne perdoit jamais de vue. Il conserva sur le trône impérial l’humble simplicité de son pre-
# Une assez petite exiceidte contient des monumens de tous les siècles. On peut tracer V. bus Helves encore les ruines de Vindonisse, ville Romaine, ruinée au quatrième siècle par les Atlemans tiorum, 1. i. ciüi. contre lesquels elle avoit servi de rempart. Elle étoit le siège de la vingt-unième légion, et Etat ne Délices des premiers évêques dé Constance, Un peu plus loin le donjon de Habsbourg nous offre tom. il p. 174— image de le tyrannie féodale et le berceau de vingt empereurs. Les débris encore plus con- 186. sidérables de l’abbaye de Konigsfeld nous mèntrent les trophées abattus de la superstition.
Enfo la petite ville de Bruck, qui termine le paysage, nous présente dans son industrie et sa
propreté un objet de comparaison assez favorable au siècle dans lequel nous vivons: = + Rodolphe possédoit cing des plus beaux comtés de la Haute Allemagne ; savoir, ceux V.Tschudi, p. i de Habsbourg, de Kybourg, de Lentzbourg, de Bade, et de Frobourg, avec les villes de Brem- P. 228. garten, Mellingen, Siersée et Sempach; celles de Zoffipguen, Arau et Bruck dans l'Argew, les villes de Winterthur, de Frowenfeld, et de Diessenhofen dans la Turgovie, avec les pays de Gastern et de Zug, et beaucoup d'autres bourgs et villages. Le comté de Bade et le canton de Zug ont toujours conservé leurs anciennes limites ; l’Argew et la Targovie sont assez connues. II est difficile de désigner avec clarté les autres territoires, qui sont engloutis dans Jes cantons de Zurich et de Lucerne dork ils comprenoient presque.tout le plat pays.
1 Les Allemands et les Bourguignons partagèrent la Suisse, depuis le cinquième siècle, em V. Guilliman. de
Rebus Helvetideux portions assez inégales, mais qui furent toujours distinguées par les loix et le langage; orum, |. ii. il la Reuss et ensuite l’Aar marquoient leurs frontières. L’Allemannie fit toujours partie du pe Watteville, royaume d’Austrasie, et ensuite de l’empire. La Bourgogne Transjurane, (c'est ainsi qu'elle se His. de aor nommodit,) conquise par les François, eut énsuite ses rois particuliers, dont le dernier le laissa vet. tem. i. p.18. par testament à l'Empereur Conrad le Salique en 1032. Les ducs de Zeringen la gouverné- ‘ 1032. rent longtems au nom de l’émpire. Dans l'anarchie qui suivit la mort de Berchtold V. der-
pier duc de Zeringen, ces divisions de la Suisæ commençoient insensiblement à se confondre. mier
-Y.IChronique mier état. Maître des esprita, il les subjuguait égakement ‘par l'amoxis pen et par Ja terreur ; et:son ambition artificieuse -étoit d'autant plus redoucontemporain, table qu'elle ne se montroit jamais que sous les, debats de la franchise et | de la modération. . La conquête importante qu’il méditoit ne pouwvoit être le fruit.que du.tems et de la patience. . L'Empereur Bedolphe ne 1291. travailla point sans succès ; la.mort enfin l’obligea de -laisser à sen. fils Albert ses desseins imparfaits, son exemple, et sesmaximes. : Mais la pe litique dépend moins de la raison que du caractère. Decelui-de son père, Albert n’avoit hérité que l'ambition et la valeur. Un-paturel dur ot féroce, qui se: développa en lui dès sa plus tendre jeunesse, effraya tous V. Stray. Sy. les électeurs et donna la préférence à son rival Adolphe,-comte:dé Nas- Germ. p. 586— Sau; mais la eonduite imprudente du nouvel empeseur dés fit bientôt “ie repentir du choix qu'ils venaient de faire. Alhert sut-profiter du mécontentement général. pour soulever toute l'Allemagne contre un: prince qu'elle méprisoit. Une guerre civile décida de. leurs:draits, et le, rual: heureux Adolphe périt par la main du duc d'Autriche qui fut reconnu par tout. l'empire pour son