‹ Mission BingerChapitre 11 sur 11 · VO · texte numérisé non relu

VO

afiïr

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écrasait sur sa poitrine en marmottant une invocation intelligible pour lui seul. Tel quel, avec ses grelots, ses colliers de verroteries, son arc et ses flèches, il avait très haute mine. La démarche était souple, le pas rapide ; léger, il détalait sur !e sentier, sans même faire craquer les branches sèches. C'était le vrai fils de la for^t.

Plusieurs villages sont en ruine. Le pays, l'an dernier, était en guerre avec le Baoulé, une de ces guerres peu meurtrières, où l'on se tue, de part et d'autre, une dizaine d'hommes, mais qui se prolongent pendant des mois. Tant que les hostilités durent, la population se retire dans la brousse et les intempéries émîettent rapidement le hameau abandonné.

Du reste, môme en temps normal, l'incurie du propriétaire a tôt fait de transformer en masure une case encore neuve. Le noir met rarement la dernière main h son œuvre et laisse, le plus souvent, inachevé son domicile de perches et de terre battue. Jamais il ne le répare. Un hameau qui date à peine de quatre ou cinq ans semble déj;\ crouler de vétusté. L'un des chefsd'œuvre du genre a nom Pirikrou. Le sentier que nous suivions depuis le Diammala y rejoignait le premier itinéraire de Binger. Celui-ci ne se souvenait pas d'avoir rencontré à cette place abomination semblable. La demeure qu'on nous destinait nous a fait reculer d'épouvante. Un malade l'occupait, que" l'on se disposait à déloger en notre honneur; mais nous avons préféré respecter son repos et sa pestilence et avons établi nos quartiers à quelques pas de là dans une cabane en ton-

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stnictîon. Bien que l'édifice n'eût que les montants et la toiture, il servait déjà de dortoir et de cuisine à une famille. La fumée avait déposé sous le chaume un vernis noir et poisseux ; d'immenses toiles d'araignée pendaient en lourdes grappes, chargées de suie. Les pauvres gens qui s'écartaient pour nous faire place étaient tous plus ou moins éclopés par le ver de Guinée, Ils traînaient la jambe péniblement, dissimulant tant bien que mal leurs plaies sous un pansement de feuilles de bananier. Très sales, ce dont on ne saurait leur faire un crime; l'eau est si rare dans cette partie de la forêt. La puanteur exhalée de ces intérieurs était odieuse.

Pour comble , le chef manifestait le désir de nous garder plusieurs jours. Plutôt la mort sans phrases. II a enfin consenti à nous donner le chemin au bout de vingt-quatre heures. Nous l'avons assuré que nous serions volontiers demeurés ses hôtes indéfiniment, n'était que nous venions de parcourir une longue route, et avions hâte de reg^ner notre pays, nous sentant déjà un peu malades, II y a vraiment de quoi le devenir. Nous devrions être habitués à tout, après avoir passé par tant de gîtes extraordinaires. Mais je ne pense pas qu'il nous soit encore échu rien de pareil.

Les mauvais campements, les marches forcées ont, depuis une semaine, singulièrement diminué nos forces. Sans être atteints d'aucun malaise bien défini, nous nous sentons plus anémiés, dans une disposition générale favorable au développement du moindre germe morbide. L'exécrable qualité de l'eau y est pour beaucoup. Dans toutes les mares de la forêt infusent des

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^H sieurs doivent contenir c!es substances toxiques. On a

^V beau filtrer l'eau et la faire bouillir (nous ne buvons plus

que du thé), elle n'en est pas moins empoisonnée.

11 nous restait six bouteilles de vin que nous conservions précieusement depuis trois mois, pour les cas graves, 11 a été décidé qu'on les entamerait, sans plus tarder, en y mêlant un peu de poudre de quinquina. A raison d'une gorgée par jour, ce tonique nous mènera I loin. D'ailleurs, une fois au Comoé, nous retrouverons de l'eau courante et, sans doute, dans les villages riveins, du doia, quelques fruits, des légumes surtout I dont nous sommes privés depuis plusieurs semaines. L Cette absence de verdure dans l'alimentation nous est l. extrêmement pénible.

Voici, à peu de chose près, quel est notre ordinaire : [ au réveil, avant le jour, un gobelet de thé et un épi de I maïs rôti sur les charbons; au déjeuner, en arrivant à I l'étape, c'est-à-dire vers onze heures ou midi, un mor- I ceau de viande froide, chèvre ou mouton, dont nous avons absorbé le bouillon la veille au soir. Au dîner, la soupe et une écuelle de foiifo indigène, ragoût des plus pimentés; comme dessert, le thé sucré avec du miel. Ce mie! sauvage récolté aux environs de Kong est délicieux. Nous en avons fait une ample provision que nous transportons dans des jarres dont le couvercle a été l soigneusement luté avec de la bouse de vache. Le maïs. I écrasé entre deux pierres et cuit à la vapeur, tient lieu l de pain. Dans quelques jours, il fera défaut : on lui [ substituera la banane réduite en pâte.

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La forêt devient de plus en plus dense, le paya ni<tttis peuplé. En revanche les rares villages que l'on rencontre ont meilleur aspect. N'Diéné, Bahîrmi, Sanzanzo alî*gneiit des rangées de cases neuves, coquettes parfois, bien que le procédé de construction laisse à désirer. Pour extraire les matériaux, le noir va au plus près; U pratique ses excavations au milieu même du vilUgV, & deux pas de sa demeure future. Ces trous seront comblés peu à peu par les immondices : en attendant, l'eau des pluies s'y corrompt parmi les détritus de tout genre, et il s'en dégage des effluves intolérables.

Ces localités étaient situées naguère plus à l'ciuest. Les populations ont jugé prudent de battre en retraHc pour se dérober au voisinage trop immédiat du BaouIA. Ce déplacement a eu pour conséquence la rectification des sentiers. C'est ainsi que nous avons pu [jarcourir en une seule étape la distance de N'Diéné h Sanzanzo, que Binger avait mis trois jours à franchir lors dc sa première exploration.

