‹ Mission de PhénicieChapitre 61 sur 127 · NÉCROPOLE DE SAIDA · texte numérisé non relu

NÉCROPOLE DE SAIDA

L'idée de faire des fouilles dans les jardins de Saïda ne pouvait guère nous venir. Ge sol est remué tous les ans: 1l rendra bien de lui-même toutes les richesses qu'il peut contenir. Un point d’ailleurs, à Saïda, absorbe l'attention et la captive si exclusivement, qu'on se fait serupule de dérober pour d’autres recherches les instants qu'on peut y consacrer. Je veux parler de la nécropole, objet constant de la préoccupation de l'Europe savante depuis quelques années. Par une compensation, en effet, à la pauvreté archéologique du sol, que Tyr n’a pas encore offerte, une vraie Sidon souterraine a été découverte. Une plaine située à l’est de la ville s’est trouvée recéler une des plus précieuses nécropoles que nous ail laissées l'antiquité.

La nécropole de Sidon a été taillée dans un lit de rochers calcaires, peu saillants au-dessus de la plaine. Ce lit, de hauteur uniforme, fut sans doute, à une époque reculée, un arasement baigné par la mer, comme ceux qu'on voit sur toute la côte de Phénicie. La surface rocheuse s'est elle-même couverte d'une petite couche de terre végétale. Avant que cette vaste surface füt devenue le théâtre d’un travail archéologique assez actif!, on y remarquait seulement deux ou trois ouvertures de caveaux souterrains et un rocher isolé, taillé sur ses pans, qui formait le point

! A l'époque du voyage du colonel Chesney (The au moins un des caveaux, peut-être le caveau chré-

eæpedition for the survey of the rivers Buphrates and Tigris, lien avec des peintures et des inscriptions, décrit par Londres, 1850, 1. [, p. A7o), on s’en faisait encore Dietrich. Cf. Dietrich, Zwei sidonische Inschrifien des idées fort inexactes. Cassas (9° vol. n° 82) vit (Marbourg, 1855), p. 5 et suiv.

culminant de la plaine. Dans ce rocher s’ouvrait, à niveau du sol, une caverne, que les gens du pays appelaient Mughäret-Abloun où caverne d'Apollon'. Le sol intérieur était sans cesse remué par les chercheurs de trésors. Ge fut dans un petit réduit attenant à l'extérieur de la paroi est de cette caverne que fut trouvé, en 1855, le sarcophage d'Eschmounazar.

Une immense attente fut excitée par cette découverte; on crut tenir le centre d'une nécropole royale. Il paraissait souverainement invraisemblable que le premier grand sarcophage phénicien que l'on découvrit püt être l'unique de son espèce, le seul qui portät une inscription. Des fouilles multipliées furent entreprises, de 1855 à 1 860, autour de la caverne : elles ont produit des résultats très-importants. Mais le sarcophage d'Eschmounazar n’en demeura pas moins un morceau unique. Aucune inscriplion ne vint réaliser les espérances que les esprits les plus timides s'étaient crus autorisés à former.

C’est vers la nécropole que se dirigèrent donc tous nos efforts. M. Pérelié voulut bien nous céder le terrain voisin de la Mughdret-Abloun qu'il avait précédemment acquis et déjà en partie fouillé. M. Durighello voir le plan, pl. LXIT). Des re-

cherches avaient déjà été faites dans le vaste espace connu sous le nom

acquit pour nous le terrain situé à l'est ( de 55, Beïader «les aires. » Seul le terrain intermédiaire, appartenant à MM. Clat et Hasiräne, quoique de très-grande espérance, est. reslé en dehors de nos fouilles; d’autres y travailleront. Gomme je l'ai dit, la direction des fouilles de Saïda durant les mois de janvier, février, mars 1861, et de mars, avril, mai 1869, appartint tout entière à M. Gaillardot.

Les fouilles précédemment entreprises dans les environs immédiats de Mughdret-Abloun étaient suflisantes pour que des chercheurs guidés

1 On prononce et l'on écrit Mughäret Tabloun; mais c'est à sûrement une erreur. Comparez Medinet-Abou pour Medinet-Tabou — Thèbes.

par une vaine ostentation, ou obligés de trouver dans la vente des objets découverts une rémunération de leur travail, eussent été détournés d'y revenir et invités à porter plus loin leurs excavations. Mais J'ai pensé que les travaux dont la spéculation privée ne peut se charger, parce qu'ils n’ont d'autre but que de mettre en repos la conscience des philologues, étaient ceux qui nous regardaient le plus spécialement. I importait de pouvoir dire d’une manière positive si les espérances que quelques personnes conservent encore sur cet endroit fameux doivent être définitivement abandonnées. Un déblayement complet, poussé jusqu'au roc, pouvait seul fournir la réponse à une telle question. Ce travail, ingrat, puisqu'il portait sur des terres déflorées, nous l'avons accompli avec un scrupule qui, en toute autre circonstance, eût pu paraître exagéré. nous permet d'affirmer que jusqu’à une distance de 6o mètres à peu près de l'endroit où fut trouvé le sarcophage d’Eschmounazar, 1 n°y a aucune inscripüon à chercher; ce précieux sarcophage n’a échappé que par hasard à la destruction qui s’est promenée alentour’.

Ce résultat négatif, toutefois, ne fut pas le seul qui sortit pour nous de la minutieuse enquête à laquelle nous nous étions livrés. Indépendamment des distributions intérieures de la nécropole, qui constitue un vrai monument mis au jour par nos soins, et dont nous avons rigoureusement respecté toutes les parties, nous découvrimes un curieux reste de lantiquité phénicienne, à l'endroit où il semblait qu'il y eût le moins de chance d'en trouver, je veux dire dans les terres souvent remuées qui remplissent intérieur de la caverne d'Apollon?. En rapprochant des fragments épars

trouvés en cet endroit, nous parvinmes à recomposer des parties essen-

! Pour la disposition du sarcophage d'Eschmou- la caverne. (Voir Laborde, Voy. de la Syrie, p. 45.) nazar et de son entourage immédiat, voir notre Je soupçonne les agents de cette folle d’avoir fait briplanche LXIIF, et le plan de la nécropole, pl. LXIT. ser la tête de notre sarcophage. A Ascalon , les fouil-

? Lady Esther Stanhope, qui dans ses derniers leurs de lady Stanhope brisèrent également une statemps s'était laissé séduire aux rêveries des chercheurs tue, pour suivre de ridicules imaginations. de trésors, avait fait faire des fouilles dans le sol de

lielles d’un de ces sarcophages à tête seulptée, qui sont un des produits les plus nettement définis de l’art sidonien.

Celui-e1 présente des particularités importantes. Au lieu que les sarcophages du même genre n'offrent d'ordinaire qu’une gaine surmontée d'une tête, qui se rattache à la gaine d’une façon toute conventionnelle, le nôtre aspire à une imitation beaucoup plus complète des formes humaines. Des bras se voient des deux côtés de la gaîne collés le lons

O ? (e] du corps ; l'une des mains tient un petit alabastrum; une draperie pleme d'élévance, une sorte de chlamyde se dessine sur lé aule. Les pieds sor-

O 2) J | Ï taient également de la gaine, mais ils ont été brisés. Faut-il voir dans ces particularités les signes d'un âge moderne? Je ne le pense pas. Le travail des bras et des mains, celui qu’on peut le mieux ap précier, est trop , [| F | ? J bizarre, bien que très-achevé à sa manière, pour être l'ouvrage d'un ar-

Se SI) x d : } 9 PP ee tiste initié à l’art grec. Or comment supposer qu à l'époque grecque ou romaine un sculpteur se füt attaché pour une pièce aussi considérable aux traditions d’un art abandonné? Il est très-vrai que l’art phénicien conserva jusqu'à l'époque romaine ses motifs favoris; mais en traitant ces motifs, il adopta pleinement les détails et la facture du style grec. D'un autre côté. expliquer par de simples maladresses les sinoularités dont nous

> Cxpuq I Ï 8 parlons n'est guère admissible dans un morceau auquel on à évidemment voulu donner beaucoup de soin. Loin d'être le plus moderne, ce sarco- Ï ) phage est peut-être le plus ancien de tous ceux qu'on a trouvés à Saïda. C’est parmi les restes du vieil art assyrien qu'il faut lui chercher des ana- F } I

logues. On remarquera la forme de la caisse, accusant fortement les courbes d’une momie et entraînant dans le couvercle des méplats correspondants. Le sarcophage d’une momie de l'an goo à peu près avant J. C. qui fut ouvert à Paris, lors de l'Exposition universelle, offre à

; [ ; peu près les courbures de la caisse dont nous parlons, et surtout de la caisse des monuments de Palerme, dont nous allons parler bientôt. La

sculpture des bras, des mains, des plis de la chlamyde sur l'épaule, a

beaucoup d’analogie avec l'exécution de la statue connue sous le nom de ouerrier de Marathon, à Athènes.

Quand nous découvrimes ce curieux monument, nous crûmes qu'il élait le seul de son espèce. Le fait est, cependant, que, dès 1847, M. Francesco di Giovanni, antiquaire sicilien, avait publié, dans un journal local (La Falce), la description de deux sarcophages trouvés près de Palerme, lun en 1695, l'autre en 1725, tout à fait ressemblants aux nôtres et ayant l'avantage d’être bien conservés. M. Francesco di Giovanni en avait même parfaitement vu le caractère phénicien, et avait montré, avec une perspicacité surprenante à celte date, que la physionomie égyplienne de ces monuments n'était pas une raison pour ne pas les rapporter à la Phénicie. Antérieurement, Mongitore ! avait publié et décrit le premier de ces monuments, mais d’une manière très-imparfaite et sans en apercevoir le caractère original. Michele del Giudice, abbé du mont Cassin, composa ensuite une excellente dissertation qui se conserve manuscrite à la bibliothèque de Palerme, et fit graver des cuivres desdits sarcophages, ainsi que des objets qui y étaient contenus, des caveaux et du lieu où ils furent trouvés. Ces cuivres ont été publiés par d'Orville? et, malgré leur défectuosité, sont un des plus précieux monuments des antiquités phéniciennes, car plusieurs des objets qu'ils représentent n'existent plus. On reconnaît tout d’abord, à ces planches, que les caveaux qui contenaient lesdits sarcophages étaient tout à faut semblables aux caveaux rectangulaires, à escalier, de Saïda. Les objets qui furent découverts à l'intérieur rappellent complétement ceux qu'on à

trouvés dans les caveaux les plus anciens de Saïda (petites idoles éoyp-

! Dans la Raccolta de Calogera, t. X (Venise, 1734), p. 327 et suiv.

? Sicula, t. I (Amsterdam, 1764), p. 42 el suiv. H semble, d'après ces planches, que Michele del Giudice connaissait trois sarcophages de ce genre, et que le troisième, maintenant perdu, n'avait ni bras, ni pieds, selon le type ordinaire des sarcophages de

Sidon, mais qu'il avait une ouverture au ventre, comme une caisse, à la manière de certains sarco-

D Noa :

phages en terre cuite égyptiens. Les bras de levier qui se voient dans lesdites planches, au pied de ce troisième sarcophage, détournent cependant de supposer qu’il fût en terre cuite.

tiennes formant collier, œil symbolique tout à fait semblable aux nôtres, petits vases identiques au vase en terre fine rouge que nous avons rapporté au Louvre). On y lut également un débris d'inscription phénicienne’, malheureusement assez mal représenté dans d'Orville. Les caisses, au moins l'une d'elles, présentaient de précieuses peintures, Sur lesquelles nous reviendrons. En 1863, les deux sarcophages ont été acquis par le musée de Palerme. En 1864, M. d'Ondes Reggio, dans le n° 1 du Bulletino della commissione di antichità e belle arti in Siciha, à réimprimé le travail de M. di Giovanni, donné des photographies des deux sarcophages et de leur cuve, et ajouté un mémoire où il à prouvé la parfaite similitude des deux sarcophages de Palerme avec celui dont nous avons découvert des fragments dans la Mughäret-Abloun, et qu'il connaissait par mon deuxième rapport. M. d'Ondes Reggio montre que les termes dont je me servais pour décrire le sarcophage brisé de Saïda convenaient parfaitement aux deux monuments de Palerme. Effectivement, ces monuments sont tout à fait similaires : alabastrum, chlamyde découpée au haut de l'épaule, pieds saillants relevés sur une sorte de socle ou bourrelet, mêmes méplats bien caractéristiques du couvercle à la hauteur des jambes, cuve offrant les mêmes sinuosités et rappelant tout à fait les momies. Les deux sarcophages de Palerme et les fragments du nôtre doivent donc être considérés comme appartenant à un même groupe de monuments, dont le caractère a été reconnu par les archéologues siciliens avec beaucoup de tact et de pénétration. On ne peut trop engager ces zélés savants à continuer leurs fouilles sur le territoire phénicien de Solonte, car les deux tombeaux ouverts au xvne et au xwn siècle étaient intacts quand on les découvrit, chance qui ne se présente jamais en Phénicie. I serait capital de trouver un sarcophage du genre de ceux dont nous parlons avec toutes ses peintures; il offrirait probablement une inscription peinte en car-

1 C'est tout à fait à tort que Gesenius (Monum. phœn. p. 246) a présenté ce fragment d'inscription comme élrusque.

CAMPAGNE DE SIDON. 107 touche perpendiculaire sur le ventre, à la façon des cartouches que portent les momies ésyptiennes.

Des fouilles conduites sur un seul périmètre, avec le degré d'opiniàtreté que méritaient les environs de la caverne d’Abloun, n’eussent point offert des chances suffisantes de découverte. Nous atlaquâmes done avec des procédés plus rapides les surfaces environnantes, et, en particulier, la section est, que nous avions achetée. Sans présenter aucune grotte apparente, comme en offre le champ voisin du gite d'Eschmounazar, ce point paraît en réalité celui où les caveaux phéniciens ont conservé le plus d'intérêt". Le roc y est percé d’une série si continue de caveaux, les cloisons qui séparent ces caveaux sont si minces, qu'on est surpris que les masses supérieures ne se soient pas effondrées depuis des siècles, dissimulant à jamais les richesses qui y sont contenues.

Ces caveaux sont de style fort divers. On peut les ranger en trois classes :

1° Caveaux rectangulaires s'ouvrant à la surface du sol par un puits de 3 ou 4 mètres de long sur 1 ou 2 mètres de large; au bas des deux petites faces de ces puits s'ouvrent deux portes, rectangulaires ausst, de la même largeur que la pelite face, donnant entrée à deux chambres encore rectangulaires dans toutes leurs dimensions, où étaient placés les sarcophages. Ces grottes se distinguent par l'absence de tout ornement. Des entailles pratiquées des deux côtés du puits permettent d'y descendre, en s'aidant des pieds et des mains. Dans un seul cas, nous avons trouvé plusieurs de ces chambres réunies et formant par leur suite une vraie catacombe.

2° Caveaux en voûte, offrant des niches latérales pour les sarcophages,

et, dans le haut, ces soupiraux ronds, creusés à la tarière, qui nous ont

! Quelques rumeurs vagues mirent sur la voie. compagnon le conjura de ne pas toucher. Ces grosses Un paysan parla à M. Durighello de caveaux où il têtes de marbre inspirent aux indigènes une certaine avait vu des hommes blancs couchés, auxquels son terreur.

tant préoccupés à Gébeïl, et dont il y a aussi un exemple à Amrit. Ces soupiraux, comme à Gébeil, entament la paroi de la grotte, ce qui ne permet pas d'y voir de simples puits d'aération. Les caveaux dont nous parlons se trouvent dans la partie la plus écartée de la nécropole, à l'angle sud-est. Or il est naturel qu'on ait d’abord enterré près de la ville. La voûte est d’ailleurs inconnue à la haute antiquité phénicienne. Nous tenons donc ces caveaux pour relativement modernes. On en a le type dans notre planche XEVI, représentant le caveau m1 (section est).

3° Caveaux crépis à la chaux (xovia) et peints’, décorés selon le goût de l'époque grecque, romaine ou chrétienne ?, avec des inscriptions grecques. Le principal de ces caveaux offre aussi des soupiraux ronds creusés à la tarière.

Souvent, du reste, ces caveaux se sont enchevètrés les uns dans les autres et ont empiété l'un sur l'autre. Les caveaux romains et chrétiens chevauchent, si j'ose le dire, sur les plus anciens. Les caveaux chrétiens, en particulier, ont été souvent créés, soit en brisant les anciens sarcophages, soit en les reléguant dans les murs. Ainsi la contiguité d’un caveau moderne ne prouve rien conlre l'ancienneté d'un autre caveau voisin. [ est évident que, longtemps après que le grand rocher plat choisi par les Sidoniens pour y tailler leur nécropole eût été criblé de caveaux , on continua d'y déposer de nouveaux cadavres. Des générations très-diverses s’y sont entassées. I suffirait pour le prouver de ce fait, que des fragments d'inscriptions grecques, d'une fort basse époque, et des lampes chrétiennes, ont été trouvés dans les caveaux les plus anciens.

On sait que de tels méfaits étaient très-communs dans l'antiquité. Ils étaient la conséquence des modes de sépulture somptueux alors usités,

qui forçaient les générations successives à envahir les places déjà occu-

1 ExovedÜün ai Swyparôn. Inscription, dans 2 Voir la description du caveau chrétien du vu‘ siè- Dietrich, p. 16. Egger, lecture à l'Acad. des inscer., cle, découvert par M. Thomson en 1854, dans Die-

séances du 21 octobre 1870 et ‘du 91 avril 1871. trich, Zwei sid. Inschr. p. 11 et suiv.

pées pour enterrer leurs morts. Une des recommandations les plus fréquentes dans les inscriptions funéraires, celles de l'Asie Mineure, par exemple, est de ne pas déposer un autre mort dans le caveau!, Eschmounazar, dans son inscription, se montre préoccupé de craintes du même genre”. Nous verrons bientôt la porte monumentale d’un caveau employée à faire des cloisons de loculi dans ce même caveau.

Ge qui frappe, en entrant dans tous ces caveaux, c’est le spectacle de la dévastation dont ils ont été l'objet. Pas un sarcophage qui nait été violé; quand l'enlèvement du couvercle a été trop difficile, on a pratiqué un trou à l'extrémité, et les objets de l'intérieur ont été ramenés sous la main du voleur au moyen d’un crochet. Souvent les objets dédaignés par le spoliateur se retrouvent près du sarcophage; souvent aussi d’heureuses négligences nous permettent de glaner après lui. Les sarcophages eux-mêmes n'ont pas élé épargnés; car, indépendamment des effractions barbares dont je parlais tout à l'heure, la nécropole de Sidon à été durant des siècles une carrière de marbres précieux. L'empressement avec lequel les

gènes,

montre dans quelle proportion ce genre de destruction a dù s'exercer

marbres qui en sortent de nos jours sont recherchés par les indi [l J

autrefois. On sait que la rouwpuyfx, ou violation des sépultures, était un crime qualifié de lantiquité”. À l'époque de l'établissement définitif du christianisme, des pays entiers vécurent presque de la spoliation des anciens morts". Ce mal était depuis longlemps invétéré en Orient?; il était,

2 Corpus inscr. pr.

n® 916, 919 a, 989, 990, pratique sur la côte en face de Ruad et à Amrit.

? Notez &v pvnuart AaËeuré, OÙ oÙx fr ovdels oùm& xeiuevos. (Luc. xx, 53.)

# Corpus inscr. gr. n° 2688, 2690, 4366. (CF. Orelli, Inser. lat. n'* L789 et suiv.)

* Par exemple la Cappadoce. (Voir Texier, Asie Mineure, p. 515.)

5 Aujourd'hui encore toute la population chrétienne de Tortose (8 à 900 Grecs orthodoxes) n’a d'autre moyen d'existence que les fouilles qu'elle

Is arrachent du sol les pierres des sépultures antiques, les fondations des monuments; puis les marins de Ruad vont vendre de compte à demi le produit de ces travaux, qui servent de matériaux de construclion dans les villes de la côte de Syrie. Quelques habitants, plus riches et mieux posés que les simples ouvriers, achètent à ces derniers les bijoux, les statues et les autres antiquités -qui se rencontrent dans les tombeaux, et en font l'objet d’un commerce assez lucratif.

surtout en Égypte, la conséquence des richesses déposées dans les tombeaux !.

. Nul doute que les caveaux rectangulaires à puits (c'est-à-dire sans escalier) ne soient les plus anciens. La disposition du puits, la façon dont il s'ouvre latéralement sur les chambres sépulerales, sont tout égyptiennes. C'est là que l'idée de la sépulture antique apparait dans toute sa grandeur. Nulle ostentation, nul souci du passant, unique préoccupation d'honorer le mort comme s'il vivait encore. Les lignes constamment horizontales et l'absence de toute influence grecque où romaine, la simplicité extrême du plan, la grande profondeur de ces excavations qui ferait supposer que la couche de terre végétale dont le rocher est maintenant couvert n’existait pas, quand elles furent taillées, le peu de souci des petits détails et de tout ce qui tient à la commodité, enfin, par-dessus tout, la façon rigoureuse dont ces sépultures répondent aux images bibliques, sont autant de traits qui établissent d'une manière décisive la priorité desdits caveaux. Le puits où l'on descendait le cadavre, et dont la bouche béante semblait toujours appeler de nouvelles proies, est celte gueule du scheol (os putei) qui avait donné lieu à l'image usitée chez les Hébreux pour signifier la mort : « La bouche du puits la dévoré ?. » Les caveaux rectangulaires sont pour nous bien décidément les caveaux phémiciens, antérieurs à Alexandre, ou certainement du moins à la conquête romaine el au changement total de mœurs que cette conquête amena dans le pays.

On se demande parfois si la nécropole de Saïda ne renferme pas des sépultures encore plus anciennes. À certains endroits, en effet, et en particulier près du site du tombeau d'Eschmunazar, se remarquent des

puits beaucoup plus étroits que ceux qui donnent accès aux caveaux

1 Maspero, Mémoire lu à l'Académie des inscrip- (Ps. 1, 19; xxx, 16: Is. v, 14). L'idée des laquei du tions, les 8 et 15 octobre 1869. scheol (Ps. xvir, 6; II Sam. xx, 6) vient aussi de 2 Ps. 2x, 243 vxix, 16. Comparez les passages où ces ouvertures de fosses béantes, que rien ne décèle

le scheol est présenté comme dévorant, insaliable au-dessus du sol et où l'on tombe inopinément.

rectangulaires. Le fond de ces puits est rempli d'eau. Dans notre première campagne de fouilles, nous ne pümes réussir à les dessécher. H est remarquable que ces puits n'offrent pas les entailles pour monter et descendre qu'on rencontre dans les puits servant d'ouverture à des caveaux. Il n'était done pas probable a priori qu'ils conduisissent, ainsi qu'on l'avail supposé, à des caveaux encore plus profonds. Notre seconde campagne de fouilles a rendu cette supposition impossible. D’autres puits du même genre ont été découverts par M. Gaillardot. C'étaient des puits pour avoir de l’eau, sans doute en vue des ablutions: l'archéologie n'aura pas à s'y égarer.

