Mission de La Baie d'Hudson
Lorsque je partis, le printemps dernier, pour ma mission chez les Sauvages, Votre Grandeur me recommanda si spécialement de lui faire connaître, à mon retour, îa résultat de mon voyage, que je me 'fais un devoir bien doux de saisir les premiers instants qui sont à moi, pour lui faire part des principales observations que j'ai faites parmi ces peuplades infortunées, qui habitent les régions glacées de votre immense diocèse et chez lesquelles- l'Evangile de la paix n'avait encore pénétré, quoique, depuis plusieurs années,un grand nombre d'entr'elles aient reçu des visites plus funestes qu'un abandon complet. Mais avant d'exposer à vos yeux, Monseigneur, l'état déplorable de vos ouailles, qui habitent les bords de l'immense Baie d'Hudson, je dois vous entretenir un instant de celles qui sont plus rapprochées de votre ville épiscopale. Quelques traits édifiants, que j'aurai à vous rapporter, tempéreront un peu l'amertume que votre cœur ressentirait au récit de tant de misère, comme ils Pont adouci chez moi, qui en ai été si souvent le triste témoin, durant le cours de cette année, sur une espace de plus de onze cent lieues qu'il m'a été donné de parcourir.
Vous savez déjà, Monseigneur, que nous étions convenus, le P. Clément et moi, de nous rendre ensemble jusqu'à Témiskaming, où je devais le laisser, pour aller incontinent à la Baie d'Hudson. Le 4» mai nous quittâmes le lac dos Deux Montagnes, accompagnés de ko* Iroquois, deux Canadiens, un AlgotiqtH*, de la fcé-
Jlédiction dn rénèraule directeur de cette mission et def rceux de tout ie peuple, pour le succès de notre voyage. Il y a toujours quelque chose de solennel et de touchant dans le départ du Missionnaire, lorsque, prosterné aux pieds des autels, il prie le Dieu dos nations de bénir le voyage pénible et dangereux qu'il va entreprendre pour «a gloire et son amour ; il aperçoit autour de lui, des Jroquois et des Algonquins, dont les parents furent infidèles, et des Canadiens pieux, il entend ces paroles touchantes, que lui adresse un prêtre vénérable : u . cher confrère, allez trouver les brebis qui se perdent, que l'ange du Seigneur guide vos pas, comme il guida jadis ceux du jeune Tobie...." Puis après qu'il a confondu ses prières et quelques fois ses larmes, avec celles des spectateurs, le Missionnaire se lève plein de confiance, s'élance dans sa frêle nacelle et s'abandonne, sous la garde de la Providence, à la merci des vents et des flots.
Quinze jours après notre départ du Lac, nous arrivâmes, san*5 accident, à Témiskaming. Nous y étions attendus, avec la plus vive impatience, par nos chers néophytes, qui n'ont pas de plus douce consolation, dans l'affreuse misère qui les décime chaque jour, que de posséder leur Missionnaire. Un grand nombre d'entr'eux, minés par la consomption, suite inévitable d'un jeûne cruel, qu'ils avaient eu a supporter l'hiver dernier, " n'attendaient plus, disaient-ils, que l'arrivée des Robes-noires pour mourir." C'est un spectacle déchirant pour le cœur d'un Missionnaire, de voir ces squelettes ambulants, venir au devant de lui, la mort dans le cœur et cependant le sourire 3ur les lèvres, lui raconter avec une touchante résignation, leurs inexprimables •oufFrances. Le Missionnaire, privé lui-même, bien souvent du itrict nécessaire, ne peut néanmoins s'empêcher de paitager, avec ces pauvres faméliques, son morceau de biscuit sec. La scène dont je fus témoin, à mon retour de la Bdie, il y a deux mois, vous en donnera, Monseigneur, une preuve bien sensible.
C'était le soir d'une journée très-orageuse, oùnons avions été constamment ballotés sur un vaste lac, nous arrivâmes, accablés de faim et de fatigue, dans un lieu *û nous espérions prendre un peu de nourriture et de *+x*» îl V avtâf. i p*in« quelques instamU que noua
htioni débarqué», lorsque nous en-tendlmei vin p«f*ti not se diriger vers nous. Il était dix heures du soir. 1? vent qui soufflait toujours avec violence, soulevait de« vagues furieuses. Surpris que quelqu'un osât ainsi braver les dangers de la tempête, à une heure aussi avancée, je vais au bord de l'eau et j'aperçois une femme et une jeune enfant de dix â onze ans, luttant péniblement contre les vagues. " Pourquoi vous exposer de la sorte' à périr ? " L^ur demandai-je. " Hélas ! mon père, me répondit la femme, noua l'amenons ma sœur, il y a trois mois que son mari est mort de misère. Elle était déjà malade, et depuis ce temps là, elle n'a pu ni chasser ni tendre ses filets. Sa maladie augmente d'un jour à l'autre, il y a longtemps qu'elle n'a rien à mander, que quelques fruits sauvages. Elle sent qu'elle va mourir, et quand, ce matin, elle a appris que tu étais" passé, elle nous a tant prié de la conduire auprès de toi, que nous avons bravé la tempête et la faim, car nous n'avons rien mangé depuis hier." Tandis que celle-ci me pariait, la malade, couchée dans le canot, fît entendre uneplainte, et leva la tête pour me laisser voir, à la clarté de la flamme, son visage pâle et décharné. Je la ris transporter auprès de ma tente, et je fus heureux de partager entre elle et ses conductrices, mon modeste souper. " Tu ne saurais croire, mon père, rfie dit la malade, tout ce une nous avons soûfifert cette année ; il n'y a presque pas de citasse ; les chantiers ont tout détruit, et les eaux sont si hautes que nous ne pouvons presque point prendre de poissons. Je sais que si j'avais suffisamment à manger, je me porterais mieux. Oh ! je suis cependant heureuse de t' avoir rencontré î... Entends ma confession, je te prie, et puis je mourrai contente." Je confessai en effet, ces deux infortunées et avant l'aurore, j'offris l'adorable sacrifice, tontes les deux y communièrent, avec une piété touchante. Ce trait, Mgr., tout à la fois si beau et si affligeant, si consolant et si pénible, empreint de tant d'infortunes et d'une sublime résignation, n'est malheureusement pas rare. Il s'est renouvelé bien des ibis sous mes yeux. durant le cours de cette année. Heias ! je frissonne encore en pensant que j'en ai vu disputer à- des ehiefl*1 quelques resrte* «le poiigons gpètà«,et de p*frureg d<? roi:*-
dr ferre, que Ton venait de je ter ! , Mgr. si
dévide, a nous est d'Evangéliser les pauvres,
s, nous sommes bien tous dans notre vocation, car
le 19 20e. de votre diocèse en est réduit là. Je crois
cependant que le Missionnaire des Sauvages peut spé-
ment -"appliquer ces paroles de la venté éternelle :'■
Evangelizare pauperibus misit me !
La misère augmente chaque année d'une manière efrkyante parmi les Indiens, surtout chez ceux di fametréSj de Témiskaming et du Grand Lac, qui ont Vu leurs terres de chasse envahies par les commerçants de bo: Il ne leur reste pas d'autre voie, pour échapper a une destruction complète, après, toutefois, une terrible et longue agonie, que de demander à la Législature, une étendue suffisante de terrain, pour se réunir en village et se livrer à la culture. Autrement, c'en ic d'eint. Ils le comprennent enfin eux-mêmes, puisqu'un grand nombre, m'ont prié instamment de faire pour eux cette demande. lis ne pouvaient, assurément nous faire part d'une plus agréable nouvelle, puis que nous sommes chargés de les ins- . nous les y engageons de toutes nos- forces. Nous espérons que le Gouvernement s'empressera d'accéder a une demande aussi juste, de la part de ces vieux habitants d'un sol qui,pour être demeuré inculte,n'en était pas moins le leur ; et auquel le désir qu'ils manifestent de te cultiver, leur acquiert un nouveau droit. Le seul trait que je viens de rapporter m'exempte de tout commentaire, pour faire voir que le Gouvernement colonial, en accédant à une demande, hélas ! un peu trop tardi- -re pour eux, accomplira un acte de justice et de philantropie.
Les canots, qui, chaque printemps, transportent les pelleteries, du fort Témiskaming à celui de Moese-factory, n'étant pas encore pvfttS) quand nous y arrivâmes, je pu partager, avec le I". Clément, les fatigues et les consolations du St. Ministère durant les onze jours que j'y séjournai.
Cette population, qui compte aujourd'hui, à peine 350 âmes, (car il en est mort un grand nombre ces années dernières,) est à peu prés toute chrétienne et fervente. Ld. jonglerie ou sorcellerie et la passion pour les liqueur»
ont néanmoins retenu jusqu'ici quelques-un* dans l'infidélité. Cela ne paraîtra pas surprenant, si Ton fait attention que jusqu'à présent, ils n'ont pu v« y le prêtre, que durant quelques jours dans l'année, qu'ils sent environnés de gens en opposition qui, poux avoir leurs pelleteries, les engagent a boire ; et qu'ils sont en relation avec les Sauvages d'un poste appelé Mattnwagamangue, qui n'ont encore jamais vu de prêtre chez eux, et qui sont pour la plue part très-adonnés à la sorcellerie et à la boisson. Le démon d'ailleurs, qui voit chaque jour tant d'âmes lui échappe r.redouhle d'efforts, nos seulement pour retenir ceux qui sont encore infidèles, mais il se sert de ceux là même, pour pervertir les néophytes. Il n'est aucune sorte d'insinuation perfides, que n'enploient les vieux ivrognes infidèles pour engager les chrétiens à violer leurs promesses de tempérance et. trois ou quatre sont tombés. " Voyez, leurs disentils, comme vous êtes misérables et languissants, depuis que vous ne buvez plus de la ligueur de feu ! — Vos enfants meurent bien vite, quand ils sont baptisés," disait un jour une vieille jongleuse aux chrétiens ; et ce langage diabolique et absurde pour toute âme réfléchie, car les ivrognes et les infidèles sont plus pauvres et plus .débiles que les chrétiens ; ce langage, dis-je, ne hisserait pas que de produire une funeste impression sur l'esprit de plusieurs, si le Missionnaire n'était là pour parer le coup de l'enfer.
