V. Simler et
Guilliman.
soient: ‘Gesler, l'an de ces gouverneurs, avoit le département d’Uri et?
tout, et par-tout unanime: “Que les Suisses acceptoient avec plaisir l’amitié de la maison d’Autriche, qu’ils révéroient la majesté impériale; mais qu'ils n’étoient soumis qu’à l'empire, dont ils avoient tant de fois soutenu la gloire et les intérêts. Qu'il ne leur étoit pas permis de délibérer sur les propositions d'Albert. Qu'ils en appelloient aux constitutions de l'empire, aux diplômes de ses prédécesseurs, à la mémoire de son père, et à ses propres devoirs. Qu'ils étoient. prêts à rendre aux maisons religieuses tous les services auxquels la piété de leurs ayeux les | avoit assujettis, mais qu'ils ne permettroient point qu'on vendit la liberté des hommes et ne sacrifieroient jamais celle de leur postérité.”
Albert fut vivement irrité d’un refus aussi naturel, mais qu’il n’attendoit point: cependant la prudence l’engagea à dissimuler son indignation. Les Suisses avoient fait valoir le titre de membres libres de lémbpire, titre autrefois méprisable à leurs yeux, mais que la puissance Autrichienne leur rendoit maintenant très précieux. En attaquant uri: peuple reconnu libre et qui invoquoit ce nom sacré, il risquoit d’alarmer la jalousie de toute l’Allemagne. Le feu de la discorde couvoit sous sa cendre et le sort d’Adolphe étoit une leçon effrayante pour son successeur. Sans perdre de vue ses desseins sur les trois cantons, ce prince orgueilleux ne dédaigna point-de substituer l’art à la force. . Après avoir. vainement essayé de soumettre les Suisses 4 ses tribunaux de Lucerne. et de Zug, et de confondre la juridiction Autrichienne avec celle de empire, il leur accorda enfin ce que leurs instances réitérées lui deman-
‘ doient depuis six ans,—des gouverneurs qui décidassent leurs causes cri-
minelles au nom de l'empire. Il léur en donna effectivement, mais qui ne ressembloient que par le nom à ceux que ses prédécesseurs leur avoient envoyés. Ceux-ci étoient tirés de la première noblesse des provinces voisines et ne visitoient jamais le pays des Suisses que lorsqu'ils y étoient appellés pour tenir leurs: assises générales. A la place de ces ministres bienfaisans de la paix et de l'ordre, les Suisses virent arriver avec effroi deux satellites du tyran; gentilshommes à la vérité, mais encore plus disposés, par cette qualité, à écraser un peuple-qu'ils mépri-
de
de Sohwitz. Landenberg; son collégue,:devoit cantenir le cantôn.d Un-. derwald:: . Els.s’établirent dans les plus forts. châteaux du pays dont. la maison. d’Autriche avait fait l'acquisition, travaillèrent à rétablir leurs fortifications, et les assurèrent. par de bonnes garnisons de troupes mercénaires. .
On voit avec surprise que les Suisses se soient soumis, sans la moindre
résistance, à.un joug.qui ne leur laissoit qu'un vain nom de liberté.
Mais il y a des occasions où Ies nations semblent oublier leur caractère. L'autorité de l'empire, .les forces de l'Autriche, et la hardiesse adroite avec laquelle Albert se.servoit de l’un et de l’autre étonnèrent leur courage et ne.leur laissèrent que le sentiment de leur misère.
Les premières démarches des gouverneurs paroissoient dictées par un esprit d'humanité et de clémence; mais lorsqu'ils virent que leurs artifices ne captivoient point l'esprit grossièrement libre de ces monta-
gnards, ils se livrérent avec plaisir à leur dureté naturelle et aux imstructions de leur. maître. Un despotisme militaire succéda aux loix douces.
ct égales que les Suisses avoient reçues de leurs ancêtres. On violoit
jJourmellement tous leurs anciens privilèges; des fautes légères ou sup-
posées étoient punies .par des amendes excessives et arbitraires; les citoyens, arrachés du sein de leurs familles, gémissoient au fond des
cachots, pendant que leurs compatriotes, accablés sous le poids des im-, pôts et des corvées, étaient contraints à travailler aux forteresses qui montroient et confirmoient leur esclavage. A l'oppression, que le peu-, ple peut quelquefois pardonner, les ministres de la tyrannie Autrichienne ajoutèrent encore le mépris qu'il ne pardonme jamais. Sur la place pub-
lique d’Altorf, bourg principal du canton d’Un, Gesler fit dresser une perche sur laquelle on posa son chapeau. Il prétendoit que tous les pas-
sans rendissent à ce chapeau les mêmes honneurs qu'ils eussent rendus à la personne de l’empereur ou à celle de son représentant. Cette cérémo-
nie humiliante servoit à la fois à satisfaire l’orgueil ridicule d’un tyran
et à découvrir ces âmes libres qui conservoient encore les .sentimens et.
la fierté de leur premier état,
. On s’attachoit sur-tout à connoître ceux dont les conseils avoient détourné leurs concitoyens de se soumettre à l’empereur, et qui jouissoient parmi eux de la considération que leurs vertus avoient méritée. L’estime
publique dénonga au gouverneur d’Underwald, Henri de Melchtal pour
sa
Guilliman. de Reb. Hel. iii. c.
Simler de Rep.
Helvet. p. 5.
Tschudi, tom. i.
