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AUX ASSOCIÉS DE LA PROPAGATION DE LA FOI

Messieurs,

Ayant eu l'occasion de visiter dernièrement plusieurs townships du district do Montréal, je me fais un devoir, dans l'intérêt de la Propagation de la Foi et de l'Association des fctablissemens Canadiens,de vous transmettre quelques détails sur cette partie importante du diocèse. Dans ce voyage, il s'agissait de donner un nouvel élan à l'œuvre de la colonisation si bien recommandée par l'évéque de Montréal, dans son mandement du 17 juin 1818, et d'accomplir des engagement: pris, par le comité de la Colonisation pour l'érection de chapelles.dans toutes les localités où il y aurait un nombre suffisant de défricheurs. Or, vu les efforts constants de la compagnie britannique pour l'établissement des townships, vu aussi l'encouragement gracieux donné par la présente administration provinciale et la cordial© influence de Mgr. l'évéque de Montréal et de son clergé, il a été possible de réaliser sur ce point, et notamment dans le township de Roxton, les espérances qu'en, tretiennent tous les amis sincères de l'oeuvre. Le 17 janvier fut donc le jour fixé pour l'inauguration religieuse de l'un de ces nouveaux ètâblissemens. L'évéque de Montréal se proposait,depuis longtemps, de faire lui-même, dans ce but, un voyage tout exprès aux townships ; il voulait même aller abattre, le premier, un arbre de la forêt et faire faire de ce bois une croix qu'il aurait bénite et plantée, comme l'étendard du Grand- Maître et du fondateur de toute société durable ici-bas. Mois retenu indispensablement dans sa ville épiscopale, par une suite d'affaires qui requéraient sa présence, il confia cette mission à son Coadjuteur, qui se félicita de pouvoir le remplacer, en cette circonstance.

L'évéque de Maityropolis partit donc, le 15 janvier, accompagné de M. L.Th.Plamondon,prêtre de l'évêché, deM.Ed. Cullinan.prêtrc attaché aux missions Irlandaises et de maître P. Chartrand, architecte de Montréal.

Arrivé & St.Hyac>nthe,après quelques quarts-d'heure àm course rapide, sur le chemin de fer qui facilite si agréablement le trajet de Montréal à Yamaska, Mgr. Prince eut le plaisir de visiter, en passant, le florissant collège de l'endroit, où plus de deux cents élèves reçoivent annuellement l'enseignement littéraire, scientifique et religieux le plus complet qui se donne en ce pays. Au même lieu, Sa Grandeur rencontra les trois missionnaires des Tovv-nships de l'Est, MM. Hicks, Leblond et Champeau, qui venaient s'associer aux travaux de la visite pastorale.

De grand matin, le 16, la pieuse caravane se dirigea vers Roxton, où elle arriva assez à bonne heure, le même jour. Nos voyageurs y furent reçus avec toute la joie et le bonheur que devait causer à leur* chers compatriotes une visite si ardemment désirée ; aussi leur arrirée y fut annoncée à toute la petite colonie par une salve de mousquetterie qui, à plusieurs fois, fit retentir au loin les échos de la forêt et porta l'allégresse dans tous les cœurs. L'èvêque était vivement attendri, en bénissant ces bra^es colons qui tous tombaient à ses pieds, et il les saluait avec une vive affection, leur exprimant toute la joie que ressentait son âme. Ensuite, il prit connaissance du lieu, en parcourant le terrain du village projeté ; puis l'on se retira, pour la nuit, dans les divers logements que ces bons habitants avaient, avec empressement, préparés dans leurs modestes habitations.

Le lendemain, tous les prêtres eurent la consolation de célébrer le saint sacrifice de la messe dans un appartement élégamment décoré pour cela, et où se firent tous les exercices de la mission. Le même jour, l'èvêque ayant désigné le lieu où il désirait que l'on bâtit une église, s'y transporta, après la célébration de la sainte messe et en récitant le chapelet, accompagué des prêtres, des agents de la Compagnie et de tous les catholiques de l'endroit, pour en prendre possession au nom de la Religion. Rendu sur un magnifique plateau qui doit dominer tout le futur village, il adressa de nouveau à cette joyeuse assemblée des paroles analogues à cette consolante circonstance ; puis, ayant reçu des mains de M. Galt lui-m^rue une lettre tout à fait gra-

