CHAPITRE XII
CONCLUSIONS ET CONSTITUTION EUROPÉENNE
Le triple conseil européen. — Conseil des communes, économique ou emporocratique. — Conseil des États, judiciaire et politique.— Conseil des églises, théocratique et social. — Gouvernement général de la Chrétienté. — L'Empire de la Civilisation et l'Islam. — La Chrétienté et Israël. — Les Mongols. — LaSynarchie européenne et ses conséquences dans les nations. — Adieu au lecteur.
La création européenne que je propose demande, pour s'accomplir) trois institutions distinctes, trois organes sociaux de la triple vie religieuse, politique, économique des peuples européens.
Voiciy en procédant hiérarchiquement, l'ordre et le nom de ces organes h constituer pour fonder le Gouvernement général de l'Europe, et le faire passer de l'Ëtat antisocial, du slmgglefor life naturel, où il est, à l'Ëtat Social où il doit être :
i"" Conseil européen des Églises nationales ;
2"* Conseil européen des États nationaux ;
S"" Conseil européen des Communes nationales.
Le premier Conseil doit représenter la vie religieuse et intellectuelle, la Sagesse et la Science.
T^ second Conseil doit représenter la vie politique et juridique, l'Équité et la Justice.
Le troisième Conseil doit représenter la vie économique, la Civilisation et le Travail.
Tel est Tordre hiérarchique des trois Conseils, une fois créés ; mais, pour les fonder, il faut procéder en sens contraire, et commencer par la base.
L — Conseil des communes
J'entends le mot Commune dans son acception scientifique, indépendante des fausses doctrines, des mauvaises passions, des instincts révolutionnaires qu'engendrent les maux politiques.
Londres, Paris, Bruxelles, La Haye, Stockholm, Copenhague, Berlin, Saint-Pétersbourg, Athènes, Vienne, Berne, Rome, Madrid, Lisbonne sont les grandes Communes, les Cités-Mères, les grands centres de la vie civile et de la Civilisation de l'Europe.
Ce sont ces Capitales qu'il s'agit d'associer dans un Conseil européen, en prenant la vie économique comme base, seul moyen de les lier à la Paix publique et de les rendre à leur véritable rôle national comme universel.
Ce rôle réel des Capitales considérées comme centres de la Gvilisation, est tellemement considérable dans chaque pays, tellement universel dans toute l'Europe, qu'il représente, à lui seul, la synthèse et la somme de» intérêts économiques des nations.
Ces intérêts sont aujourd'hui la base réelle de toutes les
Sociétés nationales, et nulle politique soit intérieure, soit étrangère, ne devrait pouvoir s'exercer, sans les consulter, et en recevoir un indispensable contrôle, une sage et précise pondération, et par suite, une garantie pratique de stabilité et d'obédience.
Au lieu de cela, le seul rôle laissé aux Capitales par le Gouvernement général de l'Europe, par la République antisociale DES États, ainsi que par sa loi, diploniatico-militaire, est dissolvant, irréel, anarchique.
Centre d'anarchie européenne, intergouvernementale, représentée partout par les ambassades et les attachés militaires, les Cités-Mères du Continent sont, en outre, chacune dans sa nation, le foyer de la centralisation armée, dans laquelle chaque État européen étreint et épuise la vie nationale, et l'accable en dedans, pour la risquer au dehors.
C'est pourquoi toutes les grandes Capitales du Continent étant des foyers de despotisme militaire, sont aussi des foyers révolutionnaires, ce qui cesserait d'avoir lieu, sans secousse et de soi, si, pour leur propre conservation, comme pour celle des nations qu'ils dirigent, les gouvernements osaient prendre l'initiative de la première création que je leur propose.
Cette création peut s^accomplir aisément sous la surveillance initiatrice des souverains ou des chefs des États.
Cette association des grandes Communes d'Europe peut et doit aboutir au désarmement, à la neutralité et à la liberté des Capitales.
Sur cette base seule peut s'édifier l'EiflpiRfi européen de la Civilisation.
Villes neutres, cités libres, liées à la Paix publique daas chaque nation comme dans tout l'Empire européen, sans autres soldats dans leurs murs que la police de leur propre État na-
tional, les Capitales pourront être ainsi toutes à leurs Téritables œuvres.