LS
Tschud, tom. i.
110 INTRODUCTION A L’RISTOIRE GENERALE
sa premitre victime. Ce paysan respectable cultivoit en paix le champ de ses pères, lorsqu'un ministre de Landenberg lui déclara qu'il venoit enlever les bœufs de sa charrue, comme l'amende imposée À une faute qu'avoit commis son fils ainé. Cet officier s’acquitta de sa commission avec tout l’orgueil de la servitude, et menaga les paysans de leur faire trainer eux-mêmes la charrue. Le sage vieillard soupira et se tut; mais son fils, excité par l'ardèur aveugle de la jeunesse, résista à l'officier qui
alloit emmener les bœufs, lui cassa le doigt d’un coup de bâton, et se ré- ‘: fugia par une fuite précipitée dans le canton d'Uri. Il fut assez puni ex
Techudi, tom. i.
laissant son malheureux père exposé à toute la cruauté dé Landenberg. Le gouverneur le fit arrêter dans le vain espoir de découvrir la retraite de son fils, mais enfin furieux de voir qu'il ne pouvoit lui arracher ce secret, it confisqua son bien et lui fit crever les yeux.
. L’honneur des femmes tient aux sentimens lès plus délicats du cœur humain; et les attentats qui portent le trouble et l’'amertume dans le sein des familles ont donné naissance a plus d’une révolution. Le jeune: Wolfenscheissen de Rotzberg, sous les ordres de Landenberg, traversoit le pays suivi seulement de deux domestiques, lorsqu'il appercut la femme d’un paysan qui travailloit dans un pré. Il s'arrêta un moment pour la considérer, et ne vit point sans émotion une beauté modeste, embellie par la joie, la santé, et la pudeur. I commença l’eatretien par lui demander des nouvelles de son mari. Le bon Boumgarten ne travaillait que dans le bois voisin, mais son épouse craintive, qui voyoit dans le bailli un ministre de vengeance plutôt que de graces, gupposa un voyage dont elle ignoroit, disoit-elle, et l'objet et la durée. Charmé d’une occasion aussi heureuse, le gouverneur la pria de le conduire chez elle pour lui donner quelque rafraichissement dont il avoit besoin. -Ce fut là qu’il lui déclara. les désirs qu'elle lui avoit inspirés, la pressa de les satisfaire, la félicita de se voir associée aux plaisirs de son
. maître, et lui laissa entrevoir le danger d'un refus imprudent. Elle le
sentoit elle-même, et son effroi, qui avoit changé d'objet, étoit l'unique sentiment de son âme. Elle étoit seule, elle connoissoit la puissance du. gouverneur, elle n’ignoroit point son caractère, et se crut enfin perdue lorsqu'il lui commanda de lui préparer un bain et d’y entrer avec lui. L'art est naturel aux femmes; heureuses qui ne la font servir qu'aux intérêts de la vertu! Seigneur, lui répondit-elle, en baissant les yeux,
épargnez
DE LA RÉPUBLIQUE DES SUISSES. Ill
épargnez la pudeur d'une femme qui vous aime. C’est ma première 1904, uc.
foiblesse—fious ne sommes pas seuls—vos domestiques——Je vais les
renvoyer, lui dit le gouverneur transporté. Dès qu'elle les vit partis
elle ne vouloit se déshabiller que dans une chambre voisine du bain.
Elle obtint sans peine cette grace d’un amant qui ménageoit une pudeur
dont il alloit triompher. Elle en profita pour s'échapper de la maison et
pour courir du côté du bois, lorsqu'elle vit son mari qui quittoit son
travail pour revenir à la maison. Le désordre de sa femme, ses soupirs,
et ses mots entrecoapés, lui apprirent le danger auquel elle s’étoit dérobé.
Dieu soit béni, lui dit-il, ma chère épouse ! aujourdhui il t'a conservé
l’honneur et à moi le repos. L’insolent—mais la vengeance est juste et
je cours l’achever. II trouve le gouverneur déjà au bain, nud et sans
armes, et lui fend la tête d’un coup de sa hache. Le canton d’'Uri devint
son asyle et le cacha aux yeux de ses ennemis. Le gouverneur de Lan. ©
denberg voulut persuader aux autres seigneurs de Wolfenscheissen de
poursuivre le meurtrier de leur frère, mais ils lui répondirent que leur
frère avoit mérité son sort, et le courroux d’un mari irrité, condamné
par les loix, fut justifié par les sentimens d’un peuple vertueux. | La mort de Wolfenscheissen avoit délivré le pays d’un tyran'; mars il Tachudi, tom i
gémissoit toujours sous le poids de la tyrannie. Les trois cantons prirent ? **
enfin la résolution de faire un dernier effort auprès de l'empereur. Leurs
députés étoient chargés de représenter l’excés de leur maux, et de sup. 1%7-
plier Albert de rappeller ses ministres, et de ne plus mettre sa gloire à
opprimer un peuple qui le respectoit toujours. Ce prince orgueilleux
ne daigna point les voir ; mais il les renvoya à son conseil dont le ton
dur et inflexible n’annonçoit que trop clairement les dispositions de leur
maître. . On leur dit sans détour, que pour mériter les bienfaits de ’em-
pereur il falloit reconnoître son autorité, mais qu'ils éprouveroient son in-
dignation, aussi longtems qu'ils oseroient réclamer leur liberté prétendue. - Le retour des deputés répandit le désespoir dans tout le pays; mais le
désespoir d’un peuple guerrier est voisin de la fureur. On entendoit
par-tout les cris d’une indignation qu’on ne daignoit plus dissimuler.
