‹ Mission de PhénicieChapitre 92 sur 127 · M. de Sauley invite ceux qui ne partagent pas · texte numérisé non relu

M. de Sauley invite ceux qui ne partagent pas

trace des grands blocs de la ville antique est là vi- # Sauley, deuxième Voyage, 1, p. 93; I,

sible. L'importance de la vieille ville se prouve aussi par les caveaux funéraires que l'on remarque dans son opinion sur ce point, et qu’il déclare dénués «de ces carrières et à l’est de la ville. toute espèce d'archéologie pratique,» à voir le fortin

? Ces substructions sont en pierres polygonales situé à la limite nord-est du plateau (A du plan de

s'emboîtant pour former des assises horizontales en Gélis). C'est là, selon lui, l'ouvrage de Zénon. J'ai

retrait les unes sur les autres. Cela peut être trèsancien. On sent bien là combien peu les Juifs eurent par eux-mêmes l’idée de la grande construction régulière,

5 Lire un texte important, récemment publié par M. Neubauer, Journal asiatique, déc. 1869, p. 443. Voir Robinson, Il, p. 276 et suiv. M. Guérin parail se ranger au même avis. Comptes rendus de l’A- 209. Gelte construction offre

le bossage à l'intérieur et à l'extérieur; la porte

cad. 5 août 1870, p.

basse, cintrée, est de petite construction. Le temple de Sanaballat fut détruit (Jos. Ant. XIIT, 1x, 13 B.

J. T, 11, 6). Comme à l’époque romaine il y avait

vu ce fortin; il m'a paru tout à fait dans le même style que les constructions qui sont à la place du temple; je le regardais comme faisant un ensemble avec ces dernières. Je peux me tromper; d’autres verront. En tout cas, ce fortin est très-petit; c'eût été 1 un moyen bien insuflisant pour maintenir les Samaritains et pour justifier le passage de Procope (De œdif. 5, 7). Robinson, Il, p. 278, 294, 295; Stanley, Sermons in the East, p. 173 et suiv. Thom-

son (Il, p. 214) trouve les pierres beveled after the

Jewish or phœnician manner. Mais rappelons-nous que

Thomson trouve aussi Montfort « évidemment phéni

cien.»

étrangers ”, et où ils imitent l'étranger, l'Égypte et la Phénicie)?, avaient eu un art usuel assez développé. Mais ce qu'on peut dire, c'est que jamais par eux-mêmes ils n’arrivèrent à celte fécondité qui, en couvrant un pays de monuments durables, force en quelque sorte l'avenir et défie toutes les

causes de destruction. Un trait naïf d’un psaume nous montre Jérusalem

citée comme une merveille, parce qu’elle est «une ville dont les maisons se touchent. » Une ville juive ordinaire devait être un amas de cases de paysans, Sans aucun monument public; les maisons privées ne devaient pas différer beaucoup de ces cubes de pierre, sans aucune élégance extérieure

ni intérieure, qui couvrent aujourd’hui les parties les plus riches du Li-

ban, et qui, mêlés aux vignes et aux fisuiers, ne laissent pas d’être pleins

de charme. Les rois seuls avaient des palais bâtis pour des siècles. Deux

prescriptions capitales, enfin, de la religion juive exercèrent sur l'art une influence décisive, ou plutôt le supprimèrent presque entièrement, je

veux parler de l'interdiction des images représentant des êtres animés, et

de la défense de bâtir des temples ailleurs qu'à Jérusalem. Le seul polissage des pierres était, dans certains cas, suspect*! Privée de la ressource des temples locaux, l'architecture ne pouvait que dépérir. Que serait la Grèce, s'il n'eût été loisible d'élever des temples qu'à Delphes ou à Éleusis! En mille ans, le peuple juif n'eut à bâtir que trois temples, et encore ces temples, deux fois du moins, furent-ils bâtis sous des influences étran-

eres.

g Les synagogues, on le sait, n'apparaissent qu'à l’époque asmo-

néenne, et, pour les édifier, les Juifs employèrent le style grec, devenu

alors la loi universelle de l'art de bâtir.

1 I Rois, vi, 13, 14, # Exode, xx, 96; Deutér. xxvii, 5, 6: Josué,

? Voir l'excellente dissertation de Thenius, à la vin, 313 [ Rois, xvim, 39; 1 Macch. 1v, h7. Les

suite de son Commentaire sur les livres des Rois raisons de cette prescription lépale étaient, d'üne

(Leipzig, 1849). MM. de Sauley et de Vogüé sont arrivés au même résultat. Le temple de Dendérah, tel que l’a commenté M. Mariette, est l'édifice actuellement existant qui ressemble le plus au temple de Jérusalem.

Per cout (Vule. oxx1), 3.

part, l'idée que la pierre est pure telle qu’elle sort des mains du créateur, mais que le tranchant du métal la souille (Knobel, sur Exode, Z. c.); d'autre part, la préférence donnée à l'autel archaïque des no-

mades, qui n’était qu'un simple tas de pierres, sur

l'autel artistement travaillé des peuples idolâtres.

Les textes, du reste, prouvent que le goût des constructions rencontra dans l'esprit du peuple beaucoup d'opposition : Kard yàp rhv 8£epyaclay Tür TowÿTor ÉmirndeuudTor, ws dv Avouévns adToïs Ts edoeGelas, ai uerammlôvram” Tv 0», yalems ÉCepor (Jos. Ant. XV, x, L). On sent que cela était nouveau et anti-national. Le livre d’Hénoch, expression si forte des idées juives, anathématise les constructions des riches !. On sait la fureur que causa, sous Antiochus Épiphane, l'introduction des arts grecs à Jérusalem”. Le Talmud, si profondément empreint de l'esprit de la nation juive, nous présente des vues prèêtées à Siméon ben-Jochaï sur les travaux d'architecture romaine; ces vues sont de la plus grande sévérité *.

Une autre cause contribua à mettre la Judée, à l'écard des autres parües de l'Orient, dans une position archéologique tout à fait inférieure. L'époque romaine, surtout celle des Antonins et des empereurs syriens, fut pour toute la Syrie une période de prospérité et d’universelle renaissance. La Phénicie, en particulier, se couvril vers ce temps de monuments imités des anciens et qu'on peut appeler néo-phéniciens. I n’en fut pas de mème pour la Judée; se roidissant avec son énergie accoutumée contre l'envahissement de l'empire, elle n'eut pas de renaissance antoninienne. Le grand mouvement de civilisation que Rome développait dans la Pérée et le Hauran, et qui a laissé dans la région au delà du Jourdain de si splendides traces, semblait paralysé sur la rive droite du fleuve. Peu de pays furent aussi morts depuis le règne d’Adrien jusqu'à celui de

Constantin". L'art chrétien fit seul fleurir la vie sur ce sol frappé, pour

1 Chapitre xax,13, 14. Voyez Vie de Jésus, p.188, 189 (13° édition).

2 I Macch. 1; IE Macch. 1v.

3 Lightfoot, Horæ hebr. p. 555.

* Les Juifs en avaient presque disparu; mais la population hellénique ne jeta pas grand éclat. La Palestine ne présente pas la loi que nous avons démontrée ci-dessus (p. 21, note 2) pour la Phénicie

et la Syrie, savoir que le nom sémitique antérieur à

Alexandre a presque toujours pris le dessus sur le nom grec ou romain. En Palestine, au contraire, les noms grecs et romains ont la plupart du temps survécu. Erek, près de Tripoli, s'appelle encore aujour-

d'hui Arca, nom qu’elle avait dix siècles avant Jésus-

Christ, et non Césa

fe; la tour de Straton, au contraire, s'appelle aujourd'hui Kaïsarié et non D9nwy 9130 ou nonvysay 7730. Sébastié, Nabou-

Tous ne se souviennent plus de leurs noms, pourtant

CAMPAGNE DE TYR. 791 tout ce qui tient au goût, d'une sorte de stérilité. En un sens, cependant, cela fut favorable à la conservation des monuments de l'époque hérodienne. La Judée ne connut pas la civilisation active, et par conséquent destructive, du n° et du m° siècle. Pendant ce temps, elle resta désolée. La trace de l’époque hérodienne, époque encore fort originale, resta ainsi assez fraîche jusqu'à Constantin et Justinien.

Cette impression générale des voyages de la Palestine en deçà du Jourdain est surtout sensible quand on y entre par le pays de Tyr. On vient de traverser un pays industriel d’une étonnante richesse archéologique ; ici on traverse un pays agricole et pastoral, où l’on sent que l'art a été frappé d’une sorte de malédiction. L'Hébreu ne fut ni artiste ni bâtisseur. Pierres éparses, vieux murs peu soignés, meules, caveaux funéraires souvent sans niches et mesquins, citernes analogues à celles de la Phénicie. voilà ce qu'on rencontre à chaque pas. Tout cela est sans style, sans date, bien inférieur à ce qu'on voit en Phénicie!. H n'y avait dans le pays que trois où quatre villes, Jérusalem, Samarie, Sichem, ayant de grandes constructions; les villages différaient peu des villages actuels. Les représentations figurées étant exclues du temple, de l'autel; il restait pour l'art les demeures privées : celles des Hébreux, comme celles des Syriens

en général jusqu'à l'époque romaine, élaient pauvres. Josèphe? semble

célèbres, de Samarie et de Sichem. Jérusalem, même, n'a repris son nom que grâce aux chrétiens. Sans l'influence chrétienne, Jérusalem s'appellerait Wyl Aeha (voir les monnaies arabes, Madden, p. 230, 231). Ce nom était sans doute celui dont les Arabes romanisés du Hauran se servaient pour désigner Jérusalem, el c'est par eux qu'il aura été légué au premier islam. La Batanée ( äxll) porte encore son nom sous la forme grecque (Baravaia) et non sous sa forme sémitique ;&3. I en est de même de Tabarié, Tell-Joulié, ete Les exceptions, cependant, sont nombreuses : Séphoris s'appelle aujourd’hui Saffurié, et non Diocésarée; Beth-Schéan s'appelle aujourd'hui Beisan, et non Scythopolis; Rabbath-Ammon

Sappelle aujourd'hui Ammdn, et non Philadelphie ;

Rabbath-Moab s'appelle aujourd'hui Rabba, et non Areopolis; Emmaüs s'appelle aujourd'hui Amwas. et non Nicopolis. On dit Kfar-Saba, et non Antipatis. Karak, Djérasch, Bosra, ete. ont aussi gardé plus ou moins leur nom sémitique. À Banias, le nom grec (Paneas) a tué le nom latin. Les noms latins, cependant, paraissent en général avoir eu en Orient plus de persistance que les noms macédoniens.

1 Jesignalerai cependant les citernes du pays entre Kefrein et Arrabé, où l’on voit avec une clarté toute particulière la facon dont ces citernes étaient alimentées : c'élaient les rochers environnants qui, par un syslème de rigoles, fournissaient d'eau la cavité (voir surtout à Yabed et Arrabé),

? Bell. Jud. I, xvut, 9.

signaler une ville de Galilée qui avait de belles maisons comme une exceplion. Nul soût des raffinements de luxe; toujours, même avant l'Évangile, ces pays pour la vie matérielle prirent modèle sur les oiseaux du ciel. L'ouüllage mdustriel des anciennes villes juives est grossier, comparé à celui des Phéniciens. Les pressoirs, par exemple, sont deux trous dans le rocher (une entaille supérieure et un trou au-dessous pour recevoir le liquide); tout cela ne saurait être comparé à la grande industrie dont on voit les restes près de Cana de Tyr.

Jai dit que Jérusalem et Hébron formaient encore de nos jours une exception à la sécheresse de la Judée en fait d'art. À Jérusalem, quelques parties des murs, le souterrain de la mosquée El-Aksa, les tombeaux dits des Rois et des Juges, ceux de la vallée de Hinnom, les trois ou quatre grands tombeaux de la vallée de Josaphat sont bien des monuments juifs, quelque part d'influence grecque et égyptienne qu'on puisse y remarquer'. Mais y ail parmi ces restes d’une bonne antiquité quelques parties qu'on puisse ratiacher à l’époque hébraïque antérieure à la captivité, où seulement à l’époque qui s'étend depuis Zorobabel jusqu’à l’introduction du style grec sous les Séleucides? Si l'on exceple les piscines et les travaux dans le roc, tels que le curieux monolithe de Siloam, on

en peut douter. Gertes, les tombeaux dits de Zacharie et d’Absalom tran-

! «Les monuments de la vallée de Josaphat, m'écrivait M. Thobois, bien que très-différents de ceux d’Amrit, m'ont cependant paru offrir avec eux assez d’analogie pour comporter un rapprochement, et je crois que, mis en parallèle, ces monuments sé claireraient réciproquement. Des deux côtés, la PYramide est très en faveur, et, comme au petit temple le plus rapproché du cirque, à Amrit, le tombeau dit d'Absalom est composé d’une première grande masse monolithe, évidée dans le roc, tenant au sol, et complétée par des assises rapportées. Je sais que des archéologues voient dans les tombeaux voisins de Jérusalem des retouches de plusieurs époques : Je ne partage pas leur avis, tout en ayant bien remarqué que les formes romaines se trouvent étrangement associées dans ces monuments aux formes égYp-

tiennes, Cette particularité est commune à tous les produits de l’art syrien. Le couronnement même du tombeau d'Absalom n'a rien d'invraisemblable si on le rapporte à l'antiquité grecque. On trouverait à la lanterne de Démosthène un profil analogue à celui-ci, en dépouillant de ses feuillages le couronnement qui la termine. Les tombeaux des Rois, outre la curiosité qu'excitent les caveaux, m'ont paru aussi des plus intéressants au double point de vue du goût et de l'archéologie. La belle corniche qui décore l'entrée extérieure est grecque; mais le large bandeau de feuillages, immédiatement au-dessous, me paraît conçu sous l'influence des traditions locales. En tout cas, la corniche et le bandeau constituent ensemble une ample et fine décoration, très-

monumentale. »

CAMPAGNE DE TYR. 793 chent profondément sur tout ce que nous à laissé l'antiquité grecque et romaine. Les frères de ces monuments-là sont à Amrit. L'idée essentiellement phénicienne d’évider les monuments dans le roc pour toutes les parties qui ne dépassent pas un certain niveau, et de compléter les sommets par des assises rapportées, trouve ici sa plus brillante application. Mais à Amrit il n'y a aucune trace d'ordres grecs. Dans les monuments dont nous parlons, ces ordres sont employés d’une manière, il est vrai, grossière et maladroite. Ces monuments sont donc postérieurs à l’époque où le style grec, qui avait conquis Tyr vers le temps d'Alexandre, conquit aussi la Judée. Les monuments de Pétra présentent le même caractère mixte, les mêmes formes pyramidales et le même système d'évidement dans le roc, pratiqués avec une ampleur surprenante; et pourtant ces monuments sont en général postérieurs à Trajan. Les tombeaux des Macchabées, à Modin!, élevés vers 1 40 ans avant J ésus-Christ, paraissent aussi avoir ressemblé à ceux de la vallée de Josaphat. Ce sont probablement ces orands tombeaux, dont quelques-uns peuvent avoir été des cénolaphes élevés en l'honneur des prophètes, que Jésus montrait du doigt, quand, assis sous le portique du Temple, de l’autre côté de la vallée, il foudroyait le judaïsme officiel, qui abritait derrière ces puissants monolithes ou sa piété peu éclairée ou sa vanité?.

Les lombeaux dits des Rois*, des Juges et de saint Jacques, quoique exécutés dans le même esprit et parfaitement juifs en un sens, trahissent aussi le goût grec dans lous les détails de leur décoration. Les portes de pierre qu'on voit aux tombeaux des Rois ne sont pas un signe de haute

antiquité. On les retrouve à Gadare et dans d’autres ruines de l'époque

1 I Macch. xm, 25 el suiv. Josèphe, Antiquités, bène. (Voir Journ. asiat. déc. 1865, p- 55o et suiv. XII, vi, 5. et Comptes rendus de l'Acad. des inser. 1866 Dao ? Matth. xx, 27, 29; Luc, xr, A7. 138, 291.) M. Ganneau cependant croit avoir trouvé # CE Vogüé, le Temple de Jérus. p. 43 et suiv. ailleurs les restes du tombeau d'Hélène. Sur le site

L'inscription que M. de Saulcey à découverte en des vrais tombeaux des rois de Juda, voir Thenius fouillant ces tombeaux confirme Fopinion d'après dans la Zeitschrift der d. m. G. 186, p. 495 et suiv. laquelle c’est là le tombeau d'Hélène, reine del’ Adia- Stanley, Sermons in the East, p.148 el suiv.

grecque ou romaine. Le temple de Léontopolis, bäti 160 ans avant Jésus- Christ, avait aussi des portes de pierre (œvXas A04was)'.— Les tombeaux de Hinnom paraissent plus anciens que ceux dont il vient d’être question et rappellent mieux ceux de la Phénicie, de Byblos, par exemple. Il est probable que la principale nécropole de l’ancienne Jérusalem était là.