Ces œuvres sont, la Civilisation, ses résultats économiques, l'organisation nationale, étranglés aujourd'hui par la Loi totale de l'Europe, par la Force militaire, et contraints à revendiquer leurs intérêts par voie politique, d'une manière plus ou moins révolutionnaire, mais en dehors des questions à régler, du but à atteindre et des moyens d'y parvenir.
Le Conseil des Communes d'Europe pourrait être recruté comme il suit :
Dans chaque capitale, des conseillers seraient nommés par une assemblée des économistes, financiers, industriels, agricu Iteurs et par les chambres soit syndicales, soit corporatives de chaque nation.
Le Conseil ainsi nommé se rassemblerait, à chaque session, dans une capitale différente, en commençant par Londres, cité par excellence des institutions libres.
L'objet des délibérations et du ressort du Conseil européen des Communes embrasserait toutes les questions suivantes, en prenant pour bases tous las traités, toutes les conventions internationales, relatives à ces questions.
Monnaies, Finances et Banque, Commerce, Industrie, Agriculture, Communications, Marine marchande. Chemins de fer. Postes, Télégraphes, Douanes, Consulats, Colonisation.
Ce Conseil serait formé en Jury et aurait pour juges, par chaque nation, les ministres des Finances, de 1& Marine marchande et des Départements ministérielsenglobantl'Industrie, le Commerce, l'Agriculture, les Travaux publics, les Communications, les Consulats et les Colonies.
La Présidence du Conseil appartiendrait aux souverains ou aux chefs des États, et serait déférée par eux avec le titre
d'Empereur arbitral au chef de TÉtat natioual dans la Capitale duquel se réunirait le Conseil.
Les jugements ne feraient loi qu'après avoir passé par l'examen desdeux autres Conseils, celui des Ëlats, celui des Ëglises et avoir reçu leur approbation.
Alors, ces jugements, comme lois, seraient enregistrés par le Conseil des Ëtats, consacrés par le Conseil des Églises, et mis sous la sanction de l'union des armées nationales de terre et de mer, confédérées, en cas d'infraction d'uqe natiou, et après le procès européen de cette nation par les trois Conseils réunis.
Bien que je croie m'ôtre expliqué clairement, je ne crains point d'entrer dans trop de détails, pour ne laisser aucune obscurité dans l'esprit du lecteur.
Le Conseil européen des Communes ne s'occuperait en rien de la vie économique intérieure de chaque nation, mais seulement des rapports économiques internationaux.
J'ai eu soin d'indiquer qu'il ne s'agissait pas d'appliquer dans ce Conseil des doctrines faites a priori^ mais, en prenant pour bases les traités existants, de passer immédiatement à la pratique, et de laisser les intérêts communs s'exprimer euxmêmes librement par des lois communes, valables pour un temps déterminé, et sans aucune entrave politique.
Mais, me dira-t*on, du côté des gouvernements, vous nous désarmez au dedans et au dehors, en neutralisant nos Capitales; vous nous suscitez une puissance qui nous anéantira, en constituant ainsi, à l'état de pouvoir législatif européen, le monde des intérêts économiques.
Je répondrai à cela en peu de mots.
En neutralisant vos Capitales je vous libère au contraire du Gouvernement général européen, dont la loi pèse fatalement sur vous du dehors, et vous constitue entre vous à Tétat d*anarchie armée, sans aucune espèce de sécurité mutuelle.
C'est par cette République athée, par cette Constitution barbare et antisociale que vous êtes tous régis diplomatiquement et militairement, sans espoir de vous y soustraire.
Cette constitution décorée du nom A'Éqtdlibre européen vous met à tous sur la tète cette fatalité permanente : la brutalité militaire, cette loi de l'animalité pure : Struggleforlife.
Rois ou chefs d'Ëtat, vous n'êtes donc pas libres, ni sooia* lement garantis entre vous, mais au contraire asservis, dans vos rapports mutuels, dans votre vie publique, comme premiers fonctionnaires européens, à une situation féodale, qui est la cause première de tous vos maux, de tous vos dangers, tant extérieurs qu'intérieurs.
 l'intérieur, prisonniers de guerre du Système militaire européen, vous êtes, sur le Continent, forcés de le subir dans vos nations, de les gouverner despotiquement et militairement si vous voulez les conserver et vous préserver.