Le 8 juillet, nous sommes à Zouépiri. C'est le dernier lieu habité que nous devons rencontrer avant. d'atteindre le Comoé, De ce village au fleuve, on compte, à notre allure que je puis qualifier d'accélérée, onze heures de marche. On ne peut songer à les expédier d'une traite, pour plusieurs raisons, la plus décisive étant qu'il n'y a pas, en forêt, onze heures de jour et qu'il serait de toute impossibilité d'y cheminer dans les ténèbres. Nous avons donc campé une fois de plus dans la brousse. Campement sommaire ; les couchettes dressées, on allume les feux et tout est dit. Dc tente,

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point; la nôtre étant à peu près hors de service, nous l'avons abandonnée à Kong afin d'alléger d'autant nos bagages.

La nuit au surplus promettait d'Être belle. Les premières heures m'ont rappelé les paisibles soirées passées dans les forêts des Andes péruviennes, à la clarté des fogadas, sous les berceaux de lianes emplis de lucioles. Mais, vers minuit, les choses se sont gâtées. Une tornade soudaine éclatait , tempête électrique et déluge combinés. Que faire en pareil cas, sinon se lever au plus vite, ployer son lit, endosser la pèlerine, souffler sur les tisons, allumer une pipe et deviser philosophiquement en attendant que l'ondée cesse?

Mais nous sommes au bout de nos peines. Le lo au matin, une nappe étincelantc est devant nous, une coulée d'or, le Comoé; sur l'autre rive, des pirogues amarrées et les paillottes d'Attakrou pointant au-dessus des palmes.

Et nous saluons avec transport le beau fleuve. C'est, semble-t-ii, le lien qui nous rattache définitivement A la patrie, le fil d'Ariane i

<: rien ne brise.

Du moment qu'il s'est allongé dans la pirogue et s'abandonne au fil de l'eau, le voyageur n'a plus d'histoire. I-e paysage et les êtres ne changent point. C'est toujours le même décor : le double rempart de forêts, les grands arbres aux troncs blancs tranchant sur les verdures, le silence profond troublé seulement par la cadence des pagaies, la fuite d'un hippopotame ou d'un caïman, le cri d'un singe; et, sous le soleil qui darde, la pirogue glissant dans la lumière réverbérée.

Le mardi 12 Juillet, à quatre heures du matin, nous quittions Attakrou. Navigation morne, entre ces berges hautes où rien ne révèle le voisinage de l'homme. Les villages, très espacés, sont en général situés à quelque distance de la rive, dissimulés clans la brousse. Souvent il n'y a même point de pirogue amarrée au débarcadère, de sorte que l'on ne sait trop s'il s'agit d'un sentier frayé ou d'une passée de bêtes sauvages.

Le courant est lent, imperceptible parfois, sauf dans

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le voisinage des bancs de roches qui, de loin en loin, coupent le chenal. Mais ce ne sont point encore là des rapides; un frisson à la surface, une légère intumes- ■c, rien de plus. Pas un bruit sur l'eau, pas un cri dans l'air. Et cela a je ne sais quoi d'anormal et de troublant, ce grand silence dans la clarté.

IAu total, la séance est aussi fatigante qu'une journée de marche. Un long voyage dans une pirogue contenant une douzaine de passagers, sans compter les bagages, n'est rien moins qu'une partie de plaisir. On est assis, en équilibre, sur quelque ballot sans pouvoir s'accouder ni s'appuyer. Il serait imprudent de changer àe position ; le moindre mouvement risquerait de compromettre l'équilibre très instable de l'esquif. Il faut subir stoïquement les coups de soleil et les morsures cuisantes des mouches dont les innombrables essaims nous harcèlent.

Passé ta nuit à Kabrankrou, De ce point , un senlitr conduit, en trois heures, à Aniasué, important village situé à plus de 40 kilomètres en aval, par la rivière. ^H En 18S9, Binger n'avait pu, les eaux étant trop ^^Kb^^s^^i explorer cette partie très accidentée du Comoé. ^^rLa saison présente est plus favorable, et nous ferons le trajet par eau.

Cinq heures de canot, au milieu des rapides. Le fleuve , brusquement infléchi dans l'ouest , se divise en

I plusieurs bras, serpente parmi les îlots, les affleure- Itnents granitiques, les blocs épars. Les passes, sans ^présenter de dangers sérieux, sont f)arfois très étranglées. Le courant s'y précipite avec une vitesse de

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torrent; maïs peu ou point de tourbillons. La matinée est superbe; ce bruit des eauK sur les rochers, le lit élargi, quelques collines chauves qui surgissent à l'horizon, la rencontre de plusieurs équipes, halanl leurs pirogues péniblement, à la cordelle, tout cela met dans le paysage une animation qui lui manquait liier. hommes înlcrpellent nos piroguiers et demandent qui noussommes, d'où nous venons. Ils ouvrent de grands yeux, et leur inquiétudeest manifeste: c'est la première fois que des Européens se montrent dans ces parages. A plusieurs reprises, sur les rives, nous apercevons, guettant le passage de la flottille, des indigènes nus, l'air effaré, à demi cachés dans les herbes ou accroctiéa aux branches, comme des singes.

Puis le courant s'apaise; le lendemain et les jours suivants, c'est de nouveau la nappe rougcâtre, fuyant à perte de vue, en ligne droite, entre la double muraille verte. Il est certain que, prises dans leurs détails, ces futaies riveraines sont incomparables : les végétations grimpantes ébauchent autour des arbres morts restés debout des architectures féeriques, bastions, portiques, arceaux, lourdes draperies balancées dans le vent. Transporté en Europe, ud morceau de cette forêt ferait crier au miracle. Mais la répétition de l'clïet finit par lasser l'attention. Le lent déroulement de cette toila de fond exaspère à la longue. Ces masses verdoyantes ont quelque chose de lugubre, d'inaccessible à l'Iiomine j il y a dans cette nature puissante moins de séduction^ que de menaces,

A Aniasué, puis à Abradine, nous avons été c

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traints de faire escale une journée entière afin de ne

point déplaire aux chefs et d'écouter leurs doléances.

Tous deux se plaignent du mauvais vouloir et de la

rapacité des collègues établis en aval. On ne peut,

I disent-ils, envoyer de pirogues à la côte sans s'exposer

I i voir les embarcations et les marchandises pillées ou,

|tout au moins, confisquées jusqu'au payement d'une

ftrançon exorbitante. Notre protégé Bénié-Couamié, roi

■de Bettié, serait, à les entendre, le plus intraitable,

rinterceptanl les communications, se réservant le mono-

[ pôle de la traite avec les factoreries du littoral et forçant

les gens à yenir chez lui s'approvisionner de sel, de

poudre et de gin.

