L. 1. — ne peut être qu’un nom divin « le Ba al des cieux
trouvé en safaïtique (Littmann, Semit. inscr., 123, 125; DM., Mission...,
173, 282, etc.). — DinN est certain comme lecture, et sera considéré
comme l’équivalent de l’arabe « anathématiser, interdire ». Nous
avons déjà constaté, dans un autre texte, la présence d’un N pour un n, n° 63, 2, évidemment sous la même influence de plus en plus envahissante de l’arabe. — mpn pourrait à la rigueur être l’équivalent de l’arabe « la lecture » ; mais on ne saisit pas le rapport qui existe
entre le mot « lecture » et la peine de l'anathème. Aussi préférera-t-on chercher dans mpn le nom d’un objet ou d’une chose apte à recevoir un pareil châtiment. Et dans cet ordre d’idées la signification de l’arabe iija « village », équivalent de l’hébreu rypp « ville, localité », s’offrira
d’elle-même à l’esprit. Combien de villes ont été vouées à l’anathème et à la destruction! nous l’apprenons par la Bible. Ne posséderait-on pas ici une indication de ce genre? Un habitant du nord de l’Arabie, disons un syrien, arrive à Hereibeh, et reste frappé de la destruction de l’ancienne localité. Comment l’événement s’est-il produit? Un sémite ne pouvait pas donner une autre réponse : Elle a été vouée à l’anathème par la colère divine : ici par Ba al Samin. Cette réflexion, dans sa partie principale, est maintes fois répétée par les Arabes actuels, qui, à la suite du Qoran, attribuent la désolation de la contrée au courroux d’Allah. Mais tandis que pour ces derniers le motif de la colère divine est le refus des habitants d’écouter la voix d’un prophète (vol. I, pag. 105), la raison alléguée par l’auteur du graffîte paraît un peu étrange, mais cadre bien avec les usages arabes.
L. 2. — nn | p semble être la même chose que l’arabe (iS — U)
« de ce que, par ce que », indiquant le motif pour lequel la ville a été vouée à l’anathème. — npm est un verbe au féminin. Le n final, pronom suffixe, pourrait à la rigueur se rapporter à 'laiybsn sujet de la phrase; ce dieu, irrité des malédictions prononcées contre lui, aurait voué la ville à l’anathème. Mais il est plus grammatical de faire rapporter ce suffixe à mpn ; la ville aura été détruite à cause des malédictions lancées contre elle ou à cause des incantations d’une femme, pm peut appartenir à plusieurs racines qui répondraient en arabe à : « être
petit, être tendre » ; lij « exciter » ; « être clair » ; (Jh , « briller » en
parlant du mirage; « monter; faire des incantations ». Ce dernier sens
paraît être le plus approprié au contexte déterminé par le mot suivant.
— mon semble rappeler l’arabe « femme », sujet de verbe pm
= « elle fait des incantations ». C’est à la suite des sortilèges ou des
malédictions d’une femme (des femmes) que Ba'alsamin, irrité, aurait
voué le village, à l’interdit, à l’anathème. A coup sûr, l’idée paraît un peu étrange, maison en admettra la possibilité, en songeant au rôle de la femme Kàhinah, prêtresse, chez les Arabes; cf. Caussin de Perceval, Essai..., I, 205, 261, 266; II, 6, etc.; voir aussi la croyance des nomades actuels à la puissance des imprécations (Jaussen, Coutumes des Arabes, p. 385 ss.).
La ligne qui vient immédiatement après, parait indépendante ; car on constatera aisément une différence dans l’écriture. Peut-être la regardera-
t-on volontiers comme une sorte de signature de l’inscription précédente, mais signature due à une autre main, ou bien on y recherchera le nom de cette femme prêtresse ou sorcière dont la tradition avait conservé le nom. ijnnb « à ou par Bahâoy » ; "oni s explique parfaitement par 1 arahe
.l£j, nom de femme, cf. Lisan, où est donné comme l’équivalent de
« répandant une bonne odeur ». Les noms propres, et même les noms communs, qui se terminent en — mis pour ^ sont assez rares en arabe. Cette rareté sera une raison de plus pour admettre l’explication proposée et exclure toute autre analyse du mot, par exemple celle qui voudrait en faire un composé de üb + — Le mot suivant, nbsSNJn,
parait être composé de JH qui répond à l’arabe « douceur, bonté, modestie » et de rtasx, féminin de bsSN « grand prêtre » ; sur ce mot, v. n° 49, 2 (1). Si on fait attention à la nature du nom tans, qui est en arabe un nom propre de femme, et si on remarque la valeur du second nom qui renferme une idée de sacerdoce, et même de sacerdoce féminin, nbasa « prêtresse », on admettra plus aisément l’explication proposée pour la ligne précédente (2).
