‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 19 sur 45 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ROBERT

Ainsi c'est par système que madame de Trye s'est rayalée à ce rôle?

GASTON

Ravalée ! fi ! le gros mot I Elle a pris ce r61e par plaisir d'abord, elle Ta gardé par système ensuite.

ROBERT

Et ce beau système lui a réussi?

GASTON

Oui, jusqu'ici, ma foi !... En se mariant, de Trye, un peu fatigué, comme vous savez, avait cru sincèrement qu'il entrait au port. Et puis, que voulez- vous? Il s'est laissé persuader sans peine de refaire sous le pavillon régulier les courses qu'il avait faites en écumeur de plaisirs... Hé! donc! vogue la galère! Loin de contrarier la manœuvre ou de la modérer seulement, il l'a précipitée. Il n'a pas, mon Dieu! corrompu sa femme : il l'a gâtée seulement. Il n'eût pas semé sans doute les mille jolis défauts dont vous la trouvez fleurie; mais, les voyant éclore,il les a cultivés.

ROBERT

Et vous jugez tout cela...

GASTON

Oh! je ne juge pas. J'explique.

ROBERT

Vous n'avez pas d'opinion!...

Si fait!... Mais j'en ai plusieurs. Tout dépend du point de vue. Ah! si j'étais comme vous un libéré de notre aimable corruption parisienne, retrempé dans un bain de vertus militaires et sanctifié par cinq ans

de purgatoire à Fétranger, je déclarerais que madame de Trye...

ROBEBT.

Pardon, si j'interromps mon oraison funèbre j mais je veux votre avis : le mien, je le connais.

GASTON

Diable ! C*est une profession de foi que vous me demandez, alors?

Si vous voulez.

ROBERT

Moi qui n'ai justement ni foi niprofession!... Enfin!... mon avis, c'est tout uniment que madame de Trye fait devant nous une expérience des plus piquantes : — nous devons l'en remercier; — et que, si l'expérience parait un peu scabreuse et suspecte, l'assentiment du mari l'excuse et l'absout. Quant à lui, je pense qu'il n'est jusqu'ici pas à plaindre. En ce monde, les uns n'ont que leur femme, les autres que leur maîtresse : c'est maigre ; j'en connais qui ont femme et maîtresse : c'est cher ; de Trye, lui, trouve une maîtresse dans sa femme : c'est ce que j'appelle un luxe économique. Qu'en dites- vous ?

ROBEBT.

Moi, voici" tout net mon sentiment. Avoir une femme est bien, une maîtresse... moins bien ; femme et maitresse, mal; mais faire de sa femme sa maltresse...

GASTON

C'est pis encore ?

ROBEBT.

Oui.

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