Ce qui se passe sur les voies commerciales de l'intérieur africain, où les caravanes sont arrêtées chaque jour et obligées de satisfaire aux exigences d'un fantoche décoré du titre de roi ou de chef, nous reporte en plein moyen âge, aux époques où margraves et hauts barons faisaient payer à beaux deniers comptants le droit de passage à travers le défilé, sur la rivière que -dominaient leurs châteaux. Avec une différence toutc- |{ois : le féodal pouvait alléguer que ledit impôt était terçu pour subvenir à l'entretien des chemins , ponts, etc.; le même prétexte ne saurait être invoqué Vpar les tyranneaux noirs qui n'entretiennent quoi que [ce soit.

Bourbe, chef d'Ahradine, se déclare en outre blessé Klâe ce que, depuis le traité que la France a, dit-il, confclu avec lui. il n'a touché aucune des annuités stipu- §lées. Or le traité de protectorat a été consenti par le

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rot de rindénié duquel relève le chef d'Abradine. Q dernier a simplement assisté au palabre, comme beaa coup d'autres seigneurs sans importance. Là Pranc4 traitant avec un particulier dont l'autorité s'étend sa vingt paillotes; quelle singulière idée se font ces gens-U d'une puissance européenne!

Du 17 au 20, séjour à Bettié. La capitale de Bénî^ Couamié est plantée sur la rive droite, au sommet d'ui» bei^e escarpée. Elle commande complètement le fleuVf dont le chenal est, en cet endroit, resserré entre d'énormes bancs de roches, l-a position est très forte : il es clair que pas une embarcation ne pourrait franchir \l passe sans la permission royale.

Le village est peu de chose. Le principal édifice esl la maison, soi-disant à l'européenne, construite par 1( roi à l'intention des blancs qui lui rendraient visite, h» baraque est beaucoup plus vaste que celle élevée, dani un but identique, par Akassimadou de Krinjabo; maii elle commence à se disloquer. Bâtie depuis deux ans i peine, elle menace déjà ruine : les rampes donnani accès à la véranda fléchissent de façon alarmante, les planchers sont à jour. Telle quelle, elle nous fait l'elïcf d'un palais ; il y a si longtemps que nous n'avons eu de demeure où l'on pût se tenir debout. Le roi n'habite point cette maison : seul le rez-de-chaussée lui sert d'entrepôt et de magasin.

Bénié-Couamié, roï de Bettié, est un homme d'un* quarantaine d'années, à la mine futée, très remuant cl d'une loquacité rare. Il est le principal, on |x>urrait dire l'unique traitant du fleuve, en ce sens qu'il centrasse

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tout le trafic et que les marchands de l'intérieur doivent, bon gré, mal gré, passer par son intermédiaire. 11 nous a accueillis avec l'air ravi d'un châtelain recevant ses invités, et a aussitôt exprimé le désir de nous garder de longs jours sous son toit. Sa Majesté devra se contenter de quarante-huit heures. Elle se propose, il est vrai, de jouir deux ou trois jours de plus de notre société en nous accompagnant jusqu'à Malamalasso, dernier village de ses domaines, sur la frontière du Sanwi.

Déjà maints détails nous révèlent le voisinage de la côte. Les cadeaux que nous offre Bénîé-Couamié sentent la factorerie; ils consistent en deux fioles d'un vîn blanc d'origine suspecte, une boîte de thon et un pot de moutarde. Nous eussions échangé de bon cceur ces produits de la civilisation pour un fruit. Mais les cultures sont situées à une assez grande distance dans la brousse. Ici, rien de frais à se mettre sous la dent.

De notre côté, nous avons bien fait les choses; le roi a été comblé. Il est venu remercier, en grand costume : chemise de soie verte, souliers vernis, gibus drapé d'une écharpe rouge. Les remerciements finis, le commerçant s'est démasqué ; il a demandé à faire quelques achats. Le reste de notre pacotille y a passé. Notre royal client s'est offert pour un millier de francs (dix onces d'or) de soieries et de lainages. Très amusante séance, oîi le rusé monarque employait toute sa rhétorique à seule lin d'obtenir de-ci de-là un rabais de 50 centimes. lia conclu du reste une excellente affaire; le jour même il rétrocédait la majeure partie de son

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stock à des traitants apoltonicns de la Câte d'Or, jjassage dans le village.

La nuit tombée, nouvelle visite, tx roi cette foi procède avec mystère : ÎI a Congédié ses serviteurs et se glisse vers notre case inaperçu, vêtu d'un pagiil couleur muraille. Conversation |)olitit)UC : notre iiileo locuteur, comme il fallait s'y attendre, nous confie Ita ennuis dont il est abreuvé parles chefs du voisinage, en particulier jiar celui de TAIangoua qui lui a capture sept hommes. 11 nous demande la permission de s'emparer du cou{>able par surprise et de l'expédier sous escorte à Grand-Bassam, L'histoire est, comme toutetf

laissons dire, en renonçant à comprendre. 11 y est question d'un individu qui se serait constitué captif jusqu'au payement d'une dette par lui contractée; le compte apuré, non seulement le créancier de mauvaise foi aurait refusé de le remettre en liberté, mais il aurait par surcroît empoigné et gardé prisonnière l'ambassade dépêchée pour lui présenter de justes remontrances. Sur le tout se greffe une histoire de femme, de réjjaration pécuniaire demandée par un mari trompé. Enfin notre hôte nous assure que le chef d'un village situé en aval de Malamalasso aurait arrêté au passage une de ses pirogues se rendant à la côte et pillé la cargaison. dont la valeur n'est pas inférieure à sept onces d'or; que les gens de Yacassé, des brigands finis, retiennent depuis plus de six mois en otage un jeune garçon de Bcttié, au mépris de tout droit. On compte sur nous pour exiger le prix des marchandises volées et la mise

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en liberté du captif. Cela ne sera peut-être pas très commode. Toujours est-il qu'il faut promettre. Ce roi n'cst-il pas notre protégé?

