L'ŒDÈME SEGMENTAIRE
Il faut réserver le nom i* œdème segmentai™ à l'œdème partiel d'un membre, quand il ne répond, ni à une zone d'innervation, ni à une étendue d'irrigation sanguine, ni à une infection localisée. La répartition n'est point définie par une notion anatomique, ni par un traumatisme avéré, ni par une causalité reconnaissable d'emblée.
J/œdème segmentaire est caractérisé par une délimitation, qui n'a rien de « biologique » : le segment œdémateux se termine régulièrement, dans tout le pourtour du membre, à une hauteur, qui est bien la même de tous les côtés : on y voit l'empreinte, qui rappelle le banal sillon, que détermine une jarretière trop serrée, soit au-dessus, soit au-dessous du genou.
On verra comment cette assimilation s'est imposée et sur quels arguments on s'est appuyé pour établir une synonymie entre l'œdème segmentaire et « V œdème par constriction. »
Afin de garder ta mesure et de se prémunir contre tout entraînement, qui pourrait ressembler à du partipris, il faut commencer par reconnaître que, dans son ensemble, la question des œdèmes n'est pas toujours facile à élucider. Parmi d'autres, la Société de médecine de Nancy en a enregistré la preuve dans une discussion sur un cas de « trophœdème chronique d'origine traumatique du membre supérieur chez un vieillard » (séance du 23 janvier 1907).
Sur la communication de ce fait clinique est venue se greffer une discussion sur le problème de la pathogénie des œdèmes traumatiques d'origine nerveuse.
M. G. Etienne rapporte l'observation d'un vieillard de 70 ans, admirablement conservé, sans antécédents personnels, familiaux ou héréditaires notables, qui, ayant passé toute une matinée à enlever les nœuds de perches avec une mauvaise serpette, reçut constamment le contre-choc de ses coups de serpette au ni-
veau <i« i la paume d main gauche. II i une v iv< ir, qui uc I
tard, apparu! à ce niveau imn
[ème dur, blanc, qui pro ie
ihit la i tout le membre Bupèneui (
ut laa mentes caxucti c
\l. Etienne rapporte une d logu<- , et, lea comparant aux lyp connus, en est amené à les rapprocher des trop
miliaux hérédité igo,
tUAnt, à côté de ces rimes chroniques acquis, traumatiqoas.
Etudiant ensuite leur pathogénie, il l une névrite lensîtiva, ascendante, traumal «lu pptinii.-nn.fi.- ocnlrii - h t j m sur I
Iule du ganglion des racines postérieures,
mbryologiquea ou patin*] d.* ces cellules arec celles des ganglions sympa ine une réaction \ ii ieusc du sympathii ta formation de la lymphe, quelle quo soit la admise pour cette lymphogénèse. L'acl îqu
le tissu conjonctif de ces œdèmes, prol-f pétés, détermine l'hypertrophie permanent conjonctif.
Ce mécanisme explique la ressemblance cli ces tzophœdèmes .1 rtains cedi mes dura,
nents, de nature inflammatoire.
M. \\ e iss est d'avis que dans le trophœdèîne, ta seul est nouveau. D'après les termes de la coi cation de M. Etienne, il s'agit simplement d'un trophiqaOj œdème que l'on observe soit chez des démateux, soit après des traumatismes, œdèmes somme très Fréquents et persistant lonplcmps.
M. G Mn ni 1 (ait observer que l'œdème dur
a que de la main est très connu, qu il |»<ts: «•1 que les tr;iitements employés éi houen] néral tous : le fait est important en les 04 1 IdcttUà du travail.
M. Vautrin trouve également qu'on 4
.'hui, avec des noms nouveaux, des œdèmes trauma- Lqucs connus depuis fort longtemps, œdèmes mous; iarfois, durs dans d'autres cas.
M. Etienne a bien décrit des cas qui sont acquis et ion congénitaux, et qui sont, par conséquent, des X'-dèmes traumatiques ; mais ils se rapprochent de ceux décrits par M. Meige, par l'interprétation qu'on en donne.
M. Vautrin. — Il y a quantité de ces œdèmes qui peuvent être interprétés autrement et qui ne sont que des lymphangites chroniques. Il en existe d'autres où l'on no peut incriminer la lymphangite, on invoque alors la névrite; mais on n'en sait rien.
M. Perrin fait observer que la distribution de l'œdème est importante. S'il y a une distribution segmentaire, il faut admettre que la lésion remonte jusqu'aux racines nerveuses.
M. Guillemin rappelle des œdèmes traumatiques observés par lui après des blessures de guerre.
M. Perrin cite des polynévrites qui s'accompagnent parfois d'œdèmes sans cause locale, et que l'on attribue à une intoxication ou à une infection (1). »
Personno n'a proposé de conclusion; et ce fut juste. I) suffit de constater que la question existe, et qu'elle n'est pas résolue, malgré la préoccupation des accidentés du travail. La distribution segmentaire est nettement dite par M. Perrin; mais on fait le silence sur ce caractère.
