ENVIRONS DE TORTOSE. LATTAKIÉ
À Aradus, comme à Byblos, à Sidon et à Tyr, nous nous sommes imposé d'explorer la région environnante dans un assez large rayon pour être assurés qu'aucun monument de l’art que nous recherchions ne nous échappät. Dans la région d’Aradus, cette exploration fut beaucoup moins complète qu'autour de Byblos et de Tyr. Les exigences de la saison, la maladie de presque tous mes collaborateurs, le départ de l'armée, nuisirent à celle partie de nos travaux. Je consignerai néanmoins ici les résullats partiels que nous avons obtenus, et surtout les indications que nous avons recueillies et qui serviront à d’autres voyageurs !.
Deux villages, à l’est de Tortose, possèdent des inscriptions grecques : lun est le village de Sahin, dans le pays de Khouabé, à cinq heures de Tortose; l'autre est le village de Hebbé, dans les environs de Safita. Selon Daniel, il y aurait aussi dans ce village des sarcophages + avec des «laureaux enchaînés, » sans doute des têtes de bœufs enguirlandées, motif tès-commun en Syrie. Daniel me procura des estampages des deux inscriplions de Sahin et d'Hebbé. La première est très-fruste et très-difficile :
OE]WYYICTUOYPANIGWYT .....
[MEPAOBWMOCEKTICE[H. .….
[??JPEWCENTWKDEN.. . .......
YT]EPCWTHPIACOESFAR ES...
22 |ETIAPXHCCOAWMANO...…
! La meilleure exploration de ces parages est celle établie par Shaw, Voy. If, p.o et suiv. (CF. Laborde, de M. Thomson, dans la Bibl. sacra, V (4 848). Toute Voy. de la Syrie, p. 24 et suiv. pl. X et suiv. Michaud la topographie de la côte avait déjà été très-bien et Poujoulat, Corresp. d'Orient, VE, p- 430 et suiv.)
On lil avec certitude : 0s$ üŸ/0ñw oùpariw..……. Mpæ à Boœpos éxrioln...…. ëv TÉ 1e... Ürép ouwrnplas Oe...…. -èmi dpyns Sokoudvous. Cette dédicace à Mithra. qualifié de Ses Üdioos oùpdrios, à beaucoup d'importance. Nous aurons à en faire usage, quand il s'agira des cultes de Byblos. Peut-être après o5pant faut-il lire drdre. Le premier mot de la troisième ligne parait ne pouvoir être que 6p0@s. La dernière lettre lisible de cette ligne semble composée d’un TT et d'un T réunis. On est tenté de lire nd; car érer, qui serait si naturel, ne répond pas aux empreintes. Le nom de celui pour qui le vœu fut fait est illisible. Quant au nom de SoXœudvns, on le connaissait déjà sous la forme Zæ2apdyms (Corpus I. G. n° hhhq, 4h50, hh51; Journal IL, 50:
Wetzstein, Ausgewählte griechische und lateuusche Inschrifien gesammell auf Reisen in den
of the American Oriental Society, N, p. 184; Porter, Five years in Damascus
Trachonen und um das Haurängebirge, p. 101, 197, 364, et ci-après, livre IV, linscripüion de Schalaboun). Voir mes Observations sur les noms arabes des imscriptions du Hauran, dans le Bulletin archéol. de MM. de Longpérier et de Witte, sept. 18506. La forme So%wudmns est une sorte de syriacisme, venant de l'habitude libanaise de substituer le son o au son a |.
Voici l'inscripuon de Hebbé :
ENIEPUBUWM WBHAOY YTIEP CUTHPIACTY PPOYKAIKAC TOPOCKAITIS ROBIN
êv iep® Eou- & BnAov Ümrép ; 5 gwrnpias Iuppou ua Kdo- Topos ai IIomAilou]
La gravure de cette inseriplion est très-soignée: aucune lettre n’est donteuse; les O sont tracés au compas. La seule difficulté que notre texte présente porte sur le dernier nom. On serait tenté de lire HomAtou. Mais la feuille à la fin de la cinquième ligne, quoique un peu effacée, est indéniable. L'omission de la terminaison de ce troisième
2 Voir mon Hist. comp. des lang. sémitiq. p.193 et 276 (3° et 4° édition).
CAMPAGNE D’ARADUS. 105 nom est aussi un fait singulier. Peut-être le lapicide a-t-1l cédé à une raison de symétrie et au désir d'avoir une dernière ligne bien encadrée entre deux feuilles.
