QUATRIÈME VISITE : MARIS JALOUX
— Hélas! oui, Monsieur, ‘les choses vont mal, bien mal dans ma maison... Mon mari est jaloux. Il me fait endurer toutes sortes de misères et me traite comme les Turcs le font de leurs femmes. Du matin au soir il me garde à vue, et, quand il doit aller à son bureau, s'il l'osait, il m'enfermerait à double tour dans ma chambre...
Chaque matin il me “épète ses ordres ridicules et ses absurdes défenses :
Défense de visiter ma mère et mes parents;
Défense de regarder par la fenêtre;
Défense d'entrer dans les Magasins sans qu'il M'accompagne ou me survcille à travers la vitrine;
Défense de saluer aucune de mes amies ou de mes Connaissances sur Ja TUP... Si je m'oublie, il me Secoue rudement le bras, ou mêine me pince jusqu’au sang;
Défense enfin de recevoir en son absence qui que ce soit à la maison. L'autre jour, un de mes cousins, un homme marié, parfaitement honorable, vint me voir Par hasard. Tout à coup mon mari se précipita dans l'appartement, sans frapper à la Porte, et, durant toute la visite, il se tint là debout, sombre et silencieux, pareil à un homme de police prêt à arrêter un malfaiteur,
Le soir, à Ja vallée, il ne sait que m° parler de es soupçons... C’est là toute sa conversation.
— Tu es encore sortie de la maison aujourd'hui, nalgré ma défense formelle... Tu as causé avec un el et un tel... Je t’observais du coin de la rue... Je t'ai surprise à la fenêtre, saluant tes amis de
mal, a main... Tu me trompes, tu me trompes! mais,
aloux. Étsache-le bien, je suis homme à te tuer dans ma et me colère!
s. Du J'ai beau lui affirmer que je suis une honnîte l'doit | femme, une chrétienne fidèle à mon Dieu et à mes ait à devoirs. Il ne veut rien entendre. La semaine der-
Duitre, prenant mon livre de messe, il me fit jurer cules que je n'avais point reçu la visite de M. X.. Or,
de ma vie, je n’ai parlé à cet homme-là.… Voilà ma vie. Je ne mange plus, je ne dors plus, Lie dépéris à vue d'œil. Quand je suis seule, je passe
qu il mon temps à pleurer, sans savoir quand üzira mon 'ine; martyre.
| de , il De fait, quoi de plus cruel pour une honnête ince femme que des soupçons aussi odieux? Quoi de plus blessant pour sa dignité de chrétienne et de
qui mère que cette inquisition de tous les instants? Si nes % l'œil de Dieu ne suffit pas pour retenir une femme ble, æ dans le devoir, l'œil du mari aura-t-il plus de pouari % voir et son espionnage plus d'efficacité?
la # Pourquoi oublier d’une façon si étrange la loi de ut, la charité qui nous défend de penser mal de notre ice prochain et nous commande de traiter les autres
comme nous voulons qu'ils nous traitent nous-
hi
mêmes? Quand des époux chrétiens prient ensem. ble le soir, qu'ils communient ensemble, ils ont | l'un pour l'autre l'estime et la confiance que Dieu leur commande. Le démon de la jalousie ne vient jamais leur ronger le cœur par des soupçons ab. surdes et cruels.
La jalousie tient souvent à une disposition morbide du tempérament qui prédispose à tout voir en noir, à tout interpréter à mal. Alors, faites-vous soigner.