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(2) Aux textes de Bekry et d’Ibn Ishàq cités plus haut, nous joignons ici, en note, quelques autres renseignements relatifs à Ma'ân puisés dans les auteurs arabes que nous avons sous la inain.
El-Bekry, p. 501
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de la gare de Ma tin, de suite après avoir franchi — sur un beau pont de quatre arches — la vallée qui descend de Ma'ân el-Masriyeh, la voie ferrée coupe une hutte sur laquelle est situé un cimetière depuis longtemps abandonné. Les tombes les plus nombreuses et les mieux conservées sont à l’ouest de la voie. Elles offrent une certaine analogie avec les tombes arabes modernes, mais l’œil même le moins exercé ne s’y tromperait pas et saurait les distinguer de ces dernières. Par contre, nous sommes frappés de leur ressemblance avec les sépultures des villes du Negeb, et en particulier avec celles de IJalasa et de Rouheibeh que nous avons explorées il y a quelques années.
Un grand nombre de ces tombes sont marquées, à la surface du sol, par des lignes de pierres plantées en terre formant un rectangle dont les dimensions varient, mais qui peut avoir en moyenne 2m,60 X lra,35. Il en est de sensiblement plus grandes; ainsi une de celles qui ont été relevées mesurait lm,75 de large et 3”, 75 de long. A l’intérieur de ce rectangle on a accumulé parfois quelques cailloux avec un peu de terre, d’autres fois on y a posé à plat des pierres de dimensions moyennes, les unes à côté des autres, de manière à former comme une sorte de dallage. Toutes les tombes étaient-elles primitivement ainsi déterminées? On pourrait se poser la question, car le plus souvent, surtout à l’est de la ligne, on ne distingue plus que des rangées de pierres fichées en terre sur une certaine longueur et sans relation les unes avec les autres. Ceci ferait croire que dans certains cas on ne marquait pas autrement la sépulture; cependant les blocs ainsi disposés peuvent être les débris d’une enceinte primitive, disparue avec le temps.
L’intérieur du tombeau était des plus simples, comme on peut en juger par quelques exemples encore apparents sur les deux côtés de la tranchée. Le mort était déposé dans une fosse profonde d’un mètre et plus, puis recouvert de dalles un peu inclinées prenant dans la terre sur les deux parois, destinées à lui former un abri contre la terre accumulée au-dessus. Nous n’avons pu obtenir aucun renseignement précis sur les objets découverts par aventure lors du percement de cette petite colline. Les ouvriers et employés interrogés parlaient vaguement de poteries,
Iiin Mawqvl, d’après Musil, Aval). Petr., Edom, I, p. 309, nt. 22 :
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El-Isaxhri, d’après Musil, op. laud., p. 310 : *4“ 3 ^ ' yj
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mais insistaient tous sur la puissance clés ossements mis à jour! Ces tombes représentent sans doute le cimetière cTune ancienne localité voisine que nous allons visiter maintenant.
Deux cents mètres environ à l’ouest-ouest-nord des dernières sépultures (fig. 33), sur le penchant d’une colline, se trouvent les débris d’une construction dont il est actuellement impossible de déterminer la nature, tant
Fig. 33. — Le h. el-Hammâm et ses environs.
elle a été bouleversée et pillée en ces derniers temps. Il semble qu’il y avait là une grande salle carrée d’une dizaine de mètres de côté, à laquelle faisaient suite au sud, sur une longueur de douze mètres, plusieurs petites chambres débordant à l’est sur le premier corps de bâtiment. Les murs extérieurs de celui-ci mesuraient lm,35 d’épaisseur et étaient recouverts, sur la face intérieure, d’un double crépissage dont le plus ancien offre quelques traces de peintures. L appareil était régulier, quoique un peu négligé. Les assises, hautes en moyenne de 0m,30, sont séparées par une épaisse couche de mortier, au-dessus de laquelle on a dispose, surtout dans les assises inférieures, un lit de toutes petites pierres, généralement des éclats de silex.
Dans les champs en contre-bas, et plus loin au nord-est, des murs en pierres sèches marquent sans doute les limites d'anciennes propriétés cultivées.
Gravissons, à l’ouest, la colline qui marque l’extrémité orientale du h. el- Hammâm (X^l). Ce sommet est couvert de débris de pierres récemment cassées et présente l’aspect d’un chantier abandonné. Au milieu de ces fragments on trouve encore quelques rares menus morceaux de marbre et une belle pierre en bossage oubliée. Tout ce qui pouvait être utilisé par un maçon a été emporté et englouti dans la construction des ponts voisins, ou dans les bâtisses de la gare et de Ma 'an. En 1902, nous avions noté ici : un reste de construction en gros blocs posés les uns sur les autres sans mortier; un fragment de mur en pierres à bossage fort semblables à quelques-unes de celles qui ornent les angles du sérail de Ma'ân; enfin, et par-dessus tout, deux blocs énormes avec entailles sur le côté rappelant les montants de porte du camp de Leggoun. Aujourd’hui tout cela a disparu, mais il y aura lieu d’en tenir compte et ce sera même un point de repère très précieux pour l’identification des ruines.
Ce petit sommet, large environ de 250 mètres, s’incline doucement au nord-ouest vers l’ouâdy es-Sâmiyeh qui passe devant à quelques centaines de pas. Au sud et à l’est, la pente est beaucoup plus accentuée et dans cette dernière direction le regard plonge très loin dans le désert.