Je ne connais qu'un autre exemple du mot B7Xos dans l’épigraphie grecque : c'est dans l'inscription bilingue de Vaison. (Voir L. Renier, Wélanpes d'épioraphie, p. 1 29 el suiv.) Dans celte dernière inscription, le culte spécial de Bel est rapporté à Apamée, et Dion Cassius (LXXVIT, vur) nous apprend en effet qu'il y avait dans cette ville un temple de Bel. L'endroit où a été trouvée notre inscripion n’est guère qu'à deux journées d'Apamée.
Parmi les châteaux forts qui couronnent les montagnes de Safita, nous signalerons surtout Kalaat-Yahmour, à huit kilomètres sud-est d'Amrit !. C'est une construction ancienne, qui a été réparée par les Sarrasins. Les
pierres sont presque toutes de médiocre dimension; quelques-unes cependant sont assez grosses. Au-dessus des portes d'entrée, on remarque des croix à demi effacées. Au pied de l'angle sud-ouest de l'enceinte extérieure se trouve une inscription presque toute illisible. Ceux de mes collaborateurs qui la virent y reconnurent avec certitude une inscription latine. M. Gaillardot erut y lire le nom d’un Constantin. On sait que Constance rebâtit Antaradus l'an 346 et lui donna le nom de Constantia?. Jai depuis reçu un estampage de cette inscription, pris par Daniel. Voici
ce qu'on peut en tirer :
M. Léon Renier, à qui j'ai communiqué l'estampage, aflirme que l'inscription est latine et qu'en effet elle renferme le nom d'un Constantin. La forme est tout à fait cursive et analogue à celle de ls dans nos anciennes impressions (f). Impossible de rien ürer de plus d'un texte aussi maltraité. On songe quelquefois à Constan| ho Clæsari |.
Si la pierre de Yahmour est à sa place primitive, comme il semble résulter du récit de mes collaborateurs, ce serait là une donnée précieuse.
! Laborde, Voyage de la Syrie, pl. XIF, 22. Théophane, Chronogr. ad ann. mundi 5838; Land, ? Gedrenus, istor. compend.p.299 (Paris, 1647); Anecdota syr. 1, 104, 169, 170.
On aurait une construction militaire du 1v° siècle sûrement datée et pouvant servir de criterium. Je recommande vivement ce point à ceux qui viendront après nous. Yahmour contient peut-être le secret de problèmes relatifs à l'architecture militaire en Syrie. Aux environs du fort, dans les blés et les oliviers, on aperçoit quelques grosses pierres bien taillées et des füts de colonnes. Daniel nous avait aussi parlé de sculptures à Yahmour.
Sur le chemin de Yahmour à Amrit, non loin des bords du Nahr el-Kublé, à environ un kilomètre à l’est du point où la route de Tripoli traverse ledit ruisseau, près de emplacement d'un ancien moulin, se trouve une pierre longue, sorte de linteau, où 1 y a des traces d'une inscription grecque fort dégradée, qui semble de la même époque que l'inscription de Yahmour. M. Gaillardot avait l’intention de Pestamper; la maladie qui le frappa subitement ne le lui permit pas. J'espère, avant la fin de ce volume, pouvoir combler cette lacune.
Les circonstances nous furent bien contraires à Lattakié (Laodicée ), et sur toute la côte qui s'étend de là à Tortose. Les deux membres de la mission (M. Thobois et M. Lockroy) qui s'étaient chargés d'étudier cette région furent paralysés par l'action du climat. Merkab, célèbre forteresse des croisés!, fournit cependant à M. Thobois quelques observations utiles. n’y a là ni bossage ni grand appareil; la construction est celle d’un château du xn° siècle en France. I est évident que les croisés n'eurent pas en Syrie un mode de construction uniforme. Chacune des nations qui y prirent part suivit son goût, et toutes subirent la loi des matériaux qu'elles trouvèrent.