: “ Pourquoi fléchir plus longtems sous le joug d'un maître dont lorgueil
s‘accrott avec notre lâche patience? On viole nos privilèges ; on nous
dépouille de nos biens, mais il nous reste des armes; nous sommes libres
dès que nous voulons l'être.” Les malheurs de la patrie faisoieat Fen-
tretien
Leu, Diction- —~
naire Historique, an mot Stauffaclier.
Tschudi, tom. i.
112 INTRODOCTION A L'HISTOIRE GENERALE
trétien.de tous les bons citoyens. .Ils pleuroient ces malheurs, mais ‘ils croignoient la. ‘puissance Autrichienne. . Tous les esprits étoient disposés à la révolte, mais il leur manquoit encore un esprit supérieur qui donnat le mouvement à cette grande entreprise.
Werner de Stauffacher sortoit d'une des premières familles du pays de Schwitz, qui respectoit encore la mémoire de son père, à qui la: communauté devoit un traité avantageux conclu par ses soins avec la ville de Zurich. Son fils avoit hérité de lui une fortune assez corisidérable, l’estime publique, et l'amour de la patrie. Ce sentiment étoit devenu triste
‘et amère pour un citoyen qui ne pouvoit lui donner que des regrets iin-
puissans. Un jour, assis devant sa maison, il vit passer le Gouverneur ‘Gesler qui s’arréta ‘pour lui. demander d’un ton fier le nom du propriétaire. Une réponse pleine de‘respect et de sagesse ne lui fournit point le prétexte qu'il cherchoit pour perdre.un.homme vertueux qu'il détestoit: mais il semporta vivement contre lui, et lui dit que l’empereur ou son: représentant étoit l'unique propriétaire.du pays, et qu’on sauroit bien réduire l’orgueil et l'opulence.de ces paysans qui se prétendoient nobles.
Ces discours remplirent le .cœur de Werner de honte et d’ indignation. I] versa ses chagrins dans le sein de.son épouse, dont il connoissoit la
tendresse, la prudence et le.conrage, Il n’hésita point à lui commu-
miquer le dessein qu il avoit conçu de sonder Les esprits, et d’éprouver si Ja liberté‘n’avoit pas encore .des.ressources dans les cœurs des Suissés, “Oui, cher époux,” lui répondit cette femme vertueuse, “ tes jours me sont.chers, ta glotre me l'est davantage. Un vrai citoyen ne doit jamais
' jsurvivre à sa patrie: venge-la, ou péris avec. elle. .Nos tyrans ont des,
* Tschudi, tom. 1.
Pp 236. Guilli-
‘enemis par-tout où il existe de la vertu. Tu trouverez parmi eux des amis dignes. d’être associés à tes desseins généreux. Vous aurez pour vous. le témoignage de la conscience, l'approbation de l’Etre Suprême, les vœux dé tous. les-gens de’bien, et la reconnoissance de la postérité.” Elle le conseilla ‘ensuite de:concerter ses mesures avec sés amis d’Uri. ii suivit son conseil, et fit bientôt après ce voyage sans exciter la déf-
-ance de.ses maîtres.
: Tt examina d’un œil attentif les dispositions de ce pays, et vit sans
peine que le nom Autrichien y étoit en horreur. IL entendit;le Baron
a Attinghausen,, premier magistrat du canton, qui se plaignoit de lingo; lence, de Gesler : il. fut témoin de. lindignation de son propre. neveu Le Lou. cas . seigneur
seigneur de Rudentz. Il craignoit cependant de leur communiquer des projets aussi dangereux que les siens. Il ne s’en ouvrit qu’à son ancien ami Walter Furst, qui justifia sa confiance, et lui proposa d'y associer le jeune Arnold de Melchtal, ennemi juré de leurs tyrans, et dont le crédit
leur seroit utile pour attirer dans leur parti le canton d’Underwald. Ces
trois hommes s’engagèrent par un serment assez inutile, à tout souffrir
et à tout entreprendre pour briser leurs fers, mais à s'acquitter toujours
des devoirs que la justice exigeoit d'eux.
Les trois conjurés se séparèrent après avoir formé ces liens. Chacun d'eux se rendit dans son pays pour y jetter les fondemens de leur alliance. Le noble et le roturier, unis par leurs malheurs communs, gémissoient sous le même joug et le détestoient également; mais il falloit une -prudence extrême pour distinguer parmi ces mécontens le petit nombre de ceux dont la fidélité et le’ courage les rendoient dignes de cette confiance. Il:les amenèrent sans bruit au rendez-vous général qu’ils avoient choisi à Rutlin, leu écarté sur les bords du lac, et très propre à tromper la vigilance de leurs ennemis, La on leur découvrit ce secret important, dépôt sacré de la vie de leurs amis et l'espérance future de la Suisse. Ils se dévouèrent par les mêmes sermens aux principes généreux de leur alliance, et a leur retout ils travaillérent avec la même précaution à les répandfe. Leur nombre croissoit à chaque assemblée ; et cette société, unie par les nœuds de la vertu et dé l'amitié, devenoit tous les jours plus
man. de Reb.