Les sarcophages que l'on trouve dans les trois espèces de caveaux dont nous venons de parler, ne diffèrent pas moins entre eux que les caveaux eux-mêmes. [ls n’ont qu'une seule chose en commun, Cest que tous supposent l'usage de la sépulture et non de l'incinération !. Les caveaux cintrés offrent des sarcophages en terre cuite, ou des cuves ornées de guirlandes, à couvercle arrondi, ou simplement de grands trous carrés, creusés dans le sol même de la grotte ou des niches latérales. Les caveaux peints renferment uniquement des sarcophages en forme de cuve, avec couvercle arrondi, ornés de riches sculptures toutes du même genre. Des têtes de lion ou de panthère, d’un beau style, soutiennent des guirlandes massives et un peu chargées. Des masques et des puirlandes décorent les extrémités. Bien que de tels monuments n'aient pas de droits stricts à s'appeler phéniciens, comme ils sont empreints d'un goût fortement provincial, j'en ai rapporté deux spécimens en très-belle brèche, qui sont maintenant au Louvre, au pied du grand escalier (pl. LXT)?.

Les caveaux rectangulaires, enfin, offrent, et offrent seuls, un genre de

! Voir cependant ci-après (p. 263, 264), le calcaire, analogues à ceux de notre planche EXT. journal de M. Gaillardot, au 15 avril 186». Dans lun, la guirlande est de feuilles de laurier ;

? Les chambres 6 et 7 du caveau m (celui qui est dans l'autre, elle n’est qu'épannelée. Les anneaux représenté dans notre planche XLVI) contiennent des s’attachent à des gueules de lion (dessins de M. Gailfragments de deux sarcophages brisés, en brèche lardot).

sarcophages absolument à part; Je veux parler de ces grands sarcophages en marbre, à gaine et à têtes sculptées, que je propose d’appeler, d’après Hérodote !, anthropoïdes, el qui sont en quelque sorte le produit spécial de la nécropole de Saïda. Nul doute que tous ces caveaux n’en fussent remplis autrefois; les débris s'en retrouvent de tous les côtés; mais telle est l'avidité avec laquelle, à une époque mconnue, ces beaux blocs de marbre ont été exploités, que les seuls exemplaires qui soient venus jusqu'à nous sont ceux qui, cachés dans des angles où dans des caveaux délournés, ont échappé à l'attention des spoliateurs.

Ces distractions ont été heureusement assez nombreuses dans le champ que nous avons fouillé. Six nouveaux sarcophages anthropoïdes (pl. LIX), et les fragments de deux ou trois autres (sans parler de celui de la caverne d'Apollon) ont été le fruit de nos recherches?. Joints à ceux que possède déjà le musée du Louvre, ils forment une série lumineuse qui permet d'établir entre eux une chronologie relative, et qui jette sur l'histoire de l’art phénicien un Jour décisif.

Des siècles, en effet, ont dù séparer le plus archaïque de ces monuments du plus moderne. Le plus archaïque est, selon moi, une gaîne aux formes courtes et aplaties, une vraie momie de marbre (pl. LIX, la dernière à droite), où l'on croit, par moments, voir encore sourire une bonne figure juive de nos jours. Le plus moderne est une tête d'homme presque en ronde bosse, où l'influence grecque est incontestable (pl. LIX, la 1° à gauche). Entre ces deux extrêmes, nos huit têtes offrent une

£ ser

e non interrompue de transitions. La perfection est pour nous réunie dans une forte-tête d'homme, tête pleine de grandeur et de calme (pl. LIX, celle du milieu, rang du bas), où est évité le défaut essentiel d’une telle sculpture, le manque d'expression. L'état de conservation des six grands

sarcophages anthropoïdes qui mont pas été remarqués des spoliateurs

est quelque chose de surprenant. Avec les nombreux débris de marbre

Evluvor TÜrov dvOpwroetdéa, dit-il en parlant des momies (IT, Lxxxvr, 5). —? Voirle plan, pl. EXII.

recueillis à l’entour, nous avons réussi à reconstituer le contour d’une tôle qui a dû être martelée à dessein. Ges fragments sont au Louvre. Ceût été, je crois, la plus frappante, si le hasard lui avait permis de venir Jusqu'à nous. Elle rappelle le sarcophage de Saïda (caveau XXVIT), que le Louvre possédait avant notre mission, et dont la grosse tête, coiflée à l'égypüenne, est si saisissante. Une grosse poitrine, que nous avons rapportée au Louvre, est d’un style très-particulier. Le thorax y est trèsbombé, et la mamelle est fortement accusée. Enfin, j'ai rapporté également une cuve (pl. LX, 2), sans couvercle, qui est celle où l’on a visé avec le plus de fidélité à reproduire les nervures extérieures d’une momie, et qui offre une grande analogie avec la caisse du sarcophage à bras dont nous avons parlé ci-dessus. La façon dont lé récipient de la tête est, dans cette cuve, évidé en capuchon, et les courbures latérales qui suppriment presque lassise de la caisse, porteraient à croire que cette cuve, comme les momies égyptiennes’, put être tenue debout et appliquée contre un mur, Ge serait là, en Phénicie, un cas exceptionnel.

C'est à l'archéologie égyptienne qu'il faut demander la clef de ces singuliers monuments. Les sarcophages anthropoïdes étant imités de l'Égypte, il convient de rechercher à quelle classe chronologique des sarcophages égypüens ils répondent. Or, si nous commençons par le sarcophage d'Eschmounazar, nous avons, si j'ose le dire, son frère, sauf des détails insignifiants, en Égypte, dans le grand puits qui est près de la grande pyramide; le sarcophage qu'on découvrit dans ce puits, engagé dans une énorme cuve fermée d’un couvercle, est le tombeau d’un prêtre du temps d’Apriès?. Trois autres sarcophages du même genre furent trouvés près

de 1à°. Le musée de Leyde possède évalement un tombeau du temps yae, F 8 F

1 ofdvres dpOèv pès roïyov. (Hérod. IF, Lxxxvr, des ondulations; mais la tête n'est pas en encorbel- 5.) M. Mariette me dit cependant que jamais lesmo- lement. Sürement ce sarcophage était destiné à ré mies ni les caisses qui les contenaient n'étaient pla- poser horizontalement. cées debout contre les murs; toujours elles étaient ? Howard Vyse, Pyramides de Gixeh, t. WF, p. 139. couchées sur le sol. La cuve du sarcophage sidonien 5 De Luynes, Mémoire sur le sarcophage d'Esmu-

que le Louvre possédait avant notre mission offre nazar, p. 6e.

de Psammétique, qui ressemble beaucoup à celui du roi de Sidon.

M. Mariette en a trouvé un tout semblable à Sakkara!. Ces synchro-

nismes place “aient le sarcophage d'Eschmounazar au vr° siècle ou sous les

Achéménides?. M. Mariette se prononce pour celle dernière date *.

Les an«dogues de nos sarcophages anthropoides de marbre se trouvent

fréquemment aussi en Égypte, et d'ordinaire ils sont peu antérieurs à

Alexandre. Je cilerai comme exemples les couvercles de sarcophage en

pierre calcaire qu'on voit au Caire, près du musée de Boulaq”, et dans

1 Nul doute que le sarcophage d'Eschmounazar n'ait été apporté tout taillé d'Égypte. La pierre dont il est fait est d'Égypte, non de Syrie.

2 La langue et le style de l'inscription d'Eschmounazar rappellent Ézéchiel. Ce qui est dit de l'ovsb in ne se comprend guère que sous les Achéménides. Tabnith parait être le correspondant phénicien du nom de Te»»ws; cependant le Tabnith de l'inscription ne peut être le Tewvys du temps d'Ochus, comme on l'a supposé. Ge Tennès n’était pas de race royale; en outre, il n’y a pas place parmi les rois sidoniens du 1v° siècle pour deux Eschmounazar. (V. de Luynes, Mém. p. L9-50; Bæckh, sur le n° 87 du Corpus.)

5 M. Mariette veut bien me remettre à ce sujet la note ci-jointe : « L'usage des sarcophages anthropoïdes est commun, en Égypte, à toutes les époques de la

monarchie. Cependant, suivant les temps et même

les lieux, divers changements ont été introduits. En ce qui regarde les sarcophages anthrophoïdes du type Eschmounazar, je ferai observer, 1° que les sarcophages de la pierre noire ou verte improprement appelée basalte ne remontent pas plus haut que la xxvi* dynastie; 2° que les sarcophages du type Eschmounazar ne sont pas plus anciens que celle même famille royale. Sous les Ramsès, on trouve des sarcophages du type Eschmounazar, mais ils sont en granit rose. Îls ont la coiffure ronde. Les mains sont apparentes et tiennent un Tat. Un tablier à plis serrés tombe de la poitrine et couvre les jambes presque sur les pieds. J'ai traité de l'âge relatif des sarcophages dans lAvant-propos. du catalogue du musée de Boulaq. Voyez principalement p. 4h de la 5° édition. Je connais des sarcophages du type Eschmounazar :

À Saqgqarah. ............... xxvr° dynastie 2 xx*° à Aux Pyramides: ........ dE 1 ASSET ete = eh: ce xxYI 1 A Tell-Tmeï (Thmuis)........ axx° 1 A Éinasorntrre-nedtooane xxvI® 1

«Tous sont en basalte. Le sarcophage porté par le duc de Leuchtenberg à Saint-Pétersbourg est un calcaire compacte. Je n'ai jamais vu de sarcophage du type Eschmounazar dans la haute Égypte. Je ne connais pas non plus de sarcophage du type Eschmounazar du temps des Grecs. Sous les Grecs, les sarcophages anthropoïdes ont les dimensions des sarcophages sidoniens que j'ai vus au Louvre. Ils sont en basalte, en granit noir, plus souvent en bois. Quand ils sont en bois, ils ne portent que lrès-excep-

tionnellement des traces de couleur. Les carrières

de basalte (improprement dit) d'où est sorti le sar-

cophage d'Eschmounazar sont dans la vallée de Ham-

mamat, sur la route de Quéneh à Kosseir. Ces carrières ne commencèrent à être exploitées que vers la fin de la xxvr' dynastie ; on y trouve les proscynèmes d’eunuques et fonctionnaires persans (xxvn° dynastie). Les ornements de l'épaule, l'adaptation du

couvercle à la cuve dans le Sidon appartiennent aussi à l couverele où est l'inscription autrefois couverte d'hiéroglyp

sarcophage du roi de art saïte. La partie du phénicienne a dû être ies, qui ont été effacés

et ont laissé un méplat déprimé.»

& M. Gaillardot n''écrivait à la date du 29 janvier 1870 : «J'ai parcouru le musée de Boulaq et les ma-

gasins; il y a un point par equel nos sarcophages diffèrent de ceux de l'époque saïte (une vingtaine de boîtés en marbre blanc, dans la cour du magasin). Les sarcophages de Phénicie sont des auges hautes

CAMPAGNE DE SIDON. 415 les cours du musée, des caisses et des couvercles de sarcophages en bois, trouvés à Sakkarah!, lesquels sont de l'époque perse et de l'époque grecque. Dans les fours latéraux du puits voisin du Serapéum, on trouve aussi des sarcophages analogues aux nôtres. Or ce puits renferme des sépultures de l'époque saïte et dont quelques-unes peuvent descendre jusqu’à l’âge des Ptolémées. Je citerai encore, au musée de Leyde, un sarcophage en terre cuite (M, 70). I suflit, du reste, de parcourir notre musée du Louvre. Le type des sarcophages anthropoïdes phéniciens, où le chevet a une sorte de prolongement cylindrique portant la tête, se retrouve dans des momies égypliennes de notre collection. Les sarcophages sidoniens classiques sont ainsi contemporains de la dernière mode égyptienne. On sait qu'à partir de Psammétique les relations politiques des deux pays furent continues. Quant au changement capital que les Phéniciens introduisirent dans ce genre de cercueïls en substituant la pierre au bois, 1l était la conséquence de la différence de ‘climat de l'Égypte et de la Phénicie, et aussi de la différence des mœurs. Rien ne prouve que les Phéniciens aient gardé leurs momies à la surface du sol, ni dans leurs maisons: toutes étaient déposées dans des hypogées, que les pluies abondantes qui tombent sur la côte de Syrie, pendant l'hiver, rendent fort humides. Des cercueils de bois, dans de pareilles conditions, eussent-très-peu résisté.

Beaucoup de sarcophages du genre de ceux que nous décrivons offrent des traces de peinture*. Trois des nôtres, n° 1, 3, 4 (pl. LIX), en parüiculier notre n° 1, portaient aux cheveux et à la tête des traces très-visibles

1 Indications de M. Mariette.

2 Voir les observations excellentes de M°de Long-

et profondes; ceux de l'Égypte ne sont autre chose que des boîtes à momies sculptées dans la pierre au lieu d'être construites en bois ou en car- périer sur le premier sarcophage de ce genre qui fut connu, Athenœum français, 1854, p. 226-227; Journal asiatique, oct.-nov. 1855 ,p. 420-h91, 499-493, hah. Voir aussi de Vogüé, Journal d'unvoy. p. 64, et di Giovanni, Bullettino de Palerme, [, p. 4; de Luynes,

ton. La différence est peut-être encore plus marquée que je ne l'ai indiqué ici.»

(Ces sarcophages aplatis et en forme de

boîtes étaient destinés à être placés dans

une autre caisse en pierre, granit ou basalte, ana-

logue à celle d’Eschmounazar ou aux plus anciens.

Observation de M. Mariette).

Sarcoph. d'Esm. p. 45 et suiv.

3 Voir Longpérier, dans l’Athenœum français, 1854, p. 227; Bullettino de Palerme, L. ec. p. 3.

de couleur rouge. Dans le numéro 1, les cheveux et le blanc des veux sont encore tout à fait rouges. Dans les autres, les cheveux offrent des traces de rouge. Une circonstance, d’ailleurs , est funeste à l'observation de cette particularité, c'est l'empressement déplorable que mettent les indigènes, quand ils trouvent ces monuments, à les laver. Maloré nos précaulions, nous ne pümes empècher des malheurs à cet égard. Les taches de polychromie étaient sensibles notamment sur le sarcophage découvert près de Palerme en 1725. Le mémoire de Michele del Giudice, conservé à la bibliothèque de Palerme, et la représentation curieuse, quoique trèsimparfaite, donnée par d'Orville !, nous montrent que la caisse de ce sarcophage était couverte de peintures, formant des espèces de panneaux. Les cheveux, la figure, les mains, les habits de la statue couchée, teignirent fortement les mains des personnes qui la touchèrent pour la première fois. I ne faudrait pas, bien entendu, conclure de là une époque postérieure à l'introduction des modes grecques en Syrie. La polychromie a élé adoptée par les Grecs quand ïls ont reçu l'art des Orientaux, et non inventée parles Grecs?. C'était là un reste de tradition qu'ils gardaient et qui était médiocrement en rapport avec le principe abstrait de leur art. Tout le vieil art asiatique est polychrome. Une école jeune et vivante part souvent d’une école en décadence, mais presque toujours alors l'école nouvelle garde quelque signe spécial de cette décadence, quelque marque originelle, à peu près comme la France de la fin du xvi° sièele et du commencement du xvn° prit des écoliers de la décadence italienne pour des maitrés et des. points de départ. La polychromie peut ainsi être considérée comme une sorte de nœvus d'un art ancien, que l'art jeune sorti de cet art ancien n’osa abolir.

À quelle époque rapporter au moins les termes extrêmes de la série des

sarcophages anthropoïdes ? Ecartons d'abord jusqu'à la pensée de l’époque

1 Voir ci-dessus, p. Aoh; Bullettino de Palerme, contré en Égypte de sarcophage en pierre portant des p. 33; d'Orville, Sicula, T, pl. B, à la p. 43. couleurs. Cette pratique paraïtrait done se rapporter

2 M. Mariette m'a assuré que jamais il n'avaitren- à l'art de lAssyrie plutôt qu'à celui de l'Égypte.

romaine ou des derniers temps des Séleucides. Des monuments aussi frappants d'originalité ne sauraient être le fruit d’une époque d'imitation servile des formes grecques. Le monument de Diotime prouve qu'au nn siècle l’art des Sidoniens était purement grec. D'ailleurs les caveaux où l'on trouve les sarcophages anthropoïdes sont notoirement antérieurs aux Séleucides. Écartons, d’un autre côté, la supposition d’une trop haute antiquité, même pour les plus archaïques. La Syrie n’a pas de marbres, du moins de l'espèce de ceux qui nous occupent; or l'emploi des matéraux importés est en pareille circonstance le signe d’un âge relativement moderne,

Le style de ces monuments amène la même conclusion. L'influence de l'Égypte y est évidente. Leur forme n’a pas sa raison d'être en elle-même ; elle ne s'explique que par l'idée de donner au couvercle du tombeau l'apparence du cercueil d'une momie. N'oublions pas que, pour se faire une idée juste des sarcophages sidoniens, il faut se les représenter peints comme des cercueils de momies. Les cercueils anthropoïdes de momies sont en bois; ils ne sont qu'une sorte de chemise de planches, peinte et dorée, du cadavre embaumé. Une telle idée est faussée si on fait un pareil cercueil en pierre !; mais quand un peuple emprunte un type à un autre peuple, sans lui prendre ses mœurs, il commet toujours de ces contre-sens. Les sarcophages anthropoïdes de Sidon se présentent ainsi à nous comme limitation peu logique de quelque chose d'étranger; c'est un art qui ne s'explique que par le dehors. Rien de plus caractéristique à cet égard que l'étude du peut bourrelet ou escabeau qui est aux pieds de la gaine. Get escabeau avait toute sa raison d’être dans les momies, lesquelles étaient destinées à être tenues debout?. H n'était plus justifié dans des gaines destinées à être toujours couchées horizontale-

ment*. Dans les sarcophages anthropoïdes du genre de ceux de Palerme

! J est vrai que l'Égypte a aussi des cercueils de lius Italicus, XI, vers 475 et suiv. Comparez le momie en pierre. (Voir note 4, p. hih-h15.) sarcophage en terre cuite du musée de Leyde, M, 70. ? Hérod. U, zxxxvr, 5: Diod. Sic. I, xen, 6; Si- 3 Bullettino de Palerme, p. 3, 8. Les bouts de le-

et du nôtre qui leur ressemble, l'escabeau est admissible encore, puisque la gaine a des pieds. Dans nos sarcophages ordinaires, on le conserve par tradition, jusqu'à ce qu'il arrive, comme dans notre n° 1, à n'être plus qu'un rebord dénué de tout caractère.

Nos sarcophages marquent donc les échelons divers d’un type sépulcral, dont le point de départ est le cercueil de la momie égyptienne, et le point d'arrivée la statue grecque en ronde-bosse, couchée sur le tombeau. Sont-ils tous postérieurs au sarcophage d'Eschmounazar? on ne peut laflirmer, puisque le sarcophage de ce roi de Sidon est une exception, un objet importé de l'Égypte, en dehors des séries. Quoi qu'il en soit, tous sont antérieurs au triomphe définitif de l’art grec en Orient, triomphe qui fut probablement le signal de leur désuétude. Dans celui de tous que je regarde comme le plus moderne (pl. LIX, n° 1), la tête a tant de saillie et est tellement détachée de la gaine, qu’on n’est plus qu'à un pas de la statue couchée. Cette belle tête rappelle PApollon de l’époque des Séleucides par la chevelure et le crobyle du front. Dans un autre (pl. LIX, n° 2), à peu près contemporain, le profil offre quelque chose de l'idéal grec; dans les deux dont je viens de parler, la jonction de la tête à la gaine se fait de la manière la plus maladroite, et les courbes du chevet sont tout à fait de mauvais goût. Dans le n° 1 surtout, la platitude de la gaine, sa forme rectangulaire, montrent que tout souvenir de l'origine de ces monuments était perdu. C’est la décadence du genre. Au lieu de la simple donnée primitive, toute hiératique, on aspire à une sorte de vraisemblance, on veut faire des têtes vivantes; on se met en contradiction avec la loi du genre, et lon tombe dans la gaucherie.

La considération des cuves mène au même résultat. Dans les plus anciens sarcophages de ce genre, la cuve imite toutes les courbes en

quelque sorte organiques de la momie. Puis, le sentiment de l'origine se

vier laissés aux couvercles ne permettent pas de caveaux ne laisse d’ailleurs à cet égard aucune hési-

douter que l'assise ne fût horizontale. La forme des tation.

perdant, la euve devient une simple auge sans nervures; puis elle s'augmente d'une sorte de cylindre au chevet pour soutenir la tête; puis, dans les sarcophages tout à fait modernes (pl. LIX, n° 1 et ), la caisse, au chevet, prend les formes de fantaisie exigées par les déformations que le couvercle a subies; dans le reste de sa longueur, elle est carrée comme une caisse. De toutes manières, on voit un type logique et organique à l'origine qui, par les dégénérescences successives de la mode, devient, malgré le soin qu'on donne à la beauté des têtes, quelque chose de dénué de raison.

Pour classer nos sarcophages par rang d'ancienneté, nous donnerions donc la première place à ceux où nulle ligne du cou n'est indiquée, comme notre n° 6; la deuxième place à ceux où la tête commence à se dégager, comme dans notre n° 5 ; la troisième place à ceux où la tête est dégagée et où la cuve a une sorte de petit prolongement absidial pour la soutenir, comme dans nos n* 3 et À ; la cinquième place à ceux où le cou est détaché et projeté sur un fond de euve à courbes de violon, comme dans notre n° 2; la sixième place à ceux qui présentent la même particularité et qui, de plus, offrent les formes plates et carrées du n° 1. Notre n° 6 serait de l’âge des monuments grecs les plus archaïques; nos n°3, 4, à seraient contemporains de l’âge classique de la sculpture grecque; les n° 1 et 2 seraient du temps de Lysippe et des successeurs d'Méxandre. Quant aux sarcophages où les bras, les pieds, les vêtements sont sculptés, ce n'est pas là pour nous une affaire de date. Nous croyons qu'à toutes les époques on fit des sarcophages anthropoïdes dans les deux systèmes, et que c’est à la forme de la cuve qu'il faut demander des critertum pour la classification de nos monuments. Par la forme de la caisse, les sarcophages de Palerme, et celui des nôtres qui leur ressemble, appartiendraient à la troisième catégorie. Ajoutons que le fait, pour de tels sarcophages,

d'avoir été trouvés à Palerme, écarte l'hypothèse d’une trop haute anti-

! Notez le beau et simple bandeau sur les cheveux du n° 4.

quité, puisque l'établissement des Phéniciens à Palerme ne peut guère remonter au delà du vm° siècle avant J. C. Leur style, essentiellement asiatique, me les fait croire cependant antérieurs à l'influence de Part grec, et je métonne que M. d'Ondes Regoio ait pu songer à les placer après Alexandre. M. di Giovanni se contentait d'y voir une influence générale de l'art grec; mais cette induction venait chez lui de la fausse idée qu'on avait, à l'époque où il écrivait, de la prétendue grossièreté de Part phénicien, qu'on jugeait par les ridicules idoles de Sardaigne et le temple de Gozzo. Je placerais volontiers les sarcophages de Palerme et celui des nôtres qui leur ressemble, au vn° siècle avant J. G. L'art grec, à partir du wi siècle, dut être dominant en Sicile et dut chasser ce vieil art phénicien. Je pense, d’ailleurs, que les deux sarcophages de Palerme ont été apportés tout sculptés de Phénicie. M. de Longpérier croit qu'en général nos sarcophages appartiennent à une époque an térieure à la domination des Grecs en Asie. Quant à celui de nos sarcophages qui a des bras, 1l y trouve des lignes anatomiques analogues à celles d'un bas-relief (placé à côté de lui dans le musée) représentant le roi Sardanapalé HT, bas-relief recueilli dans le palais de Nimroud, et remontant, dit-on, au 1x° siècle ?. Le lieu où il a été trouvé prouve, du reste, qu'il est plus ancien qu'Eschmounazar; car on ne put guère songer à épauler la chambre sépulcrale dudit roi à la paroi extérieure de la caverne que quand l'intérieur de celle-ci fut rempli.

