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CAMPAGNE DE BYBLOS. 297 à échelons, et ayant pour toute corniche la saillie de la base de la pyramide sur le cube. Serait-ce un cénolaphe, un tombeau d'Adonis? Selon
üne version qui nous a été conservée par Méliton !, Tammuz passait pour avoir été enterré à Aphaca.
Le temple a évidemment subi une destruction violente: des pans de murs entiers sont renversés d’une seule pièce. Du reste, l'ensemble est, à peu de chose près, dans l'état où il se trouvait le lendemain du jour où Constantin le fit démolir.
Le village métuali d’Afka est misérable et n’a absorbé qu'une très-pelite partie des matériaux anciens. Des sources sacrées, qui sortent des assises du temple, sont encore tous les jours entourées d’offrandes. Un arbuste qui ombrage une de ces sources avait ses branches chargées de linges?}n le jour où je passai. Les faits établissent qu'en transportant à Baalbek la population d’Aphaca, Constantin ne réussit pas à déraciner les cultes étranges qui s’élaient établis en ce lieu. Zosime * nous apprend que, de
son Lemps (v° siècle), il s’y produisait encore, aux réunions religieuses,
un prodige qui impliquait sûrement quelque fraude sacerdotale; éela fait supposer que le service du temple s'était réorganisé, peut-être sous Julien.
Le fleuve Adonis sort d’une caverne située dans le pan coupé à pic de la montagne, à une hauteur de deux ou trois mètres; la caverne est en partie taillée de main d'homme. Il y eut probablement autrefois des constructions adossées au rocher, lesquelles entouraient la cascade et le bassin qui est au pied, comme cela eut lieu, ce semble, à Ain-Fidjeh, près de Damas. De nombreuses sources jaillissenten outre de tous les côtés, en parliculier des assises du temple. Ces eaux réunies se précipitent par une nouvelle cascade dans un bassin circulaire, qui paraît aussi avoir été agrandi où vectifié de main d'homme. D'autres bassins du même genre se succèdent
À Voir Mém. de l'Acad. des nser. 1. XXe part. ? Zosime, Hist. L I, €. vu. GES 3 Loc,rcit.
ensuite comme des cirques à parois perpendiculaires taillées dans le FOCUS
J'allais quitter Afka pour me rendre à Akoura (il était déjà tard ), quand une femme me proposa de me conduire à une inscription. Je descendis en effet pendant environ dix minutes, sur la rive gauche de FAdonis, et j'arrivai à un rocher s’avançant dans le torrent. Ce rocher semblait taillé artificiellement. H offrait la forme d’un grand couvercle de sarcophage, très-surbaissé; un bout présentait une sorte de peut fronton triangulaire. Sur les deux pans latéraux, dont l'inelinaison est peu-sensible, se trouvent en effet des caractères latins, mais tellement frustes que je ne pus d'abord rien lire. Je dessinai, aussi bien que l'heure avancée me le permettait, celte singulière inseriplion. La longueur en est d'environ cinq mètres, la largeur de trois. Les lettres sont fort inégales. La hauteur des plus grandes est d'environ trente - huit
centimètres.
J'ai montré ces traits informes à M. Mommsen, qui a lu avec beaucoup
1 Voir Seetzen, Reisen, 1, 245; O. de Richter, Walfahrten, p. 107; Robinson, Bibl. Res. NI, 6o4-605.
SRE ES EPL LT SN ICT SCE LE POUR LU EXTERNE ESS Lt Ne Te
CAMPAGNE DE BYBLOS. 299 de bonheur à la ligne 5 : A FLVMINE AD [ONI]. Je pense que les dernières lettres indiquent le nombre de pieds de rocher qui ont été coupés. B est sûrement un chiffre. L'espèce de e de la deuxième ligne peut aussi être un D; peut-être faut-il lire BC MILIARIA. Quelquelois, enfin, je suis tenté de lire, à la première ligne, ANTONINI. L'inscription, en tout cas, est très-probablement la commémoration de quelque travail analogue à celui du fleuve du Chien et de l'Ouadi Barada. Nous trouverons bientôt à Akoura la même chose. Ce qui confirme cette hypothèse, c’est une nole qui m'a été remise par les PP. Jésuites de Ghazir, et qui contient ce qui suit: « En partant du Gebel Mousa, avant d'arriver aux sources du «fleuve Adonis, trace d'une voie romaine !.» Sürement l'inscription près d'Afka se rapporte à cette voie. J'invite instamment les voyageurs à revoir ce curieux endroit.