Helvet. L iii. e.
redoutable.* Ils sentirent enfin que leurs forces étoient suffisantes et Techadi. tou. i qu’il ne s’agissoit plus que de les employer. Ils s'assemblèrent pour la vembre.
dernière fois au nombre de 112 citoyens pour fixer le moment de leur entreprise et pour en choisir les moyens. Les uns vouloient prendre les armes sur le champ, et commençoient déjà à rougir de leur patience, mais cette impétuosité céda aux sages conseils de leurs chefs, dont le
* “Ts se donnoient le nom d’ Eidgenossen, qui signifie alliés par serment : terme dont on s'est ensuite servi pour désigner la nation entière. L'on doit effectivement regarder cette conjuration comme le germe de le confédération Helvétique. Les écrivains étrangers ont reproché aux Suisses la bassesse de leurs premiers conjurés, qui n’étoient, disent-ils, que des paysans obscurs. Le reproche est à la fois ridicule et injuste. Un assez grand nombre de noblesse
No-
eut l’honneur d’être admis parmi ces hommes respectables, les Barons d’Attinghauseu, d’Ut- Guilliman. de
Reb. Helvet. L
singen et de Schwintzberg, les Seigneurs de Rudentz, d’Iberg, de Stauffacher, et plusieurs ii, ¢. 16,
autres dont le lecteur me dispensera de rapporter les noms barbares. Il ne me pardonneroit point si j'oubliois le bon Boumgarten, qui fut associé aux premiers conjures.
VOL. III. | Q courage
ie INTRORVOVION A | BESTOIAR GENERALE
courage plus sexe ct. plus tranquille veyoit sans s'étonner toute l'étendue da danger Il représentèrent à l'assemblée qu'une tella entreprise BRYOK qu'un instant, et que cet instant précieux devait embraser le pays entire d'un même fev; qu'il falloit sur-tout enlever aux tyrans ces asyles edioux qu'ila avaient fontifiés avec tant de soins, mais qu'au lieu d'us age dangereux ot incertain, l'on devoit profiter dea premiers momens de. la surprise pour s'en vendre maîtres. Tia conseillèreat sur-tout à lousy amis d’Underwald de songer aux moyens les plus propres pour y réussir ;# et pour leus en donner le temas ils convinrent de renvoyer Fentreprise au pactuiar jows de l'an; et pandant l'intervalle, de n'opposer aux injustices de lowm maîtres que le respect et la soumission, Cet intervalle était encore de deux mois, mais He pe craigawent point de confier à la diseiétian de plus de cent personnes le poids importun d'un secret aussi dangarcs.
Us sent des eogjurés risque, dit-on, par son orgueil le salut de tous dt COMPISRERS; mais SOR Uppiudence, soutenug par la hardiesse ¢ caurovaée par le suceds, esk devenue la source de sa gloire, et, par ung | ijustiee asset bizerze, le nom de Guillaume Tell a olsourci les pomp des vrais fondateure de le. liberté Helvétiqua, Je me rappellerat paint toutes les ciconstances d'uss aventure aussi gagulière qu'elle me pareté Goutewse, Personne n'ignere que par la cruauté du, gouverneur Au4ni chien, Es fut ox pené à. une épreuve terrible pour Famoux paternal, que son asrcase Vem, tine, heureusement, mais qu'une. Réponse intrépide plutôt que sage le rejetta dans: de nouveaux dawgers, L'on. sit agsez- que le kaïlli Ip couduisoit au château de Kusnaokt, lorsqu'un erage, qua s leva ear le les, lobligea à lai confier le gouvernal du. beton, Le. bonheur de Fell, sa fuite, eh sa vengeance sont assez célèbres. Mais notre siècle, qui, substitue. wa doute. éclairé à la crédulité: de nas angûtres, semble reprouver une fable qui n'a pas même le mérite de l'invention; et ne voit dans Guillaume Tell que limitation. assez grossière. d'un héros Danois — amssi fabuleux peut-être que lui Quoiqu'il. en spi. l'aventure de ce aitayen. n'a point infué aux la. sévoludsion, gépérale. Tous lea conpurés attendirent dans le silence le commencement d'une année qui deveit servir de signal à leur entreprise et d'époque à la fiberté des Suisses.
* Les deux chateaux, de Sarnen et de Rotsherg étoient situés dang leur territaire. Kofin
BA LA AÉPUBLIQUE DESSUISSES. Wi’
- infin ce jour arriva; tous les associés, fidéles a leurs sermens, prirent , 1508.
. 1 Janvier.
los armes à la fois dans les trois cantons. Ils trouvèrent par-tout dés Tachudi, mah tom. i, ennemis endormis par te luxe et par Porzueil; et qui tie s’attendoient Guiliman. de
Reb, Helvet. 1.
point à des efforts aussi hardis d’une troupe de paysans qu'ils osoient li. ce 16. Simler
ub. Het.
