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CHAPITRE VII

DIARCHIE DES EMPIRES EN OCCIDENT

Origine des monarchies divisionnaires ou royales. — Leur fonction générale dans la Chrétienté. — Leur tactique particulière en Espagne, en France, en Angleterre. — Procès féodaux entre dynastes. — Monarques de France et d'Angleterre. — Impuissance et chute de la papauté comme gouvernement général. — Guerre de Cent ans. — Congrès d*Arras. — La République européenne.

Parmi les familles féodales de chaque pays, celle qui, dans cette révolution devenue une sélection d'énergies sans frein, s'était rendue maîtresse des territoires les plus étendus et les plus peuplés, par les moyens usuels de la politique instinctive, devait forcément tendre à exercer une domination despotique sur les autres familles d'un môme cadre géographique.

Tel fut, en effet, le plan féodal basique sur lequel s'érigea la fonction monarchique, en Europe, partout où, comme en Espagne, en France, en Angleterre, en Danemark et en Suède, en Autriche, en Russie, en Prusse, le duel germanolatin de la papauté et de l'empire rendit ineffectifs le gouvernement général et le droit public primitifs, et permit cette poussée d'énergies souveraines.

Je sais que telle n'est pas la doctrine mystico-sentimentale, la théorie clérico-monarchique de la légitimité; mais je sais aussi que, hors de la Vérité, il n'y a pas d'Autorité possible.

Comme j'entraîne, en ce moment, mes contemporains, comme je pousse, en écrivant ce livre, ce vieux dix-neuvième siècle vers l'inévitable rétablissement de l'Autorité réelle, je n'hésite pas à réduire à néant, l'Histoire à la main, ces contes

bleus, ces fictions à dormir debout, ces mysticités éuervaDtes et paralysantes.

Oui, telle fut Torigine des dynasties royales en Europe, et c'est pour cela qu'elles y furent, qu'elles y sont choses utiles et pratiques, et qu'elles eurent la force d'y fonder les nationalités, glaive et main de justice au poing, et non le cierge ni le goupillon à la maio.

Lorsque, dans une même armée, deux généraux en chef, deux Impérators se disputent, dans le sang de leurs étatsmajors, le pas et la préséance, le commandement et l'exécution, le dernier chef divisionnaire est bien venu, s*il rétablit, fût-ce au prix de mille vies, l'unité de sa propre division.

Et s'il n'existe plus de chef divisionnaire, place au dernier des capitaines, place même au dernier des soldats, s'il a dans sa poitrine et dans sa tète l'énergie d'un chef.

Au moyen âge, ces deux Impérators sont le pape et l'empereur; ces divisions delà Chrétienté sont les nations; leurs chefs, d'où qu'ils sortent, peu importe, sont ces divisionnaires.

Et tant que ces chefs, traditionnels ou spontanés, ont la force vitale et l'intelligence nécessaires pour dresser, hérissées d'armes, les unités secondaires sur les ruines des deux unités générales aux prises, ces chefs portent en eux leur légitimité comme leur légalité, dans le fer de leur sang et dans le phosphore de leur cerveau.

Plus tard, j'exigerai d*eux une âme et un esprit; pour le moment de l'Histoire que retracent ces pages, il me su£Bt qu'ils soient de souveraines virilités, capables d'écraser sous un gant d'acier les brigands du dedans, et de clouer de l'épée sur la frontière les aigles, les vautours, les léopards ou les lions du dehors.

Que Dieu préserve les rois, dans leur œuvre si difficile, de cette mysticité de la légitimité, de cette Extrême-Onction de

la MoDarchie, que les Césars de Téglise latine n'inventèrent que pour disposer encore des couronnes, quand les tonnerres italiens d'Hildebrand furent devenus pour l'Europe désabusée un feu d'artifice sans conséquence*

Nous allons demander à Texpérience historique d'abord, comment les dynastes se saisirent des pouvoirs publics en Espagne, en France, en Angleterre, etc.; ensuite, comment ils remplacèrent l'ancien Gouvernement général, l'ancien droit commun.

Nous continuerons à dire sans peur toute la vérité : notre sècle est de taille à l'entendre; et loin d'y perdre, les gouvernements comme les églises, la Civilisation comme la Société ne pourront qu*y gagner en grandeur, en puissance et en réalité.

Ce que les rois avaient à dompter, c'était la dissociation de tous les organes sociaux, de tous les membres de l'Ëtat démembré, leurs répugnances à renonc^er à leurs libertés, c'est-à-dire à la multiplicité anarchique de leurs dominations personnelles, possessives et esclavagistes, leurs résistances à se réassocier sous un gouvernement et un droit communs.

Cette dissociation se décomposait en trois catégories, à peu près les mêmes partout :

1* Domaines et villes usurpés comme gouvernements et possessions personnels d'hommes et de territoires par les anciens chefs militaires impériaux ou royaux, ainsi que par leurs héritiers;

2* Domaines et villes qui, sans chefs militaires, avaient subi le joug du matérialisme gouvernemental, du même athéisme social, de la même mort politique, de la part des évèques ou des abbés mitres;

3** Domaines et villes tombés sous la tyrannie oligarchique

OU dictatoriale de magistrats civils, soit municipaux, soit communaux.

La première et la seconde catégorie constituaient l'aristocratie, avec ses républiques anarcbiques, rebelles à toute centralisation égalitaire, devant limiter ses libertés.

La troisième catégorie constituait la démocratie, et s'était garantie contre l'oligarchie nobiliaire par des institutions simples ou mixtes et plus ou moins fortes suivant les pays.

Cette dernière catégorie, moins jalouse de liberté que d'égalité, n'était très solidairement liée avec les oligarchies nobiliaires que dans les pays perpétuellement labourés d'invasions, comme TEspagne et l'Angleterre ; partout ailleurs, ses intérêts étaient de se liguer avec les monarchies naissantes, pour briser et broyer l'aristocmtie dans une centralisation et une juridiction égalitaires.

Eu Espagne et en Gastille, pays des châteaux-forts, existait une aristocratie puissante, toujours aux prisesavecelle-mème, à travers les maisons rivales de Castro, de Lara, de Haro, etc. , mais que la guerre perpétuelle contre les Maures força à se solidariser avec les classes inférieures.

Cette forte union rendit mixte l'institution des cortès, dès 1169, et difficile l'œuvre des rois.

La noblesse, ricos hombres, sa doublure, caballeros ou hidalgos (àziatzka des Polonais) , étaient liées par l'impôt du sang avec les pecheros ; et si ceux-ci s'unirent à ces deux classes pour les aider à résister à la royauté, ils tirèrent d'elles les fueros, qui leur permirent d'envoyer aux cortès jusqu'à près de deux cents députés représentant une centaine de villes : cortès de Bui^os, en 1315.

Ces fueros arrachés à l'ombre du pouvoir central concédaient aux villes de grands territoires, ainsi que l'élection des juges et des magistrats municipaux.

. Le roi n'y gardait qu'un régidor, surveillant général, auquel les hermandades, ligues des Cités, s'appliquaient à ne laisser aucune force executive.

« Vous êtes tous des rois pour le malheur du royaume comme pour ma honte. »

Ce que Henri III de Castille disait aux grands, il eût pu également le dire aux communes.

