ALPES ET GENTES INALPINÆ, ET FLUMEN PADUS
Ares. Le mot générique d’Alpe, qui signifie une hauteur en langue Celtique, leur fut appliqué par une distinction qu’elles méritoient bien. Les Grecs eux-mêmes ont été obligés de convenir que leurs montagnes tant vantées d’Olympe, d’Ossa, et de Pelion, n’étoient rien auprès de ces masses énormes. Les Pyrénées s’élévent plus perpendiculairement, mais la grande étendue des Alpes leur donne une supériorité décidée pour ia
hauteur. Il y a telles montagnes dont on n’atteint le sommet qu'après
une marche de cinq jours. Ces montagnes embrassent l'Italie dans la
forme d’un vaste semicercle, qui ne s'ouvre que dans quelques endroits.
Voici les différentes parties des Alpes et les principaux passages qu’on y trouvoit. I° Les Alpes Maritimes, qui commencoient dans les environs du Varus et de Nice. C’étoit à Savone (Vada Sabatia), que l'Apennin, après avoir partagé tout l’intérieur de l'Italie, venoit s’unir aux Alpes. La Voie Aurélienne, qui cotoyoit toujours la mer depuis Rome jusques dans les Gaules, traversoit ces montagnes. II™™ Les Alpes Cottiennes, qui étoient séparées de la mer par les Alpes maritimes. C’étoit le royaume de Cottius, dont Segusio (Suze) étoit la capitale. Ces montagnes s’étendoient en largeur depuis cette ville jusqu’ à Briançon (Brigantium). C'est auprès de la première de ces villes qu'on trouve le
mont
mont Cenis (Mons Matrona): Pompée osale premier le passer. Cottius travailla beaucoup à rendre ce chemin plus facile et plus assuré. La ne- ture et l’art le rendirent bientôt, ce qu'il est encore, la grande route de FItahe dans les Gaules, le passage le plus fréquenté des empereurs, des armées et des voyageurs. Il reçut même dans la basse Latinité le nom distingué de Strata Romana. III" Les Alpes Grecques. La fable du passage d’Hercule lui valut ce nom. C’étoit le petit St. Bernard, et la Tarantaise. Il paroît qu'un Ideonnus, roi barbare assez peu connu, régnoit dans ces montagnes du tems d’Auguste. IV™™" Les Alpes Pennines, qui s'étendoient depuis les Alpes Grecques jusqu’aux sources du Rhône et du Rhin. II y a beaucoup d'apparence qu’ Hannibal les traversa pour entrer en Italie, mais il n’y en a aucune qu'il leur ait donné le nom de sa nation (Pæœninæ de Poeni). Pour y trouver ce nom, il faut corrompre celui des montagnes ellesmémes. C’est aussi ce qu'ont fait plusieurs des anciens. La vallée un peu au-delà des Alpes Pennines, et qui est traversée par le Rhône, s'appelloit la Vallée Pennine (Vallis Pennina.) Il se nomme encore le Valais. Au milieu de ces montagnes; l'on trouvoit le passage célèbre, qu'on appelloit le Summus Penninus ou le Mons Jovis; c'est le grand St. Bernard. Les deux grands chemins qui traversoient les Alpes Grecques et les Alpes Pennines se réunisseient à Augusta Pretoria (Aost), à l'entrée du pays des Salassi ou du Val d’Aost. V™™ Les Alpes Rhétiques ou Tridentines. . I] y‘ avoit deux grands passages, l’un qui partoit de Milan et qui passoit par Comum et Curia (Coire) jusqu'à Brigantium (Bergent), et l’autre qui alloit de Vérone à Tridentinum (Trente) et Augusta Vindelicorum (Augsbourg). Le fameux Mont Adula étoit parmi ces Alpes. Mais des anciens qui en . ont parlé, les uns ont décrit une haute montagne auprès des sources du Rhin, et les autres une suite de montagnes dont la situation est assez incertame. VI" Les Alpes Noriques, Carniques, Pannoniques, ou Ju- : Rennes. C’étoit ce contour qui embrassoit la Venetia. Un grand chemin partoit d’Aquileia, traversoit le mont Ocra, et s'étendoit Jusqu'à Nauportum et Sirmio dans la Pannonie.
Papvus. On connoit toutes les fables brillantes et absurdes dont les anciens ont orné l’histoire de ce fleuve: le téméraire Phaéthon qui y fut précipité, ses sœurs qui furent changées en peupliers et qui distilloient de Pambre. Cette fable étoit connue depuis long tems, mais sa source
ne
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ne l’étoit pas autant. Les Grecs tiroient l’ambre des bords de la mer Baltique vers l'embouchure de la Vistule, qui vient d’être augmentée par les eaux d’une rivière considérable que les gens du pays appellent Rodaune, Raddaune, Raddune et Reddune, selon leurs dialectes différentes.