La localité s’étendait à l’ouest sur près d’un demi-kilomètre jusqu’à un réservoir immense, encore aujourd’hui bien conservé. Il n’a pas moins de 80 pas de long sur 75 de large et sa profondeur actuelle est de 3m,90. Les murs, de 3 mètres à 3"‘,50 d’épaisseur, sont formés de gros moellons noyés dans un mortier très résistant. Leur face intérieure présente des assises de 0m,30 en moyenne, séparées les unes des autres par une ixmgée de pierres plates, hautes seulement de 7 à 8 centimètres. Les pierres d’appareil sont taillées avec peu de soin et l’on n’a obtenu une paroi unie qu’en mettant du mortier à profusion. Sur cette paroi, d’après une méthode bien connue, on a appliqué à plat de petites pierres recouvertes ensuite d’une épaisse couche de hamrâ ou de ciment mélangé avec de la brique pilée, de petits cailloux et des silex concassés.
De ce grand réservoir se détache un canal large de 0m,60, destiné à distribuer l’eau au loin sur le plateau où I on devait faire de la culture. On croit reconnaître le long du conduit des traces de nombreux petits enclos marquant sans doute l’emplacement des jardins. Un aqueduc venant du côté de Ma'ân es-Sâmiyeh apportait au bassin les eaux des sources voisines; il se serait même prolongé, d’après les dires des Ma ânites, jusqu’à la grande
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source d’el-Basfah trois heures plus à l’ouest. Nous n’avons pas
pu contrôler l’exactitude de cette tradition populaire.
Quelle peut être la localité ancienne qui se cache sous les ruines du h. el-Hammâm? L’existence d’une petite ville ainsi créée en plein désert, à une demi-heure de sources abondantes, a de quoi étonner un peu et l’on comprend bien mieux les villages actuels de Ma'ân, établis au bord de l’eau. Une préoccupation autre que celle de la commodité présida donc à cette installation. Elle est due, croyons-nous, au désir d’occuper un point stratégique cl’où l’on pût facilement surveiller l’horizon, surtout du côté du désert oriental, le foyer ordinaire des incursions. A ce point de vue l’endroit est en effet bien choisi. Sans doute on aurait trouvé facilement, dans les environs, des sommets plus élevés et plus forts; mais le lieu d’observation n’aurait guère été meilleur et ici on avait en plus l’avantage inappréciable de pouvoir amener de l’eau et créer tout un système de canalisation et d’irrigation impossible ailleurs. Or les deux choses étaient à prendre en considération pour un poste auprès duquel devaient se grouper un certain nombre de maisons et comme une sorte de colonie agricole, autant du moins qu’on peut en juger d’après les ruines. Celles-ci sont, on ne peut en douter, de l’époque romaine, quoique aucun texte ne permette de préciser davantage. Jusqu’ici personne, à notre connaissance, n’a cherché à les identifier. Il semble cependant que, même avec les données incomplètes que nous possédons, l’on peut arriver à retrouver le nom du caslrum bâti en ce lieu.
Un des derniers fragments découverts du rescrit impérial de Bersabée débute par les noms de Adroa, Auara, Zadakatha, Ammatha, etc. (l-), dans lesquels M. Clermon t-Ganneau a justement reconnu un groupe de localités du Sérâh (2). Adroa n’est autre que Oçlroh, trois heures au nord-ouest de Ma'ân. Auara, identique à la Hanarra de la Table de Peutinger, placée 20 milles au sud de Zadagatta, doit être cherchée aux environs d’el-Homeimeh si ce n’est pas Homeimeh elle-même comme nous serions
portés à le croire malgré les divergences de noms. Zadakatha n’est autre que la Zadagatta précédente, Zodocathæ de la Nolitia, dont le site ne fait plus de doute pour personne; on la place à es-Sadaqah (ïiLud!), une quinzaine de kilomètres à l’ouest-ouest-sud de Ma'ân. Et Ammatha? Il convient delà chercher aussi dans la même région. M. Clermont-Ganneau a proposé de l’identifier avec Homeimeh dont nous venons de parler. « Le toponyme arabe dit-il, alfectc la forme d’un diminutif de hammam
(1) RB., 1900, p. 414 : à7t(o) ASpowv... àn (o) Auaptov... (àTtïj) Za8(?8)axa0tov.. . ànà AppaOcov...
(2) RB., 1900, p. 417 ss.
« bain, thermes », ou plutôt de hamma, même sens, vocable qui pourrait être ici comme il l’est ailleurs l’équivalent congénère d’un ancien toponyme araméen Nnnn, Hammeta, Hammatci, même sens, assez répandu en Syrie (1). » On le voit, l’argument philologique, le seul mis en avant, conserve toute sa valeur pour l’identification que nous suggérerions nousmêmes de Ammatba avec le h. el-Hammâm. La ressemblance, ou si l’on préfère, l’équivalence des deux noms est encore plus parfaite. On est toujours aussi dans le Sérâh et les ruines d’el-Hammâm, telles qu’on les voyait il y a quelques années, favorisent admirablement cette hypothèse.
Ammatha du rescrit de Bersabée répond très probablement, ainsi que le fait observer M. Clermont-Ganneau, à Admatha de la Notitia, où tenait garnison une ala Antana ( Antoniniana ?) dromedariorum. On s’explique facilement ce genre de cavalerie dans un poste situe tout a fait a 1 entiéc du désert comme était Ammatha si on admet son identification avec le h. el-Hammâm. Seuls des soldats montés sur des delouls pouvaient essayer de s’enfoncer vers l’est pour refouler un ennemi aussi prompt à se dérober qu’à reparaître.
Nous placerions encore au h. el-Hammâm, et non point à Ma ân même où les ruines font défaut, la forteresse de Ma'àn (jl*-5) mentionnée par Bekry.