On me parla d’une inseripüon à Ain-Bahr, au-dessus d'Aphaca. Nous ne pümes la trouver. C’est probablement une inscription d’Adrien. J'ai mal vu Mneitri, à côté d'Aphaca, qui a joué un grand rôle dans l'histoire du Liban au moyen âge ?.
Je discuterai plus tard les hypothèses par lesquelles on à cherché à déplacer Aphaca et à transporter ce site antique, soit à Fakra, soit à Yammouni, Ces hypothèses sont dénuées de toute valeur. L'identité de PAphaca antique et de PAphaca actuelle, vue tout d'abord par Seetzen avec sa pénétration ordinaire, est d’une certitude absolue. &1, Las) * est un mot syriaque pour Laas}, où Laas, «sortie, source.» Cette explication, qui m'a été sugpérée par S. Ém. le Patriarche, doit être préférée à l’absurde étymologie proposée par M. Movers®. Il est vrai qu'El-Yammouni
offre une source absolument semblable à celle d’Afka, tombant du rocher
1 Comparez P. Bourquenoud, mémoire précité, % Cette orthographe nous est donnée par la trap- bo. duction syriaque de Méliton, endroit précité.
>? Voir Naironi, Ævoplia fidei cathol. p. 90. Com- # Die Phan. 1, 192. Comparez Robinson, IE, parez Ritter, p. 190, 553 et suiv.; Robinson, p. 6oA p. 606, note 5, L'article ÂGana, dans la nouvelle et suiv. édition du Thes. de H. Étienne, esl vraiment puéril.
en cascade et formant tout d'abord un grand cours d'eau. Un tel endroit a pu s'appeler Aphaca, au sens de étymologie précitée. Mais le culte d'Aphaca était en rapport direet avec le fleuve Adonis. C’est lAfaka, «la «sortie» du fleuve Adonis qu'il s'agissait d'honorer. Le temple d'Aphaca était un temple de Vénus, par suite de sa contiguité au fleuve Adonis. Sozomène est formel : &» ÂCdnors. … œepi rôv Al6avo» Tù pos xai AScwmm Tor oragdv !. Enfin les prodiges mentionnés par Sozomène et Zosime ? sont étroitement liés au fleuve Adonis et prouvent que le temple était sur le bord du fleuve. Il est done absolument impossible de placer Aphaca ailleurs qu'à Afka. Zosime nous apprend qu'Aphaca élait située « au mi- «lieu entre Byblos et Héliopolis» (uéoor Haoumédess re wai Bi&rou). Or, Afka est bien au milieu entre Gébeil et Baalbek. Zosime ne dit pas qu’elle fût sur la route même qui joignait ces deux villes. Gelte route passait par Akoura (voir ci-après, p. 303). De [à tombait-elle droit sur Gébeil, où bien faisait-elle un détour? venait-elle joindre Aphaca, suivant la rive gauche du fleuve (voir ci-dessus, p. 299) jusqu'à son embouchure, et de là gagnait-elle Gébeil? Cette seconde hypothèse est vraisemblable, car je ne connais pas de voie antique d'Akoura à Gébeïl, à droite de l'Adonis. En suivant le détour indiqué ci-dessus, on avait une roule bien plus facile. Du reste, Eusèbe nous apprend qu'Aphaca était un endroit écarté el lom des grandes routes ? &£w œdrou rpiédan re nai Aew@C pur ÉXTOS #
On admet généralement qu'Aphaca est identique à la ville d'Aphek ou d’Aphik, nommée dans le livre de Josué, xn, 183; xm, 3; xx, 30, et dans le livre des Juges, 1, 31. H est bien difficile de placer le
site d’une grande ville antique dans une région aussi inaccessible que
(e 1 Hist. ecel. IF, 5. Un autre passage relatif à Aphaca AGpodirns dppnromosas dvérpebe ..... dufuova. il vient d'être mis au jour. Dans l'Histoire ecclésiastique faut certainement lire & ÂQdors. de Gelasius de Cyzique (+° siècle) publiée par M. Ce- ? Sozomène, Histoire ecclésiastique, L. c.; Zosime, riani, dans ses Monumenta sacra et profana, t. T, Hist. 1, vin.
fase. 11, p. 139, on lit : Kre O8 rèv ên d@drous Ts 3 Vita Const. UT, 55.
