ROIS
L'inscription a dû décorer les quatre côtés d’une table à hibations. C’est encore ]
l'œuvre d’une main égyplienne; mais le personnage qui y est nommé porte la quali-
8YE ? Ï oc | 1
fication | qui désigne les étrangers. H paraît s'être appelé Pen-amon, nom qui est cependant bien purement égyptien, et porte la qualification de chef, qui a pu être civile ou militaire. On aperçoit encore la fin d’un second:nom propre, portant également le signe distincuif |
Ces deux derniers objets ayant sans contredit été apportés tout faits de l'Égypte, leur présence sur les côtes de Phénicie, si elle était un phénomène isolé, pourrait s'expliquer par un hasard, surtout par l'habitude qu'ont eue les marins de tous les temps de prendre pour lest de leurs navires les débris qui leur tombent sous la main. Mais d’autres fragments semblables, dont nous parlerons plus tard, ne comportent pas cette hypothèse.
5° Un cippe (pl. IV, fig. +), formant un prisme triangulaire, aux trois faces duquel est sculptée en haut-relief une statuette, surmontée du globe ailé et flanqué d'urœus. Ce monument a beaucoup de rapport avec les monuments néo-phéniciens de Byblos, du temps des Antonins.
6° Un beau bas-relief en albâtre, de travail grec (pl. IV, fig. 1),
CAMPAGNE D’ARADUS. 29 d'un grand effet, malgré sa mauvaise conservation. A l'envers, se voit un travail réticulaire, sur l’âge duquel nous n’osons nous prononcer.
7° Une tête assez belle (pl. IV, fig. 5 ); une autre tête surmontée d’une sorte de modius; un fragment de lit funèbre (pl. V. fig. 2); une patte de sphinx; plusieurs ex-voto, consistant en seins de femme (pl. XXIT, fig. 2 ); quelques fragments de bas-reliefs (pl. IV, 2); un morceau d'une frise en marbre, représentant des feuilles de vigne et des grappes; des débris de statues de l’époque romaine’. Les têtes sont cassées, selon une loi générale de l'archéologie syrienne. L'esprit singulièrement iconoclaste qui, à diverses reprises, a soufflé sur le pays, s’est surtout attaqué à la figure humaine. Presque toutes les statues trouvées en Syrie ont la face violemment brisée.
Ces restes attestent que l'art grec prit à Aradus des développements plus délicats que sur aucun autre point de la Phénicie. Les textes nous l'apprenaient du reste. La légende de saint Pierre le fait s'arrêter à Aradus pour admirer des colonnes extraordinaires et des peintures de Phidias ?.
Quant aux inscriptions de Ruad, elles consistent surtout en socles eylindriques, en basalte noir où en granit gris, ayant servi de base à des statues. Ges bases sont nombreuses à Ruad. Sept d’entre elles furent d’abord publiés par le père Secchi® sur des copies fournies par MM. Guys et de Bertou. Elles sont reproduites et corrigées dans les suppléments du t. TT du Corpus inscriptionum græcarum, sous les n° 4536 c, d, e, f, p, h, à. Ges inscriptions ont été revues en 18/45 par M. Thomson, qui, ne connaissant pas la publication du père Secchi, en a donné de nouvelles et assez médiocres copies, sur lesquelles M. Woolsey a fait de bonnes conjéctures”*. Un de ces cippes à disparu ou n'a été caché. C'est le n° 4536 f
! À mon premier voyage de Ruad, je vis chez 11, VIT, 26; Pseudo-Abdias, 1. T, ce. x. (C£. Nicé-
Abdelbaki une tête casquée assez belle, mais marte- phore, Hist. ecel. 1. IT, c. xxxv.)
lée, et une tête de lion, qui ne se relrouvèrent pas 3 Inscrizioni greche trovate in Arado.…. illustrate dal quand M. Gaillardot conclut avec lui l'achat de ses P. Giampielro Secchi (Roma, 1838).
antiquités. Bibliotheca sacra, t. NV, p. 2592-53 et 586-87
? Recoon. Pseudo-Clem. Hom. xn, 12, ou 1. V, (New-York, 1848).