Parmi les nombreux débris d'architecture qui remplissent la pette vallée de Banias (Balanée), mes collaborateurs remarquèrent non lom de la mer, et sur la rive droite du fleuve, une petite construction carrée avec une moulure à sa base, assez semblable au soubassement qu'on voit
! Voir, pour l’ensemble de la forteresse, les photographies publiées par MM. Declereq et Rey.
à Maschnaka, et que nous décrirons plus tard. Au centre de cette cons-
truction fut trouvée l'inscription grecque que voici : AYTONOMOYMENWNTHTYXH ANTIOXOCOKAIAEIPIAOCMHNOAWPO[Y | TONNAONEKTUWNIAIWNEKTICEN KAITAATAAMAT À ANEOHKEN
Gette inscription, quoique mutilée, semble confirmer le témoignage des médailles qui nous montrent que Balanée eut jadis une existence indépendante, et conserva peutêtre le titre d’autonome jusque sous l'empire. En effet on ne peut guère restituer la première ligne que par BAAANEUN, après quoi on lisait peut-être EYP&WN, comme on 26; cf. Eckhel, t. II, p. 310).
H Tüyn Tv Balavéwy rappelle moins les usages grecs que les usages romains;
le voit sur quelques médailles (EY. Mionnet, t. V, pe
car Je n'en connais pas d'autre exemple dans l'épigraphie grecque. Au contraire, rien n'est plus fréquent, dans les recueils d'inscriptions latines, que les dédicaces, GENIO COLONIAE ou PAGI, etc. Quoi qu'il en soit à cet épard, l'inscription sera convenablement restituée et traduite ainsi qu'il suit :
[Balavéor SÜpor | AÜTOVOHLOUHÉVCON TA Tüyn Avrloyos, à xai AelQikos, Mnrodwoo|u] T0v vady x TOY ion ÉxTIGEr ;: \ es 4 > !
Xat TA dydAuXTE dvéOmner.
1 la fortune [des Balancens de Syrie] autonomes, Antiochus, surnommé Diphilus, fils
de Ménodore, a élevé ce temple à ses frais, et consacré les statues.
Pour la formule rô» vaôr xai rà dydAuara, comparez le Corpus, n° 4548, et Wetzstein, /nschriften, n° 164. Les statues étaient certainement celles mêmes des divinités à qui le temple était consacré. On n'a sur la religion des Balanéens aucun renseignement particulier, sinon que les médailles de Balanée représentent tantôt un Jupiter portant une statue de la Victoire, tantôt un Bacchus indien. Les dydAuara dont il s’agit ici pouvaient donc être celles d’un groupe où la Victoire était figurée dans la main de Jupiter. (Voir sur ce mot les observations relatives à l'inscription suivante.)
Si linversion qui amène si tardivement les mots 79 TÜyy paraissait trop forte, on pourrait restituer à la première ligne : Trép Tñs &ükews. Comparez plusieurs inscripüons d'Olbia (Corpus, n% 2068 et suiv.). La Fortune à qui s'adresse la dédicace serait toujours celle des Balanéens, comme on trouve dans le protocole d'un décret athénien, conservé par Thucydide (EV, 1 18): Tüyy àyabÿ 79 Àfnvatwor.
Une seconde inscription, trouvée un peu plus loin, à fleur de sol, au milieu de débris entassés, sur un bloc de pierre quadrangulaire oblong, va nous montrer que Balanée avait des institutions municipales analogues à celles des villes helléniques de PAsie et de la Syrie, que le pouvoir y était partagé entre le peuple et le sénat, que de riches citoyens s'intéressaient à sa prospérité, el qu'ils en étaient récompensés, comme ailleurs,
par des honneurs plus ou moins onéreux.