souverain légitime. - Mais il apporta sur le trône l’orgueil d’un vainqueur et tous les préjugés d’un chef de parti, et sa conduite se ressentit souvent de l'influence de ces passions. . Une noblesse aussi nombreuse qu'indépendante formoit.le premier ob- Len, Diction- stacle aux desseins ambitieux :de Rodolphe et de san fils. Cinquante que rate comtes, cent cinquante barons, et près de. mille gentilshommes, écramot Adel. soient du poids de leurs châteaux la terre qui les portoit, et ils se faisoient tous une gloire de ne relever que de l'empire et de leur épée. Ii étoit plus aisé de flatter que de dompter lorgueil de cet ordre guerrier, tour à tour esclave et rival de ses princes, mais toujours enñemi du V.Tschuai, peuple, des loix, et de la liberté.* Les ducs d'Autriche se plaisoient à a Chm: le rassembler souvent à leur cour dans des tournois brillans, à adoucir la Joan Vitodu- grossièreté de ses mœurs par les institutions vertueuses de la chevalerie, à le conduire aux combats et. à la victoire.t Comblés d’honneurs et de a richesses, * Je dois bientôt parler d’une exception rare et peut-être unique à cette maxime générale.
Guilliman. + Dès son berceau le maison d'Autriche s atlopté la maxime des-tyrans, de gagner les mi- Hubsbargics.L Jicaires et de mépriser le peuple. Werner, évêque de Strasbourg, avoit donné, vers l'an 1026, ie 5. une somme très considérable à son'frère Ratbot pour construire le château de Habsbourg. Lorsqu'il le visita peu de.tems :après il se mone peu content de la diligence de son frère; Attendez,
richesses, ces fiers gentilshommes revoyoient enfin leurs foyers domes-
tiques ; pleins d’attachement pour leur bienfuiteur, et de mépris pour Les tn Chews: leur triste indépendance, dont les avantages ne subsistoient que par le EN LR de malheur public. Les châteaux étoient les asyles de l'injustice, et le commerce étoit interrempu par un brigandage honteux. Rodolphe et son
fils arrêtèrent bientôt ce désordre par la destruction d’un grand nombre
des forteresses des plus coupables. Tout l'empire applaudit à leur punition, et l'autorité des ducs d'Autriche se confondoit avec celle
des loix. Tout fiéchit sous leur joug, et se reconnut vassal de la maison
de Habsbourg, à Fexception d’un très petit nombre de comtes parmi
lesquels nous devons distinguer les comtes de Savoye, qui s’étoient ren-
dus maîtres du pays de Vaud, et qui jettoient dans le silence les fonde-
mens de leur grandeur future.
Lordre ecclésiastique avoit plus acquis par la polrtique que la noblesse n’avoit arraché par la violence. Les évêques de Basle et de Constance étoient au rang des plus grands princes ; plusieurs abbés leur cédoient à peine, et la Suisse étoit remplie de maisons religieuses sur lesquelles la sante. profusion des fidèles avoit versé les biens de la terre. Ces ecclé siastiques méprisoient fous les arts auxquels leurs prédécesseurs avoient dû-léur grandeur;- et le peuple ne les distinguoit des laïques que par la supériorité de leur faste et de leur orgueil. Il auroit été cependant dangereux de les dépouilier de ces biens consacrés par la superstition, s'ils n'avoient pas eux-mêmes consenti à les remettre aux ducs d'Autriche. Les uns leur vendirent le patrimoïne de l’église pour enrichir leurs-fanrilles aux dépens de l'ordre. ‘ Les autres les reçurent pour maîtres sous le-nom d'Avoués ou ministres* L’évéque de Basle, l'abbé
He | LL dé Attender, lui dit Ratbot, à demain. Le lendemain matin, l’évêque vit avec effroi une troupe sombreuse et armée qui entoutoit le château. Cette troupe, lui dit son frère, est composée de-taute la noblesse des environs que mes larpesses ont attaché à notre maison. Voilà les: fortifications que vous désiries, Ea conncisses-vous ge plus fortes ?