mépriser. Les dean fürteresses de Rotsbétg et de Sarnen, qui conte vet. et Lea,
Dictionnare
noieut le pays d’ Underwaid, furerit surprises sans difficulté. La ptettiibre Hist. de la Suisse fut trahie par l'amour.” Une fille du château avoit donné rentlez-vous à Oe One son amant pout la nuit du premier de Janvier, mats cet amant étoit l’un bee ke | des conjurés. Il monta sans bruit À la faveur d'une corde qu’elle lui tendit de la fenêtre. Vingt de ses compagnons se servirent du mémé moyen pour le suivre, se répandirent dans la forteresse sams pérdre wit instant, désarmèrent la garnison, dt se saisirent de la persontie du bailli. ils donnèrent aussitôt avis de leur succès à leurs amis qui les imitèrént à Sarhen, chateau plus considérable encore par la force de la patnison ot . par le résidence du gouverneur principal. Trente conjurés se posttrent dans unt petit bois auprès de Sarnen, pendant que vingt auttes saisirent le moment où le builli; suivi d’une garde nombreuse, étort sorti pout . aller à l'église. . Els se présentèrent à la porte du château chargés de ces préséns rustiques que la tÿrannie des Autrichiens exigeoit au premier jour de l'ai. Les sentinelles leur permirent de passer sans là moiridte défiance ; mais jotter leurs fatdeaux, armer leurs gros bâtons des pointes de fer qu'ils tæroient de leur sein, attaquer ba garde avec futeur, et sonnet da cor pour appeller leurs conrpugnons, he fut pour ces braves paysans que louvrage d’un moment. Léurs compagnons accoururentt au signial, et la forteresse fut prise. Le gouverneur se sativa du côté de Lucérne le long de la montagne et gu milieu des néiges. Sd fuite fut apperçue des Suissus sans en être mquiétée. Le-soulèrement des citoyens d'Uri et de Schwits ne fut pas moins heureux. [ls s'émparèrent sans peiné des forts qui s'élevoient dans leur puys, et sur le ehämp ils rastrent avec transport ces monumens odieux de leur servitude. La modération fait . ferement entendre sa voix dans les fureurs d'une révolution populuire ; mais les Suisses s’étoient promis de respectér lew personnes de leurs tÿrdns, dans l'instatit même qu'ils puhiroient letr tyrannit. Ofi se contenta dé les renvoyer avee les domestiques ét les soldats qui ks avoient accorhparnés ; et pour démontret qu'une justice désintéressée étoit le principe de la eonjuration, ils we touehèrent point à leuty trésors dépouiilés du Q 2 pays
pays et fruit del’oppression. Quelques auteurs ont ajouté qu'ils exigèrent d'eux le serment de ne jamais rentrer sur les terres des Suisses, mais ce
sermént supposoit une estime qu'ils avoient assez peu méritée. Peu de
Bme Janvier.
Avril.
Tschudi, tom. i.
Joan. Vitoduvan. p. 15.
1 Mai.
Tsehodi, tom. i p- 245.
jours après la révolution les trois cantons s’envoyérent des députés pour se féliciter mutuellement, et pour jurer une alliance de dix ans. La conjuration devint un traité solemnel, mais les conditions en étoient toujours les mêmes.
Un prince du caractère d'Albert dut être vivement irrité d’une révolte qui blessoit également son orgueil et son ambition. Il se consoloit cependant par l’idée d’une vengeance terrible; et cette vengeance lui étoit trop chère pour la confier à des mains étrangères. Il se rendit lui-même à Bade, ville principale de ses états Helvétiques. La, dans une .assemblée très nombreuse de sa noblesse, il exagéra le crime des paysans qui avoient indignement chassés les officiérs de leur prince, la nécessité de châtier leur audace, et les secours qu'il attendoit de la fidélité de’ses vassaux. II leur ordonna à tous de rassembler leurs troupes et de le suivre dans une expédition qui intéressoit les droits de tous les seigneurs. Les Suisses virent avec inquiétude, mais sans effroi, l'orage qui se formoit contre eux dans toute l'étendue des pays Autrichiens; ils exercèrent Jeur jeunesse aux armes, fortifièrent par de bonnes lignes les endroits les plus exposés de leur frontière, et se préparèrent à vivre ou à mourir libres. Un événement imprévu sauva leur république naissante de ‘la destruction qui la menaçoit. L'empereur fut assassiné par son neveu Jean, duc de Suabe, dans le tems qu’il alloit porter le fer et le feu sur les terres des Suisses. Injuste envers les siens comme envers les étrangers, Albert retenoit depuis longtems l'héritage de son neveu sous le nom de tutelle, et lui refusoit toujours, avec un mépris plus dur que le refus, la restitution d’un bien qu’il étoit encore trop foible pour gouverner. La conduite du jeune prince justifia ce mépris d’une manière
‘fatale à tous les deux. Il se livra aux conseils pernicieux et intéressés
de quelques favoris ; il saisit le moment où l'empereur, qui avoit passé la Reuss, se trouvoit séparé de son armée, et le fit poignarder dans le champ de Konigsfeld. Telle fut la fin malheureuse d'Albert I. dont l'ambition avoit inquiété l'empire pendant plus de dix ans. Ses projets périrent avec lui. La famille impériale, qui étoit rassemblée auprès de son chef, le vit massacrer'sous ses yeux sans pouvoir le secourir.
secourir. Dans les:premiers momens.de consternation et de défiance qui suivirent un pareil attentat, elle ne songea qu'à conserver ses amis et qu'à ménager ses ennemis. L’Impératrice Elizabeth fit partir un ministre pour assufer les trois cantons de sa bienveillance, et pour les prier de se joindre à la maison d’Autriche pour punir les assassins du premier des souverains. La réponse des Suisses fut celle d’un peuple qui connoissoit à la fois ses intérêts et ceux de la justice: “ Qu'ils étoient bien éloignés d'approuver le crime du Duc de Suabe, qu'ils plaignoient le triste sort de l’empereur, et qu'ils le plaignoient sur-tout de lavoir mérité: mais que te n’étoit point à eux à venger la mort d'un prince qu'ils n’avoient jamais connu que par ses injustices.” Ils dissipèrent cependant les soupçons auxquels cette réponse donnoit lieu, en rejettant avec mépris toutes les propositions avantageuses que leur faisoit le Duc Jean. On se contenta de lui faire dire qu’une république libre ne seroit jamais
l’asyle des meurtriers. Ce prince, malheureux autant que coupable,
qui n’avoit de hardiesse que pour le crime, se trouva seul, sans appui,
sans ressource, abandonné à lui-même et à res remords. Il se retira en.
