LE MONDE ET LA JEUNE FILLB
Le monde paraît si beau, quand on le regarde avec des yeux de dix-huit ans! Ses plaisirs sont si enivrants! Ses fêtes si éblouissantes, si pleines de séduc. tions charmantes! Comment croire que, dans ces riants parterres, rampent des reptiles dont le souffle empoisonné donne la mort? Le moyen de s’imaginer qu'au fond de ce ciel bleu, tout resplendissant de lumière, se cachent des orages qui peuvent dévaster l'âme et ruiner la vie entière!
La mère aura le devoir, tout en laissant sa fille jouir d'amusements qui sont de son âge, de lui en signaler les côtés frivoles et dangereux. Le plaisir peut être un délassement honnête de la vie, mais il ne saurait en être le but. Il ne faut donc jamais lui donner le cœur tout entier. Le bonheur durable est dans une vie calme et sérieuse, toute faite de bonnes œuvres et de sacrifices.
— Eh quoi! parler de sacrifices à une jeune fille qui entre dans ses dix-huit ans, et qui sort du couvent!
— Mais oui, Madame, il faut parler de sacrifices à à votre enfant. Il faut lui faire entendre ce mot, bien qu'il sonne durement à l'oreille d’une jeune fille de dix-huit ans; il faut surtout le lui faire comprendre
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et accepter de bon crur. Le sacrifice n'est-il pas Île prin quotidien de la femme, de la mère de famille? Mais en même temps n'est-il pas le secret de sa force et la cause de l’heureuse influence qu'elle exerce sur tous les membres de la famille? Bientôt votre fille sera à la tête d'une maison. Elle doit donc, sous l'œil de sa mère et sous sa direction, faire l'apprentissage de la vie sérieuse, c'est-à-dire de la vie de sacrifices, si elle veut, plus tard, faire honneur à ses devoirs et rendre son mari heureux.
A dix-huit ans, l'imagination est vive et la sensi. bilité facile à émouvoir. Volontiers, si on les laissait faire, ces deux folles du logis prendraient la direction de la tête et du cœur.
La mère sera là encore pour prévenir ce danger.
Avec prudence, elle guidera sa fille à travers des sentiers couverts de fleurs et l’empêchera de s'égarer dans des chemins détournés et dangereux. Avec sagesse, elle lui apprendra à bien juger ce qu'elle voit et ce qu'elle entend : elle l'aidera à tenir d'une main toujours ferme le gouvernail de la raison.
Tous ceux qui s'approchent de la jeune fille ont le sourire sur les lèvres, et lui adressent des paroles flatieuses; ils s’étudient à deviner ses goûts et se disent heureux de prévenir ses moindres désirs. Comment croire que ces gracieux sourires sont faux? ces paroles, mensongères et trompeuses? Comment Simaginer que, sous des dehors si fascinants, se cachent trop souvent le visage d’un lâche et le cœur d'un traître?
L'œil plus exercé de la mère découvrira les pièges qu'on voudrait tendre à l’inexpérience de sa fille, elle l'aidera à déméler le caractère véritable et la valeur réelle des prétendants qui l'entourent. Sans violenter en rien les inclinations de son enfant, elle attirera habilement son attention sur le jeune homme, moins brillant peut-être que ses concurrents, mais plus sérieux, au cœur vaillant et droit, aux qualités solides, qui, de loin, présente modestement ses hommages à la jeune fille. Ainsi la mère prépare une union qui aura toutes les chances probables de bonheur.