Ahamant des Croisés, un des quatre fiefs principaux de la terre d Oultre- Jourdain, a été rappelé aussi maintes fois, soit à propos de Ma an, soit à propos du li. el-Hammâm (2). Malheureusement on n’a relevé dans aucune des deux localités la moindre trace du passage des Francs, de sorte que malgré la similitude de noms l’identification reste toujours problématique. Il est tout à fait vraisemblable cependant qu’au moment où les Croisés étaient maîtres d’Aila et de l ile de Gray ils occupaient aussi 1 oasis de Ma'ân, et de ce fait l’idée d’y chercher Ahamant parait assez naturelle. Mais les documents relatifs à ce fief font défaut et on en est réduit à de simples conjectures.
Excursion aux environs de Ma'ân. — Pendant que 1 un de nous deux restait sous la tente, occupé à recueillir de la bouche d un des anciens de Ma'ân quelques renseignements ethnologiques, l’autre, escorté d’un cavalier du gouvernement, est allé faire une tournée dans les environs, escomptant la bonne fortune de quelque trouvaille. La chance ne nous a pas été
fl) RB., 190G, p. 421 S.
(2) Rey, Étude sur les Monuments de l'arcliit. milil. des Croisés en Syrie, p. 275. — Vincent, ItB., 1898, p. 429 s. — Musil, Arabia Pelr., II, Edom, I, p. 274 et 310, nt. 23.
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favorable; quelques brèves notes prises dans cette chevauchée auront néanmoins ici leur place.
Nous quittons Ma àn à 8 heures 22 minutes, par le grand chemin de Sôbak. Le vaste plateau désert, fortement vallonné, qui s’étend à l’ouest de l’ouâdy es-Sâmiyeh est appelé ard Saf a(*Ukw ^j\). A 8 heures 56 minutes, nous laissons à gauche, à 2 kilomètres, une montagne haute d’une cinquantaine de mètres, c’est le gebel Semneh (&*— J-^). La petite vallée qui prend naissance derrière ce sommet et que nous traversons à 9 heures 12 minutes porte aussi le même nom. A 9 heures 25 minutes, hagar ou dems
Raouad, grosse pierre au milieu du chemin, qui, d’après la légende, a été partagée en deux par un coup d’œil! Dix minutes plus loin, la contrée est dite Rûd el-Hemâr (jUs-*! La région est toujours inculte, sauf quel¬
ques rares petits coins; il y pousse cependant en abondance des plantes variées, que les chameaux des Haweitât viendront brouter prochainement.
A 10 heures 30 minutes, un tas de pierres au bord du sentier marque l’endroit où l’on a trouvé tout récemment un ma'ânite assassiné par des bédouins. L’autorité locale avertie envoya aussitôt, à la recherche des malfaiteurs, une dizaine de cavaliers. Celui qui m’accompagne faisait partie de l’expédition. Ils errèrent dans tous les sens, la journée entière, sans rencontrer une âme vivante; le soir venu, on rentra à Ma'ân et F affaire fut terminée. Mon guide dit beaucoup de mal de ces Arabes maraudeurs qui tuent un homme pour un manteau ou une paire de sandales.
A 10 heures 55 minutes, nous laissons à droite des restes d’enclos et d’autres traces d’anciennes cultures. A mesure qu’on avance vers l’ouest le sol devient de plus en plus apte à être labouré et bientôt nous arriverons aux terres ensemencées.
Ail heures 10 minutes, nous visitons à quelques centaines de mètres du chemin, au nord, une enceinte carrée d’environ 30 mètres de côté, formée de grosses pierres mal appareillées, mais jointes cependant avec du mortier: Elle est située sur la rive droite de l’ouâdy Ahou’l-Gerzâm Cinq minutes au sud de cette ruine, tout près de la route, se dresse sur un sommet le hirbet el-Feqy ( e&Jî)- On y distingue les débris de quelques maisons avec un petit castrum à côté. Au pied de la colline coule une source abondante près de laquelle des gens de Ma'ân sont en train de faire paître leurs bêtes de somme. La nuit, ils se réfugient dans un trou à Odroli.
Du h. el-Feqy nous nous dirigeons sur Gerbn (<4 ^), que nous atteignons en une heure et quart. Cette localité, encore florissante à l’époque des Croisades, était merveilleusement située au sommet d’une haute colline, sur la
grande voie romaine de Trajan. Elle possédait dans le bas trois sources, dont deux au sud et une au nord. Les ruines qu'on y voit actuellement sont celles d’un village important, construit avec les débris d'édifices plus anciens et bien mieux soignés, ainsi qu’en témoignent les belles pierres de taille encastrées dans des murs de maisonnettes insignifiantes. Il ne reste plus rien du château qui dut exister ici aux temps byzantins et peut-être aussi au moyen âge; toutes les constructions anciennes ont été boulevei-
Fig. 31. — Odroii. Restes de ta porte méridionale du camp romain.
sées. Cinq minutes au sud des ruines, sur le plateau, un amas de décombres marque remplacement d’un sanctuaire musulman abandonné ; quelques bédouins y sont ensevelis au milieu des pierres.
Nous redescendons au sud, dans la direction du camp d Odroii distant de cinquante minutes. Le groupe de milliaires bien connu, situé à moitié chemin, avec l'autel votif portant un texte grec (1), sont toujours en place; les inscriptions achèvent de se détériorer.
À Odroii, si bien relevé par MM. Briinnow et de Domaszcwski, rien de nouveau. Devant la porte méridionale (fig. 34) un carrier est en train de débiter quelques gros blocs pour le compte d’un eflendi de Ma àn. La
p) Hrünnow, Mittheilungen Bl’Vereins, 1899, p. 41.