Si hospitalier que se montre Bénié-Couamié, l'existence chez lui manque d'agréments. Bettié offre peu de ressources, et nous avons de la peine à alimenter notre petite troupe. Dieu sait si nous repartirons avec joie. Nous avons, depuis Attakrou, parcouru sur le Comoé une distance d'environ 300 kilomètres. Une centîiine de kilomètres, trois ou quatre jours encore, et nous respirerons la brise du large, nous reverrons des faces blanches. La fièvre de l'arrivée nous saisit, la hAte d'échapper à la vermine, à la boue, aux puanteurs au milieu desquelles nous avons vécu six mois. Oh ! jeter I enfin nos guenilles, retrouverdu linge, manger du pain ! Mais le départ, décidé pour le mardi tg, a été reculé ^d'un jour. Le roi tient, en effet, à nous faire les honneurs Ide sa plus belle pirogue, laquelle ne se trouve point lectucllementà Bettié : il a commandé qu'on allât quérir gà Diaboîsué cette embarcation immense, monstre, tcomme nul autre que lui n'en possède. Dix hommes Is'occupcnt à remorquer ici ce chef-d'œuvre.

Le retard nous réjouit faiblement. C'est chose pénible fque l'hospitalité d'un prince noir. Quand il vous a gral lîfié d'une chèvre ou d'un mouton, il s'imagine de bonne Itfoi que vous n'avez rien à désirer de plus. Et les heures ^paraissent terriblement longues. Qu'inventer pour tuer lie temps? Ces villages sont des geôles : d'une part, la I forêt impénétrable ; de l'autre, la rivière. Les distractions l'manquent, à moins d'être passionné pour la pêche h la

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ligne : encore y a-t-i! dans le Comoé- plus de caïmans que de barbillons. Quelques notes, quelques croquis, si toutefois la curiosité eucombrante des indigènes voua en laisse le loisir : c'est l'aflaire d'une matinée. Après quoi, la journée se traîne démesurée, morne dans le brouhaha énervant du village : bêlements de brebis, cris d'enfants, disputes interminables au sujet d'un rien; un concert de voix aigres, de glapissements, de coups de pilon. Et les visites des fâcheux, le roi en tète! A chaque instant il apparaît, généralement pour réclamer notre aide contre un débiteur récalcitrant. A écouter ce monarque-marchand, nous ne serions ici que pour exercer ta contrainte par corps vis-à-vis de ceux de ses clients peu pressés de régler leur compte,

La nuit arrive sans nous apporter le calme. L« tumulte semble redoubler avec l'ombre. La valetaille installée au rez-de-chaussée de notre case est particulièrement bruyante. Nous sommes obligés, plus d'une fois, de faire une sortie [wur obtenir le silence, un silence très relatif. Avec les enfants hurleurs le remède est simple : une grosse voix de croquemitainc en impose au marmot, tremblant que l'homme blanc vienne ledévorer.

Le village, qui plus est, en dépit de sa position très saine, est un foyer d'infection. Des charognes, des ventrailles d'animaux y pourrissent à l'air libre. Les alentours des cases, surtout de la maison royale, sont des cloaques. Le Comoé, près de l'embarcadère, sert de water-closet. A quelques mètres en aval, les gens vont puiser l'eau.

Le roi laisse à d'autres que luî le soin de salir les

approches de sa demeure. La majesté royale exigeant plus de mystère, c'est en pleine eau qu'il se retire. Dans les vapeurs de l'aube ou lorsque tombe le crépuscule rapide, on peut voir une pirogue conduite par un seul pagayeur fendre la nappe assombrie du fleuve. C'est le roi de Bettié se rendant à la garde-robe.

Benié-Couamié a l'instinct de la mise en scène et n'ignore pas qu'un souverain doit, aux jours de cérémonie, dominer la multitude. Faute de monture, il s'est ïaît fabriquer une selle de bois fixée sur un brancard que portent quatre serviteurs. Mais ce cheval de bataille est vermoulu, et le roi désirerait qu'on lui en confectionnât un neuf en France, sur le même modèle. A cet effet il a insisté pour que je prisse un croquis de l'appareil, it Avec tous les clous! » répétait-il. (Le cheval de bois est constellé de clous en cuivre.) — « Avec tous les clous, Sire. »

Il n'eût pas été fâché non plus de posséder un écrit, un certificat louangeur, attestant sa puissance et sa large hospitalité. Le coup de l'album et de l'autographe ! Je lui ai fait observer qu'il serait préférable que la chose iût peinte sur' sa grande maison ; un papier, cela se perd .

— Mais si je reblanchis la case?...

— Oh! je suis tranquille. Tu ne la reblanchiras pas. Et l'enseigne suivante illustre à cette heure la muraille de terre battue :

AU RETOUR DE fCn.VC BÉNIÉ-COUAMIÉ, logeàpicd

FIROOVES A VOLONTÉ

commandé aux touristts et aux familles.

378 KRANXE NOIRE.

o Cela, lui a expliqué l'mterprfete, signifie que tu éj généreux, hospitalier, que tu possèdes beaucoup d< pir<^ea et que les blancs se trouvent Irts bien chci toil D

Pauvre enfantillage, dira-t-on. Que voulez-vous? Cela nous a toujours fait passer une heure!

Enfin la grande pirogue est arrivée. Toute une nuit les trompes d'ivoire ont résonné, annonçant aux populations la prochaine absence du roi, et le 20 au matin, nous flottions; pas pour longtemps. Au bout de deux heures, après avoir franchi le furieux rapide d'Amcnvo, nous prenions terre à Diaboisué. Au delà, sur une distance d'une dizaine de lieues, le Comoc semé de rocbes, resserré dans des couloirs où le courant se précipite eni cataracte, est impraticable.

Deux étapes de brousse, les dernières, maïs par or sentier affreux, dans la fange et dans l'eau. Nousposson: quinze fois à gué la sinueuse rivière Zanda, puis escaladons plusieurs chaînes de collines parallMcs entre lesquelles coulent de petits ruisseaux descendant au Comoé. Le prolongement de ces reliefs doit constituer, dans le lit du fleuve, les grands barrées qui rendent toute navigation impossible entre Diaboisué et MalamaJasso.