Arrivons aux portions de l'enceinte du temple restées antiques, et surtout à ce mur occidental, consacré par un de nos artistes les plus habiles, et à la lettre baigné par les larmes des juifs”. M. de Vogüé a, depuis mon voyage, tranché la question en prouvant par les textes * que la partie méridionale du terre-plein n'existait point avant Hérode. Un des caractères sur lesquels on a pu s'appuyer pour rapporter ces portions de l'enceinte au temps de Salomon a disparu, depuis que l'appareil en bossage s'est retrouvé dans les ouvrages romains, byzantins, croisés, sarrasins. La tour de Gébeïl avait été comparée par tous les voyageurs à ces murs prétendus salomoniens de Jérusalem, et, en effet, la ressemblance est grande. Eh bien, la tour de Gébeil n'est pas un ouvrage de haute antiquité. À Athènes comme en Égypte, tous les anciens murs de soubassement et de soutènement, par exemple le soubassement de certaines parties du Parthénon actuel, qui semblent avoir porté aussi l’ancien Parthénon, sont en bossage. Les très-antiques ruines vis-à-vis de Smyrne offrent un bel échantillon du même style “.

La rare beauté de ces murs et la dimension vraiment extraordinaire

des matériaux ne prouvent rien de plus, puisque nous savons qu'Hérode

1 Cf. Josèphe, B. J. VIE, x, 3. monuments qui donnaient origine à cette légende

? Voir quelques curieuses données juives dans la n'avaient alors que trois siècles. Zeitschrift der d. m. G. 1851, p. 380 et suiv. L'opi- 3 Le Temple de Jér. p. 21 el suiv. 43 et suiv. M. de nion de l’origine salomonienne de ce mur à été sou- Sauley a repris la question (Mém. de l’Acad. des inser. tenue par Tobler, Robinson, Porter, de Sauley.Inu- t. XX VI, 1°° partie; le Compte rendu de l'Acad. 186, tile de dire combien la tradition orale a en de pa- p-138-140, est tout à fait inexact), mais sans ébranreilles questions peu de valeur. Un des exemples qui ler l'argumentation de M. de Vogüé. M. Rosen à le prouvent le mieux, ce sont les légendes sur la traité également la question du harâm, et ses concluconstruction des monuments de Tadmor par Salo- sions, en général, sont d'accord avec celles de M. de mon. Au vi siècle, ces légendes étaient déjà formées Vogüé (Das Haram von Jerusalem, Gotha, 1866). (voir Journ. asiat. oct.-nov. 1868, p. 304); or les # Texier, Asie Min. p. 231.

employa pour la reconstruction du temple des matériaux énormes!, dont

la beauté frappa tous les contemporains ?. Josèphe, d'ailleurs#, dit expressément «qu'il enleva jusqu'aux fondements de l’ancien temple et qu'il en bâtit de nouveaux.» Un passage du Talmud paraît se rapporter au bossage hérodien 5. Césarée, qui est sûrement l'œuvre d'Hérode, est en pierres colossales®. Ajoutons que le caractère de ces belles constructions ne semble pas primitif; à un endroit s’y raltachent les sommiers formant la naissance d’une grande arche; or les constructions phéniciennes ne nous ont pas offert un exemple de voûte; on y sent un art raffiné, d'imitation, d'époque moyenne, qui ire partie pour l’ornement de ce qui auparavant a été le résultat d’un calcul économique. Ces pierres, semblables à un trumeau taillé en équerre sur les bords, paraissent la dernière transfor-

mation d’un système de construction où, pour épargner le travail, on

laissait brutes les parties de la pierre qui n’importaient pas à la précision P Ï I P F

du joint”. Dans quelques parties de l’enceinte du temple, et spécialement

en trois endroits, 1° à l'angle d'Ophel; 9° en face des tombeaux de Zacha-

rie et d'Absalom; 3° au sud de la porte Dorée, le mur offre, il est vrai, dans ses parties basses, un bossage beaucoup plus grossier. Mais si l’état

des matériaux est resté ici plus archaïque, il ne semble pas que la cons-

truction le soit; car M. Thobois m'a révélé dans cette partie des raccor-

1 Josèphe, Ant. XV, x1, 3 (comp. I Rois, vn, Gi 10, 12). Comparez ce qui est dit des pierres de 6o coudées du temple juif de Léontopolis, en Égypte, lequel fut bâti 160 ans avant Jésus-Christ (Jos. B. J. VIF, x, 3). En ce qui concerne les passages de Josèphe, relatifs à la question du mur occidental (Mém. de lAcad. XXNI, 1° part. p. 42 et suiv.), il faut remarquer que l’Archéologie fut achevée vers l'an 93, el la Guerre judaique, l'an 75. Hérode commenca la reconstruction du temple l'an 241 avant Jésus- Christ. Il y avait donc plus de 96 ans d'intervalle entre ce fait et la rédaction de Josèphe. Josèphe, de plus, écrivait à Rome, loin des lieux. Quelques circonstances, comme celles des crocs retenant les pierres, semblent prouver que Josèphe construisait avec son imagination un idéal de muraille solide.

? Matth. xx, 1,9, Mare, xun, 1,9 ; Luc, xx1, 5,6.

3 Ant. XV, x, 3.

* Quel est ici (Ant. XV, xr, 3) le sens de Seue- Aous? Deux autres passages l’indiquent. Dans B. J. V, v, 2, Seuéuos est évidemment pris pour les sou- . bassements du temple, Il en est de même dans Ant. VIT, xiv, 10 (traduit inaxactement par M. de Sauley. Mém. p. Lh) et même, quoique moins évidemment, dans Ant. VIIL, 11, 9.

5 Talm. de Bab. Sukkak, 51 b. Cf Neubauer, Géogr. du Talm. p.140.

5 Avencl, Voy. en Orient, p. 383.

7 M. Hitiorff pense cependant que le bossage le plus perfectionné peut se rapporter à l'époque la plus ancienne (Comptes rendus de lAcad. 1862, p. 139, 10.)

dements avec les constructions plus fines qui semblent indiquer que ces assises ont été posées après celles dont l'encadrement est si accompli . Le retrait des assises à l'angle sud-est, dont on a voulu tirer un argument comme d’un fait unique, ne fournit aucun criterium particulier?. L'aspect de la tour de David (d'Hippicus, de Phasaël?)* diffère peu de celui que présentent les parties conservées de l'enceinte du temple. Les pierres de cette tour, qui est certamement d'Hérode (Jos. B. J. V, 1v, 3), semblent avoir été travaillées par les ouvriers mêmes qui ont bâti le mur occidental*.

Tout cela, selon l'expression de M. Thobois, est d’un même ensemble,

d'une même religion. Mais la tour a été rebâtie.

Les pierres ont été boule-

versées; les trous pour le scellement des blocs sont placés à contre-sens.

Quant à la porte Dorée, M. Thobois fut frappé tout d’abord de ce

‘qu'avaient d'insolite ces chapiteaux ioniens avec des oves, el se prononça

1 Voici ce que m'écrivait M. Thobois : Les constructions les plus anciennes du soubassement de la mosquée d’Omar me paraissent être celles qui ont été refaites à l'époque d'Hérode. Le côté ouest, ou mur des juifs; le côté sud, y compris les sommiers formant la naissance d’une grande arche de pont, et à la suite, en retour, le commencement du troisième côté est, sont de la même perfection et du même temps. Le reste, je le crois d'époque postérieure. Je suis retourné plusieurs fois à ces gros bossages du cimetière musulman, non loin de la porte Saint-Étienne: je les trouve aussi plus récents. Ces deux assises de gros bossages forment une saillie de 0,15 en moyenne, qui semble motivée par un caniveau qui les terminait dans toute la longueur et qui servait à un écoulement d’eau.

J'en trace ici la coupe. L’ébauche grossière de ces bossages, à la faveur de la teinte et du travail des années, rendus plus sensibles encore par les infiltrations du cani-

veau, contribue à les faire paraître

plus anciens qu'ils ne sont. Et si l’on

suit des veux les deux assises, dans le sens de leur

longueur jusque vers l'angle sud, on observe une dé-

viature horizontale tendant à un raccordement appa-

rent avec les assises parfaitement de niveau de la construction hérodienne ; raccordement qui indique que ces assises auraient suivi et non précédé les murs élevés sous Hérode. S'il existe encore quelques vestiges des murs salomoniens, je crois qu'il ne faudrait les chercher que dans les basses fondations, à l'aide de

grandes fouilles, les remblais ayant été considéra-

bles en plusieurs endroits.

2? On observe le même fait à l'acropole d'Athènes,

Beulé, [, p. 92,93; au portique d’Atlale, à Athènes ;

à une sorte de tour des Longs Murs, près du Pi M. Thobois me signale le même fait au soubassement du temple des géants à Agrigente, à la porte d'Auguste, à Pérouse (les dix-sept premières assises

des deux tours offrent la plus grande analogie avec

la construction de Jérusalem; sur l'arc appareillé on lit: Augusta Perusia). Les tours de la porte de la ville de Fano ont aussi leurs deux premières assises en retrait el à bossage.

5 Voir le sceau du royaume de Jérusalem, où l’on a cherché à rendre le caractère architectonique de cette tour. De Vogüé, Églises de terre sainte, p. Ab.

“ M. de Saulcy (deuxième Voyage, Il, p. 94) n’admet aucune ressemblance entre ces ouvrages ; je crois qu'il exagère. Voici ce que m'écrivait M. Thobois : «J'ai visité minutieusement la tour de David

et les constructions adjacentes. Là encore je n’ai rien

CAMPAGNE DE TYR. 797 pour une origine byzantine; MM. de Vogüé et Waddington ont depuis confirmé lopinion de M. Thobois !.

On arrive ainsi à douter qu'il y ait à Jérusalem, à la lumière du soleil, un seul grand assemblage de pierres antérieur à la caplvité. Les arguments qu'on a lirés de l'appareil, de la grandeur des matériaux, de l'air d’antiquité, du retrait des assises prouvent peu de chose, puisqu'on trouve ces particularités dans des ouvrages qui ne remontent pas à la haute antiquité ou qui ne sont pas juifs. 11 n'y a rien de surprenant à ce résultat; Tyr et Sidon, dont les destinées ont été moins troublées que celles de Jérusalem, n’offrent non plus à la surface du sol aucun veslige de leur passé phénicien. Le goût des grandes constructions paraît avoir sommeillé à Jérusalem depuis Salomon jusqu'à Alexandre Jannée; il ne prit tout son essor que sous les Hérodes. Quant aux vieilles constructions salomoniennes, elles avaient déjà disparu alors depuis longtemps ?.

Les souterrains de la mosquée El-Aksa présentent un monument qui, au premier coup d'œil, a des droits fondés à s'appeler hébraïque. Là, au centre de quatre coupoles, s'élève une colonne monolithe de 1,53 de diamètre sur plus de 7 mètres de haut, terminée par un chapiteau qui ne rentre dans aucun ordre grec, et dont le galbe est tout égyptien. On trouve des colonnes toutes semblables à Philæ, à Edfou, à Esneh, dans des

vu que l’on puisse croire d’une plus haute an iquité. Mém. de l'Acad. XXNI, 1° part. p. 26 et suiv. Seul le grand soubassement de la tour d'angle M. Fergusson croit la porte Dorée de l'époque de ô je; 8 poq bien qu'à bossages très-prossiers, offre tellement Constantin, Topogr. of Jer. p. 94 et suiv. Sur le terre- Il ô ; CFO 9 d’analogie avec le mur des juifs, qu’il paraït fait par lein de la mosquée d'Omar, entre cette mosquée 8 I > il

les mêmes ouvriers, sous l'influence des mêmes cou- etEl-Aksa, près du puits, M. Thobois remarqua aussi lumes ; ainsi les matériaux sont les mêmes, les cise- des chapiteaux et des bases grossières, qui lui sem-

lures au pourtour de chaque joint, iden iques; blèrent imités de l'antique.

les pierres sont juxtaposées de manière à obtenir, à ? «Que sont devenues les pierres de ces vieux l'extérieur, dans les lits et joints, un contact parfait monuments,» demande M. de Sauley ( Comptes rensans le secours du mortier; chaque assise offrant dus de l'Acad. 1862, p. 139)? Elles sont devenues aussi celte particularité, motivée dans un ouvrage ce que sont devenues les pierres des murs de Ruad, de défense, d'être posée en retrait de 0",025 sur du vieux rempart de Tyr, etc. Elles ont été débitées

Vassise inférieure, toujours avec la même régularité, en petites pierres ou réemployées. Où est le revêtemalgré le bossage si saillant et si brut.» ment des pyramides? Il est au Caire. Où sont les

! Le Temple de Jérus. p. 64 et suiv. Cf. Sauley, pierres des vieux murs salomoniens? Elles sont dans deuxième Voyage, 1, p. 132 et suiv. II, 96 et suiv. les constructions actuelles de Jérusalem.

temples du dernier âge ptolémaique et de l'époque romaine. M. Thobois, ici encore, est arrêté par de graves difficultés. L'exécution de ce curieux monument lui paraît grecque; le dessin du chapiteau a la délicatesse des ouvrages grecs. «Ïl est possible, m'écrivait M. Thobois, que ce beau morceau soit quelque peu antérieur à l’époque d'Hérode; je le crois cependant de cette époque?.» La colonne et le chapiteau font partie du même ensemble architectonique que les coupoles, qui sûrement ne sont pas antérieures à la captivité”. Le beau dessin de M. Thobois® mettra les archéologues à même de juger si l'on peut admettre que des artistes grecs se soient assujettis à ce point à un motif étranger. On conçoit mieux des barbares traitant grossièrement un {ype grec, comme cela a lieu dans le tombeau dit de Zacharie, que des Grecs traitant excellemment un type barbare. I faut dire à cela qu’en Égypte nous trouvons le phénomène de vieux types architectoniques égyptiens sculptés avec toute la délicatesse grecque. Ajoutons que l'idée d’une colonne de pierre avec des ornements délicats exécutés sur la pierre ne parait œuère avoir élé dans le goût des anciens Hébreux. Les colonnes, surtout leurs accessoires et les chapileaux, étaient de métal*, quand elles n'étaient pas

1 Descr. de l'Épypte, À. vol. [, pl. van, n° 8; xviu, ment que M. Thobois. (Le Temple de Jérusalem, p. 48

LUI, LIV, LXXV, 0% 3 el D; LxxvIN, n° 3; LXXXIX, n° D; et suiv.) M. Fergusson avait, du reste, exprimé avant Lepsius, Denkmæler, Abth. I, BI. 107, 108. M. Ma- nous la même opinion. (Topography of Jerusalem. rielle m’assure qu'on ne trouverait jamais ce chapi- p.14, 1b). teau dans un édifice pharaonique. H croit se rappeler 3% Depuis, M. de Sauley ayant fait tomber le baen avoir vu un semblable à San; mais il y a des édi- digeon qui empälait les murs du souterrain, a défices fort modernes à San.

? «Tout ceci

couvert sur les quatre coupoles des ciselures imporest trop fort, dit M. de Sauley (deuxième Voyage, I, p. 194 et suiv.). Comment!

tantes (deuxième Voyage, 1, p. 125 etsuiv. IF, 183,184; Vogüé, le Temple de Jér. pl. vi). Ces décou-

M. Thobois a l'étrange hallucination de voir un tra- vertes ne font que confirmer l'opinion de M. Thobois.

vail grec à la colonne sous El-Aksa. Et M. Renan # PI. XET. Comp. Vogüé, pl. 1v et p. 9.

l'écoute! Et ce seul mot ne suffit pas pour lui faire ® L (I, selon Vulg.) Rois, vu, 15 et suiv.

comprendre que M. Thobois, qui peul émettre une IL Rois, xxv, 13, 16, 17; IL Chron. in, 15, 27e

pareille monstruosité en fait d'appréciation, pour- iv, 19 et suiv, (en tenant compte du contexte ); et

rait bien être soupconné d’avoir un œil trop peu même Exode, xxvn, 10, 11, 17 (il s’agit à d’un

exercé.» J'ai dû d'autant moins obtempérer au con- outillage portatif; mais l'esprit général de la décora-

seil de mon savant confrère sur ce point, que M. de

Vogüé est arrivé de son côlé juste au même senti-

tion hébraïque s'y retrouve). Voir les observations

de Gesenius sur le mot nas.

