II. Dumoulin, se
Tebouk. Vue générale, prise du nord-est.
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line quarantaine de maisons, aux murs de briques séchées au soleil et à la toiture de branchages recouverts de boue. Au nord-est s’élève une mosquée toute neuve, encore inachevée, construite en belles pierres de taille, sur l’emplacement d’un sanctuaire musulman marquant le lieu où, d’après la tradition, le prophète aurait prié. Ce monument est dû tout entier à la générosité du pacha du Hagg (1), Abd er-Rahmàn pacha, qui a voulu s attirer par cet acte de piété la miséricorde d’Allah et les bonnes
Fig. ï3. — Tebouk. La laçade du château.
grâces de ses coreligionnaires. A l’autre extrémité du village, au sudouest, se trouve le château et, tout à côté, la belle source qui crée la fortune de ces lieux.
Le château de Tebouk est un des qala'ah les plus importants du derb el-Hagg ; il doit être aussi un des plus anciens. Il est carré et mesure à l’extérieur 27 mètres de côté. Son enceinte a subi durant le cours des siècles de nombreuses restaurations. Le mur méridional paraît tout entier postérieur, ainsi qu’une grande partie de celui de l’est (fig. 41). Le côté ouest et la façade plus encore offrent au contraire des restes assez considérables de la construction primitive parmi les retouches successives. Un simple coup d’œil sur la fig. 43 suffit pour faire constater ces différences
(1) La direction du pèlerinage est conliée à un personnage important, qui porte le nom de pacha du Hagg. C’est lui qui est chargé de distribuer, le long de la route, les cadeaux traditionnels qu’on fait aux cheikhs des tribus sur le territoire desquelles on passe.
cl’époque et d’appareil. La base du mur et le mur lui-même jusqu’à une certaine hauteur sont formés de pierres en bossage, bien soignées, surtout dans l’angle nord-ouest où elles ont une hauteur moyenne de 0m,48 sur 0"',65 de long. Cet angle rappelle maintes constructions médiévales de Jérusalem ou de la Palestine. Tels pans de murs du château d’Hébron à coté du haram, par exemple, ou bien de la forteresse de Subeibch près de Bànias, pourraient leur être comparés.
L’entrée a été décorée avec une attention particulière. Afin de pourvoir à la sécurité du lieu, il fallait ménager seulement une petite porte; mais en vue de donner à celleci plus d’ampleur on l’a encadrée dans un grand arceau gothique et l’on a construit, en belles pierres lisses bien travaillées, un faux portail se détachant légèrement sur la
façade. Au sommet •>
du portail court une jolie corniche, dont la moulure (fig. k\) est excessi-
l'ig. 43. — ïebol'k. Intérieur du château.
veinent fréquente
dans les monuments arabes de Jérusalem. Une grande inscription arabe sur carreaux de faïence est encastrée au-dessus de la porte. Elle attribue la construction de cet édifice au sultan Mohammed Kliàn, fils du sultan Ibrahim Khàn, fils du sultan Ahmed... en l’an 1064 de l’hégire. Il ne s’agit évidemment que d’une restauration, car la forteresse est sùre-
Fig. 44. — Teiiock.
Moulure arabe.
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ment plus ancienne. Nous ne serions pas étonnés qu’il fallût en reporter la fondation aux premiers siècles de l’hégire (1). Les murs que nous avons
notés comme étant d’une époque postérieure pourraient bien être l’œuvre du sultan Mohammed.
L’intérieur du château (fîg. 45) comprend comme partout une cour entourée de magasins ou d’écuries avec quelques chambres au-dessus.
Ici, les chambres à l’étage supérieur occupent deux côtés seulement. Il y a une dizaine d’années, lors de l’installation du télégraphe, on a ajouté min de ronde deux petits réduits poi
Fig. 46. — Tebouk. La source el les bassius.
r la façade à la hauteur du chele nouveau bureau.
Fig. 47. — Tebouk. La source devant la l'ace occidentale du cliàteau.
On nous montre, abandonnée dans un coin, une inscription arabe mentionnant les construction cl’une sorte d’hospice pour les pèlerins. Elle est encore datée de l’an 10(54 de l’hégire (2).
En cas d’attaque de la part des bédouins, car il fallait s’attendre à tout
(1) Voir plus bas (p. 68), le texte de Yàqût, I, p. 824.
