III. — Conseil des églises
J'entends par ce mot. Église nationale, la totalité des corps enseignants de la nation, sans distinction de corps, de sciences, ni d'arts, depuis les universités laïques, les académies, les instituts et les écoles spéciales, jusqu'aux institutions de tous les cultes reconnus par la loi civile, la Franc-Maçonnerie y comprise, si elle se donne, soit pour un culte, soit pour une. école humanitaire; depuis les sciences naturelles de la géologie à l'astronomie, et les sciences humaines de l'anthropologie à la théologie comparée, jusqu'aux sciences divines de Toutologie à la cosmogonie.
Cette totalité des corps enseignants de chaque nation est ce que j'appelle l'Ëglise nationale, et l'évêque national qui la consacrera dans sa patrie en sera le Primat catholique orthodoxe.
En effet, en dehors de cette concordance hiérarchique des sciences et de cette Paix sociale des enseignements, il ne peut exister que des sectarismes, éléments de divisions poliU-
ques, sans vérité d'orthodoxie, sans réalité de catholicisme, sans autorité comme sans puissance créatrice de Religion sociale.
Cette constitution intérieure des Églises nationales, où l'épiscopat investi du pouvoir des Apôtres n'aura qu'à consacrer la somme des intérêts intellectuels et vraiment religieux de chaque nation, sans les discuter, cette constitution, dis-je, il serait heureux que la papauté pût prendre l'initiative de la conseiller Ihéocratiquement à toutes les nations européennes du Christ.
Mais posée à Rome sur son plan ethnique d'Impérialat clérical latin, il est radicalement impossible que la papauté soit libre d'exercer encore, dans ce sens, le Souverain Pontificat.
Tout ce que Ton peut espérer, c'est que la majesté de la tiare viendra, un jour, dans le Gouvernement général de la Chrétienté, couronner, au sommet de l'Église Universelle ayant pour piliers toutes ces Églises nationales, cet édifice catholique et orthodoxe, une fois bâti.
En attendant, il est loisible à tous les gouvernements européens où le chef de l'État est aussi le chef des cultes et des corps enseignants, d'opérer chez lui cette synthèse organique, à laquelle je donne le nom chrétien d'Église nationale.
Pour y arriver, il suffit, dans chaque État, d'accorder et d'imposer juridiquement à tous les corps enseignants, quels qu'ils soient, une institution organique commune, et d'en'éloigner statutairement toute discussion étrangère aux questions pratiques de budget et autres.
Cette œuvre est beaucoup moins difficile qu'on ne le
suppose, et la majorité des meilleurs esprits y est beaucoup plus favorable qu'où ne saurait le croire.
Elle est du reste conforme aux traditions des conciles, où le monde civil et laïque était représenté, ainsi que les pouvoirs publics.
Voici maintenant comment pourrait se recruter le Ck)nseil européen des Églises nationales.
Dans chaque capitale, le Primat, le Ministre de Tlnstruction publique et le Ministre de la Guerre en seraient les membres de fait el de droit.
J'ai dit le Ministre de la Guerre, soit comme chef d'écoles spéciales, soit comme chef de Tarmée, soit comme représentant des derniers sacrifices sanglants, parce que, désormab, c*est à la sagesse et à la science seules qu'il appartiendrait d'être armées des sanctions publiques, pour la défense de l'Équité et de la Justice, pour la protection de la Civilisation et du Travail, pour l'honneur et le triomphe de l'État Social européen de Jésus-Christ,
Ces conseillers siégeraient dans la Ville neutre el libre, où les deux autres Conseils seraient assemblés. D'abord sous le pouvoir impérial du Souverain de la Ville, puis sous l'autorité du Souverain Pontife, que celui-ci fût perpétuel ou, momentanément, le Primat, dans la Capitale duquel les Conseils seraient assemblés, ce Conseil des Églises aurait pour objet direct et pour ressort les questions internationales suivantes:
Consécration par la croix, la palme et l'épée, des trois Conseils, ainsi que des villes libres ;
Règlement des queistious internationales se rattachant soit aux cultes, soit aux universités religieuses, civiles ou militaires, missions ;
Création de collèges ou d'ordres européens, sacerdotaux, universitaires ou militaires.