En Aragon, l'aristocratie avait un caractère féodal et révolutionnaire plus tranché qu'en Castille, le régime impérial ayant embrassé toute la circonscription de la marche de Barcelone.

Aragon, Catalogne, Valence, avaient leurs certes séparées.

Les certes d'Aragon représentaient quatre classes ou bras, brazos : V* prélats et commandeurs d'Ordres militaires; ^ ricos hombres ou barons; 3"" infanzos ou chevaliers (knights d'Angleterre) ; ¥ députés des villes.

Pour remplacer le pouvoir impérial par un magistrat qui garantit contre la royauté les libertés publiques, c'est-à-dire, dans bien des cas, les usurpations de la noblesse et celles des communes, tant sur Tempire que sur la royauté elle-même, les Aragonais avaieut fait une trouvaille politique : l'institution d'un justiza renouvelée des éphores.

Ce personnage de qui relevait le roi lui-même, lui souhaitait, le jour de son couronnement, cette bienvenue républicaine , au nom des barons et des communes :

«Nous qui valons chacun autant que vous, et qui, tous ensemble, valons plus que vous, nous promettons d'obéir à votre gouvernement, si vous maintenez nos droits et nos privilles, et sinon, non. »

Parmi ces droits, lescoutumes légales d'Aragon comptaient Tinsurrection, la déposition, le jugement du roi : Privilège de l'Union.

La souveraineté réelle appartenait donc, comme en Cas-

tilie, aux cortès, avec les pouvoirs de lever les taxes, faire la guerre, signer la paix, battre monDaie, etc.

C'était la république bâtarde, voulant de la royauté le fantôme dune autorisation.

Le principe de ce gouvernement était la Volonté populaire^ représentée, donc à moitié abdiquée déjà, mais mettant son orgueil à ne point se l'avouer.

Le but était la liberté illimitée, but rôvé, voulu même, mais avec une telle peur de l'atteindre, qu'on voulait aussi le roi, comme un recours possible, grands contre les petits, petits contre les grands.

Le vrai roi eût été le jusHza^ si ce magistrat n^eût pas été institué contre le roi lui-même, auquel les certes l'imposaient pour ne pas le subir, et pour satisfaire l'oi^ueil de cha* cun, en rbumiiiant dans le premier de tous.

Le roi qui supportait d'être ainsi traité et garrotté, n'était pas un roi, mais un laquais, et s'il se sentait une énergie souveraine il devait prendre la place du jmtiza^ fouler aux pieds ces entraves et centraliser tous ces faux pouvoirs républicains.

Mais pour triompher d'une anarchie aussi fortement instituée et constituée, il fallait, à la puissance d'une énergie souveraine, un point d'appui difficile à trouver.

Un roi d'Aragon ne vit pas d'autre issue que de donner par écrit son royaume, non pas au diable, mais à Innocent III, malgré les protastations des communeros et des cortès.

Ferdinand, dit, je ne sais pourquoi, le Catholique, et dont le vrai nom serait le despotique, fut seul en mesure d'exercer la monarchie réelle.

Son mariage lui ayant fait réunir les couronnes de Castille et d'Aragon, voici comment il s'y prit pour faire passer la monarchie de l'état nominal à l'état réel.

Il n'atteignit pas à l'homogénéité, à cause de la nature des moyens étrangers qu*il employa.

Sa lactique vis-à-vis de Tépiscopat, de la noblesse et des communes fut la même que celle des papes dans Téglise latine, et des dynastes dans chaque nation : les milieux et les moyens employés pour les vaincre furent différents.

Les cortès, ces conciles laïques, furent naturellement son premier objectif.

n était difficile de les mater, la noblesse et le peuple y formant faisceau pour résister à la royauté.

Pour les délier, et les vaincre isolément, Ferdinand s'y prit en Impérator ou Conquistador^ et commença, comme César, par battre Tennemi commun, les Maures.

Devenu populaire, il put impunément porter son ascendant militaire contre la noblesse et la chevalerie, les forcer à Tunité de son commandement, centraliser leurs droits et les pouvoirs de leurs assemblées spéciales.

* Restaient les communes, organes du peuple presque arien, mélangé d'Israélites et de Maures, jaloux de ses libertés religieuses et civiles, industrieux, commerçant, intelligent et civilisé.

Pour lier ce peuple à l'unité de sa domination, le roi commença par se servir des nobles pour se faire débarrasser par eux du justiza.

Il eut recours ensuite à un moyen étranger, antijuridique aussi bien qu'antinational, au pire de tous, à l'Inquisition, qu'il appuya par la force militaire.

Mw justiza de la couronne eût certainement mieux valu.

Borgia, sous le nom d'Alexandre VI, occupait alors le trône pontifical ; mais, à sa place, eût été un saint, que le Césarisme clérical de l'église romaine eût opéré d'une manière identique.

En France, la royauté suivit une marche plus nationale, plus juridique et meilleure.

Hugues Capet sut donner à son coup d'Ëtat les apparences d'un pseudo-plébiscite aristocratique de ses évèquês, de ses abbés et de ses barons.

Il est vrai que, dans rassemblée de Senlis, où il se fit brusquement élire, non sans préparation , il n'avait guère comme électeurs, que les seigneurs et les évoques de son propre duché, que les abbés de ses propres abbayes, Saint-Denis, Saint- Martin de Tours, Saint-Germain.

Il est vrai aussi que lorsque le roi légitime cai^ovingien, le grand-duc d'Occident, se présenta pour faire annuler cette élection y la Flandre, le Yermandois, la Basse-Lorraine, l'Aquitaine, le Nord et le Midi de la nation, étaient derrière Charles contre Hugues.

Si la conspiration des évèques, sous l'impulsion de Rome, n'avait pas, dans la personne de l'évêque de I^on, livré ce redoutable descendant de Gbarlemagne à Hugues Capet qui le confia aux cachots de la Tour d'Orléans, le coup d'Etal de ce dernier eût été hasardeux.

Cependant, de la part de celui que Montesquieu nomme prudemment le possesseur du plus grand fief, de peur de le qualifier de plus grand révolutionnaire féodal, il y avait une certaine pudeur dans cet hommage rendu, à Senlis, au fantôme d'une vertu électorale, aux mânes d'une légalité nationale.

En haine de l'empire, les papes étaient, comme nous Pavons vu, derrière les ducs de France; et Sylvestre II, Français, menait, à travers les évoques, ce coup d'Ëtat contre la

dynastie légitime.

Pourtant, la royauté française ne fut jamais une lieute-

nance armée de la papauté.

Sachant à quoi s'en tenir sur la légitimité, édifiée par

l'histoire des carlovingiens, la nouvelle monarchie s'entoura

de toute la légalité que put lui prêter peu à peu son union

progressive avec la nation .

Elle visa comme l'empire à être chez elle la magistrature couronnée, la loi vivante du pays, et atteignit magistralement son but.

Si elle favorisa l'église latine en France, ce fut en tant que gallicane, et elle sut lui résister, dès que son clei^é devint un instrument du césarisme clérical du saint Siège.

Malgré les moines de Saint-Denis, qu'elle fit dévotement prier pour ses morts, elle montra et pratiqua un véritable athéisme gouvernemental, trop motivé d'ailleurs par le carbonarisme politique de Tlmpérialat des papes vis-à-vis de l'empereur d'Allemagne comme vis-à vis des rois.