La position de ce dernier hameau planté à mï-cAte dans les rochers, au-dessus de la rivière très encaissée encore, est pittoresque à l'extrême. Mais le gîte est misérable, surtout quand il pleut. Je n'ai pour abri qu' chaume troué comme une écumoire. Sous des hangars oij sont empilés des barils de poudre et des caisses de

gin, les noirs insouciants ont allumé leur feu. Ces marchandises appartiennent à Bénié-Couamié : le marquis de Carabas, décidément. I^ traite doit, bon an, mal an, lui rendre de grosses sommes, une vingtaine de mille francs au bas mot. Seulement, le plus clair des bénéfices s'en va à vau-l'eau. Le désordre est inouï, le vol aisé chez des gens qui, ne sachant ni lire ni écrire, ne possèdent aucun semblant de comptabilité. Cet homme, malgré son activité et sa rouerie, arrive tout juste à vivre comme un noir, sans autre luxe que les cadeaux de viande distribués de temps à autre à son entourage. Et lorsqu'il abat un bœuf, après avoir gorgé ses familiers et ses femmes, c'est tout au plus s'il lui restera pour lui-même un beefs-teak. Mais l'effet désiré sera produit. On se répétera, de proche en proche, sur la rivière, avec une admiration mêlée de respect : « Bénié- <c Couamié a tué un bœuf! »

Alépé, 23 juillet, soir.

Je pourrais, m 'inspirant d'une réplique célèbre, dire que ce qui m'étonne le plus à Alépé, c'est de nous y voir. Il y a quelques heures, je ne supposais pas que, le soir, parvenus au premier poste français, au seuil de la grande paillotte de la factorerie Verdier, en compagnie de son brave agent, M. Picard, dans un apaisement absolu de l'esprit et des nerfs, tout à la joie de la tâche achevée , nous regarderions le soleil descendre derrière les bois. Un instant même, j'ai bien cru que ms l'avions vu se coucher hier pour la dernière fois.

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Il s'en est fallu de peu que, près de touchi voyage s'achevât dans une catastrophe.

En nous séparant, le matin, à Malamalasso, Bi Couamié nous avait rappelé, plus vivement que jami nos promesses- Il comptait que nous ferions ien< gorge aux pirates qui s'étaient emparés d'un de Bes canots et délivrerions le prisonnier retenu depuis de longs mois par les indigènes de Yacassé,

La première négociation n'a souffert aucune diffïci Les coupables ne contestaient ni le vol ni l'évaluai des objets dérobés. Ils n'ont même point protesté contre l'application de la peine. Les sept onces d'or et une huitième par-dessus le marché, à titre d'amende, ont été versées de bonne grâce, après un palabre très bref.

A Yacassé; l'affaire a été plus chaude. Une fois de plus, l'insubordination de notre personnel a failli causer notre perte.

Yacassé jouit d'une détestable réputation, C'est un repaire. La population hétéroclite est composée d'individus appartenant à diverses tribus et qui, pour la plupart, ont à leur actif de quoi faire pendre un homme : vrai syndicat de malfaiteurs. On ne compte plus leurs pirateries. Vainement, avant d'employer la force, a-t-on voulu recourir aux avertissements. Ils se sont obstinément refusés à toute entrevue; dernièrement encore le résident de France à Grand-Bassam, venu dans l'espoir de les amener h. résipiscence et de liquider les questions pendantes en un solennel palabre, trouvait le village . Le canot de l'administration aussitôt signalé, les gens, rassemblant le peu qu'ils possédaient et chasi

is de 1

antre I

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levant eux leur bétail, avaient disparu dans la brousse.

La plus grande prudence était donc nécessaire. Les

rconstances d'ailleurs nous favorisaient. Yacassé était

I fête : on entendait de très loin le grondement des

m-tams; les habitants devaient .songer à tout autre

diose qu'à faire le guet. Au surplus, l'approche d'une

mbarcation descendant le fleuve ne leur eût point

mblé suspecte : ce n'était pas de ce côté que les

peprésentants de l'autorité pouvaient venir. Néanmoins

3 importait d'arriver, autant que possible, à l'improviste,

l'opérer vite et surtout de ne pas se montrer en nombre

ifin de ne point exciter une émotion populaire, laquelle

îsquerail de dégénérer en bagarre.

Il avait donc été convenu que Binger et moi avec !%no, l'interprète agni, débarquerions seuls, n'emportant aucune arme apparente. Les hommes demeureraient tous dans les pirogues, à nous attendre, et ne descen- draient à terre avec on srus armes , sous aucun prétexte. Cela dit, nous accostions sans avoir été vus, escaladons la haute berge de terre rouge et nous dirigions l'un pas de promenade vers le village, distant d'enpifon deux cents mètres.

Un cri de surprise salua notre apparition ; le tam-tam î tut, et les indigènes nous entourèrent. Rien dans leur attitude ne trahissait une intention mauvaise. lEtonnés, mais très calmes, intéressés même par cette Visite inattendue, ils nous questionnaient sans colère, teréts à palabrer : nous avions demandé qu'on nous conpuistt auprès du chef, et, notre requête agréée, plusieurs M'offraient déjà à nous montrer le chemin, lorsqu'une

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clameur effroyable retentît ; la foule, soudain retouniée, s'Écartait de nous en vociférant, puis se dispersait au galop, pour revenir quelques secondes plus lard année de piques et de matraques. Un coup d'oeil dans la direction du fleuve nous lit comprendre ia raison de ce revirement et le danger qui nous menaçait.

Soit curiosité pure, soit crainte de se trouver seuls, nos noirs, forçant la consigne, s'étaient élancés à terre malgré les efforts des deux Sénégalais impuissants à maîtriser cette vingtaine d'indisciplinés sinon en faisant usage de leurs carabines, ce qui eût donné l'alerte dans le village et .-^gravé encore la situation.