C'est pourquoi, la révolution, le malaise général vous travaille tous dans vos gouvernements, monte partout, sous diverses formes à l'assaut de l'Ëtat et des pouvoirs publics que vous centralisez dans vos mains, et gagne contre vous un terrain politique sur lequel, le sentiment chrétien, diffus dans l'opinion publique de vos peuples, vous empêche de vous défendre, en vous couvrant des garanties de la Monarchie réelle qui sont encore une fois le meurtre et la mort.
Que cette révolution intérieure vous arrache des libertés constitutionnelles : sa seconde étape est de vous déposséder vous-mêmes du gouvernement.
Elle est impuissante elle-même, je le sais, à remédier à la situation européenne des Ëtats, à modiQer, à Tintérieur dei grandes nations Qontinentales, les conséquences de cette
même situation ; mais il n'en est pas moins vrai que tous les risques sont pour vous, soit que l'anarchie intergouvernementale de l'Europe vous écrase par la guerre, soit que la révolution intérieure vous exproprie à terme, en vous imposant une constitution, ou immédiatement en vous éliminant.
Le seul moyen pratique qui puisse vous garantir, est que vous subordonniez votre rôle militaire à celui de votre magistrature de droit commun, et que vous vous fassiez, comme Magistrats européens, les initiateurs, les missionnaires de réformes que je vous conseille radicales, parce que les demi-mesures vous perdent, et vous perdront de plus en plus.
Encore une fois, c'est dans la vie économique et emporocratique de vos peuples que vous devez chercher la base précise, les fondements exacts de Tédifice européen que je vous invite à construire, dans votre intérêt, comme dans celui des nations.
Le moment est d'autant plus propice que la somme des intérêts économiques n'a point encore été instituée ni constituée à l'état de puissance législative spéciale, et que si vous vous faites les mandataires européens d'une pareille force d'intérêts généraux, vous donnerez à la politique irréelle soit de la Guerre, soit de la Révolution, un si formidable contrepoids qu'elle sera forcée de s'arrêter, et de se subordonner à vous comme Magistrats suprêmes.
Comme tels, rois ou présidents de nations, vous devenez inviolables, ainsi que vos gouvernements eux-mêmes, dans vos Capitales neutralisées.
Vos personnes représentent du même coup un Gouvernement européen impersonnel, puisant les sources do sa vie dans les réalités économiques les plus inébranlables des Sociétés contemporaines ; et, premiers Magistrats d'un Droit public réel, vous verrez tout attentat, soit contre vos personnes, soit contre vos pouvoirs, relever du Tribunal de rEuro[)o entière.
Désormais responsables de la garde de tos personnes et de vos pouvoirs, les villes libres de TEmpire de la Civilisation feront leur propre police mieux que vos administrations ellesmêmes.
En pouvez-vous dire autant^ depuis que la Guerre permanente et la Diplomatie vous constituent féodalement à l'état de République européenne, antijuridique et antisociale?
La hacbe a tué Charles d'Angleterre, la guillotine Louis XVI de France, la dynamite Alexandre II de Russie, et ces trois monarques étaient paimi les meilleurs de leurs temps.
Ce sort peut vous atteindre tous, et vous êtes tous solidaires dans le n.al, sans pouvoir, en dehors de ce que je vous propose, vous rendre solidaires dans le bien, et prévenir de pareils crimes ou les châtier de commun accord.
Comme je vous Tai dit, vous n'êtes pas les maitres de vos Capitales militairement écrasées par les chaînes de fer de l'état de siège féodal du Continent . Vous en êtes les prisonniers de guerre; et dans les États de premier rang, dans ceux dont le poids militaire pèse, dans ce que vous appelez 1 Équilibre européen, vous ne pouvez vous montrer qu'entourés d'une garde de soldats, tant que vous n'aurez pas accompli ce que je vous soumets ici.
Votre mission cependant est plus haute et plus grande encore.
La vie économique vous donnera la base, mais sur cette base vous devrez élever le Conseil des États européetis.