Voici quelle fut, à l'intérieur, la tactique des dynastes français.

Plus fortunés que ceux d'Espagne, iU trouvèrent la noblesse féodale et les communes naissantes, divisées, leurs institutions séparées, à l'état soitsimple, soit rudimentaire, sans lien mixte, comme les certes.

Les assemblées de la noblesse. Champs de Mars ou de Mai, étaient presque tombées en désuétude.

Ds les relevèrent pour s'emparer dé leur pouvoir législatif, comme Pavait si habilement fait Alexandre de Macédoine, en mettant la main sur le Conseil des Amphyctions.

Pour contre-balancer la force légale de la noblesse , les dynastes de France libérèrent les communes en se les attachant directement par de véritables fueros, m ais royaux cette fois.

En même temps que cette œuvre vigoureuseme nt menée par Louis le Gros et Philippe, ils encouragèrent fortement l'étude du droit civil romain et la création progressive d'une magistrature solide.

Enfin ils submergèrent légalement Taristocratie féodale en lui ouvrant, sous le nom d'états généraux, des certes do la couronne, où la représentation des communes engloutit l'oligarchie nobiliaire.

Ainsi, tandis que la monarchie espagnole assenrit sa nation pour la dominer, la monarchie française délivra la sienne pour la régir.

Mais la féodalité nobiliaire une fois noyée dans l'élément communal, il restait à conjurer les états généraux, foyer virtuel d'une démocratie pure.

liCs rois de France ne surent pas conjurer ce danger, ils Tatermoyèrent.

Centralisant dans leur personne les pouvoirs des étets généraux, ils en éloignèrent peu à peu la convocation, puis ne les convoquèrent plus.

C'était habile; mais l'habileté ne suffit pas, quand les principes opposés des formes de gouvernement sont en jeu.

Le droit monarchique ne doit jamais ruser avec le droit populaire et réciproquement, si Ton veut que la Monarchie ou la République soient réelles et durables.

Il fallait oser abroger légalement les états généraux d*iine manière plébiscitaire, au profit de la Magistrature nationale deTÊtat royal, et diviser la représentation en trois Chambres correspondant aux trois plus grands groupes d'intérêts publics comme je le montrerai à la fin de ce livre.

La demi-mesure des dynastes français fut d'autant plus impolitique qu'ils évitèrent la tyrannie clérico-militaire de la monarchie espagnole, en fondant sous le nom de parlement une cour représentée par les juges de la cour royale proprement dite.

Ils confièrent à ce parlement les fonctions judiciaires, la vérification et l'enregistrement des édits royaux et des actes législatifs de la couronne.

Ce n'était pas assez pour représenter l'équivalent des pouvoii*s publics absorbés.

Oubliant qu'ils laissaient non fermée derrière eux une source de volonté populaire, qui pouvait devenir unj[déluge, les rois français devinrent, en France, législateurs, en Europe,

magistrats partiels de droit commun, réserve faite de leur origine féodale et des combats judiciaires européens.

Ils prirent, dans leur pays, le style et les prérogatives de la loi même, comme autrefois les empereurs romains, fondèrent TÊtat le plus homogène d'Europe, et seraient encore sur le trône, s'ils avaient su conjurer la puissance démocratique latente des états généraux qui les écrasa, dès qu'elle se manifesta.

L'Ëtat qui leur survit, institution romaine, essentiellement monarchique et démocratique à la fois, et auquel le droit ro- «aain prête toute sa force, empêche seul aujourd'hui le démembrement de la nation par la vieille commune féodale des Etienne Marcel et la réduction du corps national en ses atomes municipaux.

Les chambres représentatives, telles qu'elles existent dans ce pays, n'ont aucune base sociale réelle; elles ne représentent que des illusions politiques sectaires, stériles et funestes à droite comme à gauche, des partis, démembrement virtuel de l'unité nationale, perpétuellement à l'assaut de l'État, et qui font constamment le jeu du mouvement fédéral communaliste.

La France est à la fois près de la mort politique, ou de Tapogée de sa vie nationale, selon que l'État affaibli par les chambres la livrera aux communes, ou qu'il deviendra absolument impersonnel, neutre aux partis, appuyé sur un suffrage universel plus complet encore, mais tout autrement organisé.

En Angleterre, la monarchie eut à compter avec une noblesse et une démocratie féodales plus fortes encore qu'en Espagne, plus solidairement liées, mieux garanties encore par leurs institutions soit originelles, soit revendiquées.

Élève militaire et politique de Charlemagne, le roi de

Wessex, E^bert, réunit rHeptarchie, sans modifier sensiblement l'organisation néo-ceilique importée par les Scandinaves comme elle le fut, en Espagne, par d'autres divisionnaires de TEmpire d'Odin , en Russie» par lesVarègues, etc.

Alfred, justement surnommé le Grand, porta plus loin l'œuvre demi-carlovingienne d'Egbert.

Il réorganisa TÂngleterre hiérarchiquement sur un plan juridique emprunté, moitié aux anciennes coutumes néo-eeltiques, dites à tort saxonnes ou germaniques, moitié à l'administration impériale.

De la base au sommet, il releva les circonscriptions juridiques suivantes:

l"" Tithing, commune de dix feux, jugeant ses propres procès ;

2"* Hundred, centon ou canton avec ses douze freeholders (jury des néo-Celtes), jugeant les procès des communes entre elles ;

3"" County ou shire, unité à la fois civile, politique et militaire, présidée parle comte ou ealderman assisté de l'évoque par-devant un shérif du roi ;

4"" Wittenagemot, assemblée des Sages, ouverte aux hommes libres comme aux thanes, et présidée par le roi, à la fois premier Magistrat et Jtistiza.

a Je veux mes Anglais libres comme leur pensée. »

Alfred entendait par là que, ayant la puissance juridique, ils respectassent leur propre loi.

C'est bien ainsi que TAngleterre Ta compris et le comprend encore.

Cette parole du sage Alfred, roi implacable d'ailleurs comme jmtider^ fut une prophétie des destinées de son pays, et il eut soin de l'appuyer sur ces institutions, souvenirs d'Odin et des vieilles libertés du Nord, oblitérées souvent, jamais oubliées.

Après la mort de ce Théodoric anglais, les hommes libres se lassèrent de venir à l'Assemblée royale des Sages ; les tha-

Des en prirent plus de pouvoir, et, sous les invasions danoises et saxonnes, le chaos féodal augmenta.

Après, vinrent les Normands de France et à leur tète, les rejetons des anciens Francs qui, sur le mot d'ordre de la papauté jalouse de faire oublier Tesprit libre d u Nord, s'emparèrent de la couronne.

11 va sans dire que Rome avait excom munie Harald, fils de Godwin, roi légitime, mais Saxon, ne payant pas le denier de saint Pierre.

La Conquête, le fils de Robert le Diable au sommet, s'établit en la plus régulière aristocratie féodale de la Chrétienté : six cents barons doublés de soixante mille chevaliers ou soldats à cheval, les premiers lieutenants de leur duc.

Ils se partagèrent le sol, et le Grand Terrier^ Doonis-day- Book, fut la condamnation dernière des Saxons que la haine romaine d'Hildebrand frappa de mort aussi bien dans l'église d'Angleterre que sur le sol féodal anglais.