La fille de cette vieille pythonisse, dont je vi«ns de parler, avait un enfant nouveau né et malade ; elle lui défendit ainsi qu'à son gendre de le laisser baptiser. Chez les Indiens, la parole du vieillard est respectée comme un oracle, malheureusement elle a peut-être encore plus d'influence pour le mal que pour le bien : je vous en donnerai la raison, Mgr., quand je vous parlerai de leur Mythologie. Nous y avions déjà fait, le P. Clément et moi, plusieurs voyages inutiles. Eu vain avions-irius employé les prières et les menaces tantôt nous adressant aux parents de l'enfant, tantôt a la vieille mère, tous les trois paraissaient insensibles. Désolé de voir cette pauvre petite créature exp périr éternellement sous mes yeux, je fis une nouvelle tentative auprès du père, mais dés qu'il ywg vit appru»
irfafer, j! itfïett son fiis»i et nie eouofce re )t*ue. $*il en lire, eVût été fait de moi,car je n'étais qu'à cinq ou «»ix pas de distance. Cependant sans me déconce.rtcrjr- saisis sponîannéraent mon crucifix et le lui présente. A cet aspect, l'arme lui échappe des mainç, il me fixe d'un a;r stupéfait, ses dents s'entrechoquent, il tremble de tout son corr». Je cours à lui, le preuds dans mes bras et le presse contre mon cœur : " vois ! mon cher fiis, Jui dis-je, si ce que tu veux faire est bien. Tu veux me tuer, et moi je veux te sauver, toi ta femme et ton enfant, et même ta belle mère, et c'est pour cela que je suis venu de bien loin. Laisse donc baptiser ton enfant, afin qu'il sojt un jour heureux avec le Grand Esprit.... — ,k Et bien oui, me dit-il, baptise-le." Mais, pendant ce colloque la malheureuse grand'mère, fait embarquer sa fille et son petit fils. Je ne les revis plus, mais je les confiai à Marie. J'appris à mon retour dans ce lieu, 4 mois après, qu'une pieuse néophyte, profitant de l'absence de la vieille Pythonisse, avait endoyé l'enfant.
Le cinq du mois de juin, je quittai Témiskaming, y hussant ie P. Clément, qui devait de là se rendre au Grand Lac. îl a dû faire part à Votre Grandeur de l'état de ces peuplades, que depuis deux ans je n'ai pu visiter. Nous pensions nous rejoindre au lac Abbitibbi, mais comme je séjournai beaucoup plus longtemps à la 'iau d'Hudson. que je n'avais osé l'espérer, je ne le revis plus jusqu'à mon arrivée à Bytown, quatre mois après notre séparation.
Comme Sir George Simpson, gouverneur en chef de PHon. Cie. de la Baie d'Hudson, avait eu la générosité de me donner passage dans l'un des canots de Témiskaming jusqu'à la Baie, j'embarquai dans celui de son beau-frère, M. John Simpson, qui fut pour moi plein de prévenance, jusqu'à Abbitibbi pu je fus obligé do lui laisser prendre le devant, avec sa brigade, composée, de 2 Eceossais et 20 Sauvages. Soir et matin, nous faisions la prière, récitions le chapelet et chantions des cantiques. Vous ne sauriez vous figurer, Alonsoip mur, !• -Ravissant effet que produit le chant des canti- QU6S, ru milieu dos forêts et du silence de la nuit. Quel- DOfl fois. Q.prèB une journée de très-grande* fatigua»
ymu ne* pauvres Indiens voyageur», je les voyais venir à l'entrée de ma tente, me priant de les entretenir dei choses de Dieu, jusque bien avant dans la uuit. " Il est difficile de te dire, mon père me répétaient-ils, combien est grande notre joie, quand tu nous parle du Grand Esprit, de l'amour que son fils a eu pour nous, et .de notre bonne mère Marie." Lorsque je leur annonçais que le lendemain de grand matin, je dirais la Ste. Messe, je voyais aussitôt l'empreinte du bonheur écla^ ter sur leur visage. Ils s'empressaient de dresser, avec des branches de sapin, une cabane pour recevoir le Dieu qui naquit autrefois dans une étable. Au lover de l'aurore, le sang précieux do l'agneau sans tache ruisselait sur l'autel. Et mes chers Indiens agenouillé! autour de ma pauvre eabane, offraient leurs chants et lours prières à sa Majesté anéantie»
La sixième journée après notie départ de Témiskaming, nous arrivâmes à Abbitibbi, j'y demeurai cinq jour* qui furent des jours de fatigues et de bonheur pour moi. Tous les indiens qui fréquentent ce poète, au nombre de plus de cent familles, s'y trouvaient, à peu près réunis. J'y baptisai 8 enfans et 12 adultes. Parmi ces demie rs,il y en a encore plus d'un tiers qui n'ont pu être baptisés, n'ayant pas l'instruction suffisante, ou ne voulant pas renoncer à l'ivrognerie. Mais les chrétiens sont généralement pieux. Ils auraient été assurément très affligés de me voir sitôt les quitter, si je ne leur avait promis que le P. Clément viendrait bientôt les visiter et les instruire, puisqu'il était devenu leur Missionnaire. Le 14 juin, je quittai ce poste en la compagnie du bourgeois du fort, de sa dame et de sa jeune demoiselle. Comme c'était pour moi d'anciennes connaissances, nous étions véritablement en famille. La brigade de Témiskaming avait pris le devant, mais nous étions encore accompagnés de 27 Sauvages de la tribu d'Abbitibbi, Le 21 du même mois, nous arrivâmes au fort de Moose. Nos nageurs étaient si courageux et la rivière si rapide, qu'en six jours, nous parcourûmes un espace de plus de 450 milles de pays d'un aspect vraiment mélancolique. Les grandes pîuiea, qui étaient fcurrenus quelques jours auparavant, avaient extraordiii&irement fjro*»i eetu rivière. Les caemînt de porta-
gfa étaient îojiondés. Trois fois, dfini la mérue journée,
nous fûmes eïi danger d>etre ensevelis sous des ébonlemonts terribles. Une fois entre autres que, grimpant une côte, j'avais saisi un jeune arbrisseau, je sentis tout à coup la terre glisser sous mes pieds, et je fus amené jusqu'au bord du précipice, tenant toujours le jeune arbre a brassée. Si cette énorme masse de terre, avait •ilissé deux pas de plus, je tombais, avec mon support dans la riviure. Les Sauvages, qui étaient déjà plus de deux cents pas au dessus de ce courant, avec le canot, et qui voyaient réboulemenî me charrier v<-rs la rivière, durent me regarder comme perdu.
Cette rivière est sans contredit l'une des plus dangereuses de toutes celles de l'Amérique du nord, n'étant qu'une suite de précipices, de chûtes et de battu r es, 'Kl Je n'est navigable que pour les canots d'écorse et encore faut-il avoir un guide très-expérimenté, pour ne pas être, à tout instant, en danger de périr. Quoique le lac, où elle prend sa source, soit tres-poissonneux, elle ne paraît cependant pas l'être du tout. Aussi loin que la vue peu s'étendre, on n'aperçoit partout qu'une immense forêt de bois de bouleau, de trembles et de pins rabougris. Le terrain serait fertile en certains endroits, si l'extrême apreté du climat ne le condamnait à une stérilité éternelle. J'ai découvers dans plusieurs places, sur les bords de cette rivière, des veines ferruneuses,qui doiventêtre considérables, car elles faisaient incliner fortement vers elles l'aiguille aimantée. Rien cependant, en fait de minerai ne m'a paru plus commun que le mica et le gypse ou plâtre de Paris. Je remarquai également, sur un terrain d'alluvion, quantité de crustacés réduits à un étnt de pétrification complète. J'ai aussi rencontré quelques brins de végétation réduits au même état. Je ne crois pas me tromper en attribuant cette métamorphose à la vapeur nitreuse dont l'atmosphère est saturée,dans toutes les contrées de Ja baie. Je regretai de ce que, n'ayant point de canot à moi, je ne pouvais emporter quelques-uns de ces objets curieux pour la minéralogie. Le feu allumé par des voyageurs Indiens a consumé une vaste étendue de forêts où les ours et les lièvres, ressource unique de l'Indien dans ces lieux, étaient tr-è.s-aboiida»ts. Ce
qui ft réduit ces pauvres peuples à une extrême détres* se, A prepos d'incendie, je ne puis passer sous silence, un accident qui nous arriva l'année dernière, et qui nous a donné, cette année-ci, lieu d'admirer et de bé^- 11 ir la bonté divine. Voici le fait : lors de notre retour du fort de M.oose, nous nous trouvâmes tout à coup investis, de toute part, par un incendie effroyable", qui s'étendait a plus de 25 lieues à la ronde, dans une forêt sans limites de foois résineux, dans un portage de trois milles de long, a pins de 250 milles de tonte habi tation. Nous passâmes nos effets, lès plus indispensables^ a. trayers une grùîe de feu, qui tombait sûr nous du haut des arbres embrasés, et nous vîmmes nous ïdîhgï'Y à l'extrémité du portage,dans une petite anse de 3 à 4< ar^ponts. Là nous eûmes, durant toute la nuit, le spectacle le plus affreux qu'il soit possible d'imaginer. Qu'on se figure, Mgr, une fumée épaisse et ncire, traversée par d'horribles tourbillons de flamme, le craquement des arbres calcinés, tombant avec fracas à côté de nous, l'activité d'un feu qui avait déjà envahi le bois de dérive, situé à cinq ou six pas de nous, en un mot, une atmosphère embrasée, qui menaçait à tout instant de nous suffoquer ; et l'on aura une idée juste, bien que légère, de ce qui se passait autour de nous, durant tonte la nuit. Tandis que, blotti dans un petit espace, ménagé par la Providence, nous remettions entre ses mains,la garde do notre vie. Il faut pourtant que je vous le discMgr.et mon père, au milieu des dangers qui nous environnaient de tous côtés, j'étais calme et tranquille, j'éprouvai même un contentement indéfinissable. Voyant autour de moi de pauvres Sauvages, si heureux de posséder la Robe-noû re, je me disais : " Si mes jour.? doivent se terminer ici, je vous bénis, o mon Dieu ! et si, dans ce moment, il m'étais donné, par un miracle eje votre toute-puissance de me trouver au sein d'une famille que je chéris plus que moi-même, d'y mener une vie douce et tranquille, mais pour cela, abandonner nos chers Indiens, dans un danger pareil ; vous savez quel choix j'ai fait d'a^ vance !...