TOYCYNOTHCBOYAHCKAITOYAHMOYYHOICOENTAC ANAPIANTAC®IAINTAOYTOYANTITATPOYKAIANTITIATPOY TOY IAINTNOYTOYTATPOCAYTOYIEPACAMENOYKAIETIIAOCEIC MOIHCAMENOY KAITYMNACIAPXHC ANTOCETICHMWCTEIMHC ENEKAOYCAYTOIEKTWUNIAIWNANEC THCAN
[Ô deiva èroioer| roÙs dm This BouÂñs nai Toù duou VnCiobévras dvoplapras Didmmou où Âvrmdrpou xai Âvrrmdrpou roù Dimmou, ToÙ warpos adroÙ, iepacaévou nai émid0oeIs Gomoauévou xal VULVATILPYATAVTOS ÊTICNUOS, TELUS £yexæ, oÙs adToi x Toy idlwy dvéo Too.
[Un tel a fait] les statues, décrétées par le sénat et le peuple, en l'honneur de Plulippe. fils d'Antipatros, et de son père, Antipatros, fils de Phalippe, pour remercier Antipatros d'avoir rempli le sacerdoce, fourni des contributions volontaires, et exercé avec éclat la fonc-
lion de gymnasiarque, statues que le père ot le fils ont dressées à leurs propres frais.
Plusieurs traits particuliers signalent cette inscription, gravée en beaux caractères, et que l'on peut rapporter au n° siècle de l'ère chrétienne !. D'abord la forme musitée de la dédicace, dans laquelle le nom de l'artiste, ou tout au moins celui d'une personne chargée par le municipe de procurer l'érection des statues, semble précéder celui des auteurs de la dédicace; car je ne vois pas le moyen de sous-entendre autre chose qu'un nom propre avec érohoer, où &ombüvou émeueln0n, devant roùs àvdplavras, puisque dvécdhoar à un aulre régime, le pronom relatif os. Mais c'est là, je crois, un exemple unique jusqu'äsce jour dans les formules dédicatoires, où le nom de l'artiste, comme celui du commissaire exécuteur, vient toujours en dernier lieu. (Voy. Letronne, Du style elliptique des inscriptions anciennes, p. h11 de ses Recherches
1 Le commentaire de celle inscriplion, comme celui de la précédente, est dû tout entier à M. Eoger.
pour servur à l'hastoure de l'Égypte. morceau réimprimé avec des additions de l'auteur dans la Revue archéologique de 1851.) :
Ensuite il est assez étrange que deux statues soient élevées quand un seul personnage, Antipatros, fils de Philippe, parait avoir rempli les charges et rendu les services qui lui ont valu cet honneur. Î faut que la reconnaissance des Balanéens ait eu quelque raison d'associer ici le fils au père, quoique ce dernier eût seul bien mérité de sa patrie. L'exercice du sacerdoce, et surtout l'exercice, fort onéreux, de la gymnasiarchie, sont souvent récompensés, chez les Grecs, par des honneurs semblables, et dont les exemples abondent dans les recueils d’ oh Mais ce que la prés sente e inscription désigne par émiddoets womoacba est un fait moins connu, quoique aussi fréquent peut-être, et demande qu'on s s'y arrêle avec quelque altention.