•ieusa qua •« monsieur lui adressait et par taqweil*, s* nom de la Compagnie Britannique-Américaine- des terres, il garantissait, de rechef, le don et la propriété non seulement d'un superbe terrain de plus de huit acres, dans ce village, mais encore d'une ferme de cent acres contigus au même village, pour le soutien da prêtre, pour l'établissement de l'église, du presbytère, des maisons d'écoles, etc., il fit donner immédiatement lecture de ce document dans les deux langues anglaise et française. Après cette nouvelle assurance d'une coopération aussi généreuse, Mgr. de Martyropolis, an nom de l'évoque diocésain, remercia l'Honorable Compagnie, en la personne de M. Galt, de l'encouragement que recevait, en ce jour, l'œuvre de la Colonisation, et exprima les vœux les plus ardents, comme les espérances les mieux fondées pour le succès de la louable entreprise qu'il venait bénir à la plus grande gloire de Dieu et pour la prospérité de son pays. Invitaut alors ses chers Canadiens à s'adresser de nouveau à Celui qui est l'auteur de tous les biens et le maître de toutes les terres, comme de l'Univers, tous firent, avec lui, le signe de la croix, et l'évêque, le premier, prit la coignée que l'on avait ornée de rubans et qui était placée sur une estrade, et en frappa de trois coups l'arbre que l'on devait abattre pour commencer le défrichement. Les principaux assistants firent de même â sa suite, et bientôt l'énorme pruche que l'on avait choisie pour première victime (ou point de mire) tomba lourdement sous les coups ajustés de nos joyeux bûcherons. Le fracas de sa chute n'était pas encore cessé dans la forêt, qu'il fut remplacé et par les décharges de fusils que tira la petite compagnie qui a^ait constamment fait garde d'honneur et par les vivats de toute l'assemblée criant de tout cœur : Vivent nos Kvêques ! Viv^ M. Galt ! Vivent les colons de St. Jean-Baptiste de Rox-

ton î Il était midi passé, quand se termina cette îe-

ligieuse et patriotique cérémonie. Chacun alors se hâta d'aller prendre quelque peu de nourriture, pour revenir assister aux exercices de la mission, qui se continuèrent jusqu'au lendemain et furent clos par la plantation solennelle d'une croix, sur le lieu même où se construit actuellement une jolie chapelle de quatre-

Tkfegt* pieds sur trente-six et à deux étages ; le tout g*r le plan dressé par M. l'architecte Chartrand et aven les fonds de la Propagation de la Foi, vu que les trésoriers de la Colonisation des Townships n'ont point encore fait de versements pour cette fin. Les travaux se t>oursuivent avec tant d'ardeur, que tout l'édifice sera fini au mois prochain, et que cette mission seri fournie d'une église pour le culte, d'un logement, convenable pour le prêtre et même d'une salle d'école assez spacieuse pour les enfants de la centaine de familles qui doivent s'y établir dans le cours de l'été prochain.

Le townships de Roxton, possédé en grande partie par la compagnie des terres, n'est habité par des colons Canadiens que depuis quelques mois ; mais la nature du sol, ainsi que la qualité des bois, tout y assure les avantages d'un prompt etfaciledelricheme.it, à présent surtout que le grand chemin est terminé et fournit une voie aisée de communication avec les townships adjacents, comme avec les paroisses voisines et par là avec Montréal même.

Le village dont les agents de la compagnie ont fait tirer les rues, et qui, à la demande de plusieurs Canadiens.portera probablement le nom d'iberville au lieu de celui de Metcalfe, est fixé sur les rives de la E.iviére- Noire qui est, comme l'on sait, nue branche de la rivière Yamaska et présente en cet endroit, une chute de 40 pieds d'élévation ou l'on a déjà construit deux moulins Les pouvoirs d'eau, si nombreux sur cette rivière, devront donner un ample développement à l'industrie et fournir, outre les agrémens du site, les moyens les plus désirables d'y établir des fabriques et des manufactures. Au reste, MM. les Associés, les townships que j'ai pu visiter, c'est-à-dire, une dizaine sur les dix-huit formant l'Est du district, m'ont tous paru favorables à la colonisation ; nonobstant le très-grand nombre de cotes et de montagnes qui fournissent, elles-mêmes d'excellents pâturages, quand elles ne sont pas entièrement propres à la culture ou à des vergers. Les bois y sont généralement mêlés, et des connaisseurs m'affirmaient, sur leur expérience personnelle, que ce sont les terres ainsi boisées qui sont le» plus avantageuses et, à la fin, les plu*

fertilôfl ; quoique, dans 1<* commencement, elles soient quelque t'ois moins vigoureuses. Mais c'est une chronique religieuse avant tout, que je vous avait promise. MM. les Associés : je reviens donc à ma mission.