Mais le Dieu en qui nous avions mis notre espérance ne nous fit pes défaut. Les montagnes de feu que nous avions vu venir sur nous, avec tant de fureur, s'arrête*
reirttout s coup. Le terrible élément ne toucha pas àunr douzaine d'arbres, sous lesquels nous nous étions abrites. Si cette lettre vouait jamais à tomber entre les mains de certain esprits forts, ils riraient sans doute de la simplicité avec laquelle je raconte ce fait ; mais, outre que ce n'est pas pour eux que je le relate, ce fait, tout merveilleux qu'il paraisse, n'en est pas moins un fait, et lia fait constant ; or il n'y a rien Je plus opiniâtre qu'un fait. Nous avons vu cette année ees arbres encore verts ; ils semblent être demeurés là pour attester la protection divine sur nous.. Tput le reste, à plus de 25 lieues à la ronde, ne présente plus qu'un vaste champs de ruines. Les indiens qui m'avaient accompagné l'année dernière et qui se trouvaient encore avec moi cette année-ci, furent les premiers à en foire la remarque, ainsi que plusieurs protestants. Ou n'aperçoit sur cette, lave, d'autre végétation, que quelques plantes corymbifères ressemblant assez a la verge d'or, mais à fleur couleur de rose. J'ai vu souvent les Sauvages eu faire une décoction qu'ils disent être un excellent fébrifuge. De tons les remèdes don: les Indiens l'ont usage, je- n'eu connais point de plus universel ni de plus efficace que la décoction de feuilles Je cèdres. Ils s'en servent contre tre la pleurésie par un bain de vapeur, contre l'hydropisie et la fièvre, en la prenant comme médecine, contre les maux de dents, en s'<en gargarisant la bouche, enfin contre le scorbut eu en respirant la vapeur. J'en ai fait moi-même plusieurs fois l'expérience, contre cette dernière maladie, très-fréquente parmi ceux qui habitent les bords de la Baie, où l'air est remplir de vapeurs méphitiques, et j'en ai toujours ressenti l'heureux effet.
Le fort de Moose Factory, bâti dans une jolie petite île, à trois nulles de la mer, et à quarante milles environ au dessous du confluent de la rivière d'Abbitibbi avec celle de M imarquable que par sa po-
sition géograpb lt le nombre des familles in-
diennes qui y viennent faire la traite des pelleterie?, n'excèdent pas 55 ; formant une popolation d'environ 250 âmes. Mais, comme ce fort se trouve situé à l'extrémité sud de la Haie, tous les postes environnants y •nvoient leurs pel!«t^ric-s ; et un navire vonanUehaqi-s
znnèf>. d' Angleterre, chnrpa de munitions M de vivret, pour l'approvisionnement de ces divers postes, s'en re-> tourne chargé de riches et précieuses fourrures. Le Chef de cet établissement me reçut avec la plus aimable cordialité, et tout le temps que je séjournai chez lui, ne cessa de se montrer plein de prévenance et d'attention pour moi. J'en doit dire autant $e tous les autres membres de l'Hon. Cie. Car tous se montrent à mon égard, ce que j'aurais à attendre d'anciens amis et même de fervents catholiques. 11 n'en était pas de même des Sauvages. Je ne fus pas longtemps sans m'appercevoir, combien ils étaient prévenus contre moi. Je crois vous avoir déjà dit, Mgr., que depuis huit anuées, un ministre méthodiste résidait dans ces lieux. Il en était reparti depuis un an ; mais les absurdes calomnies qu'il avait si souvent débitées contre Dotre sainte religion et contre nous, y étaient restées. L«3s Indiens fuyaient à mon appproche comme à celle d'un pestiféré ; et qnoique j'eusse avec moi nue quarantaine de néophytes, dont la conduite édifiante conr trastait singulièrement avec celle d'un bon nombre d'entre eux ; ils ne pouvaient s'ôter de l'esprit que j'étais un enfant de Bélial, un envoyé de V Antéchrist, un jongleur, un homme qui conduit à P Enfer gui conçut veut le suivre, puisque leur ministre le leur avait dit et répété souvent, ainsi qu'ils me l'ont déclaré ensuit Un jour que le Rév. ministre lançait du haut de la chaire un déluge d'anathèmes contre nous et contre tous ceux qui auraient la témérité de nous suivre ; — la demoiselle du commandant du fort, jeune personne de dix ou onze ans, vint tout en larmes trouyer son père, et lui dit : " ah ! papa, s'il est vrai, comme le dit le ministre, que tous ceux qui vont avec les prêtres,soient dans le chemin de l'Enfer, que vas-tu devenir ? tues toujours avec eux !" Tous les matins, je célébrais la Ste. Messe, dans un vaste appartement, que l'Hon. bourgeois avait eu la bonté de mettre à ma disposition mais comme on avait dit aux Indiens que cela était une jonglerie, quelques-uns, seulement y venaient, et encore n'était-ce qu'avec crainte. Cependant, commebos néophytes y assistaient toujours avec beaucoup de jpiété, récitant des prièret ou chantant des cantiques,
■on voyait les autres venir se placer sous les fenêtres, pour écouter le chant, que la plupart comprenaient, ear, bien que ceux des bords de la Baie, ne parlent pas la langue Sauteux, presque tous la comprenne. L'instruetioii que je faisait ensuite, toujours entremêlée du chant des cantiques,en disposait chaque jour quelquesuns en faveur de notre Ste. Religion. J'examinais en silence l'effet que produisaient sur leurs esprits prévenus. ;' le nos augustes cérémonies et fexplica- ■ ystères. J'en vis bientôt un certain nombre dans une grande perplexité. Ils ne pouvaient concilier ce qu'ils voyaient avec ce qu'on leur avait dit. Cependant je dois l'avouer, Mgr., c'est lorsque le prêtre catholique arrive cbez des Indiens, précédamment visités par des ministres méthodistes., qu'il est à même de juger et de gémir sur l'état où se trouve ces pauvres peuples ! Le temps si précieux et si court que l'on passe avec eux,au lieu de l'employer à les instruirecomme ou le ferait, s'ils étaient entièrement infidèles, il faut en consumer une bonne partie, à dissiper d'injustes et ridicules préjugés, dont on les a nourri, pour ainsi dire, chaque foie qu'on a eu occasion de les voir ; car c'est là à peu près toute Finstruction qu'ils ont reçue. Bien que la plupart de ceux que j'ai visité autour de la Baie, aient reçu le baptême des mains des méthodistes, je n'en ai pas trouvé un seul capable de nr expliquer les t/ois premiers mystères de la Toi. S'ils avaient été tous infidèles, j'aurais pu, durant mou séjour parmi eux, les instruire et en baptiser quelquesuns, tandis qu'il m'a fallu passer les 15 premiers jours à leur prouver que nous n'étions pas des jongleurs /.... Encore que nos bons néophytes me secondassent puissamment, par leur bonne conduite, et même par des explications chaires et justes sur la religion qu'ils professaient ; quelles précautious ne m'a-t-il pas fallu prendre, pour les amener à laisser baptiser leurs entants ! ...Permettez-moi de vous raconter, Mgr., un petit colloque qu'un .Sauvage de la Baie eut avec un de •mes néophytes d'Abbitibbi, et qui vous donnera une idée des progrès que font nos bons Indiens, quand ils •sont à portée de se faire instruire, et de quelle utilité ils peuvent être pour le Missionnaire, dans l'occasion.
(fâ)
tin vieil ivrogne, qui avait été baptisé par le mim.^tfo; Vint trouver mes chrétiens d'Abbitibbi, nonobstant la défense qui lui en avait été faite ; et leur demanda : quelle différence il pouvait y avoir entre sa religion et la nôtre,entre la Robe-noire et son ministre ? — La différence qu'il y a, lui répondit l'un d'eux, peux tu dune l'ignorer ? Nous étions méchants et ]aRobe noire nous m *endu bon, en nous faisant connaître la religion du Grand Esprit, qui défend le mal. Tu sais bien comme j'étais moi-même querelleur et ivrogne. Voilà trois neiges d'écoulées, depuis que j'ai été baptisé, j'ai promis alors d'être bon priant et depuis je n'ai pas une seule fois étourdi ma tête par la liqueur de feu, et loin de disputer et de battre mes frères, je les aime et je prie pour eux." Cette réponse ne pouvait que produire une heureuse impression, car celui qui la faisait,était bien connu de tous ; et passait, avant son baptême, pour le plus mauvais sujet de toute sa tribu. Puis il ajouta : " c'est que nos Robes noire n'ont point de femme...." Cette dernière raison était sans contredit,la plus péremptoire dans l'esprit de l'Indien. Et défait,cinq années de ministère parmi eux, m'ont assez convaincu que rien n'est plus piopre à imprimer le respect et la vénération pour le prêtre que la pensée qu'il n'a ni ne doit point avoir de femme. "" Parce que, disent-ils, le prêtre est l'envoyé du Grand Esprit, et que le Grand Esprit n'en a point." J'ai désiré quelquefois que nos éternels déclamateurs" Contre le célibat desprêtres, vinsent à l'école des Sauvages.
