‹ Mission archéologique en Arabie (volume 2)Chapitre 139 sur 156 · O cœur, refuse de te laisser enflammer · texte numérisé non relu

O cœur, refuse de te laisser enflammer

il y aurait pour toi danger d’être emporté par l’amour.

8. Sa salive est un miel, recueilli aux sommets des montagnes fleuries,

du sucre purifié de la région de l’Inde.

9. O douceur, ô perle, ô gazelle des pays fertiles, ô bois parfumé caché

en Egypte.

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1 . Y a ic enty ica neitha lieras misràf beras et-tûil elly zelâlah yeheffy

2. Tatry ’ alay melâmahat kul milàf lamma' nhader ’ayiû demû’y tekaffy

3. ) a silk kunnak areq qalby bilawsâf qalby teharrak yôm suftak bikaffy

4. Gâddik silk al-yasmery nâby 'l-ardàf il/y yurûhah ma laha min itaffy

à. Ana nés 'laïc ya silk behallàq al-aswuf min ayah qebilch yôm gitan melaffy

COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQARÂ

6. Lawwen ’areq el-qalb yeqdob winsâf la’qûl ' areq el-qalb ma bah tehaffy

7. Y a qalb, hayied la tewalla ' beqeryâf hatren 'alei/c nia al-habâ’ib tezeffy

8. Riqah ’asal mayrnu min ras mihâf aiü sitkran min-diret el-hind saffy

9. Y a ' adeb , ya xyâqût , y a zaby ’l-aryùf ya ’ûd rihânan bi maser haffy

§ S. Le pouvoir paternel.

Chez les Fuqarâ, le père jouit du môme pouvoir que chez les Arabes de Moab (1). Il laisse plus de liberté à ses filles au moment où se pose la question du mariage. Mais il sait se laire lespeclei, meme pai un lils indocile. Un fait raconté par Qoftan exprime clairement la conception des Fuqarâ sur ce sujet.

Un membre de la tribu, nommé Sâleh, vit un jour son fils arriver a la tente avec une chamelle prise à la razzia. Il réclame la bete poui lui, en vertu du principe : que l’enfant est au père et travaille pour le père. Le fils refuse de se désaisir de son bien, et pour échapper à 1 autorité paternelle, a recours à la protection d’un voisin par la dahalah. 11 se met ainsi en état de révolte. L’affaire est portée devant le qâdy. Par sentence judiciaire, le lils rebelle est condamné à se soumettre à la volonté de son père. Ce dernier, en apercevant son lils sous sa tente, le tue d un coup de fusil. Les Arabes approuvèrent cette action en disant : « Celui qui n’obéit pas à son père, on ne sait ni d’où il est, ni qui il est ».

Un chef de famille a le droit de chasser de sa maison son fils insoumis, mais il ne peut le priver totalement de sa part d’héritage. L’enfant expulsé viendra en temps voulu réclamer la portion qui lui appartient d’après la coutume bédouine.

Les filles ne sont pas comptées comme héritières. A Teima, elles réclament un sixième de la fortune laissée par le père, mais c est une piatique dérivée du Qoran; elle n’est pas admise par les Fuqarâ chez lesquels les enfants mâles seuls partagent 1 héritage (2). L aîné jouit du privilège

(1) Cf. Coutumes des Arabes, p. 17 ss.

(2) Si un faqîr ne laisse en mourant qu’une fille, celle-ci reçoit un tiers des biens, et laisse le reste aux parents du défunt; s’il laisse deux filles, chacune d’elles prend un tiers et les parents du défunt recueillent le troisième.

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du droit d aînesse, le droit du plus grand, haqq al-kebir ). S’il y a, par exemple, un troupeau de chameaux à partager, l'aîné en prendra un de plus que les autres ; s’il y a une somme d’argent à diviser, il réclamera le dixième en plus de sa part.

En principe, ce sont les fils et non point les petits-fils qui recueillent l’héritage. Cet usage a été transgressé dernièrement par une décision de Mutlaq, cheikh des Fuqarâ. Des quinze fils qu’il a eus, il ne lui en reste que deux ; les autres sont morts, en laissant une postérité. Mutlaq veut que ses petits-fils participent à son héritage au même titre que ses fils. Ainsi Sahab, fils de Dere'y qui est mort, recevra en héritage la part que ce même Dere y, fils de Mutlaq, était en droit d’attendre. La famille du cheikh a accepté cette mesure.

D’après nos interlocuteurs, la grande tente de Mutlaq n’appartiendra pas nécessairement à celui qui lui succédera dans l’autorité du cheikhat, mais à celui qui l’obtiendra en partage. Et ce dernier devra entretenir la femme du cheikh, si elle veut rester sous celte tente.