* Pour se. former une idée.des causes de la grandeur euclésiastique et de sa décadence, V. Maraturi,
jose renvoyer mes lecteurs aux dissertations du savant Muratori sur les Antiquités Italiennes: Di pra i fon
Lis y trouveront une érudition profonde, une bonne eritique, et une sage hardiesse. I) a écrit chute Italiane, pour l'Italie, mais ses grands principes et même la plüpart de ses détails sont communs à tous Ta les pays qui ont composé l'empire. de Charlemagne, . I sembleroit que-daus ces siècles, bar bares deux passions opposées régnoient à la, doi : lune de tent-dopner à Léglise ; et l'autre de
de St. Gall et l'abbesse de Zurich, eurent cependant le courage de résister aux menaces et aux insinuations de Rodolphe et de son fils.
Si l'église .possédoit des richesses immenses, l’histoire, qui juge les hommes sans faveur et sans malignité, doit avouer que leur source n’a pas toujours été i impure, et que leur emploi a souvent été utile aux hommes. Dans le tems qu'une noblesse barbare ne se livroit qu'aux travaux destructeurs de la guerre et de la chasse, le flambeau sacré des arts se conservoit entre les mains des prêtres. Des terres considérables, quelque: fois des provinces entières, devenoient la récompense de leurs arts pieux, mais c’étoient, pour la plûpart, des marais à dessécher, des forèts à défricher, des déserts qu’il falloit cultiver. La terre changea bientôt de face ; des milliers d'esclaves qui fuyoient de toutes parts. la tyrannie de leurs maîtres, se réfugioient au pied des autels et se consacroient eux et leur postérité au service du saint, protecteur de l’église. Des communautés nombreuses se formoient autour de ces églises. On vit naître des citoyens, des loix, et des remparts. . La plûpart des villes de l’Allemagne et de la Suisse n'ont point d'autre origine. L’humanité dirai-je, ou la politique, de leurs maîtres les affranchit bientôt de la servitude à laquelle elles s'étoient condamnées, et, l'industrie; qui marche à la suite de la liberté, leur fournit le moyen de se racheter des devoirs les plus onéreux. Leurs privilèges n’étoient point les mémes. Les unes, dé corées du titre imposant de villes impériales, paroissoient libres et souveraines. Les autres dépendoient presqu’en tout de leur évêque ou de leur abbé; mais elles avoient toutes un conseil qui rendoit la justice, et une bannière qui rassembloit la bourgeoisie lorsqu'elle vouloit prendre les armes... Convaincues des avantages de leur situation, plusieurs de ces communautés avoient stipulé que leur prince ne les céderoit jamais à de nouveaux maîtres; mais cette condition n’empécha point l’abbé de Murbach de vendre à l'Empereur Albert la ville de Lucerne; et ce fut au mépris de ses sermens que l’abbesse de Seckingen reçut ce prince et ses descendans pour ses avoués perpétuels dans le pays de Glaris. Basle; Zurich, Soleure, St. Gall, Schaffhausen, et plusieurs autres villes de la Suisse, ne subirent point le même joug. Elles en furent sauvées par
leurs propres forces ou par la fidélité des prélats qui les gouvernoient.