Ces ordres seraient ouverts, après longs examens, à tous les lauréats des Églises nationales.
J'entends par ces lauréats, ceux qui, dans leur pays, auraient passé par toute la hiérarchie des examens nationaux.
Ils siégeraient alors de droit, comme auditeurs, dans chacun des trois Conseils européens, à tour de r61e, et y formeraient les commissions d*étude des projets de lois.
Ils poursuivraient en outre des études spéciales réservées à l'Initiation.
Je continue à énumérer les attributions possibles du Conseil des Églises;
Sacre des Souverains, conféréation des dignités et des grades européens, à tous les degrés de l'État Social, aux femmes comme aux hommes, et sur la proposition de chaque souverain ou chef d'État, ainsi que du Primat national ;
Détermination par les Collèges ou Ordres européens des principes ou des canons des sciences, des arts et des métiers ;
Initiative des concours, des fêtes, des fondations sociales ;
Patronages et aides à toutes les valeurs humaines, recher*che, affranchissement et sélection de ces valeurs à travers toutes les nations d'Europe ;
Missions, expéditions religieuses, savantes et militaires en Asie et en Afrique ;
Conquêtes de l'Empire de la Civilisation, liant les races asiatiques et africaines à la paix de la Chrétienté d'Europe, au Règne de Dieu, par Jésus-Christ, sur toute la Terre comme au Ciel;
Initiative de l'égalité civile des femmes en Europe, comme en Asie et en Afrique* et en prenant pour base la loi russe, la plus libérale, sur ce point ;
Fondation et conservation des colonies européennes ;
Neutralisation et liberté de Copstantinople, Jérusalem, Alexandrie, La Mekke, et de toutes les Capitales ^igieuses
OU politiques des races asiatiques et africaines, une fois liées militairement, juridiquement, ainsi qu'économiquement, au ban de l'Empire européen de la Civilisation ;
Initiative de toutes les créations destinées à conjurer les maux sociaux : misère, ignorance, sectarismes, partis, révolutions, réactions, barbarie, invasions.
Cq Conseil des Églises ne serait pas divisé en juges ni jurés, comme les deux autres, mais en pères et en fils atnés des nations de la Chrétienté d'Europe.
Les Primats seraient ces pères, les chefs d'État et leurs assesseurs seraient ces fils atnés.
Le Conseil des Églises ne serait pas constitué en tribunal; il représenterait l'Autorité et l'autorisation des deux autres Conseils, ainsi que la proposition ou l'acceptation des lois à voter ou votées, des mesures à prendre ou prises.
Ses propositions auraient à passer par les deux autres Conseils; et celles de ces derniers auraient à passer par son acceptation.
Le Pouvoir exécutif n'appartiendrait qu'aux trois Conseils réunis, les deux premiers, celui des Communes et celui des États, le requérant, et le Conseil des Églises l'autorisant à agir.
Je vais exposer maintenant les objections que feront les sectaristes cléricaux de certaines Églises, et surtout de l'Église latine.
En Italie, en France, en Autriche, etc., les ultramontains proprement dits opposeront ce qui suit :
« Le pape est notre souverain infaillible, et nous formons « avec lui ce tout indissoluble et immuable de doctrines et i> de discipline, cette unité hiérarchique qui est l'église » catholique romaine.
» Nous ne pouvons nous déjuger, ni dérc^er, en siégeant, » soit dans ce que vous appelez les Églises nationales, soit » dans votre Conseil européen des Églises, à c6té des schi&- » matiques, et des hérétiques, grecs, russes, bulgares, » luthériens ou calvinistes allemands, suisses, hollandais, » anglais, danois, suédois, à moins qu'ils ne fassent leur » soumission au pape et à nos dogmes.
» Si nous le faisions, nous serions forcés de nous coudoyer, » comme vous le dites, dans le Conseil européen, avec les » rabbins juifs et les francs-maçons.
