‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 96 sur 165 · viii. p. 401, et alia loca · texte numérisé non relu

viii. p. 401, et alia loca

que j’ai de la peine à comprendre que cette pièce soit. du tems de la belle latinité ; toutefois si elle l’est, elle peut confirmer une vérité que

nous ne savions déjà que trop; que le même siècle peut produire des

de Thous et des Parivals. Pour ceux qui sont de César lui-même, ils ont toujours été regardé comme des modèles.en fait de mémoires. Les plus grandes choses contées avec la dernière simplicité, quoiqu’en langage très elegant,—ce sont là les commentaires de César. On y admire surtout une grande modestie; car où peut remarquer, fort à l’honneur de César, que pendant que Hirtius l’encense en plus d’un endroit, (3), le héros lui-même ne se loue que par le récit de ses actions. Quelques personnes pourtant croyent que l’amour-propre l'a quelquefois emporté sur la sincérité de l’historien, comme par exemple de sa guerre avec les Usipetes et les Tencteri, son expédition en Angleterre, et le com-

-mencement de la guerre civile. Malheureux sort de l’histoire! les

spectateurs sont trop peu instruits, et les acteurs trop intéressés, pour que nous puissions compter entièrement sur les récits des uns ou des

~ autres! Quoiqu’une des plus grandes beautés de César soit la clarté il

ne laisse pas d’avoir bien des endroits obscurs pour les lecteurs qui ne sont pas guerriers. Je voudrois que M. le Chevalier de Folard nous eût donné un commentaire militaire sur cet auteur qui en a bien plus besoin que Polybe. S’il n’y avoit que César qui fut digne de nous donner sa propre histoire, il n’y avoit guères que M. de Folard qui eût dû commenter César. Il y a, outre cela, beaucoup d’autres passages qui ont bien donné de la tarture aux critiques qui finissent pour l’ordinaire après dix raisonnemens, et vingt conjectures, par avouer qu’ils n’y entendent rien. N’auroïent-ils pas pu nous le dire au commence-

ment? Ces sortes de passages se trouvent néanmoins en bien plus

grand

grand nombre dans les Guerres Civilés que dans celles des Gaules; apparemment parceque César avoit eu plus de tems pour revoir et pour

corriger celles-ci. Toutefois si nous considérons que ces mémoires - -

ae pouvoient guères être le fruit que de quelques soirées dans ses quar

tiers d’hiver nous trouverons plutôt étonnant qu'il n’y en a pas davan-

tage. En effet ce qui fait un des plus grands mérites de l’écrivain de

ces Mémoires c’est cette même promptitude. Tite Live fut vingt aus

à écrire son histoire. (1) Isocrate en mit dix pour faire son panégy- (1) Dodweit. rique, (2) mais César ne mettoit pas plus de tems à écrire seg victoires june. 3. qu’à les remporter, et c’est tout dire par rapport à César. Aussi Hir. ii pone tins remarque-t-il fort bien, Ceeteri enim quam bene et emendate, nos (nee

etiam quam facile et celeriter eos confecerit, scimus. (3) ene, ce Oe J’ai dit que cette promptitude faisoit un grand mérite de l’écrivain Sa Oevraues de ces Mémoires, et non des Mémoires mêmes, et je me suis servi de p. 31. Edit. de

cette expression à dessein. Je distingue très fort d’entre le mérite d'un (8) Comm. de écrivain et celui de son livre. Le mérite de celui-ci consiste à m’ap- |. viii. p.369. prendre des choses que je ne savois pas, ou à m'en dire de celles que je savois déjà d’une façon juste et élégante. Dans cet examen il faut faire abstraction de l’auteur pour ne faire attention qu'à ce que je viens de dire. Tel livre qui étoit de peu d'utilité autrefois, peut être aujourd’. hui d’un grand prix à cause que tous les autres sur le même sujet. sont perdus. Des plagiats peuvent bien faire le mérite d’un livre, quoïque jamais de son auteur. Car son mérite doit être apprécié d’une toute autre façon. Comme c’est le génie de quoi id s'agit, pour pouvoir dé. cider là-dessus, il faudroit examiner tous les secours qu’il pent avoir eu, de son siècle, de son pays, de son éducation, de ses devanciers, et de mille circonstances. Souvent un rien, un mot laché par quelqu’un qui n’en sentoit point toute l’impostaace, une lecture, met quelquefois sur les voies des plus grandes découvertes. Newton conçut le système de l'attraction en voyant tomber des pormmés dans son verger. Il fau. droit encore combiner tous les préjugés qu’il a eu à combattre, le tems qu’il ‘a mis à son ouvrage, les distractions qu’il a eu, &e. de façon que si nous pouvions découvrir tous ces accessoires nous trouverions souvent que tel autre, dont nous méprisons avec raison les ouvrages, — avoit un génie bien supérieur à tel autre que nous lisons avec admiration Mauvaise réflexion pour l’amour-propre des auteurs! le prix VOL. III. 3A de