Entre les deux sarcophages de Palerme, le plus ancien, selon M. d'Ondes Reggio, est celui où le vêtement est complet; celui qui n'a, comme le nôtre, qu'une indication de draperie au-dessus de l'épaule, rappelle les médailles de Solonte et de Palerme, et paraît avoir subi l'influence grecque. Cela indiquerait que la progression de ces monuments fut d’un réalisme complet à des formes de plus en plus convenues, et placerait en

tête, 1° le n° a de Palerme; 9° le n° 1 de Palerme et celui des nôtres

1 Comptes rendus del Acad. des inser. 1864, p. 206.

qui a des bras; 3° les gaines sans bras, ni pieds, ni vêtements. Mais nous croyons qu'une telle classification serait hasardée. Tenons pour fixe, en effet, ce principe que les sarcophages anthropoïdes sidoniens sont des copies en marbre de cercueils de momies égyptiennes. Or, en Égypte, l'indication des bras est postérieure à la forme lisse !, H est donc infiniment probable qu'en Phénicie les bras sont aussi un développement ultérieur, et qu'avant les sarcophages anthropoïdes à bras, il y eut des sarcophages anthropoïdes du style de notre n° 6. On n’en vint à représenter au naturel les bras, les pieds, les vêtements, qu'en s'élpignant peu à peu du style égyptien.

Nos sarcophages nous offrent done, selon moi, des produits de l’art phénicien à ses époques les plus diverses, depuis l'an 800 ou 900 avant J. GC. jusqu'à l'an 200 avant J. G. à peu près. Ils appartiennent pour la plupart à l'époque moyenne de l'art phénicien, c'est-à-dire à cette longue période qui s'étend de la fin de la domination assyrienne aux Séleucides. Ge fut pour la Phénicie une époque plus brillante, en un sens, que sa période autonome. Maîtres de toute la marine de la Perse, les Phéniciens arrivèrent alors à un degré de richesse surprenant. Ge fut aussi l'époque où limitation de l'Égypte fut le plus en vogue. Plusieurs fois nous avons trouvé, à l'intérieur ou à côté des sarcophages anthropoïdes, les restes des toiles qui avaient servi à l'embaumement du cadavre? ; nous avons pu constater ainsi que le corps était traité à l'intérieur du sarcophage selon les pratiques égyptiennes*. En général, loute la taricheutique phénicienne parait avoir été identique à celle des Égyptiens, seulement plus simple. L'usage égyptien de mettre des feuilles d’or à toutes les ouvertures du

corps, surtout aux yeux, paraît avoir élé général dans toute la Phénicie

! «xvm dynastie : forme massive et taillée en libres et portent divers emblèmes.» (Mariette, No-

caisse de momie; les mains, engagées dans les langes, tice du musée de Boulaq, 2° édit. p. 43.)

ne sont pas même indiquées par un renflement de ? Nous les avons rapportées au musée du Louvre. la pierre. — xrx° et xx° dynastie : le défunt est 3 V. Longpérier, dans Athen. fran. 1854 ,p.227; maintenant couché sur la tombe; .. les mains sont Bullettino de Palerme, I, pe

pour les sépultures riches’. Les masques d'or des momies ésypliennes se retrouvent aussi en Phénicie. Enfin, diverses particularités que nous avons mentionnées à propos de nos trouvailles d'Amrit (ci-dessus, p. 78), prouvent que le plâtre coulé sur le mort, préalablement entouré de linges, était d'un usage fréquent dans ces sépultures, comme dans là confection des momies égyptiennes.

D'autres décideront s'il ne faut pas chercher dans les procédés de nos sculptures sidoniennes quelque analogie avec les dernières sculptures de Ninive et celles de Persépolis. En tout cas, le genre auquel elles appartiennent disparut vers le temps d'Alexandre, en se soumettant aux exigences de l'art grec, qui en étaient la destruction.

Prenons le plan de la nécropole (pl. LXIT), et recherchons-y, en suivant les indications de M. Gaillardot, les places des sarcophages dont nous venons de parler. Le sarcophage anthropoïde à bras se voit seul en la Moghäret-Abloun ; nul doute que cette grotte ne fût autrefois pleine de tels sarcophages ce qui, mieux encore que le voisinage d'Eschmounazar, prouve son anciennelé. Les six sarcophages anthropoïdes intacts, découverts par la mission, proviennent de deux caveaux voisins (x1 et xx1) de la région du sud-est. Deux sarcophages du même genre ont été trouvés, avant la mission, dans le caveau xxvur. Nul doute, on le voit, que le terrain de MM. Clat et Hasirâne, qui fait angle entre les deux sections que nous avons fouillées, et qui n'a jamais été touché, ne doive fournir de pareils monuments à ceux qui prendront pour läche de l'explorer. Les thecæ carrées se retrouvent toujours en compagnie des sarcophages anthropoïdes, souvent dans la même chambre. Quant aux sarcophages à guirlandes, ils sont propres aux caveaux XVII, nt, les plus récents de tous. Un fait saillant est qu'on n’a jamais trouvé de sarcophage anthropoïde que dans des caveaux à puits rectangulaires sans escalier, ce qui

1 Surtout à Amrit. Ces sortes de lunettes en feuilles d'or ne sont pas rares parmi les antiquités phéni-

ciennes.

prouve l'ancienneté de ces sarcophages, ces puits ayant la plus grande conformité avec l'entrée des grandes hypogées de l'Égypte.

Prenons un même caveau et comparons les divers sarcophages anthropoides qui y ont élé trouvés. Le caveau x1 présenta les quatre sarcophages qui, dans notre planche LIX, occupent les quatre angles. La chambre 1 contenait côte à côle, sans cloison de séparation, la tête se montrant d'abord, notre n° 1 et notre n° 6; la chambre 2, qui a deux fours, contenait, tête-bêche, nos n° 3 et 4. La chambre B du caveau xx présenta nos n% 9 et 5; en la chambre À fut trouvée la caisse que nous ‘avons rapportée au Louvre (pl. LX, 2), el qui est mentionnée ci-dessus, p. h13, lignes 8 à 16, ainsi que les fragments de la grosse lèle coiffée à l'égyptienne qui, très-probablement, ornait son couvercle, fragments mentionnés ci-dessus, p. L19, ligne dernière, à 413, ligne 6. Les sarcophages du caveau xxvin sont, l’un au Louvre, l'autre au Musée britannique. [ n’y a pas grand chose à conclure de là. De tels caveaux pouvaent servir durant des siècles, Personne ne soutiendra que nos n® 2 et 5, trouvés dans le même caveau, soient de la même date. Considérez les cheveux, par exemple, dans le n°», grecs purs; dans le n° 5, frisés à l’assyrienne. On ne rapporlera pas non plus au même temps nos n°* 1 et 6, où les cheveux sont d'un style si totalement différent; et cependant ils reposaient l’un près de l'autre.

Quant aux grandes thecæ, M. Gaillardot les considère comme le type de sépulture phénicienne le plus ancien. Cette opinion résulte pour lui de lexamen des objets et du crâne qu'il a retirés de la grande theca C du caveau xxxr'. Il conclut la même chose de l’examen du caveau xr. «À la place de la chambre 1, dit-il, existaient autrefois deux fours en regard des deux fours 4 et 5. En face du dernier, c’est-à-dire à droite en entrant, se trouvait une grande theca carrée, et dans le four voisin

était le sarcophage n° 6 de la planche LIX. Ges deux sépultures sont

1 Voir ci-dessous, fin du chapitre. Les objets appartiennent à M. de Vogüé; le crâne est chez M. Broca.

probablement de la même époque. Plus tard, on brisa la cloison qui séparait les deux fours; on recula contre les parois latérales la grande theca et le n° 6, el, dans l'intervalle que produisit cette opération, on introduisit le n° 1 de la planche LIX.»

Aux personnes qui pourraient encore garder des doutes sur le caracière strictement phénicien des sarcophages anthropoides, nous soumettrons une dernière considération. Où trouve-t-on ces monuments? Quatre points jusqu'ici les ont présentés; or, ces quaire points sont justement ceux où la race phénicienne a notoirement existé : 1° la Phénicie, 9° Malte, 3° la Sicile, 4° la Corse.

1° La Phénicie. On en a trouvé à Sidon, à Antaradus (voir ci-dessus, p. 451), à Byblos?, et (celui qui fut le premier acheté de M. Péretié,

au Louvre) sur un autre point du Liban qu'on n’a dési

oné à dessein, je crois, que d’une manière contradictoire et hésitante®. Toutes les parties de la Phénicie, excepté Tyr, ont ainsi offert des spécimens de ces monuments. Tyr paraît se les être interdits, et c'est peut-être pour cela que Carthage, colonie tyrienne, n’en à pas encore offert un seul exemple jusqu'ici.

9° Malte. J'ai vu au musée de Malte un sarcophage en terre cuite, trouvé en 1797 à Ghar-Barca, et qui a beaucoup de ressemblance avec le sarcophage acheté de M. Péretié. On en a trouvé plusieurs autres du même genre à la nécropole de Ghar-Barca et à Gozzo“. Les antiquaires qui en ont parlé, ne pouvant savoir à quel degré Part phénicien s'était

rapproché de l'art égyplien, ont présenté ces monuments comme pure-

1 Un des sarcophages donnés au Louvre par M. Rey a été trouvé entre Tortose et Amril. H parait (renseignement venant de M. Rey et de M. Péretié) qu'on en a trouvé aussi à Taanila, près Merkab, dans le Nabr Marakié (voir Rey, Reconn. de la montagne des Ansariés, Paris, 1866, carte), mais qu'ils ont été brisés. M. Declercq possède des fragments de sarcophages anthropoïdes qui paraissent venir de

ce côté.

2 Au Louvre. Un de ceux qui furent donnés par

M. Rey (celui qui n'a pas de cuve) a été, à ce qu'il MN ;

paraît, trouvé entre Gébeil et Batroun. (Voir ci-dessus,

p- 213, bas.)

3 Athenœum français, l. ce. «près de Beyrouth; » Journal asiatique, L. c. «près de Tripoli;» écriteau du Louvre : «à Tortose. »

£ Cesare Vassallo, Dei monumenti antichi nel gruppo di Malta (Valletta, 1854), p. 49 et suiv.

CAMPAGNE DE SIDON. 495 ment égyplens. [ls sont phéniciens en réalité et ne supposent nullement la présence de la race égyptienne dans l'ile. On peut en rapprocher le sarcophage égyptien du musée de Leyde, M, 70. Les cuves de terre euile étant très-fragiles, on s'explique qu'on n'ait découvert jusqu'ici, en Phénicie, aucun sarcophage anthropoïde de cette matière. Les masses énormes de fragments de terre cuite concassée qu'on trouve dans les nécropoles de Syrie sont sans doute les restes des objets de ce genre que les bouleversements du sol ont broyés.

3° La Sicile. (Voir ci-dessus, p. 05-406.) Les tombeaux de Palerme et de Solonte ayant leur analogue à Sidon bien plus qu'à Carthage, on peut les tenir plutôt pour phéniciens que pour carthaginois.

l° La Corse. Ce curieux résultat est dù à un jeune officier, qui rendit de grands services à notre mission, et qui depuis a trouvé, en Algérie, une mort prématurée, M. Henri Aucapitaine. M. Aucapitaine avait vu nos sarcophages à Saïda. Peu de temps après, se trouvant en Corse, il fut frappé du caractère singulier d’un monument découvert par M. Mérimée!, près de Sagone, et désigné par celui-ci du nom de « Statue d'Apricciant. » M. Aucapitaine reconnut avec une parfaite justesse dans ce monument, jusque-là inexpliqué, un couvercle de sarcophage tout à fait semblable aux couvercles de Saïda?.

On voit que ces monuments nous indiquent en quelque sorte la piste des colonies phéniciennes. Jamais on ne les a trouvés dans les pays où les Phéniciens n'ont pas eu de colonie. Ce sont essentiellement des monuments phéniciens.

Les tombeaux rectangulaires dans le roc, dont Saïda présente les plus beaux Lypes, sont également presque partout un signe de la présence des Phéniciens : ainsi à Théra, à Cimolost. On m'a dit qu'à Phalère, près d'Athènes, 1 y a des coupes perpendiculaires dans le rocher qui rappel-

! Notes d'un voyage en Corse (1840), p. 53 et suiv. * Rapport de M. Fr. Lenormant, dans les Comptes © Revue africaine , décembre 1869, p. h7a elsuiv. rendus de l'Acad. des Inser. août 1866, p. 269 et suiv. * Voir ci-dessus, p. A5 et suiv. Le même, Rev. archéol. juillet 1866, p. 56-57.

leraient les caveaux de Saïda; je n'ai pu vérifier. Quant à la «prison de Socrate» à Athènes, j'y verrais volontiers un travail phénicien , mais non funéraire. Cest, je crois, une maison ou un magasin !. À Munychie, il y a aussi des silos et des travaux dans le roc, analogues à ceux qu'on voit près de la mer à Gébeil.

Tous les sarcophages anthropoïdes connus jusqu'ici, à l'exception de deux, sont en marbre. Les deux exceptions sont : 1° le sarcophage d’Eschmounazar, qui à été apporté tout taillé d'Égypte; 2° le sarcophage de Tortose (voir ci-dessus, p. 15), en lave de Safita. Le marbre de nos sarcophages ne se trouve pas en Syrie; on le faisait probablement venir des iles de la Grèce, avec lesquelles les navigateurs phéniciens eurent des rapports si anciens et si fréquents. Quant au travail de sculpture, on le faisait sur place, au moins à Sidon. Un des sarcophages anthropoïdes du Louvre (celui de Byblos) porte une lettre phénicienne sur son épaule. Si ces objets avaient été apportés tout faits en Phénicie, 1ls offriraient, comme le sarcophage d'Eschmounazar le type de leur point d'origine. Le fait du sarcophage de Tortose est d’ailleurs décisif.

Aucun des sarcophages anthropoïdes que nous avons découverts ne porte d'inscription, el cependant jamais surfaces ne furent en apparence aussi bien préparées pour en recex oir, que ces espaces lisses de la gaine, où il semble, au premier coup d'œil, qu'on se soitinterdit tout ornement pour laisser au graveur un champ libre. Mais on cesse d'être surpris de celte absence d'épigraphes, si l'on songe que les sarcophages anthropoïdes de Sidon étaient peints sur loute leur surface. S'ils avaient des inscriptions, elles étaient peintes comme l'inscription perpendiculaire du ventre des momies, laquelle contient d'ordinaire le nom de la personne. Il est nécessaire, d'ailleurs, de se bien rendre compte de la notion du tombeau chez les Phéniciens et de l'usage auquel ces beaux sarcophages muets étaient

1 Voir Ern. Curtius, dans le Xϰ volume des Mémoires de la Société de Gættingue, p. 67 et suiv. (Classe bist.-phil.)

CAMPAGNE DE SIDON. 427 destinés : c’étaient des cercueils de marbre, non des tombeaux. Personne ne les voyait. Enterrés dans des caves profondes, qu'on fermait avec des dalles où qu'on remplissait de terre, ils servaient à honorer le mort; les inscriplions y eussent élé presque inutiles!. Si le sarcophage d'Eschmounazar lait exception, c’est que ce sarcophage, il ne faut pas l'oublier, n'a pas été trouvé dans un caveau; 1 n’a jamais été peint; il était presque en plein air et pouvait être vu des passants?.

Les sarcophages anthropoïdes ne sont pas les seuls que l’on trouve dans les caveaux rectangulaires. On y rencontre d’autres sarcophages, tous semblables entre eux; ce sont de vastes cuves en beau marbre blane, avec couvercle triangulaire très-surbaissé. Ces sarcophages ne portent absolument aucun ornement. J'en ai pris cependant un exemplaire (au Louvre, 2",20 de longueur sur 81 centimètres de largeur). Leur taille colossale , le travail excellent du marbre, la justesse de leurs proportions,

leur donnent un véritable caractère de beauté.

TU

Un genre de sarcophage, enfin, qui n’est pas rare dans la nécropole de Saïda, ce sont les sarcophages en plomb, sculptés au moule. Peu avant notre arrivée, on en avait trouvé un, dont nous fimes l'acquisition (voir pl. LX, n° 1). M. Durighello me donna le dessin d'un autre

sarcophage du même genre, qui avait passé entre ses mains. Un autre

1 Ceci explique pourquoi les pays hors de Phénicie où il y eut des Phéniciens offrent plus d’inscriptions phéniciennes que la Phénicie. Hors de chez eux, les Phéniciens adoptaient souvent les formes de cippes tumulaires qu'ils trouvaient en usage, et qui appelaient des inscriptions. Athènes et le Pirée ont donné jusqu'ici un nombre d'épitaphes phéniciennes supérieur à celui qu'a fourni toute la Phénicie,

? Le sarcophage d'Eschmounazar était exposé dans une fosse recouverte d’un édicule adossé au rocher de la Moghäret-Abloun. Voir nos planches LXII et LXIIL.

3 M. Gaillardot regarde ces sarcophages comme les plus anciens de tous. Il croit qu'on a fait de grosses caisses simples avant de faire des sarcophages avec des têtes et des bras. (Comp. Mariette, Notice du Mus.

de Boulag, p. 31, 9° édit.)

bout de sarcophage en plomb, du même genre, a été trouvé dans les terrains rapportés de la nécropole’. Les trois sarcophages offrent des représentations prises du mythe de Psyché?. Psyché y paraït toujours assise sur un escabeau, le menton appuyé sur la main, quelquefois un pied relevé sur un hypopodion. Le sarcophage dessiné par M. Durighello était le plus riche. Les deux bouts montraient Psyché assise sur un pliant en

forme d’X. Sur l’un des côtés on voyait, encadrés de colonnades et de

guirlandes, quatre sujets, dont l'un représentait encore Psyché à cût de son pliant. Dans les trois autres sujets, le personnage est unique; un seul de ées sujets (une offrande de parfums) se laisse déterminer. On peut aussi voir dans l’un d'eux une Isis sur sa barque.

Un résultat, enfin, auquel j'attachais beaucoup de prix, bien qu'il ne puisse être apprécié que de ceux qui voyagent en Orient, c'est le dégagement de la nécropole elle-même. La variété extrême des grottes est fort instructive ; il n’y en a pas deux identiquement sur le même type. Nos déblayements ont été opérés de manière à laisser à découvert toutes les parties de ce curieux travail souterrain. Aueun peuple ne porta, dans les sépultures, plus de grandeur et d'originalité que les Phéniciens. Les fortes images que les poëtes hébreux tirent du scheol, les belles fictions d’Isaïe et d'Ézéchiel® pour représenter la descente aux enfers des morts illustres, trouvent dans les sépultures phéniciennes leur juste explication". Peu de monuments de Pantiquité ont un aspect plus frappant que la nécropole de Saïda, et mettront plus directement en contact avec le passé. Les terrains où se trouvent ces curieux hypogées étant devenus la propriété de la France, il aurait dû suffire d’un ordre de M. le Ministre des affaires étran-

1 Un dessin de ce sarcophage fait par M. Gaillar- & Parmi les commentaires bibliques que fournit

dot offre une similitude extrême avec la figure 1 de la planche EX ; les baguettes sont les mêmes.

2 Sur le sens funéraire du mythe de Psyché, voir A. Conze, De Psyches imaginibus quibusdam (Berlin, 1855), p. 18 et suiv.; L. Ménard, dans les Comptes rendus de l'Acad., 13 avril 1870.

3 Jsaïe, x1v; Ézéch., xxxn.

la nécropole de Saïda, il faut compter la mante-fantôme, phasma (différente de la mante prie-dieu), que je n'ai vue qu'à cet endroit. C'est là sûrement un de ces animaux bizarres que les poëtes hébreux aiment à placer dans les tombeaux. On dirait un squelette vivant, empanaché aux articulations de la manière la

plus étrange.

CAMPAGNE DE SIDON. 429 sères à la personne chargée de la gérance des autres propriétés françaises à Saïda, pour empècher ces terrains d’être comblés de nouveau, ainsi que cela a lieu toutes les fois que les déblayements de ce genre sont faits dans des vues d'exploitation privée. Nous avions pris à cet égard des précautions qui pouvaient paraître exagérées. Malheureusement elles n’ont pas été encore suffisantes. En 1867, de déplorables bouleversements ont été opérés dans nos fouilles. Je n’ai pas à dire ici par qui s’est produit un fait si reorettable. La manie des chercheurs de trésor, difficiles à surveiller de nuit dans un champ situé à un kilomètre de la ville, est pour quelque chose dans cette dévastation'. Elle n’a pas été cependant la seule cause. *A mon arrivée à la nécropole, m'écrivait M. Gaillardot, à la date du 29 septembre 1867, je reconnus qu'on avait littéralement saccagé notre terrain. Partout où il y avait une pierre, grande ou petite, taillée ou susceplible de servir à la construction, elle était arrachée; 1l y en avait encore plus de trois ou quatre cents accumulées en divers tas sur le terrain même. Le résultat de ce pillage, c’est que les terres qui couvraient le rocher d'Eschmounazar, n'étant plus soutenues, sont tombées tout autour, et que la fosse du roi de Sidon est à moitié comblée. Les deux pierres qui, placées à ses pieds, indiquaient qu'il y avait à un mur et une attache de voûte, n'existent plus. Les escaliers des caveaux, les entrées des puits, privés des pierres qui faisaient mur autour d’eux, sont comblés et presque nivelés. Le caveau qui a le plus souffert est celui qui est situé à l'angle sud-est. On y descendait par des escaliers ; il avait deux ou trois lucarnes carrées et renfermait trois ou quatre sarcophages en pierre blanche longs et étroits. Les sarcophages ont été brisés et réduits en moeHons, les pierres de l'escalier et des lucarnes enlevées, et le terrain est littéralement nivelé. On ne reconnaît plus la place du caveau que par un trou qui reste d’une des lucarnes, à travers lequel on aperçoit

1 Trx 6 À : : ‘ Er YA :

L'éboulement de la grotte peinte, n° xvrr, est accidentel. H eut lieu le 1% mai 1862, à un moment où heureusement personne n'y travaillait.

dans le fond une masse de terre qu’on y a jetée. J'oubliais de vous dire qu'en construisant le mur de séparation entre notre lerrain et le leur, les....., au lieu de suivre la falaise, limite naturelle et spécifiée dans le contrat de vente, ont coupé court à travers notre terrain el pris une lisière d'au moins 2 mètres.» Il est bien regrettable que des personnes pour qui la mission avait eu les plus grands égards et de particulières condescendances, aient abusé à ce point d’une impunité qu'elles savaient leur être assurée. M. Gaillardot et moi tenons à dire que, si la nécropole de Saïda a beaucoup souffert, ce n’est pas à un défaut de précaution de notre part qu'il faut l'imputer. Nous avons pris de nouvelles mesures pour qu'à l'avenir elle soit plus respectée; mais nous n'osons garantir qu'elles seront plus efficaces.