du Corpus. Jai rapporté les six autres’. Pour un d’entre eux, il faut réformer presque entièrement la lecture proposée par MM. Secchi, Franz
et Woolsey. Cest le cippe n° 4536 4 du Corpus?. H faut lire :
OEON KOMMOAON HTTOAIC:
M. Egger me communique sur cette inscription la note suivante :
Nous avons ici l'inscription complète et très-bien conservée d’une statue que la ville d’Aradus avait érigée à l'empereur Commode après sa mort. Parmi les nombreuses dédicaces en l'honneur des Césars qui se sont conservées sur les marbres, celles qui s'adressent à Commode semblent particulièrement rares. Au moins n'en ai-je remarqué que deux dans les trois premiers volumes du Corpus (n° 1736, dans une ville de Phocide, sous Septime Sévère; inscription reproduite dans Franz, Elementa epioraphaces grecæ, n° 134; et Corpus, n° A315 s, dans une ville de Lycie). Cette rareté relative n'est peut-être pas un effet du hasard. I semble qu'elle tienne au juste discrédit où dut facilement tomber après sa mort un monstre tel que Commode, bien qu'il eût reçu, comme ses prédécesseurs, l'honneur, devenu régulier, de l’apothéose. (Voir la We de Commode par Lampride, e. vin et xwr, et celle de Sephime Sévère par Spartien, c. xI.) On sait par le même Lampride quelle fut la joie du sénat et du peuple à la mort de ce prince; son nom se distingue encore sur des monuments où il était effacé dès l’antiquité. (Voir Orelli, Mnseript. lat. e. xxr, $ 13.)
Une mention du Dieu Commode se lit, mais incidemment, dans une inscription de Lacina en Phrygie (Corpus, n° 3956 b); enfin un petit monument grec en l'honneur de Commode, encore vivant, s’est conservé à Rome (ibid. n° 6505). Cest la base de quelque buste ou statuette de ce prince, sous laquelle deux de ses affranchis ou plutôt de ses esclaves (car, s'ils étaient affranchis, ces deux personnages ne manqueraient pas de se faire honneur de leur nouvelle condition) ont écrit :
To» xüptor Kéuuodov Aduvos xai Xdpnyos.
Remarquons, en passant, que l’un de ces personnages parait avoir été syrien. Le nom romain grécisé Adpvos (Dominus), qui s'applique singulièrement ici à un esclave, se retrouve dans une inscription grecque d'Apamée (Corpus, n° L477), dans une
1 Voir notre pl. V, fig. 6, 7, 8. fait habituelle chez les Grecs et les Romains, comme
? Voir notre pl. V, fig. 1. Va démontré M. Letronne dans un chapitre spécial
5 Sous-entendu Gvéfyuer, dvéolnosr Où éréuyoer de ses Recherches sur l'histoire de l'Égypte, qui a été
(cf. Corpus, n°° 3193, 3818, 4443 c). L'ellipse du reproduit avec des additions de l'auteur dans la Revue verbe qui signifie ériger, élever, dédier, ete. est tout à archéologique de juillet 1850.
autre près de Tripoli (n° 459 8), et, au féminin, Adurn, dans une inscription de Panéas (Le Bas, Voyage archéol. part. VI, n° 1894), et dans le nom historique de Julia Domna (Eckhel, Doctr. num. vet. &. NIL, p. 194 et suiv.). Il a pour dérivé le nom Aouviwos, que porta un philosophe grec de Syrie, de l'école de Proclus (Suidas, au mot Aopvivos).
RE coue
Le n° 1536. du Corpus doit être corrigé ainsi! :
APIZTONAAZKAHMIAAOY IEPEAKAIZAPOZZEBAZTOY MPOBOYAONTONNAYAPXH ZANTONAOYKIOZYIOZ
ÂpioTova AoxAnmiddo, ispéa Kalapos Ze6aoloÿ, Gpééoulor Tor VAUQPYNgdvTruy, Aoÿuos vids.
Aniston a dû être le président (cf. le Corpus, n° 2360, et Franz, Ælementa. ete. n° 80 [ pus, ; » ;
d'un conseil ou d’une corporation composée probablement des anciens commandants de
la marine. Malgré sa solennité, cette expression ne doit pas nous étonner dans une de
Ss
ces petites villes qui avaient conservé, aux premiers temps de la domination romaine, une organisation municipale et militaire assez complexe.