Les auteurs attiques mentionnent souvent et désignent par émiodoes et émidodva les dons volontairement faits à l'É taf, el qui se distinguent ainsi des contributions obligatoires, payées, soil par les citoyens (Aerrovpylou), soit par les alliés (Sépos). On peut voir là-dessus les se recueillis par M. Bœckh, 1. IV, e. xvir, de son Économie politique des Athéniens (p. 764 de la deuxième édition). le inscriptions confirment cel usage. Iowa dmnpéoiu nai émiddoers se lit dans une inscription de Ténos (Corpus, n° 2336); œojoou [émoldoeils est reslitué avec certitude par M. Bœæckh dans une inscriplion des Branchides (Corpus, n° 2880); l'expression même Gomodiuevor émidüoeis ypmudror se lit, au gnême Recueil (n° 349 >), dans un décret d’une corporation de Philadelphie. Un décret athénien de l’époque macédonienne (Rangabé, Anhq. hellen. n° 474) contient un appel à ceux qui voudront, citoyens ou simples habitants d'Athènes, contribuer de leurs deniers à la défense de cette ville (roùs BouXouévous ëmiddvo, et, plus a ëmoüva). Vers le même temps, on voit la commune du Pirée (Rangabé, ibid. n° 676) faire un appel semblable pour des constructions d'utilité publique. Ces de actes promettent évalement aux souscripleurs l'inscription officielle et honorifique de leur nom sur une table de pierre. Plusieurs listes de ‘ce genre sont parvenues Jusqu'à nous sur les marbres de Rhodes (Ross, /nscr. græceæ ineditæ, n° 274) et de Smyrne (Corpus, n° 310-3143 et 3148). L'une d'elles est des temps romains, el contient l'engagement (ümécyovro,sibid, n° 31 18) des souscripteurs à fournir, soit en argent, soit en nature, certaines libéralités; une autre, plus ancienne, mentionne la promesse (èmm) yelhavro) de donner des ouvrages en poterie (xepautdas, ibid. n° 3149). Enfin, comme pour que rien ne . à nos informa- Uons sur ce sujet, une troisième (ibid. n° 3140) se termine par les mots raÿra àmodédoru, qui constatent que les souscripteurs avaient rempli leur engagement. Comme d'ailleurs ces engagements devaient être le plus souvent tenus avec fidélité, on comprend que le mot d'orésyeou, promesse, soil, dans quelques monuments, le Synonyme d'éméocis, comme cela se voit par les n° 2779, 2816 et 3033 du Corpus inseriphonumn grecarum. Mais ce qui va plus droit à F explication du texte qui nous occupe, c'est que l'on voit fréquemment sur ces listes des souscriptions collectives :-le mari
souscrit pour sa femme, le fils pour sa mère, le père pour ses enfants, ete. (Ross, lc. et Corpus, n° 31/1.) Gela nous explique sans peine comment, dans la dédicace des statues de Philippe et d'Antipatros, le fils est ainsi associé à son père. Ge dernier avait sans doute fait une des souscriptions dont il s'agit, dép aùroÿ xai rod vioù, pour lui et pour son fils. Alors il est d'autant plus naturel que leurs deux noms et leurs deux statues aient été rapprochés en un seul hommage des Balanéens envers la famille qui avait rendu à leur cité de si nombreux et de si importants services.
Dans la dernière ligne, l'emploi du verbe dvécinoav, au lieu de dvéôxar, est tout à fait d'accord avec les convenances et avec la bonne précité. C'est la ville qui dédie les deux statues; mais ceux qu'elles représentent doivent dire seulement qu'ils les ont dressées. L'autorité publique peut, en son propre nom, employer modestement le verbe dviones pour dvarifmpu. Gela se voit sur plusieurs monuments (Franz, Elem. epior. gr. p. 268, °7b, 29, 329); mais on comprend que la même licence ne fût pas permise au citoyen honoré de la stalue. Âvariünus, mot d'abord réservé pour la consécration d’un objet d'art et de piété dans quelque temple, ne s’appliquait que par extension à l'acte, tout politique et civil, d'ériger, le plus souvent en un lieu profane. l'image d’un citoyen. Quant au mot dvdptas, que le grec classique emploie seulement pour les statues profanes, par opposition avec dyaÂua, qui désigne la statue d'un dieu, on le voit d'assez bonne heure rapproché d'&yæXuæ comme d’un synonyme (Corpus, n° 2775 b el c). Tout au plus les deux mots désignent-ls alors une différence de destination, les dvdpéavres étant placés dans des lieux profanes et les &yduara dans des lieux sacrés.