Mais en écrasant sur ce sol Taristocratie antérieure, depuis la Manche jusqu'à Carlisle et Bamborough, la féodalité française de Normandie la confondit avec un élément communal et bourgeois puissant, armé du jury, labouré de guerres comme eu Castille et en Aragon, sachant sa force et ses droits.

Avant les Normands, bien que sans représentation constante dans le Wittenagemot, les corporations communales étaient vigoureuses.

Cantorbery assistait à la cour du comte, Londres concourait avec la noblesse à l'élection des rois, York, Oxford, nombre de villes et de bourgs avaient leurs libertés et leurs pouvoirs.

lia bride que mit à Londres Guillaume, en élevant la Tour^ devait, gr&ce à Rome, passer de la main des rois dans celle des communes.

En vain aussi, la grande noblesse crut-elle pouvoir faire par-

tout, ce que le roi fit à la capitale : elle fut soulevée peu à peu contre les rois par le clergé romain et le saint Siège, et, pendant ce temps, les communesi d'accord avec la petite noblesse, ainsi qu'avec les anciens éléments dano-saxons, s'affranchirent en recourant à la royauté qui leur rendit leurs fueros anglais, en leur donnant des chartes.

Henri \" rendit à Londres ses libertés et lui donna sa première charte.

Henri DI se fit de bonnes redevances en généralisant cette politique contre l'agitation cléricale, et les cités des domaines féodaux devinrent peu à peu leurs propres maîtresses et les égales des barons.

Londres» Romney, Hastings, Hyte, Sandwich, Douvres^ furent baronnes ou nobles, dans la personne de leur chef municipal, à peu près comme en Russie, au douzième siècle, certaines villes avec leur Vetché, Monseigneur Novogorod la Grande, Gospodine Vélikii Novgorod.

Il suffisait que Henri V fût l'allié de son gendre, l'empereur d'Allemagne Henri Y, pour que la papauté suscitât contre ce roi son clergé national.

La politique de Rome s'accentua encore davantage sous Henri II à propos du clerc convaincu d'assassinat que l'archevêque de Cantorbery fit acquitter par la juridiction ecclésiastique.

liC roi exigea que le jugement tût annulé et le procès recommencé devant la juridiction civile ; mais l'ardievèque soutenu par des légats envoyés de Rome agita le royaume tout entier, menaçant le roi, haranguant et soulevant les popu* lations.

Ainsi ce fut Rome qui porta à la monarchie anglaise les premiers coups qui l'affaiblirent.

Cette lutte recommença plus violente contre lean sans Terre à propos d'un autre archevêque de Cantorbery.

On ne peut que réprouver le meurtre de Thomas Becket,

comme un des plus affreux crimes que Henri II pût commettre; de môme on ne peut certes pas approuver Jean jurant parles dentÈ de Dieu qu'il ferait couper le nez à tout Romain qui mendraitdans se$Éiats^etjeterà la mer tout le clergé anglais.

Il ne faut passe dissimuler cependant que la souveraineté monarchique était rendue singulièrement difficile par des (muais affectant, comoie Becket, des allures de proconsuls impériaux de l'ancienne Rome, ou de préfets de provinces, oommandaBt, au nom du césarisme pontifical, à des rois vaincus, et considérant le royaume comme une province cléricale romaine, le clergé anglais comme leur armée d*occupation.

Telle fut la cause première qui permit aux communes de se dégager des barons, aux barons d'imposer au roi excommunié la Grande Charte, aux applaudissements du peuple.

Le pape Innocent 111 eut beau déclarer la Grande Charte non avenue, les barons maudits, le roi délié de ses serments : il était trop tard.

Quarante-trois ans après, les statuts (fOa:/br(/ établissaient ia périodicité du Grand Conseil de la nation, et les communes, six ans ensuite, siégeaient à côté de la petite et de la grande noblesse, dans les certes anglaises ou parlements, non du roi celte fois, comme en France, mais du peuple, dans le sens juridique et national de ce mot.

Sous Edouard P% la représentation des comtés et des villes dans le parlement se régularisa encore.

Sous Edouard H, le parlement dictait ses conditions en matière d'impôt.

Trois ans après, le consentement des communes était obligatoire pour valider certains pouvoirs des lords, et quinze ans plus tard, pour valider d'autres pouvoirs, mais, cette fois, de la couronne.

Enfin, trente-trois autres années s'étaient à peine écoulées qu'un moine anglais, Jean de Wiclef, défendait son pays

contre le saint Siège, et qu'un acte du roi, des lords et des communes déclarait à Urbain Y quMls n'entendaient pas que le royaume fût assujetti à une domination étrangère.

Ainsi se constituèrent, grâce à Rome et malgré les efforts des Tudors et de la Chambre étoilée, les libertés anglaises, sans que la royauté pût revêtir le caractère justicier d'Alfred le Sage.

Le Parlement eut beau se subdiviser en deux Chambres, celle des Lords et celle des Communes, ces deux Chambres représentant deux grands [louvoirs sociaux, deux grands groupes nationaux d'intérêts fonciers et mobiliers ne purent jamais être efEcacement opposés par les rois.

Ces deux groupes économiques, ces deux pouvoirs législatifs dont seule, la réunion plénière faisait ou défaisait la loi, ne pouvaient s'opposer entre eux que par eux-mêmes.

Mais les lords, n'ayant pas la force du nombre, sentirent vite la nécessité de maintenir étroitement leur union avec les communes, union dont la monarchie paya politiquement tous les frais.

A ce jeu, la démocratie féodale anglaise gagna tout ce que la noblesse et surtout la royauté perdirent.

Jacques P' voudra en vain, à propos de la conspiration des poudres, exercer un pouvoir régalien : ses persécutions contre les catholiques romains irriteront surtout les protestants.

Car, sentant en elles le pouvoir légal avec la puissance législative, les communes ne verront que l'arbitraire dans la royauté, dès qu'elle voudra devenir arbitrale et agir souverainement.

Jacques l" arrachera à peine quelques prérogatives au parlement, que le pays tout entier se partagera en deux camps

prêts à la guerre : Torys pour le roi, Whigs pour les commu-

nés, et le désastre de la royauté sera proche.

Charles P' aura beau sacrifier son ami, son bras droit, Strafiord, vice-roi d'Irlande, à la haine de la chambre des

communes : après le bras droit de la royauté, ce sera la tète du roi qui tombera.

Avec Xeurjusiiza^ Olivier Cromwell, Saxon, les communes resteront maîtresses du pouvoir, ayant, en droit civil, le jury à leur base, en droit national* la force juridique avec la puissance électorale, législative, administrative et exé* cutive.

Ainsi, dans sa constitution sociale, finissant par où commença r Aragon, l'Angleterre fut et reste, jusqu'à nos jours, une démocratie du moyen âge, couverte par une aristocratie foncière, et obéie par une monarchie.

L'Emporocratie était le seul moyen possible pour l'Angleterre d'éviter le règlement de ses problèmes politiques intérieurs, en donnant à sa démocratie bourgeoise l'Empire colonial le plus grand du monde.