Velleii.Burman. -

de ce dont nous pouvons juger ne leur appartient quelquefois pas, et

le seul mérite qui soit réellement à eux il est presque impossible que

.nous puissions l’apprécier avec certitude! Mais. revenons à nos

chèvres. | É

Pour suivre ce que je disois toute à l’heure de cette distinction, on

peut remarquer un autre mérite de ces Mémoires, indépendamment de

celui de son auteur ; c’est d’être les premières relations que nous ayons

tant soit peu détaillées de notre continent ; j’entends par là l'Angleterre,

la France, la Suisse, l’ Allemagne, les Pays Bas. C’est la où il faut

aller puiser le gouvernement, la religion, les mœurs, &c. de nos an-

cêtres,;et voir au moms en partie la facon dont ils sont passé sous le

joug des Romains. Le morceau surtout où César nous décrit les mœurs

(1) Cesar.Com- des Gaulois et des Germains (1) est admirable, celui s sur ceux des Bre- Galt. tons ne l’est pas moins. (2) .

| 5) Tdém L v. Je ferai deux remarques sur un couple dendroits de César. 1. Cé-

pi 166 sar, en parlant de sa guerre avec les Usipetes et les Tencteri, paroît

(3) Ide. Liv. déguisér un peu les choses. II assure (3) que quand il fit saisir les

p.154 chefs des ennemis qui étoient venus dans son camp sur la foi d’une trève:

On “pensoit bien de cela à Rome, puisque Caton opinat en plein sénat

pour qu’on le renvoyät lié et garotté aux Germains, comme un homme

qui-avoit déshonoré la foi de la république, par une perfidie insigne.

En tout cas, n’auroit-il pas mieux fait de se souvenir de ce qu’il avoit

dit en sénat quelques années auparavant ? ‘ Bellis Punicis omnibus

cuni sæpe Carthaginienses et in pace et per inducias, muita nefanda

facinora fecissent, nunquam ipsi par occasionem talia fecere, magis

(4)Sallust. Bell. quod se dignum, quam quod in illos jure fieri posset, quærebant.” (4)

Gaël. ¢.51. Mais on peut bien dire par rapport à tous les discours publics ce que

Cicéron disoit de ceux du barreau. ‘ Sed errat vehementer si quis

in orationibus nostris auctoritates nostras consignat se habere arbitra-

(5) Cicero pro tur.” (5). Car, continue-t-il, ces harangues sont celles des causes et des

Cluent.c.50. tems, et non pas des hommes ni des advocats. 2. La description que

César donne des Driides Gaulois ressemble si parfaitement à celle du

clergé catholique qu’on seroit presque tenté de croire que ceux-ci

avoient formé leur conduite sur celle de leurs prédécesseurs payens.

Mais comme on ne lisoit guères César dans le onziéme siècle, con-

tentons-nous de dire que les clergés de tous les siècles et les peuples de

tous

tous les siècles se ressemblent assez, * * * * * *

* * F&F * & + * * *, Rassemblons les traits principaux de cette description des Druides.(1) 1, Ils (1) Cesar de avoient entre leurs mains l’éducation de la jeunesse qui ne sortoit p. 2%. jamais de leurs écoles que remplis d’une profonde vénération pour leurs maîtres. 9. Ils s’étoient rendus juges de presque tous les procés civils et criminels. 3. Ils se servoient de l’excommunication envers les contravenans, laquelle inspiroit au peuple une si grande horreur pour le coupable, qu’il se voyoit séparé de tout commerce civil. 4. Ils avoient un chef qui avoit une grande autorité. À sa mort on iui choisissoit un successeur entre les Druides les plus distingués. 5. Ils étoient exempts du service militaire. 6. Ils ne payoient point d’impots et jouissoient de toute sorte d’immunités. Je m'étonne. que le Père Hardouin n’ait point allégué cette description comme une preuve de son système. (2) Le rusé Archontius Severus (8) auroit bien pu (3) De la Sap. fabriquer un César, pour y-insérer ce passage, qui représente, d’une les anciens aufaçon bien odieuse, le système de l’hiérarchie Romaine enveloppée sous (8) L'Empereur le nom de Druides Gaulois. Ce père a bien fait d’objections qui ne valoient pas celle-là. | |

- Voici deux remarques de Lipsius. 1. Hirtius, en parlant des Bellovaci, (4) dit qu’ils prirent leurs fascines, “ ubi consederant, nam in () Pe Mii p. acie sedere Gallos-consuesse, superioribus commentariis declaratum ‘63. est.” La difficulté est bien forte; comment concevoir une armée rangée en ordre de bataille, chacun assis sur sa fascine? Cela devoit être impossible aussi bien que ridicule. Lipsius voudroit donc (5) que (5) pist. Cent. par acies on n’entendit pas l’armée rangée en bataille, selon la signifi- ” Fee. ©. - cation usitée de ce mot, mais seulement le tems de la guerre en géné. ral, et il apporte deux passages l’un de Tacite, (6) l’autre de Strabon, (7) (6) Tacitus in pour prouver que c’étoit là une chose qui distinguoit les Romains des (7) Strabo, in barbares, ceux-ci étant presque toujours assis dans leurs camps, au lieu que les premiers s’y promenoient beaucoup. Il croit pourtant. que pour én on pourroit lire ante aciem. 2. Dans ce que César dit des machines qu'il employoit pour prendre Marseilles, il parle d’un .musculus ou galerie destinée à protéger ceux qui devoient sapper les murailles de la ville, laquelle devoit avoir eu, suivant la lection ordinaire, soixante pieds de longueur. (8) Lipsius trouve cela beaucoup trop, et. (8) (8) Cesar, de

3A ° rapporte p. pe 54.

1} Cité par ans ad

loc.

(2) Cesar. de

Bell. Civ. 1. iti.