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plaie nous surprend au milieu des ruines et nous empêche de prendre toutes les photographies de détail que nous aurions désirées (fig. 35). Il faut hâter la visite et battre la campagne à la recherche d’un campement pour passer la nuit. Nous finissons par en découvrir un au fond d’une vallée près de Ain ' Arga , une heure et demie au nord-ouest d’Odroh. Il comprend seulement une quinzaine de tentes appartenant à de pauvres Arabes de l’ouâdv Mousa. Une tente spéciale y est cependant réservée pour
Fig. 35. — Onium. Section de l’enceinte méridionale du camp romain.
les hôtes. Nous y rencontrons plusieurs bédouins de passage; un gros marchand en tournée, achetant des agneaux qu’il conduit ensuite en Égypte à travers le Negeb; enfin un employé de Ma'àn, escorté de quatre bachibouzouks, venu pour lever les impôts. Tout ce monde fraternise autour d’un grand feu, buvant force tasses de café en attendant le souper.
Nos bédouins, très pauvres, s’excusent de ne pas pouvoir fournir, selon l’usage, des couvertures pour la nuit; à peine ont-ils à donner quelques coussins et deux ou trois misérables tapis qui servent de diwan en même temps que de lit. On ne les en remercie pas moins et chacun s’enveloppe comme il peut dans son manteau. Bientôt le silence — un silence relatif! — se fait et l’on dort tant bien que mal.
Les gens se lèvent de bonne heure, au campement, afin d envoyer paître les troupeaux; tout le monde est debout avant 5 heures. Le cheikh pré-
pare le café, tandis que les soldats font bouillir une marmite de lait bien sucré. Après avoir partagé ce frugal déjeuner, on se sépare, non sans s’être adressé beaucoup de salutations et de compliments.
A 5 heures 20 minutes, nous quittons la belle source de 'ain Arga près de laquelle se trouvent des ruines qui paraissent être celles d’un village. Une voie antique passait par là, allant du nord au sud. Nous la suivons dans cette dernière direction pendant huit minutes; puis, pour éviter
un coude, nous coupons tout droit une vallée à sa naissance. Au fond coule une source insignifiante, Aïn Mehaggâ
A 5 heures 45 minutes, nous rattrapons le grand chemin sur la hauteur. A ce point s’élevait autrefois un fortin destiné à protéger la route, dont l’aspect est de plus en plus celui d’une voie romaine. De petits tas de pierres amoncelées auprès marquent les endroits où naguère tombèrent plusieurs combattants dans une rencontre sanglante entre les tribus du Kérak et celles de l’ouâdy Mousa. Hier, à l’est de Uerbâ , j’ai noté des monuments analogues rappelant encore une bataille du Kérak contre les Haweitât. Avant l’installation du gouvernement à Kérak et à Ma ân, ces luttes entre bédouins étaient incessantes (1) et l’on ne manquait jamais
Fis- 36. — Puits de Bastali.
(1) P. Jaussen, Coulâmes des Arabes, p. 433 ss.
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d’indiquer le lieu du combat par un ou plusieurs amas de petites pierres, surtout s’il y avait eu des morts (1).
La voie continue vers le sud, à l’extrémité du plateau, dominant les premières dépressions de l’ouâdy Mousa. Le néby Hâroun se dresse au sudouest et, en avant, le regard plonge dans quelques-unes des gorges qui avoisinent Pétra. A 6 heures 20 minutes, nous coupons le chemin direct de Ma'ân à Pétra. Un quart d’heure plus loin, la route bifurque; tandis qu’un sentier, peu battu de nos jours, mais jadis très important, se poursuit dans la direction de la mer Rouge, la voie principale tournant au sud-est, gagne, par un fond de vallée, le site de Bastah. Nous l’atteignons en vingt-sept minutes de marche ordinaire. On voit, en arrivant, une sorte de puits (fig. 36) de 2 à 3 mètres de profondeur sur 5 à 6 mètres de dia¬
mètre, en partie comblé, mais renfermant encore de l’eau. Au fond, on avait ménagé du côté de l’est une large ouverture d’où partait un canal soit pour arroser des cultures dans la vallée, soit que réellement il se poursuivit jusqu’à Ma'ân, ainsi qu’il a été dit plus haut. Cinquante mètres en aval de ce puits, jaillit une source abondante formant un petit ruisseau.
Les ruines de Bastah sont situées de chaque côté de la vallée sur deux sommets. Le hirhet principal est celui de la rive gauche. Il est impossible, actuellement, d’y reconnaître le plan d’aucun édifice primitif; ce qu’on voit est un village abandonné, reconstruit sans doute après l’invasion arabe avec des matériaux ayant appartenu à des monuments romains, ou peutêtre même à des monuments plus anciens. Un certain nombre de blocs d’un grès rouge, provenant scion toute vraisemblance de l’ouâdy Mousa, attirent l’attention, à cause de leur taille originale. Ce sont des pierres d’appareil bien travaillées, mesurant en moyenne 0m,25 à 0m,30 de hauteur, présentant sur leur face extérieure un refend d’un caractère particulier. On en a deux ou trois échantillons sous les yeux (fig. 37). Tantôt la partie en
(1) La coutume générale chez les Arabes est d’élever un tas de pierres à l'endroit où quelqu'un a été tué.
relief a été simplement divisée en petits carrés à la surface bien layee (#), tantôt on s’est amusé à tracer à la pointe, dans ces carrés, différentes sortes de dessins ( b et c). Une de ces figures (c), si on place la pierre verticalement, rappelle la forme de nombreux bétyles nabateens. Le cimetière de la localité était situé à l’est du village, au bord de la vallée.
Sur la seconde colliue, au sud, de l’autre côté du ruisseau, les ruines sont moins denses, mais peut-être y en a-t-il de plus anciennes et faudrait-il chercher ici la première installation. On y voit un reste de tour, des arasements de murs, et d innombrables fragments de poterie. Au milieu de tout cela se trouvent des constructions plus modernes renversées, quelques tombes arabes et de nombreuses enceintes rondes de 15 à 20 mètres de diamètre, ressemblant fort à des aires. Elles sont généralement pavées là où le roc ne sert pas lui-même de dallage.