L'année dernière, nous trouvâmes au fort Moose, un Canadien de Montréal, marié à une indienne du lieu. Bien que depuis quinze ans il n'eût pas- vu de prêtre, et qu'il fut seul de catholique dans une place où il y avait un ministre qui n'avait rien négligé pour le gagner, il avait toujours conservé sa foi intacte ; mais malheureusement il la déshonorait, par l'ivrognerie Nous le reçûmes de la tempérance, et il a vécu, durant toute l'année,au milieu d'ouvrier comme lui, qui n'ont d'autre récréation, le dimanche, que la boisson ; sans en prendre une seule goutte.
Trois semaines s'étaient déjà.écoulées depuis que j'é* tais au fort de Moose, lorsqu'une goélette, venant de
fcîlui d'Albany, rus fournit l'occasion d'aller risiter etf poste, situé environ 140 milles plus au nord, et vers le quel. mon cœur, pi us encore que ma boussole,se dirigeait sans cesse ; parce que j'avais appris que j'y trouverais un grand nombre de Sauvages,venus des postes circonvoisins, outre ceux de cette place, qui est dit-on, l'une des plus populeuses de la Baie.- Je m'embarquais, le 5 juillet, sur cette mer orageuse et couverte de glaces. A peine étions nous sortis de la rivière de Moosc,quc nous fûmes arrêtés par un vent contraire, qui nous retint à la même place, durant trois jours. Nous profitâmes de ce contre-temps- pour descendre à terre. Nous n'aperçûmes partout qu'un terrain plat marécageux et aride, périodiquement baigné par la marée qui monte très-haute dans ces endroits. Rien absolument ne vint distraire notre àme de cette mélancolie dont elle est comme accablée, lorsqu'on parcourt, pour la première fois,ces contrées désolées. Nous n'aperçûmes ni gibier dans les airs, ni bêtes fauves sur la terre, Quelques petites baleines blanches, et quelques loups-marins furent les seuls habitants des eaux, qui se montrassent à nous,durant toute la traversée. Je n'essaierai pomt Mgr. de vous dépeindre ce qu'éprouve l'âme d'un Missionnaire, qui explore pour la première fois C3S tristes parages. Tout ce qui frappe ses regards n'est propre qu'à le jeter dans une tristesse indicible; il n'est donc pas surprenant que ses lettres n'en soient quelques fois empreintes. Cette mission au reste, la plus triste qui existe, doit avoir un caractère qni lui est propre. Celles du levant, de Constantinople» des îles de l'archipel, de Syrie, de l'Egypte etc. conservent encore quelques restes de leur ancienne splendeur. Et toutes ces contrées, quelques dégradées qu'elle soient, ne laissent pas néanmoins de représenter au Missionnaire quelques restes des richesses, de l'industrie et de la magnificence, de leurs premiers habitants. Les îles même de l'Océan ie et du Japon, toutes barbares qu'elles sont.ofFrent aussi quelques encouragements et quelques espoir à la persévéraece du Missionnaire. Là se trouvent de nombreuses peuplades, réunis en corps de nations, un sol fertile, un climat tempéré. Mais dans les missions de la Baie, il n'en est pas de même* Elles n'offrent partout ^ue d»g forêts sani limites d'un
ftoia rabougri. Un terrain marécageux et stérile, i\t%ciel sombre et grisâtre, et une nier glacée. Eparse ça, et là, sur une étendue immense de pays,une multitude de familles indigènes, dont l'aspect dégoûtant dépote la dégradai ion et la misère la plus profonde. Le silence de mort qui règne sur ses champs de ruines, n'est interrompu que par les hurlements des ours et des loups, auxquels Les Indiens déclarent mie guerre, où bien des fois ils sont vaincus et cruellement déchirés ; et parles cris plaintif, des oiseaux passagers. Pardonnez, Mgr., cette longue digression où je irai pourtant fait qu'esquisser quelques traits d'un tableau mille fois plus effrayant encore. Tout ce que je pourrais en dire n'en donnerait jamais qu'une faible idée.
Je dois cependant l'avouer,au milieu de cette nature désolée, le créateur ne laisse pas que de montrer sa main libératrice, outre les ours, les lièvres, les castors, et les loups-marins, dont les Indiens font leur nourriture principale. Ils reçoivent encore un ample secours par le passage des outardes, qui s'opère deux fois par an, au orintemps et en automne.et qui dure de 15 à 20 jours; durant lesquels un chasseur habile peut en tuer, dit-on, de 2 à 3000, qu'il peut faire saler ou boucaner. C'est aussi ce que font les Agents de l'Hon. Cie. de la Baie. Au seul fort d'Albany, on en fait saler de 14 à 15,000 chaque année.
La quatrième journée après notre embarquement, le vent nous devint favorable, et nous pûmes mettre à la voile. Mais nous n'avions pas fait 80 milles, qu'une furieuse tempête,s'élevant tout-à^coup, pousa le navire avec une rapidité effrayante, vers des montagnes de glaces, que nous avions devant nous, à quelques milles de distance. Le capitaine, justement alarmé de voir son navire aller se briser contre ces îles flottantes, fait Xiromptement tourner les voiles ; mais en voulant échapper au danger des glaces, il tomba dans un autre non moins imminent. Nous approchions de rentrée de la livière Albany, le vent, qui souflait toujours avec violence, avait renversé les jalons qui indiquaient le chenal. Tout à coup nous entendîmes sous nos pieds un craquement qui nous fit frémir. La goélette veaait d'échouer sur une largo roche, qui heureusement
fce trouvant uni;?, ne fit qu'une avarie assez légère ,-i.u bâtiment. Le même coup de vent qui nous avait jeté, avec tant d'impétuosité, sur cet écueil, en tourbillonnant, nous remit à ilôts, et pou d'heures après nous entrions dans* la rivière d'Albany, en bénissant le Soigneur de nous avoir de nouveau délivré d'irn naufrage qui semblait inévitable.
Nous .avions fait environ trois milles dans cette rivière, lorsque nous- apperçûmes, à quelque distance de nous, le fort ou plutôt la place qu'il occupait naguère ; car, l'hiver cl'auparavarrt,il était devenu la proie d'un violent incendie. C'était mx ctes plus beaux forts de' tous ceux de l'IIon. Cie. de la Baie d'Hudson, bâti en forme de citadelle avec bastions et créneaux. Ou ne voit plus à la place qu'un modeste magasin, que le Commandant y a construit depuis peu, avec des difficultésbien grandes, tant se trouve éloigné le bois propre à bâtir.
La rivière d'Albany, qui coule de l'ouest à l'est, prend sa source dans le lac Sale, à 700 milles de la Baie James où elle se décharge. Elle serait, sans contredit, l'une des plus- belles de toutes celles qui affluent dans la Baie, ayant un cours de 3O0 milles sans aucun rapide considérable ; mais ses nombreuses battures ne permettent, d'y naviguer qu'avec des canots de moyenne grandeur. Sou eau est limpide et bonne au goût, mais elle ne paraît pas être poissonneuse. Ses bords sont bas et marécageux, depuis son embouchure jusqu'à la Chute à Martin, 300 milles dans les profondeurs. J'en puis dire autant de toute la côte ouest des deux Baies; car, depuis les bords de la mer jusqu'à 1001 lieues de distance dans les forêts, on ne marche que sur un terrain tremblant, ayant de l'eau jusqu'à mi-jambes. On n'aperçoit aucun vestige de bois franc ; ce ne sont partout que des aunes et des arbrisseaux résineux, de chétive apparence. Dans ces tristes marais, pullulent des maringouins ou moucherons, dont la piqûre venimeuse cause une douleur cuisante. Ils sont et plus nombreux et plus gros que ceux que j'avais vu« jusque-là, dans les forêts du Canada. Dès que notre goélette entra dans la rivière, elle en fut littéralement couverte. Tout ce que j'avais vu jusque là, en fait d«
(iTj
lierons, me parut alors une vrai 3 bagatelle, ciel en était obscurci comme d'un nua qu'ils fussent ni plus nombreux ni plus cruels, ion
igneur ics envoya, sous les ordres ter le roi Pharaon. Bu moins lem * pas
aussi longue. Four s-*. défendre cl? I aiguillons, client que de se son pourri, qui répand a ne odeur infecte;
pour célébrci les ':■ a .
image de fumée, comme dans m
ï et mes mains en étaient ; que îes nappes d'autel étaient t< ujours tâckéesp ■.
durant le service d
s'accumuler dessus/ On p çu, ce que la nature doit avoir i
ces petits tyrans aiiés. Jis ont la \ que nous spttimes i itailt pour
Ltfffer nos membres engourdis parie froid, que pour nous délivrer do i
Le Comi ; du fort Al ban y est iri Ihora-
me Ii ne, qui d
bords de la Baie d'Hudson. Venu d'Irlande .. Seize ans et seul de il a toujours su conserver une £o': vente piété ; sou dévoûnienl sa frai
ceux qui l'ont connu,, de sent.;.