:AMPAGNE DE BYBLOS. 301 l'est Afka. lei, comme à Maschnaka, la population groupée autour du temple dut être peu considérable. Les couleurs sous lesquelles Eusèbe nous montre Aphaca, la présentant comme une sorte de lieu infâme et écarté, confirment cette hypothèse. Nous avons trouvé pareïllement ces sortes d'identifications bibliques en défaut pour ce qui concerne Edhen. Le haut Liban n'eut jamais de grandes villes. L’Aphaca du Liban n'est pas mentionnée avant Méliton (deuxième moitié du second siècle).
La vallée du Nahr-Ibrahim renferme encore un temple qui se rapportait probablement à la même religion que celui d’Aphaca. C'est celui de Janouh (54) en Moghayré. M. Th. Weber est, je crois, le seul voyageur qui lait vu avant nous'. Le temple est devenu une église dédiée à saint Georges, surnommé le Bleu (El-Azrak). Saint Georges, comme on sait, a souvent succédé à des divinités anciennes. À l'intérieur de l'église, on voit deux colonnes. Deux portes, avec consoles romaines, très-bien conservées, s'ouvrent dans le sens de la largeur. Ces ruines ont une analogie générale avec celles de Fakra et d’Aphaca. Au sud du temple, il y a une grande construction rectangulaire en ruine; c’est de 1à qu'on à tiré les pierres pour bâtir le village moderne de Moghayré. I n'ya là que des restes de murs, lesquels ont encore un ou deux mètres de haut. Les pierres sont sans bossage et assez grossières. Au nord de Saint- Georges, est une pelite construction rectangulaire du même genre que le temple.
Moghayré, outre le temple de lanouh, a une foule de petites églises ? construites avec des pierres antiques, qui se reconnaissent surtout aux angles, aux portes et aux fenêtres. lanouh est, à proprement parler, un petit monticule de ruines au milieu de Moghayré. C'est la localité ancienne
dont les débris ont fondé Moghayré.
! Ritter, Erdkunde, XVI, 567. XVII, 568. Les récits du pays présentent cet ? Ge sont ici sans doute les ruines dont parle le endroit comme «un sommet où il y a alternati- P. Bourquenoud (Mémoire sur le culte d'Adonis, +vement un arbre, une chapelle, un arbre, une cha-
p. 29, nole.) Comparez Weber, dans Ritter, «pelle. »
Kartaba n'a pas d'antiquités, mais les inscriptions d'Adrien abondent alentour. Dans un endroit qu'on appelle Dufran, au-dessus de Kartaba, il ya, dit-on, une tête sculptée.
Je n'ai rien de précis sur Kefr-Nimroud, que la première édition de la carte de Van de Velde désigne comme une ruine entre Schir el-Meidan et Bilhas. Selon une de mes notes, Kéfr-Nimroud serait identique à Kornet Afroun (voy. ci-dessus, p. 239), au-dessus de Diradj el-Mihal. On désigna à M. Sacreste sous le nom de Djebel Namroud la montagne située au N. E. de Maschnaka !.
Kalaat-Tadmour ou Tidmor, au-dessus de Moghayré, à l’ouest d’Akoura, ne m'est connu que vaguement. On me dit qu'il s'y trouvait une : inscription; c'est sûrement une inscription d'Adrien. On me parla aussi de caveaux creusés dans le roc pour un ou deux sarcophages. Tidmor paraît un village moderne qui a été bâti avec des matériaux anciens, dont quelques-uns sont très-beaux. Le village moderne a été détruit. Le kalaa est ancien.
Akoura n’a d'antique que l’église de Mar-Botros, qui n'est autre chose qu'une belle caverne sépulcrale, transformée en chapelle. La grotte est tout entière évidée dans le roc. Au milieu a été réservée une colonne avec un chapiteau en forme de baquet, analogue à nos vieux chapiteaux romans, sans ornement. Je crois cette grotte fort ancienne. Les sarcophages sont des auges tullées dans le roc. On y a trouvé, dit-on, des monnaies d'or et d'argent, de grande dimension. L'eau qui suinte le long de la colonne passe pour avoir des propriétés merveilleuses. La croyance des gens du pays est qu'elle vient d'une distance de deux lieues par, des conduits souterrains. Près de l'autel, on voit une inscription syriaque, écrite de hauten bas, à la manière de l’oïshour, qui, comme on sait, vient du syriaque. On connaissait déjà plusieurs faits qui portaient à croire que les Syriens avaient en effet quelquefois écrit de haut en DAce
1 Cf. Sectzen, Reisen, Theïl F, p. 195 ; Commentaire de Kruse, p. 9h, 104, 110.
mais on n’avail aucun monument certain d’une telle écriture. Cela donne
un véritable intérêt à l'inscription d'Akoura.