CAMPAGNE DE TYR. 799 de bois’. La pierre ne servait qu'aux gros œuvres?; les ornements consistaient en boiseries de cèdre et en appliques de métal. La pierre est sans cesse donnée comme taillée, polie (n°13 ’55N)°, rarement comme seulplée; l'art du sculpteur et de l'ornemaniste, à cette époque, c'est l’art du fondeur.

On voit maintenant, ce me semble, dans quelle mesure il est permis de parler d'un art juif. L'art juif ne fut pas un art original; mais, en empruntant, les Juifs surent donner un cachet propre à ce qu'ils emprunlaient. Tout art, en passant d'un peuple à un autre, subit l’action des besoins du peuple auquel il passe. Quand, à la renaissance, on reprit les membres de l'architecture gréco-romaine pour la construction des éplises, ce qui en résulta, ce ne furent pas des temples antiques. Les tombeaux de Lacharie, des Juges, etc. sont des tombeaux grecs comme Saint-Sulpice, à Paris, est un temple gréco-romain. Les tombeaux en question nous montrent le style grec appliqué aux types hébreux, comme Saint-Sulpice nous montre le style gréco-romain appliqué aux types chrétiens. En somme, on peut soutenir que Saint-Sulpice est plutôt une église gothique qu'un temple grec. Les membres en sont grecs; mais la donnée générale est celle d’une église gothique quant à l'élévation et à la disposition du vaisseau. Ce qui se passa sous les Asmonéens et les Hérodes se passa de même à l'époque de Salomon. Jérusalem s s'appropria l'art giblite et phénicien, que les Phéniciens eux-mêmes avaient probablement pris en Ég rypte. Entièrement distincts de ces monuments, juifs à quelques ai furent les monuments purement grecs ou romains de Jérusalem, le théâtre d'Hérode, les monuments d'Adrien, ete. Lei il n'y eut pas plus d'originalité locale que dans les constructions postérieures de Constantin, de Justinien, des Arabes et des croisés.

Que penser enfin de cette magnifique construction d'Hébron, la plus

LI Rois, vir, 9 et suiv. Gesenius, Thesaurus, au mot m5. Sur Pexpression > I Rois, v, 313 vn, 9, 19. von nobv j2N (I Rois, vr, 7), voyez Thenius. 3 JL Rois, v, 31,39; vi, 17,36; vn,9,19, etc. Cf. # Voir pl. XL. Cf Vogüé, le Temple de Jér. p.119.

importante de toute la Judée, la seule de Syrie qui puisse être comparée aux monuments grecs, el qui du moins, grâce à légale vénération dont les personnages patriareaux ont été l’objet de la part des juifs, des chrétiens et des musulmans, a l'avantage de n’avoir subi aucune retouche, de n’avoir jamais été détruite, puis relevée? C’est en présence d’un tel monument qu'il serait le plus permis, si l'on s’en tenait aux données de l'architecture, de songer à une haute antiquité. Mais l’histoire justement ne sugoère ici que des doutes. Ces belles et grandes assises, assemblées avec tant de soin, lunité et l'harmonie saisissante qui résultent de l'ordonnance générale, la perfection du bossage, la simplicité grandiose de cette noble décoration de parties saïllantes et rentrantes, dont nous ne connaissons pas d'autre exemple (huit pilastres sur le petit côté, seize sur le grand), tout indique une grande construction religieuse, sans doute un mur d'enceinte construit autour du lieu où la tradition plaçait les tombeaux d'Abraham et de sa famille. Une enceinte rectangulaire du même genre, mais beaucoup plus basse et moins bien exécutée, située à une heure d'Hébron, à l'endroit nommé Ramet el-Khabl, indique probablement le lieu où lon plaçait de même le campement d'Abraham. Cette dernière construction n'a jamais été plus achevée qu'elle n'est; il n'y à pas de pierres renversées alentour, et sûrement aucune pierre n’a été débitée; on verrait les retailles, et d’ailleurs 1 n’y a pas de maison bien loin à la ronde. C’est une enceinte, voilà tout; seulement, comme il ne s'agissait pas d'enclore un tombeau, on s'arrêta à une faible hauteur.

Nul doute que nous n’ayons ici d'anciens lieux saints juifs, deux espèces

el les vues (assez médiocres) de Laborde, pl. zxix, 189; uxxxiv, 184; Lxxxv, 183. Voir aussi J. Ferousson, The holy sepulchre, p. 136 et suiv.

1 Je n'ai trouvé nulle trace de l'église que M. de Sauley (deuxième Voyage, L, p.149, 150) suppose y avoir existé. Cependant, je pense bien que c’est 1à en effet le lieu du Térébinthe traditionnel (Jos. B. J. IV, 1x, 7), bien qu'il soit impossible d’y placer la chêuaie de Mambré. (CE Winer, Biblisches Realweærter-

buch, au mot Mamre; Rosen, dans la Zeitschrift der d. m. G. 1858, p. 477 et suiv. et sa carte; Knobel, commentaires sur la Genèse, p. 198; Vogüé, Églises de Palestine, p. 346, 347; voir Menke, Bibelatlas, carte 3.) Une construction très-analogue à Ramet el- Khalil se voit représentée dans le Fichus ha-abot, p: 51 (Carmoly). Comp. aussi Rey, dans les 4rsérie, t. II,

chives des missions scientifiques, 2!

pl. u.

de harâms, destinés à cerner l'un le dessus de la Macpéla, l'autre le lieu traditionnel du Térébinthe; indubitablement, ce ne furent pas des édilices clos. Hébron, à l'époque de Judas Macchabée, ne faisait pas partie de la Judée’. Au premier siècle de l'ère chrétienne, au contraire, c'était une ville sainte, et lon y vénérait déjà les tombeaux des patriarches?. On est donc conduit à supposer que ces tombeaux, où du moins la superbe enceinte destinée à les protéger, furent l’œuvre de la dynastie à la fois juive et iduméenne des Hérodes. Peut-être aussi sont-ce les Asmonéens, qui, maîtres de l’Idumée, auront tenu à consacrer les lieux qui étaient censés avoir été habités par les fondateurs mythiques du culte dont ils étaient les zélés propagateurs*. Depuis la captivité jusqu'aux Macchabées, le judaïsme ne régna pas assez exclusivement à Hébron pour qu'on s’explique une telle construction durant cet intervalle #. Quant à la rapporter à l'époque de David ou de ses successeurs immédiats, comme le font MM. de Sauley et Pierotti*, on n’y peut guère songer, puisque les textes où est consigné le cycle de légendes qui a motivé la fondation du harâm n’existaient pas probablement encore à l'époque de David.

«À Hébron, m'écrivait M. Thobois, l'enceinte de la mosquée m'a causé la plus vive surprise; elle est certainement, de toutes les constructions que J'ai vues, une des plus monumentales et des plus originales maloré sa simplicité. Ses belles et grandes assises, assemblées avec tant de soin: sa conservation si parfaite, malgré ses dix-huit ou vingt siècles d'exis-

tence; l'unité et l'harmonie saisissante qui résulte de l'ordonnance géné-

2 TL 'Macch. v, 65; Jos. Ant. XII, vin, 6. Cf. 3 C’est exactement la conclusion à laquelle est ar- Menke, Bibelatlas, carte 4. rivé M. de Vogüé (le Temple de Jérusalem, Pat 09, Fos BAIN Te 7. Le texte de Josèphe n’im- 120). M. de Saulcy (deuxième Voyage, Il, p. 95) plique ni n’exclut l'existence de l'enceinte. Les avn- me fait m’exprimer sur ce point avec plus de prégeia dont il parle devaient être dans la caverne. cision que je ne l'avais fait. Je proteste contre l'ex-

M. de Sauley (deuxième Voyage, I, p. 157) force le travagante opinion que me prête M. Pierotti (Macsens du passage, (Cf. Jos. Ant. I, xiv.) La plus an- péla, p. 113).

cienne mention expresse de l'enceinte est dans le # Contre Thomson, II, p. 386. pèlerin de Bordeaux (333). (Cf. Robinson, II, p.77» 5 Sauley, deuxième Voyage, I, p. 157; Pierotti, 78.) Le moyen âge lappela «l'ort Saint-Abraham.» Macpéla, p. 56 et suiv.

(Cf. Histoire littéraire de la France, XNHI, p.834.)

rale et de la teinte du temps, font de cette simple muraille une œuvre vraiment imposante. L'aspect général qui en résulte me la ferait reporter à quelques siècles au delà de l'époque d'Hérode. La muraille entière, corniche comprise, est antique. Malheureusement, je n'ai pu y pénétrer et n'ai même pu savoir si quelque porte antique subsistait. La grande enceinte élevée à hauteur d'homme, située sur la route d'Hébron (Ramet el-Khall), est bien loin d'offrir le même intérêt. Cest une construction étrange, défectueuse, et qui ne me paraît devoir appartenir qu’à l'époque de la décadence romaine; elle est carrée et mesure 60 mètres de côté. » Plus tard, M. Thobois m'exprimait l'opmion que le mur d'Hébron devait être contemporain des grands ouvrages de Jérusalem. « Les matériaux, les outils, le coup d'outil, furent les mêmes de part et d'autre. Une chose frappante, c’est le som extrême qui fut porté dans le choix des matériaux à Hébron. I n’y a pas un mauvais bloc; on a dù être trèsrigoureux pour n'admettre que des matériaux impérissables. La trace de la dentelure de loutil est accusée avec une franchise admirable. Le jointoiement est d’une perfection qui semble n'avoir pu être obtenue que par un frottement prolongé des blocs les uns contre les autres, et n’est surpassé que dans les monuments grecs les plus purs.» Un fait bien important est qu'un fragment de mur du même style que celui d'Hébron existe à Jérusalem et paraît avoir fait partie de la deuxième enceinte". L'entrée primitive du haräm reste un problème singulier. I parait d'abord difficile qu'une si belle enceinte n’eût pas une entrée monumentale, décorée dans le style le plus riche du temps. Les portes par lesquelles on y entre aujourd'hui ne répondent pas à ce que lon attend. en avait-il d’autres à l’époque juive? Le mur n'était-1l pas continu et uniquement destiné à cerner l’espace sacré sous lequel était la Macpéla? On

se le demande, d'autant plus que l'ouverture de la caverne sacrée pouvait

1 Vogüé, le Temple de Jér. p. 118 et suiv. M. Pie- suiv.). C'est bien à de telles constructions que s'aprotti, qui a découvert ce fragment, nie à tort sa si= plique le passage de Josèphe : H ® #27 roÿ »aoÿ oi-

militude avec Je mur d'Hébron (Macpéla, p. 127 et xodouia..... Ant. NII, n1, 2.

être en dehors de l'enceinte’. L'existence de la caverne souterraine ne saurait être révoquée en doute. M. Pierotti est Jusqu'ici le seul qui ait pu y Jeter un coup d'œil rapide?. Les tombeaux qui sy trouvent, et qui, selon M. Pierotti, sont «de pierre blanche, » peuvent être ceux dont parle Josèphe : Mévu naÂÿs papudpou nai Qiorunws eioyacuéva; mais Matthieu, xx, 29, montre que ce pouvaient être Ià des cénotaphes, et le passage de Josèphe, Ant. L, xiv, est susceplible du même sens. L'authenticité de pareils tombeaux n’est guère supposable, puisque la réalité historique de plusieurs des personnages de la lésende patriarcale (lesquels sont presque tous des dédoublements les uns des autres) est elle-même sujette à beaucoup de doutes. La façon dont la première mention de la Macpéla est introduite dans le récit élohiste (Gen. xx, 9), la manière dont elle est rappelée (Gen. xxv, 9; xux, 3031, 4 3) prouve qu'il y avait une grotte sépulerale anciennement célèbre de ce nom; mais la Macpéla du récit élohiste est-elle la nôtre? Voilà où le doute commence. Ce doute pourrait être en partie levé par l'examen de la grotte“. Au temps de Josèphe on se

trompait déjà sur l'emplacement de la chénaie de Mambré ; On pouvait se tromper sur la grotte. En tout cas, à moins que le moyen âge n'ait changé l'état des choses dans la caverne, on aurait 1à des tombeaux antérieurs à notre ère, de vraies œuvres judaïques. I serait donc très-important qu'on pütexplorer la crypte souterraine. Depuis mon voyage, S. A. R.le prince de Galles, accompagné de MM. Stanley et Rosen, à pénétré dans la mosquée‘; il est très-regrettable que ces illustres visiteurs n'aient pas

vu la crypte. Les musulmans eux-mêmes n'y entrent pas, à cause de la

2 Voir Pierotti, Macpéla ou tombeau des patriarches à Hébron (Lausanne, 1869), p. 94. Je suis obligé d'opposer une dénégation formelle à une série d’assertions fausses que contient à mon sujet cet opuscule (p. 113, 140 et suiv.).

? lbid, p. 93-96.

3 Jos. B. J. IN, x, 7. Cf. Ant. I, xiv.

: Sur la relation avec Mambré, voy. Rosen, dans

la Zeitschrift der d. m. G. 1858, p. 486; Knobel, sur la Gen. p. 197, 198. La chênaie de Mambré pouvait être sur la colline vis-à-vis d'Hébron (pour justifier *3D7 2%, V3p9 ef }12n2).

5 Voir ci-dessus, p. 800, note.

5 Voir l'intéressant récit de M. Stanley, à la suite de ses Sermons in the East (Londres, 1863), p. 141 et suiv. (Cf. le Lien, 23 août et 6 sept. 1862.)

terreur qu'inspire l'idée que les patriarches sont là vivants !. Un musulman, à qui Khadra demanda s'il y était descendu, lui répondit avec le plus grand sérieux : « Qui l’oserait? [ls sont là vivants comme toi et moi.» Le chef de la mosquée visite cependant la crypte? pour en tirer les objets qu'on y jette par les trous donnant à l’intérieur de la mosquée; la porte pour descendre est à l’entrée de la mosquée.

I se mêle à tout cela une question de principes assez grave. La mosquée et les cryptes d'Hébron, considérées comme le tombeau d'Abraham, une autre crypte du mont Sion, considérée comme le tombeau de David, sont pour les musulmans des endroits d’une haute sainteté. C'est une idée généralement admise, en effet, que David et les patriarches sont 1à dans leurs tombeaux, frais, incorrupübles, les yeux ouverts, pleinement vivants*. La fière population d'Hébron, population en grande partie arabe el ne reconnaissant guère d'autorité, la sotte et fanatique population de Jérusalem se font une sorte de point d'honneur de ce que jamais aucun chrétien n’a pénétré dans ces lieux redoutés. Certes, quand il ne s’agit de satisfaire qu'une simple curiosité, il est naturel qu'on s'arrête devant des susceplbilités religieuses, même exagérées. Mais la science a d'autres

! Ces croyances remontent aux premiers siècles ? Pierotti, p.56, 94, 95. Au moyen âge on visi-

de notre ère. On les trouve dans le Talmud. (Schættgen, Horæ hebraice, T, p. 205, 206. Cf. Carmoly, lun. p. 433, etc. voir l'index; Zwei Briefe Obad-

jaks aus Bartenuro, publié par Neubauer (Leipzig ,

1863), p. 56-57; Lettres d'Obadia de Bertinoro, édit. Schwab (Paris, 1866), p. 28-29; [bn Batoutah, t. T, p. 114 et suiv. (édit. Sanguietti et Defrémery); ‘id. p. xum; Bargès, Hébron et le tombeau du patriarche Abraham, Paris, 1863, et dans le Bulletin de l'œuvre des pèlerinages en terre sainte, février 1863.) M. Sauvaire a bien voulu me remettre une traduction manuscrite d’un fragment du livre intitulé os MA gant &ob & JaM çm5Ÿi, ou Histoire de Jérusalem et d'Hébron, par Moudpgir eddin el-Hanbali, d'un grand intérêt. Une partie de ce passage se retrouve dans les textes arabes traduits par M. l'abbé

Bargès. Je saisirai quelque autre occasion de publier

la traduction de M. Sauvaire.

tait la crypte. (Voir Defrémery, Ibn-Batoutah, I, p.xzu, note.)