(2) Voir, p. 293, le texte de celle inscription.
dans un tel pays, on avait creusé dans l’enceinte du qala ah un puits dont Peau est réputée excellente. Auprès poussent un joli palmier et un citronnier.
La source (fig. 46 et 47) jaillit quelques mètres au sud du château; elle est abondante, mais mal entretenue, de sorte qu’une grande partie des eaux croupit ou se perd dans le sable. On l’a entourée cependant de trois bassins, dont le principal a été restauré naguère par le Sultan Alxl ul-Hamid (1). Ces bassins ne sont point creusés dans le sol, mais consistent en des murs cimentés, bâtis autour des endroits où l’on voyait sourdre l’eau. Une issue ménagée dans le bas du mur afin de pouvoir le construire plus facilement sert en même temps d’écluse; on n’a qu’à fermer cette baie et le réservoir se remplit. Rien ne serait donc plus aisé que de maintenir l’eau jusqu’à une certaine hauteur et de la distribuer ensuite à travers les jardins sans en perdre une goutte. Cela permettrait de développer les cultures. Mais l’insouciance arabe! L’écluse est toujours ouverte et Peau forme une mare en avant des bassins, maintenue par des digues de boue et par quelques troncs de palmiers couchés en travers.
Cette source a sa légende et même ses légendes, racontées ailleurs (p. 478). Elle est remarquable non seulement par son débit, estimé à 2 litres par seconde, mais aussi et surtout par son site, au milieu d’un désert de sable, à un niveau plus élevé que la plaine environnante. Il y a là un phénomène géologique digne d’être noté. Dans les jardins il suffit de creuser de 2 à 3 mètres pour avoir de l’eau. Les soldats campés entre le village et la voie ferrée ayant voulu forer un puits pour l’usage de la troupe durent descendre jusqu’à 10 mètres avant de rencontrer la nappe liquide. Le trou, tel qu’on le voit, est tout entier creusé dans le sable; on a extrait du fond cependant quelques petits quartiers de grès et même de calcaire qui s’effeuillent. A quelques minutes de là, le puits de la station qu’on est en train de terminer a 22 mètres de profondeur. On voit que la pente souterraine s’infléchit rapidement vers le nord-est. D’après M. Magagna, tous ces puits quoique intarissables n’atteignent qu’une première nappe d’eau. Pour arriver au grand réservoir intérieur il faudrait perforer un banc de roche basaltique; on obtiendrait alors des puits artésiens d’un débit considérable. La source de Tebouk est expliquée par une fissure à travers cette roche. De là vient sans doute que son eau est bien moins bonne à boire que celle des puits qui a été fdtrée par les sables (2),
(1) Voir, p. 293, le texte de cette inscription assez curieuse à cause de son style.
(2) D’après Huber, Journal..., p. 347, l'eau de la source de Tebouk sort à 27" 5. Nous n'avons pas pris sa température. Elle est un peu saumâtre, mais les Arabes la boivent cependant. Les ingénieurs européens buvaient de l'eau de puits filtrée ; elle était excellente.
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L'oasis a beaucoup souffert de l’état d’abandon presque complet dans lequel elle est restée pendant une trentaine d’années. Beaucoup d’arbres fruitiers ont disparu. C’est à peine s'il reste encore quelques vignes et quelques citronniers; les grenadiers et les figuiers sont plus nombreux. Quant aux palmiers, ils ont été aussi un peu éprouvés faute d’arrosage régulier, mais le plus grand nombre, surtout aux abords de la source, sont remarquablement beaux. Les plantations sont disposées autour du village, en fer à cheval ouvert au nord-est. Elles ont en moyenne une largeur d’une centaine de mètres, et leur développement doit atteindre un kilomètre.
Les plus beaux jardins sont ceux du nord-ouest. A l’est, on a essayé de semer, en dehors des jardins, quelques champs d’orge.
Grâce à un arrosage assidu, la récolte — qu’on vient de faire en ce moment — est passable ; quatre ou cinq ânes, liés ensemble, sont en train de la piétiner pour faire sortir le grain (fig. 48).