C'est-à-dire gags sua) #5, « Dominus Stephanus Ksnlin. » Le troisième
mot seul est difficile. Serait-ce une abréviation du nom de Constantin, analogue à O
celle qui se remarque dans le nom arabe de Constantine, NE 0 La
forme pleine est «masakikæas. Mais, si l'on omet le e de la première syllabe, le
voisinage du © oblige de prendre pour la lettre suivante un .. C Ÿ
La route d'Akoura à Baalbek par le lac Yammouni est très-peu suivie et pourtant d'un haut intérêt. Le passage au-dessus d’Akoura est le plus lacile de tous ceux qui traversent le Liban. Les gens d'Akoura, qui sont assez guerriers, paraissent lenir à en garder le secret. Le scheick m’expliqua comment, avec un petit nombre de fusils, on pourrait défendre le col au-dessus du village. Burckhardt entendit parler de ce passage. M. Ritter et M. Thomson, faute d'en avoir connu l'existence, sont tombés
dans beaucoup d'erreurs !. C'était là certainement la route d'Héliopolis à 3yblos. Étroite et taillée dans le roc, elle s’élargit ensuite et devient une des plus belles routes de la Syrie monlueuse, jusqu'au moment où l'on arrive au versant oriental. Là, la descente est très-mauvaise: sans
doute le sentier moderne a perdu ici la piste de la voie antique ?.
2 Ritter, XVII, 303, 556-557, ete.; Biblioth. sacra, ? Le P. Bourquenoud (Etudes, septembre-octobre
» > 7 ; JEC] V, p. 5. M. Chesney chercha cette route, mais ses 1863, p. 846), faute d'avoir fait cette distinction, moucres refusèrent de le conduire. (Voyez Guys, contredit inexactement sur ce point mon {roisième
Relation d'un séjour à Beyrouth, H, p. 2, note.) rapport. d) ] ; Ï ) DE
Le passage d'Akoura est, selon moi, une des plus vieilles routes du monde; c'est par à probablement que les conquêtes venant de l'Orient sont tombées sur la Phénicie. Cette curieuse route, comme le passage du fleuve du Chien, a gardé la trace des conquérants qui l'ont foulée ou réparée. À l'entrée, à l'endroit appelé Diradjet Mar Sémän, se voient de grandes entailles dans le roc, formant comme des degrés. Là, sur une sorte de surface plane en forme de frise, ménagée exprès à l'entrée du passage, et d'un aspect monumental, s'offre l'inscription suivante en let-
tres très-grandes Ô
IM DOMITIANI WG: S: V: T-
Je n'ai pu découvrir une suite, malgré la minute avec laquelle j'ai examiné les alentours. On voit tout d’abord la ressemblance graphique de cetle inscription avec les inscriptions d’Adrien. Ces dernières abondent du reste sur les deux côtés de la route. On peut rapprocher aussi de notre inscription celle que Kraft a découverte dans les gorges de lAnti- Liban, entre Baalbek et Damas”*.
L'endroit nommé Ain el-Asdfir (,leÿi as) possède des inscriptions bien plus curieuses encore. Elles sont au nombre de deux. Lune est sur une grande pierre plate, au milieu du chemin, près d’une fontaine, à un endroit qu'on peut très-bien supposer avoir été une ancienne halte. L'autre est sur un rocher, à droite du chemin, pour celui qui vient d'Akoura. Des voyageurs anglais, qui ont vu ces deux inscriplions avant moi (M. Cyril Graham et, je crois, M. Rawlinson, étaient du nombre), les ont considérées comme assyriennes. Elles peuvent, en effet, appartenir au système archaïque trouvé sur quelques briques de Mugheir, système d'où est sortie l'écriture eunéiforme?. M. Oppert, à qui je les ai commu-
niquées, est resté dans le doute. Je donne ici une réduction des calques 1 Topographie Jerusalen’s, inser. n° 31. —? Voir The cuneïform Inscriptions of Western Asia, publiées par le Musée britannique, vol. E, pl. tv.
CAMPAGNE DE BYBLOS. 305 que j'en ai pris. J'ai omis dans cette reproduction des trous évidemment modernes, qui ont été faits sur la pierre pour le jeu du mankali.