35 On m'expliqua longuement, à Jérusalem, que David, au mont Sion; les patriarches, à Hébron; Mahomet, à Médine, jouissent seuls de ce privilége; d’où la sainteté hors ligne de ces sépultures. Le pacha de Jérusalem me raconta à ce sujet l’anecdote suivante, caractéristique de la critique orientale. Il y a quelques années, des réparations devinrent nécessaires à l’intérieur du tombeau de Mahomet à Médine. On fit publier que le maçon qui voudrait y descendre serait l’objet de faveurs particulières, mais qu'en remontant de la crypte il aurait la tête coupée. « C'était nécessaire, me dit le pacha. On se figure ces lieux d’une certaine manière; il ne faut pas qu'il y ait quelqu'un pour dire qu'ils sont autre-

ment.»

droits que la simple curiosité. Elle a renversé des barrières autrement respectables que celles que lui opposent les imaginations de scheikhs ignorants. Je demandai donc et j'obtins de Son Exc. Fuad-Pacha les ordres nécessaires pour visiter les deux endroits précités, dont le grand intérêt s'aperçoit tout d’abord. D'une part, en effet, on ne se fera une idée complète du monument d'Hébron que quand un architecte aura pu travailler librement à l'intérieur; d’un autre côté, il est possible que les tombeaux des rois de Juda, ou du moins leur emplacement, soient près de l'endroit gardé si jalousement sur le mont Sion par quelques familles musulmanes. Le pacha de Jérusalem m'engagea à me désister de toute requête sur ce dernier endroit, devenu une sorte de propriété privée. En ce qui concerne Hébron, il admit que les habitants n'avaient aucun droit à interdire l'entrée de leur mosquée, vu que toute mosquée appartient au sultan. Îl reconnut la lésitimité des ordres de Fuad-Pacha, mais il ajouta que ces ordres ne pouvaient s'exécuter sans une expédition militaire. A celle communication, je pus être surpris qu'un gouvernement s’avouât impuissant dans un pays qui lui est soumis, à quelques lieues du point où il tient garnison; mais, naturellement, je m'arrêtai. La Palestine n’était pas ma province spéciale d'exploration; pour lever de telles difficultés, 1l eût fallu plus de temps que je n'en avais. Dans l'avenir, et quand une mission spéciale de Palestine sera organisée, devra-t-on s'arrêter devant des préjugés mesquins qui rent toute leur force de la condescendance des nations européennes? Je ne le pense pas. Si la papauté, qui affirme son droit d’une facon aussi absolue que l'islam, refusait la visite des sanctuaires de Rome qui ont un intérêt scientifique à des savants protestants, une juste réclamation s'élèverait de toute l'Europe. H ne faut pas que le fanatisme musulman Jouisse d’un privilége, et que la tolérance même de l'Europe serve d'encouragement aux prélentions les plus extravagantes que jamais l’oroueil ignorant ait élevées et su

maintenir.

Ces principes m'ont paru importants à poser pour le jour, qui ne peut plus tarder, où les nations civilisées voudront faire des fouilles en Palesune. Ï importera, ce jour-là, de bien établir qu'aucun droit n'est supérieur à celui de l'esprit humain cherchant la vérité. Nul doute, du reste, que de telles fouilles ne doivent être très-instructives !. Que ne contiennent pas les remblais du mont Moriah et du mont Sion, les talus de la vallée de Josaphat?? Que n'apprendraient pas des fouilles faites au nord-ouest de la ville, en vue de déterminer l'enceinte du temps d'Hérode et la porte Génnath, qui, une fois connues, détermineraient l'emplacement vrai du Golootha?

Peut-être, quand de telles fouilles auront été exécutées, sera-t-il permis de parler avec plus de sûreté d'un art hébraïque primitif. Avouons que jusqu'ici nous ne connaissons qu'un art juif, très-curieux sans doute, mais que rien n'autorise à faire remonter au delà du grand mouvement qui commença avec les Macchabées, qui arriva à un degré assez élevé de développement sous Alexandre Jannée, atteignit sa plus haute puissance sous Hérode le Grand, et ne finit qu'avec les orages au milieu desquels disparut la nationalité juive. Je répète que je n'envisage pas comme des œuvres d'art ces piscines, aires, silos, citernes, puits, groltes sépulerales et autres travaux dans le roc, qui, en Judée comme en Phénicie, se rencontrent à chaque pas. Tout cet outillage ne révèle aucun souci d’élégance ni de beauté dans la forme. On ne s'y est proposé que lutile, bien qu’à cerlains endroits, comme à Beit-Zakur, près Bethléem ; à Silo, dans les piscines de Bireh, de Béthel, d'Hébron; dans les vasques de Bethléem, on l'ait atteint avec grandeur. La Sakhra de la mosquée d'Omar nous offre une date pour de tels ouvrages. Ce rocher, entouré chez les musulmans de lant de légendes, représente certainement l’ancienne assise

1 Ces pages étaient écrites avant que les fouilles dans celte vallée, par exemple le tombeau dont on anglaises fussent venues leur donner une éclatante voit émerger le tympan. Malheureusement, le res-

confirmation. pect exagéré des juifs pour les sépultures rendra * Surtout le voisinage des grands tombeaux situés toujours les fouilles très-difliciles en ces parages.

CAMPAGNE DE TYR. 807 du temple; les travaux qu'on y remarque sont donc antérieurs à Salomon : Cest probablement l'aire du Jébuséen Arevna!. Les travaux dans le roc, en Palestine, ont, du reste, beaucoup d’analogie avec ceux de la Phénicie, quoique d'ordinaire moins soignés. On sent que les deux peuples ont eu longtemps une vie matérielle fort analogue, et que tous deux ne sont arrivés à l'idée des mesures précises el des lignes que par leurs rapports avec l'Égypte et la Grèce.

1 me reste à consigner quelques observations de détail du voyage que je fis de Khaïfa à Jérusalem. Je les donne uniquement parce qu’elles pourront être utiles aux futurs explorateurs.

Kefrein est un assèz gros village qui doit être placé, sur la carte de Van de Velde ?, vers l'endroit où ce cartographe met Jaarah; je n'ai pas eu connaissance de ce dernier nom. — Scheickh Zeit (ou mieux Zeïidan) doit être mis plus près de Yabed. — Autres localités entre Kefrein et Scheickh Zeidan : Hanin, Ottaf; après Scheickh Zeidan : Oum er-Rihân. — Un peu au delà d’Arrabé, en venant du nord, une assez bonne construction; linteau de porte qui rappelle de loin Oum el:Awamid; le ton de la pierre est le ton gris-bleu de la région de Mariamin. — Yabed, Arrabé, Ayyé, sont des localités importantes; en sortant d’Arrabé, on voit d'assez belles grottes rondes dans la montagne. En général, dans ce pays, tous les villages actuels correspondent à des localités anciennes, comme le prouvent les travaux dans le roc, les citernes, ete. Les noms actuels sont ici des indices excellents des noms antiques; en outre, il y à beaucoup de ruines sans nom.

À Naplouse, fontaine offrant des débris de sculpture et un reste de revêtement à bossage moderne. Les caveaux de Naplouse sont très-beaux; quelques-uns ont le fond en abside, avec fours s’ouvrant dans l’abside: bossage plat, d'imitation, à la porte. Sur la route, vers l’est, beaucoup de caveaux trilobés ou présentant l’arcosoltum, ou simples trous carrés; belles portes sur gonds de pierre avec lignes de bon style. —

Sarcophage dans la ville (comp. Saulcy, premier Voyage, pl. xux) : sur le devant, trois plaques rondes; plaque du milieu : cartel à queue

d’aronde, sans inscription; plaques de droite et de

h. gauche, sorte de bouclier échancré analogue à celui |! de Kneïfedh; sous chaque plaque, une sorte de ré-

cipient évasé.

Surle Garizim, énormes tas de pierres du ton gris-bleu, restes de vieilles construc-

1 IE Sam. xxiv, 18 et suiv. —? Ces rectifications sont faites en partie sur la o° édition de cette carte,

tions, maisons, etc. Il y eut là une ville samaritaine qui fut subitement détruite et abandonnée. Les tas de pierres offrant cette apparence sont des indices certains de villes anciennes : c'est une loi que j'ai constatée. On en a un exemple à Sebastié. L’escalier du Garizim ! existe encore en partie. Il y en a des traces à un endroit, sur le flanc nord du Garizim.

On m'a dit que dans le mur de la mosquée de Naplouse, qui, selon quelques personnes, serait une synagogue, on a vu une pierre présentant le chandelier à sept branches. Dans le mur de cette synagogue est une pierre portant une inscription

grecque :

IOTATOYAIENLE

HNYTIATIAN €KOEMEAEINNEKTICOHEPTOA TOYNTNN®A . IOYAIANOYXE IA K A€EINOYNN

[tacn]uordrou diémo|vros

VHMEe / \ !

TND UTATIAY, TO [LEGO YwpI ov|

&x Seuehelwy éxrioOn, ëp) odco|x-| ToüvTo» DA. louldrou yeudpy[ou|

xai Mapxehheou mr.

L'inscripüon avait six ou sept lignes. La première ou les deux premières, qui auraient donné du prix à l'inscription, ont disparu totalement. L'inscription paraît du nv° siècle. Le mecoycæpiov était sans doute un des forts de Neapolis. MEC est douteux.

M. Léon Renier m'écrit à propos de cette inscription. «Les deux IT qui se lisent après le nom Mapreleivou, à la fin de l'inscription, ne peuvent être là que pou omomihaplou, primipilari où prinupilo, dont abréviation en latin est en effet PP?. Prinupilus était le titre du commandant de la première centurie et de la première

cohorte de la légion, en d’autres termes, du premier centurion de la légion, grade

immédiatement inférieur à celui de tribun (yeapyos). Si, au lieu de traduire en

Voir Saulcy, premier Voyage, IT, p. 423 et suiv. L'excellent plan de M. Gélis (Sauley, deuxième Voyage, p. 245) ne le marque pas. Il faudrait le placer dans l'angle où est écrit ouali. Gela fait croire que la vieille ville était à l'est de la Naplouse actuelle (cf.

le plan de Menke, Bibelatlas, carte 5); car l'escalier

devait, comme le prouve la médaille (Mionnet, Suppl. VHT, pl. xvur), mettre la ville et le temple en communication directe. La médaille qui vient d’être ci-

ée présente un portique au bas de l'escalier, le

temple au haut, une tour à côté, un petit temple sur une autre hauteur, et, le long du rocher, en montant, des travaux d'architecture dans le roc.

? M. Egoer préférerait præpositus; mparméorros se trouve en effet dans des inscriptions du même temps. Le Bas (Waddington), IT, 1202, 1203. (Cf. Corpus inser, gr. n° 1086.) À l’époque classique, il faudrait un complément à præpositus; mais à l’époque byzantine le mot s'emploie dans un sens absolu. (Waddington, sur le n° 1209.)

latin le mot primipilus, on l'a exprimé par une abréviation représentant ce mot luimême précisé, c'est que l'analogue n'existe pas dans le grec classique.

+ Les deux dernières lignes de l'inscription doivent done se traduire ainsi en latin : Curantibus Fl(avus) luliano tribuno et Marcellino prinupilo. I s'agit probablement d’un monument élevé par les soldats d'une légion, peut-être de la x° Fretensis, et il n'est pas étonnant que le soin d'en surveiller l'exécution ait été confié à un tribun et au primipile.

« Vous me dites que les caractères vous ont paru être du 1v° siècle. Cela s'accorde bien avec les données du texte, la Palestine n'étant plus administrée à cette époque par un legatus August pro prætore, mais par un consularis : ... diémovtos Ty ÜTa- Tiay... C'est pour cela que J'ai traduit DA. par F(avus) et non par Fl(avio), supposant que le primipile s'appelait ainsi, aussi bien que le tribun. On sait en effet qu'après Constantin, et sous le règne de sa dynastie, on trouve un très-grand nombre d'officiers et de hauts fonctionnaires portant comme gentihcium le nom de la famille impériale, soit qu'ils eussent obtenu la faveur de le porter, soit qu'ils l’eussent pris eux-mêmes pour faire leur cour à l'empereur. »

J'ai remis à la Bibliothèque diverses parties de manuscrits samaritains qu'on me donna à Naplouse et à Jérusalem.

À Shawié (Sämwieh de Van de Velde et de Robinson), avant d'arriver à Seiloun (en venant du nord), beaux caveaux ronds avec vestibules, une grande pierre et des pierres moyennes dans le genre de celles qu'on voit sur le haut du Garizim.

Seiloun (Silo) est, après Jérusalem et Naplouse, le point archéologique le plus important de la Palestine. C'est une colline isolée comme Samarie, au milieu d’un entonnoïr de montagnes. La nécropole est grandiose et singulière. Le point central de la localité antique doit être pris au nord du village, près de la fontaine; l'aspect est là très-frappant. Un singulier monument est un rocher détaché, ayant un adossement et un soubassement artificiels, et présentant deux caveaux avec des arco-

solia (cf. Sauley, pl. zu, ziv on 1v), séparés par une plate-bande. En descendant le ouadi, et débouchant dans la plaine, on à des deux côtés une série de beaux caveaux avec des vestibules et des niches. La porte d’un | ou deux de ces caveaux est conservée : c'est un quartier

de roc taillé en la forme d'une sorte de gros bouchon, sans gonds, entrant dans la feuillure du caveau et la débordant sur les parois extérieures. Cest sûrement d'après ce type qu'il faut concevoir tout ce qui est dit dans les Evangiles de la pierre qui fermait le tombeau de Jésus; de telles pierres, pour être remuées, exigeaient un grand effort. — Toujours à Silo, un sarcophage en forme : re 1 D DT) j d’auge; une auge funéraire, taillée dans le rocher en plein air!. Tout cela paraît an-

* Ces sortes de tombeaux, qu'on risquait de fouler aux pieds, expliquent bien Luc, xr, 44.

cien; Je n'ai trouvé de ce côté qu'une pierre à bossage du moyen âge; le village dont on voit les ruines est moderne.

C'est dans la plaine que sont les restes les plus curieux; d’abord une sorte de chapelle, offrant le mélange le plus bizarre : enceinte carrée en grosses pierres, porte avec des trous pour les gonds taïllés dans la pierre, escalier pour monter sur le toit: puis une deuxième porte, basse, de grand appareil, ayant aussi des trous pour les gonds taillés dans la pierre. L'intérieur est d'apparence assez moderne : ogive, petite niche avec des ornements de marbre (aron de synagogue?); chapiteaux beaucoup plus étroits de diamètre que les colonnes qu'ils surmontent et non semblables entre eux. Les quatre côtés extérieurs sont en belles pierres, dont plusieurs à bossage moderne. Les lits ne sont pas réguliers, et, comme à Gébeïl, on a réparé les inégalités par des pierres à crossettes. ÎT est clair que c'est là un grossier assemblage de matériaux anciens, datant du moyen âge; je crois que c’est plutôt une petite église qu'une synagogue. Une substruction plus large que l’édieule se voit au-dessous, et rappelle celle du Garizim. Cette subslruction peut être ancienne et désigner un lieu saint juif!. — Les ruines de la colline et de là plaine sont vraiment considérables, les unes en mau-

vais matériaux, les autres en grosses pierres mal tallées, d’autres offrant un bossage

analogue à celui du Garizim ou au bossage de la construction près de Kabr-Hiram.— On aperçoit de tous côtés des débris de poteries et de mosaïques à gros cubes.

Un édifice analogue à celui que nous avons décrit tout à l'heure se voit en continuant à cheminer vers le sud. C’est un édicule qui rappelle les synagogues de Kefr- Bereim, formé avec des débris en partie de style corinthien. Le linteau, au-dessus de

la porte, présente à peu près cette figure.

La salle est appuyée en dehors, des deux côtés, par de gros contre-forts inclinés, d'un effet bizarre, qui ont été sans doute ajoutés postérieurement. Quelques pierres de la construction sont taillées en bossage comme celles du Garizim. Du côté de la voûte, il y a deux portes, dont l’une à ogive, ce semble; l’autre a le chambranle formé par une belle pierre offrant un filet et une gorge réguliers. C'est ici encore évidemment une construction du moyen âge, où l'on a employé des débris anciens provenant en grande parte d'une synagogue. — Près de là sont de singuliers couvercles de sarcophage, offrant les quatre acrotères aux quatre coins, et de plus, au milieu de l’un des côtés, un gros acrotère, qui, quand le couvercle était en place, surplombait sensible-

! Saint Jérôme, in Sophon. 1, 14; Epitaphium le moyen âge se trompa sur la position de Silo. (Voir Paule, p. 676, édit. Martianay. Cf. Carmoly, Jtin. Gesenius, Thes. p. 14924.)

p.130,1b0,186,2b0,2b51,300, en observant que

ment la paroi du sarcophage. — Près de là, une belle piscine À escalier; près de là, une énorme citerne, très-belle, — Il est clair que des fouilles faites à Silo, ou seule-

ment un examen minutieux du sol fait en dehors du temps où il porte la moisson, donneraient des débris très-intéressants.