Partis de Bastah à 11 heures 35 minutes, nous suivons pendant un quart d’heure la route directe de Ma'àn, puis nous obliquons au sud-sudest à travers champs. Au bout de dix minutes, nous sommes dans une petite vallée, sur les bords de laquelle on aperçoit une ruine à un kilomètre à notre droite. Nous allons la visiter. En ce moment, quelques Arabes Haweitât y sont campés auprès d’une source très abondante appelée 'Ain FAI (JjI); le hirbet porte aussi le même nom. Ces ruines ressemblent beaucoup à celles de Gerbâ’ et de Bastah; elles sont peut-être moins bouleversées. Impossible cependant d’y retrouver le plan d un grand édifice quelconque; je remarque seulement les angles appareilles en bossage d’une petite construction qui ne parait pas avoir été retouchée.
A 1 heure 10 minutes, nous partons pour Weicleh dans la direction est-est-sud (105°). Le plateau est accidenté, les cultures deviennent plus rares et bientôt on n’en trouvera plus que dans quelques bas-fonds.
A 2 heures 15 minutes, nous coupons un grand chemin du désert à Ma'àn et à 2 heures 32 minutes, nous arrivons à ' Aïn Weicleh. L’eau sourd en grande abondance au milieu des joncs au fond d une vallée qui jadis devait être en grande partie cultivée. Auprès de la souree, sur la rive droite de l’ouâdy, quelques assises de grosses pierres passablement appareillées marquent sans doute l’emplacement d’une vieille tour. Audessus de la colline voisine, on distingue aussi des ruines plus importantes, au milieu desquelles un cheikh arabe, abou Rabiâh y}), vient de
bâtir une maison qu’on aperçoit de très loin.
Toute cette région au sud-ouest de Ma'àn est moins désolée qu’on le croit généralement. C’est le désert, mais un désert où les sources sont relativement nombreuses et abondantes, un désert autrefois habité et cultivé
DE MA AN A MUSTABGAH
sur beaucoup de points et qui ne demanderait encore aujourd’hui qu’à refleurir. Guillaume de Tyr (1) commettait une grave erreur quand il croyait que l’armée de Saladin venant d’Aïla, n’avait pu se fournir d’eau avant d arriver à Gerbâ’. Les aiguades sont multiples entre cette localité
et la plaine de Hismé qui fait suite au Sérâh en descendant vers la mer Rouge.
( Nous rentrons maintenant directement à Ma'àn en suivant tout d’abord 1 ouâdy Vieideh, qui s élargit bientôt et forme une petite plaine. Au bout d’une demi-heure de marche, nous laissons à droite, dans la vallée à àOO métrés, une sorte de fortin ruiné. Cinq minutes plus loin, quelques champs jadis entourés de murs et ensemencés nous sont désignés sous le nom de h oust an el-Ganeh Un kilomètre plus bas, la vallée
se resserre; nous montons sur la rive droite et rejoignons, après vingt minutes de marche, le chemin de ‘Aqabah à Ma'àn, 1.500 mètres environ en deçà de l’ouàdy Semneh. Du fond de cette vallée, nous atteignons en une heure vingt minutes Ma'àn el-Masriyeh.
HI. — DE MA AN A MUSTABGAH
Sur le chemin de Tebouk, 23-24 mars. — Vers 1 heure de l’aprèsmidi un train de matériel part pour Tebouk ; nous nous installons sur un wagon déjà chargé de rails, trop heureux de pouvoir profiter d’un mode de locomotion aussi commode et aussi rapide.
La voie s’engage à travers un immense plateau inculte, au terrain sablonneux, où poussent à peine quelques rares touffes d’herbes. Le sol, de couleur fauve, est recouvert par endroits de petites plaques de galets noirs qu’on dirait carbonisés par le soleil. La plaine s’étend très loin vers le nord-est, à peine fermée à l’horizon par quelques collines insignifiantes. A notre droite au contraire, une ligne de montagnes d’abord peu accentuées l’arrête à 10 ou 15 kilomètres.
Le paysage est plutôt monotone, mais cette monotonie a son charme et l’on pourrait même dire ses surprises. Sous l’action d’une lumière intense le moindre pli de terrain s’accuse et prend l’aspect d’un vallon. Dans ces faibles combes, où l’eau se ramasse lors des fortes pluies d’hiver, il pousse un peu de végétation avec quelques seyals rabougris, et rien que cela, vu de loin, inondé par les rayons du soleil, apparaît en mirage comme une fertile vallée ou une épaisse forêt se développant au bord d’un lac
(I) Histoire des Croisades, liv. XXII, ch. xv.
MISSION EN ARABIE
enchanteur. Du haut de noire plate-forme nous sommes admirablement placés pour jouir de tous ces détails et nous former l’œil à un jeu de lumière si trompeur qu’on a toujours de la peine à ne pas s’y laisser prendre. Sans doute l’illusion serait encore plus complète et le mirage plus persistant, si, comme les pèlerins et explorateurs d’autrefois, nous traversions la plaine à chameau. Mais « honneur et victoire au Sultan! » disons-nous à notre tour, pour répéter une exclamation qui sort de toutes les bouches sur le derb el-Hagg, nous profitons des avantages d’une locomotive encore plus rapide — malgré sa lenteur! — que le petit trot du dromadaire.