De St. Jean-Baptiste de Eoxton, où toute la population catholique participa aux sacremens, l'évoque se rendit à Ste. Cécile de Milton, autre township en pleine culture et qui est déjà si populeux, que l'on y formera probablement bientôt comme une seconde paroissj. Rétablissement actuel, en grande partie lo fruit des efforts et des secours charitables des deux Messieurs Crevicr, curés de St. Hyacinthe et de St.Pie, est situé sur la pente orientale de la montagne d'Yamaska, à une élévation suffisante pour y jouir de la beauté des campagnes environnantes. Les habitants de ce township sont maintenant, en majorité, Canadiens et pur conséquent catholiques. Les Américains, qui d'abord y avaient plusieurs terres, semblent se retirer l'un après l'autre et laisser le champ libre aux colons du pays. C'était effectivement un peu trop hardi de la part "de ces voisins, de venir exploiter des terres qui sont, pour ainsi dire, à nos portes: espérons que notre population agricole comprendra cela, désormais mieux que par le temps passé, et qu'elle refoulera activement ces étrangers dans leurs propres limites.

Les exercices spirituels de la visite furent suivis avec un empressement et une assiduité qui rappelaient aux huit prêtres employés à y entendre les confessions, que cette population était aussi avide de grâces qu'aucune de nos bonnes paroisses du fleuve. Le nombre de communions y fut, pendant les deux jours, de plus de 700 ; 43 reçurent la confirmation ; 3 protestans demandèrent à se faire instruire dans la religion catholique, et une protestante, qui se préparait depuis quelque temps à abjurer l'hérésie, eut le bonheur, à la suite de sa profession de foi, de recevoii les sacremens de l'Eglise.

La mission de Granby, qui comme celles de Roxton et de Milton est sous les soins de M. Leblond, se trouve à huit milles de cette dernière et est srr le penchant sud de cette mémo montagne. Cette place a des allures un peu américaines et est habitée par rine popula? tion mixte d'origine et de religion. Quant a la partis

♦athoiique d'environ 5Û0 communiants, elle est moitié canadienne et moitié irlandaise. Il y a là une chapelle en bois, à laquelle on ajoute, en ce moment, une allonge qui doit servir de sacristie et de logement pour le Missionnaire. Les dispositions des catholiques m'y ont paru aussi bonnes que partout ailleurs et la visite pastorale a dû y produire des fruits abondants et durables. La tempérance totale y est en grand honneur ,et je pense que tous les fidèles, à peu près, en sont membres. Au reste, partout dans ces townships où l'évêque de Martyropolis invita ses auditeurs à s'enrôler dans cette association, on est accouru, en foule, embrasser la croix que ce pasteur porte sur sa poitrine, et qu'il offrait à baiser, comme marque d'aggrégation et comme gage du bon souvenir qu'il porterait, dans son cœur, à tous ceux qui s'associeraient avec lui à cette œuvre régénératrice des bonnes mœurs et de la prospérité du pays.

La mission de Granby se termina le 23 ; le soir du même joi:r, l'évêque avec sa suite se rendit à Stukeiey, en passant par Sheftbrd. Ces deux townships, tout montagneux qu'ils soient, sont déjà bien habités et m'ont paru contenir d'excellentes fermes. A Shefford, la population catholique est en petite minorité, et ces pauvres compatriotes n'ont pas encore pu se procurer l'avantage d'une chapelle,quoiqu'ils soient aune très-grande distant ce des églises catholiques. Tl est bien à désirer que ceux qui ont eu le courage d'aller défricher, dans la montagne,des terrains que les arpenteurs provinciaux avaient cru inaccessibles, obtiennent du gouvernement des titres légaux er gratuits pour les lots qu'ils ont ouverts assurément à la sueur de leurs fronts. On me dit qu'ils ont une pétition, à cette fin, devant l'Exécutif.

