‹ Mission de PhénicieChapitre 11 sur 127 · SIG 6IBI COPIA SIG SAPIECIA FORMAO: DEG · texte numérisé non relu

SIG 6IBI COPIA SIG SAPIECIA FORMAO: DEG

IMORASG OIA SOLA SUPBIA SI COMI.....

Sat tibr copra, sit sapienha, formaque detur ;

Inquinat ommia sola superbia, si comitetur.

En descendant la montagne de Kalaat el-Hosn, on voit une tour des croisés nommée Burdj-Aneth. Plus loin, dans la plame, à l'est, une ville en ruine occupe un espace de près de deux kilomètres.

Nous n'avons pas eu loccasion de faire ample connaissance avec les Nosairis ou Ansariès, qui nous ont paru de beaucoup la population la plus abaissée de la Syrie. Is ont bien plus d'affinité avec les chrétiens qu'avec les musulmans, et sans doute leur nom de Wosairis (petits chrétiens) a quelque fondement. Ils honorent comme un dieu saint Maroun, le patron des Maronites, devenu, comme Mar-Antoun, un génie thaumaturge d'une grande réputation dans la croyance de toutes les sectes. On nous à communiqué la formule du culte qu'ils rendent aux organes sexuels de la femme. On dirait, par moments, une secte gnostique ayant traversé durant des siècles toutes les altérations qu'une religion dénuée de livres sacrés et d’un sacerdoce organisé ne peut manquer de subir.

Nous n'avons que peu de renseignements à ajouter à ceux que lon possède déjà sur la vaste plaine déserte qui s'étend d'Amrit à Tripoli. C'est la partie de la Syrie où la ruine est la plus profonde et la plus meu-

rable. La barbarie en Syrie vient toujours de ces voleurs nomades (Kurdes,

CAMPAGNE D’ARADUS. 115 Arabes, ete.) qu'aucun empire n’a pu complétement dompter. La montagne a préservé la côte, au sud de Tripoli, de leurs ravages. Mais, aucun obstacle ne les arrêtant à partir de la trouée qui existe à l'extrémité du Djebel- Akkar, ces hordes sont venues ici jusqu'à la mer, comme par un déversement naturel. Peu de contrées cependant ont été plus favorisées de la nature. Le sol y est partout recouvert par une couche épaisse de terre végétale, sillonnée par de nombreux cours d’eau, dont le principal est le Vahr el-Kébur. Ce fleuve, l'un des plus importants de ta Syrie, est l'Eleutherus des anciens. Les marins grecs l'appellent encore Elfletos, altération de ÉAeuGepos!. De tels éléments de fertilité, et les avantages une position mise en rapport, par la vallée du Nahr el-Kébir (la Bokeya), avec la Cœlésyrle, expliquent comment, dès l'antiquité la plus reculée, des villes importantes couvraient cette contrée. À chaque pas, on y trouve des débris. Depuis des siècles, les ruines des villes abandonnées ont servi de carrières, d'où sont sortis les matériaux des constructions franques et sarrasines des régions de Tortose et de Tripoli.

Cest sans contredit dans cette plaine qu'il faut placer deux des villes les plus anciennes du monde, ces villes de 2% et de pÿ, dont les habilants sont nommés, au x° chapitre de la Genèse, à côté des Arvadites. Le nom des Sémariens se retrouve, à une époque plus moderne, dans celui de Simyra, qu'il faut, ce semble, identifier avec Zimreh où Sumrah, près du Nabr el-Kébir?. Quant aux Arakiens, nul doute qu'il ne fulle chercher leur métropole dans la ville d'Arka, ou Césarée du Liban. Tell-Arka, à environ vingt kilomètres nord-est de Tripoli, est un champ de grandes ruines Ÿ. L'importance de la ville à l'époque romaine et à celle des croisades aura sans doute absorbé les monuments d’un âge plus ancien. Le

* Je dois ce renseignement, et plusieurs autres de Strabon, avec laquelle il faut sans doute identifier relatifs à la région de Tripoli, à M. Blanche, vice- la ville de es. (Voy. Shaw, Voyages, IL, p. 7: Moconsul de France à Pripoli. vers, Die Phæn. I, 1, p. 115, note; Ritter, XVI,

? On trouve une autre Zimreh, ville ruinée, entre p. 65 et 880.)