(3) Ursinus ad locum.

(4) Lib. iii. de Finibus.

(1) In Attic.

eap. 18.

rapporte plusieurs raisons tirées du nom, des proportions et de l’usage de cette pièce pour autoriser le changement qu’il a fait de LX. en IX.(1) César, (2) parlant de Metellus Scipio, dit qu’il prit le titre d’empereur: ‘“ Detrimentis quibusdam circa niontem Amanum acceptis sese imperatorem appellaverat.” Cela paroit manquer de sens, puisque les généraux ne prenoient jamais ce titre qu’aprés quelques avantages considérables. Ursinus voudroit qu'au lieu de detrimentis on lut emolumentis, (3) qui s’y trouve opposé en Cicéron. (4)

Cornetu Nepotis Vite Eacellenitum Imperatorum, Observationibus et Notts Commentatorum. Lugduni Baitavorum. 1728.

.Novs savons très peu de chose de la personne de cet écrivain, sinon qu’il étoit de la Gaule Cisalpine, (de Verone selon quelques uns,) et qu'il a vécu du tems de Jules César et au commencement du règne d'Auguste. Il paraît que c’étoit un auteur fort fertile. Les anciens nous parlent d'un assez grand nombre de livres de sa façon qui avoient la plüpart l’histoire pour objet. Mais de tout cela il ne nous reste plus que les vies de vingt fameux généraux Grecs, de deux Carthaginois, du premier Caton, et de T. Pomponius Atticus. Elles sont toutes très peu détaillées, quoiqu’on y trouve des particularités très curieuses qui ne se rencontrent nulle part ailleurs, et que leur auteur sache fart bien l’art de renfermer hien des choses en peu de place, de façon qu'on est quelquefois tenté de lui appliquer ce qu’il dit lui-même des inscriptions d’Atticus : “* vix credendum esse tantas res tam breviter potuisse declarari.” (1) Il excelle dans cet art, la difficulté du-

. quel rend les bons abrégés si peu communs, celui de saisir les traits qui

(2) In Alcibiad, cap. 11.

peignent les hommes et les événemens, et de savoir laisser à l'écart toutes les circonstances qui ne font qu’emberrasser une narration et détourner l'attention du lecteur du principal sur l’accessaire. Le caractère d’Alcibiade (2) est réellement tel que Tite Live n’en aurait pas honte. Pour son style, sans être beau, (ce qui n’auroit pas con. venu à son ouvrage,) il ne laisse pas de marquer un écrivain du siècle de la belle latinité, et de le rendre (à n’envisager que cela) très propre à étre mis entre les mains des jeunes gens. On ne peut guères décider

de

de sa fidélité, comme tout ce que nous avons de lui ne roule que sur des tems dont l’éloignement à tout égard ne lui donnoit point de pré. jugés, et n’ayant qu’à travailler avec un esprit de critique sur les mémoires des auteurs plus anciens, ce qu’il paroit qu’il a assez eu soin de faire. Une chose qu’il faut dire à sa louange c’est qu’il paroît avoir été fort bien intentionné pour la république. Il prend occasion plus d’une fois de faire, à l’occasion des faits qu’il rapporte, (et c’étoit la tout ce que son sujet lui permettoit,) des réflexions qui décèlent assez: clairement ses véritables sentimens. Une fois, (1) en rapportant la (1)11ÿes.c.4. soumission qu’Agésilaus témoigna aux ordres des Ephores Spartiates, en s'arrêtant au milieu de ses conquêtes pour revenir chez. lui, il sou-. haite que les généraux de son tems eussent suivi ce bel exemple. César avoit donné assez lieu à ce souhait. Dans un autre endroit (2) il com- (9) In Eumen.. pare l’insolence du phalange Macédonien après la mort d’ Alexandre, à celle des vétérans de son tems, qui fut, comme on sait, une des principales causes. de la ruine de la république. Si dans la vie d’ Atticus il se trouve obligé une fois de louer Auguste, c’est en quatre mots. qu’il le: fait: encore y ajoute-t-il une modification qui ne devoit guères être du goût de ce prince: en parlent de sa fortune il dit qu’elle lui avoit donné tout à ce quoi un citoyen Romain pouvait parvenir. (3) N’étoit- (3) In atte. c. ce pas le reprocher tacitement de son ambition? Cette vie d’ Atticus, a où se trouve cette louange, est beaucoup plus longue que toutes les autres, et comme avec cela il n’avoit à décrire que les événemens peu. variés d'une vie privée, il pouvoit entrer dans un assez grand détail sur. le caractère et les mœurs de cet homme singulier, qui à su si bien se rendre célèbre sans le secours d'aucune action éclatante. Aussi l’a-t-il fait jusqu’à nous apprendre la dépense journalière de sa maison. Elle montoit (4) à quatre mille cinq cens livres argent de Suisse ; (5) somme cs 3000 antes très petite, considérée en elle-même, puisque son domestique étoit fort par mois. nombreux, mais qui nous donne une bien grande idée de sa modération si nous nous souvenons qu’il était de Ja même ville et du même siècle que ce Lucullus qui mangea à un seul repas plus de cing fois autant. (6) (6)50,000 de- Atticus démentit, par sa conduite, les calomnies de ceux qui accusoient. les Epicuréens de placer leur souverain bonheur dans la jouissance des plaisirs sensuels, Il leur fit voir qu’un vrai philosophe de cette secte