Éx T@v io», sous-entendu Gépar où æpocddw», qui sont d'ailleurs quelquefois exprimés, est une des formules les plus fréquentes en ce genre de monuments. Il répond à la formule latine mpensa sua, dont l'équivalent, non moins commun, es honore conlentus impensam remisit (Franz, Elem. epior. or. p. 335; Figrelius, De Statuis Romanorum, Holmiæ, 1656, c. xx). Pour rappeler un exemple notable de cet usage chez les Romains, nous citerons le beau monument de Forum Sempron (Orelli, Inser. lat. n° Lo39), où l'on voit les décurions de cette ville réclamer formellement contre la magnifigence d'un bienfaiteur de leur cité, C. Hedius Verus, qui s'était jadis obstiné à faire les frais d’une statue décrétée en son honneur; pour éviter d’être vaincus une seconde fois dans ce combat de générosité, les déeurions ; par une lettre fort gracieuse , déclarent à Hedius qu'ils ont pris leurs mesures, qu'une seconde statue est achetée et
payée, et qu'ils ne le consultent plus que sur l'inscription dédicatoire.
Kalaat Rey el-Sein, situé au nord de Banias, a dù être un temple, dont les croisés auront pris les matériaux pour construire une forteresse. On voit dans les murs qui subsistent encore de nombreuses colonnes,
toutes de granit, semblables à celles qui sont engagées dans les murs de
CAMPAGNE D'ARADUS. IEP Gébeil. Les pierres de Kalaat Rey el-Sein sont à refends, mais petites. M. Thomson place ici avec vraisemblance les 29 de la Genèse ÉNTItE Nous avons déjà remarqué que le nom de beaucoup de villes anciennes doit maintenant être cherché dans des noms de rivières. Brocard, cependant?, place près d’Area une ville de Syn ou Synochis, qu'il identifie avec celle de la Genèse. Baldeh, près de Kalaat Rey el-Sein, est l'ancienne Paltus.
À Dar-Essafra, au-dessus de Merkab, dans l'intérieur (à trois heures, selon les uns, à quatre heures et demie, selon les autres), on m'a dit qu'il y avait une inscription.
Le théâtre de Gabala est considéré par M. Thobois comme le plus beau monument romain de loute la côte de Phénicie. Les gradins offrent des moulures, circonstance qui manque dans les théâtres les plus soignés. Sur le dos de ces gradins, mes collaborateurs virent trois ou quatre inscriptions composées d'un mot unique, sans doute des indications de places réservées. L'état de maladie où ils étaient ne leur permit pas de les relever. On me parla à Tortose d’un village situé près de Gabala, d’où l'on tire beaucoup de statuettes en terre cuite.
La nécropole de Lattakié, taillée dans un champ de rochers long d’un kilomètre environ, est l’une des plus vastes et, sans contredit, la plus variée de toute la Phénicie. Trous carrés où un homme ne peut descendre, grottes où lon entre de plain-pied et par une porte, caves souterraines où lon descend par un puits ou par un escalier, toutes les formes de sépulture qui furent en usage dans l'antiquité se trouvent ici. I y a des chambres sépulcrales où lon compte dix-huit et vingt niches. Un sarcophage, taillé dans le rocher, est orné de guirlandes et de têtes d'animaux.
L'étude attentive de tous ces tombeaux serait très - utile pour dater les
! Conf. Thomson, dans la Bibliotheca sacra,N,257. % Voir le dessin de Pococke, Il, °° part, p.190,
? Dansle Rudimentum novitiorum, fol. 168 a(p. 20 et la collection de photographies publiée par MM. De- 9 0 l
de l'édition de M. Laurent, Leipzig, 1864). clercq et Rey.
sépultures du même genre qui sont répandues dans toute la Phénicie. Quoique Laodicée, en effet, existât avant Séleucus Nicator sous le nom de Ramantha, elle n’eut de splendeur que depuis la conquête grecque, et sans contredit la plupart des tombeaux qu'on y voit sont postérieurs à l'an 300 avant Jésus-Christ.
Tous ces tombeaux ont été violés : cependant on y trouve encore assez souvent des masques en.or, des statuettes, des monnaies, dont quelquesunes avec des légendes phéniciennes. On parle aussi d'un lion ou sphinx, enfoui, à quelques centimètres sous terre, dans le cimetière musulman, et que, par suite de cette circonstance, on n’a jamais pu voir.