Tortose et Merkab, et là même un district de Zim- 5 Thomson, Bibliotheca sacra, V, p+ 15-17. rin. Mais on ne saurait placer de ce côté la Simyra

euré Sémani, de Tripoli, m'a dit avoir vu une inscription à Tell-Arka, près de l'arche du pont.

Bien d’autres centres de population existaient autrefois dans cette riche plaine'. Une seule ville, cependant, en dehors des localités que nous avons nommées, est arrivée à quelque notoriété : c’est la ville d'Orthosie. Sa place doit probablement être cherchée à Arthusi, à douze kilomètres nord de Tripoli, au bord de la mer, près de l'embouchure du Nahr el- Bérid?. Toutes les constructions ont disparu; le sol même a été fouillé à une assez grande profondeur.

Nous n'avons fait qu'une exploration sommaire du Djebel-Akkar, plus remarquable, du reste, par le charme d’une nature entièrement vierge el l'attrait d’un pays sauvage que par ses monuments. Ce fut M. Lockroy qui se chargea d'une course rapide dans ces parages, relevés du reste avec un soin minutieux, sous le rapport topographique, par MM. les officiers d'état-major du corps expéditionnaire de Syrie. Avant ces recherches, le Djebel-Akkar était une terre inconnue. Je vais donner ici quelques-unes

des notes recueillies dans ce voyage par M. Lockroy :

Après avoir quitté Hawara, en me dirigeant sur Akkar, je trouvai le village de Debel ou Debaïl, et jy remarquai plusieurs pierres évidemment anciennes. Plus bas, à Nabi-Moussa, au fond d'une gorge, se trouvent, cachés dans un bois, des restes de constructions assez considérables; malheureusement les blocs qui les composaient ont servi à bâtir un petit village, et je n'ai pu retrouver qu'un débris de colonne et quelques pierres taillées.

A Arbail, il y a, dans les maisons, des matériaux certainement anciens. A Akkar, on me conduisit à une tour bâtie en petits moellons, et que je reconnus pour sarrasine à sa porte en ogive, ornée de dalles alternativement blanches et noires.

! Thomson, Bibliotheca sacra, V, p. 14-15. bouchure de l’Eleutherus, et même il place Simyra

? Shaw, Loc. cit. Ritter, p. 805 et suiv. John Ken- entre cette embouchure et Orthosie, Quant à l'opirick, Phœnicia (Londres, 1855), p. 7-8. Strabon nion qui identifie Tortose et Orthosie, nous en avons (XVE, 11, 13, 15) place Orthosie au nord de l'Eleu- déjà fait ressortir l’absurdité.

therus, et la plupart des topographes l'ont supposée 3 Voir Thomson, Bibhotheca sacra, V, p. 19 et plus au nord que le point où nous la plaçons. Mais suiv. en observant que les noms propres y sont dé-

Ptolémée (V, xv, 2) la met avec raison au sud de l'em- figurés par de nombreuses fautes d'impression.

RE at Pt

Gobbaïet est une espèce de centre pour ces cantons perdus. Près de Cobbaïet, à El-

lesbey, il reste deux murs d’une vaste construction antique. Les blocs sont d'une grande dimension, et ne portent pas de trace de ciment. Ils sont joints d’une façon admirable; les faces destinées à être mises en contact sont légèrement creusées, et laissent entre elles un espace vide, complétement caché à l'extérieur par les deux rebords, qui se touchent. Je ne vis pas de restes de colonnes; mais je remarquai une niche carrée, enclavée dans le mur, comme celle du Kalaat-Sarba, et entourée d’une bordure dans le style grec.