Un grand nombre d'objets antiques sortirent, dès notre campagne de 1861, de l'exploration de la nécropole. Nous en apportimes une partie au musée du Louvre; une autre partie fut déposée au khan. Nous men-

tionnerons dans le nombre une pierre (au Louvre) dont voie l’image : \ O

un petit antélixe, analogue à une fleur de lis; un morceau de balustrade

en grès calcaire, différent des clathri romains, qui sont toujours droits,

decussatr.

Parmi les terres cuites, nous mentionnerons une statuette d'Athéné, type fort ancien, diverses statuettes de l’époque grecque (pl. XXIV, 5, 6, 7, 8); une pelite tête en terre cuite, très-jolie; une petite colombe votive; un petit plat (jouet d'enfant). Signalons encore un anneau d'or

avec une belle pierre gravée, trouvé dans le sarcophage n° à :

une pelte bague où personne, pas même un enfant, n'a pu passer le doigt; un ustensile de toilette en ivoire, représentant une Vénus, et d’aures objets divers de toilette; un bracelet en argent; une flûte en ivoire; divers bijoux; des colliers de cornalines: quelques armes; des verreries ; une élégante garniture de coffret (pièces sculptées) en bronze; des clefs; des bracelets; une statuette en cuivre (homme lisant dans un rouleau ); une statuette de comédien; de jolis bijoux d'or; filigranes mêlés de pierres précieuses; des stylets; des clous; de très-petits vases dits lacrymatoires, en verre bleu; une bague grotesque; un fer de flèche en bronze; une clochette en cuivre (antiquité douteuse); de petits ornements grotesques; un Joli petit pied de bronze; des lampes différentes de forme et d’ornements (pl. XXIV); des poteries (pl. XXIV, 4) de formes élégantes et

est

variées; une grande jarre de 6o centimètres de haut, trouvée dans le

caveau x1! :

un petit vase rouge en terre très-fine et de forme très-élésante (comparez d'Orville, Sieula, E, pl. B, à la p. 43); la plupart des vases phéniciens de la salle asiatique (à droite en entrant); un réchaud en terre cuite (pl. XXI, 4); enfin une vingtaine de ces vases d'albâtre d'une forme si élégante et d'une si admirable exécution, qui sont un des produits les plus communs de l'art phénicien (salle asiatique; pl. XXI, 6, 9). Nous apportâmes enfin les ossements trouvés dans le sarcophage n° 6, le plus ancien de tous.

Nous trouvâmes aussi un bracelet de cuivre, à quatre médaillons, dont trois représentant saint Georges, le Christ, la Vierge, saint Joseph et l'enfant Jésus (?). Sur le fermoir inscription suivante :

OKAT

OIKON:

BOHOIA TOVV

Ô xaromy &v Bonbeix où Ÿ (diolod) (Ps. xe, 1). (CF. Corpus inser. gr. n° 4058: Waddington, n° 672.)

1 On pourrait songer à un de ces vases funéraires, est bien petit, et d’ailleurs je ne crois pas que ce sardes ou rhodiens, où les corps étaient introduits mode de sépulture ait été usité dans la nécropole de découpés. La forme est analogue, mais notre vase Sidon.

Ces objets sont en partie exposés dans la salle asiatique du Louvre, en partie gardés dans une vitrine non encore exposée au public. J'espère qu'on les réunira un jour aux objets provenant de la seconde exploration, e Va 7 ra . A @ va rl 5 Fr qui seront énumérés ci-après. Classés selon l'ordre des caveaux, ils présenteront par leur ensemble le tableau instructif de ce que fournit la nécropole de Sidon en ses diverses parties. La classification topographique, qui a fondé l'épigraphie, sera aussi le principe qui fera sortir l’archéologie de létat de chaos où elle est. Un objet antique n’a toute sa valeur, au yeux d’une archéologie vraiment scientifique, que quand un savant la vu sortir de terre, et il n’y a pas d’exagéralion à dire que les fouilles faites par” des personnes dénuées de savoir spécial sont souvent plus funestes qu'utiles; ces personnes, en effet, n’envisageant que lobjet en lui-même et sa valeur pour les amateurs, tiennent peu de compte des cir-

constances locales de la trouvaille, et souvent les dissimulent à dessein.

Pour la commodité des explorateurs qui continueront nos fouilles, je vais donner ici quelques extraits des lettres par lesquelles M. Gaillardot m'annonçait ses résultats. [ y a là des détails importants qui n'ont pu convenablement trouver place dans la description générale de la nécropole que nous avons essayée.

«18 janvier 1861. — Les recherches ont été commencées près du rocher d'Eschmounazar. Jai fait attaquer trois points : d'abord un rocher dans lequel une chambre avait été creusée; il n’en restait plus que la partie inférieure; elle était au centre de la nécropole. Nous sommes arrivés au roc après avoir enlevé environ 2 mètres d'épaisseur de terre; demain, je vais faire déblayer une entrée cachée dans le roc, près de cette chambre. J'ai fait aussi travailler autour du petit puits; nous sommes sur le roc tout autour. Enfin, j'ai fait attaquer le sol de la Mughäret-Abloun; à, nous avons trouvé, à une profondeur de 2 mètres, une fosse recouverte de dalles, non ouverte : nous n'avons pas encore pu en examiner le contenu. Près de cette fosse, nous avons découvert un petit caveau effondré, d’où nous avons tré la partie inférieure d'un

couvercle de sarcophage, sur lequel on voit une main tenant un alabastrum. . ….

«91-20 janvier. — Toute la semaine a été tellement mauvaise, qu'il nous a été im-

possible de travailler en plein air; j'ai dû me borner à faire fouiller de fond en comble la grande grotte du rocher d'Eschmounazar; nous y avons trouvé plusieurs fosses appartenant à une époque probablement peu reculée : terre et ossements, voilà tout ce que nous y avons rencontré. Hier et aujourd'hui seulement, comme il n'y avait que du vent et point de pluie, nous avons pu trax ailler avec nos cinquante hommes au complet. J'ai fait continuer à déblayer les alentours du petit puits, dans la direction du tombeau d'Eschmounazar, puis vider une ouverture carrée creusée dans le roc et donnant passage à deux grottes incomplétement fouillées par Durighello. Enfin je fais débarrasser tout le tour du rocher, dont nous avons exploré la grotte ces jours derniers. J'ai tout lieu

de croire que sous cette grotte il doit y en avoir une seconde.

«+3 mars. — Nous sommes enfin arrivés à la fameuse grotte aux sarcophages à figure et en marbre. Avant-hier, j'ai fait travailler à une fosse commencée par Durighello avant votre arrivée! : elle est située au sud du puits au fond duquel étaient les grottes où Durighello a trouvé les sarcophages. Nous ne tardâmes pas à découvrir un puits taillé dans le roc, et, à l'ouest, une entrée qui nous conduisit à une grotte parfaitement taillée et ayant tous les caractères des grottes phéniciennes. Nous aperçümes à la surface deux sarcophages en marbre de la forme simple de celui qui git encore dans le Beïader, mais parfaitement conservés, et plus grands. La grotte a été remuée à une époque probablement fort ancienne; les sarcophages étaient ouverts, mais rien n'était brisé. Qu'y a-t-il au fond? À la forme du puits oblong, à la manière dont il était taillé, à sa direction, je compris qu'il y avait une autre entrée en face de la première, et je fis attaquer tout le tour de la fosse pour enlever une énorme masse de terre qui obstruait la partie de cette fosse où je présumais devoir trouver l'entrée. Au coucher du soleil elle était enlevée, eton commençait à apercevoir une porte taillée dans le roc. Il y avait une demi-heure que j'étais parti, lorsque je vis arriver Durighello, qui me crie

du bas de ma maison : Vive la France, vive l'Empereur, vive M. Renan! Il entre dans

ma chambre, me saute au cou, m'embrasse, sans que je puisse me débarrasser de ses étreintes. Il s'arrachait les cheveux, il pouvait à peine parler. 1 n'avait pas eu la palience d'attendre, et avee Moustafa il avait ouvert la porte, il était entré dans la grotte. J'allai après diner sur le terrain, et nous entrâmes, après avoir déblayé la porte, dans une grotte assez basse, laillée carrément, sans ciment ni crépissage. Elle renferme cinq niches”. Les niches A et 5 sont complétement vides, et il ne s'y trouve aucun sarcophage. Je ferai creuser le sol. Les niches 2 et 3 sont occupées par deux sarcophages d'une parfaite conservation, marbre blanc, à gaine complète, comme ceux trouvés en commun dans le terrain des Abéla par Durighello, l'extrémité des pieds aussi large que celle de la tête, têtes de femme à chevelure simple, sans bandeaux ni ornements, type analogue à celui des sarcophages que je vous ai cités plus haut. En 1, il y a trois

1 Il est inutile d'exposer ici un malentendu, que que M. Durighello rendit à la mission. E. R. —? Voir firent bientôt oublier les services de toutes sortes le plan, pl. LXIT, caveau x1. — E. R.

sarcophages qui ne sont séparés par aucune cloison : le 1”, à l'est, est analogue à » el à 3. Le second est comme celui de la femme trouvée dernièrement par Durighello; le troisième est simple, carré, à couvercle en toit. Ils ont tous'd’énormes proportions: ils me paraissent évidemment phéniciens; pas un mot, pas une lettre. Les couvereles ont été enlevés ou plutôt ont glissé de deux des caisses , au fond desquelles on aperçoit des ossements déposés sur une couche très-mince de sable; tout le sol a été fouillé, saccagé. Demain, je vais faire déblayer le sol de la grotte et les environs, pour pouvoir de suite enlever nos sarcophages. Rien de nouveau sur les autres points : la grande grotte peinte (xvnr) et la grotte voisine ne tarderont point à être déblayées. J'abandonne la pelouse verte du terrain de Péretié, qui ne nous a menés à rien, et, selon vos ins-

tructions, lundi j'attaquerai le terrain des Abéla.

t9 mars. — Les quatre sarcophages à figures, et leurs caisses, sont placés au khan depuis hier soir; aujourd'hui nous allons transporter un sarcophage très-simple, de la même forme que celui des Abéla, qui git au Beïader, mais qui est admirable par la simplicité et l'harmonie de ses proportions, aussi bien que par ses dimensions énormes !. Ge serait dommage de laisser enfoui sous terre, ou briser pour en faire du marbre, un aussi beau morceau : ce sera un des plus remarquables spécimens qui feront partie de votre série de tombeaux. Aussi, malgré la dificulté de l'enlever, j'ai pensé qu'il ne fallait pas se laisser épouvanter par cette difficulté, et ce soir, s'il ne nous arrive aucun accident, il prendra place dans notre musée du khan; il ÿ restera, si vous ne voulez pas l'emporter. J'ai mis en réquisition le ban et l’arrière-ban des cordes et des poulies de Saïda pour toutes ces opérations, qui, quoique dangereuses et difficiles à cause du poids des morceaux, de la profondeur et de l’exiguité du trou, se sont parfaitement exécutées; mais, comme je vous l'ai déjà dit, nos ateliers ont souffert, car nous avions besoin de presque tout notre monde.

«J'ai rangé ces sarcophages dans une des chambres du musée, de manière à former une série présentant les passages successifs de celui qui a le moins l'apparence phénicienne à celui qui, au contraire, paraît le plus rapproché de la momie égyptienne.

‘10 mars. — Hier, nous avons enlevé le gros sarcophage carré. Il a fallu pour cela tous nos hommes et toute la journée. Nos cordes ont cassé, nos poutres craquaient et se sont renversées, notre chariot a aussi été entamé; mais heureusement aucun accident n'est survenu. L'énorme sarcophage est arrivé, ainsi que ceux qui l'ont arraché (c'est le mot) des entrailles de la terre, sain et sauf; il est au khan avec ses frères, qui ysont rangés. Je me réjouis de vous voir entrer dans notre salle de tombeaux et de vous y communiquer toutes les circonstances qui accompagnaient nos trouvailles.

t19 mars.—Il paraît, d'après ce que vous me dites, que vous irez directement avec

? Cest la grande theca carrée, à dos d'âne, déposée au Louvre. —E, R.

l'Éclaireur de Sour à Torlose; je suis sûr, de mon côté, que vous n'aurez pas le courage de passer devant Saïda sans venir donner un coup d'œil à notre salle des tombeaux, qui a vraiment quelque chose d'imposant. Ils sont au nombre de huit, en comptant la caisse vide avec sa grosse tête, et celle de l’homme au bras cassé; ils gisent là sur deux rangs, tandis que le neuvième, le gros, qui nous a donné tant de mal, est au milieu de la première salle. Dès qu'il fera beau et que J'aurai le câble, je travaillerai à

enlever les deux cuves ornées de sculptures de la grotte peinte. Qui sait si d'ici là nous

n'en découvrirons pas d'autre

Voici maintenant le journal des fouilles de M. Gaillardot pour cette première campagne de 1861 :

+18 janvier. — Nous commençämes les travaux dans le terrain appartenant à M. Péretié, où fut découvert, il y a quelques années, le tombeau du roi de Sidon, Eschmounazar. Au centre de ce terrain se trouvent les murs, taillés dans le roc, d'une

chambre presque complétement détruite (M, caveau xxxvr) jusqu'à Lo centimètres

environ du sol. Nous attaquons ce point le premier, espérant que peut-être la voüte

qui couvrait cette chambre, en s’écroulant et recouvrant le sol de ses débris, aura conservé quelque chose. Toute la cavité que nous creusons est remplie de sable, débris du roc taillé; nous ne tardons pas à arriver à ce roc, après avoir enlevé une épaisseur d'environ 1,50 de sable. Le second point que nous attaquons est le pourtour du petit puils à eau, situé près de l'escalier qui descend au caveau xxxv; tout autour de cette ouverture nous ne rencontrons que le roc; nous nous étendons en ouvrant des tranchées vers le sud et vers l'est. Enfin, nous entamons la grande caverne, Moghäret- Abloun, creusée dans le cube de rocher au pied duquel a été trouvé le tombeau d’Eschmounazar. Cette caverne a déjà été fouillée à diverses époques, et elle présente de nombreuses traces de violation : cependant les travaux incomplets qui y furent exécutés, après la découverte du sarcophage d'Eschmounazar, amenèrent à la surface du sol plusieurs fragments de basalle; ces fragments étaient probablement des débris de sarcophages dont peut-être nous trouverons d’autres fragments plus importants; peut-

être même aurons-nous le bonheur de découvrir quelque inscriplion. Trois chambres

occupaient le fond de la caverne, en face de l'entrée : lune au milieu et les deux

autres sur les côtés. Celle de droite (A) seule est assez bien conservée; le sol est formé de deux fosses creusées dans le roc. Nous arrivons assez facilement au fond de celle de gauche (a), qui n’avait pas plus de 8o centimètres de profondeur. Nous n'y rencontrons que de la terre rapportée et deux vases dits lacrymatoires en terre cuite, assez mal conservés et de la forme la plus commune. Gette fosse avait évidemment déjà été fouillée.

+19 janvier. — Nous continuons les fouilles que nous avons commencées hier : au rocher du centre et autour du puits, rien de nouveau. Dans la caverne, nous vidons la fosse b de la chambre À, et, après avoir enlevé plus d’un mètre de terre, nous découvrons des dalles qui fermaient une seconde fosse creusée sous la première. Elle est remplie de sable calcaire et d'une assez grande quantité de débris d’ossements pourris par l'humidité, Nous trouvons une petite pièce de monnaie de cuivre qui me semble être du bas Empire. La chambre G a été complétement bouleversée. La cloison qui la séparait de sa voisine a été détruite, ainsi que la paroi du fond; le plafond s’est effondré. La fosse c, creusée dans son plancher, ne nous a rien donné. La chambre B paraît avoir été la pièce principale de la caverne; la paroi du fond est taillée en abside et le plafond présente un are de cercle très-surbaissé. On retrouve les traces d’une mince cloison qui la partageait en deux fours, dont chacun abritait une fosse profonde et largement creusée dans le sol. En déblayant la droite de la chambre, nous trouvons plusieurs pierres de construction, et nous ne tardons pas à découvrir les débris d’une petite voûte qui avail recouvert la fosse d, et qui était destinée à protéger un sarcophage en marbre blanc d’une forme assez bizarre (pl. TXetne 3). La caisse seule est

intacte, et, du couvercle, nous ne retrouvons qu'un fragment de la poitrine, au-des-

sous du cou, et la partie inférieure, de forme convexe, portant à gauche un bras nu, dont la main tient un petit alabastrum; ce bras sort des plis d’un vêtement à manche

courte, dont on revoit les traces sur le premier fragment, celui de la poitrime.

“91 janvier. — Comme il a plu pendant toute la journée, nous n'avons emmené aux fouilles que dix hommes, qui doivent continuer à travailler dans la caverne. Nous faisons sortir de la fosse, dans laquelle elle était enchâssée, la caisse du sarcophage que

nous avons découvert hier.

«92 janvier. — Le mauvais temps continue : nous travaillons comme hier à fouiller le sol de la grande caverne, avec dix hommes seulement. La fosse d, de laquelle nous avons retiré la caisse du sarcophage, était remplie par du sable, dont une couche assez épaisse était aussi étendue sur le sol. Dans ce sable nous trouvons une vingtaine de petits vases dits lacrymaloires en terre cuite. Quelques-uns de ces vases sont brisés près de l'ouverture; le plus grand nombre est coloré sur plusieurs points de la surface par une peinture ocreuse, rouge, et l'un d'eux présente encore dans sa cavité des traces d'une matière terreuse, blanche, ressemblant à de la chaux. Tous ces vases étaient rangés autour de la tête. Toujours dans la chambre B, eu g, à gauche de Ia première, nous trouvons une autre fosse, un peu moins profonde et de plus petites dimensions; nous n’y rencontrons que de la terre sablonneuse, quelques débris d'ossements; un alabastrum de verre et deux clous, gros et longs, en fer à demi rongé par la rouille. Ces clous, par leur forme et par leurs dimensions, ressemblent à ceux qui, autrefois. ont été trouvés dans le caveau xxx, avec d'autres ferrements et quatre masques en cuivre représentant des faces de lion. Ges objets avaient probablement formé armature d’une énorme caisse de bois que le temps avait détruite. En e et en /, nous rencontrons deux fosses taillées dans le roc, peu profondes, remplies de terre et de débris d’ossements.

“23 Janvier. — Mauvais temps : nous n'emmenons que dix hommes aux travaux el nous continuons à déblayer le sol de la caverne Moghäret-Abloun, en nous rapprochant de l'entrée. En h et en &, nous découvrons deux fosses étroites et peu profondes creu-

sées dans le roc: la dernière (k) est revêtue d’une couche de ciment très-répulière et

recouverte par des dalles bien taillées. Dans ces deux fosses, nous ne trouvons que de

la terre végétale, du sable et des débris d’ossements très-altérés.

«24 et 25 jamier. — Très-mauvais temps : il nous est impossible de sortir de Ja

ville.

«+26 janvier. — Nous déblayons complétement les deux fours du milieu de la rangée de droite de la grande caverne (Moghäret-Abloun). Nous n'y. trouvons que de la terre

végétale, des débris d’ossements et un fragment de la parle supérieure du couvercle du sarcophage de la fosse d. C'est la partie moyenne du bras gauche qui nous manquait. On continue à déchausser les deux faces sud et ouest du rocher dans lequel est creusée celte caverne; près de l'angle sud-ouest, à peu de distance de la porte, nous rencontrons une grande excavation rectangulaire, très-bien taillée dans le roc : elle

a 17,50 de largeur; nous ne connaissons point encore sa longueur ni sa profondeur. Nous continuons à dénuder le roc entre le rocher d'Eschmounazar et le pelit puits à eau du caveau xxxv. Dans la chambre formée au centre du terrain par les murs de rocher M, nous trouvons un puits rectangulaire très-régulièrement taillé, qui, probablement, nous conduira à un caveau.

«26 janvier. — À la Moghäret-Abloun, nous déblayons le sol de la première chambre de la rangée de droite (D), et nous découvrons deux fosses creusées dans le roc: celle de droite (1) s'enfonce en se rétrécissant à plus de 2 mètres et demi dans le sol, puis elle s'élargit vers ses deux extrémités, et, dans la terre qu'elle contient, nous trouvons deux petits vases de terre cuite et des débris d’ossements. La grande excavation rectangulaire de l'angle sud-ouest du grand rocher a 1 mètre et demi de profondeur et ne conduit à rien, Nous continuons à dénuder le roc dans la direction de l’ouest. Entre les deux puits à eau, nous rencontrons louverture d’un caveau taillée dans le roc. mais encore encombrée de pierres et de terre (chambre carrée taillée dans le roc au centre des travaux). Là, le puits rectangulaire que nous avons découvert est complétement déblayé; il a plus de 4 mètres de profondeur et est très-régulièrement taillé dans le roc. À la partie inférieure de ses deux faces les plus étroites, orientées, l’une à l'est, l'autre à l’ouest, s'ouvrent deux portes donnant accès à deux caveaux. Les deux faces les plus longues présentent, à 1 mètre au-dessus du fond du puits, une banquette de 20 centimètres d'épaisseur, qui a dû être destinée à supporter les dalles de elôture. Par la porte de l’ouest, nous pénétrons dans un petit caveau carré (xxxvr), au pied de la paroi sud duquel est creusée une fosse longue, étroite et peu profonde. La paroi du nord, à droite de la porte d'entrée, conduit à un autre caveau un peu plus grand, dans le sol duquel sont creusées trois fosses. Nous déblayons complétement ces deux caveaux; mais ils ont déjà été fouillés; leur sol est bouleversé, brisé, et nous n'y trou- Vons rien.

Du 29 janvier au 5 évier. — Pluie continuelle : il nous est impossible de travailler.