Le vatapyos ou amiral figure comme magistrat éponyme sur un monument d'Abydos (Corpus, n° 1 60); le vewmoids, ou ingénieur en chef de la marine, figure, au même litre, sur un monument d'Halicarnasse (Corpus, n° 2656), et jusque sous l'administration impériale on trouve, à Paros, l’année civile marquée par le nom d’un værods (pour væomoids, Corpus, n° 2396; cf. 2994 a, b). Quant à ces doyens de l'amirauté aradienne, dont le nom paraît pour la première fois sur notre monument, leur conseil ou BouXr (comme le mot Gpô6ou}os nous induit à l'appeler) offre quelque analogie avec les «anciens» (oi mpeo&ürepou, ro peur), que l'on voit constitués en corps politique à Chios, où leur chef portait le titre d'épycor (Corpus, n° 2290, 999 ie avec les vaÿpol (pour vewpoi), « gardiens ou surveillants | de l'arsenal? |de la marine , » que nous trouvons dans une inscription dorienne de Messine en Sicile, fort bien expliquée par M. Franz (Corpus, n° 5615); peut-être aussi avec une corporation qui, dans la ville d'Éphèse, portait le titre singulier de vau8æroüvres (Corpus, n° 2993). L'importance de la marine locale sur cette côte et parmi les populations de la Phénicie est attestée par bien des preuves, et, entre autres, par une inseripion de Délos ( Corpus, n°2271, et Le Bas, Voyage archéol. Inser. IL, n° 1915), que nous possédons aujourd'hui au Musée du Louvre, et qui contient le décret de la corporation des «marchands «et marins de Tyr» en l'honneur d'un de leurs protecteurs (T0 xowov Tv Tupéwr Hpaxkeol@r éumépur vai vaux] par).
Le personnage qui a fait élever le monument, et qui est le propre fils d'Ariston,
1 Voir pl. V, n° 8.
porte un nom romain; car, si la forme Aetxwos désigne également des personnages grecs ou des Romains, suivant qu'elle est dérivée de l'adjectif Aeuxos (exemple dans Beulé, Les monnaies d'Athènes, p. 325, 373, et dans Rangabé, Antiquités helléniques, n° 1074), ou qu'elle est transcrite du latin Lueius (exemple dans Rangabé, Antiq. hell. n° 965), la forme Aovxos ne saurait avoir que cette dernière valeur ; et elle l'a en effet sur le cippe du centurion Septimius, dont nous donnons plus bas l'inscription bilingue. Mais alors on peut s'étonner que ce prénom ne soit pas suivi du nom d'Ariston, que, suivant toute apparence, le fils devait porter comme son père. Toutelois une inscription athénienne du temps de Septime Sévère nous présente un archonte désigné par ce seul nom : mi Aouxlou &pyovros (Corpus, n° 287; Franz, Elementa, ete. n°1 07). Aodros peut donc être accepté comme nom propre, quoiqu'il n'ait été d’abord qu'un prénom, comme il l'est encore dans l'inscription d'Aphrodisias, au Corpus, n° 2803, où figure un Aovuos Aÿpyluos. Au temps où nous reporte l'inscription d'Aradus et dans le pays où elle a été écrite, le mélange des populations était si fréquent et si intime que la confusion de pareils noms n°y a rien que de très-naturel.
Le mot iepeÿs est la traduction la plus ordinaire de sacerdos où flamen; néanmoins on peut citer quelques exemples (Gorpus inscr. grec. n° 3187 et 3726) du mot ce- &acloQdvrns employé dans le même sens. Quant au culte même d’Auguste et à la fonction de prêtre ou flamine d'Auguste exercée par Aniston, rien n'est plus connu des antiquaires. (Voir, en général, sur ce sujet, Egger, Examen critique des historiens de la vie el du règne d'Auguste, p. 98, 101, 296, 360 et suiv. Lo3.) Arrien, dans ses Mémoires sur Épictète (1, 19), nous offre une page intéressante dirigée contre un personnage qui prétendait à la dignité de prêtre d’Auguste. Ce qu'il importe de noter ici, c'est que, si les caractères paléographiques du monument d'Aradus el l'omission du mot Geo (Di) à côté de Kaloapos 3e6aooÿ permettent de le faire remonter au temps d’Auguste lui-même, l'histoire permet aussi d'accepter cette attribution; car on sait que, dans les provinces, sinon à Rome, Auguste autorisa le culte de sa propre divinité, Parmi les nombreuses inscriptions grecques qui se rapportent à ce culte, nous citerons les numéros suivants du Corpus inscriptionum præcarum : k78, à Athènes, et 2696, à Mylasa, où le nom d'Auguste est associé à celui de la déesse Roma; 1238, à Tlos en Lycie; 29)7, à Éphèse; 3604, à Ilium, près de l’ancienne Troie; 3569, à Assos, où est mentionné un prêtre du dieu Gésar Auguste; Lo39, à Ancyre, où l’on voit des fêtes en l'honneur d'Auguste et de la déesse Rome; 2087, près d'Olbia, ete.
