GROUPE A L’INTÉRIEUR DU GEBEL ETLIB
Quelques mètres plus loin, on voit au ras du sol un noyau de roc dégagé du pied de la montagne. Il mesure 2m,90 de large sur 2m,60 de pro-
Fig. 212. — MédAin-Sâleii. Deux des monuments de la 11 g. 211
fondeur. Un petit couloir, large en moyenne de 0m, 75 et creusé tout entier de main d’homme, l’isole sur trois côtés et permet d’en faire le tour
Fig. 213. - MédAin-§Aleh. Monuments religieuï à l’intérieur du gebel Etlib.
(fi g. 211, A). Ne seraient-ce point là les débris d’un autel, rongé par les siècles ou détruit à dessein par les Arabes? U semble qu’il n’y ait guère lieu d’en douter. Le plan par terre rappelle l’autel du liaut-lieu de Pétra (1)
(1) RB., 1903, p. 280, pl. I.
qu’entoure un passage semblable, et de plus, l’endroit où nous sommes est sûrement un centre de culte.
Au-dessus du bloc en question passe le canal taillé dans le flanc de la montagne dont on a parlé ailleurs (p. 128), et à lra,50 plus haut environ, il y a dans le rocher une niche qui semble préparée pour recevoir une inscription ou plutôt pour y encastrer un symbole quelconque.
C est surtout dans les rochers à 1 ouest de l’ouâdy que foisonnent les
x ig. 214. Mkdâix-SAleii. Stèle entourée de granités, à l’intérieur du gebel Etlib.
graffites et qu’on a multiplié les monuments religieux. La figure 21. ‘1 donne quelques-uns de ces derniers :
Aos / et 3. — Deux groupes de trois stèles séparées les unes des autres par une rainure de trois à quatre centimètres; la stèle du milieu est plus grande que les deux autres. On s’est contenté de les dégager du rocher, sans prendre soin de tailler tout autour une véritable niche.
Ar° 3. — On pourrait croire que le bas de cette stèle est inachevé à cause de l’irrégularité qu’elle présente sur le côté droit; cependant peutêtre y a-t-il là une signification qui nous échappe.
hes pilastres de chaque côté ne sont qu’ébauchés; l’encadrement n’aura sans doute pas été terminé. Au centre, au lieu d’une stèle, on a cette fois une seconde niche beaucoup plus petite que celle qui l’encadre et au bas de laquelle était creusée en avant une cupule qui devait
GROUPE A L’INTÉRIEUR DU GEBEL ET El B.
mesurer dans son état de parfaite conservation 0m,08 de diamètre et 0m,05 de profondeur (voir la coupe) (1). En avant, une marche taillée dans le rocher entre le niveau du sol et la niche permettait de s’approcher plus facilement de cette dernière, peut-être pour toucher ou baiser le bétyle qui y aurait été placé ou bien pour déposer quelque offrande dans la cupule.
° Identique à celle qu’on voit dans la figure 214. Simple stèle assez
Fig. 215. — MéiUin-Sâlf.it. Petit sanctuaire à l’intérieur du gebel Etlib.
grossièrement dégagée de la paroi du rocher. Il y a encore en avant une petite marche. Le croquis coté et la photographie dispensent de toute autre description.
Une dizaine de mètres au sud de cette dernière stèle, nous en trouvons une autre dans le môme genre, mais complétée par quelques accessoires qui font de ce monument comme un petit sanctuaire. La figure 215 en donne une vue d’ensemble. Au fond d’une sorte de grotte très largement ouverte, on a sculpté dans une niche grossièrement taillée un bétyle dont
fl) Voir dans Dalman, Pelra..., p. 186, fig. 101, n° 213, un bétyle avec un godet creusé au pied, en avant. La niche intérieure, décrite en ce moment, se rangerait tout à fait dans la catégorie que M. Dalman appelle des « stèles en creux », terme qui n’est peut-être pas de tous points heureux.
on a la forme et les dimensions ci-dessous (fîg. 210). Il est précédé d’une petite esplanade irrégulière, sur laquelle conduit un escalier; la première marche de cet escalier, en avant, est ébréchée et se trouve à 0m,73 audessus du sol. À droite, on remarque deux petits bassins dont le devant a à peu près complètement disparu. Le plus rapproché de l’escalier mesure 0m,83 de long sur 0m,37 de large; l’autre 0m,61 sur 0m,30. La profondeur du premier pouvait être de 0m,25 et celle du second de 0m,20.
En continuant encore vers le sud une vingtaine de pas, on découvre derrière un grand rocher, au milieu de graffites très effacés, un bétyle d’un genre tout particulier et fort intéressant. Il est placé au ras du sol
et se détache sur la paroi du roc en un relief de six ou sept centimètres. Il n’y a pas la moindre niche, l’artiste ayant profité d’une saillie de la pierre pour y tailler son monument. Nous donnons de celui-ci, en même temps qu’une photographie, une coupe mesurée qui en simplifiera la description (fig. 217).
L’intérêt de cette stèle consiste dans les deux petits carrés formés par une bordure en relief et séparés par une barre, qui en occupent la partie supérieure. Les Arabes qui nous accompagnaient ont tout de suite reconnu là une idole avec un nez et deux yeux; nous croyons qu’ils avaient parfaitement raison. Le pieux nabatéen qui a sculpté ce bétyle aura voulu symboliser, sinon représenter, une figure humaine. Ne serait-ce pas une image grossière du dieu en l’honneur duquel avait été érigée cette pierre sacrée? D’autres peut-être préféreront y reconnaître l’image du pèlerin qui était venu prier en ce lieu (1).
(1) Euting a dessiné à Pétra une stèle qui ressemble beaucoup à celle-ci; cf. Bkünnow et be Domaszewski, Die Prov. Arab., I, p. 323, fig. 358. Plusieurs stèles funéraires de l’Arabie du Sud