1 6 février. —Reprise des travaux. Nous déblayons la fosse m de la chambre D de la Moghéret-Abloun. Cette fosse est beaucoup moins profonde que la fosse L, à gauche de laquelle elle est creusée; elle ne renferme que de la terre et des débris d'ossements :

il en est de même de la fosse placée en », à l’entrée de la caverne. Nous continuons à

mettre le roc à nu tout autour du grand rocher où est creusée la Mophäret-Abloun. Près de l'angle sud-ouest, le roc est taillé très-régulièrement et paraît s’abaisser en gradins. À l'angle nord-est, nous faisons enlever les terres accumulées sur la fosse dans laquelle a été trouvé le sarcophage d'Eschmounazar. Entre ce point et le petit puils à eau du caveau xxxv, nous continuons nos déblayements, et nous reconnaIssons que ce que nous avions d’abord pris (28 janvier) pour l'entrée d'un caveau n'est autre chose que la cavité produite par l'effondrement de ce caveau (xxx). Les

chambres du caveau xxxvr sont complétement déblayées : elles ne nous ont rien donné.

x 7 el 6) février. — Nous abandonnons les travaux de la Moghäret-Abloun. Ce monument a déjà été fouillé à diverses époques et il a été très-mallraité; on s’est contenté de vider les niches rangées à la droite de l'entrée, mais celles de gauche ont été brisées: les cloisons ont été détruites. En résumé, nous n'avons trouvé là qu'un seul objet, malheureusement brisé et incomplet, le sarcophage (pl. LX, 3), qui offre un haut intérêt. Un fait qui résulte de nos travaux, c'est que cette caverne à servi de sépulture à plusieurs époques assez éloignées les unes des autres; il me semble qu'une période de temps assez longue doit avoir séparé la date du sarcophage de celle de la sépul-

ture b, chambre À, dans laquelle nous avons trouvé une petite médaille (du bas Em-

pire?), et surtout de celle des fosses creusées dans le sol, près de l'entrée, qui doivent avoir été les plus récentes. Nous continuons à dénuder le roc tout autour du grand rocher dans lequel est creusée cette caverne, et vers l'est, dans la direction du caveau xxxr, qui fait partie du groupe où, il y a quelques années, on a trouvé plusieurs sarcophages. À environ 3 mètres de la paroi ouest du rocher, vers le milieu de cette paroi, nous découvrons une fosse creusée dans le roc : cette fosse, qui a 1 mètre de profondeur, n'a que 1,15 de longueur sur 72 centimètres de largeur; elle est remplie de sable calcaire, détritus du roc dans lequel elle a été creusée. À environ 80 cenlimètres au-dessous de l'ouverture, qui n'était recouverte d'aucune dalle, d'aucune pierre, el ne présentait aucune trace d'une rainure destinée à recevoir un couvercle, nous trouvons à chaque angle un anneau en fer reposant sur le sable. Ges quatre anneaux présentent 1/ centimètres de diamètre extérieur sur 14 millimètres d'épaisseur. Sur un point de leur circonférence, le fer, aplali, n'est plus épais que de 1 centimètre, et il est fixé à un clou formé d’une petite tige de fer pliée en deux pour le recevoir entre ses deux branches. Ce clou offre une partie droite de 14 centimètres, puis il se replie à angle droit. L'un des anneaux élait complétement rongé par la rouille, les trois autres étaient recouverts d'une couche épaisse de cette matière. Sur le lit de sable qui portait ces anneaux, étaient symétriquement rangés en cercle près de la paroi de la fosse presque adossée au rocher, une trentaine de petits vases dits lacrymatoires de la même forme que ceux que nous avons trouvés autour du sarcophage de la chambre B de la Moghäret-Abloun, et, au centre, nous n'avons vu qu'une petite quantité de frag-

ments d'os, qui tombaient en bouillie à la moindre pression. La forme des anneaux est

:AMPAGNE DE SIDON. A4

identiquement la même que celle des anneaux que l'on a trouvés, il y a quelques années, dans le caveau xxxix, avec les masques en cuivre à face de lion !. Tout indique des caisses en bois assez épaisses, revêtues ou non d'ornements, et munies d’anneaux de fer qui servaient probablement à les porter. La distance de 14 centimètres, qui sépare l’anneau du point où le clou est plié, nous donne ici l'épaisseur de la caisse de bois. Les dimensions excluent la supposition que la fosse en question ait pu servir à placer le cadavre étendu d’un adulte, et le peu de fragments d'os encore reconnaissables que nous y avons trouvés, entre autres l'extrémité d’un radius, nous prouve

qu'il ne s'agissait pas ici d’une sépulture d'enfant. Au sud de la fosse et tout le long

de la face ouest du grand rocher dans lequel est creusée la Moghäret-Abloun, nous trouvons le roc, régulièrement laillé sur plusieurs points, formant tantôt des gradins plus ou moins élevés, tantôt des cavités rectangulaires, étagées les unes au-dessus des autres, larges de plus de 1 mètre, mais trop courtes et trop peu profondes pour qu'elles aient pu recevoir un sarcophage ou même un cadavre; elles n’ont pas plus de 30 à Lo centimètres de profondeur. Il est probable qu'ici, comme sur beaucoup d’autres points, nous n'avons affaire qu'à une carrière; cependant, au sud-ouest du tombeau d'Eschmounazar, il y a sur le roc plusieurs cubes très-réguliers, dont deux doivent avoir servi de pied aux chambranles d’une porte.

«Nous avons découvert presque complétement le tombeau d'Eschmounazar, et nous avons enlevé la plus grande partie de la terre qui recouvrait le rocher dont il est entouré au nord et à l’ouest. Dans le milieu de la face est du grand rocher de Mophéret- Abloun, a été creusée une excavation formant une sorte de chambre carrée : c’est au pied du roc qui forme la paroi nord de cette chambre que s'ouvre la fosse large et profonde dans laquelle reposait le sarcophage. L'ouverture de la fosse est au niveau du sol aplani, la tête élait adossée au gros rocher et le bord gauche était appuyé au roc taillé au-dessus de lui en deux gradins, tandis qu'aux deux extrémités dû bord droit se relèvent deux blocs presque cubiques qu'on a laissés en taillant le roc. En enlevant la terre qui recouvre les gradins, nous reconnaissons qu’à leur extrémité est il y a des pierres de construction qui paraissent en place.

«Nous continuons à déblayer le caveau effondré qui est à l’est du grand puits, et que nous avons reconnu hier (xxxn)?. Nous n'y trouvons que quelques débris d'ossements mêlés à du sable calcaire jaunâtre. Les deux chambres du sud de ce caveau sont complétement vidées des remblais qui les remplissaient, ainsi que la chambre qui forme

! I paraît qu’à une époque assez reculée, quand on trouvait, dans les caveaux plus anciens dont on voulait se servir, des caisses en bois à demi détruites, on en détachait les ornements de métal et on les plaçait soit dans des «fosses creusées dans le-roc, soit dans un nouveau caveau. Les masques de grande dimension qui ont été cédés par M. Péretié à M. Rey, qui les a donnés au Louvre, étaient placés debout,

adossés à la paroi du caveau faisant face à la porte. Ils étaient accompagnés de grands clous et de gros anneaux de fer dont M. Gaillardot a les dessins: c'était l'armature complète d’un sarcophage qui, à en juger par les angles des clous, devait être d’une

grande épaisseur. — E. R.

? J'ai un dessin de M. Gaïllardot qui représente très-bien l'aspect de ce caveau effondré. — E. R.

le centre du caveau. Nous reconnaissons que cette chambre, irrégulière dans sa forme,

est entourée de fours dans lesquels nous ne retrouvons que quelques débris do

ments bouleversés. À l'angle nord-est de la chambre centrale s'ouvre une espèce de couloir, qui n'est autre chose qu’un puits rectangulaire. Ge puits servait autrefois d'entrée au caveau en face duquel, à l'est, se trouve aussi une autre chambre rectangulaire,

offrant un seul four creusé dans sa paroi nord. Tout cet ensemble est aujourd'hui à ciel ouvert; les plafonds des chambres et des fours se sont écroulés, et comme on n'en retrouve ni fragments, ni races, comme de plus la terre que nous enlevons est en

grande partie formée de sable et de débris plus ou moins volumineux du roe, j'ai lieu

de croire que ce caveau effondré a été exploité comme carrière.

«9 février. — Continuation des travaux sur tous les points. Nous ne trouvons rien d’important. Le rocher contre lequel était appuyé le tombeau d'Eschmounazar se découvre de plus en plus. Au-dessus de la fosse, il forme des gradins et de gros cubes très-répulièrement taillés; nous découvrons en partie les pierres de construction que nous avions remarquées hier.

«11 février. — Continuation des travaux déjà commencés. La fosse de laquelle a été retiré le sarcophage d'Eschmounazar est complétement débarrassée de la terre qui la remplissait. En creusant le fond de cette fosse, on y a ménagé deux petites banquettes qui la traversent d'un des grands côtés à l'autre, et on a épalisé ce fond avec une couche de sable; c’est sur cet ensemble que reposait la caisse de pierre. Les bords de la fosse, excepté celui du petit côté qui était aux pieds, sont munis d’une rainure creusée dans le roc et destinée probablement à recevoir des dalles formant une première clôture. À l'angle nord-est du premier gradin qui surmonte immédiatement cette rainuré, les pierres de construction que nous avons découvertes hier étaient disposées de la manière suivante et formaient deux assises superposées. L’assise inférieure, recouvrant l'extrémité est du gradin inférieur, était formée de trois pierres : deux carrées placées l'une contre l'autre, et la troisième à l'ouest des premières, longue d'environ 6o centimètres. Les deux premières pierres et la moitié de la troisième étaient recou-

: vertes par une grosse pierre carrée de Lo centimètres de côté, seul débris de l’assise supérieure. La partie libre de la troisième pierre de la première assise n'était point, comme les autres pierres, taillée partout à angle droit; mais l’arête qui regardait la fosse était abattue, sous un angle de 45 degrés, par un biseau évidemment destiné à servir d'attache à une petite voûte qui recouvrait la fosse. Le 19 janvier, nous avions déjà remarqué une disposition analogue dans la chambre B de la grande caverne Moghäret-Abloun. Le sarcophage qui était dans la fosse d était couvert de pierres de construction qui m'ont semblé provenir d'une voûte écroulée. Le sarcophage d'Eschmounazar était done recouvert d’un édicule. Nous ne serons point étonnés de n'avoir

trouvé d’autres débris de ce monument que les quatre pierres que je viens de signaler,

et qui ont été sauvées par un heureux hasard, si nous nous rappelons que de nombreuses pierres de construction ont été retirées de ce point de la nécropole : c’est en les arrachant du sol que l’on a découvert le tombeau du roi des Sidoniens. Nous continuons à dénuder le roc entre ce point et le groupe de caveaux dans l'un desquels

d’autres sarcophages ont été trouvés (xxvm).

«19 février. — Continuation des travaux. Nous cherchons à dénuder complétement le roc à l'est et au sud du rocher de Moghéret-Abloun. Partout nous remarquons qu'il est taillé, formant des fosses, des cubes et des gradins de diverses dimensions. Près des deux chambres du sud du caveau effondré xxxr, en enlevant un amas assez considérable de terres rapportées, nous découvrons sur le sol un sarcophage de terre cuite, fendu dans plusieurs endroits; le couvercle a été rompu par le poids des terres et enfoncé dans la caisse, où se trouvaient des ossements brisés, mais en place, ce qui nous prouve que ce sarcophage est encore à l'endroit où il a été déposé à l'origine,

et qu'il n’a point été transporté d’ailleurs.

«18 février. — Nous continuons à travailler sur les mêmes points qu'hier, excepté à la face ouest du grand rocher de Moghdret-Abloun. La difficulté que nous avons à transporter les terres au loin nous oblige à abandonner pour le moment la tranchée que nous avions pratiquée le long de cette face, et qui est arrivée à une assez grande profondeur. Nous attaquons le pied de la falaise qui sépare l'étage supérieur, la nécropole

creusée dans le roc, des plantations de müûrier qui sont au-dessous.

«20 février. — Les travaux ont été interrompus par le voyage de Sour que je fis avec M. Thobois à son arrivée; ils sont repris le 20 février, et, le 25, ils avaient donné les résultats suivants : à l’est et au sud du grand rocher Moghäret-Abloun, le roc est complétement dénudé. Nous n'avons rien trouvé d'important, mais nous avons reconnu d'une manière évidente qu'autour du tombeau d'Eschmounazar se trouvait une série de travaux qui avaient dû autrefois former un ensemble plus considérable que toutes les sépultures que nous avons observées jusqu’à présent aux environs de Saïda. L'excavation en forme de chambre, à l'angle nord-ouest de laquelle était placé le tombeau, est fermée au sud par une série de gradins et de cubes régulièrement taillés, qui s'avancent vers l'est jusqu'à 7 mètres de la masse du rocher. Au milieu de cette chambre, à 2,50 de la fosse où était le sarcophage, est un grand puits carré de près de + mètres de côté; nous n’y avons trouvé que de l’eau. La chambre n’est point fermée vers l’est; mais, dans cette direction, elle se confond avec une grande enceinte, une espèce de cour entourée, au nord et à l’est, d’un mur de 2 mètres de hauteur taillé à pic dans le roc. Ce mur, au nord, est le prolongement du rocher contre lequel la fosse est appuyée; après avoir côtoyé le Beïader de l’ouest à l'est sur une longueur de 5%,50, il se retourne presque à angle droit dans la direction nord-sud, en inclinant un peu

vers l’ouest, et forme, à environ 10",50 du gros rocher, une paroi longue de 12 mètres, en face de la chambre où se trouvent le puits et le tombeau. À la surface de la chambre et de l'enceinte qui la précède, le roc est assez régulièrement aplani; à 2,50, à l'est du puits, en face de l'ouverture de la chambre, on observe un trou carré, qui ne s'enfonce pas à plus de 3 décimètres du sol. Le fond de ce trou, très-irréguliérement creusé, dénote un travail inachevé. Vers le sud, entre le mur d'enceinte et l'éperon de rocher qui ferme la chambre, nous découvrons une fosse de petites dimensions; elle n’a que 6o centimètres de profondeur; nous n'y trouvons que du sable formé par les détritus du rocher, quelques ossements et des anneaux de fer semblables à ceux que nous avons retirés de la fosse creusée à l’ouest de Moghäret-Abloun. En face de l’ouverture de la chambre, au pied du mur d'enceinte, nous remarquons plusieurs cavités peu profondes, régulièrement taillées, rectangulaires, qui pourraient bien avoir recu autrefois des sarcophages. On ne peut s'empêcher de remarquer le manque de régularité très-apparent qui domine dans tout cet ensemble; ni les lignes de l'enceinte, ni celles de la chambre ne se croisent à angle droit; les parois du mur et celles du grand rocher forment des lignes brisées: on n’a cherché aucune symétrie; le roc est assez grossièrement taillé, et nulle part on ne remarque de traces d'enduit ni de crépissage destinés à corriger les imperfections du travail. Cette rudesse, ce manque de recherche et de goût donnent à l'ensemble de ce monument un air d’archaïsme lrès-prononcé. Le mur de rocher qui forme la paroi est de l'enceinte la sépare du caveau xxx, qui me parait plus ancien que le tombeau d'Eschmounazar. Ce caveau présente dans toules ses parties, mais à un degré plus prononcé encore, les négligences, les irrégu-

larités, la manière de faire que J'ai signalées pour le tombeau : il ressemble sous tous

les rapports au caveau xxvur, dans lequel M. Péretié, en 1855, trouva les deux sarcophages dont l’un est au Louvre (couvercle portant une figure dont les cheveux sont relevés par un bandeau et étalés au sommet de la tête). Ce caveau xxx, à l'origine, à dû étre creusé dans un cube de rocher à peu près aussi élevé que celui dans lequel a été taillée la grande caverne WMoghäret-Abloun; le sol de ses chambres est de 1,0 plus élevé que celui de cette caverne (tombeau d'Eschmounazar, etc. coupes, fig.3 pl. LXIV). Donnons à ces chambres une hauteur de 2,50 indiquée par les arrachements des voûtes dans les deux petites chambres du sud, et ajoutons une épaisseur de rocher d'environ 1 mètre; alors, au lieu d’un mur de 2 mètres de hauteur comme celui qui existe aujourdhui, nous aurons une paroi verticale haute de 3 mètres à 3,50. Plus tard, après que l'effondrement du caveau et de ses chambres eut été déterminé par des causes qui nous sont inconnues, peut-être par l'ébranlement produit à la suite des travaux que nécessita la construction du tombeau d'Eschmounazar, les blocs de pierre résultant de la chute des plafonds et des voûtes furent exploités; le caveau devint une carrière, et le mur, rasé, fut réduit à la hauteur qu'il présente aujourd'hut.

«Nous continuons à dénuder le roc en marchant vers le sud-est, dans la direction du

chemin de Darbessine. Là le terrain n’a point encore été remué, et peut-être y rencon-

trerons-nous quelque ouverture. Nous commençons à déblayer le groupe formé par les caveaux xxvrr, xxix, xxx et xxx. (Plan de la nécropole, pl. LXIT, groupe XI, caveau 11, en descendant du nord au sud.) Vers le milieu de la falaise, au pied du rocher, nous avions découvert une fosse creusée dans le roc, présentant 1 mètre de largeur sur 1",50 de longueur jusqu'au rocher. Gette fosse, profonde de 2 mètres, était remplie par de grosses pierres de construction bien taillées, disposées en assises régulières et jointes par un ciment tellement solide que nous n’arrivämes qu'avec beaucoup de difficulté à enlever celte masse de maçonnerie, qui se prolongeait de près de 1 mètre sous le roc, dans un couloir de mêmes dimensions que la fosse extérieure. Après avoir tout enlevé,

nous arrivämes à un petit réduit de 1 mètre de longueur sur 1",25 de largeur et autant de hauteur. La paroi de gauche de cette petite cavité, révulièrement taillée dans le roc, a été brisée, et une ouverture donne accès dans un petit caveau de 2",30 de longueur sur 1°,60 de largeur et 2 mètres de hauteur. Le sol de ce caveau est occupé par une fosse peu profonde, arrondie à la tête et remplie de sable apporté du bord de la mer; nous n’y trouvons qu'un petit vase de terre cuite. Une cloison d'environ 4o centümèlres d'épaisseur était aussi complétement brisée, et, en allant vers le nord, nous entrons dans un second caveau en tout semblable au premier. Les fosses et les caveaux sont assez grossièrement taillés. Dans l'origine, avant la violation et quand les cloisons

aujourd'hui enlevées existaient encore, on entrait dans chacun de ces deux caveaux

par un système de fosses et de couloirs fermés par un massif de maçonnerie, comme celui par lequel nous sommes arrivés au petit réduit n° 3. Dans le caveau n° 2, nous apercevons au pied de la fosse l'ouverture par laquelle on y est entré en enlevant quelques pierres; on a ensuite brisé les deux cloisons latérales et on a pénétré dans le caveau n° 1 et dans le réduit n° 3, dont les clôtures étaient restées intactes; les débris de ces cloisons ont été enlevés, car nous ne trouvons aucun fragment du rocher; à 3 mètres au sud du réduit n° 3, nous en rencontrons un autre, plus petit encore que le précédent. La fosse extérieure qui y donne accès est remplie par la maçonnerie; le réduit est complétement vide. Les caveaux n° 1 et 2, avec leurs fosses et leur mode de clôture, se comprennent; mais les deux réduits 3 et 4, à quoi ont-ils pu servir? Étaient-ce des sépultures inachevées et préparées pour être utilisées plus tard? Dans ce cas, pourquoi fermer et maconner avec tant de soin leur entrée?

«Nous avons commencé des travaux dans le terrain que M. Durighello a acheté pour le compte de la mission, et où il a déjà commencé les fouilles (région sud-est du plan de la nécropole, pl. LXIT). Nous avons complétement vidé les deux caveaux phéniciens (xu), dans l’un desquels (B) ont été trouvés deux sarcophages de marbre blane, dont les couvercles portaient des têtes d'homme. Le n° 1 (pl. LIX) était dans une fosse creusée dans le roc, et le n° 5 reposait dans une niche; une autre fosse creusée aussi dans le roc, mais vide, occupait le sol du caveau au sud de la première. Le caveau À, situé en face de B, a déjà été violé; on y est entré par le caveau voisin, en détruisant

la mince cloison qui l'en séparait. Après avoir enlevé une grande quantité de terre,

Le.

nous n'y trouvons que deux fosses creusées dans le roc, dont l’une, longeant la paroi sud du caveau, renfermait une caisse de sarcophage qui a été apportée au Louvre (pl. LX, 2). Une autre caisse et les deux couvercles ont été brisés en mille morceaux; le seul fragment qui mérite d'être conservé est une têle coiffée à l'égyptienne, dont la ace a été complétement détruite. On descendait à ce caveau par un puits rectangulaire creusé dans le roc; à 6 mètres de profondeur, le roc s’arrêtait et formait devant la porte de la chambre B une plateforme carrée occupant la moitié du grand côté du uits qui, devenu carré, au niveau de la chambre À, continuait à s’enfoncer jusqu'à ‘eau (pl. LXIV, coupes des caveaux À et B, xx, fig. 1"). Nous commençons à vider ce

puits, cherchant avec soin si, parmi les remblais dont il est à moitié comblé, il ne se

rouve pas quelque fragment des sarcophages brisés dont nous avons trouvé les débris. «Nous commençons à déblayer le grand caveau peint (xvnr) et nous travaillons à dégager les sarcophages qu'il renferme : malheureusement, la plupart sont brisés. Comme

il nous importe avant tout de rechercher aussi exactement que possible les entrées des caveaux de la nécropole, et que, dans la partie que nous explorons aujourd'hui, la terre végétale forme une couche quelquefois très-épaisse, il me semble que le moyen le plus sûr, pour qu'aucune ouverture ne puisse nous échapper, c'est de sillonner tout le sol jusqu'au roc par des tranchées larges d'environ 2 mètres, el distantes l’une de l'autre de 3 mètres au plus : en partant du sud et en remontant vers le nord dans une direction presque perpendiculaire à celle que présentent ordinairement les ouvertures

rectangulaires des puits qui donnent accès aux caveaux, il est impossible qu'aucune

de ces ouvertures nous échappe, puisqu'elles ont presque toujours 3 mètres environ de longueur. Nous attaquons donc l'angle sud-est par une large tranchée, qui nous montre sur plusieurs points, vers le milieu de la largeur, le roc percé de soupiraux pareils à : ee : à k \ ï :

ceux des grottes de Gébeil. Nous cherchons si ces soupiraux ne nous conduiront point à quelque caveau !. Entre la tranchée que nous avons ouverte et le caveau peint (xviu), nous commençons à déblayer le caveau nr, qui est complétement rempli de terre: l’ancien propriétaire du terrain que nous fouillons assure qu'il y a vu des sarcophages de arbre ble tant des figures humaines. Sur int situé au sud du précéde marbre blanc portant des figures humaines. Sur un point situé au sud du précec ent, nous avons dénudé le sol et nous avons trouvé des fosses creusées dans le roc, autour desquelles on remarque plusieurs soupiraux d'un petit diamètre; lun d'eux tombe juste dans un angle au fond d’une de ces grottes, ce qui me fait croire que, si ce soupirail conduit à un cayeau, ce caveau a élé creusé à une époque antérieure à celle où a élé

faite la fosse ?.

