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fond des dunes se sont formées: les eaux, retenues par les arbustes du bois taillis, ont produit la nappe d'eau souterraine qui est venue nous arrêter. Cependant l'hypothèse suivante est aussi admissible : pour des raisons que nous ne connaissons pas, On à pu vouloir placer en ce lieu la sépulture d’une famille riche et puissante, peut-être même d'une dynastie royale; à une petite profondeur on aura trouvé l'eau, qui, filtrant à travers les sables, aura empêché d'arriver jusqu'au roc pour y creuser un caveau; on aura alors remplacé le caveau souterrain par un caveau creusé dans un rocher artificiel, élevé à Ja surface du sol à l'aide de blocs de grandes dimensions. Dans ce cas, il n'y aurait aucune cavité sous l'édifice, et les assises de grosses pierres régulièrement taillées qui forment l'aire de la construction seraient de simples fondements d
Nous avons creusé le sol à une assez grande profondeur autour des affleurements de rocher qui se montrent au nord et à l’est du mausolée, et, quoiqu'ils soient largement taillégsur d'assez grandes surfaces, nous u’avons rien trouvé, si ce n’est un puits formé d’un côté par le rocher coupé à pie, de l'autre, par de grosses pierres bien appareillées. A l'ouest, les rochers, recouverts de dunes, viennent s'abaisser et s'éteindre sur la plage, près du coude que fait le Nahr el-Kublé en changeant de direction pour aller rejoindre l'embouchure du Nahr-Amrit. Un peu avant d'arriver à ce coude, nous remarquames des caveaux creusés dans le roc et recouverts par les sables. Les fouilles que nous y fimes produisirent peu de résultats; ces sépultures avaient déjà été ouvertes et dépouillées.
Les rochers taillés se continuent encore au sud du Burdj el-Bezzk; mais, en fait d'appropriations directes aux besoins de l’homme, on n'y trouve guère que des caveaux , des sépultures à ciel ouvert, des bassins creusés dans le roc et des puits.
Je dois maintenant exposer quelques nouvelles idées qui sont venues à M. Thobois, en travaillant sur les coupes de ce curieux monument. M. Thobois croit maintenant que le monument n’a jamais été achevé et que personne n’y à été enterré. Il pense que les blocs ont été d'abord montés à l'état brut, de manière à former les deux chambres et la pyramide; que les deux fenêtres ont été percées dans les blocs déjà montés?; que, le monument une fois monté, on s’est mis à le ravaler et à lappro-
prier à sa destination. Le travail de ravalement fut commencé par le haut,
1 M. Thobois n’a aucun doute à cet égard, etre- n’en a pas davantage. L'idée de faire du tombeau pousse absolument l'idée de caveaux souterrains. une sorte de forteresse sans ouverture est familière
? On songe ici involontairement au tombeau de à toute l'antiquité. Impossible de croire cependant Théron, en Sicile, qui n’a pas de porte, et au tom- que les quinze lits funèbres du Burdj el-Bezxdk aient beau dit de Zacharie, dans la vallée de Josaphat, qui été remplis à la fois.
CAMPAGNE D'ARADUS. 89 se fit d’une manière complète sur la pyramide et la corniche, mais ne s'étendit qu'à une partie des faces. Pendant qu'il se poursuivait, en effet, on travaillait à l'intérieur à créer, au moyen de cloisons, les fours destinés à renfermer les cercueils'. Afin de donner à ces fours plus dé profondeur, sans nuire à là grandeur de l'espace libre nécessaire pour fournir une reculée suffisante quand un cercueil devait être introduit, on fut amené à prolonger les fonds des fours dans la paroi de derrière, qui se trouva ainsi, en certains endroits, n'avoir pas beaucoup plus d’un mètre d'épaisseur. Tout l'édifice fut de la sorte compromis; alors se produisit l'écartement des pierres formant le plafond de la chambre supérieure; une grande partie de la pyramide s'écroula en entraînant quelques pièces de la corniche. On abandonna le monument, dont les brigands ou les soldats firent plus tard une petite forteresse en renversant ce qui avait pu rester sur la plate-forme des matériaux de la pyramide. Ge qui porte M. Thobois à cette hypothèse, ce sont les observations suivantes : 1° l'irrégularité de l'ouverture inférieure, qui semble n’avoir pas été calculée d'avance (la fente qui se voit au-dessous de cette fenêtre est une cassure, non un joint régulier) ; 2° l'absence de feuillure dans les fenêtres, contrairement à l'usage universel des chambres sépulerales de la Phénicie; 3° l'insuflisance des tremblements de terre pour expliquer la position des blocs supérieurs; 4° Vétat d'inachèvement d’une partie des faces du monument, formant la plus bizarre anomalie avec le soin extrême qu'on avait donné à la pyramide, à la corniche et même à une partie des faces; 5° la disposition des joints et des alvéoles, laquelle est si malheureuse qu'il n’est guère permis de supposer que les blocs aient été montés en vue d'y tailler ces alvéoles (voir pl. XV); 6° la disposition des rainures et des saillies adhérentes aux parois de la chambre supérieure, laquelle s'explique mieux dans l'hypothèse qui vient d'être exposée.