Stukeiey a deux parties, le Vieux Stukeiey qui est presque tout américain, et le Nouveau qui se peuple de cultivateurs et de commerçants canadiens. C'est à ceux-ci que l'évêque a fait visite pastorale, dans la chapelle neuve qu'ils viennent de finir et qui est un assez bon bâtiment de 63 pieds sur 36, avec une augmentation de 31 pieds sur 24, pour servir de sacristie et de logement au prêtre. Cette église érigée à Dieu, sous l'invocation de Notre-Dame de Bon-Secours, a été bé- *it« solennellement, le 24 janvier, par Mgr. Prince qui

y a aussi mit la tianslution d'une fort belle statue de la très-sainte Vierge. Comme cette cérémonie était nouvelle clans l'endroit, on y mit tout l'ordre et toute lasolennilé possible. On avait pu réunir un nombre suffisant de Ciorcs.cn surplis. qui marchaient en procession, à la suite de la croix ; quatre prêtres soutenaient la statue que les syndics et marguilliersportaient sur un brancard; 1 évêque, en ornements pontificaux, fermait la marche. On cheminait ainsi vers le temple, en chantant Y Ave Maris Stella, et les serviteurs de Marie se pressaient sur le passage. Arrivé sur la plate-forme par laquelle on se rend à l'église, l'évêque fit poser sur une estrade le brancard sur lequel était placée la statue de la Vierge.* Adressant alors la parole à tout ce peuple fidèle, il le félicita sur le bonheur qu'il avait d'être sous la protection spéciale de la Reine des anges et des hommes ; d'avoir le premier temple du township consacré sous le nom de Notre-Dame de Bon-Secours, à l'imitation des religieux fondateurs de la Ville de Marie. Puis, se tournant vers l'image de l'auguste Vierge, il la prie do garder ce peuple, de le conduire dans le laborieux pèlerinage de la vie et de l'introduire un jour au ciel, comme lui-même va l'introniser dans son pieux sanctuaire, etc.. Pendant que le cortège était encore prosterné sur la place de l'église, autour de la statue de Marie, l'évêque récita les prières du rituel, pour demander les bénédictions de Dieu sur les terres et les maisons de tous les chrétiens qui iraient défricher et habiter ce township. Ce fut à la suite de ces pieuses invocations, que toute la foule entra dans le temple, au chant de plus en plus animé des hymnes de l'Eglise. La statue de la Vierge fut religieusement placée dans le chœur, en attendant qu'on lui ait dressé un piédestal au-dessus du maître -autel, où elle sera comme l'ornement principal et l'objet le plus vénéré, après Jésus, dans la maison du Seigneur.

A la suite de ces attendrissants préliminaires.la mission ne pouvait manquer de produire les fruits les plus heureux ; aussi toutes les dissentions existantes furent éteintes, tous les partis apaisés ; et les prêtres de la visite purent à poinesuffire à entendre les confessions,» réconcilier les pécheurs, à contenter l'empressement pieux

de lout te momie. L'impression frit û profbnie'«t le»

conversions si sincères, que depuis le passage de l'évêqje. quelques unes de ces personnes qui n'avaient pu y participer aux sacrements, sont venues à Montréal môme, à la distance de 25 lieues, pour satisfaire leur dévotion. Le nombre des confirmés fut de 75,et relui des conmuniantsûu dessus de 600.

A la mission de Stukelcy se rattache actuellement un^ partie de Orford. Ce townshtp, qui appartient au diocèse de Québec, renferme dans un de ses angles, une petite colonie cle Canadiens qui sont encore bien pauvres. Leur misère disparaîtra sans doute bientôt, vu le courage qui les anime; mais en réalité ces braves compatriotes ont un peu souffert, cet hiver, par la privation de nourriture ; même on m'a informé que quelques unes de ces familles avaient été réduites, plusieurs fois, à se coucher sans souper. Il faudrait donc ne point entreprendre le défrichement d'une terrc,sans avoir d'avance des provisions pour à peu prèsamc année. C'est ce manque de prévoyance qui a forcé quelques uns des nouveaux colons à revenir à la ville, ou à retourner dans leurs paroisses natales, au détriment de Mmivre. 11 n'en faudrait pas conclure, cependant, que la colonisation soit impraticable ; au contraire, l'expérience a déjà prouvé, et l'avenir constatera mieux que jamais, que le cultivateur intelligent et laborieux n'a besoin que de petites ressources préliminaires; pouf récolter sur son terrain toutee qu'il lui faut pour soutenir avantageusement sa famille. La plus grande diriienîte à surmonter, jusqu'à ce jour.est venue du manque de chemins pour transporter des provisions et du défaut d'ensemble dans l'exploitation des terres. A ce propos, je remarquerai qu'il serait vivement à désirer que le» grands propriétaire* de Townsbips ou de parties fie townsiiips fussent incessamment forcés de concéder à des taux considérablement plus réduits et à ouvrir les chemins ds commuication nécessaires aux colons; car en somme. l'teuvre des Etablissements Canadiens dans l'Est du district est. non seulement bonne et praticable; mais même pressante et facile : et parmi 1* s townships qui sont propres à la colonisation et dont je n'ai point parlé, je dois mentionner ici celui d'Lly dans ta voisi-

(If)

nfuge de Roxîon et de Stukeley, ainsi que celui d'Uptoft où filon. Druramond fait actuellement des améliorations considérables.