| . regardoit

regardoit une volupté délicate et un loisir studieux comme seuls capables de rendre heureux un homme raisonnable, Ce n’est point ici la place d’entreprendre la justification d’Atticus contre les sanglantes ac- (1)Dansson CUSAtIONS de l’ Abbé de St. Real, (1) et dans lesquelles il paroît avoir eu Cesarion, au bien des sectateurs. Aussi je ne le ferai pas. - Je dirai seulement ses Oeuvres, (après avoir remarqué qu’il étoit bien difficile pour un honnête homme de prendre un parti quand il n’y en avoit aucun qui pensa au bien public) que s’il est difficile de justifier sa conduite en tout, il ne l’est pas moins de s’empécher d’aimer son caractère. Il en est tout autrement des Catons; en lisant leur vie nous devenons plus aisément leurs admirateurs que leurs imitateurs. Le danger est plutôt de Vautrecôté ici.

Dans les derniers siècles notre auteur a eu un sort bien différent de celui de bien d’autres. Nous avons regardé beaucoup de fictions modernes comme des pièces authentiques de l’antiquité, ici un écrivain a risqué de se-voir enlever son propre ouvrage. Plusieurs critiques, trompés par les titres des anciens manuscrits, ont cru que ces vies des fameux généraux étoient, non pas de Cornelius Nepos, mais d’un certain ZEmilius Probus qui doit avoir vécu sous l’empire de Théodose et lui avoir présenté son livre. Mais aujourd’hui on est généralement revenu de cette opinion, et on rend à Nepos ce qui est à Nepos. La: . seule latinité de son livre seroit bien assez pour nous convaincre qu'il ne pouvoit jamais être écrivain du siècle de Théodose. Elle suffit pour prouver l’antiquité de Quinte Curce, et avec raison, car il est très sûr qu’il y a quinze cens ans qu’on n’écrit plus comme cela en Latin. Mais nous en avons bien d’autres raisons. Supposons pour un moment qu’Æmilius Probus soit l’auteur de ce livre, que lui fait-on faire? On le fait se vanter d’avoir été lié fort familièrement avec Atticus, qui vécut cinquante ans avant l’ère Chrétienne, dans le même ouvrage qu'il présente à l'Empereur Théodose, qui mourut près de quatre cens ans après cette ère. Certainement ou Æmilius Probus ou nos critiques avoient un coup de marteau. Je ne dis rien de ces passages des vies que j'ai déjà cités par rapport aux généraux Romains, aux vétérans, à Auguste, tous très convenables au siècle de Nepos, mais ridicules dans celui de Probus. Les vers de Probus, qui se trouvent dans tous les

. anciens

-anciens manuscrits, aussi bien que le titre qui l’appelle auteur de l’ouvrage, font bien voir comment. il faut expliquer ce titre. Comme je ne sais point s’ils se trouvent dans toutes les éditions, les voici :

Vade, liber noster, fato meliore memento, Cum leget hec Dominus, te agiat esse meum. .

Ne timeas fulvo strictos diedemate crines, Ridentes blandum vel pietate oculos ; Communis cunctis: hominem se regna tenere Sed meminit ; vincit hinc magis ille homines. Ornentur steriles : facilis tectura libelli Theodosio, et doctis carmina nuda placent.

Si rogat auctorem, paullatim detege nostrum . Tunc domino nomen, me sciat esse Probum.

Corpore in hoc manus est genetricis, avique, meaque Felices domini qui meruere manus. ., . ‘ ’ D - . > Je ferai deux ou trois réflexions sur ces vers. 1. Que veut dire le. *< fato meliore memento?” Il me paroît ne pouvoir convenir. qu’à.un livre qui avoit déjà vu-le jour, mais qui comptoit paroître alors avec un éclat que lui donnoient quelques circonstances particulières qui accompagnoient sa publication d’alors. Ce seroit justement le ton que prendroit un éditeur qui publieroit une édition de quelque auteur déjà connu, bien supérieure à toutes les autres, et qui la présenteroit à quelque grand prince. Je n’appuie pourtant pas trop sur cet argument, quoique je le croie bon, parceque je sais qu’on peut me répondre, qu’un homme qui auroit présenté un exemplaire de son propre ouvrage à ce prince auroit pu s’être servi des mêmes expressions, par rapport seulement aux autres exemplaires du même ouvrage qui n’avoient pas eu le bonheur de tomber dans des mains aussi respectables. 2. Un auteur (surtout parlant à un empereur) auroit-il loué son propre ouvrage comme il fait dans ce vers, Ornentur steriles?. 3. Mais ce qui, selon moi, est la raison la plus forte de toutes, c’est ce qu’il dit dans le onzieme vers, “ Corpore in hoc manus est genitricis, avique, meaque.” A-t-on jamais entendu parler d'ouvrage bien écrit aux frais communs de l’auteur, de sa mère et de son grand-père? Le ridicule de cela saute aux yeux. Concluons denc de tout cela que Cornelius Nepos est le véritable

-yéritable auteur des vies des fameux généraux, et que Probus n’avoit ‘fait que de faire une copie exacte de. l'ouvrage, taquelle il présenta à l'Empereur Theodose. -

“Tarx Lrvu Patavint Historiarum ab Urbe Conditd Tomi Tres. LL? Edition de Gronovius. Amstelodami. Apud D. Elseivir. 1678.

