TROP D’INSTRUCTION
Une autre cause, à mon avis, contribue fort à bouleverser les conditions sociales et à rendre bon nombre d’hommes malheureux... La dirai-je?... Ce sera Sans doute provoquer bien des récriminations. N'importe! Libre à d’autres de ne pas partager cette opinion, si vous ne la croyez pas juste.
Voici... N'avons-nous pas trop d'écoles supérieures? trop de high :chools?… peut-être même trop de collèges classiques? ou du moins, trop d'en-
fants d'ouvriers qui suivent les cours de ces collèges classiques?
Je l’avais bien prévu... Tout le clan des progressistes et des réformistes se lève comme un seul homme et clame anathème à pleins poumons.
« Eh! le voilà bien, ce rétrograde et cet obscurantiste! Le voilà bien, cet éteignoir qui voudrait tenir le peuple dans l'ignorance et la servitude. Trop d'instruction! mais, allons donc! l'instruction n'estelle pas aujourd'hui le secret du succès? la cle! de toutes les carrières? ne mène-t-elle pas à tout? Plus un homme est instruit, plus il a de chances de réussir dans la vie... »
De grâce, Messieurs, un peu de calme, ne vous échauffez pas si vite. Peut-être, en nous expliquant, aurons-nous chance de nous entendre
De l'instruction pour tous les enfants du peuple.
Oui, j'en suis.
La même instruction pour tous les enfants du
peuple.
Non, je n’en suis pas.
Une instruction en rapport avec la situation qu'on doit occuper dans la vie.
Oui, j'en suis encore.
Une instruction bien au-dessus de cette situation et convenable seulement pour des carrières sociales plus élevées.
Ah bien! non, je n'en suis plus.
Tous les enfants d'ouvriers ne sont pas appelés à devenir clercs de notaire, commis de magasin, caissiers de banque ou comptables. Alors pourquoi leur donr?r une instruction si fort au-dessus de leur condition et propre seulement à en faire des mé contents ou des déclassés?
Je ne suis ni le premier, ni le seul à protester contre cet abus de l'instruction chez les fils du peuple. Les journaux des Etats-Unis, cette terre classique de l'instruction, se plaignent du trop grand succès de leurs high schools.
Les jeunes gens qui en sortent dédaignent les arts mécaniques et laissent les métiers aux fils des émigrés. Ce qu'il leur faut, à eux, ce sont des situations où ils puissent vivre dans le confort et s'en richir vite par des spéculations heureuses. Mais vous savez la suite :
Les situations manquent.
Les spéculations ratent et font des victimes.
Et les brillants élèves des high schools deviennent des déclassés, des mécontents, souvent même des criminels, qui finissent par la cour d'assises et le pénitencier.
Ne sommes-nous pas en train de suivre les mêmes errements, pour aboutir au même résultat?