Je remarquerai en terminant que la fonction de prêtre, iepeÿs, se trouve unie à celle de æpd&ouhos dans l'une des inscriptions de Termessus qui nous offrent des exemples de cette dignité municipale (Corpus, n° 4366 e; ef. 4365 et 1366 1)
Je n'ai aucune correction à faire aux n% 4536 c, d, e, g, tels qu'ils
sont dans le Corpus. Le n° 4536 d porte Ansoxpérou, comme l'avaient
CAMPAGNE D’ARADUS. 33 conjecturé les précédents éditeurs. Le n° 4536 « à été brisé depuis le passage de M. Thomson; je n’en ai qu'un fragment.
Voici les inscriptions nouvelles qui ont échappé à mes devanciers. Je les ai toutes rapportées.
1° Sur une base ronde, analogue aux précédentes :
KAZEIONZ
Kdooiov..:..
Mapuuou....
vion Eùtaæ....?
2° Une autre base ronde, identique aux bases précédentes pour la malière et la forme, ne porte pas d'inscription ancienne; mais on y lit des caractères grossièrement gravés, dont quelques-uns ressemblent à des runes, et dont d’autres paraissent provenir de marins français qui auraient
touché à Ruad en 1639 ou 1633. En voici le fac-sinule :
WEHS0IS : THOMAS-:1632
FCO PTE DES Liv ps w pc. MST SUR
seau
3° Sur un cippe carré, avec corniche
M:SEPTIMIO -M:F:FAB:MAGNO:} LEG-XX-V-V-ITER:ET-LEG:-I-MINER:ET-LEG:X-FR : Il L:SEPTIMIVS : MARCELLVS: FRATRI: OPTIM MAPKUHI: ZENTIMINI : MAPKOY : YIW1: AB: MAT NII AETENNOS:r : #5: TO-B-KAÏI:LET-A-ZKYOIKHE - KAI NET -K-OYAAEPIAZ: NEIKHbOPOY : To-B:KAI:AET - A: MINEP OYIAZ:KAÏI:AET -1:DPETHNEIAZ:TO:B à AOYKIOZ: EENTIMIOZ : MAPKEAAOË : AAEAG(U): : AT AOUI
1 Voir planche XXIT, figure 10.
Marco Septinio Marc fiio Fabia (hibu) Magno centuriont
lepionis ter | Galhicæ] terum et lemionis quartæ Scythice et
lemioms vigesimæ Valerie Vichricis vterum et legionis prime Mnerwiæ et lepionis decimæe Frelensis iterum
Lucius Septmius Marcellus fratri optio.
Mopaer Denipior Mdpnov vit DaGia Mdyrvcot ÉxaTONT ON
Xeyeüvos rpirns [Taharimi|s To detTepor ai Aeyeévos Terdprns Exvbis nai
}eyeüvos eixooîñs Oùaeplas Num@odpou TO deÜTepor xœi Àeyedvos GpOTNs Mwepovlas xai eyetvos dexdrns Dpernvolas To dedrepor
Aoduos Serluos Mépuekkos dde)Qér dyabcu
C'est linscriplion funéraire d’un centurion romain, qui était devenu citoyen de la ville d'Aradus, comme le montre la dédicace honorifique reproduite dans le Corpus inseriphonum præcarum, n° 4536 y, et dont le texte original a été rapporté par la mission. Je résume ainsi les observalions que.celte inscription a sugpérées à M. Egger et à M. Léon Renier :
Parmi {es légions où a servi ce M. Septimius, il y en a deux dont le nom peut causer quelque embarras. C'est d'abord la dixième Fretensis, que l'on ne connaît guère que par des témoignages épigraphiques. La transcription grecque en est incorrecte, comme il arrive pour les cas où une terminaison latine n'avait pas d'analogue dans l’autre langue. Pourtant elle est plus rapprochée du latin que la lecon Dpertiotus, employée, pour désigner la même légion, dans une lettre de Marc-Aurèle traduite en grec chez saint Justin (Apologie, IL, & 1, p. 210, éd. Otto). On consultera utilement, pour plus de détails sur ces transcriptions et traductions du latin en grec, l'ouvrage spécial de Wannowski, Antiquilates romane e græcis fontibus explcatæ (Kænigsberg, 1846, in-8°), surtout à la page 239, où sont réunis les noms de légions romaines qui se rencontrent dans des auteurs grecs. Le nom de la lepo decima Fretensis se retrouve plusieurs fois sur les monuments latins, particulièrement n° 3368 et 3369 du Recueil d'Orelli, dans une liste des légions romaines, et n° 496, 5451, 5458, G5o, 6911, où figurent des officiers supérieurs de cette légion.