‘Tire Live est un de ce’petit nombre de grands hommes dont le nom ‘seul fait le plus bel éloge qu’il est possible de faire d’eux, Son propre siècle lui a accordé la gloire d’avoir été :parmi des historiens ce que Virgile a été pour les poëtes, et Cicéron pour les orateurs. Seize siècles Ja lui ont confirmé, et ce seroit en vain que quelqu’un penseroit à la lui . ravir aujourd’hui. On convient que la majesté de son histoire égaloit celle du peuple de qui elle treatoit. Soit qu’on le comsidère du côté des choses qu’il raconte, ou de sa façon de les raconter, de sa fidélité ou de son style, les plus grands maîtres de l’art devroient l'avoir continuelle- . ment entre les mains, et tous ses lecteurs, de quelque ordre qu’ils agient, peuvent toujours treuver de quoi se plaire et s’instruire. Comme je compte que l’article de son histoire, que je vais commencer ‘à:présent, me sataera um peu plus loin que les autres, je partagerai ce que j'ai à dire dans quelques portionss j’en ferai quatre: L Dans la première, je dirai quelque chose de la personne et de l’ouvrage de Tite Live. IL Dans ls seconde, je donnerai quelques des qualités qui distingnent se histaire de la plôpart des autres. IIL Dans la troisième; je conpiderecrai les objections et les accusations qu’on fait contre lui; et IV. Dens ln dernière, je ferai quelques remarques détachées sur quelques endrorts de cet histerien,

I. Tite Live naquit à Padoue, alors Patavium, l'an de Rome 694; des autres veulent qu'il ait été né à Apone, bourg dans le territoire de æétte ville, qu’il n’ait été appellé de Padoue que comme Virgile a été appellé de Mantoue quoique né à Andes, Nous ignorons totalement la vie de Tite Live jusqu’an tems qu’il se mié à écrire l’histoire des ‘Maines Romaines. Il s’y prit d’asaez bonne heure. Car quoique nous me sachions pas précisément l’année qu’il l’a entreprise, nous pouvons omouss tre assurés qu’il avoit commencée le premier livre avant l’an

de

de -Rome 780; car il dit que jusqu’à son tems le Temple de Janus n’avoit été fermé depuis le commencement de la ville que deux fois. Or nous n’ignorons que cette année-là Auguste le ferma pour la troisième fois. Dodwell, savant Anglois, croit que Tite Live avoit com. mencé son grand ouvrage l’an 725, et qu’il y mit la dernière main en 745. En effet, quand on considère d’un côté la grandeur de la tache et de l’autre les soins prodigieux que Tite Live a dû y avoir apportés pour le rendre aussi parfait qu’il est, on ne trouvera point vingt ans mal employés, mais au contraire on admirera presque autant l’application que le génie de cet auteur. La publication de son livre lui attira cer: tainement une grande et bien juste réputation; quoique les livres, avant l’invention de l'imprimerie, ne se répandissent point avec la même rapidité. Néanmoïns (et c’est encore ce qui ajoute à sa gloire) un citoyen de Grades, ville que les anciens regardoient comme l’extrémité de la terre du côté de l’occident, fut si frappé de ce qu’il avoit oui dire de Tite Live, et de l'idée que la lecture de son histoire lui en avoit peut-être donnée, fit un voyage exprès à Rome pour le connotftre de plus près, et aussitôt qu'il l’eut vu, il quitta la capitale comme s’il n’y avoit plus rien qui méritât l’attention d’un homme raisonnable. Il est vrai que quelques uns disent que de son vivant on faisoit plus de cas à Rome d’un historien fort méprisable que de lai. Quelques critiques se sont pourtant inscrit en faux contre ce fait, et cela à cause qu’on ne peut point Paccorder avec Ja chronologie, qui nous apprend, que cet historten ne vécut que du tems de l’Empereur Néron, au lieu que le nôtre mourut dans la cmquième année de l'Empereur Tibère. Ils conjecturent que c’étoit du fils de Tite Live et non de lui-méme-qu’il s’agit dans ce passage. Cela se peut, quoique je ne sache point que le fils de Tite Live se soit distingué du côté de Vhistoire. Mais je ne trouve point admissible l’autre raison qu'ils alléguent pour détruire cette circonstance, je veux dire le voyage de ce citoyen de Gades comme prouvant que Tite Live avoit une grande réputation de son vivant. Du tems que Montesquieu étoit le législateur des nations, on se dé. chainoit contre lui à Paris. Et qu’en ne pense pas à me fermer la bouche en me vantant le goût du siècle des Cicérons et des Virgiles. Celui des Newton et des Pope le vaut bien. Quoiqu'il en soit, Tite Live survécut long-tems 4 cette publication, et ce qui pourroit nous

VOL. Ill. 3B faire

faire juger favorablement de leffet qu’elle avoit produit, c’est qu’ Auguste; qui se connoissoit admirablement en mérite, le choisit poux former l’esprit de son petit-fils Claude, celui qui parvint ensuite à empire, et il paroît que ce prince ne profita pas mal sous ses instructions, puisqu’étant encore fort jeune il entreprit une histoire des affaires Romaines qu’il exécuta assez bien. Aussi étoit-ce un génie plus propre à raconter les grandes actions qu’à les faire. Tite Live mourut, comme nous l’avons déjà dit, la cinquième annés du règne de l'Empereur Tibère. Il doit avoir laissé un fils qui ne nous est connu que par le conseil que son père lui adressa par rapport à ses études: «6 de lire Cicéron et Démosthène, et ensuite les autres auteurs, à me. sure qu’ils approchoient de ces deux-là.”’ Tous ceux qui ont rapporté ce trait l’ont loué comme sa modestie le méritoit. En effet c’étoit beaucoup de n’avoir point indiqué ses propres écrits en une semblable occasion. II falloit là être plus que bel esprit, ou même que grand génie, il falloit être grand homme. Il eut aussi une fille qu’il maria à un nommé Lucius Magius, froid orateur, dont les déclamations n’étoient, souffertes, que comme étant du fils de Tite Live.