C'est donc un fait connu, dans l'Est, aussi bien que dans le Nord; et il y a des praticiens pour obscurcir le doute, en faisant intervenir des considérations nouvelles, ou presque nouvelles, sur la méthode de Bier. Tel était l'état ô ** J . d'un confrère, qui rne demanda mon avis au « * accidenté du travail, qui le mettait dans un '4 inextricable. Il s'agissait d'an ouvrier d'- uis, qui aurait reçu une
du séiuirfA de la Société ance du 23 janvier 1907
tuaion partielle sur le pied da côté droit- ! constaté aucun signe physique (te trati mais l'ouvrier avail bonne ap| • patro
la méda m élail réaoli
agréable; il lit le certificat d'origine, co contusion élaii pnnivro el iJ poussa la eu jusqu'à décerne! un repos de huit k quin
naines > sut i i dorent cl un i jusqu'à In jambe: plus lard ce lut jusqu'à ini le médecin lit un bon pour une longue et large do crêpe V'clpeau L/uxlèm* devint plus voli mi autro. bon Tut fait pour une band i bout bien neuf cl en parfait état La i ompli devenait de plus en plus urave ot le confp ■ do son certificat 'l'origine, \ ■ ti cment ; il ne Bavai I que répond) Ùona administratives; il deven i \.>\ i i d'inhabileté, à l'égard de la 90
j atron de lui même devenait inquiet p qui ai! souffrir beaucoup. Chaque
lecin traitant se présentait, i ■• domicil ei.il fallait longtemps | our ou\ rir la porte au vis cette circonstance u 'avait éveille aucun soupçon dei ini le dét lil rcvélateui . lorsque j*- > ius en i lu. ii ;i\ oc le m- docin Imitant et avec un au
Venant à l'improviste, nous ouverte j el dôcouvran.1 I" malade dans bod lit, liin < - loua rois en présence do l'org inisation de ! me segmentaire, qui mettait I" pied, la jambe I genou dans un état d'œdèrac et de cyano aucun de nous n'en avail vu, Je saisis la b; lien-Ile, qui était en forte toile, puis la bande so
mto, qui était en tissu caoutchouté très u| Ulie Llisfcnsii.il et enfin la bande en 1 1
Velpeau qui était serrée autant que possible sur peau. Au total il y en avait plus de irenti tout était vigoureusement serré vers le milieu de cuisse; il n'y en avait, ni au genou, ni sur la Sons nofl veux, la cyanose disparut totalemenl en | r - -ii d'instants, l'œdème dimin ta dan u i
■IMt VTlflHI
importante, que nous avons regretté de n'en avoir pa.s mesuré les périmètres. — Pour l'honneur de la profession, nous avons immédiatement rédigé et signé la constatation des faits (1) :
Les trois docteurs en médecine soussignés se sont trouvés ce jour en consultation au domicile du Sieur Vitse Aimé, arrachexir d'ensuupies, âgé de 00 ans, blessé le 29 Avril 1905 : 1rs ont constaté que la blessure est consolidés depuis !a fin de juillet; que cette blessure est guérie sans incapacité permanente de travail; et mie, dans la visite inopinée de ce jour, ils ont découvert la cause de l'o?dème segmentaire et tenace ilu membre i iférieur du côté droit. Cette cause est exclusivement dans la constriction localnsée, systématiiruc et pratiquée depuis plusieurs mois, vers le milieu de la cuisse, dans une zone de dix à douze centimètres de hauteur : deux bandes constrictivies ont été successivement retirées sous nos yeux : la plus profonde en crêpe Velpeau; la plus superficielle en un tissu caoutchouté, qui a été fatigué par un usage poussé jusqu'à l'exagération.
Aussitôt après l'enlèvement de es bandes, l'œdème a commencé à disparaître sous nos yeux.
Houbaix, 28 Septembre li>05, trois heures 15 soir. • Signé : D r » Guermonprez, Dispa, Picquet.
Et nous sommes tombés d'accord pour refuser nos soins à un escroc (2), qui n'a même pas essayé de a'ex-
1. Il le fallait, soun peine de devenir complice, par le silence, d'un dol, qui témoignait d'un mépris insolent pour la profession médicale.
2, M... François, Français ; célibataire ; homme de peine ; 50 ans, demeure à Roubnix, 35, rue Beaurevast, il travaille chez A... et C to ; il est blessé le 12 décembre 1904 ; en tombant il s'est blessé a la jambe du côté droit Le .13 décembre 1904, le D r Picquet (à la maison de secours) constate une contusion de toute la jambe du côté droit. On prévoit six a huit jouit de repos.
Il paraît que cet homme a repris son travail des le 27 décembre lî'04 et n'a nus pu continuer ; muis ce reuseigueinenl, donné pur l'intéressé, n'est peut-être pas exoof. Il a cessé de travailler le 5 janvit-r 1905.