» Quant aux membres des corps savants que vous proposez » de nous adjoindre , si nous acceptons J.-B. Dumas et » Wiirtz, nous devrons accepter aussi Molescholt et Biîchner, » et pousser la tolérance jusqu'à Darwin ., en passant par » William Crookes : pourquoi pas aussi lesspirites et les » athées! »
Voici ma réponse :
Je vous ai démontré, THisloire à la main, que, dans l'Universelle Église, dans TÉtat Social chrétien, le pape, par cela seul qu'il est romain, tète hiérarchique du clergé latin, n'a jamais pu exercer la Théocratie ni le Souverain Pontificat, mais seulement la monarchie impériale de voire clergé sectarisé.
Il a dû ainsi se subordonner politiquement vos conciles généraux ou provinciaux, qui étaient de forme républicaine et d'emprunt à Tenipire romain, comme vos cadres et votre hiérarchie.
C'est ainsi que, nés de voles à formes républicaines, dans
des cadres d'emprunt gouvernés d'abord par les empereurs de Byzance, vos dogmes ont été adoptés, puis immobilisés et isolés de la. source politique dont ils sortaient.
Confondant les formes de votre culte avec la Religion de Jésus-Christ, vous prenez l'immobilité de ces formes pour un caractère religieux, et vous nuisez aux institutions que vous croyez servir, et qui sont : la Religion chrétienne, l'Universelle Église, seule catholique, seule orthodoxe, la papauté conçue comme Souverain Pontificat théocralique, comme Autorité purement sociale et antipolitique.
L'Histoire vous démontre cependant les conséquences de vos confusions de plans et du bronchement qu'elles entraînent dans les fonctions sacerdotales qu'elles asservissent à la politique.
Ces conséquences, encore une fois, sont la scission politique de l'église grecque, puis, sous le couvert de Luther et de Calvin, la séparation de toutes les églises du Nord, sans parler des mesures d'affranchissement que les dynastes et les États d'Autriche, de France et d'Espagne ont prises, pour se dégager, sans rupture éclatante, de Tlmpérialat du saint Siège, et constituer, tant bien que mal, eux aussi, la nationalisation des cultes, le vôtre y compris.
Par la force des faits historiques, voilà aujourd'hui votre culte politiquement asservi, dans chacune de vos nations, à l'État national, à la loi laïque de la nation, et, loin d'avoir à y tolérer quoi que ce soit, vous êtes réduits à y invoquer la tolérance du droit civil, au même titre que les protestants, les orthodoxes grecs, les synagogues et les temples maçonniques eux-mêmes.
Partout, l'État vous réduit ainsi à son droit commun, et limite l'exercice de vos prétentions catholiques à une situation limitrophe des préfectures, en ce qui regarde les diocèses, des mairies et des pompes funèbres, en ce qui regarde les cures.
Quant au saint Siège, ses nonces et ses légats, dans les nations dites catholiques, n'y exercent pas d'autre fonction réelle, juridiquement parlant, que celle d'une diplomatie impériale du Vatican, tolérée au même titre que les ambassadeurs de Tempire ottoman, de l'empereur de la Chine ou du Mikado.
Voilà, ultramontains, votre situation juridique et sociale, dans la dissociation de TUniverselle Église, dans les États nationaux, dans la République athée et antisociale que forment entre eux ces États.
Examinons maintenantquelle est, à Rome même, la situation du pape, dans lequel je vénère le Souverain Pontife possible de l'Église Universelle à constituer, mais dans lequel aussi, les nations ne reconnaissent plus, en droit, le César clérical des cadres impériaux du clergé latin.
Évêque du diocèse de Rome, Primat de fait du royaume d'Italie, em]^reur international du clergé latin. Souverain Pontife nominal enGn : voilà toutes les fonctions confondues qui se combattent mutuellement dans la papauté romaine, aujourd'hui comme hier, demain comme aujourd'hui.
