‹ Mission de PhénicieChapitre 39 sur 127 · FOR EN EE EST EME · texte numérisé non relu

FOR EN EE EST EME

exemple, à Khan el-Khaldi', et en Ciicie?. Parfois même ils peuvent appartenir à l'époque byzantine *. La orandeur du couvercle était commandée, même pour les époques qui ne recherchaient pas les pierres colossales, par la nécessité d’opposer à l'avidité des spoliateurs une masse impossible à remuer sans l'effort de plusieurs personnes réunies.

Le sens des sculptures de Maschnaka deviendra clair par la comparaison avec celles de Ghineh. Observons seulement que toutes les sculptures de ce genre que nous avons trouvées en Syrie, celles du Nahr el-Kelb exceptées, sont rapprochées de tombeaux. La nécropole byzantine de Goryeus en Cilicie offre, également associée à des tombeaux', une figure qui a de la ressemblance avec notre personnage de droite.

ILE. À dix minutes environ, à l'est de la porte de la grande cour, est la place d’un petit sanctuaire, qui à été détruit, 1 y à quelques années, par les chercheurs de trésors. Il paraît qu'on trouva en effet sous l'autel des valeurs d’or assez considérables. Sur ce trésor élait posé le cippe (pl. XXXIE, n° 2) représentant Baal à la tête rayonnée; les deux faces latérales sont ornées de foudres. Gette représentation peut être rapprochée de la tête nimbée et rayonnée découverte par M. de Sauley en Moabitide. La grossièreté du travail ferait croire que c’est là une des dernières idoles du paganisme expirant.

IV. Au nord-ouest de la grande cour sont les ruines d’un village chrétien, renfermant d'assez bonnes constructions, en particulier une église byzantine. I y eut à Maschnaka un centre de population, qui pouvait bien, à vrai dire, ne pas dépasser quelques centaines d’âmes, jusqu'aux premiers siècles du moyen âge.

Qu'est-ce que Maschnaka, et quel nom antique faut-1l assigner aux

ruines que nous venons de décrire ? Je lignore. Sans doute il ne convien-

! De Sauley, Voy. autour de la mer Morte, pl. HT. ‘ Langlois, id. p. 207-208 et la planche. 2 Langlois, Voy. dans la Cilicie, 171; ef. ibid. » 39. ® Voy. autour de la mer Morte, pl. XIX, fig. 5. Gom- 5 Id. ibid. p. 206-208. parez Guys, Relation, ete. Hp 21"

RENTRER NP CNE ; SEL CRUE NEO RL A DETTES TN EN STE TES. Te SR DIEPPE 2 To AE 2 g

drait pas de chercher si haut dans le Liban une ville phénicienne. Maschnaka offre d’ailleurs si peu de ruines d'édifices profanes qu'on ne saurait y voir l’assise d’une grande ville. J'ai donc renoncé à y trouver, comme j'en fus d’abord tenté en suivant les idées de Movers et de Ritter, un reste de celte antique civilisation de la montagne, qui n’était pas la civilisation phénicienne. À la vue de ces grandes constructions évidemment religieuses, de ce cippe de Baal encore bien conservé, du caractère religieux des sculptures taillées dans le roc, on est amené à penser à un temple, à un de ces centres de culte si nombreux dans le Liban. Ge passage de la Déesse de Syrie, «Je montai de Byblos dans le Liban l'espace d’un jour, ayant appris qu'il y avait là un temple ancien de Vénus que Cinyras avait bâti; je vis le temple; il était ancien !;» ce passage, dis-je, pourrait convenir à Maschnaka aussi bien qu’à Aphaca, auquel on le rapporte d’ordinaire?. De Byblos à Maschnaka, la journée est courte, mais elle est très-longue de Byblos à Aphaca. [I faut avouer, d’un autre côté, que, la célébrité d'Aphaca ayant été bien plus grande, il est naturel de voir ce dernier point dans le temple innomé du De Dea Syria. L'absence totale d'inscriptions rendra fort difficile la solution de ces doutes. Hélas! ici encore les grandes destructions datent de quelques années. Pour bâtir une misérable masure, on a détruit de curieux édifices; pour chercher des trésors, on à démoli des sanctuaires conservés intacts Jusqu'à nos jours; pour trouver quelques pièces d'or, offrandes des derniers païens, on à brisé des autels et renversé Baal du socle où lon n'a assuré qu'il trônait encore il y a trois ou quatre ans!

