ACTE PREMIER
sonne n'aurait soupçonné que c'était une fête de famille... Mais quand vous serez comme les d'Ambertî Avez-vous jamais assisté à leurs petits dîners d'anniversaire?... Ils sont fréquents : un enfant tous les ans, c'est réglé; or, ces gens-là fêtent scrupuleusement toutes les étapes de leur intimité bourgeoise : il y a l'anniversaire du premier baiser, celui des fiançailles...
ODETTE
Mon cher, vous changez l'ordre!
GASTON
C'est juste. L'anniversaire des fiançailles, celui du premier baiser...; celui du mariage, celui de la naissance du premier enfant; celui de son baptême, celui de son premier pas...
ODETTE
Eh bien! n'est-ce pas gentil?... Plus il y a de fêtes... (a Georges.) Mais, laisscz donc votre journal.
GASTON
Et ainsi pour chaque enfant... Il y en a quatre! Aussi d'Ambert, qui lisait ou écrivait jadis sept heures par jour — c'était, Dieu merci, le seul travailleur de mes amis! — depuis son mariage, d'Ambert n'a produit qu'un méchant petit volume; en revanche, il a fait paraître ses quatre enfants!... Quatre enfants ! Je vous demande un peu si c'est naturel!
A propos de livres... et les miens?...
GASTON
Sapristi! oubliés! Mais, je les ai depuis hier... Vous verrez, je vous ai choisi des reliures qui conviennent à merveille.
GEORGES
A elle?
GASTON
A ses livres! Tenez, par exemple, pour Monsieur, madame et Bébé, quelle reliure ingénieuse !... Ah ! c'est que vous avez dû le lire et le relire ce volume-là?
GEORGES
Oh! oui!...
ODETTE
Eh bien! ne Tavons-nous pas lu ensemble?
GASTON
Il était bien fatigué I . . . Enfin ! ... On a doré la tranche, on a relié le livre en velours violet avec coins, fermoir et chiffre d'argent!... Une reliura de bréviaire, vous voyez.
ODETTE
De bréviaire? Vous n'êtes pas bête, vous! Si jamais j'ai besoin de vous, mon cher, — Georges, vous entendez! — je vous ferai signe!... Georges! vous n'êtes pas même jaloux aujourd'hui; vous avez la digestion triste, mon ami. Tâchez de vous égayer! Fumez au moins, si vous ne parlez pas. Voulez- vous que je vous
donne l'exemple? (Elle prend une boite de cigares sur la cheminée, elle en offre à Gaston qui refuse, puis elle en met un entre
les lèvres de Georges. ) Je n'ai plus de cigarettes ici, j'en vais chercher dans ma chambre. Je profiterai de l'occasion pour embrasser Bébé de votre part et demander s'il a bien déjeuné... Gaston ! veillez ^ ce que Georges ne se pende pas en mon absence, hein?
Elle sort.
Gaston!
Quoi?