‹ Miscellaneous writingsChapitre 7 sur 34 · D'UNE MAIN MUTILÉE · texte numérisé non relu

D'UNE MAIN MUTILÉE

Il n'y a pas d'esprit de système, qui puisse supplanter l'observation sincère d'un fait parfaitement au* thentique; on peut s'en tenir pour averti, lorsqu'il faut contredire le fatalisme de ceux qui pensent qu'un mutilé ne peut plus travailler.

On eu jugera par le récit de la blessure de Fernand I)., âgé de 13 ans ot un mois, lorsqu'il a laisse inopinément engager sa main droite dans un engrenage. L'accident est du 18 septembre 1902; un élève en pharmacie a donné les premiers soins, lorsqu'on fit la constatation d'un écrasement de plus de la moitié de la main du côté droit II y a une hémorragie primitive, qui, sans être extrêmement importante, est cependant bien appréciable. — L'enfant est transporté en voiture, d'abord dans le Service spécial de la chirurgie des accidents du travail; puis à la maison Saint-Camille de Lille. — Sur l'heure même l'exploration est faite avec la collaboration de M. le Docteur Alphonse Delannoy; pendant une chloroformisation suffisante, mais maintenue dans la mesure qualifiée « à la reine », on commence par le nettoyage savonneux à la brosse, lequel coïncide avec l'excision des débris flottants des os, des chairs et des corps étrangers. Ensuite, il est enlevé (au moyen de la scie à marqueterie^ les débris de la tète, et une portion du premier métacarpien qui est fracturé selon l'axe. Bien que le trait de la fracture soit prolongé au delà du milieu de l'os, il en est conservé la moitié environ. Ensuite il est fait, par le même moyen, une ampu-

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Lo 19 septembre, l'enfant, qui esl resté un joui bofl pitalâaé à Ut maison Saint-Camille, retourne dan famille. Le pansement n'est pas souillé; il est W \<iiM'Mf |M-ijt. parce que la main est grêle el fluette

Le 88, le premier pansement est levé : il y a ie de plaques de gangrène, mais seulement iui !•• bords de la suture, là où la contusion étail nécrosante Le pansement et a l'onguent <l<

Pendant chacun des jours suivants, le pans BBl renouvelé à l'onguent d ax; il y 1 de la

dite, mais seulement pendant un jour ou deux,

Lo 28 septembre, le point de suture de l'annultifl 1 si supprimé, la réunion esl obtenue par prem intention, Lr reste de la main est très inêdiocien

tuméfié. On parvient assez facilement, par un mouvement communiqué, à corriger la tendance à laisser tomber la main en flexion par prédominance de la tonicité musculaire des muscles fléchisseurs.

Lo 30 septembre, les plaques de sphacèle sont éli minées pour la plupart; oe qiu reste de la diaphyse dv premier métacarpien est en grande partie dénudé; c'est la conséquence du large décollement traumatique du périoste dans tout le pourtour.

Le 1 er octobre tous les points de suture sont supprimés. Le pansement est encore à l'onguent de styrax et il est renouvelé les 2 et 3 octobre.

Lo 4 octobre, avec M. le docteur Alph. Leblanc de Tournai, on constate que la plaie bourgeonnante est de médiocre largeur; il n'y a plus de fétidité. Pour la première fois, le pansement est au sparadrap diachylon et les deux doigts conservés sont redevenus entièrement libres en dehors de tout bandage.

Le 7 octobre le pansement est renouvelé au sparadrap diachylon, avec un peu de compression sur le bord externe.

Le 12, tout ce qui reste du premier métacarpien est désormais recouvert de bourgeons charnus : aucune portion médullaire n'a été éliminée par le processus delà nécrose. Les autres plaies sont désormais cicatrisées (sparadrap diachylon).

Le 16, il est fait successivement une onction aromatique, puis un nettoyage savonneux tiède, et enfin un pansement au sparadrap diachylon avec discret recouvrement d'une couche d'ouate de tourbe. On renouvelle ce pansement le 20, puis le 24 octobre.

Le 28 octobre, cette fois le pansement est au sparadrap caoutchouté, à l'oxyde de zinc. Désonnais le pourtour de la plaie présente un ^cicl plus nettement caractérisé. Lo pan,° etloyage nécessaire) es* * n *w<» au sp. fé à l'oxyde de zim

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Le 26 novembre L902 la cicatrisation est terminé- ÏJoul pansement esl supprimé. La situation est asa IftUe h -elle d'une blessure dite consolidée.

Plus tard, le jeune homme devient ébéniste, manni r charpentier de navires. En 1908, il est garçon de

bureau dans une banque. Le 17 mai 1908, il est photographié dans les différents gestes du métier qu'il délaisse, ainsi qu'il l'a déjà fait temporairement, jusqu'au moment où il se sent repris de la nostalgie de l'atelier.

Quand il est bien disposé, il fournit autant de travail que ses compagnons et il est coté comme un habile ouvrier. Lorsqu'il travaille aux pièces, il est ex-

Fig. 2. — Geste d'arracher un clou au moyen d'une tenaille ; travail de force et de Bouplesae (d'après une photographie ) .

péditil, exact et facilement rémunéré. Il ne manque pas de vigueur pour donner Je coup de marteau (figure 1), soit sur un burin, soit sur un autre outil; il n'a besoin d'aucun frappeur et il ne manque pas son clou, dans l'occasion.

Faut-il faire le contraire? il fait preuve d'une prestesse expéditive, pour arracher le clou [figure 2), au moyen d'une tenaille.

Dans le geste de pousser le rabot de menuisier, il

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maniement des outils plus spéciaux, qui servent à faire les moulures et autres détails délicats sur les bords des planches.

Pour en déduire des indications utilitaires en chirurgie, il y a un autre geste professionnel, qu'il faut apprécier avec exactitude; c'est celui qui manie le ciseau de menuisier (figure 5). Malgré sa mutilation, c'est la main du côté droit, qui fait l'œuvre de vigueur dans le geste. L'auriculaire, seul entier, exerce conjointement avec l'annulaire écourté, tout ce qui est

une préhension. — Tout ce qui supporte l'effort se trouve dans ce débri ultime du

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ii 5, — Comment le mutilé a \<r'\% l'habitude de manier son CÎSeaa do menuisier ; c'est la înuiii mutilée qui fait V œuvre de rigueur ihiia le geste harmonisé des deux mains

(d'après une )>hotographie).

pouce! — Ce n'est qu'une simplo moitié de ce premier métacarpien, qui a été fracturé, dépouillé de son périoste, menacé de nécrose, ou du moins d'exfoliation, puis modifié par une ostéite avec bourgeonnement exubérant, et enfin recouvert par un lent et incertain processus de cicatrisation.

Dans la pratique du métier, l'adolescent a pris instinctivement son point d'appui sur une portion de téguments palmaires; et il a si bien répondu à son instinct, que la cicatrice s'est reportée de plus en plus complètement vers la face dorsale de la région. Il en résulte que, dans le geste harmonisé des deux mains, c'est la main mutilée qui pratique réellement le métier;

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