Italie et finit ses tristes jours dans le fond d’un cloître. | La mort d'Albert fut vengée par sa veuve et par ses enfans avec une
cruauté qui effraya même ce siècle barbare.. Ils imputèrent à toute la ,
Joan Vitodus,
noblesse -Helvétique le crime d’un très petit nombre; et firent également .
périr dans les supplices, les coupables et les innocens. Quarante-cinq gentilshommes furent exécutés dans le château d’Alburen par l’ordre
du Duc Léopold. Soixante-trois autres, pris dans la forteresse d’Ar-
wangen, furent décapités malgré la foi des capitulations; et la Reine Agnès, fille de l'empereur, témoigna une joie affreuse à voir couler sous ses yeux le sang le plus pur de la Suisse. Cette princesse acquit dans la suite une haute réputation de sainteté pour avoir fondé l’abbaye de Konigsfeld. L'ambition approuvoit ces horreurs dont les sentimens même de la nature ne justifioient pas l'excès.. Tant de châteaux rasés par-tout la Suisse confirmoient la puissance de la maison d'Autriche, pendant que lés terres de leurs anciens propriétaires augmentoient son domaine. Les Suisses, à qui leurs ennemis ont toujours reproché la destruction de la noblesse Helvétique, savent répondre que toutes leurs guerres lui ont été moins funestes que la vengeance sanguinaire des enfans d'Albert. |
Henri,
Leu, Dictionnaire Historique aux mots Aded et Agnès.
118 INTRODUCTION A L'HESTOIRE GENERALE
Henri, comte de Luxembourg, fat éla Empereur après la mort-d’Ab bert. Les auteurs contemporains attribuent ce choix aux intrigues du Pape Clemeat V. qui craignoit de voi passer ia couronne impériale dans la maison de France. Ce pontife connoissoit mal les hommes ; oët empereur qu’il avoit fait, ne travailla qu'à rétablir les anciens droits de l'empire sur Rome et l'Italie.
Les Suisses se hâtèrent de féliciter leur nouveau souvetain. Ils lei . eavoyérent une députation solemnelle pour exposer leurs droits, justifter 4306. leur conduite, et implorer sa justice et sa protection. Henri VII. les Tschudi, tom. 1 écouta avec bonté et leur accorda par un diplôme semblable à celui de p#%8% Fréderic IL. la confirmation de tous leurs privilèges. Cependant la prudence lui dictoit de grands ménagemiens pour les ducs d'Autriche, dont la puissance otgueilleuse bravoit son maître et menatoit l'empire Strav. Corp. d’une guerre civile. Dans une dispute qui survint à l'occasion de leur Se investiture ils osèrent rappeller à l'empereur que l'Autriche avoit déjà coûté la vie à six rois, Henri se rendit à cette menace, et conclut un traité avec le Duc Léopold qui le suivit en Italie à la tête de deux cens chevaux. Trois cens Suisses furent aussi de l'expédition Romaine qui procura à leur république naissante un calme précieux de cing ans. Ce calme resserra les nœuds de lear union, les accoutuma à jouir de le liberté, leur en fit sentir le prix, et les disposa à tout risquer pout le comserver. | ins . La mort de Henri VII. empoisonné, dit-on, en Italie, fat suivie d’une guerre civile. Louis, duc de Bavière, et Fréderic le Beau, duc d’Autriche, disputèrent par les armes la couronne impériale qu’ils prétendoient avoir obtenue par les suffrages des électeurs. L'Allemagne fut divisée et déchirée par ces deux princes; les succès se balançoient, et leur foiblesse respective, qui les empêchoit de faire des efforts décisifs, sembloit éterniser les malheurs de l’empire.* Léopold, frère de Fréderic Joan Vitoduran. d'Autriche, étoit le plus fort appui de son parti. Un corps petit et mal ere * M. de Voltaire nous a tracé d'un pésceau léger ls tableau de l'histoire générale de l'Europe. Le coloris en est toujours brillant, mais le dessein est souvent très incorrects Ce Léopold, dit-il, est le même qui viola si lâchement le droit de l'hospitalité dans la personne Oeuvres de Vol. de Richard Cœur de Lion. Dois-je m’arréter à prouver qu’un duc d'Autriche qui régnoit ne tom. xii, en 1198 ne fut point battu A Morgarten en 1315, cent vingt-deux ans après? L’imagination de M. de Voltaire l'a emporté. Nous serions pourtant fachés qu’il en eût moins.
