LA MÈRE DEVIENT MAÎTRESSE DE PENSION
Pas davantage songera-t-elle à visiter de temps à autre la chambre de sa fille, à examiner les albums et les tiroirs... surtout à surveiller la correspondance.
— Allons donc, y pensez-vous! Pareille conduite ne serait-elle pas une inquisition intolérable?... J'ai
pleine confiance dans la sagesse et la prudence de
; 2. mon enfant... Pourquoi lui témoigner une méfiance walte qui l'irriterait et lui ferme.ait le cœur? Je préfère ee Le des confidences volontaires à ce système d'espionnage se à qui me répugne. D'ailleurs, ma fille a ses dix-huit ans, elle peut donc désormais se conduire par elletes même.
rêt — Madame, voilà de bien gros mots pour flétrir bee une pratique employée par toutes les mères sou- Le cieuses de préserver l'innocence de leurs filles. Eh LL quoi donc! Protéger voire enfant contre les mauvais ER livres ou les dangers d’une correspondance malsaine, vous semble une inquisition intolérable!... Prévenir 7 des liaisons perfides ou empêcher de jeunes libertins LE de tendre des pièges à l’inexpérience de votre fille, près est à vos yeux un espionnage honteux! Alors, Ma- . dame, allez plus loin encore. Donnez à votre fille une . clef spéciale, qu'elle puisse sortir de la maison et y rentrer aux heures qui lui conviendront, sans que personne lui demande compte de ses démarches. Mettez-vous sur le pied d’une vulgaire maîtresse de pension qui donne le gîte et le couvert, mais n'a aucun droit de savoir les secrets de ses pensionnaires… Votre fille, dites-vous, a ses dix-huit ars, elle peut désormais se.conduire par elle-même... vous n’en s à êtes plus responsable.
es C'est une grosse erreur, Madame. La mère reste Soi chargée, par ordre de Dieu, de veiller sur la conse duite de sa fille tant qu'elle n'est pas mariée et
= qu'elle habite sous le toit paternel. Cesser toute ai
surveillance, au moment même où celle est le plus
nécessaire, n’est pas seulement complaisance lâche
et coupable, c’est, disons le mot, une véritable tra. hison des devoirs maternels.
Avant d'aller plus loin, résumons, si vous le voulez bien, Madame, les observations que nous avons faites sur votre jeune fille depuis sa sortie du couvent.
Paresse et indépendance absolue de toute règle, lecture de romans dangereux ou mauvais, promenades et visites nombreuses : voilà ce qu'est aujourd'hui la vie de votre jeune fille.
Si l'amour maternel ne vous mettait pas un triple bandeau sur les Yeux, vous remarqueriez aussi en elle un changement regrettable. Ses manières sont bien plus libres, bien plus dégagées qu'autrefois. Son humeur devient inégale et fantasque : tantôt folâtre et gaie comme un oiseau du printemps, tantôt réveuse et mélancolique comme un je" du mois des
morts. Durant de longues heures ASsise dans sa berceuse, les mains croisées l’une sur l’autre, les yeux dans le vide, elle songe aux romans qu'elle a lus, à celui surtout qu'elle se fait dans le cœur.
La piété du couvent s’est bien évaporée, au contact du monde. La retenue élégante, la modestie d’autrefois ont fait place à des allures hardies, assurées, paris même presque provocantes, maïs à coup sûr fort nesséantes. Oui, elle a fait du chemin, la petite Peñsionnaire, depuis six mois à peine qu’elle respire l’air du monde!
vou- ‘ons ou-