‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 91 sur 201 · LE DIABLE LE SAIT BIEN · texte numérisé non relu

LE DIABLE LE SAIT BIEN

Aussi, cherche-t-il, par tous les moyens possibles, à se faire accepter come compagnon et comme maître. S’il y réussit, il est ensuite certain de garder, durant de longues années, le gouvernail de cette âme.

Afin d’avoir plus de chances de succès, il s’efforce d'enrôler les parents eux-mêmes dans cette entreprise fatale. Il leur suggère une conduite lâche et coupable qui, au lieu de combattre des tendances ee dangereuses, les encourage et les laisse devenir des habitudes vicieuses.

À l'oreille du père, il murmure de perfides con- % seils. ji

— Le garçon a ses dix-huit ans... Il est donc assez | raisonnable pour se conduire par lui-même. Désor-

mais, il serait inutile de s'informer s’il va à la messe le dimanche et s’il se confesse : c’est son affaire

Pourvu qu'il ne prenne pas d’habitudes trop grossières, qu’il ne sacre pas, qu'il ne s’enivre pas, qu'il ne vole pas, le reste est assez indifférent...

Qu'il se promène avec ses amis, qu'il fréquente les bals et les spectacles, qu'il s'amuse comme bon lui semble, tout cela est de son âge... « Il faut bier que jeunesse se passe. »

À la mère le démon conseille l’indulgence, une indulgence sans limites. Qu'elle soit disposée à tout excuser, à tout pardonner, à tout souffrir.

Elle aime tant son fils.

Ne serait-ce pas pitié de contrarier ses goûts et de lui faire de la peine? Chez lui, du reste, si la tête est légère, le cœur est bon: s’il fait quelques fredaines, le temps le corrigera.. Tor.jours la vieille histoire. D'après ces principes, la mère éleva son garçon ou plutôt le gâta dans son enfance; aujourd’hui qu'il a ses dix-huit ans, elle n’est pas pour changer de conduite.

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