‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 38 sur 201 · LA FEMME S’EN CHARGERA · texte numérisé non relu

LA FEMME S’EN CHARGERA

Toujours la même excuse.

La femme, encore ] Eh quoi! n'y a-t.il

a femme, toujours la femme.

donc dans le mariage des de-

voirs que pour la femme? L'homme a-til le privilège et le droit de n’accepter de l’état conjugal que ce qui lui plaît et de rejeter sur sa compagne tout ce qui exige dévouement et sacrifice? La part de cette femme n'est-elle pas déjà assez lourde? N'a-t-elle pas donné à ces enfants qui sont aussi les vôtres de longs jours de sollicitude, et de longues nuits sans sommeil? N'a-t-elle pas encore sa charge quotidienne de travail et de misères? Pourquoi donc lui mettre, à elle toute seule sur les épaules, un fardeau qui, dans les desseins de Dieu, doit être porté à deux?

Pareille conduite n'est, à coup sûr, ni généreuse, ni chrétienne. De plus, si elle est seule, la femme ne réussira pas.

Pourquoi cela? Parce que, pour guider des garçons, il faut une main plus ferme que la sienne, une autorité plus grande qui s'impose à la tête et à la volonté. La mère a bien la persuasion du cœur à son service, mais le père seul possède la force de commandement qui fait plier des volontés impatientes de tout joug. Seul il peut maintenir dans le devoir ou y ramener des jeunes gens emportés par la fougue des passions.

Et loin de seconder votre femme et de compléter son œuvre comme c'est votre devoir, vous abandonnez lächement votre famille et vos. garçons! Jamais ces garçons ne vous entendront leur parler des obligations de la vie chrétienne! Jamais ils ne recevront vos conseils pour marcher droit dans les sentiers de }'honneur! Jamais ils ne sentiront le

cœur d'un père battre à l'unisson de leur cœur, s'intéresser à leurs joies, partager leurs tristesses, les aider à-discerner les voix diverses qui parlent ensemble au jeune homme et l’appellent au plaisir ou au dévouement, à l'égoïsme ou au sacrifice généreux!.…

Ces jeunes gens, à vingt ans, seront-ils bien préparés aux luttes de la vie? offriront-ils grande résislance aux entraînements du mal et des mauvais exemples?

Plus tard, devenus des hommes, n'auront-ils pas le droit de juger sévèrement la conduite du père? Si le respect filial les empêche de se plaindre tout haut, ne diront-ils pas, du moins, en eux-mêmes : « Mon père trahit sa mission, en négligeant mon éducation première. Il sacrifia au club le bonheur de sa famille... Ce fut un homme de plaisir, un

égoïste. Il n'eut pas le courage de se dévouer pour ses enfants. »

LE CLUD ET 8Es DANGERS

Fatal à la famille, fatal à l'éducation des enfants,

tentations des plus dangereuses : je veux dire le

jeu et la boisson.

Au club on joue.

Or, de l'avis de tous les m reste

oralistes, confirmé du Par l'expérience quotidienne, nulle passion

Se ne e ren en SR ET RTE pee

2 Te FRS

n'empoigne un homme plus fortement et ne le 4omine plus complètement que la passion du jeu. Explique qui pourra cette influence étrange, elle existe, le fait est indéniable. Le jeu fascine, il subjugue, magnétise; il enlève à l'homme tout esprit de réflexion, toute prudence et toute sagesse. On dirait une folie passagère qui s'empare de lui et, pour un temps, le rend esclave inconscient d'une force irrésistible.

Le joueur ne voit plus qu'une chose : le gain qui est là, sous ses yeux, et qu'un heureux coup de dé, un hasard de cartes, peut faire sa propriété. S'il gagne, il doublera aussitôt sa mise pour gagner davantage... S'il perd, il s'obstinera au jeu, afin de ressaisir la chance qui l’a trahi. S'il perd encore, la fièvre n’en deviendra que plus intense, l'orgueil s'en mêlera, l'homme doublera, il tripera l'enjeu, il risquera tout, et très souvent perdra tout aussi, prêt à recommencer cependant, dès qu'il aura quelque argent en main.

Où est le joueur heureux qui, dans une veine de succès, arrête son ambition et sait dire la parole de prudence : Assez! c’est fini. Où, le joueur malheureux qui, après quelques tentatives infructueuses, ne franchit jamais la limite assignée d'avance à ses risques? Après de lourdes pertes, il sort du club la rage dans l'âme, jurant ses grands dieux que, de sa vie, il ne touchera plus aux cartes... et le lendemain soir, il est le premier à la table de jeu. La fièvre l’a ressaisi et le brûle plus fort que jamais.

Ne connaissez-vous point dans votre entourage de

ces esclaves de la passion du jeu? des marchands,

des &v. "ts, des hommes d'affaires, des pères de fa-

mille qui perdent des dix et vingt piastres dans une soirée au club?

Ne connaissez-vous point des homines qui livrent au hasard des cartes des centaines de piastres appartenant à leur famille ou à leurs créanciers?

Enfin, ne connaissez-vous point des marchands, de paisibles bourgeois, qui, après avoir amassé par un travail pénible une fortune considérable, saisis soudain par la passion du jeu, se sont mis à gaspiller follement des milliers de piastres?... Il a fallu de. mander promptement protection à la loi pour sauver les débris d’une fortune qui fondait au jeu, comme la neige aux rayons du soleil. Trop souvent, cette passion ne mène-t-elle pas négociants et hommes d'affaires à la banqueroute, et parfois même au crime ct au suicide?

Le marchand qui a pris au club l'habitude de jouer, s'acharnera, la nuit entière, à poursuivre un gain qui sans cesse se dérobe à son avidité. Il lui sera impossible de suivre son commerce de près; bientôt des pertes considérables arriveront, il lui faudra déposer son bilan. La passion du jeu l'aura mis en faiilite.

L'homme de confiance, le caissier de banque, le dépositaire de fonds publics, fasciné, lui aussi, par la passion du jeu, et le désir de s'enrichir vite, grâce à des spéculations heureuses, risquera l'argent de ses clients dans quelques coups de Bourse, quelques entreprises nouvelles, annoncées à grand renfort de

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