Aïn Haramiè serait, selon moi, la N327 POS, ou «Vallée des larmes,» des eaux suintantes, du Ps. zxxxiv, 7 !. Il s'agit là, en effet, des étapes du pélerinage; or, Ain Haramie est la dernière étape vers Jérusalem pour celui qui vient du nord (le psaume a un accent lout à fait galiléen de piété et d'amour pour le temple). La paroi rocheuse de la vallée est percée de trous carrés et profonds, dont le caractère funéraire ne me parait par certain; l’eau suinte de toutes parts; je crois qu'il y a une allusion à cela dans nn 9. Au fond: de la vallée est une grosse construction, avec assises en retrait, et une belle citerne, dont une partie du revêtement est conservée: on voit sur quelques pierres un bossage analogue à celui du Garizim. Ces pierres sont peut-être prises à un édifice antérieur; mais le trait de ces sortes de constructions est une grande irrégularité; on ne s'obligeait pas à traiter de la même manière tout l'édifice. L'alentour offre, je crois, des caveaux funéraires, outre les trous de la paroi rocheuse. Il y eut en cet endroit une localité importante, non par la population (le peu de développement de la vallée ne le permettait pas), mais comme point de halte.

Béthel : grosses pierres carrées; mur de soutènement de l'étang, ancien; chapiteau dorien; pierre offrant une plate-bande. L'église est très-curieuse et sert beaucoup à résoudre la question des constructions du Garizim. Les angles de derrière sont en bossage analogue à celui du Garizim (très-longues pierres avec un fruit étroit au milieu); or les pierres ainsi taillées font corps avec l'abside chrétienne; on voit aussi çà et là dans les murs quelques pierres du même bossage, qui confirment l'observation que nous faisions tout à l'heure sur l'irrépularité de ces constructions. Caveaux.

El-Biré : piscine bâtie en blocs énormes, très-belle construction. à rapprocher des vasques d'Urtas; puits qui durent ressembler à ceux dits de Salomon, à Ras el-Ain, près Sour. Ges lravaux d’eau furent ceux où excellèrent les Hébreux. L'église est aussi un élément important pour la question des constructions en bossage. L'intérieur est uniforme, en pierres moyennes; aspect ordinaire d’une église du xnr siècle ?. L'extérieur, jusqu'à la hauteur des fenêtres, est en blocs très-considérables, d'apparence grossière, à lits irréguliers, de pelites pierres réparant l'irrégularité des lits. Parmi les blocs, il y en a qui offrent le bossage du Garizim, mais en de plus grandes proportions. Sur un pan de mur, vers l'entrée de l'église, le bossape n’a presque pas de saillie et consüitue seulement un layage différent pour les bords et le centre. Le mur, cependant, est continu dans son épaisseur; sur le côté du sud, une porte en ogive, répondant à l’intérieur, s'ouvre dans la substruction grossière; à côté, est une porte carrée, chambranle

1 Vie de Jésus, PATAL 72 (1098 édition). p. 338, 339; Guérin, Description de la Palestine,

? Voir M. de Vogüé, Les Églises de terre sainte, PILE DNS:

formé de deux pierres horizontales; je ne sais si elle correspond à l'intérieur. n'est pas impossible que l'ogive ait été entaillée postérieurement dans un mur plein antérieur, ar le vide entre les pierres qui encadrent l’ogive et le reste du mur est mal rempli; a jonction est opérée avec le plus grossier à peu près. Autour de l'église, des pierres offrant un bossage analogue à celui du Garizim se voient éparses en diverses construcions du moyen âge.

Sur la route d'El-Biré à Jérusalem, non loin de Rama, à une lieue et demie de Jérusalem, il y a très-près du chemin une borne milliaire, portant une inscription trèsruste. On en prit pour moi deux estampages, qui ont permis à M. Mommsen et à M. Det-

efsen de lire ce qui suit (Corpus inscr. lat. Syria, n° 117). Sur le monument, on

en pourrait lire davantage; peut-être le sommet, qui manque, est-il aux environs.

ümp . cues .

m. aurelius antoninus PO DO TOMATE MOTS et l.aureli NES VPENRAVES IRASPARIOEMERS A RMAIACMOEIS AIN DAV AN AIMONNEAENGIPMENTMENT D'IVIH ADRIAN /NEPOITES DIVI-TRAIAN:PARHC -PRONEP li DIVI:NERVAE‘:ABNEPOTESs

ME RO De AO A OUI REMOTE) RAVINIAI

L'inscription est de l'an 162 après Jésus-Christ. Elle ressemble beaucoup à celle de la baie de Djouni (Corpus inser. lat. Syria, n° 208). Les deux pierres ont aussi le même aspect. Il est probable qu’elles furent posées dans la même opération bornale. À la pénultième ligne, il faut lire Mollia passuum quinque. Le dernier mot est probablement renovaverunt ou posuerunt.

Sur le mont Scopus, en commençant à apercevoir Jérusalem, je vis nos moucres élever des petits monceaux de pierres, en nombre égal à celui des personnes de notre compagnie. L'endroit est couvert de pareils tas. C'est l'usage des tas de pierres significatifs d’une convention et devant servir de mémorial (sy, 3V03, ND I, DIN). — À Béthanie, le revêtement du petit château offre un bossage de peu de saillie et étroit;

les pierres sont belles, peut-être antiques. — L'endroit qu'on appelle ordinairement

Fons sionatus, près des vasques d'Urtas, me frappa par la ressemblance du toit, formé de pierres inclinées au-dessus du conduit qui va aux piscines, avec le toit des chambres souterraines de Maheyta, près de la Gasmie. — La tour de Justinien, à Bethléem, offre exactement le même bossage et le même style que les constructions du Garizim;

cela est décisif. — Le village de Sair (Robinson, IT, p. 488) est l'objet d’une note

curieuse du texte arabe dont M. Sauvaire m'a donné la traduction : « Tout près d'El- Khalil est un village nommé Sir! situé sur la limite du district de Jérusalem et de celui d'Hébron. On voit dans l'intérieur de sa mosquée un tombeau que l'on désigne comme celui d'Ésaü. Cette traduction est très-répandue et le lieu est un but de pèlerinage» (fol. 16 recto du ms. de M. Sauvaire). Il y a là sans doute une allusion à pyw, «velu, » qualification d'Ésaü?. — On me parla d'inscriptions existant à Sémoa, à Vutta, à Yukin, du côté d'Hébron; aucune de ces indications ne paraît bien sérieuse. — À Beitir, il y aurait une inscription (Hec est ecclesia sanctæ Anne). — À Beit- Sahour, travaux considérables dans le roc. M. Pierotti voulut bien m'en faire un plan que je possède, mais que je ne me crois plus autorisé à publier. — Culonié a une grosse construction qui présente, aux angles seulement, un bossage analogue à celui du Garizim; je la crois de Justinien ou de l’un des empereurs grecs". — À Kiriath el-Énab, ou Abou-Gosch, l'église présente aussi aussi aux angles un bossage analogue à celui du Garizim. Le reste est grossier et très-analogue à l'église d'El-

Biré. Mizpa et Gabaon ont de grands travaux dans le roc. — Latroun a de belles

pierres à bossage hérodien (?), et une grosse construction en bossage moins bon, de Justinien ou du moyen âge °.

Jen 6e

M. Guérin, relativement à ces édifices, est arrivé au même résultat que moi : «Le bossage n’est pas toujours un signe de haute antiquité : en Palestine, notamment, je me suis convaincu, par l'étude d’une foule de monuments, qu'il appartient pour ainsi dire à toutes les époques, et même à l’époque actuelle.» Qu'il me soit permis d'ajouter qu'il y a quelque singularité, de la part des personnes dont je partageai un moment l'erreur, à me reprocher d’avoir, au début de ma mission, hésité sur l'âge

de tels monuments”. Tout le monde s'y était trompé comme moi. Tout

1 Voir Quatremère, Histoire des sultans mamlouks , & I, n° part. p. 2409. (Note de M. Sauvaire.)

2 Voir Gesenius, aux mots MYw et y.

3 Je dois ces derniers renseignements à M. Pierotli, qui voulut bien m'accompagner dans mes courses au sud de Jérusalem. M. Pierotti me remit aussi la note suivante, relative à une inscription de Gésarée : «L'iscrizione di Gesarea più non esiste; il proprietario non ne ha tenuto conto, non avendo aleuna importanza dal lato storico; essa non portava alcuna data ne aleun nome.»

4 M. Guérin (Descr. de la Pal. T, p. 257, 258) le croit romain.

5 Pour d’autres constructions en bossage, voir Porter, p. 379 (Séphoris); pour Tibnin, Schékif, voir Robinson, I, 62, 63, etc.; Zeitschrift, 1853, p. Lo et suiv.; Rey et Declereq, Voy. en Orient (photographies), t. IT; pour Banias, Robinson, Ill, ho3, etc.; pour le haut du Thabor, Ritter, XV, 1" part. p. Lo. Les raisonnements que nous ayons faits sur Tortose, Athlith, Kurein, Safed, s'appliquent à presque tous ces vieux halua.

5 Arch. des missions scient. 9° série, t. I (1865), p: 393.

7 Voir M. de Saulcy, deuxième Voyage, Il, p. 86 el sulv.

le monde avait déclaré la tour de Gébeil, Athlith, Tortose, Montfort, œuvres phéniciennes. Ces hésitations tiennent au caractère étrange et tout particulier des constructions latines de Syrie. Si « j'ai fait la confession la plus explicite de mon incompétence archéologique» en ne reconnaissant pas «à première vue» que tel monument était du temps de Salomon ou du temps des croisades, que dire de ceux qui s'y sont trompés comme moi et ne sont pas venus à repentance? La première vue ici est fort décevante, puisque Robinson, Thomson, Wolcott, Van de Velde, de Vogüé, de Sauley ont pu s'y laisser prendre. Ces voyageurs ont plus où moins expressément donné pour du phénicien, pour du vieux chananéen, pour du judaïque, des constructions du moyen àâge. Un d’entre eux est-il admissible à venir me dire : « Vous ne deviez pas hésiter; avoir hésité en une pareille question est l’aveu de votre ignorance.» — Jai fait dans cette mission abstraction complète de ma personnalité; je n'ai pas cherché à prouver ma compétence ou mon assurance; Jai cherché à être utile à la science; j'ai naïvement dit toutes les impressions que J'ai éprouvées. Si, dans cinquante ans, on reconnait que c’est à bon droit que j'ai rapporté au moyen àge des constructions qu’on rapportait généralement à 1000 ans avant Jésus-Christ, on m'excusera de n'être arrivé à ce résullat qu'après quelques tâlonnements. Dès à présent, c'est bien quelque chose que MM. Waddington et de Vogüé, qui ont fait leurs recherches d’une manière tout à fait indépendante des miennes, soient arrivés justement aux mêmes conclusions. M. de Vogüé, dans son premier ouvrage, antérieur à ma mission, avait cru à la haute antiquité de ces constructions; à son second voyage, il est revenu sur celle opinion. Îl a donc

hésité aussi, et cependant personne ne lui reprochera, j'espère, son

«incompélence archéologique. »

Comme nous l'avons dit en commençant, notre but a été de faire une reconnaissance dans un champ archéologique encore mal défini; nous n'avons pas eu la prétention d'épuiser un pays qui durant des siècles continuera d'exercer les antiquaires. Nous avons moins cherché à briller qu'à servir le progrès de la science. Nous serons assez récompensés si ceux qui viendront après nous trouvent en ce livre des indications utiles. Fidèles à l'axiome de Bacon : Citius emeroit verilas ex errore, quam ex con- Jusione, nous avons souvent préféré être un jour recliliés que de taire une observation ou une vue qui pouvait avoir quelque vérité. Nous avons surtout évité de détourner notre attention des grands problèmes historiques pour la porter vers les pièces de musée. Si le but d’une mission était de rapporter le plus d'objets possible aux galeries, la côte de Phénicie serait le pays du monde le plus mal choisi. Mais la France a bien compris que le système des missions données par les musées ou, ce: qui revient au même, l'usage qu'ont certains musées de faire faire des voyages pour leur compte, a de graves inconvénients; elle a gardé le sage principe que le but des voyages scientifiques est non pas de servir la vaine curiosité du publie, mais de faire avancer la science. Tout en étant attentif aux intérêts de nos collections, je n'ai done jamais cru qu'une recherche fût perdue, quand, sans fournir aucun objet transportable, cette recherche à contribué à éclaircir quelque problème ou à dégager quelque monument. Il y aura toujours des personnes pour recueillir les antiquités ayant une va-

leur vénale: 1 appartient aux États de faire ce que ne peut l'exploitation

privée, trop souvent portée à sacrifier le monument qui ne se vend pas à la recherche des petits objets qui se vendent.

L'antiquité phénicienne est de toutes les antiquités la plus émiettée. Cela tient à ce que le terrain géographique de cette antiquité a toujours été extrêmement peuplé; durant les époques grecque, romaine, byzantine, croisée, musulmane, on n'a cessé d'y bâtir, d'y retailler les pierres anciennes, de débiter les gros blocs en moellons. Il est permis de dire que, depuis quinze ou seize cents ans, on n’a extrait en Syrie que bien peu de pierres de la carrière. On a toujours vécu des blocs antiques; nulle part la pierre n’a été aussi broyée. L'effet des croisades surtout fut désastreux à cet égard. Amenés à s’'entourer de gigantesques murailles de pierre, les templiers, les hospitaliers, ordre teutonique, la puissante féodalité de Syrie dévorèrent tous les monuments antiques autour d'eux, et cornme ils bâtissaient bien, comme la plupart des pierres avant d’être employées étaient retaillées, les traces primitives furent déplorablement oblitérées. Voilà la raison de cette dévastation archéologique que présente la côte de Syrie et de Chypre. L’Asie Mineure, la Grèce, sont loin d'être aussi dépouillées ; et en Syrie même, dès qu’on sort de la zone occupée par les croisés, on trouve des régions d’une richesse archéologique extrême : le Hauran, la région au delà du Jourdain. Dans ces pays, la civilisation à été frappée à une certaine heure, et depuis on n'y a plus bâti. Le nomade est par excellence le conservateur des monuments. Sur la côte, au contraire, quelques endroits qui, par un vrai hasard, ont échappé aux constructions du moyen âge, Oum el-Awamid et Amrit, ont seuls gardé des fragments d’une haute antiquité.

La situation de la Phénicie a beaucoup contribué à la dévastation de ses antiquités. Des monuments placés sur le bord de la mer ont bien plus de chances d’être démolis que des monuments situés dans des endroits peu

accessibles, surtout quand il s’agit d'un pays comme la Syrie, privé de

1! Pour Chypre, voir l'opinion de M. de Vogüé, Revue archéol. mai 1869, p. 345

routes, de véhicules, et où tout ce qui dépasse les forces d'un chameau

est intransportable. On amène la barque à pied d'œuvre, et on enlève

les pierres avec une grande facilité. C'est ainsi que l'Éphèse païenne (distincte de l'Éphèse chrétienne où Aäa-Solouk) a servi de carrière de marbre pour les édifices de Constantinople. Les constructions de Djezzar, d'Abdallah-pacha, de l'émir Beschir, plus anciennement celles de Fakhr-

eddin, ont eu un effet analogue en Syrie. De nos jours, Athlith disparaît

rapidement par suite de la même cause.

Les conditions de la conservation des monuments dans un pays sont

de deux sortes : les unes tiennent au génie de la nation elle-même, aidé

où contrarié par le sol et le climat du pays qu'elle habite; les autres

tiennent aux circonstances historiques que la nation a traversées. L'Egypte

présente à cel égard le phénomène Île plus extraordinaire qui existe.

Toutes les conditions, très-difficilement réunies, de la bonne conserva

ton archéologique s’y sont rencontrées. On peut dire que la Phénicie à eu le sort justement opposé. La Phénicie et le Liban se sont trouvés, sous le rapport de leur haute et moyenne antiquité, dans la pire des situations, Sans parler des miracles de conservation archéologique, tels que Pompéi, l'Égypte, Ninive, le Hauran, combien l'Italie, où chaque ruine a été l’objet d’un vrai culte, combien la Sicile, combien la Grèce même ont été mieux partagées! L’insouciante barbarie de l'Arabe nomade , la pesante barbarie du conquérant germain ont été bien moins funestes aux monuments que lesprit subtil et mesquin qui n'a cessé de régner en Orient.

Les ruines se conservent surtout dans les pays où l’on ne s'occupe pas

d'elles; en Syrie, pour leur malheur, les ruines n’ont cessé d'attirer l’at-

tention des habitants ni de leur inspirer mille idées puériles, mille chi-

mères. Une sorte d'instinct fatal porte le Syrien, dès qu'il trouve de OTos blocs, à les débiter en petles pierres. Presque toutes les destructions ont eu en Ce pays un caractère volontaire et intentionnel.