Nous visitons, à cinq minutes au sud de l’oasis, un pelit coin de désert enfermé dans une clôture de fabrication récente. Nous y trouvons un ancien puits de 4 à 5 mètres de diamètre, construit en pierres passablement appareillées, avec de l’eau en abondance à 2 mètres au plus de profondeur. Le cheikh des 'Atâwneh, Harb, vient de le remettre en état et a fait planter à côté, cet hiver, des palmiers et d’autres arbres fruitiers. Il semble qu’il serait facile de développer l’oasis dans cette direction. Du reste, il n’y a pas longtemps qu’elle s’étendait plus loin au sud; un bouquet de palmiers isolé subsiste encore de ce côté et nous trouvons, à plus de 100 mètres des plantations actuelles, des troncs d’arbres coupés. La sécurité apportée dans le pays permettra sans doute de reconquérir bientôt tout cela sur les sables. Déjà on a commencé à créer de nouveaux jardins à l’ouest de la source.
Fig. 48. — Teoouk. Le dépiquage de l’orge.
Tebouk possède trois cimetières pour les Arabes de la contrée. Le principal est celui qui avoisine la mosquée; de nombreux pèlerins y dorment leur dernier sommeil. A côté de celui-ci, il y en a un second de peu d’importance. Le troisième est situé au sud-ouest du village, sur un tertre isolé, où l’on trouve quelques fragments de verre et surtout de poterie. Il y a aussi de pareilles traces d’occupation au-dessus de la petite colline sur laquelle M. Magagna a établi sa demeure, à l’est des jardins.
Nous n’avons encore rien dit des constructions modernes; elles valent cependant d’ètre signalées; c’est comme un nouveau village qui s’est formé à 600 mètres au nord-est de l’ancien, le long de la voie ferrée. La gare de Tebouk doit être en elfet une des plus grandes de la ligne du Hedjaz. 11 y
Fig. 49. — Profil du gebel Sarûra vu de Tebouk.
a déjà une huitaine d'installations, maisons, magasins, hangar pour les machines, etc. : le tout bâti en belles pierres de taille et généralement couvert avec les inévitables tuiles rouges qui cadrent vraiment trop peu avec le paysage environnant. On construit encore, et sous peu on aura achevé un magnifique hôpital pour les soldats qui travaillent au chemin de fer. Il serait même terminé sans le grand vent qui souffle presque tous les soirs; les nuages de sable aveuglent les ouvriers et les obligent à interrompre leurs travaux.
Nous avons finalement trouvé des gens du pays qui peuvent nous donner quelques indications toponymiques. Ce sommet pittoresque qu’on aperçoit au nord de la plaine, s’élançant vers le ciel comme une flèche de cathédrale, c’est le gebel Sarura ( Sj sj-^) appelé aussi Mimbar en-Neby ou « la chaire du prophète » (fig. 49). On le dirait distant seulement de quelques heures, mais il est à plus de GO kilomètres. A sa suite, le gebel Haisem Barkeh (ï^j et le gebel Na'am [ç*i] ferment l’horizon du côté de l’est et bordent la plaine de la Qâ'. Au sud, celle-ci est délimitée par les monts Wciter (/j), Sa'ïban et Mudireh à l’ouest,
par le Harrah (irjk) et le gebel Hismé (L~^ ou
Un quart d’heure au sud-est de Tebouk (fig. 50) se dressent dans la plaine quelques collines rocheuses bien placées pour porter des inscrip-
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tion's. Les Arabes les appellent el-'Areiq Le premier sommet que
nous visitons, le plus septentrional, est une masse compacte de grès fournissant une excellente pierre à bâtir. Il a été très largement exploité comme carrière et à peu près toutes les surfaces anciennes ont disparu ; seul un vieux ouàsem a survécu. Le groupe principal de rochers est à 500 mètres plus au sud. La colline la plus rapprochée présente sur la paroi ouest et sur le sommet de nombreux ouàsems, quelques graffîtes arabes et des dessins très grossiers de chameaux et d’autres animaux. Ici encore on a tiré de la pierre et beaucoup de ces représentations ont dû être emportées par les coups de mines. On reconnaît aussi, sur quelques points, des traces manifestes d’une ancienne carrière, ouverte sans doute lors de la construction du château de Tebouk, ou bien peut-être pour édifier d’autres monuments aujourd’hui disparus. Sur les rochers voisins, à l’est, on voit également quelques ouâsems, des dessins et des graffites arabes avec un graffite tamoudéen (n° 177). Le dernier sommet, au sud-est, est une petite colline friable, haute à peine d’une dizaine de mètres.
Au-dessus se trouvent quelques gros blocs portant des inscriptions fort abîmées; nous y relevons deux graffites tamoudéens (nos 178 et 179). A l’extrémité occidentale de cette même colline, au pied, sur un rocher, on distingue quelques lettres nabatéennes, mais impossible de rien en tirer. A côté est gravé le graffite tamoudéen nü 180.