Cette situation fait du gouvernement du Foreign-OfBce un Empire véritable, à forme emporocratique, que lord Beaconsfield a caractérisé de son vrai nom, en donnant à S. M. R. le titre d'Impératrice.

Mais la situation monarchique et nationale intérieure reste toujours un problème non résolu.

L'Empire colonial et emporocratique anglais, pris entre les États-Unis, la Russie et la Chine, peut, en se brisant, remettre en question tout le gouvernement royal du Royaume Uni.

Le règlement démocratique de la question agraire et du morcellement de la grande propriété peut, en ôtant à Taristocratie ses bases sociales, étouffer momentanément les libertés anglaises dans une démagogie égalitaire qui fera, sans le vouloir, le jeu d'une monarchie magistrale et justicière.

Je ne parle pas d'un autre danger consécutif des précédents : la désunion momentanée des lies et leur reprise sanglante dans une centralisation militaire, secondée par la politique du cléricalisme romain.

Quoi qu'en pensent certains hommes d'Étal anglais, ils ne sont plus isolés du continent, et la solution du problème du Gouvernement général de TEurope, le remaniement de la Loi publique continentale, T^i féodale dont la Diplomatie et la Guerre permanente sont les caractères, peuvent seuls préserver pacifiquement la royauté et l'empire d'Angleterre de toutes ces redoutables éventualités.

Pendant que l'Angleterre, la France, l'Espagne, marchaient ainsi de la division à l'unité relative ou absolue, du féodalisme pur à l'hégémonie nationale, et tendaient à s'établir dans leurs cadres géographiques respectifs, leurs rois avaient entre eux des questions litigieuses à régler.

Par une contradiction apparente, les souverains qui combattaient chez eux la révolution féodale ou la forçaient à l'unité, demeuraient eux-mêmes, entre eux, dans une situation juridique exclusivement féodale.

C'est ainsi que Louis le Gros, tout en rappelant à Tordre ses vassaux, les seigneurs de Coucy, de Gorbeil, duPuiset, de Montlbéry, Bouchard de Montmorency , batteurs de grands chemins, pillards de marchands et détrousseurs de voyageurs, se trouvait suzerain d'un vassal plus formidable, le duc de Normandie, en même temps roi d'Angleterre.

De son côté, Henri d'Angleterre, voyant Louis le Gros décidé à le détrousser de son duché de Normandie, se demandait, en comptant ses barons et ses chevaUers, quels étaient au juste ses devoirs de vassal.

La dynastie de Hugues Capet, duc de France, avait détroussé de la couronne française le duc carlovingien de basse Lorraine.

L'ancêtre de Henri, Guillaume de Normandie, avait luimême détroussé de son royaume d'Angleterre Harald le Saxon , fils de God wi n .

Les descendants de Hugues et ceux de Guillaume savaient mieux à quoi s'en tenir que leurs sujets sur leur situation juridique respective.

L'Empire seul eût pu légalement régler sans effusion de sang ce procès royal ; mais la papauté, empire elle-même, invalidait le saint empire romain de Germanie, sans pouvoir le remplacer ni dans le Gouvernement général, ni dans le Droit public européens.

Le seul droit qui restât à invoquer était donc le droit féodal.

Mais, aux termes de ce droit, le litige des deux rois aurait dû être soumis au jugement des pairs, non du duché, mais du royaume de France, à la fois juges et parties.

Restait le pape, me dira-t-on.

Il était aux prises avec Tempire.

D'ailleurs, n'ayant pas plus respecté les royautés que l'empire, le saint Siège en était payé de même monnaie politique, et réduit soit à foudroyer les couronnes, soit à les oindre, et vice versa.

Rome n*avait, en dehors de ses violences révolutionnaires ou de ses cérémonies cultuelles, aucune prise juridique, rationnelle et pratique sur les monarchies.

Elle n'était pas en état de juger équitablement de pareils procès, et de n'y pas mêler ses propres intérêts politiques, puisqu'elle possédait en Allemagne le tiers, en Angleterre le quart, en France le cinquième du territoire, sans parler des revenus.

C'est ainsi que les rois chrétiens, dans leurs litiges entre eux, furent réduits au recours aux armes, aux guerres privées du droit féodal, au fehde des anciens sectateurs d'Odin, aux combats judiciaires de la Celtide antique, aux ordalies des barbares de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique primitives, en un mot à la cour d'appel du meurtre et du carnage militaires.

Telles sont les origines du Gouvernement général, du prétendu Droit public des traités, de la guerre et des armées permanentes qui, depuis la guerre de Cent ans jusqu'au traité de Westphatie, depuis le Congrès de 1648 jusqu'à celui de Vienne et au traité de 1815, depuis ce dernier jusqu'au dernier traité de Paris, gouvernent encore toutes les nations européennes, après dix-huit cents ans de Christianisme.

La papauté sentait si bien qu'eu révolutionnant l'empire pour en hériter, elle avait assumé sur elle la responsabilité de le suppléer, qu'en 1119, le pape, en France même, essaya de réconcilier les deux rois, mais sans pouvoir leur faire rien conclure ni régler.

Dans des questions si compliquées, on ne dénoue point les querelles humaines avec le sentiment individuel, mais avec des institutions pratiques, dont les plans basiques et les fonctions hiérarchiques sont l'œuvre organique la plus délicate de la sagesse religieuse et de la science sociale.

Les deux rois pouvaient, sous la louable inQuence du pape qui, momentanément, y avait intérêt, se jeter dans les bras l'un de l'autre; mais la géographie politique n'en était pas plus réconciliée pour cela avec les questions nationales, ni les plans territoriaux avec les fonctions monarchiques qui s'élevaient sur eux.

Ces mômes questions d'ethnicité et de territoire avaient mené, dirigeaient et régissent enMre, bon gré mal gré, la papauté romaine, tant dans sa conduite politique vis-à-vis de l'empire grec, que vis-à-vis de la monarchie lombarde, de l'empire germain et de toutes les autres monarchies.

La querelle recommença donc plus violente entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion.

Cette fois encore, Rome intervint.

En 1199, Innocent III imposa aux deux adversaires une trêve de cinq ans; puis le pape, trop engagé dans sa fonction

césarienne pour se maintenir longtemps sur ce terrain arbi-* tral, dominé par ses intérêts matériels en Angleterre et ailleurs, revint au despotisme arbitraire, à la violence, excommunia Jean Sans Terre, autorisa Philippe Auguste à conquérir son royaume, et déclara naturellement que cette guerre était une croisade.

L'empire clérical des papes cessant d*6tre arbitre, l'empereur laïque, Otton IV, fit comme lui, et prit parti contre Innocent IQ et contre Philippe, en soutenant, les armes à la main, Jean d'Angleterre.

Ainsi la papauté elle-même, vaincue dans son Souverain Pontificat religieux par la force de son impérialat politique, renonçant bon gré mal gré à une médiation sentimentale sans portée, recourait au matérialisme et à l'athéisme gouvernemental, à la cour d'appel du meurtre militaire, faute de savoir et de pouvoir faire autrement.

En vain Innocent III revint*il sur ses pas, en menaçant Philippe Auguste et en frappant d'excommunication son fils Louis, appelé par les barons anglais.

Louis répondit à son père : « Point ne vous appartient de décider du royaume d'Angleterre », et il continua son entreprise.