28 février. — Pendant les trois jours qui précèdent, les travaux ont continué sur

tous les points; mais ils ne nous ont donné rien de remarquable. Dans la nécropole

1 Voir ci-dessus, p. 193 et suiv. — E. R. les fouilles de Saïda, je n'avais pu lui communiquer 2 Voir ibid. À l'époque où M. Gaillardot faisait mes résultats sur les soupiraux de Gébeil. — E. R:

nous continuons à dénuder le sol sur le

d'Eschmounazar (région sud-ouest du plan) grand espace situé au centre et qui n’a point encore été exploré. Nous n'y rencontrons que le roc, sur plusieurs points taillé en gradins pour l'exploitation des pierres de construction. Nous continuons à déblayer les caveaux du groupe situé à l'angle nordest (XXVIIT, XXIX, XXX, xxx1). Au sud de ce groupe, nous enlevons la terre qui remplit à moitié le caveau xxxix, où M. Durighello a trouvé, en 1855, quatre grands masques de cuivre à face de lion, et plusieurs clous et anneaux de fer de grandes dimensions; ces objets, qui ont dû former l’armature d’un cercueil de bois grand et épais, étaient, lorsqu'on les a trouvés, rangés symétriquement contre une des parois du caveau; à peine M. Durighello les avait-il enlevés que le caveau s’effondrait.

«Dans la région sud-est, nous continuons à enlever la terre qui remplit le caveau peint (xvn). Nous découvrons un grand sarcophage de brèche calcaire blanche et rose, formant la base d’un mur que l’on a construit pour étayer le plafond au-dessus de la chambre carrée que l'on rencontre à droite en entrant. Nous dégageons le grand côté de ce sarcophage, qui présente une tête de lion portant dans la gueule un anneau, duquel se détache une guirlande; malheureusement le eôté opposé est brisé. Dans le puits des caveaux xxr, nous ne trouvons absolument rien. La grande tranchée que nous avons ouverte vers l’angle sud-est, en montant vers le nord-ouest, a mis à découvert une petite falaise de rochers qui s'étend dans cette dernière direction. En la suivant, nous rencontrons une petite grotte peu profonde, assez régulièrement tullée, abritant un sarcophage de terre cuite qui nous paraît intact. Les soupiraux que nous avions rencontrés quelques jours auparavant sur le roc dénudé, dans notre première tranchée, ne nous ont rien indiqué. Le caveau mn se dégage de plus en plus : nous rencontrons, à gauche de l'entrée, un couloir haut et profond taillé carrément dans le roc; il a plus de 4 mètres de profondeur sur 1 mètre et demi de largeur et 2",5o de

hauteur. Dans ce couloir, le sol est encore recouvert d’une couche de béton intacte.

«2 mars. — Hier et aujourd'hui, tous les travaux ont continué sans donner aucun résultat important. Vers le soir, remarquant qu'après avoir dénudé le roc complétement au centre de la partie supérieure de la région sud-ouest, nous n’avions absolument rien rencontré, Je renonce à pousser plus loin cette exploration et je transporte les ouvriers au pied de la face nord du rocher d'Eschmounazar, dans le Beïader, où MM. Abela nous ont-autorisés à fouiller. Nous continuons à déblayer le caveau xxux et le groupe de caveaux de l'angle nord-est de cette répion. Dans la région sud-est, nous continuons à enlever la terre qui remplit le caveau peint (xvur); nous découvrons les sarcophages qui sont dans quelques-unes des niches. Nous n’avons trouvé qu'un sarcophage de terre cuite brisé dans la petite grotte creusée en la falaise, un peu audessus de l'angle sud-est. Le caveau 1 se dégage de plus en plus. Entre le caveau m et le caveau xvur, nous découvrons, le 2 au soir, l'ouverture d’un puits taillé dans le roc; ce puits est peu profond, et nous ne tardons pas à apercevoir, dans la paroi de

l'ouest, une porte ii nous permet d'entrer dans un caveau carré (x11), qui a été complétement bouleversé et & fouillé : il est entouré sur trois de ses côtés par sept fours, dont deux renferment des sarcophages rectangulaires, A de cn dimensions; les couvercles sont intacts, mais ils ont été jetés sur le sol. En face de la porte de ce aveau, dans la paroi est du puils, nous apercevons le haut de la porte d’un autre caveau (x1), où nous pouvons entrevoir cinq sarcophages de marbre blanc, dont

quatre portent sur leur couvercle des figures humaines.

«4 et 5 mars. — Nous continuons à déblayer le puits qui donne accès aux deux caveaux x1r et x1: nous entrons dans ce dernier. Il est formé d’une chambre carrée; la paroi qui fait face à la porte d'entrée est percée de deux fours, dans chacun desquels est abrité un no de marbre blane à couvercle orné d'une figure humaine (pl. LIX, 3 et 4 ; plan de la nécropole, pl. LXII, 2 et 3). Le sarcophage de gauche (3 du plan) présente la tête à l'ouverture du four; celui de droite (2 du plan) présente les pieds. La paroi de gauche du caveau esi percée de deux fours vides; enfin, à droite, paraît une sn chambre renfermant trois sarcophages. Le premier, en commençant par la gauche, est de petite dimension; il ressemble par la forme à une caisse à momie portant une figure (6 de la pl. LIX). Le troisième est une grande heca, rectangulaire, simple, recouverte d'un couverc le lépèrement en dos d'âne : ces deux sarcophages étaient

d'abord placés chacun dans un four; mais, plus tard, la cloison qui les sé Éparait a été

détruite, et on les a ‘ de nouveau en intercalant entre eux un grand sarcophage à

cai

se carrée. une véritable theca arrondie à la tête, dont le couvercle presque plat, légèrement bombé, porte une figure (pl. LIX, 1). Ces dernières circonstances nous sont révélées d'une manière presque certaine par la position respectiv e des trois sarcophages et par les arrachements de la cloison encore apparents au milieu du plafond de la petite chambre qui les abrite. Le caveau x1, comme le x, a été violé à une époque assez reculée, el uniquement pour y € chercher des trésors, car, s'il en était autrement, les sarcophages, surtout les figures, auraient été brisés. Les couverceles ont été ; soulevés et délournés de la caisse de manière à ce quil fût possible d'enlever ce qui y était contenu: le sol était bouleversé et, dans la terre qui le recouvrait, nous avons recueilli les fragments de plusieurs vases de terre cuite. Je n'ai pu en reconstr uire qu'un

seul avec trois ou quatre des fragments que nous avons trouvés (voir ci-dessus, p. 432). Ïl avait une forme arrondie fort élégante et présente ait 63 centimètres de hauteur sur 28 centimètres de diamètre. Nous trouvâmes aussi dans la terre un fragment de boucle

de ceinturon et un fragment d’une petite soucoupe de verre. Dans le sol étaient creu-

es

sées trois fosses (6, 7 et 8; plan de la nécropole, pl. LXIL) séparées l'une de l'autre

par une mince cloison, el orientées dans la même direction que les fours placés en face de la porte d'entrée. Deux de ces fosses, 7 et 8, avaient été fouillées: elles étaient remplies de débris de ciment, de fragments 7" poterie, de pierres et de terre, dans la-

quelle nous apercevons quelques rares dé ébris d'ossements ; mais, dans la première fosse

à droite des fosses précédentes (6 du plan), se trouvait un-petit sarcophage de marbre blanc intact encore, recouvert d’une couche de sable d'environ {o centimètres d’épaisseur. Îl est taillé en auge, rectangulaire, simple; vers le tiers inférieur, son couvercle. légèrement en dos d'âne, a été fendu, peut-être par la chute dé quelque pierre. Nous louvrons avec toutes les précautions nécessaires pour né point déranger ce qu'il contient. Les ossements du squelette sont encore en place, la tête vers le fond du caveau. Tout le fond de la caisse est recouvert d'une couche très-régulière, épaisse d'environ { centimètres. d'argile, dans laquelle les os sont légèrement enfoncés. Cette substance, qui est devenue très-dure, a un grain fin, et elle présente, à son contact avec les ossements, des efflorescences de phosphate de chaux. Sous-le squelette et autour de lui, nous. trouvons les débris d’une caisse en bois qui tombent en poussière dès qu’on les touche; les planches de cette caisse étaient assemblées par des clous de 10 centimètres de longueur; nous en recueillons dix droits, plus trois repliés à 5 centimètres de la tête, et quatre clous-anneaux dont les pointes sont repliées aussi à 35 millimètres seulement de l'anneau qui remplace la tête. Ges objets sont probablement de cuivre et sont recouverts d’une forte couche d'oxyde de ce métal. La différence de longueur qu'on observe dans la partie qui devait être engagée dans le bois nous indique que les planches qui fermaient la caisse n'avaient point toutes la même épaisseur. La tête du squelette était entière et semblait bien conservée : elle appartenait au type brachycéphale, le front large et proéminent:; malheureusement, l’action de l'air ne tarda pas à faire tomber en poussière cette tête, de laquelle j'ai gardé quelques fragments recouverts de petits cristaux. Nous avons conservé aussi un fragment de péroné, ainsi que celui d’une côte, tous deux fortement colorés en vert. Près des pieds, dans le sable qui remplissait la fosse, nous avons trouvé une petite lampe sépulcrale de terre cuite, d'une forme et d'un travail très-ordimaires. Après avoir complétement exploré le sol, nous ramassons el nous étudions ce que contenait chacun des sarcophages du caveau !. À droite, en entrant, dans la chambre 1 du plan de la nécropole, est un sarcophage de marbre blanc de grandes dimensions, »",19 de longueur sur 81 centimètres de largeur et 66 centimètres de hauteur. Sa forme est rectangulaire, simple, mais élégante par les proportions; le couvercle, qui ne porte aucun ornement, est légèrement taillé en dos d’âne : comme ce monument est un des plus beaux spécimens du genre, nous le ferons transporter au khan français, malgré la difficulté que nous aurons à mouvoir el à amener sur le sol une pareille masse. Le couverele avait été écarté et le sarcophage violé. Cependant le squelette était encore en place, la tête vers le fond du caveau; ce squelette nous paraît être celui d’un homme de lrente-cinq ans environ; une petite quantité de sable était mêlée aux ossements : nous n'y trouvons qu'un morceau de cuivre recourbé en crochet mousse et complétement oxydé.

« Le second sarcophage, qui vient après la grosse theca, vers l’est, a la tête tournée

! Nous avons supprimé la description des sarcophages, qui se retrouve plus haut. — E. R.

vers l'entrée du caveau : c’est une caisse hauté et large, rectangulaire, excepté à la tête, qui est arrondie; le couvercle; très-lésèrement convexe, porte une figure à type grec; les cheveux sont relevés et ramassés sur le haut de la tête en crobyle, et deux tresses pendent de chaque côté jusqu'aux épaules. Des traces de couleur rouge existent encore sur la chevelure et sur le blane des yeux. Les ossements nous paraissent d’abord dans

un état de cons

ervation assez complet; mais au premier contact, ils tombent en poussière; il me semble qu'ils ont dû appartenir à une personne de vingl-inqans, peut-être une jeune femme. Ces ossements sont placés sur une petite couche de sable, dans laquelle nous trouvons une grande quantité d'os de grenouilles et de petits mammifères ronseurs, entre autres une tête de taupe, des petites coquilles terrestres appartenant aux espèces vivant encore dans le pays, tomatellina, helix syriaca, cyclostoma Olivier. W me semble évident que ces débris d'animaux ne peuvent point provenir d'individus de ces espèces qui seraient venus mourir là, mais qu'ils ont été apportés avec le sable au moment de l'inhumation. Les mollusques terrestres n'ont point l'habitude de s'enfoncer aussi profondément au-dessous de la surface du sol, loin de tout ce qui leur sert d’aliment; les grenouilles, les souris auraient pu arriver à la surface des sarcophages et

tomber dans les caise

s ouvertes, mais il est impossible qu'une taupe ait pu y monter: Un fait assez remarquable, c'est l'existence dans la caisse de fragments de toile, contournés, chiffonnés, et, si l’on peut dire ainsi, agglutinés entre eux par une substance d’un blanc jaunâtre , qui me parait résineuse. On trouve, mêlés à tous Les objets que je viens de citer, des amas en général de la grosseur d’une noix, quelquefois plus petits ou plus gros, d’une substance blanche qui ressemble à du carbonate de magnésie.

« Le troisième sarcophage, placé à l'est des deux précédents, est beaucoup plus petit que les autres : il ressemble aux sarcophages éeyptiens, aux boites à momies; la eaissé du côté de la tête est large, tandis qu'elle se rétrécit vers les pieds; la têle, comme celle du précédent, est tournée vers l'entrée du caveau. Le couvercle est légèrement bombé et porte à la têle une grosse figure, peu saillante. Le couvercle a été jeté entre la caisse et la paroi du caveau. Au premier abord, les ossements nous paraissent assez bien conservés, excepté la tête, dont les os, disjoints, sont affaissés sur eux-mêmes; mais, quand nous les transportons à l'air libre, ils tombent en fragments, dont cependant quelques-uns, surtout ceux des phalanges des pieds et des mains, conservént une certaine dureté, une certaine solidité. Avant d'enlever ces ossements du caveau, nous pouvons les étudier en place et reconnaitre que probablement ils ont appartenu à une jeune fille d’une douzaine d'années. Voici les motifs qui nous ont conduits à cette conelusion : les os du crâne sont minces, ils n'étaient point encore réunis par des sutures solides, ce qui explique pourquoi la tête s’est a aissée sur elle-même par son propre poids. Les débris des dents que nous retrouvons sont recouverts d'une couche d'émail peu épaisse et ne présentent encore aucune trace d'usure. L’ossification du sternum n'est point même complète, les os des membres et ceux du bassin sont grêles, le trou

obturateur de l'os iliaque est triangulaire. Tous ces os sont fortement turquoisés. Les

ossements reposaient sur une légère couche de sable, dans laquelle nous trouvons deux petites médailles, tellement altérées, que nous ne pouvons les reconnaître; un petit ornement d'or, garni d'un anneau qui servait à le suspendre; une sorte de plaque d'or formant un carré irrégulier sur trois de ses côtés, creusé sur une de ses faces: ce creux est rempli par une substance qui ressemble à du plâtre, à la surface duquel sont tracées quelques lignes; trois autres petits ornements d'or, qui, probablement, faisaient parie d'un collier; encore trois petits ornements d'or d’une forme différente de celle des premiers, ayant dû appartenir à une autre parure; deux fragments d’un petit instrument d'ivoire (ce sont deux petits cylindres entrant lun dans l'autre par un pas de vis et percés chacun d'un trou, peut-être les débris d’une flûte ou d'un élu ); enfin, des fragments assez abondants d’une matière grumeleuse, concrétionnée, d’un blanc jaunâtre.

« Le quatrième sarcophage est dans un four, la tête dans le fond et les pieds vers l'ouverture (pl. LIX, n° 3; plan de la nécropole, caveau x1, n° 2). Nous ne trouvons dans la caisse, qui a déjà été fouillée, que du sable et des ossements, qui nous paraissent avoir appartenu à une jeune femme : ces débris ont été bouleyersés. La tête sculptée sur le couvercle a les cheveux séparés par un bandeau: on voit encore sur la chevelure des traces de couleur rouge.

+ Le cinquième sarcophage (pl. LIX, n° A; plan de la nécropole, caveau xr, n° 3) est, comme le précédent, abrité dans un four; seulement, la tête est près de l'ouverture de ce four. La figure que présente le couvercle porte encore des traces de peinture rouge. Nous ne trouvons dans la caisse qu'une petite quantité de sable mêlé aux débris d’un

Squelette paraissant avoir appartenu à un enfant de quinze à seize ans au plus: un lragment d'os long présentait à la surface des vépétations osseuses. En criblant le sable dans l’eau, nous trouvons un assez grand nombre d’arineaux d'argent, débris d'un ornement, peut-être d’un bracelet; une petite bague d'or et un petit poinçon d'argent très-oxydé; trois fragments d'un autre poinçon (ces poinçons étaient-ils des Styles à écrire ou de petits stylets destinés à passer le kokol sur les paupières?), des fragments d'un petit instrument d'ivoire; enfin, une espèce de coulant de la même

à : ; ER matière, ayant la forme d'un gland tronqué près du sommet.

106, 7,8 el ÿ mars. — Le reste de la semaine a été employé à retirer du caveau xr les cinq sarcophages que nous y avons trouvés et à les transporter au khan français. Cës opérations nécessitant le concours de tous nos hommes, presque tous les autres ateliers ont été abandonnés: cependant quelques ouvriers ont travaillé au déblayement du grand caveau ur, qui est presque complétement débarrassé de la terre qui le remplissait, Ce caveau présente de chaque côté une rangée de doubles fours et offre un aspect tout particulier (pl. XLVI). Dans un des fours de gauche, nous trouvons la pàrtie inférieure de la base d'un énorme sarcophage de brèche calcaire, portant une guirlande. Des fragments du couvercle nous apprennent qu'il était bombé. Au pied de

ce sarcophage (7, caveau 111, plan de la nécropole), nous remarquons que la couche de béton qui recouvrait le sol a été brisée pour ouvrir une fosse creusée dans le roc. Dans la terre retirée de cette fosse, nous trouvons des‘ossemenis, des vases dits lacrymaloires en terre cuite, des lampes sépule ales de la même matière et un anneau de

cuivre oxydé. Dans des platras et des débris qui nous paraissent provenir du four où

est placée la base du sarcophage 7 et qui sont tombés à la surface de la fosse creusée dans le roc, nous découvrons trois petits pendants d'oreille en or. Le caveau xxux (région sud-ouest), dans lequel avaient été trouvés autrefois les masques de cuivre à face de lion, est complétement déblayé : nous ny avons absolument rien rencontré. Le grand caveau peint (xvin, région sud-est) est presque entièrement vidé de la terre qu'il contenait : il y a là deux grands sarcophages assez bien conservés, qu'il nous fau-

| dra enlever; mais, pour cette opéralon, notre matériel est en bien mauvais élat.

«19 mars. — Depuis le 2, nous L availlons au Beïader pour chercher si quelque entrée nous conduira sous la grande caverne Moghäret-Abloun où sous le tombeau d’Eschmounazar. MM. Abela ne se souviennent point d'en avoir trouvé une. J'ai parcouru plusieurs fois tout le terrain avec eux, et il résulte de leurs indications qu'ils ont fouillé à peu près partout: je me suis donc borné jusqu'à présent à travailler aux environs du rocher près duquel ils m'ont signalé l'existence d'un groupe assez considérable de“ caveaux; nous avons déchaussé complétement le roc jusqu'à 8 mètres environ de la base du rocher, et nous n'avons apereu qu'une excavation assez profonde, régulière-

ment taillée et formant sur plusieurs points des gradins et des cubes.

«15 mars. — Nous continuons à travailler dans le Beïader, autour du rocher d'Eschmounazar et dans la région sud-est. Le caveau ur présente une disposition fort intéressante et que nous ne rencontrons dans aucun autre : on dirait un travail exécuté à deux époques différentes, un caveau enté sur un autre plus ancien, si l'on peut s'exprimer ainsi. Chaque côté présente deux rangées de niches : les unes, larges et profondes, s'élèvent jusqu'à la voûte; les autres, plus petites, sont creusées en arrière des pre= mières. C'est dans la première rangée que sont les sarcophages; ils sont énormes, portent des guirlandes sur les côtés et ont un couvercle arrondi: ils ressemblent aux sarcophages romains, sont fort simples, mais trop mulilés pour qu'on puisse les reconstruire. La voûte du caveau est percée de trois lucarnes carrées et d’un cértam nombre de cheminées cylindriques comme les soupiraux des caveaux de Gébeil. La terre qui remplissait le caveau était mêlée d'une grande quantité de fragments de sarcophages de terre cuite. Nous avons enfin attaqué la grande “atacombe, qui me parait fort ancienne; c’est le groupe de caveaux situés tout à fait dans l'angle nord de là région sud-est (xxn, xxIIT, XXIV @t xxV). Aux premiers coups de pioche, nous rencontrons les débris d'un couvercle de sarcophage de marbre blanc, présentant une forme encore

différente des autres. Malheureusement, nous n'avons qu'un morceau de la poitrine:

au lieu d'être plate, comme dans les premiers sarcophages, elle est bombée et présente une mamelle fortement accusée. Je crois que, quand nous reprendrons nos travaux, la grande catacombe sera un terrain à épuiser. J'ai tout lieu de croire qu'il y a encore

des caveaux intacts dans la région du sud-est.

591 mars. — Aujourd'hui, j'ai envoyé M. Durighello attaquer avec tous nos ouvriers

la grande catacombe, dans laquelle on trouve des fragments de marbre et de basalte.

«99 mars. — Plus de trouvailles, mais des résultats importants au point de vue architectural, entre autres l'entrée du caveau peint (xvmi), avec un escalier de seize marches et un vestibule pavé de belles dalles de brèche; la grande catacombe, type d'une nécropole phénicienne, ete. Nous continuons à explorer le sol du caveau mi. Sous la couche de béton qui le recouvre, nous découvrons, au pied de la paroi du ond, trois fosses creusées dans Le roc : celle qui se trouve à droite en entrant ne contenait que de la terre et quelques débris d'ossements; celle de gauche, qui est au pied du four 7, avait été fouillée pendant les jours précédents (voir plus haut, 8 mars); la osse du milieu était remplie par un sarcophage de terre cuite, qui renfermait, avec de la terre, les débris d'un squelette très-altéré et Farmature en cuivre d'un petit coffret.

Dans le caveau xvur, nous avons complétement découvert les sarcophages abrités dans

es fours; leurs couvereles sont arrondis en are de cercle, avec des acrotères comme ceux de Gébeil : sur les grandes faces, 1l y a de grosses guirlandes portées par des têtes de lions; sur les petites faces, ces guirlandes sont portées par des têtes de panthères. L'un de ces sarcophages à sur une de ses petites faces une tête de femme (pl: LXT).»

L'obligation de maintenir une certaine proportion entre les parties diverses de notre mission nous fit seule mettre fin aux fouilles de Saïda. Je ne m'y résignai qu’en songeant combien 1l me serait facile de les reprendre, quand on le jugerait convenable. En effet, au printemps de 1869, grâce à la bienveillance avec laquelle M. le comte Walewski se prêta à la continuation de notre mission, M. Gaïllardot put terminer ce que nous n'avions fait qu'ébaucher pendant l'hiver de 1861. Le plan que nous nous traçämes fut d'achever le déblayement des terrains achetés

. par la France. M. Gaillardot accomplit cetle tâche avec sa conscience ordinaire. Voici le journal qu'il tnt de ses fouilles, dans cette nouvelle

période de travaux :

“20 mars 1862. — Nous recommencons les fouilles dans le terrain acheté pour le

ar CES F2 DEEE SET Se ti # A5 MISSION DE PHENICIE.

HUE compte de la mission, et que je désignerai sur le plan de la nécropole par le nom de É Section est. le terrain de M. Péretié, où a été trouvé Eschmounazar, étant la section ouest. L À PR Lt ve 2 :

Eu | le Beïader (aire commune), déjà fouillé autrelois par MM. Abela, étant la section nord,

et le terrain de MM. Clat et Hasiräne, où nous n'avons pu jusqu'à présent fouiller. étant la section du centre.

+ Notre but est d'étudier les caveaux que renferme cette section de la nécropole, d'en dresser le plan complet, et de découvrir ceux qui n'ont point encore été ouverts.