La date des restes d'architecture qui se voient à Maschnaka, la partie chrétienne exceptée, nous reporte aux moins bons moments de l’époque romaine. Pour les sculptures et les tombeaux, nous songerions plutôt

à l’époque séleucide, si l'attitude et le costume du personnage principal

1 De Dea Syria, 9. de placer Aphaca à Maschnaka. Je n'ai rien écrit qui ? Cest à tort que le P. Bourquenoud (Etudes, etc. implique cette opinion. sept. oct. 1863, p. 859 et suiv.) me prête l'idée

n'avaient quelque chose de romain. En tout cas, ici comme à Afka et à

Kalaat-Fakra, l'art grec el romain à complétement plié ses habitudes à l'esprit du pays et aux besoins des cultes locaux.

Mais il est temps de parler d'un autre monument qui est, en quelque sorte, le commentaire et le complément des sculptures de Maschnaka.

Celui-ci est situé à Ghineh ou Rhiné, de l'autre côté du fleuve, sur les hauteurs qui font la séparation des eaux entre le bassin du Nahr- Ibrahim et celui du Nahr-Maamiltein. I a été découvert par les PP. Jésuites qui dirigent le collége de Ghazir près de là. I fut vu par le P. Bourquenoud en 1857, et dessiné par le P. Roze. Je le vis en juin 1861. M. Thobois et M. Lockroy y montèrent ensuile suecessivement pour le dessiner. Cest un grand rocher équarri sur deux pans, el ayant à son pied un caveau d'une exécution peu soignée. Les deux pans équarris sont couverts de sculptures formant trois sujets ou panneaux (pl. XXXVIIT).

Le pan du rocher au pied duquel est le caveau, et qui forme la face du monument renferme deux sujets : 1° un homme vêtu d’une tunique atteignant à peine les genoux el serrée par une ceinture, reçoit, la lance en arrêl!, l'attaque d'un ours. Les pieds, la tête sans erinière, le poil et surtout le mouvement d'attaque ne peuvent convenir qu'à cet animal. 9° À côté de ce tableau, dans un cadre plus réduit, est une femme assise sur un siége aux courbes élégantes, dans l'attitude de la douleur”, et qui rappelle le médaillon B de Maschnaka. La tête a été martelée.

Le deuxième panneau, qui est à gauche du précédent, occupe à lui seul un côté du rocher et est plus maltraité. On voit se dessiner clai-

rement à droite un personnage debout appuvé sur une lance ou sceptre O0 , d À ,

1 La lance ne se voit pas tout entière, mais se titude. Le coude du bras droit repose sur le genou; conelut avec beaucoup de probabilité. Ni M. Thobois le bras gauche tombe négligemment sur l'autre ni M. Lockroy n'ont vu à la ceinture du héros le genou. Une note que m'ont remise les PP. Jésuites coutelas aperçu par les PP. Bourquenoud et Roze. du collége de Ghazir est ici d'accord avec les des-

2 Le dessin du P. Roze n'a ici qu’une légère inexac- sins de MM. Thobois et Lockroy.

et d'une attitude calme. À gauche de la composition, sont deux chiens se profilant l’un derrière l'autre. Les PP. Roze et Bourquenoud se sont ici engagés dans des conjectures inadmissibles. Il n°y à pas trace du personnage renversé. La saillie recourbée qui sort du dos de l'animal situé au premier plan, que le P. Bourquenoud a prise pour «un élément insigniliant,» où pour «le yalagan du vaincu,» est la queue du second chien, caché aux trois quarts par le premier.

La ressemblance de ces sculptures avec celles de Maschnaka frappe tout d'abord. Des deux côtés se reproduisent les mêmes sujels : un homme d’attitude héroïque, ou luttant contre un animal; une femme assise et qui semble pleurer. Il est évident que nous sommes 1c1 en face de représentations relatives au culte d'Adonmis!. Devant nous est le Djebel-Mousa , hérissé de forêts et encore peuplé de bètes fauves; sans doute la tradition localisait 11 la mort d'Adonis et les pleurs de Vénus; peut-être mème élaient-ce là des espèces de tombeaux d'Adonis, lieux saints apocryphes qu'on proposait à la vénération de nombreux pèlerins. Cette hypothèse s'applique au moins très-bien au monument de Ghineh?. Il est difficile cependant d'admettre que ce fût là le seul monument qu'on décorât de ce nom. Le tombeau d’Adonis passait pour être à Byblos* ou à Aphaca“. Or Ghineh est loin de ces deux points. Et même, en supposant avec le P. Bourquenoud que la Byblos où lon plaçait le tombeau d’Adonis fût Palæ-Byblos (ce qui n’est nullement probable), et que Palæ-Byblos fût à Berja, Ghineh en serait encore à deux heures au moins.