Inscription sur la pierre plate, réduite à peu près au douzième.
au vingtième ,
Le premier point remarquable qu'on rencontre à la descente du Liban est le lac El-Yammouni!, à côté duquel se trouve un village du mème nom. La descente du sommet au lac n’est guère que d'une heure, et après le lac, jusqu’à la plaine de la Békaa, on ne descend plus beaucoup. Près du village, sont les ruines d’un ancien temple, qui parait avoir eu beaucoup d'importance. Le site ressemble à celui d’Afka. Une pelite rivière sort de la montagne, tombe en cascade d'une hauteur d'environ dix mètres, el va se Jeter dans le lac à deux ou trois cents pas de sa source.
Là, dans une petite île artificielle, ou plutôt sur une substruction carrée? ; ] OU
! Ritter, XVIT, p. 300 et suiv. La position du lac Ouest et au Sud-Ouest. — ? M. de. Forest lui donne donnée par Van de Velde et Kiepert doit être rec- 265 pieds anglais de longueur sur 205 de largeur. tiliée d'après la carte du général de Beaufort. Lelac (Journal of the American Oriental Society, HE, vol. n° If, est alimenté par deux grandes sources et une foule p: à)
de petites situées très-près de ses bords, au Nord-
en belles pierres, élevée sur le bord du lac, au milieu de sources dont les eaux vives l'entourent de toutes parts, paraissent les ruines. Je crus d’abord distinguer les restes de deux temples, Pun grec, l'autre roman. Le fronton, la frise et les bases de colonnes du temple romain se voient très-bien. Je rapportais à un temple grec un fronton. très-délicat, décoré de palmettes peu saïllantes et de larges moulures, morceau excellent qui rappelle les fragments d'Oum el-Awamid. Puis des personnes instruites, qui ont vu Yammount, m'ont inspiré des doutes sur ce point. Elles croient que tous les restes ont pu faire partie d’un seul temple. Une pierre angulaire, à bossage, encore debout, se fait remarquer par ses fortes proportions.
Je n'ai pas trouvé d'inscription parmi ces ruines. Niebuhr, qui ne vit pas Yammouni, mais qui recueillit à ce sujet diverses indications ', parle d'inseriplions. C'est chose remarquable cependant que l'absence ordinaire de toute inscription dans les temples relatifs au culte d'Adonis. À Fakra même, les inscriptions ne sont pas sur le temple, et c'est indirectement que nous apprenons à quel dieu il était dédié.
Le lac El-Yammouni ou Leimon a été vu de loin par la plupart des voyageurs qui ont suivi la route de Baalbek aux Gèdres; mais personne,
jusqu'à notre siècle, ne descendit au bord et ne vit les ruines qui sy
trouvent. Le colonel Callier, M. Edward Hogg, M. Edward Hildebrandt et M. de Forest? ont, les premiers, visité les ruines que nous venons de décrire. Bien avant la découverte de ces ruines, une idée s'était présentée aux voyageurs érudits *. Zosime * place près du temple d'Aphaca (roÿrou Shiow») un étang (Au) semblable à une piscine faite de main d'homme,
où l'on venait consulter le sort en faisant flotter sur l'eau des objets d’or
1 Reisebeschreib. Th. UT, p. 91. dentification d'Aphaca et d’Afka. Je nommerai Maun-
2 Voir Ritter, XVII, Erdkunde, p. 30h et suiv.; drell, Pococke, Brocchi, Mannert, Hogg, Thomson. Journal of the American Oriental Society, IT, p. 355. Cf. le Commentaire de Kruse sur les voyages de Seetzen 3 Le P. Bourquenoud (Études sept.-oct. 1863, (Berlin; 1859), p. 102, 108, 104, 119, 190.
p. 853) me défie de nommer personne qui ait nié Vi- 4 Hist.L, vu.