En laissant la mission de Notre-Dame de Stukeley, i'évèqne alla visiter la soixantaine de familles catholiques qui sont établies dans Boni ton. C'est un établissement presque tout canadien et qui promet un accroissement assez rapide. Le centre du défrichement est ce que l'on appelle Grass pond, ou Etang- de -Gazon. Entre deux jolis monticules, qui sont eux-mêmes appuyés sur le versant de plusieurs autres monta gnes.on aperçoit le désert que ces colons pionniers agrandissent chaque jour. Le chemin qui y conduit est sans doute encore bien âpre et bien ardu ; mais on le franchit sans danger ; et quoique ce fût par une pluie battante, st seulement avec quelques pouces de neige qui couvrait à peine les racines das arbres et les pierres de la montagne.que nous le parcourrions, mes compagnons et moi, le 26 janvier dernier, nous nous en retirâmes néanmoins sains et saufs : il n'y eut qne nos voitures qui reçurent quelques avaries. En retour, si nous eûmes un peu de peine à nous rendre auprès de ces chers Canadiens, nous en fûmes amplement dédommagés par la joie que leur procura notre arrivée et par les fruits qu'ils retirèrent de la visite du pasteur. C'était pour la première fois qu'ils voyaient un évéque, au milieu de leur bois ; plusieurs même, quoiqu'âgés, n'avaient jamais vu d'évêque, ni là ni ailleurs. Aussi, comme les cœurs du prêtre et du fidèle sont contents à ces heu • reuses rencontres ! Comme leurs joies sont pures, et leurs émotions saintes et durables !

Les exercices de cette mission commencèrent de grand matin et se iîrent dans une des maisons de la localité. Les catholiques de Grass-pond n'ont point encore de chapelle ; celle qu'ils construisent avec leurs faibles ressources n'est pas même couverte. Ce fut donc dans la pauvre chaumière de l'un d'eux que le culte catholique eut à déployer toutes fc-es pompes. Or tout s'y passa comme dans l'étable de Bethléem, et le même Dieu incarné, qui appela dans sa première demeure terrestre les rois et les bergers, voulut aussi amener dans ce nouveau temple les princes de son sanctuaire et les

enfanta de son Eglise. Tous l'y adorèrent, ce me semble, avec autant de foi qu'au premier jour de sa naissance. En réalité, c'était le même Agneau de Dieu qui y effaçait ies péchés du monde. Là, j? vis des pénitents attendris jusqu'aux larmes, non pas se jetter clans les bras de leurs confesseurs, mais bien plutôt et tvès-v entablement se précipiter amoureusement vers leurs confesseurs, les serrer eux-mêmes dans leurs bras et les presser sur leurs cœurs. La grâce du repentii, quoique partout la même, s'exprime quelquefois d'une manière plus attendrissante. Là aussi, je vis quelques Américains flegmatiques, de ceux- qui attendent toujours la vérité, comme les Juifs attendent le Messie. Témoins de toutes ces démonstrations religieuses, ils'paraissaient prendre quelq d'intérêt aux rites catholiques. L'évêque en profita pour leur adresser des explications sur nos cérémonies, sur les sacrements et surtout sur l'unité et la nécessité de la foi. Ces silencieux penseurs parurent trouver meilleure la religion des papistes ; et en forme de conclusion, ils répétaient ensuite : " Bien, si tous les catholiques croient et agissent de môme, au fond ils ne sont pas aussi noirs qu'on le dit." Il en est bien d'autres comme eux, qui croient à la vérité de notre sainte religion et qui cependant n'ont pas le courage de l'embrasser. Quant à nos braves catholiques de Grnss-pond, ils surent et croire et pratiquer : plus de 300 approchèrent de la communion et 55 furent confirmés. Avant de laisser le poste, Mgr. Prince visita la chapelle en construction et y donna des secours, pour en continuer les travaux» Cette mission, sous l'invocation de St. Etienne, premier martyr, est actuellement desservie par M. le missionnaire de Stukeley.