La première station à partir de Ma'ân en allant vers le sud est Gadir eljfagg à 16 kilomètres de cette dernière localité. Le nom pour¬
rait être traduit « Étang des Pèlerins - ou - du Pèlerinage ». Là, aux temps jadis, au fond d’une vallée fermée par une faible digue, les eaux de pluie s’accumulaient pendant l’hiver et le Hagg en passant pouvait étancher sa soif. Parfois aussi le gadir trompait (1) les espérances et n’offrait aux voyageurs qu’un fond desséché. A côté, sur la hauteur, un fortin gardait les approches du réservoir et pourvoyait à la sécurité des pèlerins. Aujourd’hui une dizaine de soldats chargés de la surveillance et de l’entretien de la voie ferrée habitent une maison nouvellement bâtie. Ils viennent puiser au wagon-réservoir leur provision d’eau et touchent en meme temps leur ration de pain avec un peu de riz et quelques oignons verts. Demain ou après-demain, s’il plaît à Dieu, un autre train leur apportera de nouveaux vivres. Et c’est ainsi qu’à chaque gare on s’arrête, uniquement pour ravitailler les pauvres gens perdus dans ce désert.
Nous sommes descendus insensiblement, à partir de Ma an, quoique la pente naturelle des eaux soit vers le nord-est, du côté à'el-Gifer (/^ )• 11 y a là, en effet, à une trentaine de kilomètres à notre gauche, une énorme dépression dans le genre des grands lacs à l’est de Damas, vers laquelle viennent aboutir des quatre points cardinaux tous les ouàdys de la région. Depuis les sommets qui dominent l’ouâdy Mousa à l’ouest de Hastah et d’Odroh, jusqu’à plus de 60 kilomètres à l’est de Ma'ân; depuis les sources de l’ouâdy el-Hésa au nord, jusqu’aux abords de la plaine de l.Iisme au sud et jusqu’au Baten el-Gôl, toutes les vallées s’inclinent du côté d’el- Gifer et y drainent les quelques filets d’eau qui se forment dans leur lit aux
jours des torrentielles pluies d hiver.
Dans les environs de Gadir el-Ilagg l’aspect du pays diffère peu de celui
(1) Le mot yadir signifie « un trou où s’accumule l’eau de pluie » et en même temps « trompeur ».
DE MA 'AN A MUSTABGAH. 5
que nous avons parcouru jusqu’ici; c’est toujours la même aridité et la même monotonie.
Après une nouvelle marche de 12 kilomètres, la machine stoppe à bîr es-Scidiyeh /->)• Y aurait-il un puits sur cette hauteur, dans un ter-
lain qui parait sec comme de 1 amadou? On pourrait le conjecturer d’après le nom de la station, qui est aussi celui d’un ouâdy voisin. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner là-dessus, mais à voir l’empressement que les soldats du poste mettent à remplir leurs caisses à pétrole (1), on devine facilement que 1 eau n abonde pas dans ces parages.
La plaine se relève d’une manière très sensible et devient plus accidenté^. À proprement parler, elle prend fin aux environs de la station à'el-'Aqabcih à 55 kilomètres de Ma an, bien que le plateau se pro¬
longe encore un peu au delà. Qala at el- Aqabah — qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme placée sur la mer Rouge, à la pointe du golfe de même nom jouissait d une certaine célébrité à cause de sa position. Quoi qu’il en fût des divisions administratives, qui ont beaucoup varié, au point de vue de la configuration physique du sol c’était là le dernier poste sur la terre d es-Sam. Là, les pèlerins syriens campaient une dernière fois chez eux et se préparaient à affronter un désert plus long et plus terrible encore que celui qu’ils venaient de traverser. L’entrée en était d’ailleurs peu rassurante. Après avoir circulé quelque temps au milieu des collines, le regard borné de tous côtés, ils tombaient dans le Baten el- (WA « le ventre de la fée ». C’est ainsi qu’on avait désigné le col féerique, à la vérité, par ou on descendait à un étage inférieur marquant le commencement du Hedjaz. Ce passage, difficile en soi, l’était surtout pour des chameaux, car ces bêtes, infatigables en plaine, sont d’une insigne maladresse quand il s’agit de descendre ou de monter et s’épuisent très rapidement. Mais, de plus, l’imagination très vive des Orientaux ajoutait à ces difficultés de la nature des craintes d’un tout autre genre. Un endroit extraordinaire comme celui-là devait être peuplé de ginns (esprits). Aussi on ne s’y engageait qu’avec une certaine appréhension, après avoir invoqué la miséricorde d’Allah et tiré de nombreux coups de fusil pour conjurer toute action néfaste des mauvais esprits (2). Du reste, aux temps anciens, nous disent les Arabes, le Ilagg ne passait point dans ce coupegorge, mais prenait une route plus au sud, connue sous le nom de derb er-resîf (3).
(1) Les caisses en ter-blanc dans lesquelles on expédie le pétrole en ces contrées sont universellement employées comme seaux, sans parler des autres usages multiples auxquels on les destine.
(2) Voir dans Burckhakdt, Travels..., p. G50.
(3) Ce mot désigne une voie pavée; c’est ainsi qu’on appelle, au délit du Jourdain, les anciennes
On a établi une gare au sommet du Baten el-Oôl afin de permettre à la locomotive de respirer (!) après l’ascension. Les ingénieurs ont eu beaucoup à faire pour créer une voie ferrée à travers ce précipice. Ils y sont arrivés à force de circuits et de tranchées, mais la pente n’en reste pas moins considérable et nous descendons avec une rapidité vertigineuse, qui inspire une crainte aussi légitime que l’ancienne descente à chameau ; on n’en est déjà plus au premier déraillement. Heureusement les mécaniciens se forment peu à peu et le voyageur se laisse absorber par la beauté du paysage. On circule au milieu de roches de grès (1) bariolé de toutes couleurs, mais où domine le jaune avec un noir tirant sur le gris de fer. Le spectacle est ravissant et le caractère sauvage du lieu ajoute encore à son charme.