Le 8 février 1905, l'homme de peine est exploré avec MM. Aubrée <«t Top. On ne constate plus aucun m-jm.- physique n,ui H *''t imputable a l'accident du 12 décembre 1904. Sur cet homme de complexion maigre et rie forme élancée, on soupçonne un vestige douteux de tumi'f action partielle de la jambe ; mais l'homme ne le signale même pas. On soupçonne, eti outre, un peu d'induration partielle des méplats rétro-malléolaires ; mais tous ces détails Bout incertains. L'homme de
er, ni de s'expliquer.
Ilfttpofl (ails. 1
d'assurances intenta d
liiin.il . (.rrcrtjoniM I ■■! ol'tu
quatre mois <)< pi » i et .j
indûment de'bon reées i
fui pas iiili'lj ■■!*■ appel.
D antn b faits du même ■ malgré cette leçon donmV pai un* La plus curieux est oelui d'un homme, tpic poui an cedèini segmentaire d i tnembrt sap côté droit. J'ai à mon confrère (ce m*é
le D « m'- le sillon produit pui peau, le tissu o-llulaire sous-cutané •' même I charnu du biceps brachial. Mon calai du libre i boix, me lit ob 'i 11 " ta
objective n'étail pas complète, puisq inq
cozps du délit. Je ripostai que ses promesses son étaient encore moins justifiées apr ng
il-' temj orisation ; et que, d'ailleurs, il n ut
diagnostic acceptable de l'œdème aegmei n mislratiori sollicita une - afin d'obi
pn-uve. — Les trois experts «'-LiMirent un • n'établit que dee prteorai
pOln« - ni tvoi ii rpn Imi1 -lu 1*: • !<• cinhi
pu* i d te il {<•<• )•
iioputtblsti | ma ,V ont put dea infirmité*, — Mi<
I.- 1 I : « \ m i. r | '."».», il i. | ml ; et il > t>ntinu«à |
m doui semaine*.
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lii.ii lerrèfl lUl II peso .i In li.iuii'ui «le cl mutine don jarrelie
doux membres inférieur*. Un ne irr mit ii m i-ii-m- <m traiiiuatiHitie, «Je quoique i oa soit
ur Duviti 1 1 pur M que oet homme e«i monneri rl'uu état (*thi lia ool eut — \a (
« <i« droi i n!|> |*luM gerroe que colle du cote gaua"
ip< , on le voit, lorsqu'on que T*
i i qu'il suit :
L'homme depeine m... préeeute un atançuisseimml de i orgai lo d'ottrilH i du i:
-ne rente de quarante pour cent, qu'il reçoit encore robablement. Il y a chose jugée.
En conséquence de cette rente, les cas d 'œdème segfieritaire sont devenus plus fréquents et plus imporants.
Un jour vient, où l'un de ces faits se trouve compliqué d'une allure, qui confine à la menace, et en présence du même médecin du libre choix. Je refuse le certificat; mais je verse au dossier la note suivante :
L'épidémie se propage pour introduire la supercherie par constriction. Il y a un autre médecin du libre choix pour inciter les agents de propagation. Celuilà dit ouvertement aux plaideurs : avant de vous présenter à l'expertise médicale pour une blessure à la main ou jau pied, faites de la constriction.
On peut la faire plus ou moins longtemps d'avance.
On peut la supprimer partiellement ou totalement; on peut varier le délai entre la suppression du lien constricteur et la comparution en présence des ex perts.
Il y a encore d'autres moyens de perfectionner la supercherie; mais, quant à faire la preuve de la constriction, c'est presque impossible par le système du Libre choix du médecin. Non seulement on ne peut pas surprendre le fait; mais on ne peut même pas paraître le soupçonner. Il a fallu une circonstance fortuite pour la découvrir une fois!
bre 1H04. La contusion de la jambe du côté droit est guérie, le fuit a été constaté a plusieurs roprises. C'est du pied du mémo côté droit que cet homme vient se plaindre actuellement et c'est daim des ternies très vagues et très obteurs qu'il explique qu'il aurait pu heurter une caisse samedi 25 février 1005. Malgré des investigations renouvelées on ne trouve aucun sijme de traumatisme. Ce qu'on trouve parfaitement, c'est un peu d'œdèuie des deux membres inférieurs. Cet œdème est volontairement provoqué par deux cordes bien serrées mît la peau à la hauteur de chacune des jarretières. La corde du côté droit est beaucoup plus serrée que celle du côté gauche : on le sent lorsqu'on la coupe ; on le voit lorsqu'on remarque les détails de l'empreinte laissée sur la peau. L'alaiiguieseiuoiit général de cet homme do peine n'est pas du à l'accident du 12 décembre 1904, ni à uti autre accident plus récent. Il résulte, ou bien des progrès de l'âge, ou bien d'un état maladif, qui se caractérisera ultérieurement. Puis toute l'affaire est classée.
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