L'autre nom, celui que l’on distingue avec peine à la ligne 2 du texte latin et du texte grec, où il a été évidemment effacé avec intention, est celui de la lépion tertia Gallica. Le nom grec a disparu; mais le latin permet de lire certainement GAL, La
! Cest ce qu'a bien vu M. Frœhner, Phlologus bliées par M. Frœhner ont été copiées par lui pen-
de Gætlingue, 19° année (1862), p. 135. Je re- dant que nos monuments étaient exposés au musée marque une fois pour toutes, afin d'éviter le re- Napoléon III, et à une époque où notre travail épi-
proche de reproduire des textes déjà publiés, que graphique était déjà commencé, les seize inscriptions de la Mission de Phénicie pu-
légion terha Gallica séjourna longtemps en Orient !. On a d'autres exemples d'inseriptions, dans le Hauran, où son nom a été pratté (Corpus inser. grec. n® A5A8 et 1554; cf. Mommsen, Corpus inser. lat. Syrie ?, n° 206 et 207).
On sait qu'une autre légion, la tertia Augusta, ayant trempé, peut-être sous les ordres de Capellien, dans un mouvement en faveur de Maximin contre les Gordiens, et ayant été licenciée après la chute de Maximin, vit son nom effacé sur une foule de monuments. Les exemples en sont très-nombreux en Afrique, où la lépion avait son quartier général (voir nser. rom. de l'Ale. de M. Léon Renier, n° 4, 19, 25, 26, 31, Ao,th1, 46, 61, 62, 98, etc.). La légion tertia Augusta, d'ailleurs, avait été en Orient. Au n° 90 du recueil de M. Léon Renier; des soldats de cette légion font allusion à leur séjour en Syrie par les mots : r'epressi de expeditione felicissima orientali. C'est en se fondant sur ces faits, sortis de la riche moisson épigraphique de l'Algérie, que l'on a pu supposer, avec vraisemblance, que la lésion dont le nom est effacé dans la célèbre inscription du Nahr el-Kelb était la terti Augusta. La légion qui travailla à la route du Nahr el-Kelb, en effet, portait l'épithète de Antonimiana; cette épithète se rencontre ailleurs (/nser. rom. de l'Alo. n° 1645) appliquée à la tertia Augusia; on ne l'a pas encore trouvée appliquée à la tertia Gallica. Mais, quelles que ce soient ces apparences, il semble bien que la légion dont le nom est gratté au Nabr el-Kelb est la même que celle dont le nom est gratté dans notre inscription. Or le nom est illisible au Nahr el-Kelb, il se lit ici avec une parfaite clarté. Ajoutons cependant que, si c'est le nom de la tertia Gallica qui est gratté au Nabr el-Kelb, on ne conçoit pas comment il n'a pas été rétabli après la très-courte réaction politique qui amena sa disgräce. La légion continua de résider en Orient, et elle devait tenir à honneur de figurer dans une inscription si monumentale.
Du reste, les rapports des deux légions furent intimes à une certaine époque. On trouve dans la légion tertia Augusta plusieurs soldats qui avaient servi auparavant dans la trtia Gallica. Le n° 1409 des Inscriptions romaines de l'Aloérie nous offre un L. Septimius Maximus, tribun de la tertia Augusta, qui était de la même tribu et pourrait bien avoir été de la même famille que le Septimius de notre inscription aradienne.
La date de notre inscription est sûrement postérieure à l'avénement de Septime Sévère, comme le prouve le nom de Septimius porté par les deux personnages qui y figurent. D'un autre côté, le fait pour lequel le nom de la tertia Gallica fut gratté s'étant passé, à ce qu'il semble, sous le règne d'Héliogabale“, on n’a le choix qu'entre un petit nombre d'années, de 200 à 220 à peu près. C’est, comme nous le verrons, l'époque où l'on écrivit le plus d'inscriptions en Syrie.