fait,
DE LA REPUBLIQUE DES SUISSES |, it9 fait, qu'il ne relovoit pomt par la parure, cachet une me cruelle et. intrépide. Il avoit acquis le nonr d’un guerrier distingué; il justifia sa réputation en traversant l'Allemagne à la téte de 20,000 hommes pour far reconnoître Fautorité de Fréderic. Lewis. de Bavière n'avoit pas osé tenir la campagne contre hui, et 2 vit brêler sous ses yerx, Landsberg et plusieurs autres villes de ses pays héréditaires. Léopold allo 155: peut-être triompher du rival de sa matson, lorsqu'un courroux indiscret hei fit tourner ses armes contre les Suisses, qui «voient assez naturelle ment cmbrassé le parti des ennemis de l'Autriche. |
Les momes de l'abbaye d’Einsidien® étaient les ancrens ennemis du Tchad, tom. i caaton de Schwitz, et leur nouvelle liaison avec les princes Autrichiens ? + Mallcolus, qui les avoient pris sous leur protection, les rendoit plus implacables Lui, in que jamais. Ces religieux, qui ne l’étoient que de nom, insultoient tous Ree? # les Suisses qui passcient. sur leurs terres, les battoient, et les dépouillsient. Ces bonnes gens souffrirent leng-tems’ sans se plaindre, se phigairent enfin, n'ebtinreut point le justice qu’ils demandoient, et ré. solurent de se la faire eux-mêmes. [Fis entrérerit dans le eouvent à maim armée, y commisent de grands désordres, et emmenèrent avec eux beaucoup: de bétails, aussi bien que six moines, auxquels ils ne rendirent ks libertd qu’assez longtems après L'on conçoit assez qui Péglise FEim sidion anca contre ees sacrilères les anathémes les plus effrayans; mais Fusage trop fréquent de ces. foudres leur avoit fait perdre leur force dans. Fesprit même des peuples, et es moines farent chligés de recourir à
Etat et Délices
™ Cette abbaye, riche plutôt que puissante, subsista avec éclat depuis huit siècles. Le TT) epatreste: de. ses bétimens magnifiques avec lu- pays affteux qui. les-entoure. fait naître l'idée Histoire ge Ie des palais enchestie.qui parnimeient tout à coup au, milieu des désents; La magie d'Einsid. ja Suisse par Jen est celle de le. supesatition qui lui attina encore de toutes les provinces voisines une foule D 10. 68, 43. i de pélerins et doffrandes. Ca que Valentin Compar, secrétaire d’état du canton d'Uri, 402. écrivit au Réformateur Zuingle, peut nous donner quelque idée de ses richesses ; richesses formation de Ie qu'elle avoit rassemblées dans le pays le plus pauvre de l'Europe. Je connois (dit-il) une Suisse, tom. i abbaye (Einsidien) àdaquelle on a donné plus d’un million d’or ; et qui possède tant de bijoux P 000,000 de et de.choses précieuses qu'il n’y a point de prince qui put en payer la dixième partie. Il. est pane des assez singulier que ces religieux ayent pu goûter la doctrine des Réformateurs qui préchoit Ordrés Relil’inutilité des pélerinages: mais i) ne l'est point qu'ils ayent renoncé bientôt à une erreur oe tone ree aussi détestable. L'abbaye d'Einsidlen est à présent une des neuf maisons de la Congréga+ P- 267. tion Bénédictine Helvétique. Pour Le temporel elle reconnoît la protection du canton de Schwits.
; leur :
Joan. Vitoduran. p. 25, 26.
Tschudi, tom i.
Smiler de Reub. Helvet. 1. i.
Leu, Dictionnaire au mot Morgarten.
Tschudi.
leur protecteur. Léopold écouta avec plaisir des plaintes qui l’autorisoient à confondre les injures de sa famille avec celles de la religion. Ii marcha contre les Suisses plein de fureur et de confiance, résolu de consommer la vengeance que la mort avoit enlevé à son père. Il alloit, disoit-il, à la chasse de ses paysans rebelles, et se faisoit suivre par un : grand nombre de charettes chargées de cordes pour emmenér les captifs et le bétail, seuls trésors du pays pauvre et agreste qu’il älloit subjuguer.* Tant de présomption n’étoit point extraordinaire. Il se-voyÿoit à la tête de plus de 1300 cavaliers couverts de fer, accoutumés à la victoire et tirés de la première noblesse de la Suisse, de l'Alsace, et de Ja Suabe. 20,000 fantassins bien disciplinés composoient le reste d’une armée à laquelle l'Allemagne avoit pu à peine opposer des forces
égales.
La perté des Suisses paroissoit inévitable. Le duc d'Autriche avoit fait ses dispositions pour les attaquer à la fois par tous les côtés accessibles. Le Comte Strasberg étoit chargé de rassembler les troupes de Hasli, de Frulingen, et du Sibenthal, au nombre de 4000 hommes, pour entrer à la pointe du jour dans le canton d’Underwald, tandis que 1000 Lucer-
nois, traversant le lac sur des bateaux, se joindroient à lui dans le cœur
du pays. Léopold lui-même marchoit du côté de Zug pour attaquer le canton de Schwitz, et il tâchoit par des manœuvres assez adroites de faire abandonner aux Suisses le village de Morgarten. C’étoit le défilé par lequel il comptoit déboucher comme le moins difficile de ceux qui couvroient les terres de la République. Le Comte de Toggenbourg, serviteur du duc, fut touché du triste sort de ces hommes libres et-vertueux, dont le malheur et l'innocence leur avoient acquis des amis dans l’armée Autrichienne. Il se jetta aux pieds de Léopold pour lui demander la permission de leur représenter leur danger et de leur offrir le pardon et la paix. Ce prince, longtems inflexible, consentit enfin à leur accorder la vie et les
‘biens à condition qu’ils reconnussent Fréderic son frère pour légitime
* Suivant l'étiquette des cours barbares Léopold se faisoit accompagner de son astrologue
. tde son bouffon. La folie du premier se parojt toujours des dehors de la sagesse. Le masque
<omique du second cachoit assez souvent l'esprit et la raison. L’un annonça à son maitre les succès les plus éclatans ; l'autre témoigna de l'inquiétude de ce qu’il ne voyoit point les préparatifs nécessaires pour sortir des montagnes -de Schwitz aussi bien que pour y entrer.
