AVANT-PROPOS
Il y a quelques années, M. le docteur Alois Musil faisait connaître au monde savant un certain nombre de châteaux anciens, situés à l’est du derb el-Hagg suivi aujourd’hui par la voie ferrée de Damas à Médine, à peu près à la même latitude que Jérusalem. L’intrépide explorateur a raconté ses différents voyages en cette région, avec maints détails sur la nature et la configuration du pays, et a fixé sur une carte les noms de lieux, de montagnes et de vallées recueillis en cours de route (1). Il a décrit dans un style pittoresque, parfois même un peu exagéré, les dangers courus en plein désert, les dures fatigues du chemin, les pénibles impressions de la chaleur et de la soif, l’acerbe piqûre du froid pendant les nuits passées à la belle étoile. Il a eu surtout la légitime satisfaction de raconter les beaux résultats de ses recherches et de ses trouvailles archéo¬
logiques.
Les trois principaux monuments dont M. Musil nous a révélé 1 existence sont : Qasr et-Tûba , Qasr Hcirâneh et Qeseir Amra (fig. 1). Des deux premiers, il a donné une description accompagnée de plans et de plusieurs vues photographiques. Le troisième, particulièrement intéressant à cause de ses peintures, a été l’objet d’une étude spéciale à laquelle plusieurs savants autrichiens ont prêté leur concours. Un peintre, M. Mielich, envoyé exprès sur les lieux, a relevé les fresques encore visibles, et ses copies ont été publiées dans de nombreuses planches en couleurs editees à grands frais par l’Académie de Vienne. M. Musil a complété l’ouvrage par une série de notes topographiques et historiques suivies d un certain nombre de remarques faites par des spécialistes, sur l’architecture, les peintures et la date du monument (2).
(1) Alois Musil. Arabia Petraea , I, Moab. - Karte von Arabia Pelraea.
(2) Kalserliche Akademie der Wissenschaften. - Kusejr 'Amra. Band 1 : 1 ext
Band U : 41 farbige Tafeln.
Le sujet paraissait donc épuisé. Aucun voyageur futur, semblait-il, ne devait avoir grand’chose à ajouter aux publications de M. Musil, et on concevait moins encore qu’on pût reprendre un travail qui avait réclamé tant d’argent et de si pénibles efforts.
Nous n’avions donc aucune ambition de recommencer à nouveaux frais cette tâche, lors de notre première et très accidentelle visite, à la fin d’avril 1909. Nous nous proposions simplement de jeter un regard sur quelques-uns de ces châteaux dont la connaissance directe ne pouvait, on le suppose bien, que nous être féconde dans l’étude longtemps poursuivie de l’archéologie et de l'histoire de ces régions. Nous ne visitâmes alors que Harâneh et Qeseir Wmra. Deux ans plus tard, l’occasion s’étant offerte de revoir ces mêmes lieux et d’aller jusqu’à Ezraq et jusqu’à Tûba, nous nous empressâmes d’en profiter, sans songer encore néanmoins à revenir sur un sujet déjà traité à fond, pensions-nous. Mais lorsque de retour à Jérusalem, nous comparâmes les documents que nous avions en mains avec ceux du docteur Musil, il devint évident que le travail de ce dernier sur Tûba et Harâneh n’était pas seulement à compléter mais en grande partie à refaire, et qu’on pouvait ajouter aussi çà et là, sur Qeseir 'Amra, quelques petits détails intéressants. Dès lors une troisième expédition fut résolue, dont le but était de contrôler sur place les variantes que présentaient nos relevés avec ceux de nos devanciers. Telle est l’origine de la présente publication.
Notre but n’est pas de recommencer tout ce qui a été fait. L’ouvrage de Musil sur Qeseir 'Amra restera toujours sans doute le grand monument élevé à la gloire de ce château, bien qu’il puisse y avoir beaucoup à dire sur la fidélité des reproductions des peintures. De ces dernières nous donnons, suivant le désir exprimé par plusieurs savants, toutes les photographies que nous en avons prises et qui peuvent être reproduites avec quelque utilité (1). Plusieurs corrections de détail ont été apportées au plan d’ensemble, dressé à nouveau, et mis sous les yeux du lecteur pour servir de terme de comparaison dans l’étude archéologique de Tûba et de Harâneh reprise complètement. Ici les nouveaux plans ne feront guère double emploi avec ceux que l’on connaissait déjà. On s’est appliqué à les justifier et à les éclairer par une illustration photographique aussi complète et aussi soignée que possible.
Le chapitre I contiendra un court récit de nos trois voyages successifs.
(1) C'est à dessein que nous omettons de reproduire des photographies qui représentent des scènes ou des personnages dont les délinéaments et les couleurs, très altérés, ne se distinguent presque plus.