Comme Évèque du diocèse de Rome, comme Primat de fait du royaume d'Italie, le Pape se trouve vis-à-vis du roi Humbert^ exactement dans la même situation qu'autrefois vis-à-vis de Théodoric, qu'aujourd'hui le Primat de Cantorbery vis-à-vis de la reine Victoria, le Synode russe vis-à-vis d'Alexandre III, le Patriarche de Constantinople vis-à-vis du sultan, le Primat des Bulgares vis-à-vis du roi de Bulgarie, sans aucune différence des plans ni des fonctions nationales.
Le plan sur lequel s'élèvent la uionarchie et l'État italiens étant l'union juridique de toute la Péninsule, il est inévitable que la fonction gouvernementale, tête d'État national.
monarque ou président de république, y subordonne, tout, évèques et Primat y compris, à la loi commune de la nation.
Les excommunications n'y peuvent rien, si ce n'est démontrer que la tolérance légale, Tesprit chrétien pratique et la charité sociale sont du côté d'Humbert, comme elles étaient, avant lui, du côté du roi galant homme, comme elles furent, il y a plus de mille ans, du côté du sage Théodoric Tarien.
Mais comme pape, comme César international de son clergé latin, l'évèque du diocèse de Rome, le primat d'Italie, ne veut pas, ne peut pas, ne doit. pas se sentir subordonné à la nation italienne, à l'État italien, au roi d'Italie.
Comme Souverain Pontife, même nominal, il le veut, il le peut, il le doit encore moins, parce que sa fonction, comme tel, est plus générale que le plan juridique national, auquel le gouvernement italien ne veut pas, ne peut pas, ne doit pas ne pas astreindre toutes les fonctions publiques s'exerçant en Italie.
Si vous continuez les errements de la politique, pour comprendre comment le saint Siège tend forcément à ré* soudre cette question impériale-nationale, nœud gordien européen de l'enchevêtrement des problèmes des races et des nationalités dites chrétiennes, il n'y a qu'à ouvrir l'Histoire, ce procès-verbal des expériences sociologiques.
L'unité italienne de Théodoric brisée par l'épée des Francs, des Normands, des Germains, des Espagnols, l'appel séculaire de tous les peuples, des Turcs eux-mêmes à l'envahissement de la Péninsule : voilà ce que les expériences politiques du passé répondent à l'observation soucieuse de l'avenir.
Mais, à l'avantage de l'Italie comme au désavantage du plan romain de la papauté, se dressent les faits suivants : les nationalités, ces tempéraments pratiques des races, subordonnant juridiquement partout les cultes nationalisés et
légalement séparés de la cour impériale et romaine du saint Siège, enfln rindiiTérence religieuse du Gouvernement général de TEurope, l'impuissance de la République athée, divisée contre elle-même, et dont les nonces et les légats, parties diplomatiques, ne peuvent invoquer qu'un droit de pure tolérance.
Ce n'est ni en Espagne, ni en France, ni même en Autriche que la papauté peut trouver une épée pour découper l'Italie en plusieurs juridictions politiques, afin de les opposer entre elles, et de n'en être pas dominée.
La papauté y cherchera en vain ce glaive; elle ne l'y trouvera pas.
La France est subordonnée à l'indifférence dé sa loi civile, comme l'Espagne, comme l'Autriche.
De plus, ces trois nations travaillées à l'intérieur par tant de questions vitales, sont encore subordonnées au dehors, l'Autriche et la France au pouvoir militaire de l'Allemagne, TEspagne, la France, l'Autriche et l'AllemÉ^ne elle-même, à l'étreinte de l'Angleterre et de la Russie, prises elles-mêmes dans l'étreinte lointaine des États-Unis d'Amérique et do l'empire de la Chine.
Pour ne pas sortir de ce qu'on appelle par euphémisme l'Équilibre européen, les deux extrémités du fléau de cette prétendue balance occupées par les poids diplomalico-militaires de l'empire Anglais et de l'empire Russe, décomposent de la manière suivante les poids intermédiaires et complémentaires des autres puissances continentales.
