‹ Mission archéologique en Arabie (volume 2)Chapitre 138 sur 156 · b, au masculin bien qu’on s’adresse à une femme cf. v · texte numérisé non relu

b, au masculin bien qu’on s’adresse à une femme cf. v

J^J3; le rédif est un second cavalier qui monte en croupe derrière

COUTUMES DE LA TIUBU ARABE DES FUQARÀ

■ le premier; ] usage arabe acceple aisément un rédif ; la monture peut le porter. Pour en porter deux, le delûl doit être de bonne race. — le sac aux provisions, de la racine munitions; 5e forme. -S

prendre avec soi des munitions de bouche. La terminaison est ici pour l’assonance comme dans tous les vers suivants. — La bien-aimée est seule sur sa chamelle à la recherche de son amant.

2. prix, valeur d’une chose; argent, d’après nos interlocuteurs;

cf.^o, établir le prix d’une marchandise. — gros crime, pécheur |

employé ici dans le sens d’ennemi. L’amant se déclare indemne de tout ce qui préoccupe le nomade : lorsqu’il voyage, il ne cherche pas le gain, il nest pas charge de dettes, il n’a point d’ennemi, il n’a pas à redouter un assassinat, il n a aucun de ces quatre grands soucis du bédouin; il n’a qu’une seule pensée, celle de sa bien-aimée.

3. a ici le sens de, excepté. — objet dallant l’œil; la femme

attire le regard par sa beauté. - = J* ; b, ô celle qui, ô toi qui. -

le V0|1° dul enveloppe tout le corps. Ses cheveux sont si lon^s qu’ils la couvrent en entier. La longueur des tresses de cheveux est une marque de beauté.

/k père de deux seins. La bien-aimée est toujours apostrophée

au masculin. Les belles et grosses grenades de Teima ont fourni le thème de la comparaison. Les seins sont rouges mais toute la personne est d’une belle blancheur comme les œufs de pigeon. c^>, leur nature.

5. serait, d’après les Bédouins, une plante rouge et blanche; cf.,^U.^., dans Dozy, Supplément...

6. cr-^U., selon l’interprétation des Arabes, est pour ^ : L ■: « ü m’a

embrasse ». Le sujet reste toujours au masculin. Lorsqu’il l’a saisie, il

ne redoute qu’une chose : la séparation; si elle l’abandonne, il mourra de chagrin.

7. Le vers septième renferme le nom propre, Sa adyeh, et achève la description.

Les degrés de parenté qui, chez les Fuqarâ, prohibent le mariage sont les mômes que ceux du Qoran. Un faqir n’épouse pas les deux sœurs quoiqu elles soienl de mères différentes. Il désire surlout prendre sa cousine «mt el-amm, et rarement il est frustré dans son espoir, car de pareilles unions sont sanctionnées par l’usage.

Il est également conforme à la tradition locale d'épouser une femme de

TRIBU ET FAMILLE

la tribu (1). Si le cheikh, pour se créer des alliances politiques, ne refuse pas d accepter la fille d’un chef d’une autre tribu ; si en certaines circonstances, il cherche môme ces relations, il ne sera pas critiqué; mais au dire des nomades, il vaut mieux s'unir avec une fille de son peuple ; c’est plus convenable et, ajoutait un bédouin, « c'est plus honorable pour nos femmes ». Ces dernières, en effet, lorsqu’elles voient arriver dans une lente une femme étrangère, sont froissées dans leur amour propre : « Un tel n’a pas trouvé d’épouse assez belle parmi nous », disent-elles, et parfois elles tout un accueil peu bienveillant à la nouvelle venue. Ce môme sentiment d attachement à la tribu les éloigne de la pensée de chercher un mari en dehors du clan. La jeune fille faqîrch n’aime pas à quitter sa terre et les siens et si une fois ou l’autre, pour des raisons majeures, quelqu’une accepte de passer dans une tribu voisine, aucune ne consentira à épouser un villageois d’el-'Ela ou de Teima. Dans ce dernier cas, elle croirait se déshonorer, car, à ses yeux, la vie bédouine esL bien plus noble que l’exisd un fcllàh. Un bédouin n’accepterait pas non plus pour femme une fille d'el-’Ela (2).

Dans tous ces usages, il est parfois difficile de saisir le principe qui régit les esprits : amour de la tribu, mépris pour les autres, sentiment de la Jorce et de 1 indépendance. Cette dernière idée nous paraît exprimée dans nne réflexion de notre guide Mohammed : « Nous ne donnons pas nos filles a des voisins, pour ne pas leur fournir le moyen de devenir plus nombreux et plus puissants que nous; nous les laissons dans la tribu pour qu’elles procréent des enfants qui nous défendront ».

