‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 18 sur 45 · AST0K · texte numérisé non relu

AST0K

Patience! Vous allez comprendre.

ROBERT

Mais...

GASTOlf.

Ahl TOUS m'avez demandé Fexposition; ne sautez pas jusqu'à la crise I

ROBERT

Soit! exposez.

Un silence. — Le domestiqae rentre et sert le xérès. GASTON.

Avez-Yous jamais assisté à ime séance de réception àTAcadémie?

ROBERT

Non.

GASTON

Tant pis!.... pas pour vous, pour ma comparaison. Enfin!... Tl est un petit membre de phrase que le nouvel immortel doit toujours placer dans Téloge du défunt, — son prédécesseur, — et que voici : « Messieurs, l'homme éminent auquel je succède sans le remplacer parmi vous... etc.. • Peu importe le reste, pourvu que cela 7 soit. Eh bien, madame de Trye, dès avant son mariage, avait beaucoup réfléchi. Très fine, très sagace» très revenue de tout, — sans y être allée — , cette petite femme s'est dit qu'il ne lui suffirait pas, comme c'est l'usage, de succéder aux maîtresses de son mari, qu'elle les remplacerait. Et elle les a remplacées!... Éclat de toilette, liberté de propos et d'allures, rage de distractions, elle a recueilli tout Thérilage du vice bruyant et frivole pour en user sans ménagement ni scrupule. . Elle pensait le purifier au service de cette cause non-

velle,... — la bonne cause ! c'est-à-dire la joie du ménage.. . Excitée d'ailleurs, et piquée au jeu par Texemple de sa plus intime amie, une Américaine excentrique, madame Betsy Smith, elle s'est dit : <( J'aurai de plus que les honnêtes femmes, les séductions des autres ; j'aurai de plus que les autres l'honnêteté des premières. Je serai une maîtresse reconnue par le code et bénie par l'égUse ; mon mari sera mon amant légitime ; je commencerai, moi, ma vie de garçon, le jour où il croira avoir enterré la sienne, et nous aurons l'air d'attendre le mariage, à la faveur du mariage même. Et voilà le secret de sa puissance!... Contre le monde elle a pour se défendre son intention qui est pure, son amour qui est vrai, sa conduite qui est au fond irréprochable. Contre le demi-monde elle a cet art de le vaincre en l'imitant, et cet orgueil de passer au bras de son mari devant l'escadron fringant des beautés du jour en murmurant tout bas: « Regarde-les, mon ami; regarde-les bien, je suis tranquille, va I La plus coquette, la plus originale, la plus illustre ne l'est pas autant que moi ! » Aussi faut-il voir comme elle joue intrépidement avec les apparences, et comme elle sait gré à ceux qui s'y trompent ! Ce matin, je jurerais qu'elle a été ravie de votre hésitation d'un moment. C'est un hommage à son talent. Elle adore ces méprises dont une autre s'indignerait ; et quand le garçon du cabinet où elle a mené souper son mari propose quelque menu savant, avec un coup d'œil d'intelligence, elle est plus fière cent fois qu'une petite dame prise pour une grande. Bref, elle a résolu bravement, fièrement, que son mari n'aurait plus de maîtresses, et elle a compris qu'il n'était pas assez vertueux pour se contenter de sa femme ; de là ce joli monstre qui vous déconcerte : la femme-maîtresse... C'est à ce prix, mon cher, que madame de Trye est restée jusqu'à ce jour maîtresse femme chez elle.

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