prêtre, ne peut se
les bras l'un de l'ai fps larm tirent,
et nous fûmes • pouvoir nous exprimer
ruent. S d a me , q ne n o u s avions , a i n si q u &
mi ère au l'on •
i de lo vc ux, il
leur dit : "Vous ne, savez pas, vous autres prote?- " tan's, vous ne pouvez pas mémo coneeroir le
( if)
H heur que nous goûtons», nous autres,' catholiques,- "quand nous possédons un prêtre ! .... Comment ne * séra*is-je pas content ! Il y a 32 ans que je soupiYe H affr'és l'arrivée dHto piôtré dans cette baie'." Tous les) matins, il venait à la' messe, qu'il servait avec une touchante piété, et moi. en le voyant, je me disais : hélas ! il faut donc avoir été longtemps privé des grâces, pour savoir les apprécier !... Quoiqu'il eut eu le bonheur de communier, ainsi que son épouse, durant mon se-' -jour chez lui ; quelques jours après Ta voir quitte, pour retourner a.Mooscquelle nefut pas nia joie etma surprise, de l'y voir arriver ! ri avait navigué durant trente-huit heures, le jour et la nuit, sur une mer' agitée' et couverte de glaces, dans un petit canot d^écorce, accompagné de deux Indiens ; ne s'arrêtant que pour prendre a la hâte un peu de nourriture. Et lorsque je lui manifestai ma 'surprise de le voir si tôt, il me fit cette réponse, qui résume totite l'ardeur de sa foi et de sa piété : •• 11 eût été assurément trop pénible pour moi de demeurer tranquille à mon poste, sachant qu'un prêtre catholique, que depuis 32 ans j'appelle de tous mes vœux, réside dans ces lieux ; je veux encore avoir la consolation de participer aux StS". Mystères." C'était devant des protestants étonnés, qu'il tenait ce iàngàj
A mon arrivée au fort d'Albany. j'y trouvai une vingtaine d'Indiens* venus, les uns dit ibrt Osnaburk, à f)00: milles de distance, les autres du Luc Sale, à 700' mille* environ. Comme ces Sauvages sont de la tribu des Sauteux, et que leur langage était, à peu prés, le même que celui de Témiskaming, je pus entrer immédiatement en rapport avec eux. Je vis, dans cette circonstance, s'accomplir, à la lettre, ces paroles du Sauveur : " Deux hommes seront dans un champ, V un sera pris et' Vautre sera laissé '." (Luc 17.) Les Indiens du Lac Sale sont tellement adonnés à l'ivrognerie, qu'ils m'ont n voué que e' était le désir d'avoir du mm, qui les avait engagé a Vernir au fort. La passion pour les liqueurs fortes les avait trop abruti pour qu'ils témoignassent de l'empressement à venir entendre les explications d'une religion qui commande avant tout la sobriété. Ceux.d'Osna- Lurk, au contraire, me parurent beaucoup plus disposés a se faire instruire. Il est vrai que quelques-uns d'en-
ir'eux éty ient également venus de bien loin dans ( \\i tention de s'enivrer. Ils l'étaient même lorsque j'arrivai au milieu d'eux, mais (juaud je leur eu lait cutn- ♦nendro l'horreur que le Grand-Esprit avait pouf ce' vice, les tonrnients réservés aux ivrognes dans l'autre vie, ils ne voulurent plus en goûter. Et le jour de leur départ, pour s'en retourner flans leur poste respectif, ils vinrent nie remercier^ et m'avouéient ingénument, que depuis 1.8 à 20 ans qu'ils venaient nuuuelfeuie; fort d'AÏb'auy, c'était là première fois qu'ils s'en ri liaient sans être ivres. 1,1s paraissaient prendre un plaisir singulier à «l'entendre ïeu'r parler de Dieu çt de ses ouvrages. ,; Ton arrivée ehez nous causerait une joie bien vive à toute noire tribu, nie disaient-ils souvent. Tous assurément e m brasseraient avec ardeur la religion dont tu nous parles." Et moi, en gémissant de ne- pouvoir voler àleùf suiteje les berçais de l'espérance d"aller les voir une autre année !.... Pa*rmi eux se trouvaient aussi deux métis Canadiens qui, encore* en fans, avaient reçu le baptême des mains d'un prêtre catholique, sur les bords du Lac Supérieur. .Voyant plus revu de prêtre depuis, ils avaient grandi dans une ignorance complète des premiers mystères de la. foi. Ils ne savaient néanmoins comment m' exprimer leur joie quand ils me virent. Ils m'avouèrent plus d'une lois que quoiqu'ils eussent pa.ssé leur vie au milieu des protestants, ils n'auraient pas voulu, pour tout l'or du monde, renoncer à la religion catholique. Ils auraient été assurément bien en peine d'établir ]•• différence qui existe entre les deux, puisqu'ils ne savaient pas même combien il y a de personnes eu Dieu. Mais partout où une goutte de sang Canadien ruisselle dans les veines, îry découvre-t-on pas aussi un sentimentt inné pour le catholicisme l La population qui fréquente le fort d' Osnabùrk est d'environ 135 familles et celle du Lac Sale renferme le même nombre. Celle de la Chiite à Martin est de 60. Enfin celle dMlbany lui-même en compte environ 120 : ce qui fait, dans ce seul district, un nombre d'au moins 2500 âmes, car les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes. Les Sauvages des trois premiers postes parlent la langue des Sàùteux. Mais ceux du ibrtd'Albany et geoô-
ralemsnt tous edux qui habitent les bords de fa mer, ont im gallirâatia» difficile à' saisir; C'esl an mélange confus de AW.* ou Kenistèno, Sa ut eux, Mazkê'gGti, et Mantagnai?. Un peu pins au nord, c'est le [ai kimaux entièrement différent de ceux-ci.
Tous le3 Indiens, de quelque tribu qu'ils scient, sont d'une malpropreté dégoûtante et leui premier ai dénote }■: plus profonde misère. Leurs8 terres de c3 sont encore', il est vrai, assez bien pourvues d'animaux dont la précieuse fourrure fait la richesse de la compagnie anglaise ; mais autant la peau en est estimée autant la chair en est dégoûtante. Les ours noirs, gris, et blancs, les lièvres et les castors Sont à peu | parmi les mammiferes,dont la chj
Tous lesautres, tèîs que loup, ré] on fauve, mar-
tre, loutre, angora, fouine des buis, etc.. ne peuv* vir d'aliment que dans une disette extrême. Les bison, 1rs rennes, les cariboux, si communs dans les prairies du nord-ouest, sont inconnus dans ces parages. S* les Sauvages sont éloignés de l'un des forts de ITIon. Cie. de la Baie <?Hùdson, ils sont quelques fuis réduits a une telle détresse, qu'ils se dévorent entr'enx. Il y en a même qui vont jusqu'à se repaitre dos cadavres de leurs proprés enfans .'....
On m'a relaté, à ce propos, des faits dont je ne pais sans frémir me retracer le souvenir ; j'ai eu même une ibis l'occasion de voir le triste héros de la scène que je vais décrire. C'était un Sauvage qfti vient faire la truite de ses pelleteries au fort d'Albany, mais dont les terres de chasse sont à une distance de plus de deux i
>. 200 milles dans ces affreux | -:d est
si vif que le mercure gèle dans le quand-
depuis plusieurs jours on ira rien à mang me dis-
tance effrayante. 11 y avait déjà une semaine que cet infortuné, après avoir rouru toute la journée i contre] es1 fauves, rentrait le soir dans sa triste
cabane, accablé de faim et de fatigue. Là une femme et deux enfan s l'attendaient, en proie à une moins cruelle que la sienne. Un soir il rentra, le désespoir dans l'âme, et saisissant s<>n casse-tête, il assomma s.es deux enfants. N'ayant pu donner de la nourriture àeenx à qui il avait donné la vie, il la leu
reprit pour soutenir la tienne ! Son infor nuée opmp&r gae prit part à l'horrible festin. Ils dévorèrent de certjes membres encore palpitants de leurs propres enfants ! urs jours s'étaient dvi?.. 6rouJ<
puis, là saison était toujours mauvais 3, et la lin m recommençait à faire sentir son crue! aiguillon. Pour la, prévenir. les deux malheureux époux se mettent en rouie pour se rendre au fort. Après six journées de marche pénible,la femme tombe malade de fatigue et d'inanition. Elle n'a pus. encore rendu le dernier soupir léji son mari se dispose ■■ s'< n renaitre ! ! ! Quelques jours enfin au poste où il raconta lui-même ce que je viens de rapporter. Ce trait, au reste, n'est malheureusement pas unique (fous ces désolés. Il se renouvellerait presque chaque jum la générosité de l'Honorable Compagnie, qui ne leur r jamais rien refusé, à ma connaissance, de ce dont ils peuvent avoir besoin. Voilà donc l'état de la Belle Na-, t ure, tant prônée par nos philosophes. Il donne lieu à s dont les bêtes féroces auraient horreur ! En parcourant les forêts du nord de l'Amérique, j'ai désiré quelquefois que le trop fameux .T. J. Rousseau eût été condamné à passer quelques hivers au milieu de ces tribus infidèles. Il aurait probablement modifié son contract-social. Je dis parmi les infidèles, car il n'en est pas de même de ceux qui ont été régénérés. Mes chers néophytes d'Abbitibbi ont reculé d'horreur, lorsque je leur ai raconté, à mon retour parmi eux, l'horrible trait que je viens de citer, touchant leurs frères de la Î3aie : "Oh! nous aimerions mille fois mieux mourir de faim, me disaient-ils avec un' sentiment d'indignation, plutôt que de faire de pareilles choses ! " fis oubliaient, sans doute, ces chers Sauvages, que plusieurs d'entre eux étaient naguère aussi féroces, ainsi que l'attestent mes rapports précédents !... Je trouvai peu de Sauvages d'Al.bauy réunis dans le fort lors de mon arrivée, mais ils vinrent bientô- eu irrand nombre et au bout de 3 jours, il y eut plus de 30 t'i milles. Je m 'apperçus bientôt que les préventions, qui existaient contre nous au fort Mo ose, étaient les mêmes ici. C'était en vain que je faisais le tour des Cabanes.une clochette à la main, personne ne vernît m'en-
fendre. Cela m'affligea sans me surprendre, ear j<? savais qu'on leur avait l'ait de nous et de notre Sainte Religion la plus effrayante peinture. J<e ne repétepr'iî lias ici. Mgr., les calomnies basses et absurdes, que le ministre weçleyen avait débitées sur notre compte. Les lion. MM. delà Compagnie en étaient quelquefois indignés-. Il n'était donc pas surprenant que les indigènes ne nous envisageassent qu'avec méfiance, je dirai même avec effroi. Mais j'étais venu do trop loin, je m'étais volontairement exposé à trop de périls afin de leur procurer les bienfaits de la Foi, pour que je demeurasse maintenant spectateur oisif de leur état. Je fus donctes visiter chacun dans leur cabane, les saluînt ami -a1 c ment: je m'assayais au milieu d'eux sans cérémonies, embrassant, caressant les enfants, fumant le ralumet avec les chasseurs, m'informant de laçante de tous : je priais les vieillards de me raconter quelquesunes de leurs histoires et de leurs aventures des forêts ; leur promettant de leur en raconter à mon tour qui pourraient les intéresser. Je leur dis enfin qu'étant envoyé par le Grand-Esprit pour leur enseigner le chemin de la vie, je n'avais rien de plus à cœur que de les voir heureux. Etonnés d'un procédé si nouveau pour eux, je lés vis me fixer de la îete aux pieds, et se demander à eux-mémcs.si j'étais tuen catte Robe noire dont on leur avait fait une peinture si effrayante. Rien n'est plus entêté que la prévention, eile ne se rend pas même a l'évidence ; car plusieurs d'entr'eux, tout en m'avouant qu'ils avaient beaucoup de plaisir de me voir et de m'entendre, furent cependant encore plusieurs jours ayant d'oser venir à la cabane qui me servait de chapelle. Ma première visite à domicile avait produit un bien Irop s» usitée, pour qne je ne prisse pas la résolution de la continuer chaouc jour, malgré la répugnance de la^iature à la vue de tant d'objets repoussant-.. J< .. g lecl surs, si jamais vous
éa à aliter Èyaogéliser les Sauva tx princi-
palement qui ont déjà reçu la visite de ces. min qui ne prêchent rien moins que la < harité chrétienne, permettez-moi de vous dire que le meilleur et l'unique moyen de les gagner à J. ('.. «-'est de gagner d'abord jour confiance, mais pour cela iÀ faut vous identifie!