Enfin nous arrivons sans encombre à la station de VOiiâdy Retem ( ï ^\3)f située dans une vallée qui prend naissance au pied de la montée. Les retems n’abondent guère dans le voisinage, malgré le nom donné à l'ouâdy. Ils seront devenus sans doute la proie des flammes pendant que les ouvriers étaient campés en cet endroit. Le personnel est toujours en grande partie militaire, car quels employés voudraient rester de plein gré dans une pareille solitude? Les soldats de ce poste et des autres, voisins du Baten el-Gôl, occupent leurs loisirs à broyer des morceaux de grès de différentes couleurs et à emmagasiner dans des bouteilles ces sables variés, qu’ils mélangent avec mille bizarreries de dessin à l’aide d’un bout de fil de fer. Ces curiosités sont ensuite vendues aux ingénieurs et aux officiers de passage, ou bien expédiées à Damas, où les amateurs sont plus nombreux.
L’ouàdy Retem, d’abord assez étroit, se développe peu à peu et devient une petite plaine sablonneuse. A notre gauche, fuyant vers le nord-est, se dresse comme un énorme mur blanc la ligne de hautes collines presque à pic qui terminent brusquement de ce côté le grand plateau d où nous venons de descendre. Le paysage rappelle beaucoup certains points du gebel Tih, sur la route du Sinaï à Naliel. A l’ouest, des montagnes aux sommets détachés, dont quelques-uns ne manquent ni d’élégance ni de majesté, nous séparent de la région de Hisnié, qui fait suite au Sérâh en allant vers le sud. Nous devons longer le derb el-Hagg. On le devine rien
voies romaines. Noire interlocuteur ferait-il allusion à la grande voie romaine de Trajan que suivait jadis le Hagg de Syrie jusqu’à 'Aqabah sur la mer Rouge, où il rejoignait les pèlerins venus d Egypte ou bien veut-il dire simplement, ce qui est vrai, que le derb el-Hagg est au sud de la voie?
d) A partir de Baten el-Gôl jusqu’à Médâin-Sâleli et au delà on ne trouve plus de calcaire. Ce sont partout des grès mélanges parfois au basalte là où existaient autrefois des volcans comme dans le Harrah.
DE MA 'AN A MUSTABGAH
qu a votr les nombreuses carcasses de chameaux semés en route par la dernière caravane passée tout récemment.
Il fait déjà nuit quand nous approchons de la halte suivante, Tell Saham J--1), mais au retour nous aurons l’avantage de voir en pleine lumière la contrée qui nous sépare encore de Tebouk. Nous sommes à
Fig. 38. — DAt jïi.-IjJIç. Vue générale prise de la gare.
850 mètres d’ altitude; aussi, une fois le soleil disparu, on est saisi par le froid.
Ramie h (^), la petite station qui vient après celle de tell Saham, porte bien son nom (1), Du sable, il y en a partout. Le vent en soulève des nuages et l’accumule contre les remblais de la voie, au pied des petites collines et des tertres qui émergent dans la plaine.
De la gare à'el-Medaivwarah on n’aperçoit ni le réservoir
ni le château. « Dans les environs du qala'ah, nous raconte un soldat maugrebin qui a stationné là quelque temps comme surveillant de la ligne du télégraphe, il y a un sommet d’un accès très difficile, où se trouvent des choses anciennes. Les Arabes disent qu’il y a même des trésors cachés. Une fois, au péril de ma vie, j’ai réussi à grimper sur cette mon-
(1) En arabe
signilie un sol couvert de sable.
tagnc, comptant faire fortune tout cTun coup; mais je n’ai point trouvé de trésors. Ces histoires que vous rapportent les bédouins sont des mensonges! » conclut-il d’un air indigné.
Le Hagg parcourt en une journée la distance qui sépare Aqabah es- Sâmiyeh de Medawwarah. Il n’y a pas toujours de l'eau dans le birkeli; aussi après quelques heures de repos, lutte-t-on sa marche vers le sud. Il faut traverser encore un passage redouté à cause des sahles accumulés et à
Fig. 30. — Dàt el-Hagg. Le Château vu du sud-ouest.
cause de plusieurs descentes rocailleuses, car le terrain se lait très inégal dans la région appelée Hdrât Arnmâr (,Ua Cependant 1 espoir de
rencontrer bientôt une source avec un peu de verdure soutient le voyageur et l’on arrive promptement à la station de Dût el-Hagg (^=^1 o^)-
liât el-Hagg, à 608kilomètres de Damas, à 1 49 kilomètres de Ma'ân et à 84 kilomètres deTebouk, est une petite oasis abandonnée aux abords d’une plaine stérile (fig. 38). De tous côtés on voit surgir des fourrés de palmiers nains qui ne demanderaient qu à être cultivés pour pousser. L’eau, par endroits, est presque à fleur de terre. Un « château » occupe naturellement le centre de ce lieu enchanteur (fig. 39). Pendant que la machine renouvelle sa provision d’eau, nous allons y jeter un coup d’œil. Il n’a rien de remarquable. Construit en petit appareil sur le type traditionnel des
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qala'ah du derb cl-Hagg, c’est un des moins grands et un de ceux dont la construclion est le moins soignée. On l’a restauré tout récemment. Sur la porte d’entrée, basse et bien fortifiée, se lit une inscription arabe en petits caractères fleuris que le temps ne nous permet pas de copier (1). A l’intérieur, il y a un puits irrégulièrement creusé dans le roc avec une source très claire; l’eau n’est guère qu’à un mètre de profondeur; auprès poussent deux ou trois palmiers avec quelques grenadiers (fîg. 40). En dehors, au pied du mur septentrional, se trouve un grand réservoir entouré d’un superbe bouquet de iers et, tout à côté, un jardin avec des arbres fruitiers.