Pendant que l'État allemand tend à opposer à la France Tltalie et TEspagne, à la Russie l'Autriche, l'Empire Ottoman et l'Angleterre, l'Angleterre tend à opposer à l'Allemagne la Suède, le Danemark, la France, l'Autriche, la Russie, et à la Russie l'Autriche, l'Empire Ottoman et l'Allemagne elle-même.
De son côté, la Russie tend à opposer à l'Allemagne la
France, à rAutriche l'Italie et les petites puissances danubiennes, à la Turquie et à l'Autriche rÂUemagne, les puissances danubiennes et la Grèce.
Dans cette bagarre naturaliste, mais peu sociale, la papauté n'a nulle chance de trouver une épée disponible.
La seule qui aurait encore assez de force prépondérante pour exercer une dictature européenne, et agir, est dans les mains du prince de Bismarck.
Il est peu probable cependant que cet homme d*État, si occupé chez lui, s'efface devant le diplomate, et aille frapper l'hégémonie allemande, en frappant directement l'unité de l'Italie.
Agira-t-il d'une manière indirecte en opposant l'Italie et la France diplomatiquement et militairement et fera4-il ainsi le jeu politique de la papauté?
La papauté n'a que cette dernière chance de pécher encore une fois dans l'eau trouble de la diplomatie, puis dans le sang chrétien, si le Quirinal et l'Elysée ont la naïveté de se prêter aux combinaisons du césarisme laïque de Varzin et de l'Impérialat archéologique du Vatican.
Voilà, ultramontains, la situation politique, le schème réel de la papauté dans l'Équilibre européen.
La poussée des faits vous indique qu'il faut sortir de cette situation par la grande porte, c^lle de la Religion, et ne pas confondre cette puissance d'Ordre Social avec des formes dogmolâtres et cultuelles, qui sont, elles aussi, un résultat politique.
Ces formes» du reste, il faut laisser à chacun la liberté absolue de les accepter ou de les rejeter, mais il ne faut pas les mettre en avant, quand la Religion seule doit être en jeu, au point de vue purement social.
Jésus-Christ, rÉvaDgile, le pouvoir de consécration des évoques, voilà avec la Cosmogonie de Moïse et le Décalogue, le fond religieux sur lequel, à travers tous les cultes politiques de la Chrétienté, l'entente peut, et doit se faire.
J'ai le courage de vous le dire, ayez le courage et la foi religieuse de le comprendre.
Que diriez-vous, si aujourd'hui on soumettait au suffrage universel la table de Pythagore, les logarithmes, l'algèbre et les théorèmes d'Euclide ainsi que le calcul inGnitésimal, les lois de la physique et de la chimie?
Voilà pourtant comment vos dogmes ont été votés, dans des temps moins éclairés que les noires et sous la pesée, soit de la démagogie des conciles, soit du pouvoir absolu des empereurs de Byzance.
Laissez les sciences divines se développer aussi librement que les sciences humaines, les sciences naturelles et les sciences exactes, et la Religion de Jésus-Christ sera loin d'y perdre.
Si le Christianisme ordonne que tous les Chrétiens se oomportent comme membres d'un même corps social, à plus forte raison les églises qui enseignent l'Évangile doivent-elles se conformer entre elles à la pratique de la Charité.
Si donc l'une jette la pierre à l'autre, Texcommunie et la maudit, la déclare schismatique et hérétique, sous quelque prétexte que ce soit, elle fait elle-même œuvre de schisme et d'hérésie.
Et si une église veut s'élever au-dessus des autres églises, et les dominer, elle prépare ainsi son propre abaissement.
Car Jésus-Christ n*a pas ait aux Apôtres : Dominez-vous; mais il leur a dit : Aimez-vous les uns les autres; et il leur a laissé le Saint Esprit, c'est-à-dire TEsprit Social, d'où procède tout Ordre, toute Vérité, toute Vie, sur la Terre comme au Ciel, dans la Société des hommes comme dans celle des astres.