r as i
nvec mx, vous faire, pour ainsi dire. Sauvage, avec ,eux, pour en faire des hommes d'abord et des chrétiens ensuite Bientôt .feus la satisfaction d'en
voir un bon nombre s'empresser de venir à la citadelle, au premier son de la clochette. Les premiers jours ils ne voulaient pas laisser baptiser leurs enfants nouvèaux-nés, mais après quelques intrusions, non seulement ils nie les apportèrent avec empressement, mais plusieurs d'entr'eux, baptisés par un méthodiste quelques anr.ées auparavant. n:e demandèrent le baptême de h Robe-noire. Leur avant répondu que pour embrasser cotre sainte foi, il fallait bien connaître les obligations qu'elle impose, et que .quoique je ftB«se venu de bien loin pont eux, je ne baptiserais jamais personne qu'il ne fût instruit et ne désirât ardeajinent d'embrasser notre religion, Cette réponse ne faisait qu'augmenter leur désir de la connaître. Chaque explication que je leur donnais, à l'ai Je d'une échelle-calholiqueou tableau synoptique de /'Ancien et du Nouveau Testament, en signes biérognvphiques. excitait leur admiration Rien n'était plus touchant que de voir l'attention ■qu'ils donnaient aux iutruclions qui duraient plusieurs heures, au milieu d'une nuée de moucherons cruels, et quand j'avais terminé, je les voyais quitter à regret le lieu de réunion, et se dire les uns aux antres : " Ot chita tala pwe sa milo à clnu naspil ; assurément cela est beau."
Parmi ceux que la grâce a touché d'une manière aussi prompte qu'efficace, était un jeune polygame. Son frère, ses amis et surtout sa nièce, dont je rapporterai plus tard les vertus morales, avaient fait tous leurs efforts pour l'engager à ne garder qu'une femme, sans pouvoir y réussir. Lu polygamie est généralement regardée comme une flétrissure parmi ce* peuplades Sauvages, et ceux qui &'y adonnent tombent dans le mépris. J'en ai vu plusieurs gémir «?ur l'état (f*a vil isse ment dans lequel ils sont aux yeux de leurs frères, mais la grâce seule a pu leur faire baiser leurs b>ns. Il y avàii deux jours que j'étais au fort d'Albany, quand celui-ci y arriva avec ses deux femmes et un bon nombre d'enfuis, dont quatre eu bas âge. Dès qu'il apprit qnej'é» t.-.is dansée lieu, il en fut effrayé, voulut repartir, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que sa mère parvint à le rot -nir ; mais il évitait ma présence, et quand je fus pour le visiter dans sa cabane, il s'était caché. On me fit eonnnj-
tn le [iéu de m retraite, je fua ptcei
•l'on t us à ecfeur Je baptême à<^ ses on di«-
terne, sans lui dire mi mol conti A mon r.
tion, et le même jour
-, me
lui acco
î là .;ne je Y -. li Tu ne
Le ( - i n'en ren-
dans
à mot •
rie ce b( uyais en attendre. La 'été :
lit pa* un mot et fui plongé dans une ut quelques minute,?; p » i s se levant toui à coun, ii me dit : " Fère, je vois que ce que tu me prescris est juste j puisque le Grand-Esprit n'a donné qu'une femme sa rremier homme, je ne dois pas en garder deux. La quelle v^ux-tu que j'envoie]" Tu doi la première, lui rlis-je ; mais ;s de la seconde étant les t'eus, il faut que tu • :etu prennes sein de leur mère comme cl? ta pi uf, jusqu'à ce ju'eite ait trouvé un mari. • -il, e: il sortit aus-itôt pour aller annoncer à la plus jeun^ de bps femmes que désormais il ne la ,
ne comme sû sœur, et qu'elle eut à 9e retirer chez sa inére. A une îléclaration aussi subi'e, la jeune femme ne lé pondit pas> un mot. Kst-ce surprise? Kst-ee indifférence 1 Je ne sais: tout ce que lire, c'est qu'étant allé la
trouver moi-même un moment après, et lui ayant parlé du bonheur qui attend les bflns chrétiens dans le ciel, elle me répondit : " Sois bien sûr, mon père, que désormais je n'habiterai pins avec lui. Je lui dirais quelques fois que c< tait pa-j bien que nous fussions ensemble, puisque ma sœur était déjà sa femme." D'^s ce moment je ne les vis pla* ensemble, si ce n'est à la chapelle, où ils rivalisaient de zèle fcl d'attention pour se faire instruire. Je cru? néanmoins que
i ue je le< mî«se 2 répreuvis, jusqu'à » prochaine. Tous les p.irents du jeune polygame
. ;reui une grande joi reirse démarche, mai*
In manifesta ; E'ie he
vivait comment me ten i reconnais -a;
femme éta serve en lotis lieux, ■ un cœur r
ce en horreur et à qui la ve ; y a
quatre ans qnelle vit un mini
ne. Il n
désir brûlant de !« recevoir.
aucune nol
trop droite pour ne pap s\
I de défectueux. Ses lumière* naturelfea
raient sans ©esse qu'il ne suffil pas de «'appeler Sara h oq Rachel, et d'avoir reçu quelques gouttes d'eau snr la téîe, pour être assuré d'aller au cie} ; que ia religion du prit devait avoir quelque chose de plus que cela. (C'est elle-même qui me l'a avoué). Sur ce:-; entrefaites, elle fit rencontre d'une darne née et élevée tir. jion protestante, mais catholique depuis pej, très-instruite et d'une éminente piété. Lui ayant fait part de ses doutes et de ses craintes?, la pieuse dame lui donna des leçons sur le dogme, la mora-r le et même sur la discipline catholique. Elle lui par'a au long du sacre «ne fit de pénitence. de< consolations ineflables que l'on y goutte. Elle lui parla nu^si de l'abstinence qneles catholiques observent le vendredi, en l'honneur de la passion du Sauveur. Depuis lors cette admirable sauvage 99 se ne voulut jamais faire gras le vendredi, excepté dans un nécessité extrême. Les autres m'ont avoué l'avoir vue bien des fois, demeurer à jeun le vendredi jusqu'au soir, dans l'espérance de prendre quelques poissons. "Elle soupirail sans ce.-nse après l'arrivée d'un prêtre. Dès qu'elle me vit, elle courut chez sa pieuse institutrice pour lui demander, si je n'étais pas cette Rjùe-noire dont elle lui avait si souvent parlé ? .Sur sa réponse affirmative, elle lui dit : " Ah ! s'ils /oulait me confesser, que je serais contente / 1! me semble qu'il n'y a rien île plu-' doux j>our l'âme que de du;e ses fautes à l'envoyé du Grand-Esprit. — Va je trouver, lui répondit la dame, expose lui tes désirs, et faits ce qu'H te
; r dirigea 3u<v tôt vers ma tentf». L'étnotSosj
qu'elle éprouvait répandit «mr sa figure une sueur glacée.. Be.j jambe* refusèrent de la soutenir. Elle tomba à genoux: ee ue ma tente, d'une voix tremblante, elle me dit fa mots : *k Toi qui e>; la Rob<- noire envoyé par ie GranJ- Esprit, éfouie re que je sais te dire. 1! y a ai longtemps que je délire de *e voir, de l'ouvrir mon cœur pour te faire (connaître 'ont ce que j'ai tut !"' — Quelque désir que j'aie, de le confesser, lui du-je. je ne puis le îVire avant que tu ne sois instruite. hnptifëe. et que lu ne croies que notre Religion est la seule vtritaide-rOh i je crois fermement, tue dit-el!e avec un sentiment de conviction profonde, et jn n'en veux jamais suivre «l'autre! "' Une âme. ainsi n-po<ee. n'exigeait pas une bien longue épreuve. Quelques jours avant mon départ, je lui administrai le baptême, sun* condition. K-:h û\ sa profession de fin, d'un ton si pénétré, que les assistants en furent attendries. E le fut, parmi Ses adultes, la seule que je jugeasse suuVamment in-truite, et digne du baptême, quoiqu'il y en eût pncnre tin assez bon nombre dau- 1res qui manifestassent le même désir. Mais dans la même circonstance, je conférai ce sacrement à seize en&u* en bas âge. Qu'il était b :au He voir cette pieuse néoplivte. âgée de plus 60 de en?, environnée de ceue troupe d'enfant*, dont quelques uns étaient ses petits fils ! Il me semblait ce moment que leurs anges, du haut du ciel, souriaient à knr bonheur ! !