1 Voir Henzen, dans les Ann. de l’Inst. de corresp. remis, en mai 1863, tous les renseignements que archéol. 1860, p. 54, et Corpus inscr. præc. n° A5ho j'avais sur les inscriptions latines de la Syrie. 1 8 > h5hh, h57a. % Henzen, loc. cit. p. 54-55.
? Ce volume n’a pas encore paru. Je dois la com- * Mommsen, Loc. cit.
munication des épreuves à M. Mommsen, à qui je
Quant à la teneur générale, on pourra comparer cette épitaphe d'un légionnaire, rédigée par un frère du défunt, à l'inscription de Tralles (Corpus, n° 2941), où l’on
voit un Aurelius Onesimus également honoré par son frère.
h° Une petite base en calcaire grossier.
La statuette (cf. Corpus, n° 3164) devait être encastrée dans le creux pratiqué à la partie supérieure; la partie postérieure de la pierre se prolongeait de manière à entrer dans un mur. Sur le devant on lit, en caractères très-grossiers :
. EMOIHC
EYXAPICTUW THNEMECEI
Le dernier mot est fort difiicile à lire. I ne laisse cependant aucun doute à un œil attentif.
Sur la face de gauche, à la hauteur de la première ligne :
EICIAWPA
Au côté droit, sur la même ligne, on lit EN, suite de ETOIHC En réunissant les trois faces, on obtient :
Eicidwpa émooer Edyapioîc Ti Neuéce!
On aurait donc là la formule d'un remerciment à la Némésis par une femme nommée Isidora. Ces vœux ou remerciments à la Némésis ne sont pas sans exemples. (Cf. Corpus oser, grec. n° 2663, 3164, 4537, 4683 d; Gruter, p. 80, n° 1.) Les formules Hpooxuvé& r9v Néueouw ou Tv A pole élaient sans cesse dans la bouche des anciens, comme des conjurations contre la jalousie du sort'. Peut-être aussi est-ce le monument qui parle et remercie la Némésis.
Une Isidora, Milésienne, nous est connue par l'inscription n° 521 du Corpus. Le masculin Îcédwpos est encore plus commun, et par conséquent il n'y à aucune inducüon à lirer du nom même que porte l’auteur de la dédicace conservée sur le petit monument d'Aradus. Il faut pourtant remarquer que, dans un précieux fragment de Diodoresde Sicile (XXXIIE, Fragm. y) relatif à l’histoire d’Aradus et de Marathus durant la période de leur autonomie, figure un Marathien nommé Isidorus.
Sur les edyapio mpix, en général, on pourra consulter Franz, Elementa epioT.
1 Eschyle, Prométhée, v. 935; Sophocle, Philoct. xxvin, 5. Voir Ed. Tournier, Némésis et la jalousie des v.776; Platon, Républ. 451 à (éd. Stallbaum); Pline, dieux (Paris, 1863), p. 166, 2392-33, 9246-47.
grecæ, p. 83, 290, 335; et Egger, Mémoires d'histoire ancienne et de phalologie, p. 410 et suiv.
»° Petit cippe oblong, caractères de basse époque ! : ZNÉNEZ WNOE WAZXK AE WANE OHKE
Levélov Sels Âcx|Anmi|& dvé|Onue :
Dédicace d’une statue ou autre offrande à Esculape, qui n'est autre que le dieu phénicien Eschmun, par un citoyen d'Aradus, dont le nom n'a peut-être que l'apparence d'un nom grec. C'est à tort que M. Frœhner lit Zeÿ£cos ?.
Le Corpus inscriphionum præcarum, n° 2596, nous offre le texte d'une inscription rhodienne du musée de Leyde :
Ziivor Naotuou Âpädos GpdËevos Air GOThpt où lon voit un Aradien, Zénon, fils de Nahum, exerçant les fonctions de « proxène, » c'est-à-dire d'hôte public des Rhodiens, et dédiant, comme notre Zeuzon. une offrande à un dieu, Jupiter Sauveur.
6° Un fragment d’une plaque de marbre :
€ETIIA
Éri À... (est, à ce qu'il semble, le commencement d'une date indiquée par un nom de magistrat dont l'initiale était À.
La forme des lettres n'indique pas une haute antiquité.
7° Un fragment de plaque de marbre; caractères de l'époque chréenne :
Ï Invictis A[upushs |
.….. Wir perfectissimus, præses.