Vous m'objectez en vain vos dogmes : Jésus n'a ])as érigé un seul dogme, hors l'Unité de Dieu et l'Unité du Genre Humain, et s'il a dit qu'il était fils de Dieu, il a dit également : Vousètestous des dieux.
C'est pourquoi, si vos dogmes divisent l'esprit religieux de la Chrétienté, vous devez les abroger, au nom du Christianisme; car ce qui divise les Chrétiens ne saurait procéder du Christ.
Les lois civiles des nations se sont constituées malgré vous ; les sciences et les arts se sont institués malgré vous : ces lois, ces sciences, ces arts, sont, dans la Chrétienté, des moyens d'y répandre la vie intellectuelle, l'esprit de justice, de vérité et de beauté, les ravons de la Providence.
Le juge, le savant» l'artiste font partie de l'Universelle Église, aussi bien que vos sacerdoces, et vous devez siéger à leurs côtés, au sein des Églises nationales, comme dans le Conseil européen de ces Églises, non dans l'esprit de la domination et de la division, mais dans celui de la Paix sociale des esprits.
Entre l'âme qui fut ici-bas M<^' Dupanloup et celle qui s'appela sur cette terre Littré, celle qui fut parmi nous la plus éprise de science, de tolérance et d'Humanité, est
actuellement la plus haut ;noDtée dans l'État Social céleste que préside, en pleine lumière divine, Jésus-Christ, Souverain Pontife.
Le magistrat qui accorde la même justice au Juif, au Musulman, au franc-maçon et à l'athée lui-même, qu'au Chrétien , fait une œuvre plus chrétienne, plus catholique, plus orthodoxe que vous, si vous leur dites : Racca.
Et si la maçonnerie admet, sans distinction de race, de culte ni de croyance, les hommes à une même assistance fraternelle, depuis le prince de Galles jusqu'aux parias de Tlnde, elle est, encore une fois, plus chrétienne, plus catholique^ plus orthodoxe, aux yeux de Jésus-Christ, que vous, quand vous lanathématisez.
Prenez garde, si vous ne suivez pas la voie que je vous indique, l'Histoire à la main, que cette même Institution, créée par des Israélites, n'accomplisse un jour, à votre place» les promesses de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Au-dessus du trente-troisième degré maçonnique, ii y a place pour un enseignement universel, dont les livres existent, bien qu'ils ne soient pas actuellement dans la maçonnerie.
Prenez garde, encore une fois, si vous n'accomplissez pas la Promesse, de subir le Jugement dernier, quand l'Esprit Social par la voix de l'Europe entière, vous dira : Vous étiez l'Unité possible, si vous aviez compris TUniversalité ; qu'avez-vous fait d'elle , qu'avez-vous fait de moi ?
Les nationalités chrétiennes sont aujourd'hui constituées, et nulle d'entre elles ne prévaudra impunément contre une autre.
Ne craignez pas, là où vous le pouvez, d'être l'ame de la
liberté morale, de la tolérance intellectuelle, dussiez-vous, vous confondant avec les nations, y perdre momentanément votre corps de doctrines et de discipline, cette forme que vous appelez Téglise catholique romaine : elle en ressuscitera plus glorieuse et plus grande, plus religieuse et plus sociale.
L'Histoire elle-même, vérifiant certains poètes hébreux, certains prophètes inspirés, vous démontre que cette forme est déjà perdue, et que, dans la Chrétienté, TEmpire universel, aussi bien sur les Églises que sur les États, ne peut plus être exercé par la domination.
Le Catholicisme, dont vous avez, depuis saint Sirice, tenu le drapeau planté dans le municipe romain de Jules César, n*a été, jusqu'à ce jour, qu'une prophétie, qu'une espérance , que, seules, toutes les Églises nationales d'Europe, représentées dans un Conseil suprême, peuvent désormais réaliser.
Quelques-uns d'entre vous, entrevoyant ta réalité, se demanderont ce que deviendra la papauté : il n'appartient qu'à l'assemblée de tous les primats nationaux d'Europe de statuer sur cette question .