Et" maintenant , terrifiés, ayant enfin conscience du péril, leur lâcheté reprend le dessus, lis ne pensent qu'à se mettre A l'abri n'importe oii, n'importe comment : rétrofrrader n'est plus possible; les bandits occupent le sentier conduisant au fleuve. Alors ils s'affolent, se précipitent en désordre vers une grande case précédée d'une cour palissadée, cliercliant ;i nous entraîner avec eux. Nous résistons, comprenant qu'une fois parqués dans cette enceinte, nous serons perdus, cernés et massacrés comme des rats pris au piège, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Cependant, aux angles des huttes, des bomines s'embusquent et chargent vivement leurs longs fusils à pierre. Quelques-uns nous mettent en joue; je crois que, cette fois, c'est la fin. Et si près de la côte, à une journée de Grand- Bnssam , est-ce enrageant! Le comble, c'est qu'en s'armant en guerre aux sons du tam-tam qui ronfle de plus belle, nos agresseurs ont arboré leur

FRANCE NOIRE

— notre pavillon! — les trois couleurs fran- 'on leur a données naguère et qui se déploient it au bout d'une perche, menaçantes. Il est clcmourir-^ l'ombre de l'étendarcl national, inaJs le cela, par exemple! Il faut s'entendre; dans ;el la chose me paraîtrait d'une ironie amère. !r de nous frayer passage à main armée serait I. Nous ne devons ce répit de queltiues secondes qu'à ndécîsion superstitieuse de l'indigène, toujours hésint avant d'oser s'attaquer en face à l'Européen. Mais ae menace de notre part, et le charme sera rompu. Au ■ernUr coup de revolver, on répondra par une décharge Sn£ralc. Notre unique chance de salut est de chercher gagner du temps, à calmer ces furieux, de la pajole bdu geste, ce à quoi nous nous employons sans grand mais de notre mieux, avec des sourires et une liqueengagcantepouvantse traduire ainsi : u Qu'estsqne cela signifie?... Voyons, c'est un malentendu .. 98 de bêtises, n'est-re pas!... Kst-ce ainsi que l'on çoit des amis?»

Soudain, Binger a une idée lumineuse. Avisant dans foule un vieux à barbe blanche : « Demande à cet !, dît-il à Ano, s'il trouve bon ce que l'on va, are ici, àdea gens comme nous, qui viennent appofJI M paroles de paix. 11 a beaucoup vécu; il doitJ Ige. Alors qu'il parle ?i ces Jeunes têtes : elles V iront. »

Ce n'est jamais en vain que dans les b:i< i h ves, chez le noir comme chez l'Indien >]< ■• <U < [ues, on fait appel à l'autorité des ancji'ii-

FRANCE NOIRE

lard s'est interposé, allant de l'un à l'autre, faisant d'un signe relever les fusils, abaisser les triques. Tandis que le pacificateur poursuit son œuvre, nous avons pris place sur un tronc d'arbre et attendons les événements.

Enfin le chef arrive : lui aussi est un vieux, mais de démarche louche, de figure chafouine. Il écoute pourtant sans émoi, avec bienveillance même, ce que nous avons à lui dire : nos protestations contre l'accueil inqualifiable que nous avons reçu dans son vill^e, contre les rapines auxquelles lui et les siens se liv; vis-à-vis des traitants qui trafiquent sur la rivii Nous les engageons, en terminant, à se mieux condi à l'avenir; continuer leurs méfaits les exposerait à châtiment exemplaire. Qu'ils ne prennent point patience des blancs pour de la faiblesse; le jour oi mesure sera comble, oîl l'on décidera d'en finir al eux, les criminels seront poursuivis et rejoints, lestes que soient leurs jambes, et frappés sans mi corde. Que le chef médite donc ces paroles et vi< au plus tôt à Grand-Bassam faire sa paix avec le R( dent. Le passé sera oublié; tout le monde sera conteol et la paix régnera désormais sur les bords du Comoé.

Autour de nous le cercle s'est resserré, très attentif. I.e vilain public ! Il y a là des physionomies féroces, hideux tatouages blanc et rouge striant les joues et poitrines, et tout un attirail de piques, de vieux cou| choux, de pieux taillés en pointe et durcis au feu. Je ne puis m'empêcher de penser que ces animaux-là, s'ils se ravisaient, sont admirablement outillés pour iofligi

FRANCE NOIRE

î victimes une agonie savante et prolongée. Mais ils étaient remis de leur alarme. Le chef avait «:onnu ses torts et multiplié les promesses, Sans bute il se rendrait à Grand-Bassam auprès du Résilent, et plutôt deux fois qu'une. Ces assurances sontdles sincères? Je n'ose en répondre. L'important, c'est 1 nous laissait aller en paix et consentait même à e dessaisir du captif qu'il avait enlevé à Bénié-Couamié [Uelques mois auparavant. Le jeune homme, libéré sur- |e-champ, prenait place avec nous dans la pirogue. Nous obtenions satisfaction sur tous les points. Le lénouement était tellement imprévu que nous nous lemandions si cette condescendance ne cachait pas uuelque arrière-pensée traîtresse. Tandis que nous glis- BÎons au fil de l'eau, nous ne perdions pas de vue la rive ^oilée d'une végétation épaisse, nous attendant à chaque minute à recevoir une grêle de balles. Mais rien Wne vint. Le village semblait dormir, la forêt avait repris sa quiétude; le vaste Comoé coulait dans le silence et la lumière...

M. Picard nous apprend que le Diamant est venu, I y a trois jours, à notre recherche avec le résident , Voisin. 11 ne saurait tarder à reparaître. Demain leut-élrc nous le verrons.

Grand-Bassam , 34 iul]1et'i5 ,-ioQt.

Midi. Un long et strident appel de sifflet monte Ki-dâssus des bois, et, brusquement, doublant la dernière pointe, la petite canonnière est en vue. Elle

; bacul foéaaàèmemL. LangUf» «Se i s ronilk, ce tdeœèn; ptevast 9^ c

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;uDe. Lzâtast sor b pwrtr le snrirt pv «c

£ se tlëverse à»as fOoéan. A» la barre reae»-

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lent de Grand -Bassata. Vciri h gnwle mm im

1 téUgrajihe , les bdoreries . dont ose UmIc

Ë depais notre passage, les faaiaqtsnBeats

innîstraltoa épaipttlcs ssr k sable

MIS dc%ioi» aueodre aae nn^in d'au 1 6 aoAt, le p itaicnl tonales j J Liverpool on de J grosse, devait m ucs, Nous f-tionsji ou huit moi», ,1 whaïf analof permettra d^ temps.

389 FRANXE NOIRE,

Le séjour est morne sur cette grève, où seuls les hangars des factoreries rappellent le monde civilisé. Néanmoins la captivité est supportable, Peut-ètra même celte période de calme entre noire existence africaine et la \-ie d'Europe nous serait-elle salutaire. Elle nous laissait aussi l'espoir d'être rejoints, arm^f départ pour France, par notre compagnon M. le Tiieutenant Braulot. Le 4 août, en effet, il arrivait api%s avoir heureusement accompli son programme de retour par le Barabo, l'Aimo et l'Indénié.