De Boulton l'évêque se rendit à Stanstead, en passant par Georgeville. Les sites sont très-beaux dans toute l'étendue de cette route : ce sont des côtes, des lacs, des baie*, des rivières entrecoupés de collines et de montagnes d'un aspect tout à fait pittoresque. Le défrichement est presqu'entièrement fini dans plusieurs endroits, et la culture doit y être ires-avancée, à en juger par les grandes maisons des habitants, par les longues granges des fermiers et. par lesnombreuxtroupeaux rie bétail qui nous ont paru d'une espèce supérieur*.

Irw leaAmèriuuius.toiitea ue* choses doivent être pères ; mais ce n'était pas la considération de ces objet» qui taisait le but principal de notre voyage : aussi nous hatâmes-nous d'arriver y la Plaine où ia mission devait avoir lieu. On y attendait L'évêque. et des Canadien* y étaient déjà rendus, venant de "20, 30 et même 4-û milles, c'est-à-dire, de 10, de 12 lieues et plus, pour profiter des grâces de la visite. Ivec de telles dispositions, on comprend combien cette mission dut être fructueuse* Pendant trois jours qu'elle dura, l'évêque et les cinq prêtres qui l'accompagnaient ne purent satisfaire a l'empressement de la foule, qu'en prolongeant bien tard, dans la soirée, les travaux de leur consolant ministère. Il y eut, tout îe temps, deux exercices publics par jour, et dans les deux langues, vu que la population catholique se compose d'un nombre à peu près égal de Canadiens et d'Irlandais et peut se monter approximativement à 1,000 communiants. Ce chiffre serait encore plus élevé, si l'on comptait les catholiques de l'Etat voisin qui s'adressent au missionnaire de Manstead pour leurs devoirs religieux. On en vit qui venaient de trèsloin ; c'était des engagés qui couraient risque de perdre ou leurs places ou leurs gages, en assistant aux exercices de la mission ; c'était des filles en service, peu vêtues, mal nourries qui résistaient aux fatigues du voyage, à la longueur des offices ; c'était même de pauvres mères de famille qui y venaient avec leurs petits enfants dans les bras, et qui surmontaient la rigueur de la saison, la distance des lieux, pour se procurer du moins au milieu des misères de la vie, les douceurs de leur sainte religion. La foi catholique est bien toujours la même ; en tout temps et partout, elle donne à ceux qui en sont animés, un courage surhumain.

La mission du Sacré-Cœur de Jésus, dans le township de Stanstead, est sous le soin de M. Champeau ; qui a aussi plusieurs autres postes à visiter, principalement Outlet qui est un joli village, à la sortie Est du beau lac de Alemphremagog ; Georgeville, autre place très-agréablement situé sur le même lac, en face de la baie ; Potton, du coté-ouest de la baie et dans le township de même nom, ou se trouve une nouvelle colonie de Canadiens ; Hatley, dans la direction de Sherbrooke ;

i&^fiu, quelques autres place* dan* l'état de Vermott, où les catholiques sont peut-être plus en souffrance que nulle part ailleurs. Dans toutes ces localités, il fau* drait des chapelles et des logemens pour les missionnaires ; mais les catholiques y sont encore trop pauvres ; jusqu'à présent, ce sont des particuliers qui prêtent leurs maisons pour les exercices de la religion et supportent en partie les dépenses du culte. La Propagation de la Foi fournit le reste.

Il fallait pourtant se séparer des bons chrétiens de Stanstead dont plus de 900 avaient participé aux grâces de la visite ; où 71 avaient été confirmés ; où une pro testante avait fait publiquement et avec beaucoup d'impression, son abjuration del'hérésie et sa profession de foi catholique ; où les protestants eux-mêmes avaient pu voir de plus prés quelles sont les vérités catholiques auxquelles ils répugnaient tant. Avec ces résultats, la tâche des missionnaires paraissait remplie; ils 'laissèrent donc la Plaine. le 31 au matin et eurent à parcourir une route montagneuse de 21 lieues, pour se rendre à la mission de Farnham. Le froid excessif de la saison, l'âpreté des chemins. tout faisait craindre qu'ils ne pussent s'y rendre le même jour: cependant, à force de gravir des montagnes, de franchir des forêts, de parcourir de longues routes resserrées entre des collines grouppées les unes à coté des autres, ils abordèrent les belles plaines de Farnham, sur les 10 heures du soir.