de lui tout arracher. Le même homme éprouvoit souvent toutes les deux; et la vieillesse n'étoit occupée qu'à restituer les sacrilèges de 1a jeunesse. Les
Les deux.villes de Berne et de Fribourg jouissoient d'une liberté en- 1179. core plus entière, et dont l’origine commune remontoit à leur fondateur 1191. Berchtold V. duc de Zeringen. Ce prince, dans le dessein de s’en faire. un rempart contre la noblesse de ses états, leur donna une situation. avantageuse, des privilèges sans bornes, et une constitution toute mili taire. Il mourut après leur.avoir recommandé de s'aimer toujours et de. ne jamais pardonner à ces barons qui avoient fait périr la maison de leur bienfaiteur. . Fribourg, la moins puissante des deux villes, onblia bientôt Leu, Diction-
isto-
un conseil aussi dangereux, et chercha le repos et la sûreté dans la sou-. rique nox mots
rnission à la maison d'Autriche. Berne. soutint son indépendance avec bourg “Gal de
plus de fermeté, se choisit plus d’une fois des protecteurs, mais ne voulut Helretiorum, L
jamais de maître, s'exerça aux vertus militaires et politiques, rempoita dés ginier de Re-
victoires sur les seigneurs qui.l’entowroient, osa résister même à l'Empe- 25" #°"* P reur Rodolphe, et vit échouer au pied . de ses remparts. la fortune de cemonarque. | 4
. Toutes ces villes étoient le fruit lent du tems et des travaux humains. 3 ‘mais il existoit dans le fond des Alpes, des sociétés obscures, dont’la li-. | berté mâle et vigoureuse sembloit être l'ouvrage de la seule nature.. Les: +V. Leo, Simler, | trois cantons d’Uri, de Schwitz, et d’Underwald, formoient un pays.qui. et Délices de Ia siétendoit.prés. de. seize lieues du nord au midi, et dont la plus grande *""* largeur d orient en occident étoit de douze lieues. Le Mont St. Gedard,” : borne. méridionale de. ce territoire, parmi les eaux qu’il verse sur l'Europe: entière, laisse échapper un torrent qui traverse, sous le nom de Reuss, le. long etétroit vallon d'Uri, et se jette enfin dans un lac qui sépare le canton de Schwitz de ceux d'Underwald et de Lucerne. Tout ce pays est couvert. de montagnes, dont les sommets ne découvrent à la vue que des rochers escarpés.et des forêts de sapins toujours courbés sous le poids des neiges. Leurs côtes offrent cependant en été une nourriture abondante aux troupeaux de bétail qui font la richesse du paysan, et une branche assez lucrative de son commerce rustique.* Ona porté l'industrie jusqu’a semer
# Oswald Myconius, de Lugerne, nous a a donné, au commencement du seizieme siècle, à un V. le Poëme et commentaire fort utile sur un très mauvais poëme de son ami Henri Glareanus.. I! s’extasie crane sur le grand commerce de beurre et de fromage que font ses compatriotes en Bourgogne, en. sure fliatorie Suabe ét en Italie, Suivant son calcul un troupeau de vingt vaches rapporte à son propriétaire Zurich, 1735. wae somme claire et nette de cent écus per an, Ce trait est bien fort pour le seizième
. siètle. ) . | | ne . | - VOL, III. | P : ‘du a D e
Tachadi, tom. i.
Pp 236,
Lev, Diction-
naire ae mot Schw
‘Techudi, tom. i.
-du bled dans les vallons les moins stériles; mais leur récolte foible et.in-
certaine trompe souvent l'espérance du laboureur, et le contraint de recourir aux secours étrangers. Un air vif, une terre ingrate, une vie dure avoient formé le caractère de ce peuple. Il leur devoit un corps grand et robuste, des passions impétueuses, des appétits grossiers mais vigoureux, des. mœurs simples et vertueuses. Le Suisse chérissoit sa famille et ses compagnons, respectoit la religion et les loix, méprisoit la fatigue, bravoit la mort, et ne craignoit que l'infamie. La liberté lui étoit chère, et cette indépendance qui naît de l'égalité des. fortunes et du sentiment de ses forces, étoit le premier ressort de son âme. Le gouvernement des trois cantons étoit celui de la nature, et ce gouverne- . ment s'est perpétué jusques à nos jours. Le pouvoir législatif se conservoit dans l'assemblée générale des citoyens. Tous les rangs y étaient, confondus, tous les suffrages y étoient égaux, et ce peuple roi, jaloux de sa dignité, ne confioit à ses magistrats annuels que l'autorité nécessaire au maintien des loix et de l’ordre. Le noble et le paysan, canfendus dans ces assemblées, apprenoient à se respecter mutuellement, et s’accoutumoient à penser que la première distinction parmi les hommes est celle des talens utiles à la société.