La belle jument de Mutlaq appartiendra à celui qui la détiendra au moment de sa mort (1).

Dans la famille, le pouvoir de l’oncle, 'amm L-c) est parfois plus grand que celui du frère. Le 'amm, oncle paternel, est plus proche parent que le hâl (JLL) oncle maternel.

§ 6. Esclaves (2).

L’esclavage, dans sa forme brutale et dégradante, est officiellement aboli dans l’empire ottoman. En fait, il existe, sous une forme mitigée, parmi les tribus arabes, et les nomades ne sont pas offusqués par l’idée de ce commerce humain. Nos interlocuteurs nous affirment à plusieurs

(1) Sur le partage des biens, cf. Coutumes des Arabes, p. 20 ss.

(2) L’esclave est appelé 'abîd En fait, c’est aux nègres qu’est réservé aujourd’hui le

triste privilège de l’esclavage. Et cependant, Allah ne les a pas créés esclaves, nous dit-on. 'Abîd, leur ancêtre, avait à l’origine les mêmes qualités et la même couleur que les autres hommes. Mais un jour, il commit une mauvaise action avec sa mère et encourut ainsi la malédiction paternelle. En le chassant de sa demeure, son père lui dit :

« Qu’Allah te donne une couleur différente de la couleur de tes frères ; tu seras vendu et tu seras acheté ». Cette malédiction, ajoute le narrateur, s’est réalisée.

En cas de nécessité, tout arabe des Fuqarâ peut vendre ses enfants. Il y a huit ans, à peine, Sa'id el-IIagry livra ainsi son fils et sa fille à des officiers de Damas.

COUTUMES DE LA TRIBU ABABE DES FUQABÀ

reprises, l’existence de ce trafic dans les deux villes saintes : la Mecque et Médine, et nous en tracent, avec une certaine complaisance, le tableau repoussant.

D'après leur dire, il existerait encore aujourd'hui un marché public de bétail humain. Quiconque désire acquérir une de ces infortunées créatures, pénètre dans le local où elles sont gardées et examine celle qui lui plaira. Il sait d’avance le prix approximatif des différents esclaves exposés sur le marché. Les jeunes sont payés plus chers que les vieux, môme que les esclaves qui ont atteint l'àgc de trente ans. Une petite négresse de huit à quinze ans est vendue deux cents ou trois cents francs. L’enfant ou le jeune homme est coté de la même façon; l'homme fait, la femme de trente-cinq à quarante ans et au dessus, sont un peu moins chers. L’acquéreur — riche pacha turc, bourgeois arabe ou cheikh nomade — préfère acheter de la « marchandise jeune » (.sic), sans défauts et sans vices ; il y a plus de profit et plus de sécurité; car l’esclave jeune s’attache plus fidèlement à son maître. Arrivé à la demeure de son Seigneur auquel il donne le nom de ’a/nm Q*c) « oncle », l’esclave docile est accueilli avec assez d’humanité (J). 11 reçoit une nourriture suffisante et un habillement décent. 11 est appliqué au service de la maison. Quoiqu’il jouisse d’une liberté relative, il ne peut disposer de sa personne. Pour se marier, il doit obtenir le consentement de son maître qui ordinairement ne s’oppose pas à son désir. Il s’efforce bien plutôt de le satisfaire en procurant une femme à son esclave afin d’accroître sa richesse : car l’esclave enfante pour son Seigneur. L’entant, né sous la tente du maître, pourra, au moment voulu, se marier suivant ses désirs; il jouit d'une plus grande indépendance que l’esclave acheté.

Si un homme n’est pas content de son esclave, il le vend et en achète un autre.

Si un esclave est tué par un arabe d’une tribu voisine, il est vengé par son maître qui exige le prix du sang ou tue un membre de la tribu.

S’il est tué par quelqu’un de la même tribu, une sanction analogue intervient : l'assassin est mis à mort, ou il est expulsé du clan, ou il est contraint à payer le prix du sang.

Si un esclave s’enfuit dans une tribu voisine, les Fuqarâ le réclament comme ils demandent un chameau égaré. Le fuyard est rendu (2), si la

(1) Dans les villes, les femmes esclaves deviennent les concubines de leur maître; cet usage n'est pas reçu chez les Fuqarâ.

(2) L’esclave ramené à son maître, est généralement vendu par ce dernier qui redoute une seconde escapade.

TRIBU ET FAMILLE

guerre n'existe pas entre les deux tribus. Dans le cas contraire, l’esclave n’esl pas renvoyé à son premier maître. Il peut rester dans la famille qui l’a accueilli ou sous la lente du cheikh qui lui a donné l’hospitalité. Souvent il s'attache, comme domestique, à son nouveau maître et jouit d'une plus grande indépendance. Cette situation tente bien souvent les esclaves qui sont maltraités.