L'excès de fatigua ne permit pas à quelques uns des missionnaires de prendre leur souper ; le lit était préférable à la table. D'ailleurs, tous avaient besoin de repos pour soutenir les travaux du lendemain, que les catholiques de l'endroit, heureusement, ne leur épargnèrent pas. Très à bonne heure le matin, ils se pressaient dans les diverses maisons où les prêtres s'étaient distribués, afin d'y entendre plus aisément les coufessions. Les deux jours de retraite furent libéralement un exercice non interrompu de piières, d'instructions, de messes, d'administration et de réception des sacrenipns. La mission de Farnham, qui sera sous la protection de St. Romuald, abbé, renferme déjà près de 1,000 communiants. Or presque tous participèrent aux indulgences de la visite et fe3 y reçurent la confirma-

tiuji. En un mot. les même* prodiges de la grâce, qu«r l'un avait admirés dans les autres mission^, (et qui étaient sans doute le fruit des prières qui se faisaient à M< nîréal,dans les différentes communautés, à l'Archicoufrérie, autant que fa récompense des efforts de l'évêqu< - zélés collaborateurs,) se reproduisirent

complètement àFarnharô,et semblèrent couronner lafir? fcte longue et salutaire tournée pastorale. C*était, on efièt, àFarnham que l'éyêqueterminaitsa visite des Townships, et en finissant, il disait à la population du Iieu,que,pour monument des fruits de la mission, il • rail voir s'élever rapide menteur les bords de leur belle rivière.ime église qui no le céderait en rien à celles que leurs frères séparés dans la foi avaient déjà pu construire sous leurs yeux. Il ne se trompait point ; les catholiques (te ce township, encouragés parle succès de la visite et répondant à l'appel do M. Pelletier, curé de Ste, Brigide et leur missionnaire, souscrivirent £ViOr pour commencer immédiatement une chapelle en brique, sur un plan très-convenable. Espérons que la Proposition de la Foi leur pourra aussi venir en aide. Décidément donc, le catholicisme gagne du terrain dans les townships, et même, comme on l"i vu, dans les villages tout protestants de Stanstead, de Rock- Island et de Georgeviîle. Dans les lieux où, il y a dix ans, on ne put obtenir l'achat d'un pouce de terre pour y bâtir une chapelle, aujourd'hui on a fait à l'évêque des offres très-gracieuses d'emplacements, lorsqu'on sut qu'il désirait y construire une église. Bien plus, les protestants eux-mêmes sont venus de l'avant, avec une souscription généreuse, pour aider les catholiques dans cette entreprise ; et l'encouragement est tel, que l'on va abandonner la petite chapelle qu'on fut obligé de placer autrefois à 36 arpents du village, pour en élever une et plus grande et plus centrale dans le village même de la Plaine. À Farnham, mêmes dispositions envers les catholiques : une Dame protestante y a donné quatre acres d'un superbe terrain pour y bâtir la chapelle catholique actuellement en construction. Cette intelligente personne a porté la délicatesse jusqu'à ne vouloir concéder d'emplacements auprès d« F église, qu'a 4es propriétaires catholiques \ et panm

îea conditions qu'elle appose dans lew contrais, elU mentionne que l'acquéreur ne pourra point y laisser ouvrir de cantines ou d'auberges ; il n'y aura dans ce village que des hôtelleries, lout au plus. Certes, voilà ce que l'on appelle de la philantropie morale et de Ja meilleure espèce, assurément. Sans doute qu'au milieu de ce beau mouvement, parmi ces manifestations religieuses, il y a bien dans la masse une partie inerte, insensible, une portion encore malade, paralysée. Là comme ailleurs, le mal est à coté du bien ; et c'est ainsi que, tandis qu'on se réjouit de la conversion de plusieurs protestants, l'on a à gémir sur l'apostasie de quelques mauvais catholiques : que, tandis que le repentir ramène un grand nombre de pécheurs, l'obstination, Ta bus des grâces en aveugle, en endurcit d'autres ; mais du moins, la religion y fait solidement sou œuvre, et beaucoup d'âmes s'y sanctifient, à la consolation du Pasteur et à la plus grande gloire de Dieu et do son Eglise. J'ajouterai, en preuves, le récit de quelques faits dont je fus moi-même le témoin.