Le pape, en vertu même du dogme de l'infaillibilité qui a choqué tant d'âmes, est désormais absolument libre d*agir comme bon lui semble, vis-à-vis de toutes les églises; et s'il leur parle dans l'esprit de ce livre» ce ne sont pas celles du Nord qui se boucheront les oreilles.
Grâce à l'unité de l'Italie, le pape est délivré de la souveraineté temporelle qui le condamnait au sectarisme politique et à l'esprit de domination du césarisme latin.
Jamais la Papauté, frappée ainsi de mort politique, n'a été plus près de la vie religieuse, jamais le Souverain Pontificat
n'a été plus près de renaître à rAutorité, par cela même qu'il est plus loin du Pouvoir.
J'ai montré dans ce livre le poids actuel des faits accomplis, leur somme et leur signification présente, l'avenir que Ton en peut logiquement déduire.
Je me suis placé au seul point de vue de la Science et de l'Art organiques des Sociétés.
Si un pape, Léon XIU ou un autre, part de là, il n'aura pas une seule ville libre pour y abriter en paix la plus haute dignité sociale de la Terre, mais toutes les Capitales de la Chrétienté d'Europe, selon qu'il voudra choisir, en y comprenant Constantinople et Jérusalem, aussi bien que Londres, Saint-Pétersbourg ou Paris.
Enfin, comme l'œuvre, dont je me suis fait Tinitiateur, est une création et non une destruction d'ordre social, si, dans le Conseil européen des Églises, le Souverain PontiQcat n'était pas momentanément admis, j'aurai soin d'indiquer comment et pourquoi il doit être organiquement conservé, quoique avec une autre origine que l'élection.
Il me reste à aller ici au-devant de plusieurs interrogations.
J'ai exposé le but à atteindre, et la grandeur de ce but pourra sembler irréalisable, à cause de sa grandeur même.
Le Conseil des Communes, par exemple, la Fédération économique des Capitales, est le but premier qu'il faut atteindre, niais Je point de départ et les commencements sont et doivent être des plus simples.
Soit que Ton choisisse tout d'abord une seule ville que l'Europe entière ait intérêt à neutraliser, soit que trois Capitales se fédèrent entre elles sous l'initiative de leurs États nationaux, il importe surtout que l'Institution fondée soit une institution ouverte, et que tous les États puissent librement s'y rallier.
J*ai indiqué les mesures à prendre vis-à-vis de l'Islam : il y en a d'autres toutes différentes que le Conseil des Églises devra adopter à Tégard d'Israël.
Ce dernier, mêlé, mais non régulièrement associé à toutes les œuvres de la Chrétienté, n'ayant pas, comme l'Islam, de corps politique armé à lui opposer, ne saurait sans une dangereuse iniquité, être traité comme l'État Social musulman.
Je vais entrer ici dans quelques détails spéciaux pour répondre, non à ceux des lecteurs que l'esprit de la Civilisation chrétienne suffit à convaincre, mais à ceux chez lesquels la dogmolàtrie a besoin d'être éclairée.
Sans prêtres consacrés, sans Grand Prêtre consécrateur, les Hébreux n'ont plus de pouvoirs sacerdotaux.
Au terme même de leur loi périmée, ils ne peuvent plus avoir de sacerdoce en Abraham, dans l'ascendance de leur race, mais seulement en Melchisédec, c*est*à-dire dans un sacerdoce voisin.
Ils sont, en un mot, dans la situation d'Abraham payant la dime d'obédience à Melchisédec.
Quand il a fallu établir, en droit biblique, la situation sacerdotale de Jésus-Christ à côté du sacerdoce conservé dans la tribu deLévi, saint Paul s'est appuyé sur ce précédent pour marquer, THistoire des Hébreux à la main, que Jésus-Christ, bien que n'étant pas issu de \q. tribu sacerdotale abrahamique, reprenait directement le PonliQcat, devant lequel Abraham lui-même s'était incliné.
C'est ainsi que saint Paul a conclu, en disant que Jésus- Christ était Grand Prêtre et Souverain Pontife, selon l'ordre de Melchisédec.
