‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 69 sur 201 · TRAHISON MATERNELLE · texte numérisé non relu

TRAHISON MATERNELLE

Télas! chose étrange et déplorable tout à la fois! Nombre de mères, par leur conduite imprudente, sont, au contraire, le principal danger que les jeunes filles rencontrent à la sortie du couvent.

Au lieu de les aider à se faire une vie sérieuse ct réglée, elles les lancent de gaîté de cœur dans une existence toute de désœuvrement et de frivolité.

Au lieu de les protéger contre les dangers de leur âge et de leur situation, elles les exposent aux tentations les plus séduisantes et les plus irrésistibles.

On dirait vraiment que, du jour où les jeunes illes rentrent au foyer domestique, ces mères imprudentes et coupables prennent à tâche de ruiner, le plus promptement possible, l’œuvre laboricuse de longues années de couvent.

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Comment se fait ce travail funeste?

En prêtant une oreille complaisante aux conseils perfides que le démon donne à la fois à la jeune fille et à la mère.

Quels sont ces conseils? Nous allons le dire.

COMMENT UNE MÈRE DE FAMILLE PEUT RUINER EN QUELQUES MOIS L'ŒUVRE DE LONGUES ANNÉES DE COUVENT

Cette triste besogne est faite d'ordinaire par des mères qui adorent leur fille, selon l'expression païenne du jour, c’est-à-dire des mères qui, après avoir gâté leur enfant autrefois, vont les gâter encore, à leur retour du couvent.

La jeune fille, durant les années de son éducalion, cédant peu à peu à la douce influence de ses maîtresses et à leurs Sages conseils, lutta avec succès contre les tendances mauvaises de son tempérament, Flle s’est accoutumée au travail et à la discipline, elle se résigne sans trop de mauvaise grâce à faire des sacrifices qui coûtent à son égoïsme. Tout cela est encore bien faible, il est vrai: ces germes de vertu n'ont que des racines bien délicates, mais pourtant si 4 inère savait les cultiver avec intelligence, elles donneraient plus tard des fleurs et des fruits.

Mais la mère ne sait pas cela. Elle n'a aucune idée des devoirs si importants qu'elle devrait rem- Plir. Elle ne voit qu’une chose : son enfant chérie a

fini son éducation, et la voilà enfin revenue à la maison. Il n'y a plus maintenant qu’à lui faire la vie aussi douce que possible, à l’amuser, à l'introduire dans le monde pour qu’elle trouve bientôt un bon parti. C’est là tout l'horizon de la mère. De règlement de vie, d’occupations sérieuses, de sages conseils pour l'avenir, la mère n'en a cure.

La jeune fille sera libre. libre de son temps, libre de ses actions, libre de sa journée. Et les vieilles tendances, si péniblement refoulées au fond du cœur, vont bien vite remonter à la surface. Elles feront entendre une voix toujours aimée, elles réclameront, pour un temps du moins, la direction de ja vie, promettant des choses si suaves, des plaisirs si charmants, une existence si séduisante que la jeune fille ne saura guère y résister.

Et les résolutions du couvent sont mises de côté.

— On ne se conduit pas dans le monde comme au couvent.

— J'ai travaillé assez longtemps pour me reposer un peu maintenant.

— C'est ma première saison dans la société, il faut bien que je m'amuse... C’est de mon âge.

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