Dans une localité, un pauvre Canadien, en voyageant aux Etats-Unis et ailleurs, avait à peu près perdu la Foi et refusait absolument depuis quelques années de prendre part aux exercices de la religion. Cependant il avait donné quelques arpents de terrain pour y placer Une chapelle. Ce don parait lui avoir valu la grâcu de conversion ; car ayant assisté à un des exercices de la mission, la grâce le toucha tellement que, fondant en larmes, il vint aux pieds d'un confesseur déplorer ses égarements ; et on le vit plus tard participer à la divine Eucharistie avec émotion qui attestait son repentir.

Dans un autre township, un pauvre Sauvage, à la suite de bien des pérégrinationsjqui ne le rapprochaient guère du royaume des cieux, fuyait absolument toute rencontre avec le missionnaire. La visite pastorale était déjà bien avancée qu'il ne paraissait point encore, quoiqu'il eut été vivement invité à s'y rendre. A ni né d'un beau zèle, l'un des prêtres, accompagné d'un bon Canadien de Montréal, qui se trouvait à la mission, se met en rnarcke au milieu des bois, pour retrouver cette brebis vagabonde. Arrivé à la cabane de la famille infortunée,

ilaperçoit une pauvre femme que rindigenee, la miser* et Je froid ont presque réduite a la mort. Kile presse sur son sein un petit entant qui gémit et en réchauffe un autre dans les pai s u<j sa couverte. itacle,

tous s ire l'est davanl a don-

ont du :nt qui ont conduit l'homme de Dieu jusqu'à el Ides moments, La

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sionnaire n'eut pas écider le père et la mère

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lant la trajet, à la rigueur excessive du froid. Mais voilà que troubles i :;t; le compagnon du mis-

aire se dépouille, quelque hardo

pour en couvrir leurs petits membres. Le prêtre luimême en fait autant, ou plutôt pr< ses bras et. enveloppe dans s( :.ll]t y voulait faire un cli -, la neige, ils sont bientôt à la chapelle ; et IV la consolation de voir r s, à ses pi< deux malheureux qui jusque ià avaient fui devant le pasteur, et qui maintenant réc instance, les grâces de son consolant ministère. Effective ruent, ix participèrent aux sacrements, et leur enfant reçut le sain baptême. Les nombreux témoins de ce fait en versaient des larmes d'attendr . et l'heureux compagnon du mission !} de sa vie, il n'avait éprouve un aussi hteur.

l 'u dernier tr courage de la Foi

est celui d'une jeune fille qui, voyant qu'elle ne pou - >vait point revenir, le jour suivant, pour • ,- à la

sainte communion, attendit depuis le matin jusqu'au soir, afin d'avoir Elle demeura ainsi à

jeun, jusqu'à quatre haines et demie de l'après-midi pour pouvoir se nourrir du pain des auges. Cette bonne' ei a.it,qui donnait un tel exemole à tout le monde.nV :e à dix-sept ans.

Il me reste a terminer, en invitant tous mes compa-

Iriotw a seconder. pur leurs prières et leure aumônes, un élan si éminemment canadien et religieux. Mais •'est à vous, MM. les -Associés de la Propagation de la Foi, les amis et les promoteurs de la Colonisation:, c'est avons surtout qne je m'adresse, en ce moment; et c'est pour vous répéter combien il est pressant, pour le succès des deux œnvi - : nous occupe; îirde

l'avant : de faire un ne lel à vos amis, à tous vos

- -, de donner enfin une impulsion décisive à toutes les volontés- pour que nous n'ayons plus qu'un seul cœur t>t qu'une seule âme, à la louange de Dieu et à i'aflèrmissernent d<j sa sainte religion, dans notre chère patrie. J'ai l'honneur d'<

:;rs les Assoc-

Un Missionnaire Montréal, 22 février 1849.

Etat des souscriptions pour VJlsêociation de la Propagation de la Foi, pour le diocèse de Montréal, reçues par le Rtceveur-G >>.as le \?r décembre 184-7 jut-

ait1 au 1er. décembre 184

paroisses.

Montréal, La prairie, St. Jacques Maj St.Vinceat de P, Longueuil, Slt.au Récollet Boucherviile, 1/ Assomption, Belœil, 8t. Clément, M. Isidore, Terrebonne, L'Aeadie, Lachine, St. Denis, St. Jean.

St. Hyacinthe, q • . Rémi .

monta:: p.

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