Mes collaborateurs furent vivement frappés, à Lattakié, d'une collection d'objets égyptiens qu'on leur montra, et qu'on leur présenta comme ayant été trouvés dans des fouilles faites en ce lieu même. J'ai reçu, depuis, des renseignements très-précis qui établissent que tous ces objets ont été trouvés en Égypte, et que cest par fraude qu'on a cherché à les faire passer pour phéniciens.
Laodicée est, du reste, au nord, la limite extrème de la Phénicie, et déjà presque une colonie phénicienne. Au delà, c'est la Syrie grecque, romaine et chrétienne qu'il faut chercher. Je regrette cependant de n'avoir pu voir Hosn-Soleyman, ancienne Bælocece (Corpus, n% hhgh, hlg5). Daniel m'en parlait toujours avec admiration, et me donnait des détails qui répondent très-bien à la description de F. W alpole". M. Thomson reçut des renseignements analogues”.
Cest surtout pour l'archéologie des croisades que l'exploration du pays appelé El-Heusseun, « les châteaux, » sera d’un haut intérêt. Kalaat- Kadmous, «le château des Assassins ?,» entre Merkab et Kalaat el-Hosn, n'a pas encore, ce me semble, été visité. Safita a été bien décrit par M. Thomson”. Ce dernier y a rencontré le genre d'appareil qu'il appelle
3 Benjamin de Tudèle, p. 59 (édit. Asher).
“ Bibliotheca sacre, N, p. 24h et suiv.
1 The Ansayrü and the Assassins, A, 319-328 (Londres, 1851). Of. Ritter, XVII, 962-964.
2 Bibliotheca sacra, N, p. 246.
CAMPAGNE D’ARADUS. 145 phémicien. Ï regarde en conséquence les parties où il trouve cet appareil comme un ouvrage arvadite. Nul doute qu'ici les mêmes réservès qu'à Tortose ne soient nécessaires.
L'immense forteresse de Kalaat el-Hosn a été déjà très-bien étudiée !. On peut aflirmer qu'elle ne renferme aucune partie qui ne soit du moyen âge. Le bossage est fort inéoal, et quelques endroits seulement de cette vaste construction le présentent. Dans le donjon, les pierres taillées de la sorte sont petites, de formes dissemblables, d'un caractère peu accentué. La muraille, comme celle de Tortose, n’est ‘qu'un revêtement desüiné à couvrir un blocage assez mesquin. On y remarque, comme à Torlose, un grand nombre de meurtrières encadrées dans le bossage, qui en dessine la forme. M. Lockroy compare cette partie du château à Kalaat Rey el-Sein, quoique lirrégularité des matériaux lui donne un aspect différent. Le mur qui relie cette construction au reste de l'édifice offre un singulier mélange de pierres en bossage et de pierres umies. Mais le plus bel échantillon de bossage que présente Kalaat el-Hosn est une petite tour située à l'autre extrémité du château, et sur la même face que les parties dont nous venons de parler. Lei les pierres sont grandes et de dimension uniforme; le bossage fait une saillie qui n'a pas moins de huit ou dix centimètres. Sur le côlé ouest de cette tour, on trouve une porte dont l'ogive encadrée de bossage est tout à fait semblable à celle de Tortose. Au-dessus, et taillés dans les pierres mêmes, se voient deux grands lions, appartenant, comme la porte, au style du moyen âge. On est quelquelois tenté de croire que les constructions en bossage de Kalaat el-Hosn sont postérieures au reste du château.
La tour dont nous venons de parler, par exemple, semble avoir été ajoutée pour ainsi dire au donjon; la façon dont elle s'appuie sur une base en plan incliné porte à le croire. Les murs en bossage ont, en
1 Voir la collection de photographies publiée par MM. Declercq et Rey, et Le Tour du Monde, 1863 . p.49, bo 153:
outre, une apparence très-neuve, et sont les parties les mieux conservées du château.
Près de la chapelle se trouve une jolie inscription latine en caractères du xn° siècle. Comme je ne crois pas qu'elle ait été encore publiée dans
un recueil savant, je la donne 1er.