Cet ordre, aujourd'hui, n'est régulièrement constitué^ dans
le Dieu Vivant, dans le Dieu Social, que par Jésus-Christ, dont les pouvoirs sacerdotaux» transmis aux Apôtres, vivent actuellement dans les évoques.
Au contraire, depuis la dispersion des tribus, les pouvoirs sacerdotaux en Abraham sont interrompus, sans pouvoir être repris dans cet ordre de l'ascendance de la race.
L'esprit religieux et social des pouvoirs épiscopaux ne répugne nullement à l'association des Israélites, comme traducteurs de l'Ancien Testament, aux Églises nationales de la nouvelle Chrétienté catholique orthodoxe.
Cette association sera, au contraire, la conclusion et Tacoomplisseuient de l'ancienne et de la nouvelle alliance, et l'un d0s signes annoncés de l'avènement du Règne de Dieu.
Il faudra toutefois se garder, en parlant aux rabbins, comme aux pasteurs protestants, de confondre la Domination avec l'Autorité, cette dernière étant inséparable de la tolérance intellectuelle et de la charité morale.
Les oiseuses controverses, les dogmes soi-disant théologiques, de même que les grimoires talmudiques, n'ont rien à faire dans cette grave question de droit théocratique pur et de paix sociale.
On devra se borner à reconnaître solennellement, de part et ^ d'autre, que les Israélites, étant de fait et de droit membres . civils des nations de la Chrétienté, s'associent religieusement à i ses œuvres sociales.
Ainsi, le Catholicisme Orthodoxe s'ouvrira sacerdotalemenl comme les bras de Jésus-Christ, le Grand Prêtre en Melchisédec, s'ouvrent à tous les hommes de cette terre, à tous leurs cultes, à toutes leurs races, non pour les confondre dans une même domination, mais pour les unir dans le même Esprit Social.
Le résultat de cette solennelle reconnaissance devra être la proclamation sacerdotale de la troisième Alliance, celle de la paix religieuse en lod-Hé-Vau-Hé, par l'Esprit Social de Jésus-Christ.
On m'objectera en vain que Caïphe et le peuple de Jérusalem ont cruciGé Jésus.
Ce crime national est expié en Jéhovah par ses conséquences sociales : ruine de Jérusalem, mort du corps de la nation israélite, séparation de ce corps d'avec son âme organique qui était le sacerdoce en Abraham, dispersion des membres et des tribus de ce corps national à travers toutes les nations de la terre. ^
Comme ces membres dispersés n'ont plus, aujourd'hui, comme force organique de ralliement, que la Civilisation chrétienne, dont l'Europe est la tôle et le centre, pour corps central que les nations de la Chrétienté, l'expiation d'Israël, accomplie selon les lois sociales de Jéhovah, ne peut, encore une fois, être arrêtée que par le sacerdoce chrétien.
Ainsi les Juifs, aujourd'hui à découvert, sans garantie de paix religieuse et sociale, seront couverts et garantis définitivement, comme membres ecclésiastiques et nationaux de l'Église Universelle, transfiguration d'fsraël, de l'État Social chrétien, forme sociale de celte Église, de l'Empire de la Civilisation, forme juridique de cet État Social.
Si cette mesure est de bonne prévoyance et de sage prudence pour les Israélites, elle est telle aussi pour les Chrétiens.
Une force sociale, même éparse, comme l'archaïque
Israël, ne saurait être laissée errante, cherchant cllé-mème ses garanties et ses supports dans TÉtat Social européen, sans déterminer des jeux de mouvements imprévus.
Or, comme le Conseil suprême des Églises n'aura nullement qualité, en droit théocratique, pour être l'exécuteur des lois de Jéhovah, mais seulement le pacificateur, au nom de Jésus-Christ, il fera œuvre de sagesse et de science gou* vernementale en Europe, en appliquant aux Israélites cette loi d e^paix , qui résume et conclut Tunion des trois termes de la Trinité par ce mot sémitique : Amen ou Aman^ vérité,