Les réactions religieuses comptent entre les causes qui furent en Sy-

rie les plus funestes aux monuments. Le christianisme, qui se montra en Grèce si peu dévastateur des ouvrages antiques, fut dans le Liban éminemment démolisseur'. L'islamisme ne le fat pas moins, surtout pour les sculptures. La race du Liban, soit chrétienne, soit musulmane, est, si j'ose le dire, iconoclaste, inintelligente de l'art; elle n'a nul sens de l'image plastique; son premier mouvement est de la briser où de la cacher. Je remarquai à Tripoli un sarcophage servant de fontaine publique, et dont le devant, sculpté, était appliqué contre le mur; on me dit que c'était un gouverneur qui l'avait ainsi placé pour ne pas donner de distracions aux passants. Les éplises maronites sont très-sévères et excluent les statues ?. Enfin l’avidité des gens du pays a amené d'énormes destructions. Pour voler les objets précieux contenus dans les tombeaux, on à brisé les inscriptions; toute sépulture susceptible d'être aperçue a été mise en pièces. Si l’on ajoute à cela les ravages des chercheurs de trésors, on comprendra comment toute l'antiquité phénicienne a été pour ainsi dire dévorée pierre à pierre. L’anarchie du pays, le manque de tout contrôle public ont contribué au mème résultat. L'Ttalie, par exemple, qui a montré une remarquable ardeur de bâtisse au moyen âge, a néanmoins conservé une grande quantité de monuments anciens; car elle eut toujours des pouvoirs municipaux sérieux; le domaine publie n°y fut jamais au pillage, ainsi que la chose a lieu en Orient. Ajoutons, comme je lai déjà dit, l'esprit subtil du Syrien. Le lourd paysan du moyen âge passe à côté d’une ruine sans la remarquer. lei, dès qu'un village possède une antiquité, tous les esprits sont tournés vers celte antiquité; on la fouille, on la tourmente, on la sophistique sans cesse, tantôt par l'effet d’une certaine fausseté de jugement, tantôt par sotise ou par plaisir de détruire pour

détruire, Quand on s’est bien rendu compte de ces conditions déplo-

1 Aux faits déjà cités p. 220, 287, joindre le ré- ? Cette prescriplion, commune à tout l'Orient eccit des missions destructives de saint Jean Chryso- clésiastique, parait venir du primitif sentiment chréstome, très-bien présenté par M. Amédée Thierry, tien d'horreur pour l'idolätrie, lequel fut, quant à

Revue des Deux-Mondes, 1° janv. 1870, p. 59 et suiv. l'orivine, un sentiment avant tout juif et syrien. J 1 Lo) J J

CONCLUSIONS. 819 rables de lantiquité sur la côte de Syrie, et nolamment des ravages qu'exercent tous les jours les chercheurs de trésors, courant le pays armés de leur petite barre à mine, on est surpris qu'il y reste encore un vestige du passé. Telle fut cependant l'activité des vieilles civilisations de ce pays que, malgré tout, la trace en est encore visible. La Phénicie, quoique fort effacée, se trahit par des indices qui mènent à des conjectures plausibles. Il faut se rappeler, d’ailleurs, que dans la recherche scien{ifique les résullats négatifs ont leur prix, puisqu'ils représentent des essais méthodiques et préalablement nécessaires à la connaissance de la vérité.

Les matériaux de la Phénicie sont faciles à tailler et invitent à emploi des gros blocs; mais ils ne se prêtent pas aux ouvrages délicats. La desinée de la Grèce, en fait d'art, était écrite dans sa géologie; il en fut de même de celle de la Phénicie. Ce calcaire ne comportait pas les fines eiselures que le marbre du Pentélique à pour ainsi dire inspirées à la Grèce. Quand la Phénicie veut, avec de tels matériaux, imiter le style grec, comme elle la fait à Oum el-Awamid, on sent tout de suite la différence; l'évidence intrinsèque de limitation éclate au grand jour. Un ouvrier habitué à travailler les métaux ou l'ivoire,- si on lapplique à la pierre, trahira ses premières habitudes; de même, en ces fragments d'Oum el-Awamid, on sent un style formé sur d’autres matériaux et né dans un autre milieu. L'apparence grossière de tous les anciens monuments phéniciens vient de ce que les murs recevaient tout leur ornement de placages et de revêtements. Mon voyage en Asie Mineure m'offrit à ce sujet un exemple qui me frappa et me fit très-bien comprendre comment les formes de l'art sont commandées par les matériaux. Le bassin du Lyeus, rempli d'un calcaire analogue à celui de Syrie, présente aussi des formes architectoniques analogues : à Colosses, toute une nécropole fort ressemblante aux sépultures de Phénicie et de Palestine, des cippes lourds et massifs, anépigraphes, des tombeaux dans le roc, des fosses rectangulaires, semblables aux belles auges réoulières de Bélat près Gé-

beil!; à Hiérapolis et à Laodicée, de grands blocs de calcaire et des cuves de sarcophages à gros acrotères el à couvercles énormes comme ceux qu’on trouve en Syrie. Quelques mausolées d'Hiérapolis rappellent Burdj el-Bezzak d'Amrit. Hiérapolis, en particulier, employa dans ses constructions des blocs comparables à ceux de Baalbek et de Deir el-Kala. Nulle part, aussi bien que là, on ne comprend que de tels blocs ne prouvent rien pour l'antiquité d'une construction, que c’est là une affaire de lieu, une fonction du sous-sol, non une affaire de mode ou de temps *. Le sous-sol déterminant la qualité des matériaux est un élément capital. Babylone a eu des constructions comparables, sinon supérieures par leur masse, à celles d'Égypte; il n’y reste guère que des collines informes, la Babylonie, faute de pierre, ayant dû construire ses temples et ses palais en briques.

De tout ce que nous venons de dire résulte déjà, on le voit, une cerlaine condamnation de l'art phénicien. Il ne sert de rien de prétendre que des fouilles plus heureuses et mieux conduites que les nôtres auraient amené la découverte de monuments insignes de cet art. Nous sommes les premiers à reconnaître que cela est possible ; mais pour découvrir art orec, l'art égyptien, l'art étrusque, même l'art persan et assyrien, de longues fouilles n'ont pas été nécessaires. Hérodote, qui nous témoigne son admiration des monuments de l'Égypte et de Babylone, fait à peine attention à ceux de la Phénicie et n’y mentionne que le temple de Melkarth, à Tyr*. L'art phénicien a sûrement été de tous les arts le plus maltraité par le ‘sort; nous croyons cependant que, quand même l'art grec se fût trouvé dans des conditions semblables, quand mème les templiers et les teutoniques se fussent logés à lacropole d'Athènes (lanalogue à eu

lieu dans une certaine mesure), le génie grec se décélerait encore.

! J'ai aussi vu deux excavations du même genre tout entière de l'époque romaine, au moins en ses à Scala Nova (Marathesium, nom phénicien?), près parties visibles. (Voyez aussi Laborde, Voy. d'Asie d'Ephèse, Win. pl. uxn, 9° dessin.)

? La ville d'Hiérapolis de Phrygie, en effet, est 3 Hérodote, I, 44.

En somme, chaque peuple crée au moins une des conditions fonda-

mentales de la conservation de ses monuments. L'architecture est le cri-

tertum le plus sûr de l'honnêteté, du jugement, du sérieux d’une nation. Un vieux mur est un témoin historique sans appel. L’historien peut, dans une certaine mesure, juger les peuples et les époques par la solidité et la beauté des édifices qu'ils nous ont laissés, quoique les destinées historiques que traverse un pays créent à cet égard, tout mérite égal d’ail-

leurs, de grandes inégalités.

Et d'abord, la première condition pour vaincre le temps, c'est le goût

du solide en toute chose. La sincérité absolue, qui est la règle de l'archi-

tecture, ce devoir de ne rien dissimuler, de ne rien faire pour l’ostentaton et l'apparence, cette grande obligation de toujours supposer qu'on travaille pour l'éternité, supposent une force morale que l'antiquité classique seule a connue. L'édifice classique n'a pas besoin de réparations; une

fois les pierres montées, elles ne se sépareront plus, à moins d'un effort

violent de l’homme. L'intérieur du mur est aussi sain que le parement; nulle lésinerie ni sur le choix des matériaux, ni sur le soin qu'il a fallu

pour les travailler et les assembler. On a usé des mois pour obtenir ce

Jointoiement imperceptüible, fin comme un fil. Condamnation éternelle du moyen âge et des temps modernes! Qui n’a vu il y à quelques années, en passant sur le pont Royal, ces honteux murs des Tuileries, formés de deux revêtements menteurs, dissimulant un ignoble blocage, composé de boue et de gravois? Et nos constructions du moyen âge! Quel manque de soin

et de jugement! Quand on à la volonté de bâtir un temple digne de la

divinité, comment se contenter d'aussi misérables matériaux? Aucune

pierre du Parthénon n’a moins de la taille voulue par sa situation; toutes, même celles qu'on ne voit pas, sont du marbre le plus parfait. Et quel soin dans le détail! Pour le gothique, le détail n’a rien de précieux; pour l'aruste grec, chaque détail a sa valeur et exigeait un ouvrier excellent.

Ce sont des merveilles à leur manière, que les tombeaux musulmans et

les mosquées du Caire; le dessin en est admirable; le plan sur le papier semble tout de génie; dix ou vingt ans elles ont été charmantes, autant qu'un crépissage et un visage fardé peuvent être charmants; aujourd’hui ce sont de sales ruines, un amas de poutres, de lattes et de torchis, trahissant les voleries de l'entrepreneur, l'esprit superficiel du constructeur. Dans mille ans, elles n’existeront pas plus qu'il n'existera une église gothique, et, dans mille ans, le Parthénon, les temples de Pæstum, si on ne les démolit pas, seront dans l'état où ils sont aujourd'hui. En art, comme en littérature, comme en religion, comme en politique, la maxime + malheur aux vaincus!» est vraie au bout de plusieurs siècles. Pour durer, 1l faut être vrai; ce que le temps renverse a toujours en son principe quelque chose de défectueux.

Faut-il nier cependant l'existence de toute archéologie phénicienne? Non, sans doute. Cette archéologie est pauvre, réduite à un état pitoyable; mais elle existe. En réunissant les monuments et les objets décrits en cet ouvrage à ceux qui étaient connus auparavant ou qui ont été découverts depuis, on obtient un ensemble de monuments et d'objets du même style, sans contredit antérieurs à l'influence grecque. Ces objets, on les trouve dans les localités certainement phéniciennes, et on ne les trouve pas ailleurs. C’est en suivant ce faible filon qu'on arrive à tracer d'une manière sûre le vrai caractère de l'art phénicien. Cet art, sorti primitivement, ce semble, du troglodytisme, fut, dès qu'il arriva au besoin d'ornement, essentiellement un art d'imitation; cet art fut avant tout industriel; cet art ne s’éleva jamais, pour les grands monuments publics, à un style à la fois élégant et durable.

Le principe de l'architecture phénicienne est le roc taillé, non la colonne, comme chezles Grecs. Le mur remplace ensuite le roc taillé, sans en perdre totalement le caractère. Rien ne porte à croire que les Phéniciens

aient eu la voûte à clef. Ce principe du monolithisme qui domina Part

phénicien et syrien, même après l'adoption de l'art grec, est bien le con-

CONCLUSIONS. 893 traire du style hellénique. L'architecture grecque part du principe de la division des pierres, et l'avoue hautement. Jamais les Grecs ne tirèrent du Pentélique des blocs comparables pour la grandeur à ceux de Baalbek et de l'Égypte; ils n’y voyaient aucun avantage; au contraire : avec des masses si énormes, qu'on veut utiliser tout entières, l'architecte est dominé; la matière, au lieu d’être subordonnée au dessin de l'édifice, contrarie ce dessin. Les monuments de l’acropole d'Athènes seraient impossibles avec les blocs syriens. Dans le style grec, la beauté du mur est un objet capital; or, le mur grec lire sa beauté des joints observant des règles symétriques et répondant aux lignes de l'édifice. Les pierres d’un mur en un tel style, ont toutes la même dimension, et cette dimension est commandée par le plan; ou bien, comme dans l'appareil pseudisodome, l'inégalité même des assises répond à une loi de symétrie. Les pierres de l'architrave, les métopes, les triglyphes sont des blocs distincts, même quand 1l eût été très-facile d'étendre un même bloc sur plusieurs de ces parties. Des faits comme ceux qu'on remarque fréquemment en Galilée, des coupes de pierres où trois où quatre membres sont tirés d’un seul quarter eussent paru en Grèce des faits monstrueux, puisqu'ils sont la nésation de toute logique. Dans le style grec, chaque pierre à son unité; car elle représente un membre, et il n’est pas naturel de faire plusieurs membres d’une seule pierre. Le principe de la construction grecque n'est nullement, comme cela eut lieu à Amrit, de tirer le plus de parti possible du bloc apporté de la carrière. Chaque bloc est assujetti d'avance et par le plan même de l'architecte à une taille déterminée d’après sa place dans l'édifice; les ouvriers l'amoindrissent, s'il est trop grand, à l'inverse des Phéniciens, qui lui laissent toutes ses superfluités. Maître absolu de ses matériaux, l'architecte grec poursuit des délicatesses que l'art de bâtir à négligées partout ailleurs. L'architecte syrien, phénicien , et même égyptien!

! Les architectes égyptiens mettaient beaucoup de négligence, ou du moins très-peu de prévoyance dans la préparation de leurs matériaux.

est aux ordres de ses matériaux; la pierre ne répond pas à la ligne voulue par lidée; la pierre pour eux est toujours plus ou moins le roc, la matière indéterminée. Voilà pourquoi les Grecs n’ont guère fait ce qu'on rencontre à chaque pas en Phénicie, à Jérusalem, en Perse, à Pétra, en Lycie, en Phrygie, de larchitecture sur le roc vif”.

De vastes murs à assises colossales, sortant en quelque sorte tout faits de la carrière? : si bien que le trait caractéristique. d'un édifice soigné était qu'on n'entendit pas dans sa construction le bruit de la scie ni du marteau”, tel était donc le caractère essentiel des monuments phéniciens. La nature un peu grossière des pierres de Syrie ne permettait pas ces ouvrages délicats des bases, des frises, des chapiteaux, qui, par leur opposition avec les parties lisses, font un des charmes de l’architecture grecque. Les ornements que nous avons trouvés sont très-fins et très-élégants, mais de peu de relief. On peut douter d'ailleurs qu'ils soient de l'époque la plus ancienne de l'art phénicien, Dans les édifices de Salomon, les parties ornées étaient de même, pour la plupart, en bois et en métal”. L'usage du marbre et du granit d'Égypte me semble toujours en ce pays le signe d’un âge postérieur. La colonne paraît avoir eu une certaine pesanteur; les murs étaient du caractère le plus grandiose, et l’on conçoit en les voyant que le nom des Giblites soit devenu synonyme de tœlleurs de pierres et de maçons. H est facile, du reste, de s’'expliquer comment ces vieilles constructions colossales ont disparu. De telles constructions n'étaient nullement appropriées aux besoins des sociétés plus raflinées qui succédèrent à la civilisation chananéenne; elles ne furent plus dès lors que des carrières à ciel ouvert, dont on trouva commode de débiter les quartiers pour bâtir les édifices exigés par les besoins nouveaux, à peu près comme les dol-men et les men-hur de la Bretagne

! I y en a cependant des spécimens insignes à 3 L'Rep. vi, 7.

Cyrène. # L Rog. V1, 18. AN93 j2N PN, «la pierre ne se

? Josèphe, Ant. VIIE, 11, 9 ; 1, 2. voyait nulle part, » est le trait de la suprême élégance.

ont disparu depuis cinquante ans, dans une énorme proportion, pour former l'empierrement des routes qui traversent le pays. Les vieilles statues, de même, furent trouvées si laides, qu'on les remplaça par des statues conformes aux progrès du goût.

Nous avons dit que l'art phénicien, dès qu'il employa des procédés réfléchis, fut un art d'imitation. L'imitation de l'Égypte et l'importation en Phénicie d'objets égypliens se sont montrées à nous par trop d’exemples pour que nous ayons besoin d'y revenir’. I est hors de doute que l'Égypte exerça en Orient, durant des siècles, une influence intellectuelle et religieuse analogue à celle que la Grèce devait exercer ensuite. Le style égyptien fut partout à la mode et offrit comme un prélude de la fortune plus universelle à laquelle le style grec devait parvenir. À quelle époque s'exerça l'influence qui fit de la Phénicie, sous le rapport de l’art, une province de l'Égypte? Comme limite au delà, on peut remonter aux Ramsès. Comme limite en decà, on peut descendre jusqu’à l’époque romaine. Plusieurs des objets égypliens trouvés dans la nécropole de Saïda peuvent n'avoir pas plus de dix-huit cents ans. Une induction importante pour montrer, d’une autre part, l'ancienneté de cette influence se tire des monuments de Hadrumète découverts par M. Daux. L'influence égypüenne y est aussi forte qu'à Aradus, à Amrit, à Oum el-Awamid, et porte sur les mêmes choses. Pour la Syrie, il est loisible de supposer que l'influence égyptienne se prolongea jusqu'à l'extinction de l'originalité égyptienne elle-même; mais pour Hadrumète, cela n’est pas possible, l'influence Égyptienne ne s’élant pas exercée sensiblement à cette distance, au moins dans les trois ou quatre siècles qui précèdent l'ère chrétienne. Les emprunts à l'Égypte qu'on remarque à la fois dans les monuments de Hadrumète (ou pour mieux dire dans les monuments puniques) et dans ceux de la Phénicie sont donc antérieurs à la séparation définitive des Carthaginois et des Phéniciens, c'est-à-dire au vn° siècle avant Jésus-Christ.