Re CO DEN E n SE LT Sat te DIU E tu tu ve SRE RON NEO PMR DANS SES
CAMPAGNE DE BYBLOS. 307 ou d'argent, des toiles et des étoffes. Comme on ne trouvait dans cette région du Liban autre lac que celui d'ÉI-Yammouni, presque tous les savants furent d'avis d'identifier ce lac avec la A4uwn de Zosime !. Cette identification paraissait d'autant plus naturelle que le nom de Birket el- Vammount, qu'on écrivait Leimoun, Limon, se laissait dériver assez naturellement de Aurn°. On entendait alors le æxoso»r de Zosime dans un sens large. Mais il est impossible d'admettre cette hypothèse *. D'abord la distance considérable de Yammounti et d'Afka est une difficulté capitale. La distance d'Afka au lac Leimoun est d'environ douze kilomètres en ligne droite, et les accidents de la montagne la rendent en réalité bien plus considérable. Zosime présente le lac comme près du temple eten connexilé immédiate avec le temple. Or les deux points précités sont séparés par des hauteurs inaccessibles; ils sont dans des bassins tout à fait différents el qui n'avaient pas de rapport Pun avec lautre. En outre, Zosime compare la un d’Aphaca à une piscine faite de main d'homme. Or le lac Yammouni ne suggère nullement une pareille idée. Enfin le prodige que Zosime semble placer dans le lac, ce feu qu'on appelait wramie, qui venait à certains Jours se précipiter dans l’eau, Sozomène" le place dans le fleuve Adonis, et à vrai dire, 1l n'avait de sens que là, car e’était sûrement une image de lunion de Vénus et d'Adonis.
Si Afka est l'ancienne Aphaca, le lac Yammouni n’est donc pas la Xéurn de Zosime. Mais la découverte des ruines d’un grand établissement religieux sur le bord du lac Yammouni sugoéra une nouvelle hypothèse. Ce temple ne serait-1l pas le temple même de Vénus Aphacite ?? L'antique
Aphaca ne doit-elle pas être placée à Yammouni? Le &Ancér de Zosime
1 Cest déjà l'opinion de Maundrell et de Pococke; 4 Hist. eccl. I, 5. Sepp est du même avis, Jerusalemund dus Heilige Land, 5 Ce fut l'idée de M. Hogg, le premier qui ait HMS 306: décrit les ruines de Yammouni. Pococke (Description ? Ce qui rend cependant cette étymologie peu ofthe Bast, vol. IF, part. 1, p. 105-106), qui n'avait probable, c’est que la vraie forme est El-Yammouni, pas vu les ruines, a été entraîné à placer Aphaca et que ce nom est proprement le nom du village en pleine Gœlésyrie, erreur qui surprend chez un situé près du lac et d'où le lac a pris son nom. homme si savant et si judicieux.
3 Cestce qu'a vu Robinson (Bibl. Res. IL, 607).
est alors pleinement justifié. En outre le temple d'El-Yammount est bien sur la route même de Byblos à Héliopolis, comme le veut Zosime. En troisième lieu, la transportation opérée par Constantin des habitants d’Aphaca à Héliopolis s'explique mieux dans cette hypothèse. À Yammount, on est déjà en Cœlésyrie. À Afka, il semble qu'il eùt été plus naturel de transporter sur la côte les habitants dont on voulait détruire le culte et les habitudes. Mais ce sont là des inductions fort peu concluantes. D'abord, la difficulté tirée de la comparaison avec une piscine subsiste dans toute sa force. En second lieu, Yammouni n'est pas à moitié chemin de Gébeil à Baalbek; il est bien plus rapproché de ce second point. En troisième lieu, Eusèbe et Sozomène placent Aphaca en Phénicie !; or Yammouni est en Cœlésyrie. En quatrième lieu, Yammouni remplit très-mal une autre condition assignée par Eustbe et Sozomène à l'emplacement d'Aphaca, c'est d'être situé sur les plus hauts sommets du Liban, à» axpopelas uéper ro ASdvou. Quoique le lac Yammouni soit très-haut au-dessus du niveau de la mer, il n’est pas fort élevé au-dessus de la Cælésyrie, et de ce côté, l'endroit où il se trouve ressemble beaucoup moins à un sommet qu'à un trou au pied des montagnes. D'ailleurs, toutes les inductions du monde se trouvent fables auprès des arguments déeisifs qui nous font identifier Afka et Aphaca. (Voir ci-dessus, p. 299-300.)
Mais si l'ancienne Aphaca doit être laissée à Afka, si la Xuvn de Zosime ne peut être le lac El-Yammouni, où placer cette Xiuwn ? Selon nous, cest à tort qu'on à voulu voir dans ce mot un véritable lac. La circonslance que la Au en question ressemblait à une piscine faite de main d'homme me porte à la chercher dans un de ces bassins qui se voient à Afka au-dessous du temple et qui reçoivent les cascades de lAdonis. L’aspect rond et régulier de ces bassins à frappé tous les voyageurs. Seetzen, Richter, Robinson les regardent comme artificiels. Peut-être autrefois
1 Eusèbe, Vita Const. WI, 55; De laud. Const. vin; Sozomène, Hist. ecel. I, 5.