Je pardonne aux historiens Suisses les fables dont ils ont cru embellir les premiers tems de l’histoire de leur nation, mais je dois épargner à un siècle philosophe les Taurisques, les Huns, les Goths, parmi lesquels ils leur ont cherché des ancétres. Ce n’est qu'au commencement du douzième siècle que j'apperçois les cantons d’Un, de Schwitz, et d'Underwald, distingués en trois communautés libres et alliées, mdépendantes mais soumises à l'empire, et à son chef, qui leur envoyoit quelquefois des juges pour décider en dernier ressort des affaires criminelles. . Un arrêt que l'Empereur Conrad III. rendit contre eux, leur parut un acte G'injustice qu'ils ne devoieat point supporter; ils lui annonçèrent per une déclaration publique, “ Qu'ils s’étoient mis volontairement sous la protection de l'empire; qu'ils l'avoient mérité, cette protection, par des services importans ; ; qu ‘elle leur devenoit inutile et dangereuse; et-qu’ils y renongoient à jamais pour eux et pour leur postérité.” Ils persisté- ‘rent plus d'un siècle dans cette résolution qui bravoit l'autorité impénale. Othon IV. et Fréderic IL. les engagèrent enfin à recevoir de
ution , x, leurs mains des juges et baillifs. Ce fut alors qu'ils obtinrent ce dx
plôme
piémeé célèbre qui reconnoît leur indépendance, reçoit leur Jibre hom-.
mage, et promet de ne les jamais séparer du corps de l'empire. Pendant
le grand interrègne ils prirent Rodolphe de Habsbourg pour leur défen- mer ar AN séur, et ce prince, lorsqu'il fut monté sur le trône impérial, leur continua P.¢ inter Seripsa protection, et n’attenta jamais à leurs privilèges.
‘Son fils Albert avoit conçu des desseins bien différens. Il voyoit Tee ton. d'un œil d'indignation qu’au milieu même de ses états une poignée de p. 417. ke. montagnards osât encore se nommer libre. Il résolut d'employer à la fois toutes les forces de sa maison et toute l'autorité de sa place pour les réduire sous fe joug Autrichien.: Ii étoit assez injuste pour les reprocher la fidélité qu’ils avoient gardée à l'Empereur Adolphe, et dans sa colère il luï étoit échappé une menace de les punir aussi bien que de les sou mettre. Ce fut en vain que les trois cantons travaillèrent à regagner sa bienveillance et à obtenir la confirmation de leurs privilèges qu'ils lui demandèrent par des députations réitérées. Pendant qu'il renvoyoit cet acte de justice, sous les prétextes les plus frivoles, il traitoit secrètement avec les corps ecclésiastiques qui possédoient des droits ou des terres dans ces pays. Le collège de Munster lui remit toutes ses prétentions dans le canton d’Underwald, et l’abbaye de Wettingen lui vendit tous les services qu'une partie des habitans de Schwitz devoit à son église. La Collfimen, 1 à préfecture du val d’Urseren, ‘dont ii conféra en même tems le fief à son fils, le rendoit maitre du passage des monts et de tout le commerce du. canton d’Uri. Il se flattoit encore que les Suisses, accoutumés à passer souvent sur ses terres, puiseroient dans la conversation de ses sujets des idées plus favorables à l'autorité souveraine. |
Ces projets auroient peut-être réussi, si le caractère impatient d'Albert Tested, tom. C lui eut permis d’en attendre le fruit. Déjà persuadé que tous les obsta- » 225. cles étoient levés, et que les trois cantons étoient disposés à le reconnoître pour leur souverain, il leur envoya une'ambassade composée des ministres les plus distingués de sa cour, et chargée de recevoir leur hommage et leurs sermens. IIs étoient instruits de toutes les raisons qu'ils devoient employer; les forces de la maison d'Autriche, la foiblesse de l'emipire Germanique, tous les avantages d’une soumission volontaire, et Ids droits affreux d’une conquête, à laquelle ils étoient hors d'état de sopposer. Ils devoient ajouter que les droits dont l’enpereut avoit fait acquisition embrassdient dans leur totalité le pays entier, et lui deviens ,,.
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¢ , . . . a . . . , droient plus incommodes que les services -qu'ün grand roi exige de ses vassaux. On entendit les ministres impériaux dans les assemblées gé-
* nérales de chaque canton. La réponse qu’on leur fit, fut la même par-
Tschudi, tom. i.