Somme toute, tes résultats du voyage, sans être aussi complets qu'on eût pu le souhaiter, avaient une importance considérable. Sans doute, les travaux de délimitation entre nos territoires et les possessions anglaises de la Cûte d'Or avaient dû être suspendus dès le début des opérations, à la suite du refus du commissaire britannique de se conformer aux termes du protocole intervenu entre les cabinets de Londres et de Paris, avant d'en avoir référé à son gouvernement ( i) . Mus , en revanche, la deuxième partie de la mission était féconde en résultats. Nos itinéraires couvraient un parcours d'environ deux raille kilomètres, dont près de cinq cents en pays inexploré jusqu'ici. Nous venions de consolider nos relations avec les centres commerciaux de Bondoukou et de Kong, et de placer sous le protectorat français les vastes régions du Dianimala.

Notre insuccès dans le Baoulé, imputable surtout au mauvais vouloir de nos porteurs, n'avait rien de

(l) Voir l'Appendice.

FRANCE NOIRE

rave, l'exploration de ce pays, encadré désormais dans tos possessions , pouvant être reprise et menée aisé- Bient à bien avec un personnel plus dévoué (i).

Nos porteurs? Ils sont maintenant employés à charger des briques, à broyer le mortier pour la construction de la nouvelle Résidence dont on termine les fonctions. Trente jours de travaux publics, voilà ce que lous avons demandé qu'on leur infligeât pour châtier leur mutinerie et leur désertion qui ont failli nous être btales. La peine est légère, et j'ajouterai qu'ils s'en •soucient médiocrement. Rentrer dans leurs villages un «u plus tôt, un peu plus tard, que leur importe, du moment qu'ils sont nourris et ne marchent plus dans t'inconnu !

Parlertù-je de l'avenir réservé à ces contrées? En illç matière, il est toujours imprudent de jouer au rophète. Il semble toutefois que la situation présente,

(i) Tel a été l'objet de la mission conlife i MM. les captt^nea ■ Marchand et Mnnet de l'infanterie de marine. Ses débuts furent on I1W peut plus heureux. Elle vient en eflet d'obtenir la soumission mplête des chefs de Tiassalé. L'occupation de cette localité, la " plus imporUnte du Baoulé, assure désormais la liberté des communication» sur le cours inférieur du Bandama. Ce Heuve est destiné â devenir, avant peu, une des principales artères commerciales de nos possessions de i'Oucal-Afrieain.

Au moment où ces pages étaient sous presse, nous avions le cha- Eftin d'apprendre la mort d'un des explorateurs. M. le capitaine Manet s'est noyé dans les rapides en redescendant h la côte chercher des approvisionnements. Son corps a été retrouvé et inhumé à Tiassalé. Quant à M. Marchand, à peine léubli de la fièvre qui avait mis ses jours en danger, après avoir rendu tes derniers devoirs à Mn infortuné compagnon, il se disposait, suivant les nouvelle» les I plus récente», i coctinuer sa niari-he vers l'intérieur.

FRANCE NOIRE

il s'agit ici d'une prise de possession essentiellement pacifique. Ces populations n'ont que des qualités passives qu'il convient de savoir utiliser. Tout cela aurait pu se faire déjà; mais les agents de Grand-Bassam ne sauraient encourir, à cet égard, le moindre reproche. Ces retards sont plutôt la conséquence de la fiction i administrative qui reliait la Côte d'Ivoire à dos posf sessions des Rivières du Sud, distantes de 2,000 kilo- BQiètres. L'initiative d'un gouverneur ne saurait s'exertlcerde si loin par l'intermédiaire d'un sous-ordre. Elle ElDÎt se manifester sur place , directement. Au surplus, i s'agit moins ici d'administrer que d'ouvrir, au préala- K'ble, les voies commerciales. L'œuvre n'est pas de celles o'on dirige du fond de son cabinet. Le rôle des repré- R^entants de la France, pour le moment du moins, est ^e se montrer à l'intérieur, de capter la confiance des Fchefs et des peuples.

Mais à quoi bon insister? La question est trop simple Epour qu'on hésite à la trancher (i). De sa prompte lolution dépendra le développement d'une possession qui non seulement n'aura pas coûté un centime à la métropole, mais donne dès aujourd'hui autre chose que des espérances.

J'ai dit jMssession et non colonie; ce dernier terme impliquerait l'idée de peuplement, et nous ne parlons que d'une exploitation. Mais, à ce point de vue, la

(1) Ce vieu a Été exaucé. Un décret, en date du to man 1893, enlevait l 'administration de ces territoires au gouvernement des Rivières du Sud. — Le 20 mars , un autre décret nommait M. le capitaine Bïnger gouverneur de la Cûte d'Ivoire.

FRANCK NOIRE

position nous paratt de premier ordre. Quiconque pénétrera comme nous au cœur de ces contrées n'hésitera point à affirmer que la France occupe ici l'une des situations les plus avantageuses de la côte occidentale d'Afrique.

Cette conviction suffirait à nous dédommager des vicissitudes de la route, des peines endurées. Mais avons-nous vraiment souffert? Du moins, ce genre de souffrance n'a-t-il pas son charme? Il en est des tribulations du voyage comme de ces cimes escarpées que nous voyons, le soir, rester longtemps luir au-dessus de la plaine noyée d'ombre. Sur Tboc nos souvenirs, sur le fond un peu gris de l'existence quotidienne, elles se détacheront toujours nettes. Et qui sait? Parfois peut-être on se dira : « Ces jours-là seulement j'ai vécu ! »

APPENDICE

[ Le ^uvernemcnt anglais vient de déposer sur le bureau t la Chambre des Communes le texte de la convention O-anglaise conclue, le iz juillet dernier, pour compléter 8 conventions du to août 1SS9 et du z6 juin 1S91, et pour Ixcr la frontière entre la colonie française de la côte d'Ivoire t la colonie anglaise de la côte d'Or. On se souvient qu'une commission mixte franco -anglaise t été désignée en 1S91 pour procéder, sur place, à l'établissement de celte frontière conformément à ces deux conventions. Le commissaire français étale le capitaine Bînger, qu'accompagnaient le docteur Croiat, le lieutenant Braulot et notre collaborateur Marcel Monnier; le commissaire anglais était le capitaine Lang. Mais le texte de la convention de 1889 n'était pas d'une grande précision, et il prêtait à des interprétations très diiîérenles.