Un texte capital de Macrobe lèverait tous les doutes, sil pouvait en

rester, sur la signification des sculptures de Maschnaka et de Ghineh : « Si-

! Cest ce qu'a bien vu le P. Bourquenoud. Il est % De Dea Syria, 6 et 7. J'ignore où le P. Bourfâcheux qu'il ait mêlé à sa thèse beaucoup de rap- quenoud à lu «l'antique adage: Bybli sepulcrorum prochements douteux, de conjectures hasardées, d’as- custodes.» (Mém. p. Lh.) sertions inexactes et d’étymologies toutà fait erronées. # Méliton, dans Cureton, Spicil. syr. p. 4h, ou

? Voy. Bourquenoud, Mém. cité, p. 30 et suiv. dans Pitra, Spicil. Solesm. Il, p. 43, ou dans les

en tenant compte de la note précédente. Mém. de l'Acad. des Inser. XXII, 2° partie, p. 393.

HE Sc rs BEA 5 TRE

+mulacrum hujus deæ (Veneris) in monte Libano fingitur capite obnupto, «specie trisli, faciem manu leva intra amictum sustinens. Lacrymæ vi- «sione conspicientium manare creduntur !.» Voilà sans contredit l'explication des deux figures assises de Maschnaka et de Ghineh. Cest l'image de Vénus pleurant. Que le héros soit Adonis, c'est ce qu'on pourrait conclure a priori sans crainte de se tromper. Mais Macrobe lui-même nous l'apprend; car un peu avant le passage précité nous lisons : « Adonin quo- «que solem esse non dubitabitur, inspecta religione Assyriorum, apud +quos Veneris Architidis (lsez Aphacitidis?) et Adonis maxima olim «veneratio viguit, quam nunc Phœnices tenent.» Macrobe vivait au ve siècle. À cette époque, les cultes de Maschnaka et de Ghineh existaient

donc encore; nous savons, en effet, que le culte d'Aphaca se releva,

après avoir été aboli par Constantin. Ces cultes populaires, s’attachant à des images tracées sur le roc, survivaient souvent aux temples et aux établissements officiels.

La tradition du pays confirme les inductions qui précèdent. Cette tradition désigne par le nom de roi Berdis ou Berjis le héros des sculptures de Ghineh; le personnage assis de ces sculptures est, selon la même tradition, la reine femme de Berjis. À Maschnaka, le nom de Berjis ne m'a pas élé prononcé; mais le P. Bourquenoud recueillit en cet endroit la

tradition que le roi Berjis y avait aussi régné. ouaæ + est en à ‘abe un

nom de planète, probablement le nom de la planète Jupiter ou Baal”°. Près de Ghineh est un endroit plein de ruines”, nommé Xæxx! Cabaal”,

nom où il est difficile de méconnaître le mot Baal. Des arrasements

1 Saturn. I, 21. Cf. Selden, De Ds Syris, p. 187. % Voy. Bourquenoud, Mém. p. A9. 2? Correction proposée par Selden, op. cit. p. 188. 5 Je tiens cette orthographe du patriarche des Ma- 5 L'origine de ce nom est incertaine. Serait-ce ronites. Le P. Bourquenoud écrit x45. Ce serait alors

sxp92 (Mischna), Us (Kitab el-Fihrist)? (V. Chwol- À y45. (Comp. Kabélias pour Kabr-Elias). On ne sau-

son, Die Ssabier, Il, 236-237.) Ce serait alors lapla- rait guère admettre, avec le P. Bourquenoud, que nète Vénus. L'étymologie proposée par le P. Bour- Je soit le reste de jnby. L'étymologie proposée par quenoud (Études, etc. sept. oct. 1863, p. 851) est le P. Bourquenoud pour le nom de Ghineh est bien insoutenable. moins vraisemblable encore.

GC

ANSE DE DEN LUE ENE TES D RTE UE NE A EEE DAS LE RTE Ve DA 27

CAMPAGNE DE BYBLOS. 295 de constructions antiques qui sont tout près de là s'appellent, dit-on, Elioun'. Or, on sait qu'Elioun est le même qu'Adonis?. Vis-à-vis de Maschnaka, dans le Ouadi-Fédar est aussi un Kefr-Baal, Jes 5. Enfin, entre Ghineh et l'Adonis, Van de Velde et le P. Bourquenoud® placent une localité de Ghabalé où Ghubaleh, dont le nom excite l'attention.

Je n'ose émettre aucune supposition sur l'âge de sculptures aussi frustes. Elles sont probablement contemporaines de celles de Maschnaka et peut-être de celles de Jrapta, quoique l'exécution de ces dernières soit bien supérieure.

