‹ Misères d'un prix de RomeChapitre 8 sur 9 · LE CANDIDAT · texte numérisé non relu

LE CANDIDAT

Passons au complément de ce système immense; Et, de Colbert à moi, voyez la différence.

Tout malade qui meurt est un vol au trésor, Car c'est un déficit dans nos revenus... Or, J'impose au médecin, que d'abord je gourmande. Pour chaque enterrement de son fait, une amende Dans la proportion du malade enterré

Tout cela vous semble absolument insensé,

n'esl-il pas vrai ? Faut-il vous répéter que c'est la traduction très-exacte et très-fidèle des discours qui nous furent tenus à nous-mêmepar un candidat à la Représentation nationale, lequel n'était pourtant pas notoirement plus béte que beaucoup d'autres.

A côté du monsieur qui rêve que le igjanvier aurait pu lui valoir de hautes fonctions, voici un autre typé également curieux : celui-là s'imagine que,, par le seul fait du rétablissement de la tribune dans la salle des séances du Corps législatif, il va devenir un foudre d'éloquence parlementaire.

Il est timide comme une jeune fille; il bégaye comme Bridoison; jamais il n'est parvenu à prononcer deux mots de sa place ; il est incapable de lire un rapport de quatre phrases... Peu importe. Il surveille avec une ardeur impatiente le travail des ouvriers chargés de reconstruire la tribune, fermement convaincu qu'il lui suffira d'en gravir les degrés, de s'accouder sur la plaque de marbre et de goûter au traditionnel verre

d'eau sucrée pour avoir de grandes idées et savoir les exprimer avec éloquence.

Il n'est pas un électeur influent de son département qui n'ait reçu une lettre ainsi conçue :

t La tribune est rétablie.. « Réjouissez-vous... Enfin, le pays, attentif et ému, va entendre tonner ma voix puissante 1 »

O sancta simplicitas !

Lc$ Menus de U Liberté font école ; le baron Brisse a fondé une religion : la religion de la gueule. Déjà la Gazette des Etrangers s'eit attaché par dei chaînes d'or un gourmet émérite qui, soui le pseudonyme de Baltazar, marche sur les traces du collaborateur de M. Emile de Girardin, Aujourd'hui, V Union médicale nù met 4 publier des formulaires, qui sont les vrais menus d'une feuille de cette spécialité et nous semblent destinés à combattre les ravages produits par la littérature extra^échauffante du baron Brisse et de ses émules.

Depuis quelques mois, en effet, il a été constaté un accroissement considérable dans le chiffre des gastrites et des dyspepsies en France, et il n'est aucun esprit raisonnable qui n'attribue un tel état de choses à cet entassement de menus tentateurs qu*on réalise pour le plus grand dommage de son pauvre estomac.

Que des actions' de grâce soient donc rendues au docteur Amédée Latour et à ses rédacteurs! Rien ne nous ôtera de Tidée que c'est la lecture attentive du Monde culinaire de la Liberté qui les a poussés dans la voie âts formulaires inaugurée par eux le i**' janvier 1867.

Veut-on une preuve à Tappui de notre dire ?

Deux jours après avoir vu dans la Liberté certain menu diabolique, où les écrevisses, le gibier, les truffes, les épices et le vin de Bourgogne jouaient le principal rôle, nous lisions avec attendrissement dans le journal du docteur Amédée Latour :

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