Le vendredi 10 mai, nous faisons une petite excursion aux environs de Tebouk (fig. 50). Partis du qala ah à 8 heures 45 minutes, nous marchons tout droit vers le sud-sud-ouest. La plaine de sable très dénudée se revêt par endroits d’un peu de verdure et même de quelques arbustes dans des ingoles où l’eau se ramasse en temps de pluie et qui forment une sorte d’ouâdy entre Tebouk et le Harrah. A 9 heures 31, nous passons à côté
MISSION EN ARABIE
des ruines d’une maison bâtie fout entière en briques séchées au soleil et décorée du nom pompeux de Qasr (1). Quelques pas plus loin le terrain se relève de 5 à G mètres et l’on a devant soi comme une smte de dunes de sable, au milieu desquelles une foule de petits palmiers poussent à 1 état sauvage. Il devait y avoir là autrefois une véritable oasis. Derrière, ce sont des collines, puis la chaîne du Harrah. Moins de 100 mètres à l’ouest-ouestsud de Qasr, sur les premières dunes, on voit travailler une petite équipe d’ouvriers. Ce sont cinq ou six nègres en train de déblayer une vieille
source. L’eau n'est qu’à 3 mètres de profondeur et se trouve par conséquent au-dessus du niveau de la plaine. On veut faire à côté un réservoir, d’où partira un canal aboutissant à des jardins que le clieikh l.larb se propose de créer en contre-bas. Au dire des gens, le canal existerait de longue date et on le cherche.
Ces jardins, en plein désert, ne sont pas une pure chimère, car à huit minutes de là, au sud-sud-est, on aperçoit de beaux champs verdoyants qui appartiennent à un chef des 'Atâwneh. Auprès coule la source d 'er-Bâïs dont le nom s’applique aussi à celle que nous venons de visiter.
Les choses ont changé depuis le passage de Huber (2). Le double puits ombragé d’un tamaris plusieurs fois séculaire est tout transformé, 1 aibie si pittoresque a disparu et là même où il poussait on a mis à jour un vieux bassin de 7 à 8 mètres de côté sur 3 à 4 mètres de profondeur. Les trois assises inférieures des murs de ce bassin sont anciennes et n ont pas été retouchées; les pierres, bien taillées et hautes de 0"’,30 environ, sont liées entre elles par un mortier solide dans lequel la cendre paraît entrer pour une grande part. Le haut est presque tout entier de construction récente, mais il a été fait avec des matériaux remployés. Près de l’angle nord-
ouest existe un des anciens puits, long de 2m,50 sur lm,50 de large. L’eau, à 3 mètres du sol tout au plus, est claire et fort buvable, quoique pas de première qualité. On la voit sourdre avec force en plusieurs endroits au fond du bassin, où elle peut atteindre une profondeur de 0m,75. D après les Arabes, celui-ci serait en partie comblé par le sable mais pas tellement sans doute, car sur un point de la paroi on croit distinguer le îocln î dans l’eau, à 0"‘,30 de la surface, et il existe sûrement dans le puits à 0m,15 plus haut.
(1) Dans l’intérieur du désert, la moindre construction est appelée qasr « château », par opposition à bail « maison » qui désigne une tente, l’habitation ordinaire du nomade. Chez les Arabes plus voisins des pays civilisés, comme dans la région de Moab, on distingue la btit sa ai, et la beit hagar : la « maison de pierre » et la « maison de poil », et l’on réserve pour de véritables châteaux l’appellation de qasr.
(2) Journal..., p. 352.
DE MA 'AN A MUSTABC.AH
De ce Dassin part, dans la direction de l est, un ancien canal large de 0m,i5 et haut de 0m,G0 aboutissant, une soixantaine de mètres plus loin, à un second réservoir long de 28 pas sur 10 de large. L’eau accumulée dans ce réservoir, dont les assises inférieures peuvent dater de plusieurs siècles, est ensuite distribuée dans les jardins situés au bord de la plaine. Ces jardins, entourés d enclos en torchis, sont de création toute récente et encore peu étendus, mais on semble vouloir les développer. Le cheikh possesseur de ce terrain l’a donné à exploiter à un individu de Teima, qui prend pour lui la moitié de la récolte. Il a semé cette année de l’orge et du blé; la moisson est superbe et aussi belle que sur n’importe quel point de la plaine de Saron. Le long des rigoles d’arrosage on vient de planter des palmiers et d’autres arbres fruitiers.