Müller, Epigr. Denkvn., 67.
Sur la grande paroi de rocher, à Hereibeh, à quelques mètres audessus du sol, un peu à gauche des sphinx, sous une porte de tombeau, en caractères nets, assez librement tracés; longueur 0m,29; largeur 0m,ll ; hauteur moyenne des lettres 0m,04 (deux lettres ont 0m,06); deux lignes; estampage et copies (pi. LXXXV et CVI).
Nous lisons :
p27 | 1- | bnn .1 1. Hatil fils de Dawman
nnSÏR | ins* .2 2. a pris la paroi.
L. 1. — bnn, nom nouveau, lu brin et comparé à l’arabe JJÜ « don, cadeau » par Müller. Mais le second signe est un n. On le rapprochera de l’arabe jL « mal nourri, avoir le ventre gros », en parlant d’un enfant; « infirme, débile ». — p*r. Le premier signe est un 7 et, après Mül-
(1) On pourrait supposer nbsSNjXlJn « serviteur (servante) de cette prêtresse ».
(2) a l’extrémité gauche (1e l’estampage on aperçoit la partie supérieure de deux signes : c’est le début du gral'lite minée n n" 73.
1er, on rapprochera ce nom de l’arabe nom de tribu (Ibn Dor.,
256, 3), ou de nom propre féminin {Kit. el-Ac/., XIX, 73). On notera la distance qui sépare la boucle du 7 de la grande barre recourbée. Cette distance est assez grande pour qu’à première vue on soit tenté de considérer cette boucle comme formant un y à côté du premier signe un peu infléchi qui serait pris pour un “i ; on aurait alors le nom propre ’joy'i; mais la première lecture ne saurait être abandonnée.
L- 2. “riR. La signification propre de la racine est « prendre ». Le meme verbe se trouve en nabateen dans le sens de « s’approprier, prendre pour soi » (JS., Mission..., I, p. 208). On disait : « prendre tel endroit » pour indiquer la main-mise sur une partie de la roche. En lihyanitc,on emploie la même formule, mais au lieu d’écrire froriN, comme en nabatéen, on grave nnSJfn. Ce dernier terme a été traduit par « plateforme » {Epigr. Denkm ., 58, 67). L’arabe signifie proprement le côté
d’une chose, la partie inférieure d’une montagne, « pars montis solo adjacens » ( Freytag ) (1). Comme 1 inscription est gravée sur une paroi de rocher destinée à recevoir des sépultures et, en fait, percée déjà de nombreuses tombes (cf. pag. 68 ss.), il ne parait pas douteux qu’il ne faille reconnaître au mot le sens de « paroi » plutôt que celui de plate-forme {Millier) ou de tour ( Halévy ); du reste l’endroit ne se prête ni à l’une ni à l’autre de ces constructions. Sur l’orthographe de nnSïR, Müller fait deux observations . la première a trait à la forme du 2 qui d’après lui ressemblerait plutôt à un !/. Les deux copies sur lesquelles s’appuyait le savant orientaliste n étaient pas très exactes; car sur notre estampage le 3 est parfaitement îegulier, n étant pas bouclé par en bas. La seconde remarque se rapporte à 1 n de nnSïR. Au n° 66 nous trouvons nnsvn, avec un n au lieu d’un n, d’où Müller conclut [Epigr. Denkm., 58) à l’équivalence * = n = article arabe. L’argument aurait toute sa valeur, s’il était démontré que nnSïK est un singulier et ne peut représenter une forme du pluriel, lUit. Mais si nous admettons que n, en libyanite, répond à 1 article arabe Ji, nous n avons encore rencontré aucune preuve pour reconnaître la même valeur à la lettre R. Plus tard seulement, sous l’influence de l’arabe, la forme verbale SÿSH deviendra bySR.
(1) L arabe signifie « côté ». « large pierre plate » fait au pluriel dé¬
signant les larges pierres plates dont on se sert pour les tombes ; de cet usage j\jue> a fini par signifier « tombeau ».
INSCRIPTIONS LIHYANITES.
Miller, Epigr. Denkm., 58.
Gravé sur la grande paroi de la montagne à iïereibcli ; grands caractères fortement -et nettement dessinés, mais à l’allure un peu libre, intéressants pour la connaissance de l’alphabet lihvanite; longueur 0m,47; largeur 0m,18; hauteur moyenne des lettres 0m,08; deux lignes; estampage et copies (pl. LXXXV et CVIII).
Nous lisons :
irm | rmx .1 ni nnsvn .2