. Le Po s'appelloit aussi l’Eridan. Voila le fondement géographique de tant de fictions et de la confusion de deux fleuves aussi éloignés l’un de l'autre. Quelle ignorance! Mais ce n’est pas tout. Le nom du Rhône (Rhodanus) n'est pas fort différent de ceux-ci: c’étoit assez pour établir leur identité dans l'esprit paresseux des Grecs, pour qui tous les pays occidentaux étoient un monde inconnu ou fabuleux. On peut remarquer cependant une progression de lumière. Pour les premiers Grecs, le Po, le Rhône, et la: Vistula n’étoient qu’un même fleuve. Ils connurent à la fin leurs erreurs. Ils apprirent que le premier se déchargeoit dans fa Mer Adriatique, le second dans la Méditerranée, et la troisième dans la Mer Baltique. Ne pouvant nier que les embouchures ne fussent différentes, ils voulurent soutenir qu'ils partoient de la même source et qu'ils avoient les mêmes propriétés. Les Grecs se seroient cependant détrompés plutôt s’ils n’avoient pas préféré leurs poëtes à leurs historiens. Hérodote avoit des idées fort justes sur l’Eridan. Il reconnoît qu'il ne parle de ces pays éloignés que sur des ouis-dire, mais il sait fort bien que lEridan, le fleuve de l’ambre, ne se décharge que dans la mer du Nord.
Le Po sort de trois sources au pied du Mont Vesulus, et tombant avec fracas au bas d’un précipice, il coule pendant trois milles sans avoir de lit bien marqué, mais ayant déjà assez d’eau pour faire aller des moulins. C'est alors qu'il se perd sous terre; il paroît encore au bout de deux milles, et devient bientôt un fleuve considérdble par le grand nombre de rivières qui s’y jettent. Pline en compte trente, mais Cluvier a poussé ce nombre jusqu'à quarante.
Papi Ostia. Voici les ptincipales circonstances qui les regardent. 1. Il y en avoit deux bras plus considérables que les autres. Le premier s’appelloit Padusa, Eridanus et Ostium Spineticum d’une ville ancienne qui y étoit située. Il paroît que les anciens le regardoient comme le véritable Po, et ils lui donnent quelquefois ce nom tout simplement. L'autre se nommoit Volana ou Bolana. 2. Il y avoit encore deux bras du Po entre ceux-là, le-Sagis et le Caprasium. 3. Toutes ces embouchures étoient l'ouvrage de la nature. Mais les habitans du pays, qui
étoient
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étoient intéressés à retenir dans son lit cette rivière fougueusé, lui en creusèrent de nouveaux. Parmi ces canaux artificiels, qu’on attribut aux Toscans, on peut en distinguer trois: Fossa Asconis, ensuite Augusti, qui communiquoit de la Padusa à Ravenne; Fossa Carbonuria au-delà de la Volana, et Fosse Philistinæ qui étoient encore plus au nord. Ce dernier canal, grossi par les eaux du Tartarus, est devenu aujourd’hui le Po, et tous le pays entre ces embouchures qui étoit anciennement au nord du Po est réputé aujourd'hui au midi de ce fleuve. 4. Voilà les sept embouchures du Po. Leurs débordemens fréquens ne faisoient qu’un vaste marais de tout ce canton, marais coupé dans, sa largeur par les fossés de Néron, et auquel on avoit donné le nom des Sepiem Maria. Ce titre s'était cependant étendu sur tous les environs au-delà du Po et jusqu’à Altinum; l’Athésis, et les deux Méduacus l’inondoient de la même manière, et pendant cent vingt milles, de Ravemne jusqu'à Altinum, l’on ne voyoit qué le même marais, sur Jequel l'on voyageoit avec plus de sûreté que de vitesse.
Mincius. Le Mincius traverse le Benacus, l’Addua le lac Larius, et le Rhône le lac Leman, sans y mêler leurs eaux parcequ’elles sont plus légères.
Benacus.
An mare, quod supra, memorem, quodque alluit infra? Anne lacus tantog? te, Lari maxime, teque Fluctibus et fremit( assurgens, Benace, marino?
Plin. ist. Nat.
l. ti. c. 103.
Larrus. Pline avoit deux maisons de campagnes auprès de ce lac.
L'une, située sur une hauteur, dominoit sur tout le lac. L'autre étoit au milieu des eaux, bâtie sur une levée de terre conime lés maisons de Baies. L'une et l’autre avoient des agrémens différens.
SALASssI. Ce peuple remplissoit le Val d’Aosf, pays étroit dans les gorges des Alpes. ‘ Ils étoient maîtres du passage du mont St. Bernard ; ils n’usoient de cet avantage que pour dépouiller les. voyageurs et pour harceler des armées entières en se plaçant en ambuscade dans les défilés. ils obligèrent Decimus Brutus, qui se retiroit de Modène, de payer son passage à un denier par soldat ; ils osèrent même piller quelques bagages
Strabon. Geog.
Liv. p. 141. #8
d’Auguste. Cette témérité leur coûta cher. Ce prince fit prendre ia .
nation entière, et la fit vendre à Eporedia, au nombre de 36,000 ames, parmi lesquelles il y avoit 8000 hommes en état de porter les armes. Il VOL. III. . KE y avoit
Strab. Geog. 1. iv. p. 145.
"V. Plin. Histor.
Nat, ii. 17.