! C'est ce que vit bien, dès ses premiers pas dans le pays, M. de Vooüé, Fragm. d'un journ. de voy. p. ba et suiv. Ï Ê Pays? ( 8 J Yp=108

On peut faire le même raisonnement sur les objets trouvés dans les sarcophages de Palerme ou de Solonte, et dont d'Orville nous a gardé la représentation. Ces objets présentent une physionomie aussi ésyplienne que les objets provenant des tombeaux de Saïda qui sont le plus empreints d'égyptianisme. On trouve parmi eux l'œil symbolique et un collier de petits dieux égyptiens en faïence vernissée, tout à fait semblable à celui qui est sorti de nos fouilles de Saïda. Palerme et Solonte étaient deux colonies carthaginoises ". Il est clair que de tels emprunts faits à l'Égypte ne sont pas directs. La couleur remarquablement égyptienne de l'archéologie de la Phénicie proprement dite peut s'expliquer par le voisinage; mais cette explication n’est valable ni pour Hadrumète, ni pour Palerme. L'Égypte n'exerça jamais d'influence directe sur ce dernier point. Il ne semble pas non plus qu'elle en ait exercé à Carthage. Done, si les tombeaux phéniciens de Palerme nous offrent des objets égyptiens ou empreints d'épyptianisme, cela vient d’une influence exercée en Phénicie avant que la colonie phénicienne qui à fondé Carthage se fût séparée de la mère pairie.

L’Assyrie et la Perse fournirent aussi, comme nous l'avons remarqué à diverses reprises, plus d’un élément à l'art phénicien. Enfin l'art grec s'empara totalement du pays, à partir de lan oo avant Jésus-Christ environ. Vers l'an 400 aussi, les Grecs inondent Carthage, les cultes grecs y sont introduits comme officiels? ; Annibal et toute l'école à laquelle 1l appartenait ne s'expliquent que par une longue pratique de lencyelopédie grecque, en particulier des tacticiens. À l’époque romaine, surtout au 1° el au me siècle, la Phénicie se couvre de monuments conformes au goût général du temps, monuments où cependant les idées religieuses du pays

impriment encore une {race assez profonde, comme on le voit à Byblos et

! Phucydide, VI, 2; Polybe, [, 38. villes, ete. sont en très-grand nombre de ce temps, 2 Diod. Sie. XIV, xxvr, D. surtout depuis la tentative, en partie syrienne , de Pes- # Le point culminant de la splendeur de la Syrie cennius Niger (tuéen 194) jusqu’à la mortd'Alexandre paraît avoir été sous les Antonins et les empereurs Sévère (235). Le monde, à celte époque, fut à la

dits Syriens. Les inscriptions Les belles monnaies des lettre gouverné par des Syriens.

CONCLUSIONS. 827 dans les temples du Liban. La dernière trace de l'originalité phénicienne ne disparaît qu'au 1v° siècle !.

Ce qui montre bien que, même aux époques les plus brillantes, l'art phénicien n'eut pas un haut cachet de puissance, c’est la façon dont il fut ainsi supplanté par un art plus moderne que lui. Si les vieux sanctuaires phéniciens, siles monuments des villes phéniciennes avaient été comparables à ceux des acropoles grecques, ils auraient résisté à l'envahissement des modes étrangères. Ce qui le prouve, c'est ce qui se passa en Égypte. L'Égypte, qui avait un artindigène inférieur à l'art grec, mais très-original, n’adopta jamais les ordres grecs. J usqu’au rm siècle de notre ère, on bâtit en Égypte en style ésyptien. En Phénicie, au contraire, déjà avant Alexandre, le philhellène Straton (sans parler d'Évago ras, de Nicoclès, à Chypre) imile lart grec. Les monuments d'Oum el-Awamid sont contemporains des plus fines œuvres grecques. H est impossible, vu surtout le goût des Orientaux pour les sanctuaires anciens?, qu'on eût si vite remplacé les vieux temples par des temples en style grec, si les édifices nationaux n'avaient

été tristes et incommodes. Ajoutons que les Romains, si curieux d'art exo-

! Le nom de Phénicie dut se conserver jusqu’à l'invasion musulmane (Revue archéol. juin 1866, p. 389, 392; déc. 1866, p. 38, etc.; Synecdème d'Hiéroclès, qui paraît du commencement du vi‘ siècle, p. 715 et suiv. édit. Wesseling ; Édit de Justinien, édit. Godefroy, Paris, 1628, t. II, 9° part. col. 629-632 ; Phœnicarques dans le Code théodosien, Waddington, notes sur Le Bas, p. 246; de Rossi, Bulletino, 1867, p. 1; ci-dessus, p. 346, 347; Théodoret, Hist. eccl. IT, 2; Sozomène, VII, 193 Théophane, ad annum 5838; Land, Anecd. syr. [, 3 (texte), 104, 169.) Du reste, la Phœnicia Libanesia et la Syria Phœnice de l'empire romain et du bas empire différaient sensiblement de la Phénicie primitive (quoi qu'en dise le P. Bourquenoud, Études, p. 1066). (Voir Sprüner-Menke, n° 16, 25, 96: Menke, Bibelatlas, n° 6; Poulain de Bossay, Scylax, p. 88; Waddington, Comptes rendus , 1865, p.122, 123.) Nulle trace du nom de Phénicieà l'époque musulmane. Le syriaque Lesss n'indique pas un nom usuel.

Phæœnice, dans Brocard (p. 21, Laurent), dans Marin Sanuto et dans les écrivains des croisades (Menke, Bibelatlas, n° 7), est aussi d’un usage savant, On est tenté de croire que, dans l'inscription publiée Revue archéol. octobre 1869, p. 266; mai 1870, p. 145; Comptes rendus, 1869, p. 183, Pænis serait pour Phœnicibus ; mais c'est là un trait de pédantisme et la conséquence d'un embarras de versification. Les contours de la province ecclésiastique de Phénicie restèrent con formes aux anciennes limites naturelles du pays. Voir les actes du concile de Chalcédoine en 454 (Fleury, Histoire ecclésiastique, livre XXVIII, n° 193 conf. 1. XXVI, n° 35). Le nom de Æl-Fenisch, que M. Ganneau a recueilli de nos jours dans la bouche de cerlains arabes (Comptes rendus de l'Académie, 1870, p.200, 201),sil a quelques rapports avec celui des Phéniciens, viendrait des touristes qui, devant les monuments en gros blocs, ont pu prononcer le nom des Phéniciens.

? Voir le début du traité De dea Syria.

tique, les Romains, qui recherchaïent avec tant d'avidité les obélisques égypliens, ne parlent jamais d’un art phénicien’. Adrien, qui imita tous les arts étrangers en sa villa Adriana, et qui avait été en Phénicie, ne pensa pas à l'art phénicien. Les auteurs anciens n’en parlent pas. Un grand art original eût laissé plus de trace et sur le sol et dans les textes. Je ne connais que quelques passages du Talmud où il soit parlé d'un style phénicien. Dans la Mischna, Maaseroth, 1, 5, il est question de P°$R 4, atrium tyrtum; dans Baba bathra, nr, 6, il est question de M4 ob, scala tyria, opposé à 71397 ot, scala æpypta; ibidem, PSN non, fenestra lyria, opposé à N°14A non, fenestra æpyptia. Ge qui semble résulter de ces passages, c'est que les choses appelées tyriennes sont plus srandes et plus larges que celles qui sont appelées égyptiennes ?.

Un curieux passage du traité de la Déesse de Syrie (S$ 2-9) attribué à Lucien, mais qui n’est pas de lui, doit être discuté ici. L'auteur, après avoir dit que les Égyptiens furent les inventeurs de la religion et des temples, ajoute : Kai éoh ipd nai y Eupiy où wapd œoÂÙ vois aiyumllouos icoyporéorra, rüv èyo mletola dmwma, El il cite, 1° le temple de Melkarth, à Tyr; 2° le temple d'Astarté, à Sidon; 3° le temple égyptien, apporté divinement d'Héliopolis d'Égypte en Phénicie (probablement à Baalbek): pyaïor 80%, ajoute-til; 4° le temple de Vénus, à Byblos; 5° le temple dans le haut Liban (Maschnaka? Aphaca?); il ajoute : Kai &pyañor fr. [1 termine par ces mots : Téde pér éoh Ta êv Th Svp àpyaia xai ueydAa pd. H semble résulter de là que ces cinq temples étaient en style archaïque quand écrivait l'auteur du petit traité précité. En effet, le traité

de la Déesse de Syrie est antérieur au n° et au mn siècle, époque où se

! Une statue fut apportée de Carthage à Rome et ornait le Circus Maximus (Plutarque, Vie de Flamininus, ch. 1). Mais cela ne prouve pas sa valeur comme objet d'art; ce pouvait être un simple trophée. Peutêlre, d'ailleurs, avait-elle été prise par les Carthaginois en Sicile. Nous lisons, en effet, que le triomphe

de Scipion Emilien fut dyaAudron yéuov at évaln-

gérer, bou Kapyndévior xpôve mo1XG al ouveyéot pixas êx mdons yñs ouvernréxaour &s AuGünv. (Appien, Pun. p. 135.)

2 Je dois la connaissance de ces textes à M. Neubauer. La beauté des maisons particulières de Tyr, de Sidon et de Béryte nous est attestée par Josèphe, B. J. IE, xvir, 9.

GONCLUSIONS. 829 lirent en Phénicie les plus grandes reconstructions des temples. I se peut, du reste, que l’auteur entende seulement parler de l'antiquité des sanctuaires, comme on peut dire que la basilique de Saint-Pierre de Rome est fort ancienne, quoique le bâtiment ait été refait. Si un aussi grand nombre de temples archaïques s'étaient conservés en Phénicie Jusqu'au 11° siècle, on en trouverait plus de traces, et l’on ne rencontrerait pas à chaque pas, à Tyr, à Byblos, à Sidon, ces fûts de colonne de

l'époque romaine, signes évidents de la reconstruction des grands sanc-

tuaires du pays. Les temples du Liban, en particulier, furent tous rebâtis

en style grec ou gréco-romain.

En général, dans leurs constructions, les Phéniciens paraissent avoir porté peu d'esprit de suite. Cela se sent bien à Amrit, à Kabr-Hiram,

à Oum el-Awamid. I y a dans les restes qu'on voit en ces localités beau-

coup de belles idées, de beaux détails; mais il ne se détache aucun plan

général dominant, comme dans les monuments de lacropole d'Athènes.

On dirait des gens aimant le travail de la pierre pour lui-même, ne se

souciant pas de s'entendre pour faire une œuvre commune, ne sachant pas que l'esprit d'ensemble constitue le grand art. De là cet état d'imperfection où sont tous les monuments; pas un tombeau auquel les héritiers du mort aient jugé à propos de mettre la dernière main; partout un certan égoïsme, comme celui qui, plus tard, a empêché les monuments musulmans de durer. Le plaisir passager de l'art ne porte pas à finir; car

finir exige une certaine volonté austère. En général, les anciens Phéni-

ciens paraissent avoir été plus sculpteurs qu'architectes. Ils ne procédaient

pas par grandes masses; chacun travaillait pour son compte. Nulle me-

sure rigoureuse, nulle symétrie, en tout l’à peu près et le caprice. Même

les chapitaux d'Oum el-Awamid ne sont pas semblables; dans les parties

qui se répondent le plus évidemment, il y a des détails différents. Est-ce à dire que nous nüons la priorité de la Phénicie et les services

que, dans tous les arts, elle à rendus à la Grèce, au moins comme inter-

médiaire entre cette dernière et le haut Orient? Non certes; nous voulons dire seulement que le génie a été le partage de la Grèce seule. La Grèce, à l’origine, a beaucoup emprunté; mais seule elle a inventé l'idéal. Voilà pourquoi, malgré tous les emprunts possibles, pour expliquer la Grèce il ne faut que la raison. L'art grec est aussi logique que la philosophie grecque. Il n’est pas impossible que la philosophie, ou du moins la science grecque, ait fait plus d’un emprunt à Babylone et à la Phénicie. Socrate, Aristote, Phidias, l'architecture grecque, la philosophie grecque n’en sont pas moins le fruit d'un développement organique. Un édifice grec, le Parthénon, par exemple, se déduit par une sorte de calcul mathématique. Là est la gloire unique de la Grèce; la Grèce a créé l'absolu de la raison et du goût, du vrai et du beau, de même que le christianisme a créé l'idéal du bien. Voilà pourquoi la Grèce a un rôle à part, comme la Judée, rôle où elle ne sera jamais égalée. Toute recherche nouvelle doit se terminer par un hymne à la Grèce; toute découverte, même sur terre étrangère ou rivale, est un trait de plus à la gloire du génie grec, un argument pour élablir son indéniable primauté. L'infériorité des Phéniciens en fait d'art semble, du reste, avoir persisté jusqu'à nos jours dans le pays qu'ils ont habité. La population de la côte de Syrie, éminemment douée pour le commerce, est la moins artiste du monde. Que l'on compare une église maronite, misérable maison, sorte de dé de pierre, sans fenêtre ni clocher, à nos charmantes églises de campagne; quelle différence! Les églises des orthodoxes (lesquels représentent plutôt l'élément grec de la Syrie) montrent un peu plus de goût. Les religions de la Phénicie, quoiqu’elles admissent pour la plupart les images, ne portaient pas évidemment à rafliner sur la forme plastique des dieux. Un culte aussi féroce ne pouvait prêter à l’art. Plusieurs indices peuvent même porter à croire que certains temples n'avaient pas de £dava, qu'on

s'y bornait aux ornements végétaux comme chez les Hébreux !.

1 De dea Syria, 3 prouve peu; car le rapprochement porte moins sur dééavor que sur ixoyporéovra. ; x

Si la haute antiquité a laissé en Syrie si peu de chose, cela vient done apparemment de ce qu'elle n’y fut pas très-brillante. C’est exactement la conclusion à laquelle sont arrivés de leur côté MM. Waddington et de Vogüé. La vieille Syrie ne connut guère d’autres temples que des hauts heux informes ou des trous dans le rocher. La dimension des pierres ne prouve rien pour l'ancienneté d’un monument. Le temple de Jupiter, à Baalbek, dont l'âge moderne n’est pas contesté, renferme des pierres supérieures en dimensions à toutes les constructions de Gébeïl, de Jérusalem. Le rp2400» du grand temple peut être très-ancien; cependant on ne peut le conclure avec certitude de la grandeur des matériaux, puisque les pierres les plus grandes que lon connaisse après celles du +p%400n font partie d'un temple élevé deux cents ans après Jésus-Christ. Les constructions, en grands blocs, du Hauran, que les premiers voyageurs anglais firent remonter au temps d'Og, roi de Basan, se sont trouvées être toutes de l’époque romaine ou chrétienne. MM. Waddington et de Vogüé ont démontré cela jusqu’à l'évidence.

L'importance de l'industrie phénicienne est un fait trop connu pour avoir besoin d'être prouvé. Il est bien remarquable que celte industrie n'arriva pas au grand art, que le grand art fut la création d’un peuple infiniment moins industrieux d’abord que les Phéniciens'. Les petits objets phéniciens qu'on peut tenir pour antérieurs à l'influence grecque sont en général lourds et d'un goût contestable, souvent d’ailleurs imités de l'Égypte. Gela ne doit pas nous surprendre; qu'on songe aux États-Unis d'Amérique et même à l'Angleterre de nos jours. Du reste, à parür de lan Loo avant J. C. environ, les rôles sont renversés. La Phénicie est inondée par les produits de l’industrie grecque, surtout de l’industrie rho-

dienne. Sidon s’approvisionne à Rhodes d'objets d'art et d'industrie? Nous

! Voir les textes homériques recueillis par M. de fait remarquer que toutes les anses d’amphore que ”

Luynes, Sarcoph. d’Esmunazar, p. ha. j'ai rapportées de Phénicie sont de fabrique rho- Voir ci-dessus, p. 372. M. Albert Dumont me dienne.

trouvons à Rhodes un Zénon, fils de Nahum (noms dont le premier est cher à la Phénicie et le second phénicien), qualifié de Apdôtos æpéËevos !.