J'allai voir aussi près de là, à Boutouedj, des ruines que l'on m'avait dit être curieuses; Je n’y trouvai qu'une maison, évidemment toute moderne, et ce n'est qu'en examinant les environs que J'aperçus une niche assez profonde, creusée dans le rocher. mais d’un intérêt médiocre.

Du Djebel-Akkar, M. Lockroy gagna Kalaat el-Hosn (voir ci-dessus,

p. 113-11/), et de là descendit dans la vallée de l'Oronte.

À Tell el-Nabi Mindaum !, continue-tl, non loin du village d'El-Okser, j'ai rencontré de nombreux débris de colonnes et une colonnade entière, dont il ne reste plus que des bases. À Djusiet el-Kadimeh, que l’on m'avait indiqué comme un lieu antique ?, je ne trouvai que deux tours d’une mauvaise construction, bâties avec des pierres assez semblables à celles du château de Gébeil.

Mais l’objet principal pour lequel J'avais envoyé M. Lockroy dans ces parages était le célèbre monument de Hurmul5. M. Lockroy en rapporta

un dessin meilleur que ceux qu'on possédait jusqu'ici .

Le monument nommé Kamoa el-Hurmul, ditl, est conçu sur le même plan que les aiguilles d'Amrit, mais exécuté dans des proportions beaucoup plus grandes et avec des moyens tout opposés. Les matériaux employés ici sont petits, et, comme ils sont peu rongés par le temps, cela donne à l'ensemble une apparence relativement moderne. Le monument repose sur une base formée de cinq marches de pierres noires. Il est

! Cest l'ancienne Laodicea ad Libanum. * Cf. Thomson, Bibliotheca sacra, IV, 405: V, ? Cest l'ancien Paradisus, selon Robinson. 695-096, et The Land and the Book, 1, 369 et suiv. 5 Un tailleur de pierre me dit, à Maschnaka , avoir Robinson, Bibl. Res. IT, 542 et suiv. Van de Velde. vu à Berisa, au-dessus de Hurmul, +de grandes Reise, IT, p. 389; Ritter, XVIT, 164 et suiv. Le dessin rinseriplions et de grandes sculptures, représentant de Thomson est bien défectueux. Cassas paraït avoir «des hommes et des femmes.» Qu'est-ce que ce Be- été en cet endroit (vol. IT, pl. n° 1); mais le dessin

risa ? qu’il donne est tout à fait nul.

composé de trois parties : deux cubes superposés et une pyramide. À chacun des angles se trouve un pilastre, et, sur chaque face du cube inférieur, un bas-relief représentant des animaux, des armes et des ustensiles de chasse. Le second cube n'a pour décoration que des pilastres peu saillants. L'intérieur est ‘plein, ce qui se voit facitement par le côté sud-ouest, qui est tombé. Conduit par l'analogie des méghazil d'Amrit, je

cherchai naturellement une entrée de caveau aux environs. Je n'en trouvai pas. Du reste, après avoir attentivement regardé les moulures, les colonnes, la manière dont les bas-reliefs sont exécutés et compris, les pierres , entre lesquelles j'ai cru reconnaître des traces de ciment, il m'a semblé que ce monument ne pouvait appartenir à l'époque

reculée des monuments d'Amrit.

Fadopte tout à fait ce sentiment. Cest, selon moi, bien à tort que

Rawlinson a vu dans le monument de Hurmul un ancien monument assy-

rien‘ : Cest ce qu'on peut appeler un monument néo-syrien, construit à une époque moderne sur le type général des anciens monuments du pays (pyramide quadrangulaire superposée à un cube). On rencontre les mêmes formes dans le mausolée de Sampsiceramus, près d'Emèse, qui est du temps des Antonins?. Ce nom de Hurmul (K<;$) se retrouve dans le Liban, à l'endroit nommé Naous (Naës), près du village de Scheptin®.