1 Voir pl. XXIT, fig. 6. avait posée sur le cippe, au musée Napoléon II, 2? Philologus, XIX, 136. Cest par inadvertance faisait corps avec le monument.
aussi que M. Frœhner a cru qu'une petite tête qu'on
Fragment d’une formule de dédicace avec l'adjectif invictus ou invichissimus, comme on en trouve un si grand nombre en l'honneur des empereurs, surtout depuis le commencement du mn siècle. (Cf. dans Orelli, /nser. lat. n° 9 et 4 1/10.)
VP paraît être pour ww perfechssunus, ütre honorifique des gouverneurs de provinces, comme dans l'inscription n° 1 39 du Recueïl d'Orelli. PR est probablement l'abréviation de preæses (prouincæ); voir les Indices de G. Henzen, dans son volume supplémentaire au Recueïl d'Orelli, p. 113, col. 2 et215, col. 1.
Je ne saurais dire si ces’trois derniers objets proviennent originairement de l'ile ou du continent voisin. , On me présenta, en outre, deux manches d’amphore ou diota avec des
inseriphons. L'un portait :
enICu [KP]ATEYC
L'autre, que j'achetai, porte seulement ZWKPATEYC, suivi d’un flam-
beau renversé. Je dois la note suivante à M. Epger et à M. de Longpérier :
Ces deux morceaux paraissent être de provenance rhodienne”. Le flambeau et les caractères sont d’une bonne époque.
EAKPATEYE est pour Zwxpdreos, Swxpdrous (cf. Corpus, n° bla, b7b1), cestà-dire le géniif dorien du nom propre Zwxpdrns, désignant un magistrat municipal sous l'administration duquel a été fabriquée l'amphore dont il nous reste ce débris.
Le même nom et le même signe se retrouvent sur des amphores publiées par Stoddard, dans les Transactions of the Royal Society of hterature, 2° série, €. TT, p. 341 et suiv. et, dans Birch, History of pottery, t. IL, append. CF. Corpus, L. IT, præf. p. xx, ébn 5301, 0473.5b33, HG b7b4; CIM p.262, n°178, 79,80; de Gilles, Antiquités du Bosphore Cimmérien, n° 55 ; Becker, dans le Bulletin lustorico-phalologique de l'Académie de Saint-Pétersbouro', 1854, n° 68.
Dans le second fragment, En est sous-entendu, comme on le voit sur d’autres monuments de ce genre, où le génitif, employé seul, paraît avoir une valeur analogue à celle de l’ablatif latin dans les dates consulaires.
On compte aujourd'hui par centaines les monuments de ce genre, où les empreintes paraissent avoir eu pour objet, moins encore de marquer la date de la fabrication par le nom d'un magistrat éponyme, que de constater, par le cachet de ce magistrat, soit l'acquittement d'un droit d'exportation, soit la contenance légale de chaque vase. (Voir
! Les rapports des Rhodiens et des Aradiens fu- commune des deux peuples, et même identifier leurs
rent continus, (Cf. Corpus inscragrec. n° 2526; Vi- noms : sn, devenu de nos jours sis, Ruad, a pu truve, X, 22 (16).) On peut croire à une origine devenir Rod pour Arod.
GAMPAGNE D'ARADUS. 39 là-dessus d'abondantes explications dans la préface de M. J. Franz, en tête du troisième volume du Corpus inscriphonum græcarun.)