Quant à Philippe Auguste, sous le feu des anathèmes, il poursuivit son œuvre, en appela à ses grands vassaux, et envahit les fiefs de Jean.

Sous saint Louis et Henri III, la guerre continua, heurtant la monarchie française à la fois contre les couronnes d'Angleterre et d'Espagne.

Le même roi de France qui, par sa sagesse, sa piété et sa justice, fut, pour ainsi dire, le pontife royal de sa race, poussa plus loin qu'aucun souverain le sentiment juridique de sa fonction.

Il sentit si bien que le salut des souverains et des nations ne pouvait venir, quant aux règlements de leurs procès, ni

de l'esprit des fausses décrétales^ ni de la bouteille à Teucre du prétendu droit canon, qu'il encouragea, dans son royaume, et de tout son pouvoir, l'étude et la pratique de l'ancien droit civil romain, et qu'il en appela à lui les légistes comme le faisait à la même époque l'empereur d'Allemagne.

Les procès dynastiques et nationaux lui parurent toujours mal réglés par la guerre, et, sans jamais la craindre, il s'efforça constamment d'éviter cette cour du hasard, cette juridiction féodale de l'appel aux armes.

Bien qu'en 1242, sa victoire lui eût permis de forcer les barons à la soumission, il voulut cependant leur laisser la liberté d'option pour lui ou pour Henri IQ, au sujet des fiefs qu'ils tenaient du roi de France ou du roi d'Angleterre.

Yis-à-vis de ce dernier, comme à l'égard du roi d'Aragon, en 1258 et en 1259, il poussa jusqu'au scrupule et jusqu'au sacrifice l'équité, loin d'abuser de son triomphe par les armes.

C'est pourquoi il apparut aux souverains comme revêtu par sa justice d'un reflet de l'Autorité arbitrale qu'on ne reconnaissait plus ni dans le pape ni dans Tempereur.

Le roi d'Angleterre le prenait à témoin, à propos des constitutions de Clarendon.

La Flandre déchirée par la guerre civile lui devait la paix, en acceptant sa décision dans une question de succession.

L'empereur Frédéric I relâcha sur sa demande des évoques français qui se rendaient, mandés à Rome dans un but hostile au chef de l'empire.

Je n'insiste sur ces faits que pour montrer, contrairement à l'opinion de gens soi-disant pratiques, quoique en politique peu scrupuleux, que dans le gouvernement intérieur d'un peuple, comme dans celui d'un ensemble d'États, la Justice, la Morale et le Christianisme positifs sont au moins aussi efficaces que la mauvaise foi, le mensonge, le meurtre et le vol à main armée.

Par toutes ses qualités mêmes, par ses vertus, saint Louis se trouva forcément entraîné à s'élever, de toute la force de sa conscience et de sa sagesse, contre la guerre de Grégoire IX et d'Innocent IV à l'empereur. ^

Il refusa au pape de le laisser venir en France, où ce dernier voulait se soustraire à une entrevue avec Frédéric, et le frapper d'excommunication, pour éviter un règlement juridique de comptes.

Les rois d'Angleterre et d'Aragon l'imitèrent.

Ce saint, qui rappelle certains rois d'Israël, essaya vainement d'arrêter Innocent lY qui venait d'excommunier l'empereur, vainement il le supplia, au nom du danger terrible dont l'invasion mongolique menaçait la Chrétienté.

Le pape proclama la croisade contre Frédéric II, déchaîna sur l'Allemagne et sur l'Italie la révolution, la guerre civile, et, contre l'empereur, jusqu'à des assassins, parmi lesquels son médecin et son chancelier.

Ce fut saint Louis enfin qui reprocha à Grégoire IX « de vouloir fouler avec l'empereur tous les rois chrétiens sous ses pieds » .

Ce fut également saint Louis qui refusa pour lui et pour son fils la couronne impériale qu'Innocent IV voulait arracher à l'empereur des légistes, et qui forcément eût fait de ce roi canonisé l'antagoniste juridique de la papauté, et peut-être un excommunié.

Ainsi il suffisait d'un juste, non hélas ! pour abroger, mais pour retarder de son vivant le branle que la guerre de Cent ans allait imprimer à la totalité des monarchies européennes.

En prouvant qu'il n'y avait plus ni Gouvernement général ni Droit public applicables, cette guerre ouvrait béante l'arène de ces grands combats judiciaires, de cette politique infernale et féroce des passions souveraines et des instincts nationaux, dont la papauté n'avait pas craint depuis Grégoire II de donner l'exemple.

Revêtu d'une fonctioD nationale, partie souveraine de Tensemble des souvefainetés chrétiennes, saint Louis ne pou* vait faire plus qu'exercer sur ses collègues une influence morale, et n'étant ni à la tète de l'empire laïque, ni au sommet de Tempire clérical, il ne pouvait exercer parmi les rois une juridiction supérieure à leur ordre de magistrature qui était le sien.

Sur son plan national, revêtu de sa robe bleue, il était justicier de ses sujets, avec pouvoir de sanction.

C'est ainsi qu'il imposa à ses barons l'abrogation des guerres privées et des combats judiciaires.

Il est certain que cette bonne œuvre nationale, si les papes n'avaient point été des Césars, si les Césars de Germanie n'avaient point été invalidés dans leurs fonctions par les papes, aurait pu devenir européenne, et lier à la paix publique tous les dynastes chrétiens.

Mais pour atteindre ce résultat désirable et possible, il eût fallu que la papauté eût été le couronnement religieux de l'Universelle Église et non la tiare politique das cadres impériaux de l'ancienne Rome et du latinisme clérical.

Alors, c'est par centaines de millions que, pendant l'ère chrétienne, les existences humaines eussent été sauvées du meurtre militaire, par centaines de milliards que la fortune publique de la Chrétienté eût été épargnée et employée à de meilleures fins.

Les papes, cette fois, eussent été des Pontifes, non plus nominaux, mais réels, non plus politiques, mais théocraliques, au lieu de noyer cette fonction représentative de la Providence dans des fleuves de sang chrétien assez grands pour rougir tous les fleuves du Globe.

Alors, loin de voir dans la couronne impériale l'ombre ou la lumière, la copie ou le modèle de la leur, ils eussent enseigné à l'empereur la sagesse sociale et la science organique de son rôle comme Magistrat des rois.

Celui-ci, grand justiza laïque, aurait fondé en paix son Iribunal de paix publique, cour d'appel des royaumes, juridiction arbitrale de TEmpire.

Comme je l'ai dit à propos de Charlemagne, ce but était facile à atteindre, en consacrant l'ancien droit romain, le testament de la Cité et de la Civilisation antiques, au lieu de lui opposer systématiquement, comme le fit le saint Siège, les (misses décrétales, le décret de Gratien^ le corps des règles et la concorde des canons discordants^ c'est-à-dire glaive à glaive, toute une forge de supercheries pour se dérober à la cour impériale d'Allemagne et la frapper de néant, comme on s*élait dérobé à la cour impériale de Byzance.

Tout entier à son œuvre exclusivement sociale, un Souverain Pontife de l'Universelle Église, de tout TÊtat Social chrétien, rendant à César ce qui appartient à César, aurait laissé les empereurs dominer légalement en Occident comme en Orient les rois soumis à leur circonscription judiciaire.

