‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 3 sur 45 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GASTON

C'était délicat.

GEORGES

N'est-ce pas? tout simplement !

ODETTE, gaiement.

Je n'aime pas, moi, qu'on fuie ses souvenirs 1

GASTON

Vous lui avez rendu délicatesse pour délicatesse: c'est édifiant!... On a gardé l'appartement..,

Et le mobilier !

GASTON

Il n'y a de plus qu'un berceau, depuis quatre mois... ; mais c'est si peu de chose, ça ne se voit pas en entrant... C'est égal... Ghampdieu va être étonné!... Moi, • il ne me reconnaîtra peut-être pas : je suis si peu changé!

ODETTE

Oh! oh!

GASTON

Je suis toujours un jeune homme!... Georges n'est plus Georges que pour vous et quelques amis ; pour tout le reste, il est M. deTrye! Moi, je ne suis M. Morère que pour la poste et le télégraphe ; pour tout le monde je suis toujours Gaston.

GEORGES

Il a raison !

ODETTE

Et même Toto pour certaines personnes!

GASTON, à Georges.

Mais toi ! Marié ! Père de famille ! Le plus dur, c'est père de famille ; car le mariage encore, bien accommodé, comme chez vous, à la sauce piquante... on n'en, sent pas trop le goût. . . Ah ! vous n*avez pas làdessus les idées de mon valet de chambre.

ODETTE

Vous dites?...

GASTON

Rassurez -vous, je Fai renvoyé. Il battait sa femme.

GEORGES

Ahlah!

GASTON

Parce qu'elle lui faisait des agaceries.

ODETTE

Comment?

GASTON

Il m'a dit un jour : « Monsieur, à mon ^idée, le mariage, c'est comme quand j'allume le feu. Faut d'abord du petit bois pour faire prendre la bûche : ça pétille, ça flambe, ça fait des embarras du diable... Oui, c'est ça qui allume, mais ce n'est pas ça qui chaufl'e... Tant qu'il faut remettre du petit bois, c'est signe que la bûche n'est pas prise. . . Une fois prise, à quoi bon ?. . . » Et comme sa femme voulait en remettre, il lui donnait des taloches...

GEORGES

Il n'avait pas tort !

GASTON

Plains-toi donc, frileux ! — Je l'ai mis à la porte, (a Odette.) Eh bien! vous, vous êtes pour le petit bois...

AGTB PREMIER 7

Ma foil c*est gai à voir, et les amis qui passent peuvent se chauffer le bout des doigts à la flambée... Va donc pour le mariage 1 Pendant deux ans vous m'avez fait envie,savez-vous?A moi, ainsi... Oui, ma parole!... Mais quand je pense à l'événement que nous venons de célébrer !.'.

ODETTE

Mais, Gaston, Dieu me pardonne! vous attaquez la famille !

GASTON

Non, là, vraiment, la famille a du bon ; mais le nombre de ses membres devrait être strictement limité À deux.

GEORGES

Les membres fondateurs.

GASTON

... Qui ne fonderaient rien du tout !

ODETTE

Bah !... Numéro detis,.,

Voilà im argument que je ne comprends pas.

ODETTE

Vraiment?

GASTON

Oui ! J'ai toujours pensé avec Henri Heine que si les Romains avaient dû apprendre le latin, ils n'auraient jamais eu lé temps de conquérir le monde... Aussi, ne î'ai-je pas appris.

ODETTE

Et vous avez fait beaucoup de conquêtes?... ADez, ne vous vantez pas de votre ignorance, mon cher: ça ne

prouve rien... J*ai vu dans le monde bien des gens parfaitement sots et qui ne savaient pas le latin.

GASTON. '

Et moi des gens fort spirituels, quoique le sachant... La preuve...

ODETTE, relevant sa jupe el découvrant son bas.

Oui, VOUS voyez, coins brodés bleu !

Quelle folle !

GASTON

Charmant, au contraire! Dans quel collège avezvous été?...

ODETTE

Au collège de France, à la Sorbonnel...

GASTON

Tenez 1 encore une chose : votre instruction!... Ces cours, — où Ton va comme aux courses, — si vous croyez que maintenant vous aurez le temps...

ODETTE

Eh bien ! je me consolerai : il y a des compensations. Je gage que Bébé m'amusera 1

Georges prend le Figaro, GASTON.

Oui, de deux à cinq ans et de trois heures à quatre, comme une poupée 1

ODETTE

Pas comme un professeur... c'est sûr!...

GASTON

Au reste, jusqu'ici, vous avez encore la paternité et la maternité assez gaies : à voir notre déjeuner, per-

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