Un rapprochement qui se présente ici est celui de la grande déesse du Sipyle, image colossale, taillée sur le roc, qui se voit près de Magnésie. Un remarquable passage d'Ulpien la rapproche de la Dea cœlestis des Phéniciens : « Matrem deorum Sipylensim, quæ Smyrnæ colitur, et Cœ- «lestem Salinensem Carthaginis".» Mais une photographie du colosse du Sipyle, que je dois à M. Svoboda de Smyrne ?, ne me rappelle en rien les sculptures du fleuve Adonis.

Le Djebel-Mousa n’a guère de monuments. À l'endroit nommé pe Kamès, est un joli caveau à deux auges, bien taillé dans le roc. À Kwali, où Dahr Kwali, sur la rive gauche de l’Adonis, près de la route de Gébeiïl il y a, dit-on, une inscription (voir ci-dessus, p. 277-2 78). Selon certains renseignements, elle aurait dix lignes, ce qui me paraît peu probable.

Le caractère historique de la vallée du Nabr-Ibrahim se dessine, on le voit, de plus en plus. Ce fut une sorte de terre sainte d’Adonis, remplie

de-temples et de monuments consacrés à son culte. I est temps d’arri-

! J'ai quelques doutes sur ce nom. Je crains qu'il ne soit le contre-coup des opinions transmises par les jésuites de Ghazir à leurs élèves, et qui a pu me revenir par quelque voie indirecte.

? Voir mon mémoire sur Sanchoniathon dans les Mém. de l'Acad. des Inser. XXII, 17° part. 269-270.

5 Mém. p. 4.

* Ulpiani Fragm. xxu, 6, dans le Corpus juris

romani antejustinianei, col. 145. (Cf. Maury, Hist. des relig. de la Grèce antique, UT, p. 111.)

5 La représentation qu'en donne Steuart est inexacte. (Voir Monatsbericht de l'Académie de Berlin, mai 1866, p. 298. Comparez d’autres bas-reliefs du même genre en Asie Mineure, dans Hamilton, Researches , Îl, p. 141, et dans la Revue archéol, juin 1866, p. A27 et suiv.)

D re AE se AA EN RSA LT RES NES TO PA HI 4

ver à celui de ces sanctuaires qui a obtenu la plus grande célébrité, à celui d'Aphaca', aujourd'hui A/ka, au fond de la vallée et à la source

même du Nahr-Ibrahim.

\fka est un des sites les plus beaux du monde. Il rappelle le paysage k du col des Cèdres, avec moins d'ampleur, mais avec plus de variété et de vie. L'espèce d'entonnoir d'où sort le fleuve est comme le point central d'un vaste cirque, formé par des tours de rochers d’une grande hauteur. Le fleuve se précipite ensuite de cascade en cascade à d’effrayantes profondeurs, au-dessus desquelles règne une sorte de toit, et sur ce toit serpente la route d'Akoura. La fraîcheur des eaux, la douceur de Pair, la beauté de la végétation ont quelque chose de délicieux. L'enivrante et bizarre nature qui se déploie à ces hauteurs explique que l’homme, dans ce monde fantastique, ait donné cours à tous ses rêves.

Les restes du temple sont sur une terrasse ou soubassement composé d'assises en retrait, vis-à-vis de la source, un peu au sud. Des masses de beaux matériaux sont entassées au pied. Le refend des pierres est le même qu'à Fakra, très-fin, parfois se bornant à une simple ciselure; 11 diffère beaucoup d’une pierre à l'autre. En général le temple d'Afka offre une analogie complète avec celui de Fakra. Les pierres sont de même dimension. Je les crois tous les deux des premiers temps de la domination romaine en Syrie, ou de l'époque d'Auguste. I y à une colonne de granit?; mais l'ensemble du temple était sûrement en pierre du pays. D’un reste de corniche je conclus qu'il y avait à Afka comme à Fakra des demi-colonnes engagées dans les murs et tullées au même bloc que les surfaces lisses environnantes. Un très-gros mur semble flanquer le temple du côté du nord. Entre ce mur et le temple se voit une cons-

truction analogue à la tour de Fakra, un cube surmonté d’une pyramide

1 Cf. Selden, De Düs Syris, p. 187 et suiv. Mo- tansportée au village d’Afka. L'étonnement que lui vers, Die Phœn. 1, 192; Ritter, Erdkunde, XVII, cause la présence de telles colonnes en un lieu si 561 et suiv. inaccessible est fondé; mais les colonnes de Deir el-

2 Robinson (IT, 605, 607) en a vu une autre Kala sont un fait plus extraordinaire encore.

Page 1