‹ Miscellaneous writingsChapitre 23 sur 34 · DU MÉDECIN · texte numérisé non relu

DU MÉDECIN

Par le Prof. F. Guermonprez (de Lille*.

On peut se demander où en est la question, puisque, pendant l'année i;}i3. deux congres importants en ont délibéré, l'un à Douai, l'autre h Lvlle, l'un pour le salariat, l'autre pour le patronat. Les arguments ne -ont pas nouveaux, ni d'un côté, ni de l'autre ; mais il convient de répondre à ceux qui souhaitent la solution d'un problème demeuré en suspens, parce qu'il est mal posé.

C'est le dimanche 5 octobre 191 3 que le conseil national de la Fédération nationale des mineurs de houille a réuni, à Douai, en un congrès, 1rs délégués ouvriers (c'esl-ù-dire les véritables administrateurs) de* disses de secours des Compagnies houillères du Nord et du Pas-de- Calais. Pendant l'après-midi, on a consacré deux longues heures à discuter I* « abolition du cumul pour les médecins des Caisses de secours attachés en même temps aux Compagnies pour les accidents ».

On a commencé par traiter en utopie la question posée de la sorte - L: Caisse de secours d'Ostricourt s'est trouvée dans l'impossibilité d'obtenir un médecin, dit indépendant, c'est-à-dire qui ne fût pas en même temps attaché a la Compagnie pour le service des accidents. Ainsi témoigne 11. Viatcur, le délégué des mineurs d'Ostricourt. Après lui, M. Dcgréaux délégué deLiévin, parle dans le même sens. Un poste de médecin de la Caisse de secours, devenu vacant, a été offert en vain à des docteurs disponibles : il n'a pas trouvé preneur. Et ce délégué se base sur des faits particuliers pour soutenir que le cumul des fonctions de médecin des Caisses de secours et de médecin des Compagnies pour les accidents esl préjudiciable aux ouvriers et aux Caisses de secours. Il est nécessaire conclut-il, de faire quelque chose pour sauvegarder nos finances et le» intérêts des ouvriers.

Ce langage est relate par chacun des comptes-rendus de la presse de la région : les administrateurs reprochent le cumul à leurs médecins, parce

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M Vannepin des mines de l'Escarpelle, déclare qu'il

C-iisses de secours d'amener les médecins à eux. Il expose ce qui a été l'ait aux mines de l'Escarpelle.» Il faut choisir ! avons-nous dit aux méde- • iris. Nous ou les Compagnies ! Si vous venez avec nous, nous vous aiderons ; si vous èles avec les Compagnies, nous vous ferons la guerre ! Et nous avons eu les médecins! » L'aveu est cynique. C'est l'embrigadenwil des médecins par la contrainte. Le but, c'est la lutte des classes ; niais on ne le dit pas. La mise en demeure signifîée au corps médical par une Caisse de secours est décorée du joli mot d'ententa des ouvriers a>eç les médecins ; et, pour mieux accaparer le service médical, les délégués ouvriers ne manquent pas de faire miroiter le libre choix.

Cependant la ruse des paroles captieuses ne trouve pas toujours un areueil propice M. Degréaux, qui connaît son milieu des mines de Lu* vin, dit que, pour la Caisse de secours dont il a l'administration, il faut vingt-deux médecins; et que, par le procédé de l'ultimatum, il n'était pas certain de les obtenir. Il y a. dit-il. des responsabilités à envisager ! I u journaliste l'a entendu ; maïs les autres n'ont pas tenu compte de ce langage d'une sage et froide raison.

C'est à ce moment qu'intervient un orateur, qui a l'oreille du Congrès; car il en a été élu secrétaire le matin même. M. Quintin expose admirablement la situation, écrit Le Réveil du Nord. Il répète qu'aux mines de l'Escarpelle, où les ouvriers ont la majorité au sein de l'administration île la Caisse de secours, on a conclu une entente avec les médecins. Aux termes de celte entente, il est dit que les docteurs seront au service exclusif de la Caisse de secours et, qu'en retour, les délégués préconiseront le libre choix des médecins dans les accidents de travail, et qu'ils sauront recommander ceux qui appartiennent à la Caisse de secours. De (•elle façon, les médecins retrouveront les avantages qu'ils auront perdus du côté des Compagnies.

