‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 56 sur 201 · CON · texte numérisé non relu

CON

raison, le temps où la mère doit sérieusement songer à former le caractère de sa fille et cesser enfin de la traiter comme une jolie poupée avec laquelle elle aimait à jouer à la maison. Mais les habitudes sont prises... Le moyen de changer de conduite vis-à-vis de cette enfant adulée jusque-là avec passion! Aussi la mère, écoutant de plus en plus les conseils du démon, continuera-t-elle à favoriser des penchants dangereux qui déjà se sont glissés dans cette jeune âme.

La petite fille est vaniteuse par instinct, comme le sont du reste, à cet âge, et même plus tard, toutes les filles d’Eve. Elle aime ce qui attire l’attention sur sa personne et la fait admirer. Au lieu de donner à son enfant des leçons de modestie et de simplicité chrétienne, la mère encourage, au contraire, ces tendances à la coquetterie, autant pour se faire plaisir à elle-même que pour contenter les désirs de sa fille.

Elle lui achète de belles toilettes et des robes de prix... Elle l’orne de colliers de perles bleues ou blanches, sans oublier, bien entendu, les pendants d'oreille, les bracelets et les bagues (les petites filles, comme les grandes, aiment beaucoup tous ces jolis colifichets); enfin elle pose sur la tête de son enfant un gigantesque chapeau, orné de plumes ct de rubans qui flottent au vent et ondulent avec grâce.

La toilette est terminée : la petite chérie est prête pour la parade. Fière de son idole, la mère invite parents et voisines à faire cercle autour de la fille,

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parée comme une poupée à l'étalage… Et l'on s'exclame avec admiration : « Ah! mais qu'elle est donc gentille! Comme elle a bonne minel.… Quel amour d'enfant! »

Et l'amour d'enfant se rengorge. Comme un petit pigeon vaniteux, elle se pavane et fait la roue, elle redresse sa petite taille el se laisse admirer, tout en étant la première à s'admirer elle-même.

Vous rendez-vous bien compte, Madame, des résultats qu’une pareille conduite produira plus tard?

Je vais vous le dire franchement.

Vous êtes là en train de faire l'éducation d’une enfant qui ne rêvera bientôt que parure et admirateurs. Quand votre fille aura ses dix-huit ans, il lui faudra des toilettes coûteuses et brillantes, des rubans et des fleurs, des bracelets et des bijoux de prix... Or, quand on possède de si belles choses, ce n'est pas, bien entendu, pour les tenir cachées à la maison... 11 faut les exhiber sur la rue... Et votre fille passera une grande partie de la journée à se promener sur les trottoirs de la ville, en quête d'admirateurs. Elle en trouvera.

Alors, vous, la mère, vous regrettcrez amèrement d'avoir développé chez votre fille ce goût de luxe el de coquetterie, Alors vous aurez bien des inquiétudes sur la conduite de votre enfant. Vous pleurerez à la maison. Ce sera trop tard. La jeune fille ne quittera plus désormais la voie dangereuse où vous l'avez poussée vous-même.

Puisse cette voie ne pas la conduire un jour à l'abîme!

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