Pendant que les fouilles, troublées et incomplètes, dont j'ai parlé s’eflectuent au sud de l’île, nous étudions dans la partie de l'ouest et du sud la plus grandiose et la plus authentique construction de l'ancienne Phénicie !, Je veux parler de ce mur extraordinaire qui ceignait autrefois toute l'île, et qui servait à la fois de défense contre l'ennemi? et contre les flots. Le mur s'élève sur les derniers arrasements des rochers (arrasements naturels comme nous lexpliquerons plus tard), en sorte qu'il domine à pie une eau assez profonde. I se compose de prismes quadrangulaires de trois mètres de hauteur sur quatre ou cinq mètres de long, superposés tantôt sans art et même avec des négligences étranges, certains endroits offrant des joints verticaux superposés, tantôt, au contraire, avec des attentions raflinées (voir pl. Il). Les assises sont quelquefois régulières, de petits blocs fermant les vides et opérant un Jointement très-parfait; d’autres fois la superposition des blocs n'offre aucun ordre rigoureux, bien que les lits de pose soient toujours horizontaux. L'idée dominante des constructeurs a été d'utiliser le mieux possible les beaux blocs. Apporté sur place de la carrière voisine, le bloc a en quelque sorte commandé sa place. On lui a fait le lit le plus avantageux, sans lui demander aucun sacrifice de sa masse, et l’on a fermé autour de lui avec de moindres matériaux. C'est à un principe de construction fort ancien, que nous retrouverons à Amrit. On ne voit aucun ciment. Les assises, qui sont en certains endroits au nombre de cinq ou six, posent sur une base de rochers taillés. Je ne pense pas qu'il y ait au monde de ruine plus imposante, ni d'un caractère plus tranché. Nul doute que nous n’ayons là un reste de la vieille Arvad, un ouvrage vraiment phénicien, pouvant
servir de criterium pour discerner les autres constructions de même ori-
! Pococke, Eusèbe de Salles, Thomson, Walpole ? Sur les talents des Aradiens en fait de polioront bien vu ce caractère de haute antiquité. (Cf. Rit- cétique, voy. Vitruve, X, 22 (16).
ter, XVII, 869.)
gine. Il est construit tout entier avec la pierre même de l'île, et est sorti des vastes fossés qui s'étendent maintenant entre la ville et le vieux mur.
La face orientale de l'ile, celle qui regarde le continent, n'est protégée par les murs qu'à ses extrémités; le milieu rentre dans l'ile et forme le port, autrefois séparé par une large jetée en deux bassins. Ces deux bassins sont très-ensablés, moins que ceux de Sour cependant, et ne répondent point par leurs dimensions à l'idée qu'on se fait des ports qui ont dû contenir les flottes d’un peuple qui, pendant des siècles, a partagé l'empire des mers avec les Tyriens. [ls supposent des navires de fort petite dimension. Le port d’Aradus, en somme, ressemble aux ports de Tyr et de Sidon; mais il l'emporte de beaucoup pour le mouillage, qui est le meilleur de la Syrie. La population est encore aujourd'hui composée de marins, et est en possession de tout le cabotage des côtes voisines.
Enfin, nulle part plus qu'à Ruad on n’est frappé de ces gigantesques travaux dans le roc, qui sont le trait dominant de la Phénicie et de la Palestine. Les belles citernes antiques’, qui servent encore de nos jours, ont attiré l'attention de tous les voyageurs. Le château sarrasin est fondé sur des substructions de rochers taillés d’un fort beau caractère. L'espace ou fossé qui s'étend derrière le vieux mur est comme une ville hypogée?. La paroi de ce fossé parallèle au mur est creusée, dans toute sa longueur, de cavités (magasins, silos, citernes, etc.) ayant fait partie des anciennes maisons de la ville, et au-dessus desquelles s'élèvent les maisons de la ville actuelle. On peut s’en faire une idée par notre planche IE. Nulle part on ne comprend mieux qu'ici un passage de Claudius lolaüs, cité par Étienne de Byzance *, sur la fondation d’une ville phémicienne. I s'agit de la ville de Dora (Tantoura); mais on aurait pu, sans doute, en
1 Strabon, XVI, 11, 13. murs et un bassin entre les deux murs. — 5 Frapm.
? C'est gratuitement que Pococke (A Description f hist. grec. IN OSE the East, vol. Il, 1" partie, p. 202) suppose deux
CAMPAGNE D’ARADUS. Al dire autant de toute autre ville phénicienne. Dobxes..…. 4 rù vrémerpor Tôv Te aiyiahwr xai T0 mopQüpas yémuor ouvehldvTes xalids aÙTois dx0d0ugavro xai mepiSalGpevor ydpanas, ds dmnxover aÙrois T4 Tÿs épyaolas, Teuvdueror Très mérpas dià Tüv éÉcupouuévor Môwr T4 Telyn uareSdhovro, ai TN? eüopuov xnAñ» Ümws ye doQañws Éferro. Cette facon de tirer le mur de son fossé même se remarque à Ruad, à Tortose, à Anefé, à Semar- Gébeil.
Le sol, derrière les murs de Ruad, est partout formé d’un béton qui à acquis une très-grande dureté. Ce sol, cependant, peut n'être pas trèsancien. J'y ai trouvé fortement scellés des débris de briques, de marbres, et un morceau de cippe en basalte, semblable à ceux dont nous avons
parlé, portant trois lettres :