S il arrive qu’une femme se marie en dehors de sa tribu, elle n’oubliera pas complètement sa parenté, et demandera à son mari l'autorisation de retourner de temps en temps auprès des siens. « C’est un dérangement et une dépense », nous faisait remarquer un bédouin. Et cette réflexion montre la tendance des Euqarà à diminuer ces sortes de mariage.

L’adoption n’est pas d’un usage très fréquent chez les Fuqarâ. Il n’est pas inouï cependant que deux époux, privés d’enfant, voulant cependant rester unis dans une môme communauté de vie et ne pas recourir h la répudiait) tjG faqîr peut épouser plusieurs iemmes. Mais au jour de la résurrection, c’est sa première épouse qui restera avec lui ainsi que la première fille qu’elle lui aura donnée.

(2) Les gens del- Ela prétendent le contraire : « ils donnent leurs filles aux bédouins, nous disent-ils, mais n’acceptent pas les leurs ».

COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQARÀ

tion ou à l’introduction d’nne nouvelle femme sous la tente du mari, recourent à 1 adoption et acceptent chez eux un enfant étranger. Celte adoption, pour recevoir tout son effet, devra être notifiée à toute la parenté par le mari. Le consentement des proches n'est pas requis pour la validité de cet acte, qui dépend de la volonté d'un homme ; mais la parenté doit savoir qu’un être nouveau est admis dans ses rangs, avec certains privilèges. Car l’adopté, présenté ainsi à toute la parenté, a droit à la moitié de l’héritage de l’adoptant; l’autre moitié est partagée entre les parents du défunt. Si l’adoptant ne présentait pas son fils adopté à ses proches, ces derniers réclameraient pour eux-mêmes tous les biens du défunt, et ne laisseraient rien au fils adoptif.

La formalité est donc requise pour assurer la transmission de la moitié de l’héritage. On observera que la moitié seule des biens passe au fils adopté tandis que chez les arabes du Nord les fils adoptifs recueillent toute la succession.

§ 4. La répudiation.

La répudiation de la femme est laissée à l’appréciation du mari qui, dans cette affaire, agit sans contrôle. Si son épouse ne lui plaît pas, il la renvoie; si elle est stérile, il la répudie; si elle ne lui donne que des tilles, il la répudie ; si elle ne le sert pas avec assez de dévouement, si elle ne travaille pas avec assez d’assiduité, si elle ne veille pas aux intérêts de la maison, il la répudie. Si elle commet une faute, si elle entretient des rapports avec un autre membre de la tribu, il la répudie. S’il s’aperçoit qu’un autre homme désire sa femme, il la répudie parfois pour faire plaisir à ce rival (1).

La formule de la répudiation est fort simple : « tallaqtuki, je t’ai répudiée » dit le mari à sa femme. Cette parole suffit pour dégager l’épouse des liens du mariage et lui donner la liberté de regagner la maison de son père. Et cependant son mari peut la rappeler au domicile conjugal. Car, de l’avis de tous, la séparation n’a pas été totale. Pour la rendre irréparable, la formule doit être complétée par l’addition des termes « 'an et-talâtah , par trois fois ». Lorsqu’un faqir a répudié sa femme par ces termes, il lui est régulièrement interdit de la reprendre. Et pourtant, même après ce renvoi solennel, le mari garde une sorte de droit sur la femme ex-

(1) Pour attester la vérité d’un fait, pour engager sa parole sous serment, le faqîr n’hésite pas à prononcer la formule : « tallciqt mar'aly, je répudie ma femme », si cela n’est pas vrai. Et dans le cas où il manquerait à sa parole, il se croirait obligé de renvoyer son épouse.

TKIBU ET FAMILLE

pulsée de son domicile. Il lui suffit de dire : « Inny mulanny bihâ , je la veux pour la seconde fois », pour écarter tout autre prétendant à sa main ; l'usage lui reconnait ce droit. S'il veut renouer parti avec elle, il recommencera simplement les démarches usitées dans les négociations de mariage (1).