Il faut À présent, après avoir ramassé le petit nombre de traits que l'antiquité, bien peu soigneuse de nous faire connoître les hommes qui l'ont illustré, nous a fourni par rapport à sa personne, dire quelque chose de ses ouvrages. II en a laissé plusieurs sur divers sujets; mais son histoire est tout ce qui est échappé aux ravages qui nous ont fait perdre une si bonne partie des précieux trésors des Grecs.et des Ros mains.: Originairement elle contenoit cent quarante livres, et elle s’étendoit depuis la fondation de la république jusqu'à la mort .de - Drusus Nero, fils adoptif d’Auguste, par une suite de sept siècles et demi; c’est 4 dire, qu’on y voyoit Rome naissant, s’étendant ses bras sur l'Italie, subjuguant toute la terre, et s’affaissant sous son propre poids. Je ne sais point pourquoi quelques critiques ‘ont voulu qu’au lieu de cent quarante livres, elle en ait contenu cent quarante-deux. Les abrégés de tous les livres, lesquels nous avons, prouvent (ce me semble) qu’il n’y avoit que le nombre indiqué d’abord. Si nous avions cette histoire en son entier nous ne pourrions pas souhaiter quelque chose de plus parfait pour. les tems qu’elle embrasse, mais par un-malheur affreux, et peut-être à jamais irréparable, nous en avons perdu la

plus

plus grande partie. Il.ne nous reste encore que, I. Les dix premiers livres, dont la perte auroit été la moins considérable de toutes, tant a cause que les siètles dont ils contiennent l’histoire sont ceux qui nous intéressent le moins, à cause de leur éloignement et de la petite figure les Romains faisoient alors, que parceque ces mêmes siècles ont été traités (à l’aveu de tous les critiques) d'une manière beaucoup plus détaillée et plus exacte.” II. Dix autres, depuis le vingtième -exclusivement jusqu'au trentième exclusivement, et ils contiennent seulement les dix-sept ans que dura la seconde guerre. Punique, -où Hapni: bal, après avoir fait trembler les Romains pour leurs autels et leurs foyers,. fut obligé de conseiller, comme nécessaire, un traité qui fit passer l’empire du monde de Carthage à Rome. C’étoit-la un morceau digne de là plume de Tite Live, aussi paroit-il y avoir travaillé avec un goût tout particulier. III. Dix autres livres qui contiennent l’abaissement.de Philippe et de Antiochus, et le changement des chaines des Grecs, cliangement que ces Francois de l'antiquité appelloient. IV: Cinq autres livres, qui commencent où ceux-ci finissent, ét qui vont — jusqu’au quarante cinquième inclusivement; et qui renferment la chûte de Perse,’ et la grandeur Romaine (si on: fait ‘attention aussi-bien au dedans qu’au dehors) à son faîte. . Ces derniers cinq livres n'ont point été trouvés ni. publiés en même tems que le reste. Aussi, pendant que. les trente autre livres sont sans la moindre lacune, ceux-ci sont coupés et tronqués dans cent endroits, et cela non de quelques môts:ou de quelques lignes, mais souvent de pages entières que renferment les événemens les plus intéressans; et 14 même où il ne manque rien par-rapport à la narration, le texte est fort corrupt et a soüvent besoin de.la main d’un bon critique. Il est facile par ce petit-tableau de voir combien grande est notre perte, puisqu’on-y voit que des cent quarante livres'qui formoient autrefois ce beau corps d'histoire nous n’en avons plus de nonante cinq. Il me semble avoir lu quelque part dans les ouvrages de milord Bolingbroke, que ce grand homme faisoit bien plus de cas des livres de Tite Live qui sont perdu que de ceux qui nous nen encore, et que (sans faire attention a la quantité de l’un ou de autre) il auroit:volontiers donné. ce que nous: avons pour recouvrer ce que nous n’avons plus Je trouve que milord Bolingbroke avoit assez raison de le dire; mais je crois que, quand on en viendroit à 8B2 l'épreuve,