La Foi et la Loi, le Gouvernement et la Domination, l'Autorité et le Pouvoir, lu Religion et la Politique fussent devenus réels, d'autant plus unis pour le bonheur de TËtat Social chrétien qu'ils n*auraient pas été confondus.

Car l'Unité intellectuelle, ou Universalité, inverse de l'unité physique, est la concorde des choses distinctes.

C'est ainsi que l'Empire, la Justice dans la tète, la Loi publique dans le cœur, le glaive des sanctions européennes dans la main, aurait pu -dicter aux dynastes féodaux de l'Orient et de TOccident, du Nord et du Midi, la paix que saint Louis commanda à ses barons, quand il leur dit :

« Tel qui prouvait par bataille, prouvera par témoins. >

Mais j'ai assez montré pourquoi ce qui pouvait être ne fut pas, etne seraplus, souslesformesquiétaientalorsdisponibles.

Je continuerai néanmoins à laisser parler dans les faits cet esprit religieux et social de l'Histoire, dont mes conclusions ne seront que le strict résumé, la somme précise et le total exact.

D'uu côté de la Manche comme de l'autre, les rois et eurs conseils nationaux recommençaient chez eux le tra?ail poursuivi par les empereurs de Germanie dans le Gouvernement général : l'affranchissement de leurs juridictions, le dégagement de leur magistrature ,étoufiëes dans les serres de rimpérialat cléricale de Rome.

La couronne d'Espagne, au contraire, s'inféodait peu à peu au saint Siège.

Si les rois d'Angleterre et de France réussirent mieux à se libérer que les empereurs, c'est que la papauté latine et l'empire germain s'étaient enferrés jusqu'à la garde, jusqu'au morcellement féodal, communal et municipal de l'Allemagne et de l'Italie, grâce auquel l'empire n'avait plus pour bases qu'un fédéralisme rebelle lui refusant, avec les forces militaires, toute sanction juridique, avec les forces financières, la poignée d'or du glaive de Justice.

Au contraire, les royautés étaient réelles, elles avaient pour corps leurs nations rassemblées, Unités divisionnaires entre elles, mais physiquement, géographiquement centralisées sur elles-mêmes.

Je prie le lecteur de croire que rien n'est hasard dans l'Histoire : tout s'y enchaîne, tout s'y déduit, tout s'y conduit soit dans le mal, soit dans le bien, selon des lois statiques et dynamiques qui, bien qu'inconnues encore de nos jours, n'en existent pas moins, et s'accomplissent toujours.

Ces lois si secrètement renfermées sous un triple voile par ' les prêtres égyptiens, initiateurs de Moïse, ne sont pas si impénétrables que la passion de la Vérité et le scientifique amour de l'Humanité ne puissent les saisir dans leur accomplissement à travers la formation, le développement et la dissolution des Sociétés.

Je crois avoir assez montré, en prenant, comme chrétien et comme européen, la Chrétienté pour exemple, que l'âme de vie de cet État Social est le Christianisme, son principe

animateur, l'âme et l'esprit de Jésus-Christ, sa fin, la réalisation des vœux renfermés dans la prière de ce Théocrate.

Le premier moyen organique par lequel ce piriocipeé?ertue la Chrétien lé pour Tacheminer vers ses fins, devait être r Universelle Église, mais nous avons vu comment elle fut sectarisée et brisée dans le choc de ses formes politiques et de ses cadres hiérarchiques d'emprunt.

Le second moyen fut et reste Tesprit public chrétien, celui qui grâce à l'opposition mutuelle des sectes cléricales de Byzance et de Rome, ne fut jamais formulé et que, dans notre passé, j'appelle l'esprit de THistoire dans la Chrétienté.

Les institutions magistrales de premier degré, les premiers organes de Gouvernement général et de Droit public que cet esprit pouvait, en effet, vivifier, étaient le Souverain Pontificat et l'Empire, si le plan romain de la papauté n'eût d'avance invalidé tout catholicisme, toute Universalité ecclésiale, ainsi que le Christianisme intégral ou orthodoxe.

La conséquence forcée était Tinvalidation du Souverain Pontificat Ini-môme, la confusion par le saint Siège de l'Autorité avec la Domination, de l'hiéroglyphe de la tiare avec le symbole de la couronne impériale.

Veuillez vous rappeler mes définitions des deux formes de gouvernement, Théocratie et Empire, et méditer ce qui suit.

Parodiant les usages de la cour impériale, voici le pape Boniface VHI qui en prend tous les symboles et tout le cérémonial.

Le jour de son installation, j'allais dire de son couronnement, il fait tenir la bride de son cheval par les rois de Hongrie et de Sicile.

Charlemagne qui avait fondé cette étiquette n'exigeait pas que les rois lui tinssent la bride, mais simplement qu'ils lui tendissent le saint Graal des anciens Celtes, la coupe d'honneur.

Pendant le festin, voici encore Boniface VIII qui se fait servir à table par les rois, couronne en tète.

Enfin, en 1300, devant l'Univers convoqué à Rome, à sou Jubilé, le voilà qui se montre à la Chrétienté précédé de deux glaives nus et revêtu des insignes impériaux.

J'espère que le lecteur attentif trouvera lui-même les conclusions de cet enseignement symbolique.

La conséquence immédiate fut qu'un roi de France, Philippe le Bel, put manquer de respect à la majesté de la tiare, trai ter Boniface YIII en usurpateur impérial, et, sans que la Chrétienté écrasât ce roi sous la main d'un empereur laïque, fit soufQeter lâchement un Pontife, fouler la tiare par ses l^istes, et emporter à Avignon la papauté captive d'une monarchie divisionnaire. x

La conséquence seconde fut la division, par le glaive, de la tiare en deux tiares rivales et le grand schisme d'Occident.

Dès lors, le gouvernement général de l'élise latine est mort, empire tué par la papauté, papauté tuée par une royauté ; et, du même coup, avec la guerre de Cent ans, la Cour d'appel du meurtre présidée par l'Athéisme gouvernemental européen, s*ouvre béante devant les rois et les nations du Christ.

La guerre de Cent ans fut, vers la fin, l'objet d'une tentative d'arbitrage, dernier eflbrt impuissant du double Gouvernement général et du double Droit public de la papauté et de l'empire.

En 1435, un congrès de toutes les monarchiesde la communion latine eut lieu à Arras.

Dans cette assemblée, se trouvaient réunis, sous la présidence de deux cardinaux, les ambassadeurs de l'Empereur et des rois de France, d'Angleterre, de Castille, d'Aragon, de Portugal, de Navarre, de Naples, de Sicile, de Chypre, de

Pologne, de Danemark, et des ducs de Bretagne et de Milan.

Ce congrès se retira, sans avoir rien produit; car le traité d'Ârras de la même année ne fut pas son œuvre, et ne mit pas fin à la guerre des dynasles franco-anglais, mais seulement à celle du duc de Bourgogne contre Charles VU de France, par^ des stipulations tout à l'avantage du duc de Bourgogne.

Ce traité eut néanmoins pour base la neutralité du duc et, en mettant fln à la guerre civile, il permit à Charles VII d'arrêter jyB,r]eL pragmatique sanction^ le désordre religieux, par Y ordonnance (T Orléans , le désordre militaire féodal, et de substituer à ce dernier rétablissement d'une armée permanente qui, du même coup, tua déCnitivement l'anarchie des barons français et l'occupation de la France par l'Angleterre.