Empereur,
Empereur, et eux-mêmes pour sujets de la maison d’Autriche. Chargé.
de ces pouvoirs, le Comte de Toggenbourg se rendit au camp des Suisses. Ce peuple généreux le remercia avec une vive reconnoissance des efforts qu'il faisoit en sa faveur; mais il lui déclara qu'ils étoient inutiles, et que les Suisses périroient jusqu’au dernier d’entr’eux plutôt que d'accepter des conditions aussi honteuses. Qu'il s’avance, (s’écrièrent-ils,) ce fier ennemi, il apprendra peut-être ce que peuvent le désespoir et la liberté contre ses armées formidables. Le comte les plaignit et se retira On croit même que la pitié lui fit oublier le devoir, et qu'il leur communiqua tout le plan des attaques. Il est sûr que les citoyens de Schwitz, instruits du lieu et du moment de leur danger, commandèrent 600 hommes pour se joindre sur le champ aux 700 qui occupoient déjà le poste important de Morgarten. Ils envoyèrent en même tems avertir leurs alliés du besoin qu'ils avoient de leur secours. Ceux d'Uri leur envoyèrent 400 hommes qui arrivèrent vers l'entrée de la nuit. Les habitans d'Underwald, attaqués dans leurs propres foyers, ne purent leur donner que 300 hommes qui parvinrent vers le minuit au camp de Morgarten. Cette petite troupe ainsi réunie* passa la nuit dans le jeune et la prière, occupa toutes les hauteurs, et ne mit son espoir que dans # valeur et dans là protection de cet Etre qui aime la justice, et qui punit l’orgueil. ~ Léopold étoit parti de Zug vers le milieu de la nuit. Il se flattoit U'occuper sans résistance le défilé de Morgarten qui ne perçoit qu'avec difficulté entre le lac Ægré et le vied d’une montagne escarpée. Il marchoit à la tête de sa gendarmerie. Une colonne profonde d'infanterie le suivoit de près, et les uns et les autres se promettoient une victoire facile si les paysans osoient se présenter à leur rencontre. Ils étoient à peine entrés dans un chemin rude et étroit, et qui ne permettoit qu’à trois ou quatre de marcher de front, qu’ils se sentirent accablés d’une grêle de
pierres et de traits. Rodolphe de Reding, landamman de Schwitz et gé-
* On voit qu’elle étoit composée de deux mille hommes, malgré les efforts de ceux qui ont cherché à diminuer ce nombre pour augmenter le merveilleux de l'action. I] faut y ajouter encore cinquante citoyens bannis pour leurs offenses; à qui l’on refusa l'honneur de mourir . pour la patrie, mais qui méritèrent leur grace par leur valeur. Pour peu qu'on réfiéchiase sur les circonstances de cette guerre on se persuadera sans ptine que ces deux mille hommes faisoient près de la moitié de ceux qui étoient en état de porter les armes, et ‘que par conséquent les trois cantons ne renfermoient pas vingt mille Ames du tems de la révolution.
VOL. LI. | B néral
14 Novembre,
néral des confédérés, n’avoit oublié gucun des avantages que lui offrit lz situation des lieux, II avoit fait couper. des rochers énormes, qui en
. s'ébranlant dès qu’on retiroit les foibles appuis qui les soutenoient encore,
se détachoient du sommet de la montagne et se précipitoient avec un
bruit affreux sur les bataillons serrés des Autrichiens.* Déjà les chevaux s effrayotent, les rangs se confondoient, et le désordre égaroit le courage et le rendoit inutile, lorsque les Suisses descendirent de la montagne en poussant de grands cris. Accoutumés à poursuivre le chamois sur les
bords glissans des précipices, ils couroient d’un pas assuré au milieu des
neiges. Ils étoient armés de ces grosses et pesantes hallebardes auxquelles le fer le mieux trempé ne résistoit point. Les soldats de Léopold, chancelans et découragés, cédèrent bientôt aux efforts désespérés d’une troupe qui combattoit pour tout ce qu'il y a de plus cher aux hommes. L'abbé d’Einsidlen, premier auteur de cette guerre malheureuse, et le comte Henri de Montfort, donnèrent les premiers l'exemple de la fuite. Le désordre devint général, le carnage fut affreux, et les Suisses se livroient au plaisir de la vengeance. A neuf heures du matin la bataille étoit gagnée. Un grand nombre d’Autrichiens, se précipitant les ung sur les
autres, cherchèrent vainement dans le lac un asyle contre la fureur de
leurs ennemis. Ils y périrent presque tous. Quinze cens hommes res-
tèrent sur le champ de bataille. Ils étoient pour la plûpart de la gen-