l'épreuve, lui, et tout homme de goût, auroit bien de la peine 4 se défaire d’aucune partie d'un trésor aussi inestimable. On.seroit dans le cas de Philippe V. lorsqu’il falloit opter entre la couronne d’ Espagne, et la succession de celle de France; le choix étoit facile, mais la difficulté d’en laisser une d’elles. J’avoue pourtant qu’il y auroit bien des auteurs de l’antiquité que je sacrifierois pour avoir seulement les livres de Tite Live qui contiennent l’histoire des 60 ans depuis l’an de Rome 663 jusqu’à 723; on ne peut guères concevoir un point de vue plus magnifique que celui-là, où toute la terre connue étoit le théâtre, et une foule de grands hommes, que la nature pour l’ordinaire ne produit qu’à l'éloignement de quelques siècles, mais qu’elle avoit alors fait contemporains, étoient les acteurs; tels que Marius, Sylla, Metellus, Catulus, Pompée, César, Crassus, Lucullus, Cicéron, Hortensius, M, Antoine, Auguste, et tant d’autres hommes capables de faire le bonheur des hommes ou leur malheur, Un pinceau tel que le sien, sans se jetter, comme Salluste, dans des déclamations continuelles contre les mœurs de son tems, et sans donner, comme Tacite, à l'esprit des hommes ce qui étoit à leur cœur, auroit décrit les mœurs du siècle de Lucullus avec le même sangfroid qu'il l’a fait de ceux de celui de Fabricius, voyant que les unes et les autres étoient des états différens de la république, et que vouloir qu'un peuple maître du monde fit animé du même esprit que les habitans de Rome naissante, étoit vouloir une république de Platon, Semblable aux observateurs de la nature il auroit reconnu que les expériences valoient mieux que les systèmes, et en conséquence de ce principe il auroit expliqué le caractère de l’homme par ses actions, (encore s’y seroit-il pris avec bien des précautions,) non point les actions suivant l’idée qu’on s’étoit formé d’avance du caractère. I] auroit vu que bien loin que le caractère qu’on pose à la base de la narration soit uniforme, que bien loin, dis-je, qu’il puisse nous rendre raison de la conduite d’une vie entière, rien n'est plus dissemblable à l’homme de hier que l’homme d’aujourd’hui. Les messieurs qui croyent pouvoir nous développer amsi tous les motifs des actions des honimes (qui très souvent ne les connaissent . Pas eux-mêmes) ont à la fois bien bonne opinian et de la constance des hommes et de leur propre pénétration; mais qu'ils se souviennent que,

In

In vain the sage, with retrospective eye,

Would from the apparent what conclude the why, Enfer the motive from the deed, and shew That what we chanced, was what we meant to do, Behold! if Fortune or a mistress frowns, Some plunge in business, others shave their crowns: To ease the soul of one oppressive weight, This quits an empire, that embroils a state :

' "The same adust complexion has impell’d — ‘Charles to the convent, Philp to the field!

En réfléchissant à cette immense perte que nous avons fait d'un si bel ouvrage, nous ne pouvons guères pardonner à nos barbares aricêtres d’avoir si cruellement détruit ou au moins estropié presque tout ce que les anciens avaient fait de beau. Encore patience pour que dans les mille ans que leur règne a duré ils n’ayent point avancé les sciences, s’ils nous avoient au moins laissé dans le même état où se trouvoit le monde littéraire vers l'an 400, quand ils ont commencé tout de bon leurs inondations, et qu’ils n’eussent pas ruiné, s'ils ne pouvoient bâtir. Ils nous ont à la vérité conservé quelque chose de ces hasards ‘si on peut appeller conserver, laisser quelques ouvrages à l’oubli que le ‘hasard, bien plus que leurs soins, a amené jusqu’au rétablissement des sciences en Europe. Le sort de ce petit nombre, dont presque tous ont été trouvés, fourniroit bien de la matière à des réflexions sur le bizarre sort que quelques uns ont subi. Mais ce ne seroit pas ici un ieu convenable de s'y livrer, de parcourir tout ce qui nous reste de tant d'ouvrages dignes de l’immortalité, et de montrer pourquoi les uns plutôt que les autres sont échappé au grand naufrage des lettres. Tout ce que je dirai ici c’est de remarquer qu’en gros les poëtes se sont beaucoup mieux conservés que les historiens. Mettons en paralléle Salluste, Tite Live, et Tacite, les plus illustres des derniers, avec Virgile, Horace, et Ovide, les plus célèbres d’entre les premiers. Salluste est presque entièrement perdu, à la réserve de deux petits morceaux. A peine nous reste-t-il un tiers de Tite Live. Nous n'avons pas la moitié de Tacite. Par contre, Virgile et Horace se sont conservés en leur entier, et il ne nous manque que Ia moitié d’un seul ouvrage, celui encore qui tient le plus de Vhistoire. Si on vouloit rechercher les