Les tombeaux sont de beaucoup le plus beau legs archéologique que les Phéniciens nous aient laissé. L'idée primitive des peuples chananéens (Hébreux et Phéniciens*) fut que le tombeau devait être dans une caverne. Ces cavernes furent d'abord naturelles, puis on les creusa arliliciellement*; même quand on appliqua aux tombeaux des règles architectoniques, on conserva l’idée qu'ils devaient être troglodytiques. Des mausolées bâtis à la surface du sol, comme le Burdj el-Bezzak d'Amrit sont, quant à l'idée, des cavernes exhaussées et censées ürées du lit de rocher. Cela est bien différent du principe de la sépulture égyptienne. Mais pour la manière de traiter le cadavre, la taricheutique égyptienne prit complétement le dessus.

L'épigraphie donne lieu à des observations analogues. Les Phéniciens et les Hébreux ne paraissent avoir beaucoup écrit que sur les pierres précieuses. Le corps entier des écritures hébraïques, quoiqu'il suppose l'usage d'écrire sur la pierre ou sur le roc (Job, xix, 23, 24), ne mentionne pas expressément une seule inscription dans le sens complet que nous attachons à ce mot, et, avant la découverte de linseription moabite de Dibon, on pouvait douter que lépigraphie fût dans l'usage d'aucun peuple chananéen. Les stèles comme celle de Dibon durent être rares; quant à l'habitude de mettre des inscriptions sur les monuments, les tombeaux, les monnaies, elle ne fut peut-être pas chez ces peuples antérieure à l'époque où ils commencèrent à imiter les Grecs. La numismatique phénicienne suit la même loi; il n’y a pas de monnaie phénicienne

! Corp. inser. gr. n° 2526. M. Bæckh a bien mon- cap. c.) Les termes d'architecture funéraire étaient

tré les rapports commerciaux et politiques de Rhodes et d'Aradus.

2 Sur les tombeaux hébreux, et sur les termes techniques qui s'y rapportent, voir Lightfoot (Horæ

hebr. « Centuria chorographica Matthæo præmissa ,»

probablement les mêmes chez les Hébreux et chez les Phéniciens.

3 V. Winer, Bibl. Realw. aux mots Gräber el Hôhlen. Se rappeler les récits de la Genèse sur la

Macpéla.

CONCLUSIONS. 833 antérieure aux monnayages grecs où persans . Îl n'est pas sûr que linscripüon d'Eschmunazar soit beaucoup plus ancienne, et, en tout cas, le tour gauche, pénible, fastidieux de cette inscription est bien loin du ton simple et ferme des peuples qui écrivirent beaucoup sur la pierre. Au lieu de ce grand style lapidaire, de cette incomparable manière de parler à l'avenir, qui est le privilése des Grecs et des Romains, la seule inscriplion phénicienne un peu considérable que l’on ait trouvée jusqu'ici en Phénicie?, n'est que le long verbiage d'un homme de pelit esprit, obsédé de niaises {erreurs pour la cuve qui renferme ses os. Nul sentiment de l'histoire, nul souci élevé de la postérité; quelque chose d'égoïste et de mesquin. La gravure même de l'inscription prouve les tâtonnements d'une épigraphie peu exercée. Le graveur s’est repris à deux fois, et la seconde fois il a encore changé de procédé. N'est-ce pas aussi quelque chose de bien singulier que la monotonie de l'épigraphie carthaginoise? Les cent quarante ou cent cinquante inscriptions de Carthage que l'on connaît sont loules identiques entre elles, sauf une ou deux. Certes, il est inadmissible que le fait d'Eschmunazar soit un fait absolument isolé, et la seule possibilité de trouver des textes d’un intérêt aussi élevé jusüiliera tous les sacrifices et tous les efforts; mais il ne faut pas concevoir d’espérances exagérées; en somme, les inventeurs de l'écriture paraissent n'avoir pas beaucoup écrit. On peut affirmer du moins que les monuments publics chez les Phéniciens restèrent anépigraphes jusqu’à l'époque grecque. Nous sommes loin de croire qu'on ne trouvera pas après nous de nouvelles inscriplions; nous sommes sûrs même qu'il y en à parmi les débris d'Oum el-Awamid; mais une riche épigraphie nous aurait livré plus de trois ou quatre textes, et, si l’on suppose que le sort nous à peu

favorisés, citons le témoignage de M. Thomson, l’homme qui a le plus

! Cest à tort que certains antiquaires tels que ? Une importante inscription a été découverte il Münter ont supposé que la kesita antique portait ya Lrois ou quatre ans à Gébeil; elle n’est pas encore quelque effigie. livrée au publie.

parcouru la Syrie, et qui déclare avoir cherché vingt ans sans avoir trouvé en Phénicie un seul mot en caractères phéniciens ”.

Une cause qui contribua beaucoup à cette rareté fut l'habitude de faire les inscriptions sur des plaques de métal. Les cadres où étaient placées ces inscriptions et les traces des moyens employés pour les fixer se voient encore sur beaucoup de monuments. On sait que les imscriptions sur plaques

de métal se conservent en beaucoup moins grand nombre que les ins-

eriptions sur pierre ?, le métal ayant plus de valeur et étant plus facile à transformer que la pierre. Les Grecs écrivaient plus sur le métal que sur la pierre, et pourtant, dans l’épigraphie grecque, la proportion des inscriptions sur métal est tout au plus de une sur cinq cents. En Syrie, de même, les moindres morceaux de euivre sont recherchés et fondus ; jamais dans nos fouilles nous n’en avons trouvé. À Carthage, l'habitude d'écrire sur des plaques de bronze fut peut-être la cause de l'absence d’inscripüons funéraires qui frappe dans ces vastes nécropoles qu'a visitées M. Beulé et qui offrent tant d'analogie avec celles de la Phénicie. Lors du pillage des nécropoles, et sans doute dès l'antiquité, ces plaques auront été enlevées. Quant aux traités publics et aux tabularia ou recueils d'archives, plusieurs passages du premier livre des Macchabées nous apprennent que les stèles qu'on y gardait étaient de bronze, êv Sékrois yakrais (1 Macch. vin, 293 x1v, 18, 26, 48, 49 )°. Ajoutons que les inscriptions phéniciennes sont peu monumentales; presque toutes les inscriptions de ce genre sont petites, mal gravées, tracées avec un mauvais burin, évidées avec peu de soin. Ce sont des avis gravés sur la pierre, plutôt que des épigraphes monumentales ; souvent elles peuvent être rangées dans la classe des graf-

fit”. Pas une seule inscription phénicienne n'offre ces artifices par lesquels

1 The book and the land, X, p. 199. 5 Voir Schleusner, Lex. Vet. Test. au mot Aëà- 2? Noir Egger, Études historiques sur les traités pu- TOS. blics chez les Grecs et chez les Romains, p. 18, édit. # Voir en particulier les inscriptions trouvées par

de 1866, in-8°. M. Daux, à Hadrumète.

CONCLUSIONS. 835 les Grecs et les Latins soulignent en quelque sorte le texte écrit sur la pierre et lui donnent un caractère architectural.

Une chronologie précise est, pour les produits des arts de l’ancienne Phénicie et de la Palestine, fort difficile à établir. I faut même s'entendre sur ce qu'on appelle un monument phémicien. Si l’on convient d'appeler phéniciens tous les monuments trouvés en Phénicie qui ne son ni dans le génie grec ni dans le génie romain, rien de plus facile que de classer les monuments de ce pays; mais cela n'avance à rien pour la chronologie. Comme la Phénicie garda, même aux époques grecque et romaine, son style et ses habitudes propres, comme la religion phénicienne en parti culier se conserva sous une nomenclature presque toute grecque jusqu'au temps de Théodose', on n'est nullement autorisé, de ce qu'un édifice ou un objet d'art se présente ici avec une physionomie indigène, à croire que cet édifice ou cet objet d'art soit de l’époque autonome de la Phénicie, ni même antérieur aux Romains. L'épigraphie seule est ici un juge sans appel. Certes, l'archéologie possède pour déterminer l’âge des monuments des eriteriums intrinsèques d'une grande sûreté; mais ces criteriums sont tous relatifs et supposent un canon chronologique préalablement établi. Or, ce canon, l'épigraphie seule peut l’établir. Quelques données importantes nous ont été fournies à cet égard par les monuments. Différents en cela des Hébreux, qui restèrent peu épigraphistes jusqu’au moyen âge, les Phéniciens, à partir de l'époque où ils adoptèrent la langue grecque, écrivirent beaucoup sur la pierre. De 1à un point de repère qui, dans beaucoup de cas, permet de discerner clairement les monuments néophéniciens de ceux qui sont d’une époque antérieure à Alexandre.

En résumé, trois divisions, je crois, doivent être faites dans les monu-

1 Sur cette renaissance phénicienne du n° et du fois été repris pour servir de sépulture, aux époques an‘ siècle, voir le traité de Jamblique, De pythagorica romaine et chrétienne, et ont reçu à ces époques des vita, S1h. inscriptions, qui, si l'on n'y prend garde, peuvent

2 J1 faut faire une exception pour les tombeaux. induire en erreur.

De vieux caveaux, anciennement violés, ont quelque-

ments anciens de la Phénicie! : 1° les vieux monuments antérieurs à toute influence grecque en Phénicie, comme sont, par exemple, les monuments d'Amrit; 9° les monuments mixtes, où les habitudes, les idées, le style propres de la Phénicie ont laissé leur trace, mais qui sont de l'époque grecque où romaine, et où l'influence de l’art gréco-romain est sensible : telle est la pierre du baptistère de Gébeil; 3° les monuments purement grecs ou romains : le théâtre de Batroun, par exemple.

S'il m'est permis de donner quelques conseils aux futurs explorateurs de la Phénicie, je les engagerai d'abord à ne pas s'éloigner de la côte. La Phénicie ne fut pas un pays; ce fut une série de ports, avec une banlieue assez étroite. Ces villes, situées à dix ou douze lieues l'une de l'autre, furent le centre d’une vie toute municipale comme les villes grecques. La civilisation phénicienne ne rayonna pas dans la montagne et eut peu d’action sur la population de la Syrie?. Avant la domination grecque, le Liban, la Cœlésyrie et la Syrie furent des pays complétement arriérés. Les routes quelque peu praticables de ces régions sont l'ouvrage des Romains (les inscriptions nous l’apprennent)*?; même les routes romaines, celles du fleuve du Chien, par exemple, n'ont jamais pu livrer passage à des vébicules!. Le chameau fut toujours dans l'intérieur Île grand moyen de transport; or le chameau, cet ennemi mortel de la civilisation, rend la route carrossable inutile, et en amène la destruction. Le Liban, chez

Strabon, nous apparaît comme livré tout entier aux brigands et aux bar-

1 Nous n'avons point donné de place parmi les 3 Corpus inser. lat. Syrie, n° 197 ei suiv. Pour la monuments phéniciens à ces statuettes grolesques que route d'Akoura, voir ci-dessus, p. 304. La vieille route l'on trouva d’abord en Sardaigne, et que La Marmora, du fleuve du Chien, qui passe au-dessus de celle qui Guigniaut, Gerhard crurent phéniciennes. La Phéni- : date de Caracalla (celle d'aujourd'hui), devait être cie est un des pays où l’on en rencontre le moins (voir un casse-cou vraiment inconcevable. Les routes cependant Longpérier, Musée Napoléon IT, pl. xx1). élaroies par les Romains sont si chétives, que l’on Au contraire, ces petites idoles ridicules figurent en prend des roules à térieures la plus pauvre idée.

grand nombre dans tous les musées élrusques, en i Les chariots n'élaient guère connus en Syrie particulier à Arezzo, à Cortone, à Pérouse, comme avant l'expédition de 1860. Nous fümes témoins de trouvées dans le pays. Le musée de Naples en pos- l'étonnement qu'ils causèrent. Les broucttes de Ja sède aussi une ample collection, en partie de pro- mission, que les Arabes de Saïda appelèrent caros-

venance étrusque, en partie venant de Pomp

fi. st, furent les premiers véhicules que la Syrie eût

2 Voy. Ritter, XVIL, p. 16, 17 vus depuis des siècles.

bares. La côte échappait à ces inconvénients par la facilité du transport par eau.

En général, la lutte du citadin et du nomade (du Syrien et du Phénicien, d'une part, de l'Arabe de l'autre) est la clef de tonte l'histoire de Syrie. Sous les Romains, le nomade est dompté; Palmyre, le Hauran, arrivent à une civilisation complète; la Syrie cultivée est double en surface de ce qu'elle est aujourd'hui; les routes sont entretenues et sûres. Avec le triomphe des Saracènes et de l'islam, commence la barbarie. La barbarie en ce pays est loujours le triomphe du bédouin, de l’homme qui a peu de besoins, qui n’eslime pas l’industrie, qui se passe de véhicules à roues, et de routes par conséquent. Depuis le vr° siècle, la Syrie a été conquise par le nomade, gagnant de proche en proche comme le sable, porlant, si Jose le dire, le désert avec lui. La ligne de Palmyre, de Pella, de Gérase, de Bostra une fois forcée, toute la Palestine, ainsi que la région de Tyr et de Sidon, se trouva perdue. Le Liban fut sauvé par ses conditions de défense naturelle; la race syrienne s'y sarda sous forme de Mardaïtes ou «rebelles.» C'est ainsi que la région de Saïda est bien plus arabe que le Kesrouan; l'élément arabe y a plus fortement pénétré. La morne et inintelligente gravité musulmane y a presque étouflé la gaie lésèreté du Syrien.

Sur la plus haute antiquité, voici l'hypothèse à laquelle, pendant mon séjour en Phénicie, j'étais souvent amené. Le primitif Chanaan m'apparaissait bien comme chamile, ainsi que le veut le dixième chapitre de la Genèse. La Phénicie aurait été ainsi peuplée, 3,000 ans, par exemple, avant Jésus-Christ, par une race analogue à celle de l'Égypte, indusirieuse, habile des mains, parlant une langue analogue au copte. La conquête des Sémites nomades (Hyksos, frères des Térachites, s'ils ne sont les Térachites eux-mêmes) serait venue vers l'an 2,000 avant Jésus-Christ. Celle conquête, qui en Égypte n'eut que des effets passagers et ne changea pas la langue, aurait eu en Chanaan des effets bien plus

profonds ef y aurait fait triompher la langue térachite ou lhébreu, comme

plus tard les musulmans ont établi l'arabe en Éey ple; mais le fond de la population de Ghanaan ne se serait guère modifié pour cela; malgré le changement de langue, il aurait repris le dessus, de même que la vieille race tend toujours à reparaître en Éey pte. Ainsi s’expliquerait un fait dont je fus frappé à Sidon. Au milieu de cette espèce de gravité rogue du musulman, sans esprit, sans tact, ne sachant pas sourire, on est arrêté tout à coup par quelques jolis types égyptiens, d'enfants surtout, ayant quelque chose d’aimable, de prévenant, de fin. Ces types charmants seraient les émergents de l’ancienne race, laquelle aurait pris sa revanche par l’hellénisme et le christianisme, aurait été de nouveau écrasée par l'islam, mais serait restée, maloré son abaissement, l'âme de la vie morale du pays, ainsi que cela a toujours lieu quand une race dure et dominatrice conquiert une race industrieuse et douce. Ainsi s’expliqueraient évalement la facilité avec laquelle la religion et les mœurs égyptiennes s'établirent ou plutôt se rétablirent à toutes les époques en Phénicie, et en particulier ce culte d'Osiris, toujours en rapport avec Byblos et la côte chananéenne”.

Quant aux points de la côte où je conseillerais de faire des fouilles, Je recommande surtout Oum el-Awamid. En continuant à retourner et à examiner les pierres de cet endroit, on aurait la certilude de trouver de nouvelles inscriplions phéniciennes. Après Oum el-Awamid, je placerais Adloun et ses environs. Tout ce qui provient de cette localité présente un caractère à part et très-archaïque. Les environs du château de Gébeïl renferment sans nul doute des restes d’une précieuse antiquité. Enfin 1l importe de déblayer les parties encore inexplorées de la nécropole de Saïda. À Tyr, il faudrait fouiller très-profondément et dépenser des sommes très-considérables pour avoir la chance d'obtenir de beaux résultats.

Je réunis ici quelques pierres gravées dont on me donna les em-

preintes, mais que je n’ai pas eu de raison pour rapporter à une localité

! Aux et au m'sièele, on croyait en Phénicie à l'origine égyptienne des dogmes phéniciens. (Jamblique,

De pPylhag. vita, S 14.)

déterminée. Les petites notices qui les accompagnent sont, pour la plus

grande partie, l'ouvrage de mon savant confrère M. de Longpérier.

1. Ville assise; à ses pieds, un Fleuve nageant, comme on voit l'Oronte aux pieds d’Antioche.

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