Au congrès d'Arras, le gouvernement général de la papauté montra une fois de plus sa nullité comme sagesse sociale et comme science organique.

Les cardinaux, qui avaient, là, sous la main, les ambassadeurs de l'empire, devaient les constituer comme receveurs en appel, organiser au-dessous d'eux les ambassadeurs royaux en mandataires du jury des pairs, leur soumettre le procès pendant entre les deux rois belligérants, et donner au jugement la sanction de toutes les armées réunies de l'empire et des royautés représentées : tel était l'esprit juridique de l'empire.

Mais les cardinaux légats n'en firent rien, parce qu'il n'y avait plus rien de vrai ni de réel, de scientifique ni de pratique :

l"" Da ns la papauté considérée comme fonction Souverain Pontificale, co mme Autorité universelle, comme Institution théocratique ;

2* Dans l'empire considéré comme juridiction d'appel des

rois et des nations et comme pouvoir exécutif supra-royal et

supra-national

S"* Dans le jury des pairs royaux ^ qui n'aurait pu rendre qu'un jugement illusoire.

En effet, ce jugement eût été sans autorité comme sans pouvoir de sanction, la papauté, monarchie comme les autres, nyant écrasé depuis longtemps son principe religieux et la loi publique impériale, en prenant la domination temporelle pour l'Autorité théocratique, l'arbitraire pour l'arbitrage, et ne pouvant se résoudre à laisser le droit civil romain remplacer le droit canon.

Ne pouvant se faire ni par l'ancien gouvernement généra) ni par l'ancien droit de l'empire romain, désorganisés parles papes, et séculairement désarmés par eux de toute organisation sociale pouvant leur prêter force de sanction, le r^lement du procès royal anglo-français, le jugement de Dieu de la guerre de Cent ans s'opéra comme il suit :

l"" Par Jeanne d'Arc entraînée par inspiration directe à remplir la fonction sociale qu'aurait dû scientiBquement exercer un primat épiscopal de France, et à représenter TAulorité religieuse de la nation ;

S"" Par le pouvoir royal de Charles VII que Jeanne rappela au sens juridique et exécutif de sa fonction politique;

S"* Par la sanction des armes rassemblées par cette Voluspa française du Christ, dans les mains de son roi, à Reims, et définitivement appliquée dans les victoires de Formigny au Nord, de Castillon ^u Sud.

Rapproché du congrès d'Arras, le jugement féodal de ce procès par l'âme et par le corps, par le cœur et par le bras d'une nation rassemblée autour d'une royauté, constitue la première assise gouvernementale et juridique d'une nouvelle Europe, d'une nouvelle Chrétienté, celle des temps modernes.

Jusqu'à nos jours, en effet, l'ensemble dos nations européennes va être régi en apparence par des congrès, en réalité par le destin des batailles, en égyptien moïsiaque, Elohim Sabaoth.

Telle fut la fin, en Occident et dans la Chrétienté latine, du double gouvernement général, du double droit public de l'empire et de la papauté, double gouvernement, double droit, dont Tanarchie par diarchie de races, de formes et de pouvoirs politiques, permit la victoire de la révolution féodale, la défaite de ses bases et le couronnement de ses sommets dans la personne des dynastes nationaux.

Cette fin du rôle possible de la papauté et de Tempire comme grandes unités gouvernementales, est le commencement de Tère européenne des Unités secondes ou divisionnaires.

Il importe de relever que le caractère de ce règne nouveau de l'ensemble des Ëtats européens, royaux ou non, est un gouvernement général essentiellement antimonarcbique :

La république athée des souverains et des notions du Christ ou la dissociation des monarques et des États européens.

Dans cette singulière république européenne, dont les congrès de 1648 et de 1814-1815 seront les assemblées, la ruse et la violence, la diplomatie et la guerre constitueront seules le Gouvernement général et le Droit public.

Seule, la Force, le poids militaire des armées permanentes représentera la puissance législative européenne, dictant, au hasard des batailles, ses lois, sous forme de traités généraux, ou partiels .

Ces traités, ces arrêts momentanés des grands combats judiciaires soit dynastiques, soit nationaux, seront, au point de vue scientifique comme au poiqt de vue pratique, au point de vue religieux comme au point de vue social, sans aucune espèce de valeur juridique ni légale.

Dictés par la guerre, ils imposeront de plus en plus les conséquences de leur unique principe^ la Force, et la permanence des armées, dont Charles YII le premier, éclairé par le pa-

triotisme religieux de Jeanne d'Arc, sentit l'inexorable nécessité.

Le GouYernenient et le Droit, la sanction et la loi, confondus dans la force militaire, feront de la République athée et antisociale des souverains Chrétiens une sorte de cour des pairs, véritablement féodale, dans le sens révolutionnaire de ce mot.

Dans cette cour européenne, chaque suzerain de nation, juge et partie en même temps, ne relevant plus lui-même d'aucune suzeraineté supérieure, n'aura plus aussi d'autre juridiction d'appel, d'autre recours ni d'autre garantie que cette loi naturelle et antisociale de la nature élémentaire et animale : le Struggle for life présidé par la Brutalité.

Dans cette carrière nouvelle, ainsi tracée, le saint Siège et l'empire n'entreront plus qu'au même titre que toutes les autres souverainetés, soit royales, soit nationales, et que le grand Turc lui-même, qui, grâce à ce nouveau gouvernement général, à cet étrange droit public de la Force, va bientôt venir s'installer, au nom de l'Islam, dans la région politique la plus importante de la Chrétienté, et n'en bougera plus jusqu'à nos jours.

On m'objectera en vain la fonction pseudo-impériale de la maison de Hapsbourg.

Cette maison féodale, comme celle de Hugues Capet, depuis Rodolphe T', jusqu'au milieu du quinzième siècle, suivra exactement la même tactique que celles de France, d'Angleterre et d'Espagne, dans leur marche ascendante vers la souveraineté.

Comme les ducs de France et ceux de Normandie, les ducs d'Autriche s'élèveront du plus grand fief sur les fiefs secondaires qu'ils tendront à centraliser, ce qui est le caractère féodal des Unités divisionnaires ou royales, et le contraire de la caractéristique légale de TEmpire, gouvernement impersonne et antiféodaU

L'Allemagne elle-même ne leur accordera la couronne impériale que comme les papes, sous condition implicite de ne point exercer réellement l'Empire gouvernemental ni juridique.

A fortiori^\es grandes dynasties similaires ne reconnaîtront chez les Hapsbourg que des monarques de même plan qu'elles et, dans leur cérémonial impérial, qu'une archéologie sans vie.

Ainsi, comme le saint Siège, la Maison d'Autriche sera gouvernée par le poids total de la force militaire européenne, et ne pourra qu'entrer, au même titre réel que les royautés, dans la compétition armée des territoires, dans la lutte sanglante pour la vie nationale, dans l'athéisme et dans le matérialisme politiques, dans l'anarchie républicaine des souverainetés vouées, entre elles, à la juridiction féodale des grands combats judiciaires, qu'elles abrogent chez elles.

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