+ Plusieurs ateliers sont établis dans les divers caveaux que nous avions commencé à déblaver l'année dernière: ils enlèvent la terre qui les encombre encore. D'autres ateliers sont employés à ouvrir deux grandes tranchées, l'une qui part du sommet de escalier du grand eaveau xvur, el se dirige vers l'est; l'autre ; parallèle à la première, part du puits du caveau xt, else dirige aussi vers l’est, dans le prolongement de l'axe de la grotte, jusqu'à la limite du terrain. Une troisième tranchée est ouverte en coninuation de celle qu'avaient commencée, l'année dernière, les soldats français, vers la imite sud-est du champ, derrière la dernière srande grotte à lucarnes ur.

«Un nombre d'ouvriers plus grand que celui que j'avais demandé s'est présénté;

rente-huit hommes el vingt-quatre femmes ont travaillé aujourd'hui. Les hommes pio-

chent et remplissent le panier; les femmes portent ces paniers remplis de terre : leur

nombre est insuffisant pour desservir les trente-huil pioches: demain, je réduirai le nombre de ces dernières à vingt-cinq, et je porterai celui des femmes à quarante. Les hommes reçoivent 5 piasires par jour et les femmes + piastres et demie seulement. Je prends aussi deux tailleurs de pierre à 8 piastres par jour : ils servent à surveiller les ouvriers, tout en brisant les pierres trop grosses pour être enlevées, déblavant les

ouvertures qui ont besoin d'être pratiquées, ete.

+91 et 2 mars. — Continuation des mêmes travaux. Dans la grande tranchée, à l'est de la grotte aux sarcophages, caveau x1, nous trouvons, à peu de profondeur au-dessous du sol, un cercueil en plomb, aplati dans le sens de la longueur. Les deux grands côtés, appliqués l'un sur l'autre, n'étaient séparés que par une faible couche de terre et des ossements comprimés ; les deux petits côtés étaient en place, le fond et le couvercle manquaient; ils étaient remplacés par des bandes de plomb pliées

dans leur longueur et placées à cheval sur les grands côtés, qui étaient très-mal con-

re

servés el paraissaient être entourés des mêmes ornements que présentait le sarcophag

en plomb emporté l'an dernier (pl. EX, fig. 1). Dans la terre qui séparait les deux grands côtés, nous trouvons un petit pendant d'oreille en or. Je ne garde qu'un des petits côtés du sarcophage en plomb, celui de la tête, où est représentée Psyché.

+24 mars. — Nous continuons les tranchées commencées sur plusieurs points’el les

irayaux, de déblai des anciens caveaux.

«29 mars. -— Continuation des mêmes travaux. Les trois tranchées sont déjà arrivées à la limite du terrain; elles ont 3 mêtres environ de largeur sur 2",50 ou 3 mètres de profondeur ; elles atteignent partout le roc, et vont étre reliées par trois tranchées perpendiculaires. Le plan que jai fait montre clairement quelle est la partie du terrain qu'il faut fouiller, et ainsi rien ne peut nous échapper. Une demi-heure avant le coucher du soleil, à l'angle sud-est du terrain, dans un endroit où les soldats avaient déja commencé l'année dernière une tranchée qui fut abandonnée, nous avons trouvé un puits quadrangulaire, bien creusé, et ressemblant tout à fait à ceux des grottes phéniciennes. Nous étions déjà arrivés à une profondeur de plus de 4 mètres, quand une pierre enlevée nous laissa apercevoir une vaste cavité. La terre qui remplissait le trou était fort dure et très-tassée: elle était régulièrement coupée par des couches horiontales de cailloux, ce qui fait espérer que, si ce caveau a été violé, il l'a été à une époque fort reculée.

#20 mars. — Sous les dernières marches. au pied de l'escalier qui conduit au caveau m1, escalier que nous avons découvert hier en déblayant la fosse qui servait Jusqu'à présent d'entrée, nous trouvons un trou carré qui conduit à un caveau complétement rempli de terre (caveau 11, chambre 1) : nous commençons à le vider.

t27 mars. — Rien de nouveau dans les divers ateliers. En creusant des tranchées perpendiculaires aux deux grandes tranchées par lesquelles nous avons commencé les travaux, dans la direction du sud, à l’est du caveau mi, nous trouvons trois côtés d'un puils que nous commençons à déblayer.

+26 mars. — Continuation des travaux sur tous les points : seulement, comme les deux grandes tranchées ouest-est ne nous ont donné partout que le roc, nous les abandonnons, et nous portons les ouvriers qui y travaillaient vers l'angle sud-est, où ils continuent avec les ouvriers qui y ont été placés les jours précédents à dénuder le roc

en parlant de la tranchée commencée l'année dernière, et en se dirigeant vers l'est.

t29 mars.-— Continuation des travaux sur tous les points : vers l’angle sud-est nous brouvôns plusieurs fosses creusées dans le roc, recouvert d’une faible couche de terre Vépétale : ces fosses, fermées par des dalles, sont toutes orientées est-ouest; elles ne renfermaient que de la terre et des ossements. L'une d'elles, plus vaste et plus profonde, nous parait être un puits rectangulaire; nous continuons à le vider, et comme ilpeut nous conduire à des caveaux situés sous le roc que nous dénudons, peut-être inutilement, nous-abandonnons tous les points qui l'entourent, et nous plaçons leurs

atehers dans divers endroits, entre autres entre le puits et l'extrémité est du caveau ni.

531 mars. — Continuation des travaux sur tous les points : dans le caveau 11, situé

arme

ERA RP FÉES Dir) £ rad

sous l'escalier du caveau mr, après avoir enlevé une grande quantité de terre, nous

découvrons deux chambres, l'une sous le

salier, vers l’ouest, une autre dirigée vers le : à 5 : 54 ;

sud, à angle droit avec la première : au fond de cette dernière, nous trouvons un sarcophage en terre cuile, placé sur le roc à l'angle sud-est; 1l ne renfermait que de la

terre el quelques ossements.

«ae avril. — Tous les ateliers secondaires continuent à dénuder le roc. sur divers points que j'ai indiqués les jours précédents. Au caveau 11, placé sous l'escalier du grand eaveau tr. en continuant à enlever la terre, nous trouvons dans les parois du roc deux niches assez profondes, qui ne renfermaient que de la terre. Dans tout ce caveau 1, le roc forme le sol: il n’est recouvert d'aucun ciment, et une seule fosse est creusée en face d’une des niches, elle ne renfermait que de la terre et quelques ossements. À environ 3 mètres de profondeur, au sud du puits carré:rx, nous rencontrons une autre cavité creusée dans le roc; elle est rectangulaire, el nous reconnaissons les marches d’un escalier formé de pierres assez mal assemblées, qui descend du bord sud de ce nouveau puits vers le premier. À l'est de cet escalier, vers la moitié de la profondeur, il y a une plate-forme rectangulaire de rocher où «est creusé un bassin, dont les parois sont revêtues d'une couche de ciment très-bien conservé. C'est donc ici un puits à eau, comme celui qui est près de l'endroit où fut trouvé Eschmounazar. Gette circonstance est importante ; elle prouve que le puits d'Eschmounazar et les autres puits ont été creusés pour avoir de l'eau, et non pour donner accès à des hypogées profondes, comme on l'avait pensé d’abord.

«Sur le rocqui sépare le fond du grand caveau 111 du puits 1x, nous découvrons une assise de pierres formant les trois côtés d’une chambre. Les angles de cette assise sont formés de grosses pierres de 60 centimètres en cube.

«Le puits de l'angle sud-est, P?, est presque complétement déblayé. Sur le grand côté sud du rectangle, le roc près du fond rentre et forme une nouvelle cavité. La paroi ouest nous présente le haut d’une porte.

+» avril. —— Continuation des travaux sur tous les points : on continue à déblayer le puits 1x, el son bassin.

«Nous entrons dans le caveau v, à l'ouest du puits P°, analogue aux puits des grottes à sarcophages de marbre, orienté dans le même sens. Ge’caveau est petit, irrégulière= ment et mal taillé; il n’a point encore été ouvert. Une grande lampe, en terre cuite, de la forme des lampes qui sont encore aujourd'hui employées dans le pays (Seradjes); est intacte et est placée dans une petite cavité creusée dans le roc. Le sol du caveau est formé par de grandes dalles recouvrant deux fosses, dont une, celle du sud, est très= grande et très-profonde (2",50 de long, 1°,20 de large, 1",50 de profondeur ); elle renfermait une couche de 30 à 4o centimètres d'argile, et le squelette d'un homme de

haute stature. La fosse du nord renfermait les restes d'une femme : nous n'y avons

trouvé qu'un gros anneau en cuivre d'environ 1 centimètre d'épaisseur, comme ceux que portent encore aujourd’hui aux pieds les femmes du peuple, et qu'on appelle en arabe Æholkhals. Dans une des tranchées que nous avons ouverte les jours précédents, à l'est du caveau xr, nous arrivons à une assise de gros cubes de pierre : nous déblayons tout autour,

«3 avril. — Continuation des travaux sur tous les points. Au puits P*, comme Je l'ai déjà dit, le grand côté du rectangle, vers le sud, au niveau de la porte qui donne entrée au caveau v, la paroi du grand côté, dis-je, rentre et forme une espèce de voûte sous laquelle est creusée une fosse parfaitement semblable à celle du caveau!; elle renferme un squelette d'homme. Au sud de cette fosse, se voit une seconde rentrée moins haute que la précédente, recouvrant une banquette sur laquelle était aussi un squelette; dans la terre qui l’entourait, nous trouvons un anneau en fer, sorte de bague forme chevalière.

«Une particularité fort singulière caractérise les trois fosses desquelles je viens de parler. Au milieu de leur aire s'élève une banquette régulièrement taillée d’environ 4o centimètres de hauteur sur 60 centimètres de largeur : le’ cadavre était done placé de sorte que le milieu du corps faisait saillie, et la tête et les jambes pendaient dans les deux cavités des extrémités. Dans la fosse nord du caveau, la tête du cadavre de la femme était assez bien conservée: elle m'a paru placée la face contre terre: celle de l'homme de la fosse voisine, quoique moins bien conservée, m'a paru dans la même position. Ces cadavres étaient-ils done placés sur le ventre ? Nous n'oserions poser cette question si, dans l’une des fosses (celle qui est placée dans un enfoncement pratiqué sur un des grands côtés du puits), un cadavre n’avait été trouvé sur la banquette placé la face contre terre.

+4 et 5 avril. — Continuation des travaux sur tous les points. Rien de nouveau.

«7 avril. — Les travaux de déblai du caveau 1 sont continués. En enlevant la terre / d'un de ses fours, nous découvrons une communication avec le caveau ur. Dans le Cayeau x, on continue à enlever la terre vers la paroi sud, et nous trouvons deux portes creusées dans le roc, l’une en face de l’autre ; l’une, ouverte vers l'ouest, donne SR 1 ë. : Ù 77 fr ëË entrée à un four dont la paroi du fond a été percée et correspond avec la pette chambre de l’angle sud-est du caveau ur. Sur le sol de ce four était creusée une petite losse renfermant du sable et des ossements, qui ont dû appartenir à une femme adulte, quoique la fosse soit trop étroite et trop courte pour qu'un cadavre entier ait pu y être déposé. L'autre porte, tournée vers l'est, donne entrée à un couloir se dirigeant aussi vers l'est; c'était probablement l'entrée du caveau. Nous le déblayons par l'intérieur et ! «Le caveau a donc été ici creusé dans le roc à grosses pierres; il ressemble à quelques-uns des caciel ouvert; il était fermé par une voûte composée de veaux d’Amrit,»

l'extérieur. Nous entrevoyons un coin de sarcophage en brèche, d'une forme un peu différente des sarcophages du caveau xvur. Le caveau 1 est très-prand et très-beau; il ressemble à des caveaux de la région sud-ouest.

# Nous continuons à vider le puits 1x; rien d'important. Tout le roc qui l'entoure vers l’ouest a été dénudé de la terre qui le recouvrait; nous n'y trouvons rien.

«Je fais attaquer le massif de terre au sud-ouest de ce puits, dans la direction du caveau 1v; ce massif est pioché par quatre ateliers : deux sur une ligne est-ouest, un autre sur la limite ouest, et le quatrième au sud. Dans la tranchée de l’ouest, nous apercevons des traces de construction. Deux pierres assez grosses sont placées en face l’une de l’autre, comme les jambages d'une porte; entre elles et autour d'elles, se trouve un pavé de béton, que nous commençons à entamer; à l’ouest, nous rencontrons une petite fosse carrée d'environ 60 centimètres de eôté sur 30 de profondeur; c’est comme une lucarne commencée et non achevée. A l'atelier est de la ligne est-ouest, apparait le bord d’une fosse taillée dans le roc; nous ne pouvons encore voir quelle en est la

forme. Les deux autres ateliers ne présentent encore rien.

«8 avril. — Continuation des travaux de déblai dans le caveau 1. La communicalion qui existe entre ce caveau el le caveau ur, est un escalier à marches très-irrégulières. Le déblai du caveau x continue. Nous trouvons au pied de la paroi sud une fosse assez large et profonde, remplie de terre. Continuation du débla du puits 1x. À l'atelier ouest de la ligne est-ouest du massif, au sud du puils 1x, nous rencontrons, à l’est des deux jambages de porte, une fosse taillée dans le roe. Après avoir enlevé une grande quantité de terre, nous arrivons à reconnaître un couloir formé par deux parois est et ouest, dans l'épaisseur desquelles sont creusées deux grandes niches carrées, peu profondes. Dans la petite paroi située au nord, nous meltons au jour la partie supérieure d’une porte; le temps nous manque pour l'ouvrir entièrement. À l’atelier est de la ligne est-ouest, nous continuons à enlever la terre, et nous reconnaissons que le bord du rocher que nous avons découvert hier s'enfonce à une assez grande profondeur.

«g avril. — Au caveau 1, nous trouvons une chambre qui, parallèle à l'escalier, vient s'ouvrir dans la dernière niche de droite du caveau 11. Dans le caveau x, nous découvrons, sur les parois des deux côtés ouest et est, plusieurs niches peu profondes. Le déblai de la porte de l'est nous montre qu'elle donne sur un couloir creusé dans le roc, communiquant avec le sol par un plan incliné. Dans le puits 1x, nous arrivons À l’eau, et les ouvriers qui y travaillaient sont chargés d'enlever toute la terre au sud de ce puits. Au sud du caveau v, nous rencontrons l'ouverture d’un puits, parallèle au premier.

« Tous les ouvriers de la tranchée est-ouest, à l'ouest du puits ix, sont portés au

nouveau Caveau que nous avons découvert hier soir, Caveau VII, Nous y entrons, el

nous reconnaissons un caveau vaste et répulier, présentant au fond deux fours, el sur les côtés quatre fours, larges et profonds; tout est bouleversé et fouillé; un sarcophage qui occupait l’un des fours était brisé et réduit en petits fragments. Le couloir qui y conduit nous présente, au sud, les traces d’un escalier formé de pierres rapportées, et non taillé dans le roc.

+10 avril. — Nous continuons à enlever la terre de la chambre parallèle à l'escalier qui conduit du caveau 1 au caveau mr, espérant découvrir au fond de cette niche, qui est frès-vaste el lrès-profonde, quelque entrée qui nous conduise à un autre caveau. En enlevant la terre, nous trouvons une lampe sépulerale en terre cuite, portant une croix. Continuation du déblai du caveau x: les parois, laillées dans le roc à leur partie inférieure, étaient complétées par de grosses pierres carrées; des échancrures, à la partie supérieure de ces parois, nous montrent que la grande quantité de pierres laillées que nous trouvons dans la terre qui remplissait le caveau, provient d'arceaux formant probablement une voûte. En enlevant la terre vers le nord, nous lrouvons encore une nouvelle niche de chaque côté. Le couloir qui commence à la porte de l'est nous conduit, par un plan incliné, après environ 4 mètres, à un mur formé de pierres irrégulièrement placées.

« En déblayant le sud du puits à eau 1x, nous arrivons à un mur de rocher, complété par une assise de grandes pierres, se dirigeant de l'ouest à l’est; nous enlevons la terre des deux côtés de ce mur.

+ Le puits au sud du caveau v continue à descendre. Au caveau vur, le couloir découvert nous montre les traces complètes de l'escalier, au sommet duquel, vers le sud, se trouvent le seuil d’une porte et les parties inférieures de ses deux jambapes, très-régulièrement taillés. Nous déblayons le caveau, et nous remarquons que les fours et les chambres, à l'exception d’un seul, étaient occupés autrefois par des massifs épais d’un béton très-dur, dans lequel étaient pratiquées des fosses occupées par des cadavres ; mais, maloré l'épaisseur de ces couches de béton, maloré la dureté, elles ont été brisées, et les fosses ont été ouvertes. Les fours qui, en avant de ces couches de béton, étaient fermés par des murs de grosses pierres bien taillées, ont tous été ouverts. Dans l'un de ces fours, nous remarquons un trou qui a été fait pour arriver à une fosse taillée dans le roc, à une profondeur de 2",17; une couche de béton, épaisse de 1%,40, à été brisée; elle recouvrait la fosse qui avait 77 centimètres de profondeur; les parois du four étaient tapissées d'une couche de mortier. Pas de traces de murs de clôture.

« Le second four, à droite de l'entrée. renfermait un sarcophage en brèche; de ce sarcophage, il ne reste plus que la base; dans tout son pourtour, les paroïs ont été complétement brisées. Le sol du caveau, soigneusement balayé, nous donne quelques plaques de marbre, un morceau de mosaïque, plusieurs cippes très-prossièrement taillés, sans ornements et sans inscriptions; quelques fragments de sarcophage repré-

sentant un bras, un morceau de guirlande, des fragments de têtes de lions. Le couvercle du sarcophage renversé au milieu du caveau est simple, en loit, avec des acro- {ères sans moulures; sur l'un des petits côtés de la caisse, il est resté environ 20 centimètres de la paroi; on y remarque l'extrémité de deux bandelettes !.

« Les fragments les plus intéressants que nous rencontrons ont appartenu à une ou même à deux portes en pierre blanche de peu de dureté; des fragments de cette porte ont été coupés en dalles pour séparer les fosses qui, superposées l’une à l’autre, occupaient le four de gauche du fond. Nous retrouvons le pivot sur lequel cette porte devait rouler, et plusieurs morceaux présentant un ornement carré, simulant des panneaux.

« À gauche de la porte, en entrant, à 1%,50 du sol, était creusée une petile niche peu profonde; elle avait été formée par une couche de ciment, à la surface de laquelle on avait tracé, pendant qu'il était encore mou, une inscription grecque, dont trois où quatre lettres restent encore sur une portion du ciment attaché au roc; c'est le com-

mencement de l'inseription?.

«11 19 avril. — Le déblai de la chambre parallèle à l'escalier du caveau 1 est complétement terminé; nous n'y trouvons rien. Nous attaquons le massif de terre qui se trouve vis-à-vis, et nous ne tardons pas à reconnaitre qu'au-dessus de ce massif se trouve une ouverture qui doit communiquer avec l'extérieur; le travail devenant dangereux pour les ouvriers, nous attaquons cette ouverture par le haut. Tout ce caveau 1 et ses chambres présentent un sol formé par le roc; nulle part il n'y a trace de béton ni de crépissage.

«Au caveau x, nous abandonnons le couloir qui conduisait à la porte; il tourne un peu vers le nord-est; le sol est un plan incliné, comme nous l'avons déjà dit. La paroi nord-est, formant le fond du caveau, était percée de deux portes; l’une à l’ouest, ser= vant d'entrée à une petite chambre, l'autre à l'est, servant d'ouverture à un four, sur la paroi est duquel nous trouvons un trou qui a été pratiqué pour arriver à une cavité tellement encombrée de terre, que nous ne pouvons encore Y rien reconnaître. Dans le sol, vers le milieu du caveau, est creusée dans le roc une fosse large et profonde, qui renfermait, avec des ossements, une grande quantité de clous et d’anneaux de fer; il y avait aussi plus de soixante petits vases de terre cuite de diverses formes et de

diverses grandeurs. Au sud du grand puits à eau 1x, nous reconnaissons deux fosses :

celle qui touche la fosse occupée par le bassin et l'escalier n’est point encore débarrassée de la terre qu'elle contient; celle qui est au sud-est est coupée parallèlement à sa longueur par un mur de grosses pierres, formant à l’ouest une fosse, dont le fond est creusé par une espèce de gouttière de 4o centimètres de largeur sur autant de

profondeur. Le mur de grosses pierres repose sur la terre, el n’a point de fondements 1 Je possède des dessins de ces fragments faits par pense que le caveau doit dater d'environ un siècle

M. Gaillardot. — E. R. après le commencement de l'ère chrétienne. —= 2 M. Waddington, d’après la forme de ces lettres, E. R.

solides , ce qui exclut l'idée d’un bassin. La fosse qui est au nord de cette dernière ne peut point non plus avoir été destinée à recevoir de l’eau, car elle n'est séparée du bassin que par un mur assez misérable, qui certainement n'aurait pu résister à la pression de l'eau.

«Au caveau vur, nous déblayons les fosses en commençant par la gauche en entrant. Ge qui s’offrit d’abord à nous, ce fut une petite chambre carrée, en face de l'entrée de laquelle se trouvait une fosse peu profonde, qui avait été fouillée, ainsi qu'un tombeau élevé à la surface du sol au moyen d’un petit mur de pierres, dans le fond de la chambre , parallèlement à la fosse. Cette chambre était fermée par un mur; ses parois étaient nues et n'offraient aucune trace de crépissage.

«Le troisième four de ce même caveau était fermé par un mur de pierres. Dans le sol était creusée une fosse peu profonde, recouverte par une couche de béton d'environ bo centimètres d'épaisseur, supportant deux fours formés par des dalles placées de champ et formant cloison, en supportant d’autres dalles posées horizontalement. Tout cet appareil était pour ainsi dire noyé dans une épaisse couche de béton, ce qui n'a pas empêché les spoliateurs de tout briser. Quelques-unes de ces dalles, qui servent à former les cloisons et le dessus des fosses, sont des débris de la porte de pierre, de laquelle nous avons parlé plus haut.

«Au fond du puits rectangulaire, ouvert au sud-est du caveau v, nous rencontrons une petite porte carrée donnant entrée sur une petite chambre pareïlle à celle du puits Voisin, caveau v. Seulement la chambre de ce dernier était creusée dans la petite paroi de l’ouest; celle-ci est creusée dans la paroi est. Cette chambre est très-irrépeulièrement et très-prossièrement taillée : elle paraît ne point être entièrement terminée. Sur la paroi est règne, à 1 mètre du sol, une espèce de banquette, taillée du roc, sur laquelle se trouvaient une grande lampe en terre cuite (seradje) et les débris de deux vases de formes particulières. Des saillies du roc existent, surtout à gauche en entrant, sur la paroi nord et sur la moitié de la paroi est : sur la première, on remarque le commencement d’une niche carrée de 50 centimètres de côté; les coups du ciseau sont encore très-visibles ; ils forment une rainure perpendiculaire.