! Dans cette hypothèse, les queues des pierres d’abord. Les quatre parois auraient eu à peu près la : du mur de derrière n'auraient plus rempli la partie même épaisseur. postérieure des chambres, comme nous le supposions
Une chose, au moins, qui est mise hors de doute par les observations qui précèdent, c'est l'usage qu'avaient les Phéniciens de monter les blocs des monuments à l'état brut, et de les ravaler ensuite. Le deuxième des méphazil nous avait déjà conduits à cette conclusion; elle prend en pré-
sence du Burdj el-Bezzäk une certitude absolue.
IX. Vis-à-vis du Maabed, au nord de la partie centrale de l’ancienne Amrit, s'ouvre dans le roc une vaste coupure artificielle nommée dans le pays alt, ÉLMeklaa, «la Carrière. » C’est un immense stade !, de deux cent vingt-cinq mètres de long sur trente de large. Dix gradins de soixante centimètres de hauteur entourent l'arène; sur la face nord, ils étaient, d'un bout à l'autre, creusés dans le roc; sur la face sud, la moitié inférieure seulement était taillée dans le rocher, et le reste était complété par des constructions dont on retrouve les traces. Le stade se terminait, à l'est, par un amphithéâtre circulaire, au sommet duquel deux couloirs parallèles, larges de trois mètres cinquante centimètres, communiquaient au dehors, et servaient probablement à donner entrée aux chars et aux chevaux. L'extrémité ouest devait se terminer par des constructions qui ont disparu. La surface de l'arène est aujourd’hui recouverte d’un mètre de terre végétale et est devenue un bois taillis, repaire de bêtes fauves. Au-dessous, se trouve une couche d'environ cinquante centimètres de sable reposant sur le roc dénudé. Les fouilles étendues que nous avons faites dans le sol de l'arène n’ont rien produit.
L'époque romaine eut beaucoup de théâtres taillés dans le roc, et, pour ne point sortir de la Phénicie, Batroun en offre un exemple. Mais la distribution et la coupe générale du monument qui nous occupe n'ont absolument rien de romain. Cest, à n’en pas douter, un stade phénicien.
Au stade se rattachent des restes de grandes constructions qui, sans
1 Noir notre planche VIIL. Pococke (Description of (Mém. de l'Acad. de Berlin, 1846, p. 599, note) the Bast, vol. I, 1" part. p. 203) et M. Gerhard sont arrivés avec justesse à l'idée d’un cirque.
CAMPAGNE D’ARADUS. 91 doute, avaient un caractère public. Le pan de rocher que l'excavation du cirque laisse isolé vers le sud est couvert de travaux, gradins, couloirs, fosses sépulcrales, excavations carrées ayant dû servir de base à des chambres. À l'extrémité ouest du stade s'offre une falaise de rochers taillés à pie sur une longueur d'environ cent cinquante mètres. Des cloisons perpendiculaires, taillées aussi dans le roc, y dessinent trois grandes enceintes fort analogues à celle qui enelôt le Maabed'. C'étaient peut-être encore des cours de temples. Diodore de Sicile nous présente Marathus gardait dans ses sanctuaires. Les enceintes de ces grandes cours étaient complétées, comme
comme une ville célèbre par les objets religieux qu’on
au Maabed, par des constructions formées de gros blocs qu'on retrouve à fleur du sol. Ces trois enceintes s'avancent à la suite l’une de Pautre, vers le sud-ouest, où se trouve, à la sortie du vallon, la plus vaste des trois, ayant trente-cinq mètres de profondeur sur soixante de largeur. L’aire de ces cours et le plateau qui les domine sont jonchés de débris de constructions, de pierres taillées, de seuils et d’autres débris de portes encore au niveau du sol, mais souvent cachés par des taillis et d’épaisses broussailles.
La dernière de ces enceintes fait presque face au Maabed, et n’en est séparée que par la petite rivière. Là était sans doute le centre de Marathus. Dans cette partie, le plan de la ville antique présente une clarté frappante et se déploie avec une véritable grandeur. La planche VIT fait comprendre cet ensemble. Une prairie très-humide et traversée par plusieurs belles sources a succédé à l'antique forum.
Un peu plus haut, le Nahr-Amrit s’encaisse entre les collines. Il semble que le vallon , à cet endroit, était fermé par un mur, dont quelques assises
existent encore, et par une porte, dont on retrouve le seuil.
X. Un des restes les plus singuliers d'Amrit est une maison mono-
1 Pococke avait bien vu cela.