Telle est la piperie des mois, qu'après des redites longuement prolongées, on s'est mis d'accord pour rendre la liberté aux médecins et briser les chaînes qui les attachent au poteau des Compagnies. Pour l'exprimer < lairement, on s'est entendu afin de supplanter les Compagnies auprès îles médecius et afin de mettre ceux-ci à la merci des délégués des ouvriers mineurs.

On ne comprend pas bien qu'une pareille prétention ait pu trouver crédit auprès d'un congrès, où il y avait des hommes de bonne foi. On n'hésite plus lorsqu'on sait de quelle façon est mené le service médical pour plaire au personnel ouvrier des mines de houille. Ce qui se passe ne ressemble en rien aux usages des autres cabinets de consultatiou, où le visiteur aborde le médecin pour lui demander conseil. Là il est naturel d'examiner le malade, de l'interroger, de l'explorer ; puis de prendre le

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Oq voit l'imprudence ainsi commise du côté du salariat. L'éducation

• e-st pas encore faite, et déjà on veut l'accaparement de tout pouvoir sur • personnel médical ; on décide de faire tout de suite toute propagande

• ans ce but, malgré la perspective qui menace d'introduire, par cette

• i novation, une cause de ruine pour les Caisses de secours.

Si la cause de ruine est envisagée dans l'avenir du côté du salariat,

'est dans le passé qu'elle a été reconnue du côté du patronat. On a vu

. ■ I h sieurs fois des abus réellement ruineux en conséquence du libre choix

lit médecin en matière d'accident du travail. Et les patrons ne s'égarent

:»as, lorsqu'ils s'en occupent.

Un congrès patronal du bâtiment a siégé à Lille en septembre ou octobre igi3; la Fédération, qui a antérieurement étudié l'assurance acciients, n'aurait pas reporté la question à l'ordre du jour, si la Commission d'assurance et de prévoyance sociales de la Chambre des députés n'avait récemment proposé d'importantes modifications k la loi du o avril 1898. Les délégués ont été unanimes à protester contre le projet de loi, parce qu'il aggrave considérablement la loi de 181)8% au point de vue >ies charges grevant les employeurs ; et que, s'il était adopté tel quel, les primes d'assurances, déjà lourdes pour le patronat, s'élèveraient considérablement. Ils ont demandé que la réparation de l'accident garde son caractère forfaitaire çt transactionnel.

u Au cours- de la discussion, M. Ouvrard, le rapporteur, a déclaré que, si le législateur n'était pas de parti-pris, s'il ne faisait pas, trop facilement, de la démagogie au détriment de la véritable justice, il cesserait de laisser aux victimes du travail la liberté dans le choix des médecins ; et il restituerait à ceux qui payent, c'est-à-dire aux patrons, et par voie de conséquence aux sociétés d'assurances, le droit de choisir et d'imposer les médecins. '. . »

Quand on sait les avantages de l'article i38a du Code civil, on se souvient de l'obligation de réparer, même par les médecins et chirurgiens, le préjudice causé par un accident. C'était la loi pour les ouvriers, comme pour tout le monde.

Si l'accidenté refusait une ressource chirurgicale de nature à lui procurer Ja guérison, il se plaçait dans un cas de déchéance.

Depuis les privilèges de la loi du 9 avril i8y8 et des lois complémentaires, l'ouvrier qui sait mettre en valeur son sinistre, n'a besoin que du libre choix pour aboutir à une infirmité, par conséquent à une rente sur la base d'une incapacité permanente. Les procédés sont nombreux et variés. On voit confier une fracture de jambe à un oculiste, une fracture du calcanéum à un médecin homéopathe. On voit choisir un médecin parce qu'il prend l'engagement de n'imposer ni douleur, ni chloroformi-

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liéner celle-ci à votre profit. Ayez des médecins indépendants, mais mandez-leur simplement de garder leur liberté, môme à l'égard des mpagnies. Le rédacteur du Réveil du Nord l'a entendu. Ce qu'il faut itnul, ajoute M. le D r Hémery, c'est chercher à avoir de bons médecins nsrients de leurs devoirs et mieux encore attachés à leurs devoirs. Puis lemande que le syndicat des ouvriers mineurs fasse de la propagande ce sens, pour faire entendre aux ouvriers que leur responsabilité : engagée vis-à-vis des Caisses de secours et qu'ils devront être très n^iencieux dans l'application de ce système (du libre choix) qui. mal pliqué, serait ruineux pour les Caisses de secours, il le reconnaît. Le porter de la Dépêche relate des expressions presque les mômes : Les ivriers doivent être très consciencieux, de façon à ne pas grever inutileent le budget des Caisses de secours.