+ Deux ou trois blocs rectangulaires couvrent le sol de la moitié nord : ce sont probablement des débris résultant du travail exécuté pour creuser le caveau 1v. Le sol de la partie sud est formé par des dalles recouvrant, comme dans le caveau v, deux fosses larges et profondes. Sur la surface extérieure de ces dalles, reposaient trois squelettes placés la tête vers l'est; les os tombaient en poussière dès qu'on les touchait. Ces squelettes étaient placés sur le dos, les mains jointes sur la partie inférieure du ventre, sans aucune trace de linceul ni de bière : les deux premiers que nous rencontrons, en entrant, appartenaient à des adultes; nous n'avons pu reconnaitre leur sexe. À droite, au fond du caveau, était celui d’un enfant de dix à douze ans. Dans les os des mains, nous Lrouvons une petite satuette en faïence bleue, égyptienne, à tête de cynocéphale, qui s'est brisée dès que je l'ai touchée, mais dont j'ai gardé soigneusement les frag-

ments. Dans la terre qui supportait la tête, le cou et le haut de la poitrine, nous trouvons une petite statuette d'argent, très-altérée, mais représentant distinctement une divinité éeyptienne; elle était munie, entre les épaules, d’un anneau qui servait à la suspendre. Nous trouvons, en outre, un petit ornement en or, représentant l'œil syni= bolique; un autre ornement en argent, représentant deux feuilles, dont les pédicules. se croisant, forment un anneau; une petite pièce de monnaie indéchiffrable; un morceau d'ivoire en forme de dé à coudre, mais n'offrant qu'une très-petite cavité; un fragment cylindrique de plomb oxydé, terminé par un cône peu saillant et mousse, probablement un phallus; enfin un collier, dont les diverses parties dispersées n'ont été retrouvées qu'avec beaucoup de peine et en lavant soigneusement la terre : ce sont des grains en or, des grains en verre bleu mat, imitant la turquoise; d’autres grains en verre, de diverses couleurs; des grains en agate, ronds, octaédriques ou irréguliers. L'ornement qui formait le centre de ce collier était très-élégamment travaillé : c'était une sorte de cœur en or, dont la partie saillante était découpée par des vides, séparés par des cloisons peu épaisses et très-répulières ; ces vides étaient remplis par des onglets d’agate rouge, dont nous avons retrouvé plusieurs débris dans la terre". Nous ramassons dans la terre, ou plutôt dans le sable sur lequel reposaient les squelettes, un assez grand nombre de grains noirs trés-durs, ressemblant aux laplli des terrains volca= niques; cela nous fait présumer que ce sable a été apporté d’une autre contrée, peutêtre d'Égypte. Nous trouvons encore, dans cette terre, un stylet en argent très-bien conservé. L'une de ses extrémités, terminée en massue, s'adapte assez bien au trou

pratiqué dans la base du morceau d'ivoire que nous avons cité plus haut.

«14 avril. — Nous continuons à creuser le sol au-dessus de l'ouverture que nous avons reconnue dans le plafond du caveau m1. Au caveau x, nous déblayons complétement la niche creusée à l’est dans la paroi du four de droite; nous pouvons alors, par l'ouverture que nous avions remarquée, reconnaître une chambre à laquelle on arrivait par une grande porte taillée dans la paroi sud de cette chambre : nous commençons à déblayver cette porte.

« Nous réservons pour plus tard l'examen complet du caveau vur, et nous portons les ouvriers qui y travaillaient sur l'ouverture du caveau 11. Là, le roc est déjà dénudé sur une assez grande étendue.

« Les fosses qui continuent au sud le système du grand puits à eau 1x me paraissent de plus en plus extraordinaires. Aussi, malgré l'énorme quantité de terre que nous avons déjà enlevée et celle qui reste encore, je suis décidé à ne les abandonner qu'après les avoir complétement explorées. Dans celle du milieu, nous sommes déjà à plus de 4%,50 de profondeur, et nous ne sommes point encore arrivés au roc. Dans la dernière, au sud, à l’est du mur de grosses pierres qui la sépare en deux, nous arrivons, après 3",60, au roc, que nous laissons pour agrandir la fosse vers l'est et le sud.

1 Voir ci-après, p. 480.

+ Au puits du caveau 1v, après avoir enlevé toutes les grosses pierres qui encombraient le caveau, nous ouvrons la fosse de droite en entrant; elle était, comme celle du caveau voisin v, très-profonde et très-large, recouverte de dalles larges et épaisses; nous ny trouvons que les débris du squelette d’un homme adulte, de haute stature; nous ne rencontrons absolument rien parmi ces débris. Le fond de la fosse est aussi coupé à son milieu par une banquette d'environ 4o centimètres de hauteur; mais elle est plus large que les banquettes qui coupaient les fosses du caveau v. Dans ce caveau v, la cavité destinée à recevoir les pieds et la tête du cadavre n'était remplie que d’une faible quanüté de terre, et la banquette faisait une saillie très-marquée; ici, ces deux cavités des extrémités de la fosse sont comblées par des fragments de pierre et de sable, jusqu'au niveau de la banquette, pour former avec elle un plan continu. Comme je l'ai déjà dit, ce caveau était très-mal et très-irrégulièrement taillé; il est plus vaste que le premier (v); il n'a que deux fosses : celle du centre est la plus grande. La moitié du caveau qui n'est point occupée par des fosses, et ses parois, offrent encore des gradins et des traces d'un travail ayant un peu l'apparence d'une carrière. Les énormes dalles Qui couvrent ces fosses proviennent de l’évidement du caveau qui présente un cachet presque indubitable d’une haute antiquité. La grandeur des fosses, la masse des blocs qui les recouvrent, ne ressemblent en rien à ce qui appartient à des époques plus récentes. Le puits qui y conduit ne laisse voir aucune trace de clôture au moyen de pierres ou de dalles comme les autres caveaux à puits rectangulaires et à grandes niches ou fours. Les longs côtés du rectangle ne présentent point, vers le fond, au miveau de la porte, les rainures que présentent les autres puits de la même forme. Il parait que le puits était rempli de terre et vidé toutes les fois qu'on devait y déposer un cadavre. Sur la paroi d’un des petits côtés du rectangle, on remarque des entalles

148 :1 7 2 e il n répuliérement creusées pour aider à descendre au fond.

t19 avril. — Le rocher. régulièrement taillé au-dessus de l'ouverture du caveau n continue à s'enfoncer; sur la paroi sud, on remarque les traces de deux cheminées analogues à celles de Gébeil (voir ci-dessus, p. 446); à une profondeur d'environ 2",50, nous trouvons le roc au fond de la fosse; il parait que nous avons mal calculé le point où nous devions creuser; nous reprenons l'intérieur.

tAu caveau x, la porte creusée dans la paroi orientale est complétement déblayée; elle traverse un épais mur de rocher, Nous enlevons, au nord, la terre qui remplit la cavité, et nous trouvons la porte du caveau que nous avions aperçue hier par Fouverture creusée dans la paroi du four de l’est du caveau x.

* Dans les fosses au sud du puits à eau 1x, nous arrivons au roc. Nous abandonnons ce point, etnous faisons reprendre le massif du sud de ces puits; plus tard, si le temps ne nous manque point, nous reviendrons à la recherche de la paroi est de ces fosses.

“Au caveau 1v, nous ouvrons la seconde fosse: elle était couverte aussi d'énormes dalles, au nombre de quatre. Nous enlevons deux de ces dalles, et nous laissons en place

les deux autres, pour conserver un spécimen de ce mode de sépulture. Nous apercevons tout le fond de la fosse, surtout le long des parois, garni de pierres, débris du roc dans lequel le caveau est creusé : ces pierres sont noircies el recouvertes d’une assez épaisse couche de suie ou de matières carbonisées: elles ont évidemment subi l'action du feu. Une grande quantité de fragments de charbons recouvre ce lit de pierres sur toute l'étendue de la fosse; ces charbons sont pénétrés d'humidité et s’écrasent très-fa= cilement. Un bon nombre des fragments, les plus petits, sont restés attachés sur tout le pourtour des parois, jusqu'à environ la moitié de leur hauteur, engagés dans les anfractuosités et les petites cavités du roc, comme s'ils avaient surnagé à la surface d'une quantité d’eau dont la fosse aurait été à demi remplie. Nous ne rencontrons que très-peu de débris osseux, de très-petite dimension. Nous retrouvons quelques dents qui paraissent noircies et grillées par l'action du feu. Toutes ces circonstances nous font penser que le cadavre a été brûlé sur place, probablement sur un brasier allumé dehors et étendu sur le lit de pierres et de sable. Ce qui nous conduit à cette supposi= tion, c'est que, ni les parois de la fosse, ni celles du caveau, ne présentent de traces de fumée, comme elles en présenteraient si le cadavre avait été brülé sur un bücher dressé dans la fosse. À la surface de la couche de sable, au lieu où les pieds du cadavre devaient se trouver, était un vase en terre rouge vernissée avec des figures : 1l parait avoir subi l'action du feu; il ne renfermait rien. Un peu plus haut, contre la paroi sud de la fosse, étaient les fragments d’un autre vase plus petit, de forme différente, mais de la même matière, avec des peintures en noir sur un fond rouge brun.

+ Dans le sable qui recouvrait le sol, nous retrouvämes plusieurs fragments d’un stylet en cuivre: un miroir rond du même métal, une portion du manche en os ou en ivoire de ce miroir; enfin une grande quantité de petits orains allongés, percés d’un trou comme ceux d’un collier; mais le grand nombre de ces grains (plusieurs milliers) écarte l'idée d’un collier; ils formaient peut-être la frange d’un vêtement; ils pa raissent composés d’une matière terreuse, quelquefois très-dure encore, d'autre fois très-friable: tantôt d'un gris cendré très-foncé, tantôt d'un bleu ressemblant à du bleu de Prusse: Quelques fragments de la même substance, et un morceau d’une autre, aussi trèss friable, mais verte, se retrouvèrent parmi les pierres ou attachés à des fragments d'un os long; enfin, dans le sable et parmi les pierres, nous trouvâmes un assez grand nombre de fragments de poterie grossière brisée, qui paraissent avoir appartenu à des jarres à eau. La banquette du fond de la fosse est moins large et moins élevée que celle de la fosse voisine; le sable et les pierres qui remplissaient les cavités des deux extrémités avaient mis au même niveau tout le fond de la fosse. Îl paraîtrait que cette fosse à été creusée longtemps après la première, et que le cadavre avait été placé sur un b 'asier de charbon étendu à la surface de la couche de sable et de pierres, et que, quand il a été presque entièrement consumé, le brasier aurait été éteint el noyé par une assez grande quantité d'eau apportée dans des jarres, que l'on aurait ensuite brisées et Jetées dans la fosse.

+16 avril. — Plusieurs ateliers sont placés à l'est et au sud, autour des puits des caveaux 1v et v, et du caveau 11, dans des tranchées commencées il y a quelques jours, et abandonnées lors de la découverte du caveau vur. Nous reprenons là des gradins creusés dans le roc et entourant une cavité remplie de terre. L'un de ces ateliers, au sud-ouest, rencontre une assez grande étendue de roc taillé très-régulièrement.

«Au puits du caveau 1v, nous continuons à chercher le fond sans le trouver encore.

+ Au caveau x, nous avons achevé de déblayer le caveau où l’on arrive par une porte creusée dans une paroi de roc parallèle à la paroi nord du principal caveau. Nous trouvons deux fosses peu profondes, parallèles; nous faisons continuer le long de la paroi de rocher pour chercher une nouvelle ouverture.

«17 avril. — Continuation des travaux dans tous les ateliers: rien de nouveau. À l'atelier sud de l’entrée du caveau ur, nous rencontrons une cavité carrée d’environ 4 mètres de côté, et de 80 centimètres ou 1 mètre de profondeur, creusée trèsrégulièrement dans le roc : ce n'était qu'une carrière.

«Au caveau 1v, nous continuons à déblayer le puits; nous trouvons que le fond est occupé par une fosse. Nous n’arrivons point encore au fond de la fosse; les dalles qui ont dû la recouvrir étaient, l’une jetée au milieu de la fosse, deux autres debout, appuyées contre la paroi ouest du puits; une quatrième était encore dans le caveau, des parois duquel elle a dû être extraite; il est probable que cette fosse n'avait point encore servi.

«18 et19 avril. — Pluie, pas de travaux.

“20, 21, 29, 23 avril. — Suspension des travaux à cause des fêtes de Pâques.

“24 avril. — Nous reprenons les travaux sur tous les points; nous établissons trois ateliers sur la limite sud du terrain: à l'angle sud-est, nous ouvrons deux larges tranchées.

+295 avril. — Continuation des travaux sur tous les points : au puits du caveau iv. nous reconnaissons que la fosse qui forme le fond du puils n'avait point encore servi; elle était remplie de sable composé par les débris du roc: elle ne renfermait aucune trace d’ossements.

“20 avril. — Au caveau x, nous reconnaissons qu'à l’est de la paroi entaullée dans le roc, un autre caveau, ouvert comme le premier à sa partie supérieure, s’étendait parallèlement : nous travaillons à enlever l'énorme masse de terre qui l'encombre.

« Àu caveau 1, nous parvenons à déblayer en partie le puits qui y conduit; il est beaucoup plus long et plus large que les puits des caveaux voisins; dans la paroi ouest,

nous arrivons à une porte carrée, placée en face de celle qui donne dans le caveau 1; elle nous conduit à un caveau identique pour la forme aux caveaux que nous appelons phéniciens; chambre presque carrée au centre, présentant, sur les trois parois opposées el latérales à la porte, des fours creusés dans le roc. [ei les fours sont plus hauts, plus larges et plus profonds; ils sont aussi plus irrégulièrement taillés que ceux des autres caveaux. Le second four, à gauche en entrant, creusé dans la paroï sud du caveau, oblique un peu à l’ouest, et s'étend plus profondément que les autres fours, en formant une sorte de couloir, dont le fond est fermé par une cloison de pierres assez volumineuses et assez régulièrement placées. L'aspect de ce caveau rappelle celui où ont été trouvés les deux sarcophages en marbre blane, à têtes, dont l'un a été vendu au Louvre par M. Péretié, et dont l'autre est devenu la propriété de M. Abela. Cette circonstance nous décide à faire vider complétement le caveau, quoiqu'il ait été certainement violé depuis long= temps, et malgré l'énorme quantité de terre qu'il content.

+ La grande fosse que nous creusons en suivant des parois de rocrégulièrement taillées, parallèlement au couloir oceupé par l'escalier du caveau vmn, cette grande fosse nous pré= sente dans toute sa partie nord, sur plusieurs points, le roc régulièrement taillé en gradins. Le tiers sud s'enfonce; il est séparé des deux tiers nord par un rebord d'environ 30 centimètres de large et de 0 centimètres de saillie. Au sud de ce rebord, le sol s'enfonce et forme un puits dont la paroï orientale est munie de trous, qui ont semi

autref

is à descendre au moyen d'une corde. Au bas de cette paroi est creusée une petite porte en forme de pylône, donnant entrée à un petit caveau; un mur de pierres régu= lièrement placées fermait cette porte. Le sol du caveau vr était couvert d'une couche d'environ 4o centimètres d'argile, noire, très-humide; les parois élaient aussi couvertes d'une couche de la même substance à demi desséchée, comme si pendant longtemps cette cavité avait été remplie d’eau qui au rait déposé sur les parois et sur le sol la boue qu'elle contenait en suspension. [Il est difficile de croire que cette argile soit le produit du suintement de l'eau chargée de matières terreuses, car l'eau qui suinte à travers de pareilles masses de rochers est ordinairement très-claire, et la couche d'argile est trop uniformément répandue sur les parois verticales du caveau et du puits, à l'exclusion du plafond, qui ne présente rien. Cette couche aurait-elle été étendue par la main de l'homme sur ces parois avant la clôture du caveau? Les pierres qui en fermaient l'entrée élaient aussi séparées par la même substance, servant de mortier.

+ Dans les autres ateliers nous rencontrons le roc sur plusieurs points. Des fosses y sont creusées, en général dirigées de l'est à l’ouest. Dans l'une d'elles, peu profonde, nous trouvons quelques débris d'ossements et deux bouteilles en verre bien conservées; mal heureusement le goulot de l'une se détache quand nous la tirons de terre : nous trous vons aussi des débris de cuivre ayant formé la serrure et l'armature d’un petit coffret.

+28, 29 avril. — Pluie qui nous empêche de travailler dans les ateliers à ciel ous

verl: je me contente de continuer les travaux de déblai du caveau 1; nous nettoyons

complétement plusieurs des fours, et nous trouvons partout le roc. Dans le four de droite de la paroi située en face de la porte, nous reconnaissons une fosse creusée dans le roc, mais déjà vidée : nous n°y découvrons rien.

+30 avril. — Au caveau 1, nous continuons à déblayer les fours et le sol; partout se présente le roc. À l'angle nord-ouest de la chambre centrale, nous rencontrons, dans une fosse creusée dans le roc du sol, un sarcophage en terre cuite; le couvercle, brisé, est enfoncé dans l'intérieur, qui paraît n'avoir point encore été fouillé; nous } trouvons des débris d’ossements qui nous semblent avoir appartenu à une femme, et deux petites fioles en verre intactes; la cavité était remplie de sable, débris du roc.

«Au caveau vi, nous enlevons une couche d'environ Ao centimètres d’une argile noire et très-tenace : sur deux points, nous reconnaissons dans cette argile très-humide les débris de deux cadavres, dont il ne reste plus d’un peu solide que quelques fragments de fémurs; les autres os sont complétement réduits en bouillie. Dans l'argile qui recouvrait le cadavre de droite en entrant, nous trouvons une petite statuette d'argent représentant probablement une divinité égyptienne : elle est très-altérée; une autre petite statuette en faïence bleue d'Égypte, un Typhon (?), dont nous ne pouvons avoir que le corps, car il tombe en poussière, et la tête n’a pu être conservée; trois autres fragments d'argent informes; un œil symbolique en faïence bleue très-altérée: une petite bague en argent, forme d’anneau, très-grossière; enfin un morceau de fer oxydé en forme de pointe. Dans l'argile qui contenait les ossements des deux cadavres et les objets que je viens de citer, nous trouvons les débris de plusieurs kholkhals en cuivre, appartenant à un adulte et à un enfant : deux ou trois sont encore intacts: il y en avait quatre grands et quatre petits. Sous la couche d'argile que nous enlevons, le sol est formé par quatorze longues dalles recouvrant deux grandes fosses semblables à celles des deux caveaux 1rv et v, fosses de grandes dimensions coupées à leur milieu par une banquette taillée dans le roc. Au milieu du sommet de la paroi du fond, nous remarquons un trou fermé par des pierres et de la terre; nous en enlevons une partie et nous arrivons à une cavité remplie d'une terre tellement dure, que nous ne pouvons l’entamer; nous verrons plus tard sil y a lieu d'y revenir.

«Au caveau x, nous continuons à déblayer la chambre à laquelle on arrive par une porte taillée dans le mur de rocher. Le sommet de la paroi est de cette chambre présentait une banquette rentrante, qui a dû servir probablement à soutenir de longues dalles ou des poutres formant le toit. Dans la terre que nous enlevons, nous trouvons plusieurs fragments de lames de cuivre très-minces!; l'une d'elles représente une tête de lion analogue aux six masques trouvés dans la nécropole d'Eschmounazar et emportés à Paris par M. Rey; seulement celui-ci est beaucoup plus petit. En déblayant le sol du “aveau x, au pied de la paroi nord, qui est taillée en pylône supportant une voûte,

! «Le même endroit fournit des débris de feuilles ment destinées à être collées sur les yeux et les autres d'or. Ces feuilles d’or et de cuivre étaient probable- ouvertures du cadavre. »

nous rencontrons trois fosses creusées dans le roc; elles sont assez larges, assez profondes, mais plus courtes que la longueur d’un homme: elles renfermaient un assez grand nombre de vases en terre cuite, plus ou moins intacts; l'un d'eux, d’une forme plus élégante que les autres, est beaucoup plus grand.

«Nous distribuons le reste des ouvriers sur quatre ateliers que nous établissons à l'angle sud-ouest du terrain pour fouiller le massif qui sépare le caveau 11 de la route; nous rencontrons le roc sur une grande étendue; sur un des points de ce roc, nous trouvons une pelite fosse remplie de terre et de quelques débris d'ossements. Un petit pendant d'oreille en or, un petit bracelet très-mince en argent, l’anse en cuivre d'un

coffret, sont les seuls objets que nous y rencontrons.

19 mai. — Dans le caveau r, nous continuons à examiner les fosses et le sol; partout nous ne voyons que le roc. Le four de l'angle sud-ouest, comme nous l'avons déjà dit, est un couloir arrivant à une porte murée; nous découvrons des marches au moyen desquelles on descendait à ce couloir, dont le sol est plus bas que celui du caveau.

« En enlevant la terre qui nous cachait encore la paroi ouest du grand puits carré dans la paroi est duquel est creusé le caveau vr, nous reconnaissons que les constructions qui formaient la porte et le seuil par lesquels on arrivait à l'escalier du caveau VII reposaient, pour environ un tiers de leur largeur, sur une espèce d'arc formé de grosses pierres placées sur la terre qui remplissait le puits carré; ces constructions, et par conséquent le caveau var, sont done de beaucoup postérieures au creusement du puits et de ses caveaux. M. Waddington, qui place le caveau vi à un siècle environ après l'ère chrétienne, pense que le puits et ses caveaux doivent remonter au moins à 5oo ou 600 ans auparavant.

« Nous déblayons la niche de gauche de la paroi du fond du caveau vu, et nous reconnaissons qu'elle était formée par deux fours superposés, l’un creusé dans le roc sous le sol, l'autre au-dessus, séparé du premier par trois larges dalles provenant de la porte en pierre blanche dont nous avons déjà trouvé des fragments, le tout empâté dans une masse de ciment mélé de pierres et de briques ou débris de poterie. Ce ciment a acquis une telle dureté, que ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que nous parvenons à l'entamer; cependant ces fosses ont déjà été violées, et ce n'est que pour en retirer les fragments de la porte que nous les démolissons. Gette porte est-elle plus ancienne que le caveau qu'elle a dû servir à fermer? Probablement non; elle paraît n'avoir pas servi, et a dû être brisée avant d’avoir tourné sur ses gonds, car le pivot en pierre que nous avons remarqué à un de ses fragments ne présente aucune trace d'usure mi de frottement.

« Nous reprenons une grande fosse creusée dans le roc, située dans l’espace compris entre les caveaux 1, 11, 1If, XI, XII.

«+ Dans l'un des ateliers de l'angle sud-ouest, au sud-ouest de deux espèces de piliers

de rocher faisant saillie au-dessus du sol, nous arrivons à un rocher taillé à pie, au

pied duquel nous trouvons une ouverture très-irréculière; nous reconnaissons une vaste chambre carrée, tellement encombrée de terre jusqu'à son plafond, que c'est avec beaucoup de difficulté que nous pouvons suivre deux de ses parois dans un espace laissé libre par cette terre.

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