Auprès de la source, beaucoup moins abondante que celle de Tebouk, il y a, au sud-ouest, un petit exhaussement du sol sur lequel on remarque de nombreux fragments de poterie et des pierres d’appareil éparses. Ce ne peut être que l’emplacement d’une petite localité à l’époque où existait là une oasis. Aujourd’hui c’est un cimetière des 'Afâwneh renfermant à peine une vingtaine de tombes entourées de pierres de taille provenant de constructions soignées. La tombe proprement dite comprend une fosse aussi étroite que possible, recouverte de quelques dalles et d’une mince couche de sable. Les hyènes n’ont qu’à gratter un peu pour faire effondrer ces fragiles monuments; aussi elles y ont fait le vide depuis longtemps.
Des huit beaux groupes de tamaris mentionnés par Huber, il ne reste plus qu’un arbre complètement démembré, près duquel nous avons de la peine à trouver un peu d’ombre. Il fournira encore pendant quelque temps du bois à brûler aux bédouins campés à côté et bientôt disparaîtra comme ses frères, sans qu’on ait songé à le remplacer.
Au sud-est d’er-Râïs se dresse une colline rocheuse, au pied de laquelle de gros blocs détachés semblent placés là pour recevoir des graffites. Nous nous dirigeons sur ce point, que nous atteignons en 23 minutes. A moitié chemin, dans un endroit encombré de grosses pierres, on remarque quelques arasements de constructions insignifiantes : sans doute de vieilles tombes. Les gros blocs, inspectés l’un après l’autre, ont trompé notre attente; l’un d’eux porte trois inscriptions arabes récentes, mais c’est tout; rien d’ancien.
Nous continuons vers l’est, droit sur un sommet allongé, émergeant dans la plaine, d’une hauteur d’une dizaine de mètres, et couronné par une touffe de verdure. On l’appelle el-Ger/ûmeh Nous y sommes au
bout d’une demi-heure de marche. Au-dessus de cette colline pousse un
grand tamaris auprès duquel se trouvent deux mauvais puits. L eau, qu on n’ose goûter, est à 1 mètre seulement de profondeur. Elle croupit autour des deux trous, mais coulerait sans doute si, comme à er-Ràïs, il y avait un bassin et un canal. Quelques pierres taillées, vues à côté, prouvent que l’endroit était autrefois mieux entretenu. De petits palmiers complètement négligés sont peut-être des rejetons d’anciennes plantations.
Au pied de la colline, au nord-est, on voit des arasements d’anciens murs de clôture destinés sans doute à protéger des champs cultivés. A 300 mètres dans cette même direction se dresse, sur une toute petite éminence, une sorte de tour de construction récente, analogue aux tours que les gens de Bethléem bâtissent au milieu de leurs vignes. C’est encore un qasr, le gasr Gertûmeh ; mais cette fois les murs sont en pierres dont quelques-unes ont appartenu à un monument plus ancien et mieux soigne. Tout à côté, un puits creusé dans le roc fournit une eau potable à lm,50 de profondeur, qui s’échappe en un mince filet dans un jardinet récemment
défriché. Personne n’est là pour le garder.
Le hirbet Sôhar ou Rugm Sôhar ^j) doit se trouver dans les environs (1), mais ce matin, aucun guide n’a voulu nous accompagner de peur de se compromettre et le soldat qui marche avec nous ne sait pas, ou feint d’ignorer, le site de ces ruines. Les maisonnettes à un ou plusieurs compartiments — de deux à six — que Huber y a vues rappellent beaucoup les nawâmis de la péninsule sinaïtique et peut-être aussi quelques monuments relevés en face de Dàr el-Hamrâ, sur lesquels on reviendra plus loin.
Faute de guide, nous rebroussons chemin et en 1 heure 28 minutes nous sommes de nouveau à Tebouk.
Voici, concernant Tebouk, quelques textes d’auteurs arabes recueillis au hasard de nos lectures.
Al-Hamdany, Géographie der arab. Halbinsel, éd. H. Muller, 1884, p. 129, ligne 13 : U!
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Al-Bekry, Geograph. Wôrterbuch, éd- Wiistenfeld, 1876, p. 9 ; vjj£o ^ ^3
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(1) Huber, Journal..., p. 346 et 353.
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