Chez lesFuqara, la répudiation peut être exigée par la femme. Assurément, elle n’a pas le droit de prononcer la formule de répudiation ; cela appartient en propre au mari ; mais elle contraint moralement celui-ci à lui rendre la liberté. Et pour atteindre ce résultat, elle déserte le domicile conjugal et se réfugie sous la tente paternelle. Or ce n est pas l’usage d’employer la violence pour obliger la femme à la cohabitation. En présence de ce fait accompli, signe évident de son désir d indépendance, rarement le mari refuse de prononcer les paroles de la répudiation.

Cependant, au cas où il s'obstinerait à maintenir son droit et ne voudrait pas dire cette formule, les liens du mariage ne seraient pas dissous et la femme ne saurait convoler à d’autres noces; tout le monde la considère comme étant l’épouse du premier mari.

Même, lorsqu’elle a été répudiée officiellement, elle ne passe dans la demeure d’un second mari qu'après une preuve en quelque sorte juridique de la régularité de sa situation : car un membre de la tribu ne voudrait point s’exposer à prendre pour épouse une femme qui ne serait pas totalement dégagée des liens de son premier mari : sa témérité serait sévèrement châtiée.

Lorsque le mari répudie sa femme de son plein gré, il la renvoie avec un certain décor. Au moment du départ, il lui donne des vêlements neufs et huit à dix megîdys : c’est un droit, haqq, disent les Arabes. Mais si c’est la femme qui exige la répudiation suivant la forme expliquée cidessus, elle ne reçoit rien et se retire « avec son dos ».

Si, au moment où elle est répudiée, elle se trouve enceinte, généralement son mari lui donne une chamelle, avec une charge de blé, atin de pourvoira sa nourriture et à celle de son enfant. Mais après sa délivrance, si, le temps légal étant écoulé, elle se remarie, elle ne recevra plus rien

(1) A Teimâ, une femme répudiée 'an et-talâtah ne peut être reprise par son premier mari qu’après avoir été épousée par un autre homme, qui l'aura répudiée à son tour. Cet usage est conforme à la tradition rapportée par Bokhari (trad. Hondas, t. III, p. 637). Chaque fois qu’on interrogeait sur cette question 'Abdallah, le fils d’ 'Omar, il répondait : « Si tu as répudié par trois fois ta femme, elle n’est plus licite pour toi, tant qu’elle n'aura pas épousé un autre homme que toi ». Le vrai mariage est quelquefois remplacé par la visite du inugahhas, v. Coutumes..., p. 348. La tribu des Fuqarâ n’admet pas ce dernier usage, « il est trop avilissant », nous disait un faqlr. Il applique cependant la doctrine du Qoran, 2, 231.

COUTUMES DE LA TlîIBU ARABE DES FUQARÂ

de son premier époux qui cependant réclamera et prendra l’enfant aussitôt qu’il pourra se passer de sa mère.

Bien souvent la répudiation a lieu à la suite d’une intrigue d’amour. Le mari, voyant un rivai lui disputer le cœur de son épouse, se décide à la répudier. En cette action, parfois, il agit avec colère, croyant punir sa femme qui soupire après sa liberté; d’autres fois, il veut simplement satisfaire un ami. On rapporte à ce sujet une histoire fort connue qui mérite de trouver ici sa place.

'Olallah eben Zeidan, habitant de Teima, fut pris d'un amour passionné pour Sârah, femme du cheikh 'A bd el-'Azîzben Rumnntn; il aurait voulu l’épouser. Mais son mari veillait jalousement sur elle. 'Otallah écrivit une letlre à Sârah, la suppliant, si elle ne pouvait actuellement venir dans sa demeure, de lui envoyer un lil de soie qui lui servait à attacher sa chevelure. Il ne larda pas à recevoir l’objet demandé ; cnle prenant entre les mains, il chanta la poésie suivante, qui s’adresse au lil et à la femme en môme temps :

1. O toi qui soupires sur un sommet élevé, sur le sommet d’une haute

montagne dont 1 ombre en changeant persiste toujours ;

2. Sur moi est dirigé tout regard d’amour; mes larmes, après avoir

commencé à couler, refusent de tarir.

3. O fil, comme toi le fond de mon cœur est orné de qualités; quand je

t’ai vu dans ma main, mon cœur s’est ému.

4. Les cheveux qui couvrent la tête publient rapidement ta passion;

celui qu’elle a blessé, personne ne peut le guérir.

5. Je t’adjure, ô lil, par le créateur des choses visibles, de quelle tribu

es-tu venu, lorsque tu es descendu dans ma maison?

6. Si le fond de mon cœur pouvait s’arracher et se voir, le fond de

mon cœur, je t’affirme, n’a point de secret.

Page 1