Il est obsédant, étrange même, que, dans. toute cette affaire, chacun *n tienne à l'économie d'argent. On méconnaît la fonction médicale, ■i guérit ou, du moins, atténue l'infirmité.

Onand les médecins actuels s'en plaignent, ils ne trouvent pas toujours ti accueil correct.

K la suite d'un accident, le maire de Tours prit un arrêté fixant à dix luimHres la vitesse permise aux autos. Les médecins tourangeaux, institués en syndicat, adressèrent au maire une plainte motivée. « Bien souvent, disaient-ils, nous sommes obligés de brûler le pavé our arriver plus vite auprès de nos malades. Une minute de gagnée, e»t parfois une vie sauve- Permetlez-nous-donc, dans l'intérêt de tous, e dépasser la vitesse normale. »

Le Conseil municipal, après un débat très animé, 'vient de repousser nue forte majorité la demande des médecins (oct.-nov. 191 3). • Attendu, ont déclaré ces édiles sarcastiques, que nous ne saurions trmellre aux médecins, en dehors des autres moyens qu'ils possèdent et ;:ii nous échappent, de tuer leurs concitoyens en les écrasant, etc. » >st la conséquence du décret du 1" juillet 1913, qui commence à introluire en France une nouvelle manière de fonctionnarisation de Ja proèssioa médicale. Le ministère tiu Travail institue une Commission. II y 1 des Syndicats médicaux pour demander des Commissions mixtes d'ar- •itrage. D'un côté comme de l'autre, on cherche le moyen d'endiguer le l'du des abus commis par les médecins marrons dans la pratique des l-'is dites sociales ; mais chacun comprend qu'il s'agit du sens de l'honi- ; teté. et non pas d'une formule soi-disant réglementaire. Les moralistes de l'antiquité n'avaient aucune confiance dans les prêtions parlementaires et dans les textes, même bien intentionnés. Quid

f membres les docteurs et les licenciés. A la môme époque, les chirurgiens étaient groupés en France en Corporation, comme ils le sont encore en

P- Angleterre. Du côté des médecins comme du cAté des chirurgiens, le sentiment de l'honneur professionnel se montrait vigilant pour écarter les confrères marrons : on formait au besoin une sorte de conseil de famille pour infliger à un coupable l'expiation professionnelle de sa faute. Il faudra bien revenir quelque jour à de saines et judicieuses traditions pour réorganiser la profession médico-chirurgicale, avec des chefs, des conseils et des arbitres qui soient tous pourvus de la compétence technique.

Pour l'entreprendre, il faut renoncer préalablement aux illusions majoritaires dans les divers groupements professionnels, dits syndicataires, qui font choix des médecins. Il faudra même abandonner les prétentions

• égaUtaîres entre les électeurs sagaecs et prudents et le très grand nombre I de ceux qui font le choix sans expérience, sans responsabilité et qui se - déterminent par un simple caprice.

Il y a une duperie h ramener les soins médicaux au fétichisme du libre : .choix du médecin. In philosophe contemporain l'a écrit: Jttm ivru libérât causa, non vittet iwiwt, Ithrram traitant fwnWihm rerum wlhihendarum, qaotnuot utmi sunt /ni une. Mais une institution essentiellement .- libre requiert, tout le monde le xoil, le libre emploi des moyens nécessaires À son fonctionnel non I .

Le libre choix tombe dans le discrédit, depuis qu'il est un simple verbe pour couvrir le servilismc du médecin. Pour trouver des médecins

* consciencieux et attachés à leurs devoirs, il faut donc abandonner la longue querelle pour ou contre le libre choix.

Une phase nouvelle est à prévoir : celle d'une indépendance sincère d'un corps médirai respecté. Par un discernement choisi, patrons et ouvriers sauront se mettre d'accord pour atteindre le but naturel qui p<*I la guérison des malades. Chacun contribuera pour sa part à garantir l'honnêteté du médecin. Par une knalc coordination, les uns et les autres auront de bons médecins parce que ceux-ci, guidés par une bonne conscience, seront sincèrement attachés à leurs devoirs d'état.

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AUTOPLASTIE DU TRONC

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