LE FAMEUX SECRET
Si je ne craignais de froisser votre amour-propre, je vous l'expliquerais en peu de mots, ce fameux secret.
Ecoutez, je vous le dirai tout bas à l'oreille.
Votre voisin est économe... Vous, vous ne l’êtes pas.
Il a de l’ordre dans sà maison... Chez vous, tout est gaspillage et imprévoyance.
Sa femme est ménagère... La vôtre (que Madame e. — me le pardonne) est une grande dépensière,.… un
eg vrai panier percé.
Ensemble vous pratiquez l'économie domestique à la façon du brave matelot qui, ayant emprunté une somme d'argent à un camarade, voulait la lui rendre. 11 comptait et recomptait ses piastres, mais un
toujours il s’embrouillait dans ses calculs. Impa- 3 tienté à la fin, il prend dans sa poche une poignée Ë d'argent, et, l’offrant à son ami : « Tiens, dit-il, tu
… m'as prêté une poignée d'argent, je t’en rends une af- poignée... Nous sommes quittes! »
1se en Ù ne D :
LE PASSÉ DE L'HOMME QUI GASPILLE de
D'ordinaire, l’homme marié qui gaspille son argent, fut, dans sa jeunesse, un garçon au cœur
bon, à l’humeur joviale, aimant la société, le plaisir et le beau linge.
Il dépensait largement ses piastres en toilette et en amusements de toutes sortes. Ses amis étaient nombreux, et, Pour enx, il se montrait toujours d'une générosité inépuisable... Tant qu'il était en fonds, i! ne refusa jamais de payer les rafraîchissements, de s:Ider la note d’un petit souper fin, de venir en aide aux amis dans Ja détresse.
On le savait et on en profitait sans scrupules… C'était un joyeux compagnon, un bon vivant.
Vers vingt-cinq ans, il songea à se mettre en ménage.
Naturellement il s’en alla chercher de par la ville une jeune fille de même tempérament que lui et de mêmes goûts : une fille qui, elle aussi, aimait la toilette et assez peu le travail: une fille qui eût rougi de porter deux saisons de suite les mêmes chapeaux et la même robe; une fille que l'on voyait plus souvent à sa fenêtre ou sur la rue qu'à la cuisine ou près de sa machine à coudre; une fille enfin au pied léger, à la langue alerte et qui avait en ville une réputation bien établie de gentille coquette et de danseuse intrépide.
San: trop d’embarras, notre garçon trouva plus d’une demoiselle remplissant parfaitement ces conditions.. Le choix fut fait. On se maria.
Bien entendu, le jeune homme laissa la jeune femme s'aménager à son goût dans sa nouvelle demeure. Elle ÿ dépensa beaucoup d'argent, mais tout fut élégant, luxueux, confortable. Une fois installé
dans ce nid délicieux, le jeune mari confia sans aucun contrôle l'administration absolue des finances à sa jeune épouse.
Enfin nous sommes au point! Cbservons maintenant de quelle manière, dans un ménage, se pratique le gaspillage à deux. Voyons comment les époux manœuvrent, chacun de son côté. Par courtoisie d'abord, puis en stricte justice pour l’auteur principal de ce gaspillage, commençons par la femme.
Plus loin nous verrons le mari à l'œuvre.