C’est pendant sa halte à Dût el-Hagg que le grand pèlerinage syrien fut attaqué et dévalisé, en une certaine année du xvinc siècle, par la puissante tribu des Béni Saher : fait unique dans les fastes du Hagg, depuis les fameuses incursions de Renaud de Châlillon qui, de son nid d’aigle de Kérak, fondait à l’improviste sur les pèlerins musulmans entre Qatràneh et Ma'ân.
Pendant une douzaine de kilomètres on s’avance sur un terrain ondulé, la vue barrée à l’est par des collines peu élevées. Derrière , mais assez loin, se trouve la région cl’ et-Tebeiq (ijh. un ^eu de campement et de pâturage bien connu des Arabes. A l’automne, des clans de Sehour et de Haweifât viennent y planter leurs tentes; ils y passent une grande partie de l’hiver avec les Sarâràt.
Bientôt le sol devient plus uni, c’est la grande plaine de Tebouk qui commence. D’abord resserrée comme une vallée, elle atteint !) à 10 kilo-
(I) Celle inscription, de 90 1 de l’hégire, ainsi que celle qui rappelle la restauration du qala'ah en 1849, a été relevée par M. le Dr 15. Moritz, Mélanges de la Fac. Or. de Beyrouth , III, fasc. I, p. 433.
mètres de large aux abords de Bîr Hertnus et se développe ensuite rapidement. La gare de Bir Hermâs possède un puits surmonté d’un moulin à vent américain. Le vent régulier qui souffle en Arabie rend très pratique ce mode de pompe, de beaucoup le plus économique au désert; aussi les ingénieurs l'appliquent-ils partout où ils ont réussi à creuser un puits. On pourrait partir d’ici pour visiter les ruines de Qerayieh situées
à là kilomètres environ du côté de l’ouest. Il y a, nous dit-on, les restes d’un château avec une inscription (1). Le malheur a voulu que, malgré tous nos efforts, nous manquions encore cette excursion relativement facile. Ce sont toujours les guides et les montures qui nous ont fait défaut.
Maintenant le pays que nous traversons est tout plat et changera peu d’aspect durant les quelques heures du parcours. A notre droite, c’est-à-dire vers l’ouest, court, à peu près du nord au sud, une ligne de montagnes distantes de 15 à 20 kilomètres. Un ouâdy à peine accusé, reconnaissable aux touffes d’herbes et à quelques misérables seyals, draine les eaux de cette rive et les conduit finalement dans la direction de l’est. De ce dernier côté la plaine est beaucoup plus large et doit atteindre jusqu’à 50 et même 60 kilomètres. Quelques légères ondulations s’y prêtent admirablement au mirage et plus d’une fois nous avons cru à des lacs réels. A certaines époques cependant, après les grandes pluies, les années où il en survient, il se forme dans la région un lac immense, plus important encore que celui de Gifer au nord-est de Ma'âu. C’est ici que viennent se déverser un nombre considérable d’ouâdys, quelques-uns d’importance énorme. Là aboutissent et se perdent l’ouadv Dare'a descendant du gebel Hismé, l’ouâdv A fil dont il sera question plus tard, toutes les grandes vallées du sud à partir de Dâr el-Hamrâ’, sans parler de celles de l’est qui nous sont inconnues. Les Arabes donnent à ce bassin naturel le nom d ’el-Qa (çAïH) (2), ou bien encore de Habrâ el-Muhtâtah (bLUa^-U L’eau accumulée parfois en très grande quantité ne tarde pas à être absorbée par le sable ou par les rayons du soleil. L’aridité reparaît partout pour de longs mois; on n'y voit plus que les étangs imaginaires formés par les vibrations de l’air sous l’ardeur d’une température excessive.
(1) Nous avons vu, à notre retour à Jérusalem, que M. Moritz avait pu visiter Qerayieh en 190G. On lira la description de cette ruine dans l'article indiqué à la note précédente. L’inscription dont on nous parlait avec tant d’emphase consiste en quelques mauvais graflîtes nabatéens et tamoudéens.
(2) ç.U est un nom générique employé fréquemment pour désigner un terrain plat formant
une sorte de bas-fond. — Dans Yaqut, 11, p. 398, )j. r,U ; il signifie également l’eau resserrée comme dans
^ est donné comme étant l’équivalent de un gadîr, ou même l’arbre qui pousserait
grâce à cette eau.
DE MA 'AN A MUSTABGAH
Deux arrêts encore, à Hazam (sj^) et à Mahtab deux bicoques
perdues dans le désert, et 1 on est à Tebouk Lors de notre premier
passage, nous sommes arrivés à 1 heure 40 de la nuit après avoir quitté Ma ân à I heure de 1 après-midi. Nous n'y sommes restés que quelques heures sans descendre même de wagon, car nous avions hâte d’aller de 1 avant. Au retour, nous avons pu passer dans cette oasis trois jours entiers, installés chez le chef de la section, M. Ma gagna , qui a bien voulu mettre
Fig. 41. — Tebouk. Côté méridional et angle sud-est du château.
rà notre disposition tout ce qu’il y avait sous son toit improvisé. Durant notre séjour, nous avons trouvé sans cesse auprès de cet ingénieur distingué l’hospitalité la plus franche et la compagnie la plus agréable. Nous ne saurions assez le remercier de ses bons offices. M. l’entrepreneur Pietro, qui nous a offert un asile le soir de notre arrivée, et tous ses employés, ont droit aussi à notre reconnaissance pour leur accueil sympathique.
Tebouk, 24 mars; 8-11 mai. — Le village de Tebouk (pi. I et fig. 42) (1), perdu au milieu de la verdure, est bâti sur un léger renflement du sol dans la plaine sablonneuse mentionnée plus haut. Il comprend à peine
(1) Fig. 42 d’après un plan dressé par M. l’ingénieur Magugna fils, el qu'on nous a aimablement autorisés à photographier et à utiliser.
L’érlielle «les distances que nous avons ajoutée n'est qu approximative.