‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 63 sur 201 · COLLÈGES CLASSIQUES · texte numérisé non relu

COLLÈGES CLASSIQUES

Avant de finir ce sujet de l'éducation, qu'on me permelte une courte digression, à propos du collège classique et du rôle qu’il joue dans nos sociétés modernes.

Nombreuses et vivlentes ont été en France et dans les vieux pays les attaques dirigées contre l’enscignement classique, surtout tel qu’il se donne dans les institutions tenues par des religieux. Ces collèges ne sont plus à la hauteur de leur mission. Ils ne répondent plus aux besoins modernes. Ils ne forment pas des hommes capables de se pousser, ‘le se débrouiller dans la vie!

Ces plaintes ont traversé l'Océan, elles ont trouvé de l'écho sur les bords du Saint-Laurent. On s’en souvient, il y a quelques années, une certaine presse

fit toute une campagne contre nos collèges dirigés par des religieux et des prêtres. Partout, dans les salons et dans les assemblées publiques, on répétait la phrase fatidique, lancée par les journaux de Pari: : « Les collèges classiques ne répondent plus aux besoins de notre temps. Ils ne savent pas former des hommes pratiques... Il nous faut autre chose. » Cette accusation est-elle fondée?… L'enseignement classique est-il vraiment en décadence? Doit-il changer ses méthodes pour répondre aux exigences de nos jours et former des hommes? Traiter ces questions à fond serait en dehors de mon sujet et nous mènerait trop loin. Je me bornerai donc à quelques remarques, fruit d’une expérience personnelle, ou écho fidèle de ce que disent les supérieurs et profes-

seurs de collèges pour expliquer des échecs partiels qu'on leur reproche avec tant d’amertume.

Les collèges classiques ne répondent plus aux besoins du temps présent.

N'y a-t-il pas là un malentendu? Faute de comprendre le but de l’enseignement classique, ne lui demandez-vous pas ce qu'il ne peut pas et ne veut pas donner à vos enfants?

Quel est, en effet, le but du collège classique? 1] cultive, l’une après l’autre, toutes les facultés de l'âme pour découvrir celles qui sont plus riches et leur donner ensuite une attention toute particulière, C'est dans ce dessein que l’on enseigne la littérature, l'histoire, la poésie, les mathématiques, la philosophie et les sciences naturelles. A Ja fin de son cours,

le jeune ‘colier sait queis sont les côtés forts ou les points faibles de son âme. 11 sait dans quelle direction il doit pousser ses aptitudes innées, avec le plus de chances de succès … s’il doit étudier la loi ou la médecine, ou encore s'appliquer à la littérature, à l'histoire, aux sciences pratiques.

Le collège prépare à tout, mais il ne peut pas tout enseigner. « Le cerveau d'un jeune homme n'est pas une boîte à tout mettre; autrement, remarque avec bon sens M. Everett, on arriverait comme résultat final à un pot-pourri de connaissances disparates et mal digérées, qui ne mènerait à rien. »

L'éducation classique doit préparer le jeune homme à exprimer plus tard ses idées avec élégance et lo- £ique, à tenir la plume dans les journaux, à prendre part aux luttes politiques, aux assemblées délibérantes de la nation. Elle fait de lui un homme qui pense avec j”" e, écrit avec netteté, parle avec force et hab: ‘est là tout ce qu'on peut demander en jus e au collège classique. Sa mission lé Va pas au delà. Si vous désirez pour vos enfants des enseignements qui font la matière spéciale des cours de commerce et des écoles polytechniques, vous “ous trompez de porte : allez frapper ailleurs.

Le collège classique remplit-il sa mission?

La meilleure réponse à cette demai de est celle que l'honorable M. Mercier, premier ministre de la Province de Québec, donna à Ia Conv-ntion du collège Sainte-Marie, à Montréal, en 1890.

« Messieurs, dit-il, vous savez ce que l’on affirme

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de l'éducation donnée par les collèges classiques. Eh bien! Messieurs, nous tous ici présents, membres du gouvernement, avocats, médecins, hommes d'affaires, anciens élèves des RR. PP. Jésuites, sommesnous donc disposés à admettre qu'ils n’ont su faire de nous que des fruits secs et des mal élevés? »

Un immense éclat de rire accueillit cette bc' ade.

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