raisons

raisons de ce phénomène peut-être ne ‘seroit-elles. bien difficiles à trouver. I. Cæteris paribus, l'ouvrage d’un poëte doit se conserver plus naturellement que celui d’un historien, parcequ'il mtéresse davantage tous les tems et tous les pays. Nous ne pouvons guères nous dispenser de savoir ce qui est arrivé à notre patrie pendant le siècle dans lequel nous vivons. Tout nous y rappelle. Les livres donc qu; en traitent sont entre les mains de tout le monde.. L’éloignement de quelques siècles diminue de beaucoup la vivacité de cet intérêt. Ces ouvrages disparoissent de chez les cabinets des gens dt monde, pour se réfugier dans ceux des savans. Cependant c’est toujours l’histoire de la patrie, et cette considération fait que bien des‘ gens ne la négligent pas entièrement. | L'origine des familles illustres, celles de tant de coutumes anciennes, la rende encore intéressante pour l'homme curieux, et les principes de la constitution civile et ecclésiastique la rendent souvent neeéssaire pour Î’homme. d'état. - Mais lersqu’à l'éloignement du tems on ajoute encore celui des lieux, on trouvera qu’ils ont perdu presque tout leur mérite, excepté celui que leur auteur a su leur donner par la manière dont il a traité son sujet. Ils ne sont plus güères intéressans qu'aux érudits, à qui tout plait qui est ancien, peu utile, et inconnu de presque tout le monde, et qu'à quelques philosophes qui aiment à considérer l’homme dans toutes ses différentes modifications. Faut-il donc s’étonner si l’on apporte beaucoup moine de soin à leur conservation qu’à celle: des poétes, dont les beautés peuvent être senties à Paris aussi bien qu’à Rome, dans le siècle de Louis XV. aussi bien que dans celui d’Auguste? . II. Quelques circonstances particulières peuvent encore fonder si non une raison du moins uné conjecture: la voici. Dans les tems.où les auteurs étoient encore en leur entier, c'est 4 dire dans les: deux ou trois premiers siècles qui ont suivi Ja chûte de l’empire d’occident, les pays où la Jangue Latine se conservoit se trouvoient possédés par des nations différentes entre elles mais toutes ennemis jurés du nom Romain. Ces peuples devoient-ils voir avec plaisir des ouvrages se multiplier et se perpétuer qui faisoient voir leurs propres ancêtres dans l’état de la plus grande humiliation, et ceux de leurs esclaves au comble de la grandeur? Ne devoient-ils pas craindre que la lecture de ces mêmes auteurs n’inspirassent aux Romains des sentimens peu convenables à

Jeur

leur condition actuelle, et-que s'ils ne les faisoient pas entreprendre de secouer le joug, que du moins ds ne le leur fissent supporter impatiem. ment? Je ne pense pas qu’on ait publié. d'ordres sur ce sujet. Mais il faut bien peu connoître les moines (alors seuls dépositaires du savoir) pour croire qu’ils ne sentoient pas les idées’ de leurs maîtres ; et bien peu leur avarice si l'on s’imagine qu’ils ne se soucioient bien plus de gagnet. quelques arpens que leur complaisance pouvoient attirer à leur couvent, que de. conserver tous. les plus beaux morceaux des anciéns. D'un autre côté ils ne devoient pas être bien gracieux pour les vaincus de’ rappeller les triomphes de leurs ancétres.. Dégénérés comme ils étoient ils devoient dire, avec l’affranchi de Terence, “ Ista commemoratio quasi exprobatio est.” : Or’. ces : considérations ‘n’existoient point, ou n’existoient que très. foiblement par rapport aux poëtes. Je n’appuye cependant pas sur cette raison, elle. vaudra ce .qu’elle pourra, wk tt A

* Dans les siècles depuis la renaissance des lettres on a souvent espéré de recbuvrer ce qui nous manque des cent quarante livres de Tite Live. Pendant longtems on les a cru dans le sérail du Grand Seigneur ; mais toutes les tentatives infructueuses qu’on a faites pour les en retirer et les grandes sommes qu’on a offertes sans effet, ont à la fin convaincu tout le monde qu'ils ne pouvoient pas y être. Monsieur Des Cloires, un homme qui a beaucoup de connoissances dans tout ce qui regarde les belles lettres, et qui connoît parfaitement la Grèce pour avoir été longtems dans ces pays-là, m’a dit que si le manuscrit entier de Tite Live existoit encore il croyoit qu'il devdit se trouver dans le célébre monastére d’Athos, ot, avant la prise de Constantinople, on avoit transporté tout ce que la ville pessédoit de considérable en fait d’anciens manuscrits. I] ajouta que sous le ministère du grand Colbert on avoit formé le dessein d’envoyer 4 Athos deux bonnes frégates sous pavillon Maltois pour enlever tout ce qu ’on pouvoit trouver en ce genre; mais qu’on abandonna ce projet, par la crainte de se compromettre avec la Porte, qui n’auroit pas manqué de découvrir la feinte ; qu’on se contenta de le faire visiter par quelques gens de lettres dé. guisés en marchands, mais que leur recherche fut sans fruits; les moines ou n’ayant rien, ou cachant soigneusement ce qu’ils avoient.

Cette dernière circonstance m’a fait presque croire qu’ils n’étoient pas - en

red

376 OUVRAGES ET CARACTERE DE TiTK LIVE,

en état de le produire en manuserit, Les Grecs modernes sont à Id fois si ignorans et si pauvres, qu’on ne peut se persuader, qu’avec bien de la peine, qu’ils eussent pu faire plus de cas de quelques vieilles paperasses dont ils ne connoissent point le prix, que des sommes considérables qu’elles leur aurojent valu auprès des Latins,

Un auteur incertain (quelques uns croyent que c’est Florus) a voulæ suppléer en quelque façon à la perte des cent cinq livres de Tite Live que nous n’avons plus, pendant qu’ils existoient encore. Il nous fit des sommaires de chaque livre, où dans peu de mots il fait connoitre les matières qui. y sont contenues. Quoiqu’on voit que ce petit ouvrage doit avoir nécessairement toute la sécheresse d’un abrégé, cependant s’il étoit encore exact et qu’on pit compter que, par rapport aux faits, c’est Tite Live lui-même, il pourroit être encore d’une certaine utilité ; mais voici deux exemples pris du même livre qui montrent combien il est éloigné de cette exactitude. 1. Parlant du second Scipion, qu'on fit consul plusieurs années avant qu "il ent l'age requis

par les loix, le . + + + * * & » * * + mess

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