J'aurais encore à vous entretenir. Mgr. et mon père, d'une autre cérémonie non moins touchante, et qui produisit une heureuse impression sur les infidèles et même mit plusieurs protestants, parce qu'elle servi» à d'SSiper beaucoup de préjugés, (/'est de lg plantation d'une croix que je veux vous parler. J'en avais déjà plante une au fort .le Aioo-p, quelque temps auparavant, avec toute la solennité que pouvait nôuf permettre notre dénûment. Ce furent des néoj qui firent celle de MoxMe, Ce furent des protestants et des infidèles qui firent et piaulèrent cel . Au
moment or
fidèles et protêt Lis au P»nd de mon âme quei-
que ehose d'inel epuisexpi .mais peut -
•, dans:: ans sacrées, une de-
n 'avait* élevé ver- le ciel une
I de ferveur IV
tic mon amour el de ma reconnaissance ver* fYlui qui daigna. mot. ri r ^ur ce bois !.. C'étaient de* juifs et <los payeurs, te. us ennemis de la croix.qiti firent et plantèrent celle que le Sauveur porta .sur le Calvaire. Elle était regardée comme une Jolie par les un*, comme tir) scandale par les autres, et pourtant p .usieurs d'entr'eux se convertirent et lui rendirent leurs hommages. S ngulier rapprochement, dans l'érection, Je celle-ci!... Vous seul, ù mon Dieu, savez quels désirs ardents s'élançaient de moi cœur. oppressé par tan: Immolions, lorsque, au pied de cette croix que je venais de bénir, j'offris l'adorable victime !... par la plantation de la croix, le Suiveur avait pris possession de cette terre, et il semblait qu'il voulut immédiatement cimenter le contrat! avec son sang; précieux. Les larmes qui coulaient de mes yeux, >e confondaient avec les prières qui s'échappaient de mon cœur. J'offris les unes et Jes autres au Dieu qui s'immolait pour le bonheur de ce pauvre peuple, encore presque tfjul infidèle, et que pourtant je voyais s'agenouiller, sans qu'il sut encore pourquoi, autour de l'autel rustique et de la croix de la forèf, et qui chaniait. en sa langue na'.ve, le refrain si connu et si doux pour tout pœur catholique, de vive.Jésvs vive sa croix. Ce pauvre peuple, que j'étais venu chercher de si Join. il fallait que je le quittasse bientôt, pour ne plus le revoir peutêtre, mais je lui laissais un livre, où ii pourrait lire l'amour immense d'un Dieu pour les hommes. Cette pensée tempérait un peu l'amertume de mon âme, lorsque je collais une dernière fois mes lèvres brûlantes sur ce bois sacré !.. Ii e>t vrai qu'ici maintenant. Régnai à liqno Beus, mais hélas ! il n'y règne encore que sur des ruines !... Oh ! puisse-t-iî y régner bientôt sur tous les cœurs !.. C'est ià, c'est au pied <ie cette croix que le missionnaire aimera désormais à se reposer de ses fatigues et à puiser des forces nouve les, pour de nouveaux combats. Oui, de nouveaux combat.-, car le :1emon ne lâche pas facilement prise ; il faut lui disputer le terrain pied à pied- Si, d'un côté, nous avons la consolation de voir quelques unies généreuses venir s5e«roier sous les étendards de la religion, nous ne davons pas néanmoins nous dissimuler que le très grand nombre est encore et seia longtemps peut-être] engagé dans la voie de ia perdition. Tout semble concourir à y retenir ce malheureux peuple. LVn-. Irême âpreté d'un climat, qui ne permet point de culture ; la diversité des langues: l'état de vie de ces tribus nomades
minée* sur une »ns,e de pays ; la JiflScitî*
rnins dann ces - où Ton es! toujours i:i-
dans l'eau, •• reste du corps e*t
ir !a verini mouches venimeuses ; le man-
que d'ouvriers et pins ene ■oenrer
les les | '
•- rius yei raison de s'écrier connue
parler de la o proprement dite : les bords h
10 âme< . . commandant envoya sa g relui de Moi
transporter les ] s. Jt fui ■ >rofiter de i
.occasion, quelque désir q eurer plus iong-
- parmi de- [aient si bien i!e la parole
Au salut, que j'étaid venu leoranjiorieerj Le mauvais temps., les marrngouins, qui repos ni le jour ni la nultj
ia mauvaise nourriture, qui ne consiste nent qu'en
outardes >alées .; un travail arlu et continue! pour apprendre les divers dialectes que parlent ces peuplades ; tout ceia m'avait réduit à une extrême: mais je m'en conso-
lais aisément en pensant que je n'avais pns travaillé en vain. Vingt-quatre personnes avaient él -.J'en
avais préparé un bien pi m» grand nombre pour rece %Toir, une .autre année, la même faveur. Ce ne fat qu'à regret que je me séparai de ces bons Sauvages. J'eus la consolation de voir tju'en éclairant leur esprit, j'avais touché leur cœur. Ils vinrent, dans ur, profond silence, et les yeux baissés v terre, m 'accompagner jusqu*an riva 7. l'Indu .
silence est le sigi » Je les consolais
en leur faisant espérer de les revoir. Notre traversée fut
eureuse q»e la preui s, QuanJ nous rep
mes prés dn lieu où nous avions f illi pcr'r un mois anpa- , une ,;en douce vît t traverser mon âme, je
a un mo lieu,
l'onde amére et glacée m'aurait servi de tombe, et aucun vestige ne serait r.-vté pour indiquer qn'un prêtre avait pavsé parla. voyageur catholjqw
fint* cro':\ plantée sur ces plages lointaines, ppnfh eu*e et bienfaisante irnpres»i6ri itaîue :»u ibud de sorf rœur. La croix lui rappellera la bonté île Dieu, (lui
où jusqu'ici il -eniblait n'avoir voulu manifester que uissance."
IV retour à Woove, j'y baptisai plusieurs en fans, que îles, parents prévenus m'avaient refusé obstinément, lors île mon premier passage. J'admis lui certain nombre d'adultes au innrènat. J'eus la bien d'once satisfaction de voir que plusieurs de ceux qui m'avaient montre le plus (^antipathie ira bord, furent ceux qlu se montrèrent les plus affligés de/ inoM départ* Nonobstant les souffrance."* de tout genre qne a nature a confirvmtllement a endurer dan* ces tristes para ges, ii m'eut é'é bien doux de'pouvoh1 plus longtemps y téjo irnar. Les Sauvages, que j'avais visité-', étaient, lors de iîioii arrivée parmi en;.*, rernplrs Je prévention contre notre Ste. Religion, lis romineuicaienl à peine à l'srppréeier, quand il me faillit les quitter. Il y en avait encore une multitude innombrable qui n'ont jamais vede urètre, ef qui n'en v<-:ronl peut-être jamais î Cette pensée, Mgr., m'arrachait des larmes de cortpassion,en me séparant de ce pauvre peu) le.
Ce fut I- ZS août que je quittai le fort de Moosé, pour rernouter à reiui d'Abi/itibbi. Le gentilhomme qui y ronVmande ne s'élaît pas contenté de me traiter avec toutes sortes d'égards, tout le temps que je séjournai chez- lui; il voulut encore, à mon départ, me combler de présenta. Notre navigation, pour remonter, fut exlrêïtiernen* lente. Notre frêle nacelle, à tout instant trottait contre (-.'es roches, qu'une eau toujours vaseuse ne permettait pas d'à perde voir, à deux pouces de profondeur. Ce lu; une espèce de" prrVjïge que nous ne coulassions pas à fond. car bien îles fois l'eau entrait à gros bouillons et nous étions au beau milieu de ia rivière. Deux jours après que nous eûmes quitté la baie, je 'perdis, mon chapeau, et. je passai vingt un jonri exposé, tantôt à une chalenr étouffante, tantôt à un froid glacial, qui se succèdent sans interruption dans ces forêts \ je contractai,par tante de cet accident, un rhume opiinâtre dont je me sens encore.
Sur la rive gauche du vaste lac d'Abbitil b',et non loin de l'endroit où il décharge ses eaux bourbeuses. dans la rivière que nous venions <Je remonter, se trouve un rocher Célèbre par les sacrifices que les Sauvages y fout au Manitou des
Baux iouies les lois qu'ils veulent s'aventurer sûr cette dangereuse rivière. Lorsque nous la descendîmes, nous étums précédés de >ix canots, composés chacun de sept Indien:-, dont la plupart encore infidèles. Ceux-ci se seraient crus assurés de périr, a:i!s n'avaient jeté en passant quelques restes de tabac au prétendu dieu tutélaire de ces lieux, aimant b'ien mieux se priver du plaisir de fumer durant la journée entière. Quelques chrétiens, eniraî:.és par une espère île routine, et nui n'y voyaient pas grand mal, suivirent 'exemple des infidèles. Les Sauvages ont des yeux de lynx^ car bien que nous fussions éloignes de plusieurs milles de premiers, ceux qui m'acctfmpagnaient m'avertirent de ce qui se passait. Quand nous fûmes arrivés i vi; -à-vis lé rocher, j'envoyai mes Neophyies prendre les offrandes sur l'autel même du Manitou. O fut dans --ette circonstance,- Mgp.,que j'eus occasion dp voir combien la grâce a de puissauce sur les cœurs ; car il n'y a pas encore 4 ans que l'âcdacieux qui aurait commis un lel Sacrilège aux yeux de l'Indien aurait payé de s:a propre vie sa témérité ! )ffrarirîes consistaient eu liuit on neuf torquettes ou demi torquettes de tabac, qu'ils me donnèrent. Le soir, quand nous eûmes rejoins les autres, je demandai du tabac a ceux que je savais l'avoir tout offert à leur Maiitou. Ils se regardèrent avec surprise et ne répondirent rien. Alors tirant de ma poche leurs forqu'ettes, j'en fis part à ceux qui n'avaient point participé à leurs superstitions, et nous fumâmes en leur présence, les plaisantant sur leur simplicité. Puis prenant un air grave et sévère je leur lis comprendre toute l'absurdité de leur procédé, bien plus' propr'e à les l'aire périr qu'à les protéger, puisque cela outia^eait le Maître de La vie. La leçon fut salutaire, car je les entendis p<-u U] Tes se dire les uns aux autres: ••' 2^ous étions bien stupides; notre père à raison, le Grand-Esprit seul peut nous sauver!" Lorsque, quelques moments ajrféî vis, coucliés à coté de moi, dans une paix et \\\\c union" parfaite, les payons sacrificateurs et les néophytes, qui avaient été enlever les offrandes, je me rappelai ces paroles du prophète fsaîe : " En ce jour là, on le verra loup habiter avec Pagneau, le léopard se reposera près •lu chevreuil. Le lion et le jeune veau feront leur demeure ensemble ; et un entant les conduira.." Le sou-
ttj
renie de ce passage du prophète se présentait d'uûtam plus naturellement à mon esprit, que, parmi ces indien*
fil trouvaient qui é&fieiïf naguère 1res redonnés pour loin' férocité". Quand, nons repassâmes an nu lieu, je leur demandai s^ ils n'avaient ; A em ed irifier encore à le?ir Manftou. Us np me répondirent âue par un sourire aégatjf. Voila L'effet de la parole du salut, préchée à ce peupic barbare.;.