La frontière, y disait-on, qui a pour point de départ

Newtown sur la côte, devait suivre <i la lagune de Tendo et

celle d'Aby jusqu'à Nougoua. A partir de Nougoua, le tracé

pde la frontière sera établi en tenant compte des traités

espectifs conclus par les deux gouvernements avec les indi>

APPENDICE

gènes. Ce tracé sera prolongé jusqu'au y* degré de latitude

C'est pour ce motif qu'en iSoi une seconde convention vint préciser la première afin de déterminer ta valeur de! « traités respectifs conclus par les deux gouvernements avec les indigènes >■. C'est ainsi que la frontière, ■'i pnrtir de Nougoun, devait se diriger vers le nord en laiss.-int le Sanmi et rindénié à la France, le Broussa. te Aowin « le Sahué à l'Angleterre. Plus au nord, la ligne frontière devait passer â lo kilomètres A l'est de la route d'Annibilékrou à Bondoukou et gagner la Volt.i en plaçant le territoire de Bondoukou dans la sphère d'action de la France.

On pouvait supposer avec ce commentaire que les capitaines Binger cl Lang allaient pouvoir exécuter iacilemcnt la

mission qui leur était confiée. Mais, dès les premiers jours,

on constata que te commissaire angl.tis, jugeant les mtérflx de la colonie delà cétc d'Or compromis par ces arrangements, voulait, dans l'interprétation des textes, arriver A repousse* vers l'est la frontière française. Tout d'abord, un ci s'éleva sur l'attribution de la ville même de Nougoua. partir de. disait le capitaine Lang, ne veut par dire que le village soit français. Dès lors, j'en revendique la propriétl pour l'Angleterre. » Il fut impossible ensuite de s'entendn sur les limites des territoires dénommés dans la conventior explicative de iSiji- Tel vill.ige perdu dans la forêt équatcv riate relevnit-it du chef de Hroussaei, par conséquent, i il anglais : ou bien, au contraire, appartenait- il à In Franc» comme tributaire du chef de Sanwiî I.cs contradictions s'accumulèrent au point que la rupture fut Inévitable. Le capitaine Binger et le capitaine L,-ing s'en allèrent en exploration chacun de leur cAté, et M. Marcel Monnier a raconté, ici môme, le voyage si intéressant qu'il a fait ,ivec le commissaire français à Kong et dans la vallée du Comné.

Les explorateurs revinrent en Europe et communiquèrcnl à leurs gouvernements les résultats de leurs missions. Des négociations s'engagèrent alors à Paris entre MM. Phipps et

APPENDICE

Crowe, de l'ambassade d'Angleterre, et MM. G. Hanolaux.

directeur de« consulals au ministère des affaires étrangircs.

et J. Haussmann, chef de division à l'adminislration des

catonies. Il résulta de ces pourparlers que le capilsine

lïinger avail parfaitement accompli son devoir en résistant

iiux prétentions de son collègue, puisque ta convention qui

fui signée k 13 juillet nous donne entièrement satisfaclion.

Ainsi, le village de Nougoua reste en notre possession, de

sorte que la frontière, .iprèt avoir suivi la lagune et le fleuve

Tanoè, quitte ce ftcuve à cinq milles en amont de Nougoua.

De \h, la fnmlière se dirige vers le nord, passe par le sommet

de la colline de Ferra-Fcrrako et atteint la rivière Boi ou

affluent de droite du Tanoé, à deux milles au sud-est

village du Bamianko qui reste à la France. A partir de ce

bîllage, c'est le thalweg de la rivière Doi, dont le cours est

ientè de l'ouest A l'est, qui sert de frontière, jusqu'au village

J'Edoubi ou Dibi. Au delà, la frontière est moins précise,

e que la carte de ces régions, essentiellement forestières,

Vest pas aussi enactcmcnt relevée qu'aux environs de Nou-

;t de la rivière Boi, Aussi la convention se borne-t-elle

l-dire que la limite passera à il) kilomètres à l'est du village

, situé sur la rivière Bia qui se déverse dans la lagune

ï'Elby, et à un kilomètre au sud du village d'Abourouferr.issi

li appartient à la France, C'est ainsi que le territoire fran-

s de rindénié se trouvera séparé du territoire anglais de

{ahué.

Comme Abourouferrassiest à plus de deux cents kilomètres é la càie, il ne semble pas utile, en ce moment, de mieux le frontière qui traverse des forêts presque impéné- Irables, Ce que l'on veut, par des conventions de cette nature, ssurer dc5 facilités de communication entre l'intérieur t la côte. On conçoit, dès lors, pourquoi dans l'acte du a juillet dernier on se borne A reproduire une clause île la Éonvcntion du 26 juin iSiji plaçant ta frontière A 10 kilojnètrcs à l'est de la route conduisant directement d'Annibtlé- -■ village situé S 30 kilomètres environ au nord

APPENDICE-

d'Abourouferrassi — à Bondoukou, ce grand centre c

cial avec les chefs duquel le capitaine Binger a conclu en 1888

un traité de protectorat.

A quelques kilomëlrcs au sud de Bondoukou, s'arrête la forél dense. On est là en pays découvert, en région peuplée et civilisée. La frontière assure à la France et aux habitant de Bondoukou le libre accès dans la boucle du Nlg-er, en se tenant toujours A 10 kilomf:tres à l'est de la route commerciale qui va de Bondoukou k la Volta noire ou occidentale, an passant par Sorobango, Tambi, Takhari et Bandagadi. C'est entre Bandagadi et Kirhindi que la frontière atteint la Volta. qu'elle suit dans ladirection du nord jusiju'au g* parallèle. A partir de ce point, les limites restent indécises et ne seront fixées que le jour où, Il la suite des voyages de leurs

sphtre d'influence dans la boucle du Niger,

On enregistrera avec plaisir, en France, l'accord qui vient de mettre fin aux difficultés si malencontreusement suscitées par le capitaine Lang, et si un vœu pouvait être exprimé, c'est que la France et l'Angleterre règlent au plus tdt une afiaire semblable soulevée, presque en même temps, à propos de la délimitation de Sicrra-Leonc et de la Guinée

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