A Tebouk, nous avons trouvé un nègre qui s’était enfui de chez les Zeben ; un autre esclave avait quitté la demeure des Fàiz en volant la jument de son maître. Du reste, au désert, la fuite est très facile. Et c’est évidemment par crainte de perdre ainsi leurs esclaves que les nomades se décident souvent à leur donner une liberté complète. Cet affranchissement a lieu publiquement, à l’occasion d'une circonstance un peu extraordinaire : comme le retour d’une razzia au cours de laquelle l’esclave s’est fait remarquer, la célébration de son mariage, la naissance de son fils. Son maître immole une victime et lui fait cadeau d’une lente. L’esclave est devenu libre; il a sa maison à lui. Dans son indépendance, il n’oublie pas son bienfaiteur, auquel il reste attaché par les liens de la reconnaissance cl de l'amitié.

Parfois l’affranchi devient un personnage important dans la tribu : c’est lorsqu’il est le représentant du cheikh, sorte de majordome qui prend à cœur ses intérêts et remplit ses missions les plus importantes. Il est alors connu sous le nom de 'Abed « serviteur » du cheikh (I). Ce titre suffit à son autorité. Mutlaq, cheikh des Fuqarâ, a un 'abed célèbre, Mohammed el-’abîd un beau nègre, de haute taille, à l’aspect imposant. Il est intelligent, plein de courage et d’une fidélité proverbiale. Son père avait été acheté, tout petit, au marché public de La Mecque, par le cheikh des Fuqarâ. Il grandit sous la tente de son maître dont il ne tarda pas à gagner la bienveillance, par sa bravoure et sa droiture. A la guerre et à la razzia, il se lit remarquer par son intrépidité et sa vaillance. Dans une rencontre avec les Ilaweilât, il tua de sa propre main Mohammed, frère du cheikh Awdeh abou Tâyeh. Depuis lors, il passa pour un héros dans tout le désert, et conquit ainsi sa liberté. Son fils Mohammed a hérité de sa bravoure en même temps que de sa réputation et de son autorité (2). Lorsque nous avons voulu entreprendre le voyage de Teima, c’est avec lui que nous avons traité; c’est lui qui, malgré les difficultés considérables qui s’opposaient à la réalisation de notre projet, consentit (à nous conduire à travers le désert.

(1) Cf. Genèse 24, 1. Le 'Abed d’Abraham.

(2) Cf. JS., Missioti, II, p. 9.

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C’est encore lui qui nous accompagna dans notre première exploration de Ilereibeh, près d’cl-'Ela. Aux chefs du village qui nous menaçaient de mort, il opposa un courage intrépide, rehaussé par une fidélité inébranlable à notre cause.

Mais quelle que soit l’influence de Mohammed el-rAbid, il se souvient toujours de sa condition à laquelle il ne saurait se soustraire. Il ne pourrait prétendre, par exemple, épouser une femme libre des Fuqarâ. Aucun membre de la tribu ne consentirait à lui donner sa fille sans se déshonorer. Et pourtant, Mohammed serait fier d’épouser une blanche ; il nous avoue son ambition, mais il seia contraint de restreindre son choix parmi celles qui lui sont accessibles et de prendre une sarâriyeh, une heteimiyeh ou la fille d’un sunna', artisan (1). Aussitôt que ses ressources lui permettront ce luxe, il introduira sa nouvelle épouse sous sa tente.

Mohammed el-'Abîd a son influence propre dans la tribu. Il peut réunir ses affidés et tenter un coup de main pour son propre compte. Il en a donné une preuve dans sa conduite envers les détenants de l’autorité à Teima, après notre voyage en cette ville.

Chez les Fuqarâ chaque Arabe avait, avant l’arrivée du Gouvernement, droit sur son esclave. Le chef de la tribu n’avait pas à s’occuper du traitement qui lui était fait. Aujourd’hui, les ’abîd des Fuqarâ sont tous libres : voir, ci-dessus, p. 31 .

§ 7. Le qasir

Les lois du qasir et du tanîb, chez les Fuqarâ, ressemblent à celles des Arabes de Moab.

Ils appellent qasir, gar ou tanib 1 arabe étranger qui vient dresser sa tente auprès de la demeure d’un faqîr, pour vivre auprès de lui et jouir de sa protection. Et cette protection doit être efficace. L’usage, sous ce rapport, a prévu et réglé les cas suivants :

Si un homme de la tribu vole une brebis au qaçîr, il est obligé de lui en rendre quatre.

Si un faqîr tue un membre de la famille du qasir, il est contraint de

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