H signifie «chameau,» nom par lequel limagination bizarre des Arabes A x FES S LL

se plait à désigner les anciens tombeaux. Je me demande, cependant, s'il

n'y à pas là quelque confusion, et si l'étymologie primitive n'est pas 8°

« pyramide, » soit que le J vienne d’une sorte de diminutif, comme 5h,

soit qu'il vienne de El, « Dieu. »

Mar-Maroun”, situé un peu au sud de l'Ain el-Asi, «la source de l'Oronte,» était.

; : Pere We Ma Es Re je crois, une réunion de grottes naturelles, que l’on a taillées régulièrement à l'intérieur, et qui, à différentes époques, ont servi, soit de demeure, soit de forteresse. Le travail d'évidement est considérable, et rappelle celui de la grande caverne de Gébeil. Une construction assez moderne, percée de meurtrières, masque complétement les grottes, et fait que, de la vallée de l'Oronte, on ne voit qu'un mur tout neuf plaqué sur le roc. Après avoir gravi une côte assez rapide, on parvient enfin, par une sorte d'échafaudage, à une salle que j'estime avoir huit mètres de profondeur sur quatorze de largeur. Celte pièce est à demi divisée par une énorme cloison de rocher. À droite est une porte qui donne sur une autre chambre moins grande, mais plus régulièrement taillée; une seconde porte, au fond, s'ouvre sur une pièce aussi vase que la première et contenant quelques niches, dont la courbe supérieure est un plein cintre bien accentué. À gauche et au fond de cette même salle, un escalier, évidé dans le roc, cars EE pet : : Din We conduit à l'étage supérieur. Là un long couloir aboutit à une sorte de cellule, où je

remarquai une. niche. Enfin, à l'aide d’un tronc d'arbre, et par un trou pratiqué au

! Cf. Ritter, XVII, 169. M. Thomson avait d’abord semblé êlre de cet avis. (Bibliotheca sacra , IN (1847), h05.) Plus tard (endroits cités), il rapporta le monument au temps des Séleucides. M. de Forest y voit bien gratuitement une construction d’Antiochus Sidétès. (Journal of the American Oriental Society, WA, 356.) Pour les idées que les Arabes se sont faites de ce monument, voir Reinaud, Géographie d'Aboulféda IF, 62, note 1.

Cassas,

? Laborde, Voyage de la Syrie, pl. V;

Voyage en Syrie, vol. I, pl. n° 21, 29, 93, 23 bis. Cf. Corpus inser. præc. n° hb11, texte qui répond aux chicanes du P. Bourquenoud, Études religieuses , hist. et lit. publiées par des Pères de la Société de Jésus, sept. oct. 1863, p. 8A4-Sh5.

3 Le colonel Ghesney, cependant, envisage El- Hermil comme un nom de district. (The expedition for the Survey of the rivers Buphrate and Tigris, 1, 454.)

CNE >), )) 8)Lre d'Aboulféda. (Reinaud , Géogr. d'Aboulféda, 1, p. 62.)

plafond de ce couloir, on parvient à un troisième étage, plus vaste que le second, mais qui paraît n'avoir jamais été terminé. On y compte trois chambres et quelques niches. Ici encore la construction des fenêtres est moderne, ainsi que le seuil des portes.

Toute la région de Tortose et de Tripoli étant peu connue, je crois devoir insérer 161 une notice intéressante qui m'a été communiquée par un khouri maronite de Tripoli, appartenant à la célèbre famille Assemani (&læowi), et digne du nom qu'il porte par son goût pour l'instruction. Sur quelques points, les assertions de ce digne ecclésiastique auraient besoin d’être rectifiées ou précisées, mais on s'étonnera bien plutôt que, avec si peu de ressources et dans des circonstances si défavorables, il ait

pu arriver à de tels résultats.

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