Les tribus in ^eùnés du nord cte Amérique', réîlesr du moins que j'ari pu visiter, n'ont point de fétichisme.
oient qu'il v a un es] nt stfpêïieuf et bon, qui rie petit point leur faire tle trial1, et potrr cette raison ils ne. s'en mettent nullement en pfinte rmaiS ilàcroieul qu'il y a le génie du m-al, presque aussi puissant q=ue le premier, essentiellement méchant, et qu'il a une multitude de Satellites répandus partout pour faire du niai et qu'il faut les apaises et se lerrendfe fav< a leur
Serinant quelques restés de feafeafe", les entrailles d'nn castor, ou que Ton pend la tête en bas, selon
la qualité du manitou que l'on veut apàigfeï. Ce sont, il faut l'avouer, d'assez pauvres sacrifices. De toutes leurs s superstitieuses, l'a principale est la mé-
tempsycose. Mais ce qa'il y a cte plus singulief, que n'ayant, Câpres* l'aven que plusieurs m'en ont iiu't, aucun sentiment de l'immortalité de Pâme humaine, dans leur état d'infidélité ; ils croie nl: néanmoins que l'âme des betes. qu'ils ont tuées à la chasse, ira animer d'autres corps. Aussi ont-ils soin de vennillomier les d'ours et de loups, qu'ils placent ensuite au haut d'une perche, après en avoir dissèque les chairs ; persuadés que l'âme de cet; animal, qui est allée habiter un autre corps; se manquera pas de venir visiter sou ancienne demeure. Ils sont encore très-adonnés à une autre espèce* de superstition appelée Jonglerie ou charlatanisme. Ce sont ordinairement les vieillards qui •utent. les femmes et les enfans s'en- occupent rarement. Voici comment ids procèdent: après avoir
lé une cabane en forme eonfque, le jérgleur frappe quelques coups sur une espèce de tambour de basque pour appeler le manitou. puis entre seul dans la cabane, taudis que les autres se tiennent autour dans une Éude inquiète. Le sorcier chante quelques couplet-
cm
. je cr^is que eu sont des imprécations. Tu fcoup la cabane s'agite, on n'entend plus dan? l'intérieur que de& Uiurlemens confus et frénétiques; quelquesjerin es chefs y pénètrent et trouvent ce vieil impi
u par terre, di moles <•• . Voilà
• que j'ai appris de plus saillant deà -.auvagesqui habitent .
trén
Del'autre côlé tic la rivière el vis-à-vis le rocher dont j'ai parlé.'; tenu d'une scène bien touchante, et qui con-
trastait singulièrement avec celles que je viens de rapporter. Là je trouvai le grand chef des Abbitibbites, qui m'attendait depuis deux semaine*, accompagné d'une douzaine de • les. Il y a 3 ans que j'ai baptisé ce chef, ainsi que son épouse, ei j : ne <to;s pas qu'il y ait un chrétien plu* fervent que lui, parmi tous ceux desatiibu. Dès qu'il aperçut notre canot, il accourut sur ie rivage j les autres le suivire posa ut tous un genou en terre, ils rce prièrent de les bénir; Lui aus-si, avant son baptême, faisait la jonglerie. Il m'avoua que ce rocher que neus avions devant nous, l'avait vu bien des fois sacrifier du tabac ou les entrailles d'un castor, au màttvais Jtfnnitou (démon). Tandis que nous nous entretenions ensemble sur ta bouté de Dieu; sa belle sœur, femme du second chef, préparait, du poisson pour notre souper. ' Ce secours, je l 'avoue, venait fort à propos, car depuis plusieurs jours toutes nos provisions se réduisaient a quel miettes de biscuit de met* tout moisi. J'avais dessein de pousser plus loiïi cette journée la, mais ils me firent tant d"; res,que je fus obligé Je dresser nia tente parmi eux. Je fus ocenpé,dufant toute la nuiy- les rouf - : j instruire
fut quVu point du jour, que j'interrompis ce pieux exercice pour recommencer ma pérégrination. C'était un samedi, je voulais me rendre au fort pour le dimanche, où je savais qu'un grand nombre d'indiens m'attendaient, et nous avions plus Ci'^ 20 lieues à faire, sur un lac dangereux. A peine fûmes-nous embarqués, que no-as vîmes les Sauvages lever leur camp pour nous suivre. Il y avait parmi eirx uu métis Canadien dangereusement malade. Quoique je l'eusse admi« nistré, il pria instamment son épouse et son fils de le conduire au fort, afin île mourir, disait-il, sous les yeux du prèfré. Comme non* étions une bonne troupe de nageurs notre canot semblait voler sur le lac et nous a le fort
£è soir~là même. Pour ces pauvres Indiens furent oW gés de nager toute la nuit, luttant péniblement avec nh vent contraire. Quelques efforts qu'ils fissent, ils ne purent ma rejoindre que le lendemain vers les onze heures au moment où, désespérant de les revoir, j'allais commencer l'adorable sacrifice. Le malade dont j'ai parlé se fit aussitôt apporter à la chapelle où je lui donnai le St. Viatique. Feu d'heures après, il n'était plus. xMuis par une coïncidence singulière, j'eus la bien douce consolation d'administrer ce jour là même le baptême à sa vieille mère, qui jusque-là n'avait pas voulu entendre parler de religion. Depuis plusieurs années nous avions fait auprès d'elle bien des démarches infructueuses:jarnais nous n'avions pu l'amener à faire le signo de la croix. Il était réservé à Marie Immaculée d'opérer ce prodige de la grâce. Oh ! que cette auguste mère a Je puissances sur les cœurs ! Le père Clément qui avait fait la mission à ce poste six semaines auparavant, lui avait mis au cou, non sans quelques difficultés, une médaille bénite de l'Immaculée Conception. Queile ne fut pas ma joie, en arrivant en ce lieu, d'apprendre de la bouche de madamo Fraser, que cette vieille infidèle, témoignait depuis quelque temps un ardent désir du baptême ? Je voilai aussitôt auprès d'elle, et ma présence -parut lui causer autant de joie qu'elle lui causait autrefois de répugnance. Je la vis baiser souvent sa médaille avec affection. Elle me dit, que depuis qu'elle la portait, elle ressentait un grand désir d'être baptisée et qu'elle avait eu peur de mourir avant mou arrivée. Je l'instruisis du mieux qu'il me fût possible. Les bonnes ditpositions que je trouvai en elle, ses 80 ans et l'hydropisie dont elle était attaquée, ne me permettaient pas de lui différer le baptême ; je le lui administrai, quelques instants aprèa que son fils eut rendu l'âme.
Voilà, Mgr. et mon père, les principaux traits que j'ai pu recueillir dans le cours de ma dernière mission', parmi le* Sauvages. Je les ai exposés simplement tels que j'ai été à même de les voir, de les sentir et de les apprécier. Oh ! comme j'aurais souhaité qu'une phuce plus habile que la mienne eût tracé le tableau des lieuX que je viens de parcourir, de l'état des peuples que j'ai visités, des scènes tantôt touchantes,tantot horribles,dontj'ai été témoin, ou qui m'ont été rapportées sur les lieux mômes où elles s'étaient passées ; en un mot des ,1i verses émotions que l'âme éprouva dj*s
de pareilles circonstances ! Le sentiment de mon LnsufnVnnce m'aurait certainement fait garder le silence, si deux motifs impérieux ne m'avaient pour ainsi dire contraint à tracerces lignes. D'abord le désir et le devoir d'obéir à Votre Grandeur, en lui donnant, autant qu'il m'est possible, les détails qu'elle attend de moi, sur cette grande et infortunée portioii tîe ses ouailles. Ensuite, le désir de faire connaître aux membres de la Propagation de la Foi, les besoins immenses de ses tristes missions, et le bien qui résulte chaque jour de ces légers sacrifices. Je me suis appliqué a relater tous les fait3 que j'ai cru propres aies intéresser sous le rapport religieux, laissant à d'autres les observatiors scientifiques. Ministre du D:eu du Calvaire, je n'ai pas jugé snvoir autre chose que Jésus et Jésus crucifié. Enfant adoptif du Canada, chaque Canadien est devenu mon frère d'une manière plus intime, et au milieu des glaces du nord, mon cœur leur est d'autant plus attaché, que c'est leur obole qui m'y conduit, m'y soutient, et que c'est par leur prières pures et ferventes, qu'à notre faible voix, les peuples les plus féroces deviennent doux comme des agneaux, ouvrent les yeux à la lumière, et bénissent les cœurs généreux qui leur envoient du secours.
Et vous, Monseigneur et mon père, daignez bénir celui qui sera toujours si heureux de se dire,
De Votre Grandeur, Le très-respectueux et obéissant fils,
en Jésus et Marie Immaculée, J. N. LAVEULOCHÈRE, O, M. î,